GOIZET Ludivine Licence Professionnelle-Bibliothèque
ROUIT Lucine
LA MISE EN E S PACE DE S
COLLECTIONS
Université d'Aix-Ma...
SOMMAIRE
INTRODUCTION........................................................................................................
3.1.2. Réincarner le virtuel ......................................................................................... 60
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INTRODUCTION
Les bibliothèques publiques ont connu de multiples mutations
depuis les années 1970, époque de l'émergence de...
usagers, et non à la conservation1
farouche de documents toujours plus
nombreux mais ne finissant que rarement dans les ma...
prendre de multiples formes soit perçu comme une contrainte ?
Comment prolonger le contact et le reproduire ? Comment, don...
Comment la mise en espace peut-elle les intégrer et se faire le reflet
d'une société de l'information en perpétuelle redéf...
I. QUE SIGNIFIE METTRE EN ESPACE ?
1.1. Intégrer des contraintes physiques
1.1.1. Les lieux
Si la bibliothèque existe déso...
les bibliothèques sont soumises à des obligations d'accessibilité lors de la
construction et durant l'exploitation. Elles ...
1.1.1.2. Appréhension des volumes
Elle se révèle particulièrement cruciale lors de l'élaboration d'un projet de
constructi...
L'appréhension des volumes requiert donc une capacité à se situer dans
une temporalité multiple. Il s'agit en effet d'envi...
une bibliothèque devrait pouvoir proposer les outils techniques exigés par
chaque type de support. Le postulat est aisémen...
problématique et nécessite donc sinon la séparation absolue du moins la
constitution d'espaces différenciés afin de garant...
Figure 1. Plan du premier étage de la Phillips Exeter Academy Library1
(crédits : The trustees of
Phillips Exeter Academy)...
1.2. Traduire une certaine organisation du savoir
1.2.1. Une unité intellectuelle
Une collection n'est ni un amas ni un ag...
place le plus rationnel possible. La généralisation du libre accès dans les
bibliothèques publiques depuis un demi siècle ...
politique documentaires en s'intégrant à un plan de classement.
La classification apparaît donc indispensable pour assurer...
espaces (en transférant par exemple un document en magasin, conçu comme
réserve active et non comme lieu d'accumulation )....
sens pour l'usager, comme proposé par Yves Aubin :
Il devient alors possible de prendre des chemins de traverse, d’imagine...
transformation des modes d'accès, d'usage voire de conception des
connaissances grâce aux possibilités offertes par les re...
d'un discours d'échec de la démocratisation culturelle lié au constat d'une
pénétration croissante de la bibliothèque au s...
favorisées (cadres et professions intellectuelles, diplômés de l’enseignement
supérieur) et des catégories moyennes (profe...
plus que cette évolution du public des bibliothèques s'inscrit dans une mutation
globale des profils identitaires des indi...
partage égalitaire de gouts et de valeurs et dressent un portrait complexe de
l'individu contemporain, à la fois autonome ...
le foyer, le public et le privé, l'espace de la bibliothèque devient l'occasion d'un
recentrement sur soi par le biais not...
On voit donc se dessiner chez l'usager, réel ou potentiel, de nouvelles
mobilités. Exprimant des gouts de plus en éclectiq...
1.3.2.1. Usages de l'espace
L'appropriation de l'offre de la bibliothèque passe en premier lieu par la
compréhension de la...
La grande différence d'usage semble donc bien désormais se faire non entre
emprunteurs et non-emprunteurs, inscrits et non...
visites. La possession d' capital culturel en adéquation, lié pour bonne part au
niveau scolaire, à la détention de diplôm...
bibliothécaires à considérer avec soin l'organisation tout en relativisant celle-ci.
En effet, selon les résultats de l'en...
population elle-même inscrite dans de profondes mutations identitaires. Un
troisième niveau, sociologique, s'impose donc a...
II. COMMENT SUSCITER LA RENCONTRE ENTRE
PUBLICS ET COLLECTIONS ?
2.1. Comment structurer les espaces ?
À terme, au-delà de...
des pratiques, des besoins et des attentes. L'adulte et l'enfant constitueraient
donc dans l'esprit des bibliothécaires de...
2.1.1.2. Structurer les espaces par type de support
L'avènement dans les bibliothèques françaises du modèle de la
médiathè...
supports pose le problème de la spécialisation des équipes ; une expertise
poussée dans un support obsolète n'est pas néce...
classification empêcherait donc par principe toute démocratisation culturelle :
son appropriation, et donc la possibilité ...
également la classification – permettrait véritablement de faire graviter les
collections autour de l'usager, et non plus ...
La bibliothèque Guillaume Apollinaire de Pontoise a ainsi réorganisé en
2000 son espace jeunesse en 9 secteurs, identifiés...
également toute une population est soumise à une exigence d'objectivité des
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un rôle moteur. Son existence dans un établissement ne signifie pas toutefois
sa pleine réalisation : elle n'est souvent q...
avec la représentation que se font la plupart des usagers du savoir, comme
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2.2. Comment garantir une perception des espaces par
les usagers ?
La mise en espace des collections ne se limite pa...
l'information qu'à celle des publics, en prenant toutefois systématiquement en
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immédiatement visible les fonctions d...
proposant des documents en facing, ou encore d'écrans diffusant des
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  1. 1. GOIZET Ludivine Licence Professionnelle-Bibliothèque ROUIT Lucine LA MISE EN E S PACE DE S COLLECTIONS Université d'Aix-Marseille IUT Métiers du Livre Janvier 2014
  2. 2. SOMMAIRE INTRODUCTION...................................................................................................................1 I. QUE SIGNIFIE METTRE EN ESPACE ?........................................................................... 5 1.1. Intégrer des contraintes physiques ............................................................................5 1.1.1. Les lieux.............................................................................................................. 5 1.1.1.1. Accessibilité..................................................................................................5 1.1.1.2. Appréhension des volumes .........................................................................7 1.1.2. Les modes d'utilisations des documents ............................................................8 1.2. Traduire une certaine organisation du savoir .......................................................... 12 1.2.1. Une unité intellectuelle ..................................................................................... 12 1.2.2. La collection, un ensemble dynamique ...........................................................14 1.3. Connaître les publics et anticiper leurs usages .......................................................17 1.3.1. Hétérogénéité des profils.................................................................................. 17 1.3.1.1. Démocratisation et vieillissement ..............................................................18 1.3.1.2. Un public hypermoderne ?.........................................................................20 1.3.2....Et des usages des publics ..............................................................................23 1.3.2.1. Usages de l'espace ...................................................................................24 1.3.2.2. Usages de la classification et du classement ........................................... 25 1.4. Conclusion................................................................................................................ 27 II. COMMENT SUSCITER LA RENCONTRE ENTRE PUBLICS ET COLLECTIONS ?.....29 2.1. Comment structurer les espaces ?...........................................................................29 2.1.1. Par support et/ou par public.............................................................................. 29 2.1.1.1. Structurer les espaces par public...............................................................29 2.1.1.2. Structurer les espaces par type de support...............................................31 2.1.3. Par centres d’intérêts ....................................................................................... 32 2.1.4. Par pôles thématiques.......................................................................................36 2.2. Comment garantir une perception des espaces par les usagers ?..........................39 2.2.1. Fluidité............................................................................................................... 39 2.2.1.1. Circulation(s) et lisibilité ........................................................................... 39 2.2.1.2. Le mobilier .................................................................................................41 2.2.1.3. Et le marketing ?....................................................................................... 42 2.2.2. Lisibilité de la signalétique ................................................................................43 2.2.2.1. Quels principes ?....................................................................................... 45 2.2.2.2. Où situer l'information ? ............................................................................ 47 2.2.2.3. Sous quelle forme ? .................................................................................. 47 2.3. Comment dépasser les contraintes de la classification et du classement ?............48 2.3.1. La gestion des documents « récalcitrants »......................................................49 2.3.1.1. Ressources numériques : localiser l'immatériel........................................49 2.3.1.2. Que faire des périodiques ?.......................................................................50 2.3.2. Des aménagements à la marge........................................................................ 52 2.3.2.1. Espaces intermédiaires..............................................................................52 2.3.2.2. Espaces « priblics »................................................................................... 53 2.4. Conclusion................................................................................................................ 55 III. QUEL AVENIR POUR LA MISE EN ESPACE ?............................................................. 57 3.1. Espace physique, espace virtuel : intégration ou coopération ?..............................58 3.1.1. Du matériel dans l'immatériel ..........................................................................58 3.1.1.1. Rhizome versus classement......................................................................59 3.1.1.2. Quelle mise en espace ?........................................................................... 60
  3. 3. 3.1.2. Réincarner le virtuel ......................................................................................... 60 3.1.2.1. La pertinence d'un support intermédiaire ? ..............................................61 3.1.2.2. Des mérites d'une matérialisation de l'hypertexte ....................................61 3.2. La mise en espace participative : pour une bibliothèque inclusive .........................63 3.2.1. Co-création........................................................................................................63 3.2.1.1. … de contenus...........................................................................................63 3.2.1.2... de (mise en) mémoire.............................................................................. 65 3.2.1.3...et de lieux..................................................................................................66 3.2.2. Contribution spatiale à une nouvelle sociabilité ...............................................68 3.2.2.1. La question du troisième lieu .................................................................... 69 3.2.2.2. Une sociabilité créative : la mise en scène du savoir-faire........................70 CONCLUSION .................................................................................................................... 72 BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................ 74 ANNEXES ........................................................................................................................... 79
