Avril2015–Numéro:450–Prix:5,003–ISSN1956-922X
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Revue ENA Nationalismes autoritaires

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Nationalismes autoritaires et contextes économiques

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Revue ENA Nationalismes autoritaires

  1. 1. Avril2015–Numéro:450–Prix:5,003–ISSN1956-922X dossier NATIONALISMES, AUTORITARISMES, CRISES ET CONFLITS : RETOUR DE LA GÉOPOLITIQUE ? NATIONALISMES, AUTORITARISMES, CRISES ET CONFLITS : RETOUR DE LA GÉOPOLITIQUE ?
  2. 2. Nationalismes, autoritarismes, crises et conflits : retour de la géopolitique ? dossier 10 / avril 2015 / n°450 Par Jean-Yves Archer Léonard de Vinci 1985 Économiste La grille de lecture communément admise de la période de l’entre-deux-guerres conduit la plupart des historiens à établir un lien presque mécanique entre la survenue de la dépression des années 1930 et la montée des nationalismes autoritaires. Les soubresauts de la « révolution culturelle » initiée par Mao Zedoung conduisent aussi à lier, dans une relation de cause à effet, les déconvenues économiques et le pouvoir fort – jusqu’à la répression – et national. Nourri de ces exemples non négligeables et profondément avérés, l’observateur contemporain pourrait en conclure à la simplicité de la question des relations entre les deux items du titre de cette contribution. Une cohorte de chômeurs alliée à une armée de travailleurs soumis à la loi d’Airain des salaires suffiraient à expliciter la survenue d’un pouvoir fort replié sur son espace national. Pourtant, trois lézardes significatives doivent être rapportées et énoncées. En premier lieu, si le président Poutine était consulté à titre informel, il ne nierait certainement pas le caractère autoritaire de son régime et reven- diquerait d’évidence sa fierté nationale, donc hic et nunc nationaliste. Or, il aurait pu tenir ce propos il y a quelques années lorsque la crise n’avait pas entamé un travail d’érosion des fondements de l’économie russe. Ainsi, le lien suggéré par les années 1930 semble se distendre et est d’autant plus complexe à décrypter que nous voyons, jour après jour, les effets de la reprise de l’expansionnisme russe. En fait, derrière le duo nationalisme autoritaire et contextes économiques peut se masquer une trilogie où le troisième terme n’est autre que le recours à la force armée. C’est d’ailleurs ce que pensait et a dit avec force François Mitterrand (discours au Parlement européen du 17 janvier 1995) : « Le nationalisme, c’est la guerre ! ». Notre avenir collectif nous dira si des sanctions strictes envers la Russie l’ont fait évoluer diplomatiquement ou, à l’opposé, ont cristallisé le nationalisme, crispé l’autoritarisme du régime et convoyé des risques géopolitiques d’envergure tels que ceux abordés par le Traité de stratégie (Economica, 2003) de feu notre camarade Hervé Coutau-Bégarie. Dans les méandres de l’Histoire Le fait que la Russie ait été, sous l’ère Poutine, un pays nationaliste et marqué par un pouvoir central autoritaire est antérieur à l’effondrement du rouble et autres points de mini-chaos (récession) que traverse désormais le pays. Le nationalisme autoritaire peut donc être en amont du champ économique et de sa configuration éventuellement dégradée. En deuxième lieu, les nationalismes autoritaires peuvent être amenés à se dissoudre dans les méandres de l’Histoire sans pour autant que le contexte économique soit une valeur primordiale, une variable de premier rang comme les économètres les quantifient. Je songe ici à l’exemple des régimes grec (1974), portugais (la « révolution des œillets » 1974) et espagnol (1975). Le chercheur et politologue Nikos Poulantzas, disciple de Louis Althusser, a démontré, dans La Crise des dictatures : Portugal, Grèce, Espagne (Maspero, 1975), que ces trois pays ont retrouvé la voie démocratique sans rien abdiquer de leur fierté nationale respective ni de leur essor économique d’alors. Le lien est donc plus subtil, car il peut donc y avoir de profondes modifications institutionnelles à périmètre économique quasi-stable. Le contexte économique s’efface provisoirement au profit de la quête de liberté des peuples trop longtemps restés sous le joug de régimes nationalistes autoritaires. Nationalismesautoritaires etcontextes économiques Un contexte économique dégradé suffit-il à justifier l’émergence d’un nationalisme autoritaire ? Des cas illustres l’attestent, mais est-ce pour autant un lien logique indépassable ? « Le nationalisme, c’est la guerre ! » François Mitterrand (discours au Parlement européen du 17 janvier 1995) 
