UNIVERSITÉ PARIS VII DENIS DIDEROT                     MASTER 2 SOCIOLOGIE:        MIGRATIONS ET RELATIONS INTERETHNIQUES ...
REMERCIEMENTSUn travail de recherche n’est jamais une tâche individuelle et je n’aurais pas pu réaliser cetteétude sans l’...
RÉSUMÉL’apparence physique occupe une grande place dans la société aujourd’hui. Elle joue un rôledans nos comportements co...
« La beauté est un système monétaire /.../ Comme toutes les économies elle est dirigée par lapolitique et dans l’époque oc...
TABLE DES MATIÈRESINTRODUCTION ................................................................................ 8PREMIÈRE ...
5. 2 La mise en place de l’étude ....................................................................................... 4...
PARTIE II : LES RAPPORTS DE DOMINATION À PARTIR DE LA BEAUTÉ 70CHAPITRE 4 ...................................................
INTRODUCTIONIl y a un an je me suis baladée dans les couloirs du métro et je suis passée devant une grandeaffiche faisant ...
blanches, peuvent-elles proposer des contre-modèles ? Le journaliste qui rapporte ce faitestime que « dans les quartiers, ...
Nous développerons particulièrement le point de vue féministe 5 au long de l’étude, c’estpourquoi certains mots sont écrit...
PREMIÈRE PARTIE :PRESENTATION DE LOBJET DE RECHERCHE         ET METHODOLOGIE                                       11
CHAPITRE 1                      LA CONSTRUCTION DE LA BEAUTÉ                          COMME OBJET DE RECHERCHECe premier c...
Effectivement, la beauté est sexuée et ce sont les femmes qui sont concernées. On attachebeaucoup d’importance au fait « d...
seule maternité et à ce qui l’entoure. Les femmes sont victimes d’un climat sexiste, qui passepar le contrôle du corps et ...
« la femme doit se faire désirable, l’homme décide si elle est désirable ;                    autrement dit, la femme doit...
de l’histoire de l’aliénation par le cheveu crépu et la peau noire, mais la perspective de« sexe » n’occupe pas beaucoup d...
femmes racisées et non-racisées16. Nous soulignerons aussi la différence entre l’histoire del’immigration aux Etats-Unis e...
elle. Patricia Hill Collins, sociologue féministe noire, citée par M. Lovejoy, note quel’objectivation des femmes noires e...
femmes blanches. Par exemple, des artistes comme Joséphine Baker19 et Grace Jones en tantque femmes noires, ont joué sur u...
juvénile et les structures dencadrement de la jeunesse » (Knibiehler 1996). Ensuite, cetterecherche tente d’étudier les je...
CHAPITRE 2                                          PROBLÉMATIQUEJ’ai ici retracé le cadre de mon étude dont le but est l’...
L’étude que je souhaiterai concrétiser prend la forme d’une recherche de type exploratoire. Ace stade de connaissance, et ...
-   Le deuxième ensemble d’hypothèses a pour but de recontextualiser le concept de       « beauté » dans la société frança...
Guillaumin soutient que ces actes de modifications corporelles sont « destinés à actualiser etmettre en scène le sexe » et...
complètement dans la socialisation secondaire des jeunes filles. L’impact médiatique est fortet N. Wolf catégorise les ima...
blanches et ainsi se conformer aux normes occidentales. Au contraire des beautés dites« blanches », on a pu voir l’arrivée...
image de l’Orient comme l’ « autre » et ainsi, ont contribué à la définition de l’Occident quien constituait l’opposé. « L...
« superficielle » et « vulgaire » car dans ce dernier cas on risque « le stigmate de putain »(Pheterson 2001). Or, Jean Ba...
de pute ! ») /.../ Le stigmate de putain /.../ contrôle implicitement toutes les                 femmes [et c’est] une éti...
qui reconnait l’existence d’inégalités structurelles entre les sexes, maintenues par la sociétépatriarcale. Ce dernier, se...
4.2 La nécessité de l’articulation des rapports sociaux de sexe, declasse et de « race »Si les injustices entre les sexes ...
« nous nous intéresserons à la combinaison des rapports interethniques, des                 rapports de sexe et des rappor...
Si le terme « race » fut, dans un premier temps, lié à la biologie et aux traits physiques chezles humain-e-s, il est aujo...
Nous pouvons surtout distinguer quatre formes de classement social ; l’âge, le sexe, lareligion ou l’appartenance ethnique...
« Au total, la réalisation (accomplishment) [des catégories de l’altérité]                 consiste en la création de diff...
4.4 Précautions d’usage quant aux jeunes fillesComme le signalent De Rudder et al. (2000:28), en sciences sociales, nous é...
les sociétés, même si elle peut se manifester plus ou moins fortement et C. Guillaumin (2002[1972]:225-226) précise que le...
relatives aux difficultés que j’ai rencontré pendant mon travail sur le terrain. Pour lacohérence de notre travail, nous u...
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Normes de beauté chez les jeunes filles
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Normes de beauté chez les jeunes filles

10 309 vues

Publié le

0 commentaire
2 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
10 309
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
3
Actions
Partages
0
Téléchargements
67
Commentaires
0
J’aime
2
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Normes de beauté chez les jeunes filles

  1. 1. UNIVERSITÉ PARIS VII DENIS DIDEROT MASTER 2 SOCIOLOGIE: MIGRATIONS ET RELATIONS INTERETHNIQUES ANNÉE SCOLAIRE 2006-2007 Mémoire de recherche présenté en vue de l’obtention du Master de migrations et relations interethniquesNormes de beauté chez les jeunes filles __________ Comment les rapports sociaux de sexe, de classe et de « race »façonnent les normes de beauté chez les jeunes filles françaises dans un lycée de Seine-Saint-Denis à l’heure actuelle SOUS LA DIRECTION DE JULES FALQUET ANNA MEZEY SEPTEMBRE 2007
  2. 2. REMERCIEMENTSUn travail de recherche n’est jamais une tâche individuelle et je n’aurais pas pu réaliser cetteétude sans l’assistance et la participation de plusieurs personnes. C’est pourquoi j’aimerais,avant de commencer, remercier ceux et celles qui ont été là pour moi.Je tiens dans un premier temps à remercier toutes les jeunes filles que j’ai rencontré qui m’ontfait confiance en partageant leurs expériences et leur vision de la beauté. Ca a été un grandplaisir de vous connaitre et vous êtes toutes des filles exceptionnelles ! J’exprime égalementma gratitude au lycée qui m’a accueillie. Merci à tout le personnel qui a accepté la présenced’une figure étrangère dans les couloirs et à l’aide dans la recherche d’une salle disponible…Je voudrais notamment remercier tout-e-s les surveillant-e-s qui m’ont soutenue tout au longde ma présence au lycée.Puis, il y a une personne en particulier à qui j’aimerais donner ma reconnaissance : MerciLaura de toujours m’avoir encouragé et de toujours avoir été prête à m’aider dans maréflexion comme dans mes difficultés linguistiques (et dans la vie) … Je t’embrasse trèsfort et je sais que nous continuerons à nous battre ensemble !Ensuite je tiens à remercier tout-e-s mes ami-e-s avec qui je discute de la vie en générale etqui me soutiennent dans le quotidien. La liste peut être longue mais j’aimerais en particulierexprimer ma gratitude à Pia, Fanny, Ditte, Martina. Vous êtes mes petits soleils suédo-français ! Que ferais-je sans nos discussions sur la vie dure d’une suédoise à Paris ☺. Je tienségalement à remercier Monsieur Petit d’être là avec moi en contribuant à faire les ruesparisiennes plus belles avec son beau chien que j’aime. Je voudrais aussi dire un grand mercià ma famille, surtout ma maman, mon papa, et ma petite sœur. Merci d’être tels que vousêtes !Enfin, je voudrais exprimer toute ma gratitude à ma directrice Jules Falquet qui m’a beaucoupinspiré dans mes démarches de recherche. Je tiens à vous remercier d’avoir acceptée d’être madirectrice de recherche, d’avoir acceptée mes retards, d’avoir acceptée mes angoisses etc… etun grand merci pour votre encouragement et tous vos conseils qui m’ont permis d’avancerdans mon travail ! 2
  3. 3. RÉSUMÉL’apparence physique occupe une grande place dans la société aujourd’hui. Elle joue un rôledans nos comportements comme dans nos interactions. Or les normes de beauté sont raciséeset sexuées, souvent elles semblent être réduites aux femmes blanches. Les jeunes filles n’yéchappent pas et cette étude traite des normes de beauté propre à cette population à l’heureactuelle. Dans l’intention de montrer comment les rapports sociaux de sexe, de classe et de« race » façonnent celles-ci, nous avons conduit une recherche exploratoire dans un lycéesitué en Seine-Saint-Denis. A partir des entretiens avec quinze jeunes filles, ce travail vise àfaire ressortir leur réalité et par extension obtenir une image sincère de ce que c’est que d’êtreune jeune fille en France aujourd’hui, en nous référant à l’analyse des normes de beauté.Avec une démarche féministe qui se base dans le champ des études sur les « migrations etrelations interethniques », nous démontrerons que la notion de beauté s’imbrique dans lesrapports de domination. En attirant le regard sur les normes de beauté chez les adolescentes,cette recherche veut montrer que les jeunes filles sont confrontées à un climat sexiste etraciste.FRANCE - SOCIOLOGIE - FÉMINISME - RELATIONS INTERETHNIQUES - JEUNES FILLES - NORMESDE BEAUTÉ - RAPPORTS DE DOMINATION - RAPPORTS SOCIAUX - SEXISME - RACISME 3
  4. 4. « La beauté est un système monétaire /.../ Comme toutes les économies elle est dirigée par lapolitique et dans l’époque occidentale moderne, ce système est la dernière et la meilleuredoctrine qui maintient la domination masculine intacte. Etant donné que la beauté attribueaux femmes une valeur dans une hiérarchie verticale, en conformité avec une norme physiqueque nous implique la culture, elle est une expression de rapports de pouvoir où les femmesdoivent concourir sur un terrain que les hommes ont pris en leur possession pour eux-mêmes. » THE BEAUTY MYTH, NAOMI WOLF (1996:10) 4