  4. 4. INTRODUCTION Les bibliothèques publiques ont connu de multiples mutations depuis les années 1970, époque de l'émergence des notions de faible lecteur, de publics empêchés et du passage d'une conception globale de l'usager à celle d'une diversité de publics à intégrer. Période de construction d'équipements, de modernisation des bâtiments existants ; passage du modèle de la bibliothèque à celui de la médiathèque, avènement des BMVR (bibliothèques municipales à vocation régionale) en 1992, dans un souci renouvelé de la démocratisation du public, axé sur l'autonomisation. Ce glissement de priorité des collections aux publics s'est traduit par un double mouvement : une diversification accompagnée d'une déhiérarchisation des supports et sources de l'information, et une diffusion de plus en plus en généralisé du libre accès, puis des libres usages, aux collections. L'organisation spatiale de la bibliothèque devient dès lors plus importante que jamais tout en acquérant un degré croissant de complexité : elle exige en effet de mobiliser en permanence deux dimensions, technique et symbolique, que subsument de façon parfois mal perçue mais toujours agissante les missions de l'établissement. La mise en espace des collections ne peut donc jamais être neutre : quels que soient les partis choisis, ils traduiront, consciemment ou non, une certaine conception du savoir et par dessus tout un projet d'établissement précisant des objectifs, ciblant des populations et posant des moyens. Le choix même du libre accès oriente d'ores et déjà la mise en espace : il s'agit de donner une primauté à la communication, au contact entre les collections et les usagers, ainsi qu'entre les bibliothécaires et les 1
  5. 5. usagers, et non à la conservation1 farouche de documents toujours plus nombreux mais ne finissant que rarement dans les mains du public. Ainsi que l'affirme Anne Béthery : L'objectif prioritaire n'est pas la conservation des collections, mais leur diffusion et la conquête d'un public étendu et varié.[...] Il convient dans ce cas de simplifier au maximum l'accès aux collections, d'éviter toute barrière entre les livres et le public afin que chacun, quelles que soient son origine socioprofessionnelle et sa formation scolaire préalable, se sente parfaitement à l'aise dans la bibliothèque.2 On comprend qu'il s'agit de bien plus que de trouver le mode de rangement le plus rationnel des documents sur les rayonnages, qu'il soit celui qui prétende traduire au sein de l'espace limité de la bibliothèque une conception systémique du monde, ou celui qui vise à accumuler le plus possible de documents dans un volume donné, au risque d'étouffer la collection et de faire fuir le public. Il est bien plutôt question de permettre un accès toujours plus autonome de populations toujours plus diverses aux collections tout en intégrant des contraintes matérielles comme symboliques, et de tenter ainsi de transmettre une certaines image de la bibliothèque aux usagers, aux non usagers, à la tutelle tout comme aux bibliothécaires eux-mêmes. L'équilibre entre ces multiples facteurs se révèle souvent pour le moins délicat à atteindre et à maintenir, et peut relever parfois de l'exercice de funambulisme. Ultimement, le problème qui se pose aux bibliothécaires est simple, toute la difficulté venant de la prise en compte d'éléments contraignants de nature différente, parfois antithétique, obligeant à élaborer des réponses plurielles. Comment amener l'usager, déjà fréquentant ou encore potentiel, aux collections sans que cet accompagnement qui peut 1 A l'exception, bien évidemment, des bibliothèques à vocation patrimoniales, soumises par ailleurs à des contraintes matérielles spécifiques. 2 Anne Béthery. Abrégé de la classification décimale de Dewey. Paris, Editions du Cercle de la Librairie, 1982, p.10 et 13. 2
  6. 6. prendre de multiples formes soit perçu comme une contrainte ? Comment prolonger le contact et le reproduire ? Comment, donc, en faire une rencontre heureuse, c'est-à-dire qui soit signifiante pour l'usager et réponde à ses attentes ? Afin de tenter de proposer des éléments de réponse, qui ne pourront toujours n'être que relatifs et partiels tant la mise en espace ne peut véritablement s'engager que dans le contexte singulier d'une bibliothèque, nous commencerons par construire une définition de la mise en espace. Si la notion revient en effet de manière récurrente dans le discours des professionnels depuis les années 1980, elle ne va pourtant pas de soi, dès lors que l'on passe de la mise en place des supports à une mise en espace des contenus et des usages. Quels sont les déterminants théoriques et pratiques, techniques et sociologiques de la mise en espace ? Une fois les contraintes mises en lumière, nous examinerons les leviers potentiels d'action des bibliothécaires. Au-delà des questions de conception d'un cadre intellectuel et d'interprétation des missions de l'établissement, il s'agit en effet pour les professionnels de savoir comment disposer leurs collections de telle sorte qu'il y ait coïncidence entre le placement des documents, leur valorisation et la circulation des usagers. En étudiant ainsi les réflexions des professionnels, en examinant les tentatives de mise en espace dans les établissements, nous chercherons à mettre au jour des instruments utilisables mais aussi des voies potentielles d'évolution : les usages, les connaissances et leurs supports, leurs modes d'accès se multiplient et se complexifient sans cesse. Quelle réponse apporter à ces changements tout en continuant à oeuvrer dans le sens d'une liberté et satisfaction de tous les usagers ? 3
  7. 7. Comment la mise en espace peut-elle les intégrer et se faire le reflet d'une société de l'information en perpétuelle redéfinition ? 4
  8. 8. I. QUE SIGNIFIE METTRE EN ESPACE ? 1.1. Intégrer des contraintes physiques 1.1.1. Les lieux Si la bibliothèque existe désormais, de manière de plus en plus affirmée, dans l'espace virtuel via un portail, des blogs ou des réseaux sociaux, elle n'en reste pas moins inscrite physiquement dans un lieu. Cet ancrage tend d'ailleurs à se renforcer, à mesure que la bibliothèque développe une mission sociale et citoyenne d'accompagnement de la population d'un territoire, de renforcement d'un lien d'appartenance à la communauté1 . Le bibliothécaire doit donc envisager la mise en place de sa collection en trois dimensions, à l'intérieur d'un volume a priori limité2 . Deux types de contraintes sont à prendre en compte, tant lors d'un projet de construction qu'au cours de la vie d'un bâtiment déjà érigé, l'accessibilité et l'appréhension des volumes. 1.1.1.1. Accessibilité Pour qu'une collection puisse être appréhendée, encore faut-il en effet pouvoir y accéder. Comme tous les établissements recevant du public (ERP)3 , 1 Que cette mission, assumée de manière prégnante par les bibliothèques de lecture publiques françaises depuis le tournant des années 2000, s'accompagne ou non d'un discours sur le « troisième lieu », introduit dans la rhétorique professionnelle en 2009 par Mathilde Servet. 2 La construction d'une annexe relevant en effet de l'exceptionnel, et exigeant une nouvelle appréhension de l'espace : à chaque bâtiment ses singularités physiques. On comprend dès lors la difficulté de bibliothèques constituées de plusieurs édifices sur un même lieu à créer et maintenir une mise en espace cohérente d'une collection unique mais dispersée. 3 Les ERP regroupent tous les bâtiments, locaux et enceintes (que ce soit des structures fixes ou provisoires ), dans lesquels des personnes sont admises librement, ou moyennant une rétribution, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes ou sur invitation, payantes ou non. Ils sont classés en cinq catégories, selon le nombre de personnes susceptibles de les fréquenter. 5
  9. 9. les bibliothèques sont soumises à des obligations d'accessibilité lors de la construction et durant l'exploitation. Elles doivent ainsi être accessibles aux personnes handicapées, quel que soit leur handicap, comme aux personnes à mobilité réduite (personne avec une poussette, personne âgée...). Cette accessibilité doit pour les bâtiments neufs être garantie dès la demande de permis de construire ou d'autorisation de travaux, tandis que les collectivités sont tenues pour les bâtiments existants, depuis le 1er janvier 2011, de réaliser des diagnostics d'accessibilité et devront les mettre aux normes d'ici le 1er janvier 2015. Ainsi que l'établit l'article R*111-19-2 du Code de la construction et de l'habitation : Est considéré comme accessible aux personnes handicapées tout bâtiment ou aménagement permettant, dans des conditions normales de fonctionnement, à des personnes handicapées, avec la plus grande autonomie possible, de circuler, d'accéder aux locaux et équipements, d'utiliser les équipements, de se repérer, de communiquer et de bénéficier des prestations en vue desquelles cet établissement ou cette installation a été conçu. Les conditions d'accès des personnes handicapées doivent être les mêmes que celles des personnes valides ou, à défaut, présenter une qualité d'usage équivalente. Il s'agit donc, outre l'accès à la bibliothèque grâce à un cheminement et une signalétique adaptée, de permettre à l'intérieur même du bâtiment le repérage, la circulation horizontale et verticale et l'usage. S'il n'entre pas dans notre propos de les détailler1 , notons que les recommandations de l'Etat sont nombreuses et précises, portant aussi bien sur le revêtement des sols (ni glissant ni réfléchissant) ou celui des murs (également non réfléchissant afin d'éviter les éblouissements et le risque de confusion dans le repérage des espaces), que sur la signalétique à intégrer aux vitrages et sur la luminosité minimale nécessaire selon les endroits. 1 On se référera à l'arrêté du 1er août 2006 fixant les dispositions prises pour l'application des articles R. 111-19 à R. 111-19-3 et R. 111-19-6 du code de la construction et de l'habitation relatives à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public et des installations ouvertes au public lors de leur construction ou de leur création, ainsi qu'à la circulaire interministérielle n° DGUHC 2007-53 du 30 novembre 2007 relative à l'accessibilité des ERP, des installations ouvertes au public et des bâtiments d'habitation. 6
  10. 10. 1.1.1.2. Appréhension des volumes Elle se révèle particulièrement cruciale lors de l'élaboration d'un projet de construction1 . Une surface définie n'aura pas en effet la même capacité d'accueil de la collection et du public selon sa forme, le nombre et la position d'ouvertures, d'escaliers, de poteaux, etc. La prévision fine de la localisation des câblages électriques, des prises de téléphone et éventuellement de fibres optiques permettra également d'éviter le plus possible de pénibles imbroglios de connectique. Il faut, tout au long de la mise en forme du projet de construction, pouvoir définir de manière toujours plus précise en concertation avec le maître d'ouvrage les espaces nécessaires aux activités déclinées par un projet d'établissement2 , en prenant en compte la nature et la taille de la collection souhaitée, les publics désirés et les usages privilégiés.3 Se pose toutefois la question de la possibilité même d'une telle prévision des usages des espaces de la bibliothèque, alors que le processus global d'une construction d'établissement, de l'ébauche d'une étude de programmation à la sortie de terre du bâtiment en passant par les appels à projet et la construction elle-même, peut aisément demander dix ans. Le risque d'obsolescence intervient tout particulièrement dans le domaine des technologies et des usages numériques. Est-il par exemple pertinent de décider de consacrer un espace physique au numérique, doté d'un parc d'ordinateurs, alors que le nomadisme s'impose massivement comme le mode d'utilisation privilégié ? 1 Dans un bâtiment existant, il est en règle générale impossible d'abattre une cloison, de déplacer une colonne ou de changer la disposition des fenêtres ; il est donc plus question de trouver des stratégies de contournement et d'intégration des obstacles dans la mise en espace via, comme nous le verrons par la suite, le mobilier ou la signalétique. 2 Quelle place respective réserver aux architectes et aux professionnels de la bibliothèque, premiers usagers de l'édifice ? Les perspectives sont parfois difficilement conciliables entre volonté de promotion des missions de la bibliothèque et désir de réaliser une oeuvre singulière, en soi légitime et cohérente. L'expérience de la BnF a suscité en la matière de vifs débats et continue de diviser les opinions des usagers et du personnel, malgré les interventions effectuées par Dominique Perrault pour remédier à certains défauts du bâtiment. Des volets de bois ont ainsi dû être installés afin de protéger les livres de la trop forte luminosité causée par l'étendue des surfaces vitrées. 3 L'IFLA (International Federation of Library Associations) propose en la matière une série de recommandations à suivre lors de la construction d'une bibliothèque : LATIMER Karen, NIEGAARD Hellen. IFLA Library Building Guidelines : Developements and Reflections. Munich, K. G. Saur, 2007, 266 p. 7