  3. 3. dossier 11/ avril 2015 / n°450 En troisième lieu, il est fondé d’appuyer son raisonnement sur un mot célèbre d’Edouard Herriot : « Les doctrines ont cet avantage, qu’elles dispensent d’avoir des idées ». On évoque souvent l’idée nationaliste – y compris dans la France contemporaine – alors que c’est une doctrine peu évolutive et qui rêve de faire table rase du passé comme tenta de le faire la funeste Révolution nationale de Vichy. René Rémond a clairement démontré que le corpus idéologique nationaliste est quasiment étriqué au regard de ses prétentions de bouleversement de l’ordre social. D’aucuns qui circulent sur les plateaux de télévision en prétendant qu’être patriote peut être gage de prospérité économique omettent de dire au peuple (dont ils se revendiquent avec sonorité) que certains passages de leurs objectifs économiques remontent en fait au cardinal de Bernis : « La plus méprisable des nations est aujourd’hui la nôtre parce qu’elle n’a nulle espèce d’honneur et qu’elle ne songe qu’à l’argent et au repos. Nous touchons à la dernière période de la décadence ». (Lettres, « Au comte de Choiseul », 1758). Ainsi, le nationalisme érigé au rang de doctrine amplective met vite la société en strates avec des rejetés et des reconnus ce qui n’est pas un terreau propice à la paix sociale et à l’expansion économique. D’autant que, par ces temps de mondialisation économique, chacun peut convenir de la pertinence de l’analyse de Michel Foucault : « Désormais, les identités ne se définissent plus par des positions mais par des trajectoires ». Dès lors, le nationalisme autoritaire est condamné à s’inscrire dans une perspective attentatoire aux libertés publiques. Chasse-neige et voiture-balai Au terme de ces trois lézardes significatives, qui établissent la comp-lexité historique du lien entre l’économie et le pouvoir, il s’agit d’apporter quatre précisions qui complèteront la vision personnelle du lectorat. De prime abord, il faut énoncer que le nationalisme peut parfois se cacher derrière un discours économique cohérent. Songeons ici au Buy British de Mme T h a t c h e r o u a u x Abenomics du Premier ministre japonais Shinzo Abe. Dans ces deux cas – distincts – on note que le contexte économique est le lieu d’une prise de parole du leader charismatique, qui excite la fibre nationale, sans penchant autoritaire et dans un cadre démocratique. Cela indique qu’il y a donc un curseur politique à manier face à un contexte économique considéré. En deuxième lieu, l’exacerbation de la fibre patriotique peut se dérouler dans un contexte évidemment nationaliste mais démocratique. Reportons-nous, à titre d’exemple crédible, à la « bataille du charbon » et aux propos de Maurice Thorez dans l’immédiat après-guerre. Troisième point, le natio-nalisme peut servir de paravent à une pratique auto- ritaire et à un relatif échec économique. Pendant des décennies, Fidel Castro a assis son pouvoir en flattant le nationalisme cubain et en se reposant sur l’anti-améri- canisme au point de l’ériger en bouc- émissaire cher à René Girard. Lucide sur son incapacité à gérer le contexte économique, un pouvoir peut donc masquer des déconvenues par un théâtre d’ombres chinoises sur la scène politique. Dans ce cas, c’est le maintien au pouvoir qui prime sur l’idée nationale contrairement au président Poutine, qui vise son maintien mais surtout le changement et la grandeur de son pays. Certains nationalistes autoritaires ont emprunté – usurpé – la devise de Pierre de Coubertin : « Plus vite, plus haut, plus fort » (Citius, Altius, Fortius) non pas pour se contenter d’un protectionnisme soft ou d’évolutions à la marge, mais pour fonder un régime souvent clanique. Le temps des empires immuables a fait place à des situations historiques proches de la vigueur d’antan du pangermanisme. Une chose est certaine : c o m m e C o r n e l i u s Castoriadis est parvenu à l’établir, nous avons quitté un monde où les déterminations sont ordonnées et cohérentes voire placées sous une toise unique. Ce brillant auteur avait inventé le terme d’organisations « ensidiques » (contraction d’ensembliste identitaire), qui sont des structures évolutives dont l’agrégation fournit un cadre institutionnel à la société. « D’où sa conception de l’histoire selon laquelle aucune société ne peut exister sans institutions explicites de pouvoir (’’imaginaire institué’’), mais doit (au sens d’une nécessité ontologique) poser dans le même temps la possibilité de son auto- altération (’’imaginaire instituant’’), que celle-ci soit reconnue comme telle (cas des sociétés autonomes), ou bien déniée (cas des sociétés hétéronomes). » Article de Nicolas Poirier, (Revue du Mauss, n°21, 2003/1) Or précisément, une des failles majeures du nationalisme autoritaire qui recouvre encore bien des pays du globe, est de gommer le sens de l’Histoire et d’entrer dans le déni. Si le contexte économique est nécessairement la matrice de cheminement d’une société, le nationalisme autoritaire en est parfois – pour un temps – le chasse-neige avant d’en redevenir un groupuscule à valeur de voiture-balai des pulsions liberticides qui lui sont consubstantielles. ■ Edouard Herriot : « Les doctrines ont cet avantage, qu’elles dispensent d’avoir des idées »

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