  5. 5. TABLE DES MATIÈRESINTRODUCTION ................................................................................ 8PREMIÈRE PARTIE : PRESENTATION DE LOBJET DE RECHERCHE ETMETHODOLOGIE .................................................................................. 11CHAPITRE 1 ......................................................................................... 12 LA CONSTRUCTION DE LA BEAUTÉ COMME OBJET DE RECHERCHE ..................... 12 1.1 La présence de la beauté dans la société .................................................................... 12 1.2 Les enjeux de la beauté .............................................................................................. 13 1.3 La beauté est-elle universelle ? .................................................................................. 15 1.4 Où sont les jeunes filles ?........................................................................................... 19CHAPITRE 2 ......................................................................................... 21 PROBLÉMATIQUE............................................................................................... 21CHAPITRE 3 ......................................................................................... 22 HYPOTHÈSES ..................................................................................................... 22 3.1 La notion de beauté dans la société occidentale se traduit par une injonction paradoxale. ....................................................................................................................... 23 3.2 Les jeunes filles les plus dominées en termes de classe et de « race » sont insérées dans l’image de la beauté comme « exotiques » et « sexualisées » ................................. 25 3.3 Les jeunes filles subissent le stigmate de « la putain » .............................................. 27CHAPITRE 4 ......................................................................................... 29 DÉMARCHE THÉORIQUE .................................................................................... 29 4.1 Un cadre féministe ..................................................................................................... 29 4.2 La nécessité de l’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de « race ». 31 4.2.1 Eclaircissement quant à la « race » ..................................................................... 32 4. 3 Les rapports sociaux de domination.......................................................................... 33 4. 4 Précautions d’usage quant aux jeunes filles .............................................................. 36 4.4.1 Les jeunes filles comme un groupe construit ...................................................... 36CHAPITRE 5 ......................................................................................... 37 MÉTHODOLOGIE ................................................................................................ 37 5.1 Contexte de l’étude..................................................................................................... 38 5.1.1 Les jeunes filles au cœur des rapports sociaux de sexe, classe et « race ».......... 38 5.1.2 Le lycée servant comme terrain d’étude ............................................................. 40 5
  6. 6. 5. 2 La mise en place de l’étude ....................................................................................... 41 5.2.1 La première visite au lycée.................................................................................. 41 5.2.2 Apprendre de m’approcher les jeunes filles........................................................ 42 5.2.2.1 Les premiers rencontres ............................................................................... 42 5.2.2.2 La difficulté de bien présenter son objet de recherche ................................ 43 5.2.3 Le profil des jeunes filles .................................................................................... 44 5.2.3.1 « Filles maghrébines » et « filles noires » ................................................... 44 5.2.3.2 Une majorité de « Sanitaire et Sociale »...................................................... 45 5.2.3.3 Bilan signalétique des jeunes filles interviewées ......................................... 45 5.3 Méthodologie de travail ............................................................................................. 46 5.3.1 L’entretien comme outil et son guide.................................................................. 46 5.3.1.1 L’idée des photos.......................................................................................... 47 5.3.2 Le déroulement des entretiens............................................................................. 49 5.3.2.1 Savoir animer la discussion ......................................................................... 49 5.3.2.2 La « chasse » après des salles et des jeunes filles ....................................... 50 5.3.3 Les rapports entre les jeunes filles et moi ........................................................... 50 5.3.3.1 L’équilibre entre une relation professionnelle............................................. 51 et une relation privée................................................................................................ 51 5.3.4 Les rapports de domination ................................................................................. 51DEUXIÈME PARTIE : PRÉSENTATION DES RÉSULTATS ......................... 53PARTIE I : LA BEAUTÉ : UN SYSTEME DE NORMES CHEZ LES JEUNESFILLES ................................................................................................. 55CHAPITRE 1 ......................................................................................... 56 LA COMPLEXITÉ DE LA BEAUTÉ CHEZ LES JEUNES FILLES .................................. 56 1.1 Être fille, c’est être belle ............................................................................................ 56 1.2 Les caractéristiques de la beauté ................................................................................ 58 1.3 L’harmonie des qualités pour être belle ..................................................................... 59CHAPITRE 2 ......................................................................................... 61 ÊTRE MAQUILLÉE : ÊTRE FÉMININE ................................................................... 61 2.1 Avoir « bonne mine »................................................................................................. 61 2.2 Le maquillage, un critère pour sortir ? ....................................................................... 62CHAPITRE 3 ......................................................................................... 64 L’IMPORTANCE DES CHEVEUX ........................................................................... 64 3.1 Une « coupe garçon »................................................................................................. 64 3.2 Il faut souffrir pour être belle... .................................................................................. 66 3.3 Les cheveux brune, blonde, noire ou rose ? ............................................................... 68 6
  7. 7. PARTIE II : LES RAPPORTS DE DOMINATION À PARTIR DE LA BEAUTÉ 70CHAPITRE 4 ......................................................................................... 71 LES COULEURS DE LA BEAUTÉ ........................................................................... 71 4.1 La valorisation des cheveux lisses ............................................................................. 71 4.2 Aux yeux bleus et à la peau claire.............................................................................. 73 4.3 La réduction de la beauté à la couleur de la peau....................................................... 74 4.4 Le rôle des crèmes éclaircissantes.............................................................................. 76CHAPITRE 5 ......................................................................................... 77 L’ENJEU ENTRE LES JEUNES FILLES ................................................................... 77 5.1 Un lycée « fashion »................................................................................................... 77 5.2 Être « sexy »............................................................................................................... 79 5.3 Entre « putain » et « féminine » ................................................................................. 79 5.4 Le maquillage comme un masque naturel.................................................................. 81CHAPITRE 6 ......................................................................................... 82 L’APPROPRIATION DU CORPS FÉMININ ............................................................... 82 6.1 Plaire aux autres ......................................................................................................... 83 6.2 « T’as des belles fesses ! » ......................................................................................... 84 6.3 Être son sexe............................................................................................................... 85 6.4 Se montrer indépendante............................................................................................ 87CONCLUSION....................................................................................... 89ANNEXES ............................................................................................ 94BIBLIOGRAPHIE................................................................................. 116 7
  8. 8. INTRODUCTIONIl y a un an je me suis baladée dans les couloirs du métro et je suis passée devant une grandeaffiche faisant la publicité pour une pièce de théâtre ayant pour titre, Bambi elle est noire maiselle est belle1 avec la photo d’une femme. En effet, ce fut avec ces mots que la belle-mèrefrançaise de l’actrice Maïmouna Gueye la complimenta lorsqu’elle arriva en France pourvivre avec son ami français. Je me suis demandée : pourquoi y avait-il écrit noire mais belle ?Pourquoi fallait-il souligner son apparence physique ? Le fait que la femme soit présentéecomme belle et que ce soit donc son apparence qui détermine qui elle est, évoque laperception des femmes comme des objets mis à disposition. Effectivement, souvent, lesfemmes sont décrites par rapport à leurs caractéristiques physiques. Par ailleurs, le fait qu’ilsoit dit « elle est noire » exprime une nécessité d’indiquer la couleur de sa peau parce qu’ellen’est pas blanche. Parallèlement le « mais » dans le titre suggère implicitement que l’on nepeut pas être belle si on est noire... Peut-on parler de racisme lorsqu’on évoque la beauté ?Ceci furent mes premières réflexions sur la beauté et je me suis lancée dans un thème derecherche peu développé dans la sociologie française. Pourtant l’apparence physique occupeune grande place dans notre société, ayant un impact dans les rapports sociaux et lecomportement humain. Nos corps, nos visages, nos vêtements et nos allures jouent un rôleprofond dans la vie, à notre avantage comme à notre désavantage. Femme ou homme, noir-eou blanc-he, riche ou pauvre, gros-se ou mince, grand-e ou petit-e, etc... L’apparencephysique peut jouer un rôle essentiel quant à nos destins. Or, en Occident les fondements desconceptions de la beauté semblent être limités aux femmes blanches. Si nous considérons labeauté comme un système de normes, les femmes non-blanches ont-elles une possibilité decontester ces normes ?Ce printemps (2007) l’agence Elite2 a cherché des « jeunes filles typées et métissées »3 enallant dans les « quartiers » en banlieue parisienne pour trouver de « nouveaux visages »4 pourles marques. Mais, au final, la majorité des filles choisies sont bel et bien des blondes à lapeau blanche et la beauté continue à être incarnée par les femmes blanches. Les femmes non-1 Voir annexe 1 pour la photo2 Agence international de mannequins.3 Toutes les citations dans notre étude seront en italiques entre des guillemets. Quand nous mettons desguillemets seuls, nous souhaiterons de mettre en évidence la construction du mot. Si le mot est en italiques sansguillemets, nous souhaiterons l’accentuer.4 Voir annexe 2 pour l’article apparu dans le Figaro concernant ce sujet. 8