  11. 11. L'appréhension des volumes requiert donc une capacité à se situer dans une temporalité multiple. Il s'agit en effet d'envisager la vie du bâtiment, son usure, en recourant à l'expertise technique du maître d'oeuvre, mais aussi la façon dont la bibliothèque sera habitée dans les décennies à venir1 en prenant en compte les tendances de fond macro et microsociologiques, technologiques et architecturales. Bref, on s'aperçoit d'ores et déjà que la mise en espace ne peut être conçue de manière pertinente qu'en la considérant comme un système. Elle mobilise et relie de nombreux composants, de nature diverse : les bâtiments, que nous venons d'évoquer, mais aussi comme nous le verrons, des collections, des lecteurs, des mobiliers, des signalétiques. Toute la difficulté – et l'intérêt – de la conception de la mise en espace réside donc dans la transformation de cet agrégat statique d'éléments en un système dynamique d'interrelations complexes, au sein duquel chaque composant participe du tout2 . 1.1.2. Les modes d'utilisations des documents Deux types de contraintes liées aux documents se manifestent : l'encombrement de l'objet physique (ses dimensions, ses exigences particulières de conservation) et celui suscité par les usages qu'il crée. Le libre accès ne se résume pas à la possibilité offerte aux publics de choisir eux-mêmes les documents dans les rayonnages : pour être pleinement réalisé, il nécessite en effet de se faire également libre usage. Autrement dit, pour être cohérente avec son projet de facilitation de l'accès au savoir et à l'information, 1 En observant la fréquence de construction et de rénovation majeure des établissements, on peut estimer qu'une bibliothèque dispose d'un premier cycle de vie de 25 à 30 ans. 2 L'approche systémique requiert donc également un décentrement et une multiplication des points de vue. L'interconnexion est également celle des partenaires intervenant pour créer et faire vivre une bibliothèque, aucun d'eux ne disposant du monopole légitime de la compétence. Ainsi que l'affirment Jacques et François Riva : « Autrement dit, l'espace ne se limite pas à celui d'un géomètre assemblant des volumes, ni à celui du plasticien qui joue des matières et des couleurs, ni à celui de l'ingénieur qui maîtrise sa construction et ses équipements techniques, ni enfin à celui de sociologues et de psychologues qui ne se préoccuperaient que de sa pratique sociale et individuelle.» (RIVA Jacques et François. « La mise en vie des espaces des bibliothèques », Bulletin des bibliothèques de France [en ligne]. Paris, 2000, t.45, n°3, p. 72 . Disponible sur <http://bbf.enssib.fr/> (consulté le 04 janvier 2014). Nous utiliserons par la suite pour désigner ce périodique l'abréviation BBF. ) 8
  12. 12. une bibliothèque devrait pouvoir proposer les outils techniques exigés par chaque type de support. Le postulat est aisément décliné dans les établissements pour les imprimés, qui ne requièrent pas de médiation additionnelle ; la mise en oeuvre se révèle plus problématique lorsqu'il s'agit de CD, DVD ou encore de ressources numériques1 dont la matérialisation dans la bibliothèque pose toujours question. Les bibliothèques françaises proposant d'écouter et de visionner sur place les CD et DVD de la collection, hors actions culturelles ponctuelles, sont encore peu nombreuses2 . Le Forum des Images, ancienne Vidéothèque de Paris, a joué en la matière un rôle pionnier bien que relativement peu relayé dans les bibliothèques publiques. Dès son ouverture en 1988, il propose le visionnage sur place de l'ensemble de la collection audiovisuelle. Au succès initial succède à la fin des années 1990 une érosion de la fréquentation, due notamment à l'obsolescence du matériel et à une évolution du paysage audiovisuel généralisant son accès. Le principe même d'une salle de lecture des films, la Salle des collections, est remis en cause. A la suite des travaux menés de 2005 à 2008, l'espace conçu par Paul Chemetov a réussi à renouveler la légitimité de sa mission de conservation et valorisation de la mémoire audiovisuelle de Paris, en proposant la consultation sur place du fonds entièrement numérisé, relié à des contenus documentaires variés enrichis par des partenariats multipliés. Le Forum a ainsi semble-t-il réussi à éviter le double écueil de la stagnation patrimoniale et de la transformation en simple salle de cinéma. Mais si chaque support documentaire demande des installations spécifiques, il suscite également des usages distincts, qu'il est impératif de prendre en compte dans la géographie des collections. Certains documents se prêtent en effet plus à une utilisation silencieuse ou bruyante, individuelle ou collective, continue ou fragmentée, studieuse ou ludique. La cohabitation de ces pratiques parfois contradictoires peut se révéler bien souvent 1 On considère aussi bien les livres numériques que les films en streaming et VOD, la musique, ou les divers contenus documentaires (dossiers, bibliographies...) proposés sur le portail. 2 On peut évoquer la BMI (bibliothèque multimédia intercommunale) d'Epinal-Golbey ou encore la Médiathèque de ville et de la communauté urbaine de Strasbourg, qui outre des platines et postes de télévision équipés de lecteurs DVD, propose le visionnage d'une trentaine de chaînes d'informations générales et thématiques. 9
  13. 13. problématique et nécessite donc sinon la séparation absolue du moins la constitution d'espaces différenciés afin de garantir l'appropriation du document. Le Forum des images offre d'ailleurs en la matière une approche spatiale intéressante : la Salle des collections propose au sein d'un même lieu diverses zones, dont les fonctionnalités et conditions d'accueil varient selon l'usage privilégié. On trouve ainsi des postes de travail pour les étudiants et chercheurs, des postes de lecture individuelle dotés de fauteuils confortables pour une approche plus orientée vers le loisir, des salons pour un visionnage collectif (jusqu'à sept personnes), un amphithéâtre pouvant accueillir 32 personnes, ou encore des alcôves recréant une forme d'intimité. On voit donc qu'un même support et un même contenu documentaire peuvent générer des usages, ainsi que des circulations, extrêmement variés, nécessitant une organisation spatiale spécifique tout comme une particularisation du mobilier et de la signalétique. Cette prise en compte des caractéristiques documentaires appelle une interaction forte avec le bâtiment : les variations de lumière, les degrés d'insonorisation contribuent à déterminer des espaces dédiés à des usages prioritairement studieux, ludiques, silencieux, bruyants, etc. En la matière, la Phillips Exeter Academy Library, conçue par Louis Kahn en 1965 offre un exemple singulier d'utilisation de la lumière. Constituée de trois cercles concentriques inscrits dans un cube, la bibliothèque est en effet organisée autour de la lumière naturelle. Provenant des fenêtres recouvrant les faces du cube ainsi que d'un immense puits de lumière traversé par des croix de bétons qui la redistribuent dans les étages, elle est en effet le principe organisateur des espaces et des circulations. 10
  14. 14. Figure 1. Plan du premier étage de la Phillips Exeter Academy Library1 (crédits : The trustees of Phillips Exeter Academy) L'appropriation de plus en intime du livre par l'usager se traduit matériellement par un cheminement progressif, du hall central aux baies vitrées. Ainsi qu'on le voit sur ce plan du premier étage, les rayonnages sont illuminés indirectement par la lumière tombant du puits central, protégeant les livres d'une exposition trop intense2 . Des tablettes sont situées le long de ces rayonnages afin de feuilleter les livres. Pour les lire, le public est invité à se rapprocher des vitres, tout d'abord en rencontrant de grandes tables favorisant le travail collectif, puis en s'installant dans des carrels en bois construits dans l'épaisseur même du mur extérieur, encadrés par des baies vitrées. Mais si la mise en espace intègre les contraintes matérielles et d'usage liées aux documents, encore faut-il que ceux-ci s'inscrivent dans une collection, ce qui implique de réfléchir aux éléments qui la structurent et viennent orienter sa présentation dans la bibliothèque. 1 Disponible sur : http://www.exeter.edu/libraries (consulté le 2 décembre 2014). 2 La dimension symbolique de la mise en espace joue ici de manière puissante. Louis Kahn a conçu la bibliothèque comme une cathédrale de lumière glorifiant le savoir : la lumière venue d'en haut illumine les livres et les étudiants, qui en allant s'installer dans les carrels le long des baies vitrées se dirigent donc alors d'eux-mêmes vers la lumière, symbolisant leur émancipation progressive par l'accès au savoir. Les principes des Lumières sont littéralement incarnés : l' « enlightenment » à l'oeuvre. 11
  15. 15. 1.2. Traduire une certaine organisation du savoir 1.2.1. Une unité intellectuelle Une collection n'est ni un amas ni un agrégat de documents mais un tout, système reflété par et agissant sur le système qu'est la bibliothèque elle-même. Elle est une totalité au sein de laquelle chaque document prend sens, quelle que soit sa valeur intrinsèque par ailleurs. Elle suppose un ordre intellectuel préexistant à l'ordonnancement physique, la classification. Celle-ci est donc à distinguer du classement : ainsi que nous l'indique le Littré, le classement est l'acte physique de rangement d'après un ordre, tandis que la classification est l'ensemble des normes déterminant cet ordre. Notre objet n'est pas de mener une étude approfondie sur la classification mais un examen rapide des principes fondamentaux ne nous paraît pas moins nécessaire : si, pour reprendre les termes de Jean-Claude Passeron, « en matière de culture, la manière d'offrir est indissociable de l'objet offert »1 , alors des classifications et classements appliquées aux mêmes ouvrages composeront des collections différentes et donc des perceptions variables par les usagers. En dernier lieu, l'appréhension d'un ouvrage au sein du tout de la collection se fera de manière contextuelle. L'application d'une classification à une collection met en jeu des dimensions symboliques fortes : la traduction en trois dimensions des principes choisis d'organisation va en effet refléter les choix documentaires privilégiés par l'établissement, ainsi qu'une certaine conception du savoir. Son adoption n'est donc pas neutre, et exprime tout autant la volonté de transmettre une image de la bibliothèque via sa collection que celle de trouver un principe de mise en 1 PASSERON Jean-Claude. « Les Voies d'une démocratisation de la lecture ». Les Actes de Lecture [en ligne]. Décembre 1986, n°16, p.68. Disponible sur : <http://www.lecture.org/> (consulté le 24 janvier 2014). 12
  16. 16. place le plus rationnel possible. La généralisation du libre accès dans les bibliothèques publiques depuis un demi siècle a renouvelé la réflexion en la matière. Il ne s'agit plus seulement de constituer un mode d'organisation pour les professionnels mais de permettre l'appropriation la plus facile possible des documents par les usagers. Que ceux-ci comprennent ou non les subtilités de la classification présidant à la structuration de l'établissement fréquenté importe finalement peu, du moment que son incarnation matérielle garantit une lisibilité suffisante. La diffusion massive de la classification décimale de Melvil Dewey en bibliothèques municipale et départementale, ainsi que celle de la classification décimale universelle de Paul Otlet et Henri La Fontaine en bibliothèques universitaires, a accompagné le lent mouvement de mise en oeuvre de la démocratisation de l'accès au savoir et à l'information. Ces deux classifications partagent le même souci de conciliation, plus ou moins effective, d'impératifs pratiques et d'idéaux logiques et scientifiques. Inspirées de l'organisation baconienne1 des connaissances, elles postulent une unité totalisante du savoir à laquelle elles appliquent une division décimale potentiellement infinie. Les classifications utilisées en bibliothèques se distinguent donc en cela de celles élaborées en philosophie des sciences, qui sont de purs systèmes de mise en ordre du savoir. Elles s'en inspirent toutefois le plus souvent2 , et là réside parfois leur ambiguité et la source de l'hermétisme de certaines mises en espace. La tentation est forte en effet, dans l'enthousiasme d'un désir encyclopédique, de vouloir faire de la classification un système total d'appréhension du monde, au risque d'oublier qu'elle se rapporte non à des idées mais à des objets, eux-mêmes inscrits dans un espace limité. Ainsi que le rappelle Bertrand Calenge3 , la classification n'est pas un exercice intellectuel abstrait mais un outil de gestion, visant à exprimer clairement une offre et une 1 Francis Bacon, dans sa théorie philosophique qui influencera profondément les Encyclopédistes, adopte une classification fondée sur des critères psychologiques : l' « histoire » regroupe les sciences de la mémoire, la « philosophie » les sciences de la raison et la « poésie » les sciences de l'imagination. 2 Toutes les classifications ne sont pas nécessairement systémiques : elles peuvent également, pour privilégier une praticité d'utilisation, ne pas se fonder sur le contenu du document. On trouve ainsi des classifications chronologique, alphabétique ou encore par format. 3 CALENGE Bertrand. Mettre en oeuvre un plan de classement. Villeurbanne, Presses de l'Enssib, 2009, 200 p. 13