  9. 9. blanches, peuvent-elles proposer des contre-modèles ? Le journaliste qui rapporte ce faitestime que « dans les quartiers, si tous les garçons veulent être Zidane, les filles, elles, rêventdêtre la prochaine Naomi Campbell ». Plus de 150 jeunes filles de 14 à 20 ans se sontrendues au centre commercial pour être « choisies ». Pourquoi les jeunes filles aspirent-elles àêtre sélectionnées pour leur physique ? Et pourquoi faut-il faire une sélection basée sur descritères de couleur de peau ?Un des moteurs derrière cette étude a donc été ma curiosité autour d’un ensemble de constatsconcernant la beauté et les jeunes filles. Ensuite, dans le domaine des études sur les« migrations et relations interethniques », l’aspect de la beauté n’est guère abordé. Si lephénomène du racisme est souvent analysé dans le contexte du marché de l’emploi ou dulogement, par exemple, la beauté, elle, est délaissée. Il est alors intéressant de s’interroger surles rapports sociaux de sexe, de classe, et de « race » pour les normes de beauté. L’idéed’étudier la beauté à partir des rapports de domination qui constitue un élément fondamentaldans le champ de migration et relations interethniques, m’a alors séduite. L’intérêt de notreétude réside dans l’analyse des normes de beauté chez les jeunes filles dans un lycée situé enSeine-Saint-Denis. La problématique illustrera notre volonté de découvrir dans quelle mesurecelles-ci sont influencées par les rapports sociaux de sexe, de classe et de « race ». Dans leschapitres suivants nous verrons la nécessité de conduire une recherche visant les jeunes fillesdans la société française qui, selon nous, sont au cœur de ces rapports sociaux. Le systèmesexiste, classiste et raciste se manifeste différemment dans la vie quotidienne, plus ou moinsdiscriminant selon l’apparence physique, et les jeunes filles sont souvent négligées dans larecherche avec une approche comme la nôtre. C’est aussi pourquoi nous avons choisi deplacer les jeunes filles au centre de la recherche. Par conséquent, l’envie d’approfondir larecherche et les connaissances scientifiques, trouve une légitimité et une raison d’être, bienplus solides que de simples attentes personnelles. Car parallèlement aux motivationsscientifiques, il existe des attentes personnelles et idéologiques dans ma recherche auprès deces jeunes filles. Tout d’abord, en tant que femme je fais partie d’une d’un groupe opprimé, eten tant que féministe j’en suis consciente et tente par là de me battre contre la positiond’infériorité. De plus, mon âge et mes expériences m’ont permis de créer une distance entremes années d’adolescence et aujourd’hui dans mon rapport à l’apparence physique, et j’ai étéséduite par l’idée de retourner en arrière avec les acquis que la vie et mes études, m’ontapporté. 9
  10. 10. Nous développerons particulièrement le point de vue féministe 5 au long de l’étude, c’estpourquoi certains mots sont écrits avec e-es à la fin, pour marquer que l’on parle des hommeset des femmes. Dans la mesure où cette étude n’est que le reflet d’une situation particulièresur un terrain réduit à un moment donné, ce travail s’organisera en deux parties. Dans unepremière partie, regroupant cinq chapitres, nous contextualiserons le cadre de cette étude.Nous verrons d’abord la construction de la beauté comme un objet de recherche. Ceci nousamène ensuite au deuxième chapitre où la problématique est développée. Après avoir tentéd’établir la problématique, nous énoncerons, dans le chapitre suivant, les hypothèses qui ontguidé la recherche. Le chapitre numéro quatre consistera en une présentation du cadrethéorique dans lequel s’insère ce travail. Enfin, dans le cinquième chapitre, nous exposeronsl’approche méthodologique pour décrire la réalisation de cette étude. Dans une deuxièmepartie, composée de six chapitres, nous essaierons de cerner les phénomènes sociologiquesliés à la beauté et nous entrerons dans le vif du sujet en abordant les rapports de domination àpartir des données collectées sur le terrain. Le travail se terminera sur une conclusion danslaquelle nous tenterons de répondre à notre problématique, puis cela sera suivi d’une analyseréflexive sur l’intégralité du travail. Il sera aussi un lieu pour indiquer les pistes qu’il seraitintéressant de poursuivre.5 Se rapporter particulièrement au chapitre 4. 10
  11. 11. PREMIÈRE PARTIE :PRESENTATION DE LOBJET DE RECHERCHE ET METHODOLOGIE 11
  12. 12. CHAPITRE 1 LA CONSTRUCTION DE LA BEAUTÉ COMME OBJET DE RECHERCHECe premier chapitre est destiné à la construction sociologique de l’objet étudié. Nous allonsconsidérer la beauté sous des angles différents, en nous appuyant sur des travaux liés au sujetqui nous intéresse. Le chapitre se compose de quatre parties, chacune présentera une certaineapproche de la beauté, dans l’intention d’éclaircir la logique de la problématique.1.1 La présence de la beauté dans la sociétéIl y a plus de trente ans, Jean Baudrillard6 écrivait que « la beauté est devenue pour la femmeun impératif absolu, religieux. » A-t-il raison ? Les femmes sont-elles préoccupées par leurimage et par la volonté de se « faire belle » ? La beauté est-elle vraiment une obligationdogmatique ? Faut-il être belle pour avoir du succès et donc devenir heureuse ? Toujoursselon J. Baudrillard : « La beauté est une forme de capital, parce qu’elle a valeur d’échange fonctionnelle. L’impératif de beauté est un impératif de faire valoir du corps. »Si nous regardons autour de nous, nous pouvons facilement constater que la fascination del’apparence physique, et plus particulièrement de la beauté, est prépondérante au sein de lasphère publique et de l’espace médiatique, visant surtout les femmes. Comme le ditl’écrivaine Louise H. Forsyth7 (2003) : « Les pratiques quotidiennes de la culture médiatique construisent et renouvellent implacablement de nos jours dans les pays occidentaux une image idéale de la féminité. »6 Baudrillard (1970) La société de consommation, ses mythes, ses structures, Ed. Denoël, cité in Sméralda(2004 :34).7 Féministe travaillant sur la poésie, le théâtre et la théorie féministe. 12
  13. 13. Effectivement, la beauté est sexuée et ce sont les femmes qui sont concernées. On attachebeaucoup d’importance au fait « d’être vue » ainsi que « d’être quelqu’un ». JulietteSméralda 8 affirme que la vue est fondamentale dans la perception, et « une importanceextrême est accordée à l’apparence » (2004:173). Suite au développement des moyens dediffusions médiatiques, un nombre infini de variantes illustrant l’image de la féminité et desfemmes, a forgé un environnement visuel, psychique et socioculturel des femmes. Dans sonlivre Histoire de la beauté, (2004:184) George Vigarello explique qu’à partir du XXèmesiècle la société de consommation s’est développée et la beauté est devenue un objet ; « [C’est] la beauté comme projet d’ensemble, comme univers physique « total », qui devient objet de commerce et de soins ».Nous sommes entourées par des messages soulignant que la beauté est le reflet de notreidentité, et que le fait d’être belle est synonyme de réussite. Mais comment en sommes nousarrivées là ? Et pourquoi la beauté est-elle aussi importante ? Dans les parties suivantes, j’ail’intention d’expliquer que la beauté est capitale pour les femmes. L’origine de cetteexplication vient du patriarcat, qui se traduit en un système social sexiste et raciste(et classiste).1.2 Les enjeux de la beautéAu début des années 1990, Susan Faludi, journaliste nord-américaine, publia Backlash. TheUndeclared War Against American Women, (1992 [1991]) référence devenue désormaisclassique pour les féministes. Le point de départ de l’ouvrage de S. Faludi est la critique dudouble message entendu par les femmes nord-américaines dans les années 1980 : d’un côté,l’égalité entre hommes et femmes n’a jamais été aussi proche, et il n’y a donc plus besoind’une lutte féministe, mais de l’autre côté les femmes se sentent mal dans leur peau, sont tropstressées, sont malheureuses, n’arrivent pas à trouver un compagnon etc. Ceci étant causé parle mouvement féministe, qui a réussi à rendre les femmes « trop libres ». S. Faludi montre quebien au contraire, les femmes ne se sentent pas épanoui, justement parce que l’inégalitésubsiste, et parce qu’elles continuent à être opprimées par un système sexiste. Elles sont loind’être libres et indépendantes, les règles sont toujours déterminées par les hommes, et lesfemmes contribuent elles-mêmes à les maintenir. Le patriarcat réduit l’être des femmes à la8 J. Sméralda, d’origine martiquinaise, est docteure en sociologie et sa recherche porte sur la sociologie de ladomination et l’interculturalité. 13
  14. 14. seule maternité et à ce qui l’entoure. Les femmes sont victimes d’un climat sexiste, qui passepar le contrôle du corps et de la beauté. Comment se manifeste ce contrôle ? Est-il vécu de lamême manière par toutes les femmes ?Selon Naomi Wolf (1996 [1991]), notre culture nous manipule : l’auteure nord-américaineénonce que les médias et les publicités utilisent les femmes, leurs visages et leurs corps pourexercer un contrôle et donc un pouvoir sur elles. Elle analyse également la façon dontl’expansion de l’industrie esthétique et l’hystérie des régimes amaigrissants résultent souventen opérations dangereuses et en risque d’anorexie chez les femmes. L’émergence d’uneidéologie oppressante de beauté et de minceur est le résultat d’une tentative pour contrôler lesfemmes et profiter de l’obsession, culturellement induite, de l’apparence physique de la partdes médias, des publicitaires et des industries cosmétiques. En effet, « Nous nous trouvons dans une réaction excessive contre le féminisme qui profite des images de la beauté féminine comme une arme politique contre l’avancement des femmes : le mythe de la beauté. /.../ Depuis la révolution industrielle les femmes occidentales issues de la classe moyenne 9 , sont maîtrisées par des idéaux et des stéréotypes » 10 (8, 13).Les femmes se trouvent donc piégées par ce mythe et par là, sont situées sous le regard desautres : hommes et femmes. Si le passé dictait des rôles aux femmes en tant que femmes aufoyer, restreintes à la sphère familiale, aujourd’hui elles sont largement dictées par ce mythe.En revanche, nous trouvons encore et toujours les femmes et leurs corps au service deshommes, de l’économie, des entreprises et des institutions patriarcales. Autrement dit, labeauté pour les femmes est souvent une manière d’être valorisées en général et de seconformer à la société. Or la société dans laquelle nous vivons se structure fondamentalementsur le mariage et/ou le couple hétérosexuel, et la beauté devient un indice sur le marchématrimonial. Comment la beauté s’exprime-t-elle chez les jeunes filles ? Nicole-ClaudeMathieu souligne que les jeunes qui entrent dans la vie sexuelle sont probablement les plusdépendants des normes sociales hétérosexuelles :9 Or nous nous ne limitons pas ici à la classe moyenne.10 L’ensemble des citations de Naomi Wolf est librement traduit par moi. 14
  15. 15. « la femme doit se faire désirable, l’homme décide si elle est désirable ; autrement dit, la femme doit induire le désir de l’homme, se produire pour l’homme, elle ne doit pas produire son propre désir » (1994:59).Les jeunes filles ont-elles conscience de cet enjeu conditionné par la société patriarcale ? Aqui les jeunes filles cherchent-elles à plaire en adoptant les normes de la beauté« dominante » ? Les rapports sociaux de classe et de « race » influencent-ils cet enjeu et doncles normes de beauté ?1.3 La beauté est-elle universelle ?La beauté est-elle accessible pour toutes les femmes ? Comment savoir qui est belle et qui nel’est pas ? Il est rare de rencontrer une définition précise de la beauté. Ses caractéristiquesspécifiques sont difficiles à préciser11. La définition trouvée dans un dictionnaire classiqueapparaît, même elle, comme floue, faisant appel à la subjectivité et au ressenti12 et on avancesouvent que ce sont « l’harmonie, l’équilibre, la symétrie des proportions et des formes » quicomposent le sentiment du beau chez ceux et celles qui observent un visage ou un corps(Amadieu 2002:14). Cependant, de nombreuses études démontrent, par exemple, l’importancede la couleur de la peau, ou bien de la structure et de la couleur du cheveu comme indicateursde beauté. Plus on est claire de peau et plus on a la chevelure lisse et brillante (et blonde), pluson est belle. Cela remonte à l’époque de l’esclavage où la peau claire était associé à un statutsupérieur, alors que le cheveu crépu était associé à la malpropreté (Hunter 2002; Kroes 2006;Sméralda 2004; Sy Bizet 2000).L’ouvrage de J. Sméralda, Peau noire, cheveu crépu, l’histoire d’une aliénation, (2004)s’articule autour des rapports de domination selon une perspective d’ethnicité et de « race » enanalysant les pratiques de beauté chez les femmes noires, notamment sur leurs relations àleurs cheveux et au blanchissement de la peau. J. Sméralda conclut que l’esthétiqueoccidentale « impose sa tyrannie à des sociétés exogènes » et la peau blanche et les cheveuxlisses représentent le luxe et le bien-être (2004:290). La sociologue nous offre un beau résumé11 Juliette Sméralda (2004 : 33) présente les synonymes du terme beauté donnés par le Dictionnaire dessynonymes Le Robert : agrément, art, charme, délicatesse, distinction, éclat, élégance, esthétique, féerie, finesse,force, fraîcheur, grâce, grandeur, harmonie, joliesse, majesté, noblesse, perfection, pureté, richesse, séduction,splendeur...12 La beauté : qualité de ce qui est beau ; ensemble harmonieux de formes et de proportions, qui éveille unsentiment de plaisir et d’admiration par l’intermédiaire des sensations visuelles ou auditives (Larousse 2000). 15
  16. 16. de l’histoire de l’aliénation par le cheveu crépu et la peau noire, mais la perspective de« sexe » n’occupe pas beaucoup de place dans l’étude. En analysant les rapports dedomination, peut-on réellement s’exempter d’inclure la notion de « sexe » ? Margaret L.Hunter13 (2002) soutient que la beauté, définie par la peau claire, sert de capital social auxEtats-Unis pour les femmes de couleur dans leur poursuite d’étude, pour leur avenirprofessionnel et matrimonial. De cette manière la « valeur » des femmes noires est déterminéeen accord avec une norme de beauté racisée. L’apparence physique est donc un pouvoir pourles femmes dans les démarches matrimoniales (Rockquemore 2002). Qui définit donc labeauté ?Les canons de la beauté ont varié selon les époques. Cette logique est le sujet qui préoccupel’historien George Vigarello 14 (2004) dans son ouvrage Histoire de la beauté. L’auteurconsidère la beauté comme un miroir des sociétés. Mais un miroir de quelle société ? Lasociété occidentale ? Si la beauté est le miroir de la société, peut-elle jouer le rôle derévélateur des rapports sociaux de domination ? L’étude historique trace les normes et lespratiques de la beauté et du corps de la Renaissance à nos jours. Pourtant, l’historien ne prendpas en compte la diversité de la société. Tout d’abord, l’auteur parle quasiment exclusivementde la beauté comme un phénomène féminin, et même s’il remonte jusqu’à nos jours, il estintéressant de noter que son analyse reste malheureusement concentrée sur les femmesblanches.Plusieurs travaux révèlent une différence entre les femmes noires et les femmes blanches parrapport à leurs critères de beauté (Lorde 1984; Lovejoy 2001; Molloy 1998; Riley 2002)(cf.Lakoff & Scherr 1984)15. Ceux-ci sont réalisés aux Etats-Unis. Nous les évoquerons ici carnous considérons qu’ils peuvent aussi être applicables à la société française. Comme nousavons eu des difficultés à trouver des études liés au contexte français, nous estimons utile denous appuyer sur, et de présenter, ces travaux. Par exemple la culture nord-américaine estlargement exportée en Europe, notamment dans le domaine de la musique et du cinéma etreprésente souvent un cadre de réferences. Si les travaux états-uniens parlent surtout d’unedifférence entre les femmes noires et les femmes blanches, nous parlerons davantage des13 Sociologue nord-américaine14 Historien français, directeur d’étude à l’EHESS15 La différence entre les femmes noires et les femmes blanches concerne ici les femmes vivant dans le mêmepays. 16
  17. 17. femmes racisées et non-racisées16. Nous soulignerons aussi la différence entre l’histoire del’immigration aux Etats-Unis et en France. Sirena J. Riley 17 (2002) nous fait part d’uneapproche « américaine » de la beauté. L’auteure analyse un sondage national réalisé en 1993sur l’image du corps chez les femmes nord-américaines. Par rapport à l’image de la femmeidéale, l’étude montre que les femmes blanches font référence à l’apparence physique (lepoids, la taille et les cheveux) tandis que la femme idéale pour les femmes noires estintelligente, indépendante et avec une bonne confiance en elle. Ainsi, elles négligentdavantage l’aspect physique. Mais qui alors impose ces normes différentes ? Pour S. Riley, laréponse dépend du racisme, du sexisme et encore du classisme qui, selon elle, expliquent lesdifférences de critères entre femmes noires et femmes blanches. La sociologue nord-américaine Meg Lovejoy (2001) s’interroge plus particulièrement sur les différences entre lesfemmes noires et les femmes blanches quant aux images du corps et en particulier du désordrealimentaire, en analysant ces différences à partir des rapports sociaux de sexe, de classe et de« race ». L’étude montre que les femmes noires acceptent davantage de prendre du poids,avec le risque de l’obésité, tandis que les femmes blanches aiment moins leur corps et cela semanifeste par l’autre extrême, l’anorexie ou la boulimie. S’agit-il d’une rencontre entre lesnormes des groupes dominants et celles des groupes minoritaires ?Malgré la circulation des individus et les flux migratoires aujourd’hui, l’eurocentrisme (plusgénéralement, la primauté aux valeurs occidentales) est toujours omniprésent dans la façondont s’élaborent les normes de beauté (Hill in Kroes 2006). J. Sméralda (2004:164) reconnaîtque ; « Lorsque le corps d’un individu entre en interaction avec d’autres corps, du même groupe d’appartenance que lui ou de groupes étrangers (hors- groupes), une expérience particulière est vécue par celui-ci qui combine des images et des affects ».Toni Morisson (1999 [1970]) l’illustre bien dans son ouvrage The Bluest Eye, 18 où elleraconte comment la beauté noire est rejetée, y compris par la population noire. La jeune fillenoire dans l’histoire croit que le fait d’avoir des yeux bleus changera le regard des autres sur16 Voir chapitre 4 pour une définition.17 Sirena J. Riley est une jeune femme américaine et noire, diplômée en Women studies18 Il ne s’agit pas ici d’une oeuvre sociologique, mais d’un roman 17
  18. 18. elle. Patricia Hill Collins, sociologue féministe noire, citée par M. Lovejoy, note quel’objectivation des femmes noires en tant qu’ « autrui » dans la société états-unienne opèreaussi au sujet de la beauté. Elle explique que les femmes blanches aux yeux bleus, auxcheveux blonds et avec un corps mince ne peuvent pas être considérées comme belles sansl’Autre, c’est-à-dire les femmes noires avec des traits africains classiques, la peau noire, lenez large, de grosses lèvres et les cheveux frisés (Lovejoy 2001). Or, selon Hill Collins lesfemmes noires doivent créer leur modèle de beauté afin de ne pas se conformer aux notions deféminité et de beauté définies par le patriarcat (ibid.). Les jeunes filles racisées peuvent-ellesproposer de nouveaux modèles face aux normes imposées ? Essaient-elles de s’éloigner ducadre dominant pour composer une beauté propre à elles ?J.Sméralda (2004:27) énonce dans son livre Peau noire, cheveu crépu. L’histoire d’unealiénation, que : « Les représentations qui ont cours dans le domaine de l’esthétique des peuples et des canons de beauté dominants sont /.../ largement influencées par les élucubrations qui tenaient lieu de savoir scientifique sur la personne du Noir /.../ Les clichés résistants, enracinés dans le terreau de ce pseudo- savoir interviennent activement dans les jugements de valeur que continuent de véhiculer les supports médiatiques de la société de consommation, qui vendent de la beauté, du plaisir (à voir / à regarder / à être vu et regardé...), à partir d’une exploitation forcenée du corps, instrumentalisé, objet à polir sans fin, pour soutenir le jeu des rapports de force entre les races, les sexes, les ethnies... ».En fait, les femmes noires sont souvent « sur-sexualisées » dans leur représentation. Dansl’histoire coloniale nous trouvons le destin révoltant de Saartje Baartman, plus connue comme« La Vénus hottentote ». Cette jeune Sud-Africaine qui fut ramenée en Europe pour exhiberson corps et ses parties intimes en public (Serbin 2006). Comme le dit Sylvia Serbin, dansReine d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire, (2006) « la sensualité « animale » desfemmes noires fait encore recette de nos jours dans la littérature et la publicité » (260). Ilexiste une différence dans les représentations sociales des femmes entre femmes noires et 18