  17. 17. politique documentaires en s'intégrant à un plan de classement. La classification apparaît donc indispensable pour assurer une logique intellectuelle à la collection, en reflétant une organisation du savoir et une politique documentaire unique à un établissement. Elle semble donc par nature frappée d'instabilité, d'immanence et malgré ses velléités scientifiques d'une certaine subjectivité. Toute évolution du savoir, révision du projet de la bibliothèque et par conséquent de sa politique documentaire, exige une réflexion renouvelée sur la classification. Cette mutabilité essentielle nous permet de mettre au jour une seconde caractéristique fondamentale de la collection, son dynamisme. 1.2.2. La collection, un ensemble dynamique Pour rester vivante, c'est-à-dire continuer à témoigner d'un état des connaissances, des techniques, de la société et du territoire d'inscription d'une bibliothèque donnée, la collection doit être en mouvement permanent. Ainsi que le remarque Bruno Carbone : Il s'agit ainsi d'un ensemble non fini, dans lequel non seulement l'on rajoutera des éléments, mais aussi où l'on en retirera d'autres, en sorte que la présence de ces éléments dans la collection doit être constamment confirmée par la décision de ses gestionnaires, de façon à lui conserver une cohérence dynamique. En ce sens, la notion de collection se différencie bien de la notion de fonds, laquelle correspond davantage à une réalité statique, qu'elle soit figée (fonds mort) ou qu'elle obéisse à une logique d'accumulation mécanique (fonds « vivant »).1 Plus qu'acquérir, Il faut savoir sélectionner2 , de façon pertinente, mais aussi savoir retirer soit par élimination du document, soit par réorientation dans les 1 CARBONE Bruno. « De l'esprit des collections ». BBF [en ligne]. 1995, n° 3, p. 28. Disponible sur : <http://bbf.enssib.fr/> ( consulté le 31 décembre 2013). 2 La constitution des collections ne se réduit pas à l'acquisition : les abonnements, la production de contenus sur le portail (bibliographies, sitothèques, dossiers documentaires...) participent tout autant de celles-ci. 14
  18. 18. espaces (en transférant par exemple un document en magasin, conçu comme réserve active et non comme lieu d'accumulation ). Une telle mise en mouvement exige donc de disposer d'une politique documentaire, sinon formalisée dans des textes, du moins réfléchie. Ainsi, le désherbage est défini par Bertrand Calenge comme un « acte volontariste qui associe le récolement régulier d'une collection et le retrait de certains documents d'un fonds particulier »1 . Un consensus professionnel s'est peu à peu dégagé en France depuis les années 1980 quant aux critères de désherbage2 et aux taux souhaitables de renouvellement des documents, entre 8 et 10%, afin de permettre une mise à jour permanente du fonds, à volume constant. Dans la réalité toutefois, ce taux est bien souvent plus proche des 4 à 5%. Le dynamisme d'une collection ne se limite cependant pas à sa mise à jour. Il suppose également de pouvoir mettre en avant une sélection de documents – et de produire du contenu expliquant cette valorisation, offrant un éclairage particulier sur un questionnement de société. Cette compétence, tout comme celle liée à l'acquisition, particulièrement revendiquée par les bibliothécaires et participe fortement de leur perception de leur identité professionnelle. Il s'agit donc, on le comprend, de pouvoir restructurer un segment de la collection autour d'une interrogation précise. En jouant sur la transdisciplinarité on peut alors créer des circulations nouvelles au sein de la collection, attribuer un nouveau contexte à un document et faire évoluer son 1 CALENGE Bertrand. Les Politiques d'acquisition. Paris, éditions du cercle de la librairie, 1994, p.337. 2 La méthode « IOUPI », importée et adaptée par Françoise Gaudet à la BPI dès son ouverture du fait de sa vocation d'actualité et de son impossibilité à stocker, est désormais utilisée dans de très nombreuses bibliothèques. Elle offre en effet l'avantage précieux d'une formalisation objective des critères de désherbage : Incorrect, Ordinaire, Usé, Périmé, Inadéquat par rapport à la collection. Autrement dit, on considère l'adéquation à la politique documentaire, la fraîcheur de l'information, la redondance des documents (doublons), l'usage, l'état physique. Ces critères IOUPI sont ensuite mis en rapport avec chaque classe Dewey. Ainsi : « - le premier chiffre représente le nombre d'années écoulées depuis le dépot légal ( âge de l'information contenue dans le livre) - le deuxième chiffre représente le nombre d'années écoulées sans prêt - le troisième élément se rapporte à la présence de plusieurs facteurs négatifs, appelés IOUPI. Par exemple, la formule 8/3/IOUPI se lit : est candidat à l'élimination tout livre de cette classe qui a plus de 8 ans, dont le dernier prêt remonte à trois ans, et qui possède un ou plusieurs facteurs IOUPI.[...] Si l'un des trois facteurs n'est pas significatif dans un domaine donné, il est remplacé dans la formule par X. » (GAUDET Françoise, LIEBER Claudine, ARNOULT Jean-Marie et al. Désherber en bibliothèque, manuel pratique de révision des collections. Paris, éditions du Cercle de la librairie, 1996, p. 81) 15
  19. 19. sens pour l'usager, comme proposé par Yves Aubin : Il devient alors possible de prendre des chemins de traverse, d’imaginer d’autres regards et points de vue qui embrassent de larges tableaux ou tracent une venelle hors des routes balisées des classifications. Ce qui est proposé ici est de tracer de nouveaux itinéraires des territoires documentaires. […] Les transversalités entre domaines ne sauraient être une recherche systématique de rapprochement des contraires ou des dissemblances. Elles ouvrent des voies d’appropriation qui peuvent passer par le sensible (recherche du sens), la technologie, l’étymologie ou la philosophie (ex. : le témoignage). Ces approches ne sont pas exhaustives et toutes sélections peuvent être envisagées qui permettent de donner un sens à des découvertes – autrement – d’un domaine du savoir.1 La bibliothèque municipale de Lyon propose une telle offre d'éditorialisation de contenu avec « Le point G », service disponible sur son portail tout en étant ancré dans un espace et une collection physique.Il construit un ensemble, constitué d'un fonds « genre et sexualités », de renvois à des ressources externes, d'archives et de dossiers, consacré aux problématiques de genre et d'identités gay, lesbienne, bisexuelle, transgenre et intersexuelle. Mis en oeuvre par Patrick Bazin en 2005 « point G » cherche donc à s'inscrire résolument dans des problématiques sociales et cognitives actuelles. Un tel travail suppose donc, outre une connaissance détaillée de sa collection, d'exercer une veille documentaire rigoureuse, de pouvoir produire du contenu en rapport avec des interrogations prégnantes du moment, mais peut- être surtout de réactivité. Une structuration problématique des documents est en effet par nature éphémère et instable, susceptible d'évolution permanente. Il faut donc pouvoir repenser régulièrement la scénographie de la collection, ce qui exige un investissement considérable de la part du personnel concerné. La cohérence intellectuelle et le dynamisme de la collection, que l'on peut envisager comme un organisme vivant, apparaît donc comme la pierre de touche de toute scénographie. Toutefois, l'évolution permanente du savoir et la 1 AUBIN Yves. « Espace et collections ». BBF [en ligne]. 2002, n° 6, p. 117. Disponible sur : <http://bbf.enssib.fr/> (consulté le 31 décembre 2013). 16
  20. 20. transformation des modes d'accès, d'usage voire de conception des connaissances grâce aux possibilités offertes par les ressources électroniques et numériques, nous poussent à interroger à nouveau l'organisation des connaissances et son effet sur l'espace de la bibliothèque. Nous tenterons dans la troisième partie de notre cheminement, consacrée aux évolutions à venir de la mise en espace, d'apporter des éléments de réponse. 1.3. Connaître les publics et anticiper leurs usages Si la collection constitue le point d'ancrage de la bibliothèque, qui s'impose à toute scénographie, le public se positionne de plus en plus comme son horizon. Il nous paraît donc nécessaire de nous attarder plus longuement sur l'étude des usagers pour qui les mises en espace sont conçues. Pour s'affirmer légitimement comme service multiforme d'information, lieu de vie, lieu de renforcement d'un lien d'appartenance à une communauté, la bibliothèque doit proposer une offre faisant sens pour ses usagers. Elle doit donc fonder son projet sur une connaissance fine des caractéristiques socioprofessionnelles de la population de son territoire mais aussi plus largement sur des tendances de fond sociologiques modifiant les logiques d'usage des publics (leurs attentes, leurs habitudes, les contraintes matérielles et symboliques qu'ils subissent). 1.3.1. Hétérogénéité des profils... Le développement progressif d'une connaissance de plus en objectivée des publics grâce à des enquêtes sociologiques nationales, telle l'enquête « Pratiques culturelles des français » menée depuis 1973 par le ministère de la Culture et les synthèses annuelles réalisées par le Service du livre et de la lecture, et locales, est à comprendre dans un contexte d'interrogation aigüe sur la fréquentation des bibliothèques. Lancé par l'apparition dans les années 1980 17
  21. 21. d'un discours d'échec de la démocratisation culturelle lié au constat d'une pénétration croissante de la bibliothèque au sein des publics traditionnels socio- culturellement favorisés mais d'un éloignement persistant des catégories les moins favorisées, ce questionnement devient crucial alors que les chiffres de la fréquentation et de l'inscription stagnent ou diminuent. Les statistiques du Service du Livre et de la Lecture s'accordent avec les résultats obtenus par la dernière édition, en 2008, de l'enquête « Pratiques culturelles des français »1 . La fréquentation apparaît globalement en diminution depuis 1997, passant de 31% à 28% en 20082 . Toutefois, la validité des mesures est régulièrement remise en cause, tant il est difficile de mesurer la fréquentation des usagers non-inscrits, pourtant en forte croissance depuis le tournant des années 2000, bien qu'elle connaissance pour la première fois une stabilisation en 2011. Il semble donc que l'adéquation entre l'offre des bibliothèques et les demandes des publics soit de plus en problématique. Quelles grandes tendances observe-t-on dans la population, qu'elle soit usager ou non des bibliothèques, inscrite ou non ? 1.3.1.1. Démocratisation et vieillissement Deux mouvements émergent particulièrement selon le constat fait par Olivier Donnat : une démocratisation culturelle à l'arrêt et un vieillissement du public. En effet, la fréquentation et l'inscription des catégories sociales les plus éloignées de la bibliothèque, toujours perçue comme lieu d'affirmation d'une culture légitime (ouvriers et employés, sans diplôme ou diplômés d'un CAP, BEP, BEPC) est stable. Elle tend toutefois à marquer un décrochage des franges supérieures (employés). Ce recul fait écho à celui des catégories 1 DONNAT Olivier. Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique : enquête 2008. Paris, La Découverte/Ministère de la Culture et de la Communication, 2009, 288 p. 2 Ces chiffres sont confirmés par le plus récent rapport de l'Observatoire de la lecture publique, Bibliothèques municipales : Donnés d'activité 2011. Synthèse nationale. Ministère de la Culture et de la Communication (Direction générale des médias et des industries culturelles - Service du livre et de la lecture), 2012, 141 p. Ce rapport fait en effet état d'un recul du taux d'inscrits de 2,7% de 2006 à 2011, et du taux d'emprunteurs de 0,5%. Ce dernier semble stable mais révèle en réalité, rapportée à la croissance de la population française de 6,5% sur la même période, la difficulté des bibliothèques à renouveler leur public. 18