  19. 19. femmes blanches. Par exemple, des artistes comme Joséphine Baker19 et Grace Jones en tantque femmes noires, ont joué sur un certain exotisme et/ou érotisme dans leur apparence pourconnaître le succès dans la société française.20 Sur quoi repose donc la beauté ? A l’instar dela mondialisation, Ochy Curiel (2002:91-92), féministe afro-dominicaine signale : « La proximité ou la distance par rapport au modèle esthétique dominant – qui combine des éléments phénotypiques et certaines expressions visuelles de la culture – pèsent toujours très lourd sur la place que chacun-e occupe et la manière dont elle ou il est défini-e dans la société. La représentation symbolique de ces éléments continue à produire préjugés, stéréotypes et discriminations. Une grande partie des femmes noires et d’autres groupes culturels sont particulièrement touchés par ce phénomène : l’idéologie patriarcale et raciste voudrait que nous reproduisions une esthétique occidentale blanche, la seule reconnue comme valable. La couleur de la peau et l’aspect des cheveux en sont deux exemples ».Quelles sont les normes de beauté auxquelles se réfèrent les femmes ? D’où viennent-elles ? J.Sméralda (2004:176) cite Jean Maisonneuve et Marilou Bruchon-Schwetzer qui de leur côtéexpliquent que les médias jouent un grand rôle dans la manière dont ils contribuent à« cristalliser un type de beauté occidentale quasi totalitaire ». Cela m’amène ensuite à meposer la question : qui produit ces normes ? Et comment s’imposent ces normes aux jeunesfilles ? Suivent-elles celles de leur groupe de référence ou celles de leur grouped’appartenance ? Y a-t-il une pression chez les jeunes filles pour suivre ces différentesnormes ?1.4 Où sont les jeunes filles ?En tout état de cause, les études par rapport à la beauté et ses dimensions incluent rarement lesjeunes filles. Pourtant, la recherche autour de la jeunesse et notamment des jeunes filles a prisune ampleur importante depuis une trentaine d’années. Ces travaux se caractérisent cependantplutôt par une approche historique en décrivant « de façon privilégiée les rites de sociabilité19 Joséphine Baker fut l’une des premières femmes noires à être considérée comme belle en Europe. Onremarque cependant que ses cheveux étaient défrisés et qu’elle s’éclaircissait la peau (Sméralda, 2004).20 Joséphine Baker exhibait son corps à moitié nu sur scène. Grace Jones a été « découverte » par le photographeJean-Paul Goude qui mettait en valeur son « exotisme », en la faisant poser dans des cages d’animaux parexemple. Pour cette photo , voir annexe 3. 19
  20. 20. juvénile et les structures dencadrement de la jeunesse » (Knibiehler 1996). Ensuite, cetterecherche tente d’étudier les jeunes filles dans une perspective macroscopique, en partant del’éducation et de l’institution scolaire (Houbre 1996; Knibiehler 1996). En plus, commeindiqué par C. Moulin (2005:9), la sociologie de la jeunesse « décrit et analyse souvent uneadolescence en « crise » qui inquiète ». Son ouvrage, tiré de sa thèse, s’articule autour de lafabrication des identités sexuées à partir de l’adolescence, et place les jeunes filles au cœur del’analyse. L’analyse de la construction des identités sexuées sera fondée dans un premiertemps sur la presse pour adolescentes et ensuite sur une approche qualitative auprèsd’adolescentes afin de comprendre les modes de production et de fonctionnement descatégories sociales de sexe. Cependant, même si les rapports sociaux de sexe sont centrauxdans l’étude, l’auteure n’insiste pas sur les rapports de domination de classes et de « race ».Avant d’annoncer la problématique définitive, récapitulons ce qui nous semble central sur lanotion de beauté. Les femmes sont contraintes d’être belles afin d’avoir plus d’avantages dansla vie, notamment dans l’objectif d’une « réussite sociale » dans divers domaines.Qu’entendons-nous alors par la réussite et/ou l’acceptation ? Cela se traduit d’un côté par unevalidation par la société du capital physique, culturel, professionnel etc., et d’un autre côté parla réussite représentée par le mariage et/ou le couple, dans l’objectif de « se sentir bien »(dans son corps, sa tête, son quotidien...). Nous considérons ici la beauté comme valeuréconomique mais aussi comme un atout psychologique dans la mesure où elle constitue unmoyen de réussite. Finalement, ce dernier aspect nous semble le plus pertinent dans notreétude. La beauté est capitale et ce sont les femmes qui sont concernées, mais elles ne semblentpas égales si l’on envisage leurs différences en termes de « race ». Où sont les jeunes fillesdans les enjeux de beauté ? Ont-elles conscience de l’enjeu patriarcal ? Existe-il desdifférences entre les adolescentes relativement à leur origine ? Comment, alors, répondent lesjeunes filles à ce que nous venons d’évoquer dans les pages précédentes ? Dans le chapitresuivant nous verrons comment construire la problématique et la question de recherche. 20
  21. 21. CHAPITRE 2 PROBLÉMATIQUEJ’ai ici retracé le cadre de mon étude dont le but est l’analyse des normes de beauté chez lesjeunes filles. Je souhaiterais mettre en lumière un système sexiste, raciste et classiste, danslequel je tenterai de situer l’objet de la recherche. Ce système prend des formes différentesdans la vie quotidienne, plus ou moins discriminantes selon l’apparence physique, puisque lesnormes de la beauté et de l’esthétique tendent à la fois à être sexuées et à être ethnicisées ou« racisées ». A partir de rapports de domination, qui sont centraux dans le domaine des étudessur les « migrations et relations interethniques », il me semble intéressant de cherchercomment les rapports sociaux de sexe, de classe et de « race » façonnent les normes de beautéchez les adolescentes à l’heure actuelle.21 En m’interrogeant sur la beauté chez les jeunesfilles j’espère pouvoir traduire la réalité de leur expérience et de cette manière réussir àobtenir une image fidèle de ce que c’est qu’être une jeune fille aujourd’hui en France. Lesjeunes filles peuvent-elles composer de nouvelles normes ? Comment ? Allons-nous trouverdes rapports de domination ou une sorte de hiérarchie dans les normes de beauté ? Allons-nous réussir à mettre au jour la manière dont la société française repose sur un système sexisteet raciste, voire classiste au travers des normes de beauté ? J’essayerai en effet de mettre aujour les normes de beauté propres à ces adolescentes des quartiers populaires, très nombreusesà être descendant-e-s de migrant-e-s nord-africain-e-s et subsaharien-ne-s. Pour ce faire, jepartirai du postulat qu’elles sont au cœur de rapports sociaux de domination de sexe, de classeet de « race », même si je donnerai moins de poids aux rapports de classe. Si toutes lesquestions que nous venons d’évoquer auparavant ne trouvent pas de réponses, elles ont guidéle développement de la réflexion abordé jusqu’ici.Tous ces éléments nous placent donc face à une question que nous définirons ainsi :Dans quelle mesure les rapports sociaux de sexe, de classe et de « race » façonnent-ils lesnormes de beauté chez les jeunes filles françaises dans un lycée de Seine-Saint-Denis àl’heure actuelle ?21 Pour des précisions quant aux notions employées, se reporter au chapitre 4. 21
  22. 22. L’étude que je souhaiterai concrétiser prend la forme d’une recherche de type exploratoire. Ace stade de connaissance, et dans un contexte français, j’ai pu constater que peu de travauxsont directement liés au problème qui m’intéresse. Nous avons vu que la recherche nord-américaine inclut davantage la beauté et ses différentes approches dans le domainesociologique en se concentrant généralement sur la comparaison entre les femmes noires et lesfemmes blanches. Par contre je n’ai pas pour l’instant recensé d’ouvrages scientifiques quiapprofondissent la notion de la beauté chez les jeunes filles et encore moins dans un cadrefrançais. C’est pour cela qu’il est souhaitable de procéder à un travail de défrichage duconcept de beauté chez les adolescentes afin de lui donner une signification, et ainsi d’attirerl’attention sur l’impact qu’elle a sur leurs vies.La beauté tend à être sexuée et elle est plus contraignante pour les femmes. S. Faludi ainsi queN. Wolf parlent d’une « pression d’être belle ». La beauté contribue à renforcer le sexisme enréduisant les femmes à l’état d’objets, susceptible d’être jugés en fonction de leur apparencephysique. Pour les raisons évoquées précédemment il me semble donc pertinent de limiternotre étude à une population féminine, plus précisément les jeunes filles. De plus, elles sontun groupe à la marge de la société en tant que jeune et en tant que fille, et je souhaiterais leurdonner la parole. Les caractéristiques de la population de l’étude seront également plusdéveloppées dans le chapitre sur la méthodologie. Pour l’instant, nous restons dans le cadre dela problématique afin d’envisager les hypothèses qui encadreront le développement de notreétude. CHAPITRE 3 HYPOTHÈSESDans le chapitre précédent nous avons tenté d’exposer le contexte de la beauté. Nous avonspu voir plusieurs interprétations ou fonctions qui lui sont attribuées, ainsi que leur complexité.Partant de la question formulée précédemment, nous pouvons émettre quelques hypothèsesquant à la beauté qui guideront et constitueront le cadre de la présente recherche. - Le premier groupe d’hypothèses prendra une forme théorique : j’analyserai la beauté comme un système de normes avec ses différents aspects. 22
  23. 23. - Le deuxième ensemble d’hypothèses a pour but de recontextualiser le concept de « beauté » dans la société française, afin de mettre en lumière les mécanismes de domination. - Le troisième groupe, enfin, a trait à la démarche empirique et situera la population étudiée (les jeunes filles) au cœur de l’analyse afin de comprendre leur position dans l’enjeu de la beauté.Enfin, les hypothèses ont pour but d’illustrer notre problématique et même si chaquehypothèse essaiera de démontrer quelque chose en particulier, nous garderons en tête une idéegénérale : les normes de beauté sont un révélateur de la vie des jeunes filles. Les recherchessociologiques françaises dans ce domaine étant peu nombreuses, je tenterai d’apporter mapierre à l’édifice en privilégiant une analyse théorique suivant une approche féministe dans lechamp des études sur les « migrations et relations interethniques » quand je m’intéresserai auxnormes de beauté chez les jeunes filles. En faisant cela, j’espère donner la voix à cesadolescentes qui sont souvent mises à l’écart dans la société dominante. Car, comme nous lerappelle Duits et van Zoonen (2006), dans la tradition de l’analyse féministe, la recherchedevra viser à donner une parole aux filles.3.1 La notion de beauté dans la société occidentale se traduit par uneinjonction paradoxale.Colette Guillaumin (1992:117-118) précise que « le corps est l’indicateur premier du sexe »et autour de celui-ci « une construction matérielle et symbolique est élaborée, destinée àexprimer d’abord, à mettre en valeur ensuite, à séparer enfin, les sexes ». En effet, le corpsdevient « corps sexué ». C. Guillaumin mentionne deux modes d’intervention principauxquant à la fabrication du corps sexué que nous souhaitons souligner ici. D’une part lasociologue évoque les « interventions mécaniques (matérielles physiques) » sur le corps. Ils’agit en particulier des modifications corporelles par chirurgie, visant en général les femmes,C. Guillaumin affirme que ces transformations du corps sont « le révélateur spectaculaire /.../d’une manipulation et d’un contrôle social du corps » (120). D’autre part C. Guillaumin nousrappelle que « la mode, la présentation de soi-même et la morphologie » font partie de laconstruction du corps sexué. L’« intervention » de la mode touche les deux sexes mais dictedes présentations différentielles du corps selon que l’on est une femme ou un homme. C. 23
  24. 24. Guillaumin soutient que ces actes de modifications corporelles sont « destinés à actualiser etmettre en scène le sexe » et que la « sexuation sociale du corps » est ainsi construite (121-122).Les femmes sont, comme Naomi Wolf le démontre, contraintes d’être belles pour avoir plusde possibilités dans la vie. Dans son ouvrage The Beauty Myth (1996 [1991]) elle nousrappelle : « Le plus important [aujourd’hui] est que l’identité des femmes se construit toujours par rapport à la beauté. C’est le moyen privilégié pour obtenir l’approbation des autres » (12).En outre, Véronique Nahoum-Grappe (in Moulin 2005) conçoit la beauté comme unintermédiaire pour exister socialement, et parle d’« enjeu du paraître féminin ». Cet enjeuexiste-il chez les jeunes filles ? Les femmes sont davantage obligées de justifier leur placedans la société par leur capacité à plaire, à séduire, à être sexy, désirable voir aimable.Autrement dit, les femmes doivent être belles pour incarner le sexe féminin. La fixationautour de la beauté est imposée et renforcée par la vie quotidienne et les médias ainsi que parla société de consommation, qui nous communiquent en permanence de nombreux conseilspour « devenir » belle, pour savoir comment nous devons entretenir nos corps, etc... Lesimages construites et produites (j’insiste sur le fait que ces images sont des constructions, etdonc non naturelles) par les médias sont devenues des normes prédominantes auxquelles ilfaut s’adapter. Les filles dans la société actuelle subissent donc une pression pour apparaîtrecomme belles.Ensuite, il est important d’apparaître comme « naturelle » et « féminine », car pour être belle,ces deux critères sont essentiels. Comment est-on naturelle ? Comment est-on féminine ? Celaimplique en soi un paradoxe : si nous devons être naturelles, nous serons acceptées tellesquelles sans rien faire de plus, mais pour être féminine nous devons prendre soin de nous et denotre apparence. Cela se traduit par la démarche de « bien se maquiller », « bien se coiffer »,« bien s’habiller », « bien manger » (ou pas manger du tout d’ailleurs...) etc... CarolineMoulin22 (2005) affirme également que la presse féminine ciblant les adolescentes s’inscrit22 Sociologue française. 24
  25. 25. complètement dans la socialisation secondaire des jeunes filles. L’impact médiatique est fortet N. Wolf catégorise les images que les médias diffusent de « beauty pornography », lesfemmes sont toujours professionnellement maquillées et coiffées sans défauts. Ces imagesmodèlent finalement l’image de « la femme ordinaire ». Ainsi, c’est par les images que setransmettent les idéaux et les normes qui façonnent les rôles et les comportements ; ques’imposent des qualités féminines et masculines ; que s’établissent les différences entre ce quiest « normal » et « anormal », entre « nous » et « eux ». Pour être « une belle femme »aujourd’hui il faut suivre certaines normes imposées par la société dominante. Cependant, lefait d’être « naturelle » n’est pas en cohérence avec les pratiques de la beauté étant donné quepar exemple le maquillage est intégré comme un état naturel et un critère féminin. Être une« belle femme » devient synonyme d’une mascarade féminine, de l’adoption d’uncomportement et d’un physique. Enfin, correspondre aux normes devient aussi une questiond’argent et par conséquence une question de classe, puisque finalement, on « s’achète » sonapparence naturelle.C’est pour toutes ces raisons que nous avançons l’hypothèse que la notion de beauté dans lasociété occidentale se traduit par une injonction paradoxale, appelant les femmes à montrerune apparence à la fois « naturelle » et « féminine » si elles veulent être considérées comme« belles ».3.2 Les jeunes filles les plus dominées en termes de classe et de« race » sont insérées dans l’image de la beauté comme « exotiques »et « sexualisées »Nous avons vu qu’il y a une forte tendance à une « occidentalisation » des critères esthétiques,laissant moins de place à la diversité, même si les habitudes vestimentaires, cosmétiques etcapillaires diffèrent généralement selon les groupes sociaux (Amadieu 2002). O. Curiel(2002) de son côté précise que l’esthétique occidentale blanche est la seule reconnue commeacceptable en faisant référence à la couleur de la peau et à l’aspect des cheveux. En outre, J.Sméralda (2004) affirme que le projet de blanchissement est intériorisé chez les femmesnoires. Par blanchissement nous entendons par exemple mariage mixte afin de « blanchir » lesenfants, décoloration de la peau avec des crèmes, ou encore, l’habillement occidental. Eneffet, J. Sméralda signale que les femmes noires dans les magazines ou dans le divertissementont très souvent la peau claire et des cheveux défrisés afin de ressembler aux femmes 25
  26. 26. blanches et ainsi se conformer aux normes occidentales. Au contraire des beautés dites« blanches », on a pu voir l’arrivée de figures noires telles que Naomi Campbell, Tyra Banks,Beyoncé, Alek, Lauryn Hill, Erykah Badu etc…Ces femmes sont entre autres (re)connues parle fait d’être noires, et tandis que les dernières ont une chevelure crépue « naturelle », les troispremières ont des cheveux longs défrisés. Comment les jeunes filles se placent-elles parrapport à cette situation ? Sortent-elles de ce cadre afin de créer leurs propres normes debeauté ou tentent-elles d’atteindre ces modèles ? Est-ce que toutes les jeunes filles peuventproposer et composer des nouveaux modèles face aux normes imposées ?A côté des critères esthétiques dits occidentaux relatifs aux cheveux et à la couleur de la peau,les femmes « non-blanches » sont sur-sexualisées et perçues comme « exotiques ». PatriciaHill Collins (2005) remarque que les femmes ayant des origines africaines sont associées avecune sexualité « sauvage » et « animale », et que cela contribue à la création d’une différenceraciale. Le corps de Saartje Baarthman fut un stéréotype sexuel de la femme noire, ainsi quela danse « rump-shaking banana dance » de Joséphine Baker. Cette création du fantasmesexuel des femmes « exotiques » persiste encore aujourd’hui avec les artistes nord-américaines comme par exemple Destiny’s Child 23 et Jennifer Lopez 24 (27-29). O. Curiel(2002:92) précise que dans la société de consommation, « le corps exotique des femmes noiresse prête à l’exploitation sexuelle ». Selon P. Hill Collins ce n’est pas par hasard si ce sont desfemmes d’ascendance africaine (véritable ou imputée), car la différence raciale est souventassociée au genre. Ceci remonte à l’époque du colonialisme, quand les femmes incarnaient la« race » et les femmes de « races » différentes représentaient la manière dont s’exprimait lasexualité. Le viol institutionnalisé est devenu un moyen afin de garantir la soumission absoluedans la relation maître/esclave. Le corps des femmes noires a été redéfini comme une espècesauvage sexuelle, prête à servir (55-56). Aujourd’hui, cette image demeure par ce que P. HillCollins défini comme un « nouveau racisme ». La caricature du corps des femmes noires estdiffusée par la culture populaire telle que la musique R’N’B et hip hop. Cela contribuant àmaintenir une représentation « sexualisée » des femmes noires.La colonisation européenne a produit une explosion des représentations de l’« Autre ». Ils’agit d’un processus, et comme l’écrit Edward W. Saïd dans son ouvrage Orientalisme,(2004:66), la proximité géographique et l’expansion coloniale ont donné à l’Occident une23 Groupe de r’n’b des Etats-Unis, composé de trois femmes noires.24 Chanteuse/actrice « latina » d’origine portoricaine. 26
  27. 27. image de l’Orient comme l’ « autre » et ainsi, ont contribué à la définition de l’Occident quien constituait l’opposé. « L’orientalisme est la manière occidentale de dominer, derestructurer l’Orient et de lui imposer son autorité »25 et par là l’Occident construit l’Orientcomme différent : c’est le lieu où se trouve l’« autre ». L’origine de cette construction setrouve aussi dans la définition de « l’État-nation », dans lequel les empires européenscherchaient à composer leur identité nationale mais aussi celle de leurs colonies. Ici, letraitement des femmes occupe une grande place. Enfin, les idées de la femme blanche« pure » indispensable pour défendre l’identité nationale en Europe exigeait en contrepointune conception des « autres » femmes, conçues comme leurs opposées, et désignées par desattributs tels que « exotique », « hypersexuelle », « animale », ou encore « sauvage ».Les jeunes filles racisées sont-elles davantage exposées dans la société française ? Peuvent-elles se conformer à ces normes ? Nous avons vu que la société française repose sur unsystème sexiste et raciste voire classiste, qui a une influence sur les normes de beauté. A partirde cette idée nous faisons l’hypothèse que les filles « issues de l’immigration », c’est-à-direles plus dominées en terme de classe et de « race », sont insérées dans l’image de la beautécomme « exotiques » et « sexualisées ». En outre, ces filles ont plus de difficultés que lesfilles issues des groupes dits dominants à se conformer à des normes qui se basent surl’image de « la femme blanche ».3.3 Les jeunes filles subissent le stigmate de « la putain »La beauté contribue à renforcer le sexisme en réduisant les femmes à être un objet et à êtrejugées en fonction de leur apparence physique. Autrement dit, les femmes sont réduites à leursexe, ce que Colette Guillaumin nomme le « sexage » (1992). Être femme devient unedéfinition sociale comme nous l’avons vu dans l’hypothèse précédente, et l’existence desfemmes passe par leur physique et leur capacité à plaire. C. Guillaumin (1992:17) nousrappelle que « l’appropriation des femmes » dans sa forme concrète se traduit par « laréduction des femmes à l’état d’objet matériel ». Comment se manifeste cette appropriationchez les jeunes filles ? Dans l’hypothèse précédente nous avancions l’idée qu’en tant quefemme, il faut « se mettre en valeur » et montrer sa « féminité ». En effet, la complexité résidedans le fait d’équilibrer deux tendances : se mettre en valeur juste comme il faut, et en mêmetemps de ne pas en faire « trop ». Autrement dit, il faut être « belle » et « sexy » sans être25 La traduction française vient de Nader, 2006 27