  22. 22. favorisées (cadres et professions intellectuelles, diplômés de l’enseignement supérieur) et des catégories moyennes (professions intermédiaires, bacheliers) public traditionnel de la bibliothèque. ). S'il est difficile d'attribuer des causes à des comportements, cette érosion est sans aucun doute liée à la massification et à la diversification des usages d'Internet, au moins dans les catégories moyennes et supérieures. Des équipements informatiques obsolètes et une extension insuffisante des collections sur le web ne correspondent plus aux modes d'accès et d'appropriation du savoir, particulièrement chez les jeunes1 . On assiste à la formation d'un effet générationnel puissant2 , s'imposant aux logiques socioprofessionnelles : la bibliothèque perd de son attractivité pour les jeunes et l'est encore moins pour les « digital natives », dont l'univers culturel est marqué par la dématérialisation et la fragmentation des contenus, l'infinité des ressources et de l'espace numérique. Bref, la notion même de collection comme ensemble structuré, limité, inscrit dans un espace physique clos tend à perdre de son sens. Claude Poissenot voit dans cette désaffection des jeunes un résultat de l'incapacité des bibliothèques à intégrer pleinement les usages et les références d'une culture juvénile en perpétuel renouvellement : Bien sur, la dématérialisation de la musique a nui à l’attractivité des médiathèques. Mais on peut aussi globalement penser que le décalage dans le temps entre le moment où se diffusent des formes d’expression et celui où les bibliothèques les proposent, et le font savoir, conduit à créer une distance (réelle et subjective) entre les jeunes et les bibliothèques. Ils n’y retrouvent pas assez les supports de leur appartenance à leur génération (internet en libre accès, jeux vidéo, mangas). L’équipement se trouve alors frappé d’obsolescence et se coupe de ce public, avec le risque que cela soit durable car générationnel.3 Est-il possible pour les bibliothèques de capter par la suite cette population marquée par une représentation distante, indifférente voire négative ? D'autant 1 Que l'on peut étendre aux moins de 35 ans : les générations qui depuis la fin des années 1980 ont grandi dans un monde multimédiatique en dématérialisation croissante, marqué par l'arrivée d'Internet et le développement massive des pratiques numériques. 2 Un effet d'âge inverse continue de jouer, voyant une légère hausse de la fréquentation à partir de 35 ans. Mais celle-ci est semble-t-il surtout dûe à l'arrivée d'enfants, non à une adhésion personnelle retrouvée. 3 POISSENOT Claude. « La fréquentation en question ». BBF [en ligne]. 2010, t.55, n°5, p. 70. Disponible sur : <http://bbf.enssib.fr/> (consulté le 10 novembre 2013). 19
  23. 23. plus que cette évolution du public des bibliothèques s'inscrit dans une mutation globale des profils identitaires des individus, qu'il est crucial de prendre en compte : en persistant à s'adresser à un individu qui n'existe plus, via une offre et une mise en scène devenues pour lui incompréhensibles ou insuffisantes, bon nombre de bibliothèques se coupent d'elles-mêmes de leurs publics. 1.3.1.2. Un public hypermoderne ? En effet, l'individu contemporain tend à être considéré par les sociologues et philosophes comme un être « ultramoderne » ou « hypermoderne ». Cette hypermodernité se caractériserait par le passage d'un individualisme « abstrait » hérité de la pensée des Lumières, au nom d'une Raison émancipatrice, à un individualisme exacerbé ancré dans une revendication d'appartenance mais aussi d'indépendance. L'autonomie comme valeur suprême cède le pas à une recherche d'authenticité : le rapport à soi, aux autres et au monde ne fait sens que s'il est éprouvé, expérimenté et jugé comme coïncidant à soi. Cette promotion de l'authenticité s'accompagne d'une affirmation de l'expressivité comme mode légitime d'existence et de reconnaissance de soi. Face au rationalisme, qui présida à la représentation des bibliothèques comme temples « purs» du savoir, le registre affectif s'impose. Il prend notamment la forme d'une valorisation du vécu, de la plus- value émotionnelle et cognitive apportée par l'expérience personnelle. Le « story-telling », narration de soi ou des autres, connaît ainsi depuis quelques années un développement foudroyant et constitue d'ores et déjà un mode de communication incontournable, y compris pour les bibliothèques, qui pour attirer cet individu hypermoderne doivent pouvoir parler son langage. Cette authenticité renouvelée se caractérise également par une intensification paradoxale de l'individualisme : si le moi devient la mesure de toutes choses, ne reconnaît une validité qu'à ce qu'il a testé et choisi, il ne cesse pour autant de revendiquer de plus en plus ses appartenances à des communautés – réelles ou virtuelles. Ces affinités électives sont fondées sur un 20
  24. 24. partage égalitaire de gouts et de valeurs et dressent un portrait complexe de l'individu contemporain, à la fois autonome et toujours déjà inscrit dans de multiples réseaux relationnels. A l'inverse, l'individu pris dans un rapport réflexif et critique croissant à soi et au monde manifeste une défiance croissante envers les institutions porteuses des autorités et légitimités traditionnelles : la bibliothèque est très souvent à ce titre perçue comme le lieu de valorisation d'une culture classique, « scolaire » imposant un certain rapport hiérarchique. Celui-ci, peut être vécu, particulièrement par les populations issues des catégories socio-professionnelles les moins favorisées et les plus éloignées de cette culture dite légitime, comme une domination, une violence symbolique perpétuant une logique d'exclusion peu à peu intériorisée. Bref, l'individu revendique avant tout sa liberté de choix, qui se traduit par la multiplication dans un même moment des appartenances, des contextes socio-culturels, des identités. La singularité irréductible, vécue à la fois comme un mode d'existence et parfois comme une obligation, naît de la combinaison unique d'éléments constitutifs choisis et de ceux hérités d'un collectif social et culturel sédimenté : L'appropriation des caractéristiques collectives est le vecteur d'une singularisation personnelle. l’appartenance est subjectivante parce qu’elle est revendiquée et elle est cultivée pour la subjectivation qu’elle produit1 . Ces communautés choisies permettent de faire reconnaître et éprouver son identité par leurs membres, mais également de retendre un lien social distendu. Elles sont chargées affectivement, assurant une fonction de « cocooning » : des espaces refuges, centrés sur soi, au risque de se couper du monde extérieur. C'est cette dimension de cocon chaleureux, libéré pendant le temps d'une visite des pressions sociales, que les bibliothèques inspirées par les réflexions sur le « troisième lieu » théorisé par Ray Oldenburg et Robert Putnam puis introduit dans le champ de réflexion des bibliothécaires français par Mathilde Servet, tentent de recréer. Tiers lieu intermédiaire entre le travail et 1 GAUCHET Marcel. La Religion dans la démocratie. Parcours de la laïcité. Paris, Gallimard, 1998, p. 92. 21
  25. 25. le foyer, le public et le privé, l'espace de la bibliothèque devient l'occasion d'un recentrement sur soi par le biais notamment d'une sociabilité apaisée – tout en prenant garde à le maintenir ouvert, par les services offerts et la collection, sur le monde. Ce sont des profils pluriels et fluides qui apparaissent : chaque individu développe une multiplicité de rôles sociaux, d'habitudes, de positionnements culturels parfois contradictoires, qu'il active en fonction des contextes. Il se caractérise donc, ainsi que l'affirme Bernard Lahire1 , par une pluralité de dispositions et par une dissonance culturelle croissante. Les goûts se diversifient et les pratiques se font dans le même mouvement de plus en plus hétérogènes. Un usager pourra donc souhaiter, au cours de la même visite, voire pour certaines activités simultanément, boire un café avec des amis, visiter une exposition, lire le dernier roman en tête des ventes et assister à une conférence en ligne donnée par un universitaire à l'autre bout du monde. Cet éclectisme des pratiques désormais assumé (l'usager ne craint plus de s'exposer au regard du bibliothécaire, longtemps perçu à tort ou à raison comme critique, et n'hésite plus à emprunter en même temps La Chartreuse de Parme et l'intégrale des Star Wars) est fortement nourri par les nouveaux modes d'accès au savoir. Les pratiques tendent à adopter les caractéristiques de la culture internet : fragmentation, dématérialisation, réactivité, gratuité, interactivité. Elles encouragent un décloisonnement des pratiques et des univers culturels, la possibilité de circuler librement de l'un à l'autre. Elles invitent également à une participation active dans la sélection et la création de l'information et des oeuvres : dans cette culture du choix, l'individu se définit de plus en plus comme un amateur, au sens premier du terme. Celui qui aime – et qui se plaît à partager ses gouts sur les réseaux communautaires – et qui aime faire, encouragé en cela par les possibilités d'auto-diffusion et d'auto-production offertes par internet et les ressources numériques. Patrice Flichy parle même d'un « sacre de l'amateur »2 . 1 LAHIRE Bernard. La Culture des individus. Paris, La Découverte, 2004, 777 p. 2 FLICHY Patrice. Le Sacre de l'amateur. Sociologie des passions ordinaires à l'ère numérique. Paris, Seuil, 2010, 96 p. 22
  26. 26. On voit donc se dessiner chez l'usager, réel ou potentiel, de nouvelles mobilités. Exprimant des gouts de plus en éclectiques, il revendique de voir reconnu son parcours personnel, désireux ainsi d'affirmer son authenticité et sa singularité, y compris à travers la déclinaison pluridimensionnelle de ses appartenances. Face à cet individu protéiforme, la bibliothèque peine à prendre en compte cette identité fluide. Les bibliothécaires doivent s'attacher à mener une réflexion complexe sur le développement de scénographies en phase avec une mobilité hétéroclite. 1.3.2....Et des usages des publics Il est impossible de dresser un tableau exhaustif des usages en bibliothèque, qui se multiplient à mesure que l'éclectisme culturel devient la norme, et que les offres de services et de supports documentaires augmentent. Ils lisent, feuillettent, empruntent, travaillent, sur papier, liseuse, tablette. Ils consultent des films, de la musique, des périodiques, physiquement ou via le portail. Ils discutent, rencontrent des amis, fréquentent un café, visitent une exposition, participent à un atelier. Ils passent et séjournent. Ils tiennent salon et ne restent que le temps d'emprunter. Ils viennent pour se mettre au chaud et pour rédiger leur CV.Ils chahutent et ils dorment. Ils posent une question à un bibliothécaire et ils téléphonent. Ils utilisent les services physiques et ceux à distance. Ils vont à la bibliothèque et ils attendent qu'elle vienne à eux. Ils se conforment aux désirs et représentations des bibliothécaires et en créent d'inattendus. Ils respectent le règlement et ils s'y opposent. Parmi cette infinie diversité, nous avons choisi d'examiner les usages les plus directement liés à la scénographie des collections, ceux qui concernent le rapport des publics à l'espace et au classement. 23
  27. 27. 1.3.2.1. Usages de l'espace L'appropriation de l'offre de la bibliothèque passe en premier lieu par la compréhension de la façon dont l'espace est structuré. La structure doit être lue et décodée, les attentes et symboles dont elle est porteuse doivent être déchiffrées ; l'usager peut alors choisir de se conformer à l'organisation prédéfinie, parce qu'elle correspond à ses propres besoins ou par désir inconscient d'adhérer à un cadre normatif. En respectant les usages « normaux », l'individu s'affirme aux yeux des professionnels et des autres usagers comme appartenant à la communauté du public. A l'inverse, la transgression de l'ordonnancement spatial apparaît parfois comme nécessaire à la revendication de son identité : les pré-adolescents et jeunes adolescents peuvent ainsi avoir l'impression de se trouver dans un no man's land symbolique. Plus enfants mais pas encore adultes (les bibliothèques posant des limites plus ou moins rigides à l'entrée légitime dans cet espace), ils risquent ainsi de s'éloigner de la bibliothèque par manque d'identification. Les usagers peuvent également choisir de détourner des espaces en fonction de leur propre logique d'usage. Parce qu'un secteur est trop peuplé, parce que l'ambiance ne convient pas, un lecteur en investira ainsi un autre. Ces micro-transgressions à la norme réelle ou représentée1 , tolérées tacitement par les bibliothécaires ou explicitement dans des règlements intérieurs et chartes d'utilisation, tendent à une forme de privatisation de l'espace public. Il s'agit en effet, de manière plus ou moins consciente, de persister à exister et à se faire reconnaître comme individu singulier au sein du collectif rejoint lorsque le seuil de la bibliothèque est franchi. Tous les espaces et toutes les activités ne s'y prêtent pas également, tous les usagers ne souhaitent pas se défaire d'un rapport strictement anonyme à la bibliothèque. 1 L'inertie des représentations est particulièrement prégnante en bibliothèque. La plupart des établissements encouragent la circulation des documents entre les secteurs et laissent libres les usagers de parler, téléphoner, manger...dans la mesure où ces activités ne nuisent ni aux collections ni aux autres usagers ; une très large part du public continue toutefois à s'imposer le silence et un rapport ascétique au savoir. La bibliothèque-cathédrale, reposoir sacré du savoir, reste bien vivante malgré l'effort des bibliothécaires eux-mêmes, dans l'imaginaire collectif. 24