  28. 28. « superficielle » et « vulgaire » car dans ce dernier cas on risque « le stigmate de putain »(Pheterson 2001). Or, Jean Baudrillard (in Sméralda 2004) maintient que : « [L’] érotisation [de la beauté] augmente sa fonction sociale d’échange. Sur la femme et sur son corps s’orchestrent les grands mythes de la Beauté, de la Sexualité et du Narcissisme tout à la fois ».La femme et son corps deviennent un outil pour l’enjeu érotique et par là la femme accentuesa « fonction sociale d’échange ». Qu’entendons-nous par ce propos ? Et pour qui faut-ilaugmenter sa « fonction sociale d’échange » ? N C Mathieu (1994) insiste sur le fait que lafemme doit se faire désirable et que c’est l’homme qui décide si elle l’est. Comme nousl’avons vu précédemment, « se mettre en valeur » se traduit notamment par le fait de travaillerson apparence physique par le maquillage, la coiffure, les vêtements mais aussi de« surveiller » son comportement26. Où se situent les limites chez les jeunes filles ? Si unefemme porte une mini-jupe par exemple, ou si elle est « trop » maquillée, ou se montre tropindépendante et autonome, elle dépasse les normes dans lesquelles doivent s’inscrire lesfemmes. NC Mathieu (1994:60) de son côté cite une étude anglaise qui évoque « la nécessitépour les filles de veiller à leur réputation [autrement dit] « l’auto surveillance » » afin de nepas être appelée « salope » ou « pute ». L’adéquation aux normes passe par le regardmasculin. Si les femmes s’opposent à ce cadre patriarcal, ou en dépassent les limites, ellessont remises en question et/ou elles sont accusées d’être des « putains ». L’anthropologuesuédoise Fanny Ambjörnsson (2003) affirme que même si les mots « putain » ou « salope »sont rarement utilisés, la possibilité de le faire ou la possibilité de risquer être appelée« putain » ou « salope » est omniprésente chez les adolescent-e-s. Or, l’appartenance de classechez les jeunes filles influence l’emploi du mot « putain », tellement intégré dans levocabulaire des adolescentes, qu’il se vide se son sens premier et n’est pas plus choquantqu’un autre mot. En conséquence, ce mot ne fonctionne pas comme un stigmate pour elles.En effet, Gail Pheterson (2001:17, 95) signale que si les prostituées « incarnent par définition le stigmate de putain et sont donc coupables, les autres femmes sont soupçonnées (« Où étais- tu ? » ) et accusées (« Espèce26 Constats tirés de mes entretiens. 28
  29. 29. de pute ! ») /.../ Le stigmate de putain /.../ contrôle implicitement toutes les femmes [et c’est] une étiquette qui peut s’appliquer à n’importe quelle femme ».Effectivement, le stigmate de putain concerne exclusivement les femmes même si ellespeuvent se sentir jugées et contrôlées différemment par rapport à leur sexualité, leur « race »ou ethnicité, leur position de classe, leur comportement, etc. En tout état de cause, G.Pheterson (2001:129) y voit un marquage des femmes comme classe de sexe et explique que : « la menace du stigmate de putain agit comme un fouet qui maintient l’humanité femelle dans un état de pure subordination. Tant que durera la brûlure de ce fouet, la libération des femmes sera en échec ».Dans ce contexte on peut se demander : où se placent les jeunes filles ? Comment vivent-ellesce contrôle ? Ont-elles conscience de ce stigmate ? Considérant la société patriarcale danslaquelle nous vivons, nous faisons l’hypothèse que toutes les jeunes filles risquent d’êtrestigmatisées comme des « putains » par le seul fait qu’elles sont des filles. Ce stigmate estvécu différemment selon l’appartenance de classe et de « race ». CHAPITRE 4 DÉMARCHE THÉORIQUEDans cette partie je tenterai de présenter le cadre ou les points de départ théoriques pour cetteétude. Il est fondamental de bien préciser les idées que l’on va suivre tout au long de cetravail. Pour cela nous avons l’intention d’introduire et de justifier l’emploi de certainstermes.4.1 Un cadre féministeCette étude est féministe parce qu’elle fait de son entrée principale les rapports sociaux desexe et ses effets chez les jeunes filles. L’étude aura pour but d’illustrer et d’analyser lesnormes de la beauté chez les adolescentes d’après l’idée qu’elles sont au cœur de ladomination entre les sexes. Un regard féministe sur la société attire l’attention sur le fait queles femmes, de manière générale, ont moins de pouvoir que les hommes et que l’on veutchanger cet ordre. En conséquence, nous entendons par féminisme une perspective théorique 29
  30. 30. qui reconnait l’existence d’inégalités structurelles entre les sexes, maintenues par la sociétépatriarcale. Ce dernier, se traduit en un système qui « utilise soit ouvertement soit de façon subtile tous les mécanismes institutionnels et idéologiques à sa portée /.../ pour reproduire cette domination des hommes sur les femmes » (Michel 2001:5-6)Nous entendons ici la différence entre les sexes comme une construction socioculturelle.Ainsi, pour nous, le féminisme souligne la nécessité de ne pas laisser le sexe déterminer quinous sommes ou ce que nous ferons dans la société. Autrement dit, le postulat général dedépart dans la théorie féministe est que les représentations sociales du masculin et du fémininsont, en fait, des constructions socioculturelles, plutôt que des points de départs biologiques. Ilexiste cependant des opinions différents sur la limite jusqu’à laquelle il faut pousser cette idée(Ambjörnsson 2003; Gemzöe 2005). D’une manière simplifiée et générale on peut résumerces idées comme suivant : si certain-e-s théoricien-ne-s pensent que les hommes et lesfemmes agissent comme ils/elles font parce que justement ce sont des hommes ou desfemmes, d’autres pensent que l’on devient comme on est par nos actions (ibid.). On peutdonner un exemple relatif aux normes de beauté : une fille est supposée avoir des cheveuxlongs afin de rentrer dans la catégorie « fille », et ensuite seulement elle peut être belle. Elleest une fille étant donné qu’elle a des cheveux longs tandis que les cheveux courts font« garçon » (cf. chapitre trois dans l’analyse).La différence entre les sexes est toujours indiquée, et par là elle fonde une divisionélémentaire dans notre société. La recherche qui pose comme centrale les rapports sociaux desexe, en France, à ma connaissance, s’est très peu intéressée aux normes et pratiques de labeauté. On ne trouve pas davantage d’ouvrages où les adolescentes sont au cœur de larecherche. En fait, les chercheur-e-s français-e-s se sont surtout concentré-e-s sur l’histoiredes femmes, les luttes féministes liées aux mouvements ouvriers, pour après passer à lathéorisation de notions comme le genre, la distinction « public/privé », les violences etc...(Perrot 2004). Par contre, aux Etats-Unis, la recherche inspirée par le féminisme est plusavancée en ce qui concerne notre sujet d’étude (cf. par exemple bell hooks 1992 ; Hill Collins2004 ; Hunter 2002). Avec notre recherche nous espérons donc apporter une contribution à cedomaine, dans un contexte français. 30
  31. 31. 4.2 La nécessité de l’articulation des rapports sociaux de sexe, declasse et de « race »Si les injustices entre les sexes sont centrales dans le système d’oppression, nous souligneronscependant l’importance de ne pas limiter l’analyse féministe aux différences entre les femmeset les hommes et leurs conséquences. Même si les femmes sont discriminées par le fait d’êtrefemmes, elles sont différentes, ayant des expériences différentes, en particulier liées à lacouleur de la peau et au statut social qui façonnent leur vie. Selon bell hooks27 (2005); « laclasse, la race ou les préférences sexuelles /.../ créent une diversité d’expériences déterminantle poids du sexisme dans les vies individuelles des femmes ». C’est pourquoi nousenvisagerons de réfléchir sur l’imbrication des rapports sociaux, notamment de sexe, de« race » et de classe, qui en effet, pour reprendre les mots de Jules Falquet (2006:69), « sontparticulièrement stimulants pour penser ensemble le racisme et le sexisme (sans négliger laclasse), ce qui est l’une des urgences des luttes actuelles en France ». Il est donc capital detenter en permanence d’imbriquer ces catégories différentes et de les mettre en lien, puisquecomme le dit Audre Lorde (1984:70) : « L’oppression des femmes ne connaît aucune frontière ethnique ou raciale, c’est vrai, mais cela ne signifie absolument pas qu’elle est identique au sein de ces différences. /.../ Parler d’une différence tout en éludant les autres revient à déformer nos points communs comme nos différences. »La manière d’inclure les catégories et de les comprendre, donne toujours lieu à débat et àdiscussion. Mais ici, comme le dit Christian Poiret (2005:195-196) dans son article surl’intersectionnalité28,27 Cité par Poiret 200528 Dans la théorie féministe, le concept de l’intersectionnalité est devenu un moyen pour croiser et traverser lesexpériences différentes. L’intersectionnalité est un outil assez récent dans le discours académique pour analysercomment les hiérarchies socioculturelles et les rapports de pouvoir interagissent et créent une inclusion et uneexclusion quant aux catégories construites. Ce concept travaille sur les points d’intersection de différentsrapports de pouvoir dans la société qui se basent sur le sexe, l’ethnicité, la sexualité, la classe, la « race », lanationalité, l’âge, la religion... La théorie de l’intersectionnalité est née dans les années 1990 après uneinteraction entre la théorie féministe, la théorie post-coloniale et le Black Feminism par l’initiative de KimberléW. Crenshaw (Poiret 2005). 31