  28. 28. La grande différence d'usage semble donc bien désormais se faire non entre emprunteurs et non-emprunteurs, inscrits et non-inscrits, mais entre passants et « séjourneurs » entretenant un rapport moins utilitaire à la bibliothèque, perçue comme offrant de multiples ressources mais également comme lieu de vie. Différents éléments entrent en jeu, à commencer par la posture, l'expression corporelle. Le mobilier peut d'ailleurs encourager cette affirmation d'une subjectivité singulière en la mettant en valeur : on ne transmet pas la même image de soi en feuilletant des livres debout ou assis sur un fauteuil confortable. La privatisation passe également par l'utilisation d'objets, pour marquer un emplacement en y posant un sac, des livres, ou pour former des niches intimes. On voit ainsi des usagers déplacer des chaises dans les recoins les moins fréquentés, empiler des livres sur une table pour se couper du reste de la salle. 1.3.2.2. Usages de la classification et du classement L'existence d'un système de classification est immédiatement perceptible par tous les usagers mais la logique qui le sous-tend est quant à elle beaucoup plus difficile à saisir : les usagers ne sont pas tous égaux devant cette organisation et le libre-accès offert ne suffit pas à lui seul à garantir une appropriation signifiante du savoir. C'est d'ailleurs là le diagnostic dressé dès 1982 par Jean-Claude Passeron : Le libre-accès dont le but idéal est l'autonomie de la demande n'en est pas le moyen magiquement efficace : son succès exige des usagers, à défaut de la connaissance de la carte, celle du territoire ; à défaut du capital culturel, inégalement réparti on le sait, un capital de familiarité indigène avec le lieu et les choses, différemment mais inégalement réparti lui aussi.1 Pour Passeron, l'orientation dans la bibliothèque dépend de la maîtrise de la « carte », c'est-à-dire des catégories intellectuelles acquises au fil de la scolarisation et sur lesquelles sont construites le plus souvent les classification, et/ou du « territoire », c'est-à-dire d'un repérage spatial du lieu acquis au fil des 1 PASSERON Jean-Claude. « Images en bibliothèque, images de bibliothèques ». BBF [en ligne]. 1982, t.27, n° 2, p. 76. Disponible sur : <http://bbf.enssib.fr/> Consulté le 19 janvier 2014. 25
  29. 29. visites. La possession d' capital culturel en adéquation, lié pour bonne part au niveau scolaire, à la détention de diplômes et à un héritage socio-culturel, va donc permettre un usage plus aisé du libre-accès. Dès lors que les principes présidant à la classification sont au moins grossièrement compris, il est possible de se diriger dans la plupart des établissements en appliquant la « carte » au « territoire ». En revanche, le repérage bâti sur un capital d'habitude est beaucoup fragile, soumis aux aléas des réorganisations1 et valable pour un seul établissement. On comprend donc tout l'intérêt d'une signalétique efficace pour permettre aux usagers de percevoir progressivement la logique à l'oeuvre. L'utilisation de repères spatiaux (le mobilier, les documents eux-mêmes) n'est toutefois pas nécessairement le signe d'un défaut de maîtrise des codes de la bibliothèque. Elle peut également résulter du choix de la recherche à tâtons, au gré des rayonnages, par gout de l'inattendu ou par refus des classifications. Ce mode de recherche dynamique encourage un échange dynamique entre l'offre et la demande de l'usager : les documents sont parcourus, suscitent par association de nouvelles envies, jusqu'au moment où un équilibre se crée entre la proposition effective et l'attente, consciente ou non. On retrouve par ailleurs, comme pour l'espace, un phénomène de privatisation du classement, participant de son appropriation. Il est particulièrement flagrant dans les bibliothèques universitaires : les usagers déplacent des documents, les dissimulent derrière d'autres, afin de s'en assurer le monopole. Le public ne subit donc pas plus le classement que la mise en place, et tente au contraire d'en devenir acteur. Tout changement majeur d'organisation logique et spatiale des collections vient donc remettre en cause les deux types d'appréhension du lieu. C'est là le constat dressé par Eliseo Véron dans une enquête fondatrice consacrée à l'appréhension de l'espace par les publics2 , invitant les 1 Dont la capacité à engendrer des désorientations n'est pas nécessairement corrélée à l'ampleur de la modification. En effet, les réaménagements importants font l'objet d'une communication spécifique (renseignements donnés par les bibliothécaires, distribution de plans, évolution de la signalétique). En revanche l'usager se trouve souvent seul pour gérer les micro-aménagements (déplacement d'un fauteuil, d'une table des nouveautés, etc.), qui relèvent de l'évidence pour les bibliothécaires. 2 VÉRON Eliséo. Espaces du livre. Perceptions et usage du classement et de la classification en 26
  30. 30. bibliothécaires à considérer avec soin l'organisation tout en relativisant celle-ci. En effet, selon les résultats de l'enquête menée dans quatre bibliothèques municipales dotées de scénographies à chaque fois différentes, quelle que soit finalement la classification adoptée, les usagers s'en accommodent (ne serait- ce qu'en s'y opposant) dès lors qu'elle est lisible. Le plus important est d'éviter les scénographies extrêmes car trop clivantes, et surtout de maintenir une certaine stabilité afin de permettre la familiarisation. Il ne s'agit pas toutefois de conclure à une inutilité des choix de mise en espace mais bien plutôt d'intégrer la perception des usagers : si la scénographie s'adresse à tous les publics, ne vise à exclure aucun type d'usager, elle ne pourra éviter de favoriser certaines pratiques. Cet écart pourra être corrigé grâce à des stratégies de contournement de la mise en espace principale, comme nous le verrons. Tout dépend alors de quel type de public on considère, selon les particularités de la population du territoire desservi, et de la façon dont ce public et ses usages s'inscrivent dans un projet. L'approche sociologique fournit des données précieuses à la compréhension des usagers mais n'offre pas un modèle préfabriqué d'organisation des bibliothèques. 1.4. Conclusion Les contraintes pesant sur les bibliothécaires chargés d'organiser leur fonds sont donc multiples. Les documents, et le plus souvent le bâtiment, s'imposent en premier lieu en déterminant des exigences d'accessibilité, de gestion des volumes, d'appréhension de l'espace nécessité par un support et un usage. A ce premier niveau, technique, de facteurs agissants, se superpose un niveau cognitif et symbolique : le choix d'une classification et sa traduction matérielle dans un classement. Participant d'une certaine conception du savoir et du projet de l'établissement, la collection pour rester légitime et attractive, doit constituer un système, un et dynamique. Ce n'est en effet qu'en intégrant les évolutions technologiques et sociales qu'elle peut faire sens pour une bibliothèque. Paris, BPI-Centre Pompidou, 1989, 96 p. 27
  31. 31. population elle-même inscrite dans de profondes mutations identitaires. Un troisième niveau, sociologique, s'impose donc au deux premiers en leur donnant un horizon de sens. Pour disposer d'une compréhension la plus complète possible des facteurs à l'oeuvre dans la mise en espace des collections, la conception systémique semble s'imposer. En modélisant ainsi les interactions entre les éléments, de nature et d'intensité variables, on peut tenter d'élaborer la scénographie la plus adaptée à une population donnée, pour une collection donnée. Face à des publics de plus en plus complexes et hétérogènes, exigeant de voir reconnues leurs singularités et leurs pratiques culturelles, revendiquant leur autonomie mais s'inscrivant dans des appartenances multiples, la bibliothèque doit faire le pari de l'invention de nouveaux espaces, de la fluidité et du décloisonnement. Comment dès lors structurer les espaces de telle sorte qu'ils puissent répondre à toutes les exigences, parfois contradictoires, des publics et des bibliothécaires ? 28
  32. 32. II. COMMENT SUSCITER LA RENCONTRE ENTRE PUBLICS ET COLLECTIONS ? 2.1. Comment structurer les espaces ? À terme, au-delà des questions théoriques de conception d’un cadre intellectuel et d’interprétation des missions de l’établissement, il s’agit très pragmatiquement pour le bibliothécaire de savoir comment ranger sa collection de telle sorte qu’il y ait coïncidence entre le placement des documents et la circulation des usagers. La bibliothèque de lecture publique propose un échantillon de connaissances préalablement défini par les professionnels et réparti selon un ordre devant être compris par l’usager, favorisant une certaine liberté, une autonomie et attisant sa curiosité afin qu’il puisse se déplacer entre les rayons et découvrir des ouvrages qu’il n’aurait pas empruntés de lui-même. 2.1.1. Par support et/ou par public 2.1.1.1. Structurer les espaces par public La satisfaction des usagers devient un critère majeur de légitimité des établissements, à mesure qu'une logique d'évaluation des bibliothèques pénètre dans les usages professionnels. Il pourrait donc sembler cohérent de chercher à organiser les collections en fonction d'une typologie des publics, afin de tenter de garantir une adéquation la plus grande possible entre l'offre et les attentes. Cette structuration prend souvent la forme partielle d'une sectorisation des espaces adulte et enfant, fondée sur le postulat1 d'une séparation majeure 1 Ce postulat est d'ailleurs discutable : le facteur des niveaux de documents tend à jeter la confusion sur 29
  33. 33. des pratiques, des besoins et des attentes. L'adulte et l'enfant constitueraient donc dans l'esprit des bibliothécaires deux types radicalement distincts. Une telle logique menée à son terme supposerait de différencier tous les espaces de la bibliothèque en les consacrant à des profils types d'usagers. L'intention est certes louable, mais la mise en oeuvre se révèle problématique tant intellectuellement que matériellement. En effet, selon quel critère opérer une telle distinction, alors même que les individus vivent une identité et des pratiques culturelles de plus en plus nombreuses et hétérogènes ? Faut-il créer des espaces réservés pour les séjourneurs et les adeptes des visites éclairs ; pour les emprunteurs et les fréquentants non inscrits ? Jusqu'à quel degré de raffinement pousser la catégorisation ? La stricte corrélation d'un espace à un type d'usager nécessiterait un espace infini. Par ailleurs, la réduction d'un usager à un type de pratique reviendrait à le transformer en usager archétypal, niant ainsi la complexité de sa subjectivité et la fluidité intrinsèque du social. Cela revient donc, on le comprend, à perpétuer, sur un mode certes renouvelé, un processus de sélection des publics et donc d'exclusion : attribuer un profil unique à un individu, c'est en effet le priver de l'accès aux autres catégories et l'enfermer dans cette identité réduite1 . Bref, une telle entreprise de mise en espace, dès lors qu'elle est appliquée systématiquement à la bibliothèque, ouvre sur une double aporie et se révèle inopérante. On ne trouve d'ailleurs en bibliothèque qu'une segmentation partielle par publics, couplée le plus souvent à une organisation thématique ou par support.2 la séparation. De même l'évolution des livres pour enfants au graphisme de plus en plus recherché, qui en fait de véritables livres d'art dont on peine à voir en quoi ils ne pourraient pas intéresser les adultes. 1 Au risque de naturaliser cette identité figée. La frontière est parfois mince entre déterminant et déterminisme. 2 Une telle utilisation partielle du principe permet de réduire l'effet de cloisonnement induit. Ainsi, le choix a été fait à la médiathèque Méjanes d'Aix-en-Provence de subdiviser une salle en deux espaces, adulte et jeunesse, en évitant de matérialiser la séparation par des murs. La division par public est atténuée par la structuration thématique. Le passage d'un univers à l'autre est manifesté par le placement des rayonnages, ainsi que par la position d'une banque d'accueil et d'un double escalier entre les deux espaces. 30
  34. 34. 2.1.1.2. Structurer les espaces par type de support L'avènement dans les bibliothèques françaises du modèle de la médiathèque, dans les années 1980, a entraîné l'apparition du problème de la gestion des divers supports. Le développement des supports liés aux technologies informatique et numérique lui confère depuis quelques années une nouvelle urgence. Ce mode de structuration, fondé sur la dissociation du contenu et du contenant, est pour ses défenseurs censé favoriser l'appropriation des collections en libre accès. La spatialisation qui en résulte apparaît en effet aisément lisible. Les multiples discothèques et vidéothèques1 qui essaimèrent jusqu'au tournant des années 2000 témoignent de sa popularité, par la suite remise en cause, auprès des professionnels : une telle organisation offre un regard global sur la collection, dont les subdivisions disciplinaires sont à chaque fois potentiellement toutes contenues dans les différents espaces. On recrée donc le paysage documentaire en miniature, ce qui serait propre à stimuler la curiosité de l'usager et à favoriser la diversité de son appropriation des savoirs, tant dans les contenus que dans les technologies en passant d'un support à un autre. Une organisation par support ne va cependant pas sans poser problème. En effet, la multiplication des supports liés au numérique rend une telle division impossible, à moins de risquer de vider la collection de sa cohérence en la déclinant à l'infini dans autant de « -thèques » juxtaposées. De plus, la dématérialisation croissante de l'information pose le problème de la traduction physique de la collection virtuelle qui par définition, n'est pas limitée à un seul support. Comment segmenter les supports numériques ? Serait-il cohérent, et clairement compréhensible pour le public, de séparer les disques magnétiques (les disques durs) des disques optiques (DVD, Blu-ray et CD, dont la disparition est plus qu'annoncée) et des mémoires flash (les clés USB), alors qu'un même fichier sera lisible sur tous ? Par ailleurs, le manque de certitude quant à l'avenir des différents 1 Les artothèques et ludothèques représentent quant à elles un genre à part, mêlant classement par support et par grand domaine. 31
  35. 35. supports pose le problème de la spécialisation des équipes ; une expertise poussée dans un support obsolète n'est pas nécessairement transposable. C'est par exemple la situation vécue par les discothécaires. 2.1.3. Par centres d’intérêts L'émergence du classement par centre d'intérêt remonte en France aux années 1980, bien que les premières expériences aient tenu place aux Etats- Unis dans les années 1940. Après guerre, de nombreuses bibliothèques britanniques, étasuniennes et allemandes ont adopté ce schéma. Son introduction en France s'inscrit dans un contexte de remise en cause identitaire des bibliothèques et bibliothécaires provoquée par le constat de l'échec des politiques militantes de démocratisation culturelle. Si la diffusion a bien connu une forte croissance liée à l'augmentation de l'offre et des services, les enquêtes sociologiques que nous avons évoquées précédemment mettent au jour une perpétuation des hiérarchies socioculturelles traditionnelles. Ce début de crise de confiance se déroule sur fond de prise de conscience médiatisée de l'existence d'un illettrisme massif dans la population : les non-lecteurs et les faibles lecteurs acquièrent une visibilité soudaine, ne rendant que plus flagrante leur absence en bibliothèque. Un tel environnement encourage donc le questionnement des classifications et de leur traduction physique dans des classements : si la Dewey, notamment, et les classements qui la suivent plus ou moins rigoureusement, sont incompréhensibles pour un public éloigné de la lecture et de la culture légitime, comment mettre en place une organisation qui soit la plus simple et claire possible ? Il s'agit de rompre avec les classements liés aux classifications décimales fondées sur des disciplines universitaires, à commencer par la Dewey ; celle-ci est en effet jugée comme trop élitiste, reproduisant un paysage culturel légitime issu des catégories sociales dominantes. Ce type de 32
  36. 36. classification empêcherait donc par principe toute démocratisation culturelle : son appropriation, et donc la possibilité de se repérer dans une bibliothèque, nécessiterait la possession d'un capital culturel élevé, lié à la longueur de la scolarisation. Bref, pour reprendre l'image développée par Jean-Claude Passeron, elle supposerait la maîtrise de la « carte » intellectuelle. Ainsi que le pose Richard Roy, qui a participé à Grenoble à une restructuration par centres d'intérêt, les classements traditionnels seraient en totale opposition aux logiques des individus les moins favorisés socioculturellement, contribuant ainsi à les faire déserter la bibliothèque faute de pouvoir comprendre ses codes et s'y reconnaître : Ni une énumération alphabétique de sujets précis, ni un rangement selon des catégories calquées sur les disciplines de l'enseignement n'ont de chance de rencontrer la démarche du grand public. Si l'on ajoute à cela que celui-ci ne vient également en quête d'un auteur ou d'un titre particuliers que dans une infime minorité de cas , on aura un tableau assez noir de la situation et de ses chances d'évoluer favorablement à l'avenir.1 Le fractionnement de la collection par grandes disciplines serait donc contre- intuitif pour une majorité d'usagers, qui chercheraient avant tout un sujet, selon leurs intérêts propres, et non un auteur ou un domaine spécifique de la connaissance. De plus, en éparpillant les documents, on risquerait de créer une sorte d'effet de masse empêchant tout point de vue global sur la collection : l'amplitude physique – et par suite symbolique – du fonds s'imposerait au public. L'usager écrasé par le poids du savoir, ne disposant pas des repères nécessaires pour s'orienter, serait donc condamné malgré l'effort d'accompagnement des bibliothécaires à rester dans un rapport d'extériorité aux documents. En réaction à ce sombre constat, le classement par centre d'intérêt – qu'il s'inscrive dans une utilisation continuée de la Dewey ou qu'il bouleverse 1 ROY Richard. « Classer par centres d'intérêt ». BBF [en ligne]. 1986, n° 3, p. 226. Disponible sur : <http://bbf.enssib.fr/> (consulté le 24 janvier 2014). 33
  37. 37. également la classification – permettrait véritablement de faire graviter les collections autour de l'usager, et non plus l'inverse. La référence à la perception visuelle revient d'ailleurs fréquemment dans le discours des tenants d'un tel classement. Pour Brigitte Richter, qui a oeuvré à la restructuration des espaces de la médiathèque du Mans, chaque secteur doit tenir dans le champ de vision de l'usager afin de pouvoir en permanence être perçu dans son intégralité. Dès lors la signalétique, par le recours à des idéogrammes et des systèmes de couleurs, joue un rôle crucial pour instaurer des repères, de même que le mobilier1 : pour préserver ce point de vue englobant sur des petites unités2 , il faut éviter les alignements de rayonnages, qui multiplient les points de fuite, et placer les documents uniquement face à l'usager afin de garantir une lisibilité maximale3 . L'usager devient donc le centre des collections, et devient également un acteur à part entière du classement. En effet, celui-ci ne peut que se fonder sur une connaissance extrêmement fine des gouts et des attentes du public de la bibliothèque, réel ou potentiel. Dans une enquête menée auprès de jeunes travailleurs, de 18 à 23 ans, Nicole Robine a ainsi pu mettre au jour de multiples centres d'intérêt : le « vécu » (les problèmes sociaux et relationnels), l'action, la nature et les animaux, l'humour et les bandes-dessinées, le sport, la vulgarisation scientifique et technique, l'histoire, les témoignages et (auto)biographies, la poésie4 . De tels domaines reflètent donc les représentations que les usagers se font du savoir, de leurs gouts et de leurs besoins, ainsi que leur manière de parcourir les rayonnages et de rechercher. On peut décloisonner les savoirs, les genres et les supports : rien n'interdit par exemple, malgré les réticences de très nombreux bibliothécaires en la matière, de faire se côtoyer dans une zone histoire un essai universitaire sur la Rome antique, un exemplaire de Quo Vadis et les DVD de la série Rome. 1 RICHTER Brigitte. « Espaces de la lecture ». BBF [en ligne]. 1988, n° 6, pp. 444-449. Disponible sur : <http://bbf.enssib.fr/> (consulté le 04 janvier 2014). 2 Plus faciles à appréhender pour l'esprit humain, mais également moins intimidantes pour des publics dont le rapport à la bibliothèque, perçue comme lieu de sacralisation du savoir légitime, ne va pas de soi. Il s'agit pour ainsi dire de redonner à ce savoir une taille humaine en lui faisant quitter son piédestal. 3 Le classement par centre d'intérêt suppose donc une aération des espaces, et par conséquent un travail important de désherbage : rien n'est plus illisible qu'une interminable rangée de rayonnages croulant en recto et en verso sous une masse de livres. 4 ROBINE Nicole, Les Jeunes travailleurs et la lecture, Paris, Documentation française, 1984, 266 p. 34
  38. 38. La bibliothèque Guillaume Apollinaire de Pontoise a ainsi réorganisé en 2000 son espace jeunesse en 9 secteurs, identifiés par thème général (lui- même subdivisé) et par couleur : – 000 (noir) : l'homme dans l'univers – 100 (gris) : le monde autrefois – 200 (jaune) : pays et peuples – 300 (marron) : l'homme en société – 400 (vert) : l'homme et la nature – 500 (rouge) : du savant à la machine – 600 (bleu) : l'homme artiste – 700 (orange) : l'éveil de l'enfant – 800 (blanc) : le coin des dicos Sur chaque document est collé un carré de couleur identifiant le centre d'intérêt. Sur ce carré est ensuite collé un dessin identifiant le sous-centre d'intérêt, ainsi qu'un indice de 3 chiffres : il n'y a donc plus de surimposition, au sein d'un segment, d'un rangement par ordre alphabétique. Cette organisation est rendue possible par la taille réduite de chaque subdivision (entre 30 et 50 documents). Ce système de classement suppose donc une grande souplesse dans la constitution et la gestion des secteurs, ainsi qu'une capacité d'évolution permanente, au gré des transformations des gouts des publics et des questions de société. Jusqu'où dès lors aller dans cette prise en compte sans transformer la collection en simple enregistrement des effets de mode ? Les problèmes posés par ce type de classement apparaissent multiples. La réactivité nécessaire pour adapter les secteurs exige notamment une organisation complexe du personnel. Quels agents doivent-être chargés de la mise à jour du classement ? Comment traduire cette orientation dans la politique documentaire tout en conservant sa légitimité et sa cohérence ? En effet, les centres d'intérêts sont par nature éphémères et totalement subjectifs tandis que la bibliothèque, en tant que service public visant à desservir 35
  39. 39. également toute une population est soumise à une exigence d'objectivité des critères de sélection documentaire. On peut craindre à l'inverse un certain effet réducteur d'un tel classement, nuisant aux principes d'ouverture, de diversité et d'encyclopédisme de la politique documentaire. Par ailleurs, il faut pouvoir assumer le cout des enquêtes sociologiques poussées indispensables à la connaissance fine des usagers existants et de la population d'un territoire donné dans son ensemble, tout ou en gardant conscience que chaque usager conserve une singularité irréductible. Dès lors, comment « prévoir où le lecteur s'attendra à le trouver ou, plus exactement, à côté de quels autres livres il ira le chercher »1 ? Le système des centres d'intérêts semble finalement obtenir un résultat contraire à celui souhaité, l'autonomisation du public : une mise en espace de ce genre ne peut en effet qu'être spécifique à un territoire, en fonction d'une population. L'usager apprend donc à se repérer dans un établissement donné, mais n'intègre pas les codes fondamentaux lui permettant de circuler dans n'importe quelle bibliothèque de lecture publique. Bref, on l'encourage à s'orienter dans le territoire, mais pas à savoir comment lire la carte. 2.1.4. Par pôles thématiques La mise en espace des bibliothèques par pôles thématiques, suppose la segmentation des collections en grands thèmes qui peuvent, eux-mêmes, être divisés en sous-catégories. Comme tous les autres systèmes de classement présentés, ce qu'on a parfois appelé « départementalisation » vise à corriger les effets négatifs des classifications décimales linéaires sur la perception de l'usager. Son adoption est en cours de généralisation dans les bibliothèques publiques ; la réorganisation de la bibliothèque de la Part-Dieu en 1995, lancée par Jean-Louis Rocher et achevée par Patrick Bazin, a joué dans sa promotion 1 ROY Richard. op.cit., p. 228. 36
  40. 40. un rôle moteur. Son existence dans un établissement ne signifie pas toutefois sa pleine réalisation : elle n'est souvent que partielle, les bibliothécaires bricolant le plan de classement pour l'adapter aux contraintes du lieu, des attentes du public mais aussi de l'organisation du personnel. En effet, la thématisation physique nécessite pour fonctionner pleinement un bouleversement des organigrammes, remettant en cause la spécialisation par disciplines ou par support des agents et encourageant la transversalité. Le contenu est privilégié aux supports, qui sont mêlés au sein d'un pôle de façon plus ou moins poussée1 . L’espace de libre accès est organisé selon des pans de connaissance dont les découpages varient. Cette liberté des bibliothécaires, en fonction de contraintes propres à un lieu et à une politique documentaire, permet de réaffirmer leur rôle d'accompagnement dans la présentation du savoir. Elle confère de plus une souplesse appréciable au classement, capable d'évoluer en fonction des transformations des connaissances et des débats de société. La bibliothèque de la Part-Dieu propose par exemple une division en huit pôles documentaires, dont un pôle de référence trans-thématique, le Guichet du savoir : - Arts et loisirs - Civilisation - Jeunesse - Langues et littératures - Musique - Sciences et techniques - Société - Guichet du savoir En brisant les frontières disciplinaires établies par la Dewey, on peut ainsi reformer une unité du savoir. La linéarité est partiellement supprimée, en rapprochant par exemple la linguistique et la littérature, respectivement 400 et 800 en Dewey. Le paysage documentaire obtenu est alors plus en adéquation 1 On peut ainsi recréer une séparation par support au sein d'un pole. La BPI distingue ainsi les collections de livres et les supports audio. D'autres bibliothèques proposent une juxtaposition des imprimés sur les rayonnages et des CD-DVD dans des bacs ; c'est le cas par exemple dans le pole « Arts du spectacle » de la Méjanes d'Aix-en-Provence. Un mélange intégral semble plus problématique : le format des CD et DVD se prête mal au rangement sur tranche dans un rayonnage. 37
  41. 41. avec la représentation que se font la plupart des usagers du savoir, comme ensemble interconnecté : L’encyclopédisme de la Dewey, traduit dans sa structure décimalisée, ne correspond pas à l’encyclopédisme fragmenté, filtré par la logique des départements thématiques […]1 La classification décimale n'intervient que dans un second temps, afin de permettre une localisation précise du document. L'usager peut ainsi appréhender de façon plus autonome et plus souple l'apprentissage du déchiffrage de cotes. Ce décloisonnement des savoirs encourage la transdisciplinarité et la multiplication des points de vue, ainsi que des niveaux, sur un sujet. Toutefois, cette interdisciplinarité a ses limites, ne serait-ce que parce que les disciplines du savoir continuent d'exister de manière sous-jacente2 . Or, un examen de l'état actuel des connaissances, particulièrement dans les sciences, révèle une complexification et spécialisation croissante des domaines. Chacun est en effet subdivisé et décomposé en sous-disciplines toujours plus précises mais toujours plus distantes de la discipline originale, tendant ainsi à gagner leur autonomie. Le danger est donc de reproduire au sein des pôles thématiques une hyperspécialisation des domaines, nuisant à la transversalité des collections et des services : La frontière disciplinaire, son langage et ses concepts propres vont isoler la discipline par rapport aux autres et par rapport aux problèmes qui chevauchent les disciplines.3 L'autonomie de chaque secteur risque ainsi de mener à recréer des cloisonnements fonctionnels, les équipes devenant des spécialistes limités à un 1 BEGUET Bruno et HADJOPOULOU Catherine. « Les collections en libre accès de la Bibliothèque nationale de France : organisation par départements et usage de la Dewey ». BBF [en ligne]. 1996, t. 41, n°4, p. 41. Disponible sur : <http://bbf.enssib.fr> (consulté le 10 décembre 2013). 2 La production éditoriale suit largement ces grands domaines : les efforts du bibliothécaire achopperont toujours sur les qualificatifs attribués au document lui-même par l'auteur et/ou l'éditeur. 3 MORIN Edgar. « Interdisciplinarité et transdisciplinarité ». Transversales, Science, Culture. 1994, n°29, p.5. 38
  42. 42. pôle. 2.2. Comment garantir une perception des espaces par les usagers ? La mise en espace des collections ne se limite pas au choix d'un système de classement. Il faut en effet pouvoir conduire l'usager du seuil de la bibliothèque aux collections elles-mêmes : il faut pouvoir attirer l'attention, susciter le désir. La signalétique, le mobilier, les modes de circulation participent de ce processus ludique instauré avec l'usager. Il s'agit de lui donner suffisamment d'information pour qu'il puisse s'orienter dans l'espace et dans les collections, tout en le laissant libre de ses parcours. L'information donnée doit toujours viser un au-delà : l'envie du public d'aller un peu plus loin, d'emprunter des chemins imprévus. 2.2.1. Fluidité 2.2.1.1. Circulation(s) et lisibilité Cette envie est en premier lieu soulevée par la facilité de progression dans les lieux. La bibliothèque-labyrinthe fascine dans les romans de Borges ou de Eco, mais peinera dans la réalité à attirer même les bibliophiles les plus acharnés. La fluidité de l'espace apparaît donc comme le maître-mot, entendue comme capacité à la mobilité, à la souplesse et à l'adaptation. Le modèle du flux s'applique tout autant aujourd'hui dans les bibliothèques à la circulation de 39
  43. 43. l'information qu'à celle des publics, en prenant toutefois systématiquement en considération la diversité des usages et des besoins : la bibliothèque est tout autant un lieu de séjour qu'un lieu de passage, un lieu d'étude qu'un lieu de rencontre. Le décloisonnement ne se limite donc pas aux collections, il apparaît crucial dans l'organisation physique. Cette exigence est flagrante dans les édifices construits depuis le lancement du programme des BMVR : le décloisonnement tend à être envisagé littéralement, en supprimant le plus possible les murs. On a vu ainsi s'édifier depuis une quinzaine d'années des bibliothèques formées de grands plateaux, simplifiant à son maximum la circulation horizontale et verticale. Ainsi, chaque étage de la médiathèque José Cabanis de Toulouse ne ventile les collections que dans deux salles, regroupant divers pôles thématiques. On voit ci-dessous la modélisation du premier étage1 , comprenant en rose le pôle « société et civilisation » et en orange le pôle « sciences et loisirs ». On distingue également en jaune une salle de travail en groupes, et en vert le grand escalier reliant les trois étages, le rez-de-chaussée et le rez-de-jardin : Figure 2 : Premier étage de la médiathèque (crédits : Bibliothèque de Toulouse) La fluidité passe également par une possibilité d'appréhension visuelle des cheminements : l'appropriation du lieu suppose en effet, dès la première 1 BIBLIOTHEQUE DE TOULOUSE. Infos pratiques de la médiathèque José Cabanis [en ligne]. Disponible sur : <http://www.bibliotheque.toulouse.fr/accueil_mediatheque.html> (consulté le 10 janvier 2014). 40
  44. 44. visite de créer une familiarité en le révélant dans sa totalité. Il s'agit de rendre immédiatement visible les fonctions de la bibliothèques, parfois dès l'extérieur. Les parois vitrées transparentes se sont ainsi multipliées, contribuant à démystifier la bibliothèque et à la réaffirmer dès lors comme espace public appartenant à tous les citoyens. Un même souci est à l'oeuvre au sein du bâtiment : offrir une vision globale de l'édifice, et donc de l'institution. C'est là par exemple ce qu'a réalisé Paul Chemetov à Montpellier. Hommage à l'esthétique de la lumière de Louis Kahn, la médiathèque Emile Zola, traversée par une rue du nord au sud, est dotée d'un atrium rassemblant les escaliers et ascenseurs. L'usager distingue les différents niveaux et peut de plus bénéficier d'un aperçu des magasins grâce à une rosace vitrée de 12 mètres de diamètre située dans le mur des magasins. Toutes les fonctions, tous les usages proposés – ou encore inattendus – sont ainsi immédiatement révélés au public. La bibliothèque se dévoile. 2.2.1.2. Le mobilier Le mobilier joue également un rôle majeur dans cette recherche de fluidité : il ne suffit pas de faire tomber les murs, il faut encore éviter les ruptures de continuité que tendent à produire les alignements strictement parallèles et perpendiculaires de rayonnages. Le mobilier contribue en effet à faire lien entre le public et les collections, en encourageant certains parcours, en valorisant les collections. Aux hautes travées intimidantes, peu accessibles pour des personnes à mobilité réduite et inamovibles pour des agents ne bénéficiant pas d'une force surhumaine, les bibliothécaires préfèrent de plus en plus des meubles bas, plus aérés, plus légers et aisément démontables. Leur mobilité permet de briser la linéarité des bâtiments, de supprimer les cloisonnements que peuvent instituer des rangées de tables ou de rayonnages. L'usager est ainsi invité à déambuler librement, en conservant le plus possible une vue d'ensemble des espaces et donc de l'offre. L'utilisation notamment de présentoirs et tablettes inclinées 41
  45. 45. proposant des documents en facing, ou encore d'écrans diffusant des informations liées à la vie de la médiathèque, peut mettre en lumière certains segments de la collection dès le seuil de l'établissement. L'espace peut alors adopter de nouvelles configurations en fonction des mutations des attentes des publics, et de l'évolution des collections qui en découle, en recherchant toujours la plus grande lisibilité et simplicité. Inutile par exemple de concentrer des postes informatiques à un seul endroit. L'usager obligé de multiplier les allers et retours entre les documents et les ordinateurs pour mener à bien sa recherche, risque d'être tenté de la terminer ailleurs, et de ne pas répéter l'expérience. Les postes doivent donc être placés de manière stratégique, si possible au sein même des rayons ou des tables de travail1 . Le mobilier doit être modulable, facilement démontable afin que les professionnels puissent réajuster facilement les espaces en fonction de l’évolution des collections ainsi que des pratiques des lecteurs. Un équilibre subtil est donc en permanence à renouveler entre l'offre et la demande, de telle sorte que les usages divers puissent cohabiter : c'est par exemple tout le problème posé par l'installation de salons semi-privatifs, formés de canapés et de fauteuils, poufs, bean bags...encourageant naturellement la conversation, à proximité de tables prévues pour l'étude2 . 2.2.1.3. Et le marketing ? La réflexion actuelle sur la circulation semble donc se diriger vers une intégration croissante de la collection, qu'il s'agit de rendre attractive en multipliant ses parcours d'accès, et des comportements des usagers. On ose 1 Aucune expérience n'a encore été menée en France à notre connaissance, mais certaines bibliothèques scandinaves et anglo-saxonnes commencent à proposer des tables interactives et des écrans tactiles encastrés dans les murs et le mobilier. Les propositions notamment de la bibliothèque James B. Hunt Jr, ouverte en janvier 2013, en matière d'utilisation des ressources numériques , mais également de décloisonnement des espaces et de mobilier réellement adapté aux attentes des usagers sont édifiantes. 2 La question tend toutefois à perdre de sa pertinence à mesure de la diffusion massive des écrans nomades et multifonctionnels. Les étudiants notamment, qui travaillent prioritairement sur tablettes et ordinateurs désertent de plus en plus les zones prévues pour l'étude pour bénéficier d'un mobilier plus confortable. A condition toutefois que du wifi soit disponible dans la bibliothèque. 42

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