  32. 32. « nous nous intéresserons à la combinaison des rapports interethniques, des rapports de sexe et des rapports de classe, non parce qu’ils constitueraient les seules formes de catégorisation et de hiérarchisation sociales, mais parce que, au moins potentiellement, il n’est guère de domaine de la vie sociale qu’ils ne traversent. »On considère donc que les positions de sexe, de « race » et de classe façonnent le statut social,le style et la qualité de vie (Poiret 2005). Il est important de souligner qu’il ne s’agit pas dedonner davantage de place à une catégorie qu’à une autre. L’idée est, comme nous l’avons vu,que l’on ne peut pas isoler ces catégories l’une de l’autre sans perdre quelque chose decentral, puisque les rapports de pouvoir se construisent d’une manière réciproque. 4.2.1 Eclaircissement quant à la « race »Même si tout le processus idéologique, politique et scientifique définit comme « naturel »certaines caractéristiques considérées comme propres à un groupe social dominé ou à unrapport de pouvoir entre un groupe dominant et un groupe dominé, celles-ci ne sont en réalitéque les conséquences des rapports sociaux de domination (Guillaumin 1992). Hélas, commele signalent Falquet et al (2006:11), « la plupart des gens restent persuadé-e-s du caractèrebiologique, naturel et finalement « réel », des catégories femmes, hommes, Noir-e-s ou Blanc-he-s ». C. Guillaumin démontre comment le discours de la Nature enferme les dominé-e-sdans des catégories qui légitiment la domination qu’ils/elles subissent. Le « sexe » comme la« race » sont notamment le produit d’un long processus de « spécification » et de« naturalisation » sociales propre aux relations de domination et d’appropriation. Ainsi, nousemployons des guillemets pour « race » afin d’insister sur le caractère de pure constructionsociale derrière ce mot. Le discours de la Nature montre « qu’ils [les dominé-e-s] sont mus par des lois mécaniques, naturelles, ou éventuellement mystico-naturelles, mais en aucun cas par des lois sociales, historiques, dialectiques, intellectuelles et encore moins politiques /…/, la nature /.../ a pris la place des Dieux, [et] fixe les règles sociales /.../ » (48-49) 32
  33. 33. Si le terme « race » fut, dans un premier temps, lié à la biologie et aux traits physiques chezles humain-e-s, il est aujourd’hui, dans les sciences sociales, considéré comme uneconstruction sociale. C. Guillaumin (2002 [1972]:84) souligne cependant le fait que la« race » a toujours un double sens qui « englobe indistinctement la catégorisation somatiqueet la catégorisation sociale »). Nous accentuerons donc la « race » comme une constructionsociale, mais qui a toujours des marqueurs somatiques, même s’ils peuvent être inconscients.En effet, la catégorie « race » est « une marque indélébile » pour reprendre les mots deVéronique De Rudder et al. (2000:33). Nous emploierons le terme de racisée d’après leconcept de racisation, donné par V. De Rudder et al. (ibid.) afin de se distancier du discoursidéologique qui se réfère à la conception biologique de la « race ». Comme l’explique si bienJ. Falquet et al (2006:8) : « Une personne racisée est l’objet d’un processus de catégorisation et de différenciation en fonction de caractéristiques somato-psychologique héréditaires socialement instituées comme naturelles. Les groupes racisés sont pris dans un rapport social asymétrique, placés en position subordonné par rapport aux racisant-e-s et ainsi radicalement infériorisé-e-s. »De la même manière, nous utiliserons les catégories « maghrébine » et « noire » lorsque nousvoudrons être plus précis quant à une personne racisée. Nous soulignerons qu’il ne s’agit pasde dessiner une frontière entre « nous » et « eux », « mais d’exprimer tout un ensembled’appartenances symboliques et affectives, sociales et culturelles » pour reprendre les mots deCaroline Moulin et Philippe Lacombe (1999). Notre but sera donc une analyse de la beautéqui mette en lumière la construction des catégories les unes par rapport aux autres, et nousessayerons de montrer comment les rapports sociaux de sexe et de « race » reposent sur lesmêmes structures. Nous verrons maintenant, en nous appuyant sur des travaux de ColetteGuillaumin en particulier, comment se créent ces différences, autrement dit, le processusderrière les rapports sociaux de domination.4. 3 Les rapports sociaux de dominationLa société d’aujourd’hui, comme toute société, repose sur un classement ou un ordre socialinégal. Cela se traduit en un système qui structure la société et chaque individu : ceux et cellesqui en sont victimes, doivent faire avec cet ordre social car il est complètement intériorisé. 33
  34. 34. Nous pouvons surtout distinguer quatre formes de classement social ; l’âge, le sexe, lareligion ou l’appartenance ethnique et/ou raciale, et finalement le statut social (Guillaumin2002 [1972]). Comme nous l’avons évoqué auparavant, nous nous cantonnerons plusparticulièrement au sexe, à la « race » et à la classe. Nous utilisons en permanence cescatégories dans la vie quotidienne sans y réfléchir. Or, nous soulignerons le croisement de cescatégories et leur construction sociale. Nous avons vu dans le chapitre précédent l’importancede ne pas nous enfermer dans une catégorie femme ou homme, noir-e ou blanc-he, riche oupauvre... puisque nous nous trouvons toujours dans une combinaison entre ces différentsclassements sociaux. En effet, nous devons éviter de voir ces groupes sociaux comme desentités homogènes qui tentent de produire un type spécifique représentant la collectivité,déniant les expériences et les positionnements différents à l’intérieur du groupe. D’où lanécessité, dans une démarche de recherche, de voir et de penser ces catégories comme desconstructions afin de ne pas être pris au piège des fausses évidences et de ne pas porter unregard biaisé sur son objet de recherche.Les rapports de domination produisent des minoritaires et des majoritaires, le statutminoritaire revenant à celui/celle qui est catégorisé-e et le statut majoritaire, à celui/celle quicatégorise. C. Guillaumin (2002 [1972]:294) nous rappelle que : « Le groupe adulte, blanc, de sexe mâle, catholique, de classe bourgeoise, sain d’esprit et de mœurs, est donc cette catégorie qui ne se définit pas comme telle et fait silence sur soi-même. Elle impose aux autres cependant à travers la langue sa définition comme norme, dans une sorte d’innocence première, croyant que les choses sont ce qu’elles sont ».Une différence se développe par l’échelle de hiérarchisations dans la société, et C. Guillauminaffirme que tous les minoritaires ont en commun « leur forme de rapport à la majorité,l’oppression » (119). Ces groupes se définissent ensuite par leur « état de dépendance augroupe majoritaire », où ils sont posés comme « particuliers face à un général » (120). Eneffet, les majoritaires sont la référence à partir desquels les minoritaires sont identifiés etclassés comme « différents ». Comme l’expliquent Candace West et Sarah Fenstermaker,citées par C. Poiret (2005:212) ; 34
  35. 35. « Au total, la réalisation (accomplishment) [des catégories de l’altérité] consiste en la création de différences entre les membres des différentes [catégories] /.../, différences qui sont ensuite utilisées pour maintenir les « distinctions essentielles » entre les identités catégorielles et les arrangements institutionnels qui les soutiennent ».Cette différence se fonde particulièrement sur des inégalités sociales, des inégalitésraciales/ethniques et/ou des inégalités de sexes. C. Guillaumin souligne que ces différences sejouent entre deux pôles de perception : « la généralité et la particularité », où la généralitéincarne la norme tandis que la particularité se détache par « son unique » (164). Or, il estimportant de souligner que l’existence de ces deux pôles s’inscrit dans les rapports dupouvoir. Chez A. Lorde (1984) c’est le refus d’admettre les différences entre les êtreshumains qui pose problème. Elle insiste sur le fait que nous sommes éduqué-e-s à partir de ladifférence, et notamment que la différence fait peur et inspire le dégout. Elle présente troiscomportements face à la différence : l’ignorance, la reproduction si elle résulte des dominant-e-s, ou la destruction si elle appartient aux dominé-e-s.La catégorisation est donc le premier acte par lequel se déroule le processus de généralisationd’une représentation des être humains, qui passe par la minimisation de certains groupes àpartir de critères spécifiques. La catégorisation est ainsi un produit du sens commun. En effet,on fait toujours des catégories à partir de nos propres connaissances que l’on systémise en unschème de référence. Cela dit, le sens commun est différent pour chaque individu étant donnéque nous avons des expériences différentes. La catégorisation sociale est devenue un outild’identification des gens : on attend un certain comportement en fonction de la catégorie quel’on attribue à la personne. En conséquence, la catégorisation signifie une différenciation quiest toujours perçue comme réelle, même si elle peut être imaginaire. Le « donné concret » àpartir du statut physique – c’est-à-dire la « race », le sexe et la couleur de peau – constitue lesigne et « sert d’écran de projection à cet « autre » imaginaire que s’engendre à soi-même laculture occidentale » (280-281). La catégorisation ne s’appuie cependant pas sur un systèmedéterminé mais plutôt sur un processus d’interprétation des comportements et des apparences.Autrement dit, la catégorisation renvoie à notre sens commun, résultant des rapports depouvoir liés au contexte historique et social. 35
  36. 36. 4.4 Précautions d’usage quant aux jeunes fillesComme le signalent De Rudder et al. (2000:28), en sciences sociales, nous étudions « desrelations entre des phénomènes, eux-mêmes incorporés dans des rapports sociaux. Or,l’analyse de ces rapports passe par leur définition et la définition de ce et ceux qui y sontimpliqués ». Ainsi, nous souhaiterons ici développer notre analyse des jeunes filles commecatégorie, tout en sachant que le travail de classement des groupes est nécessairement relatif,étant « subordonné à celui des rapports que l’on cherche à identifier et à comprendre »(ibid.). 4.4.1 Les jeunes filles comme un groupe construitSi nous avons, notamment avec les travaux de C. Guillaumin, voulu montrer le système decatégorisation, nous voudrions maintenant considérer la construction des « jeunes filles »,notre population d’étude,29 comme groupe. La catégorie « femme » constitue une catégoriefondamentale et une division élémentaire du système social. Cette idée s’intègre dans l’espritet dans le sens commun, et le discours qui fait des femmes des êtres inférieurs demeure. Lesjeune filles se trouvent à la fois dans la catégorie « femme » et dans la catégorie « jeune ». Lesfemmes sont classées comme différentes dès la naissance, ou comme « le deuxième sexe »pour reprendre le vocabulaire de Simone de Beauvoir (2004 [1949]). Cela est rendu possiblepar la structure de la langue (française) qui fait du masculin et du féminin deux catégoriesfondamentales. « Homme » ne désigne pas seulement la catégorie sexuelle mâle mais visel’ensemble de l’humanité, tandis que « femme » désigne uniquement la catégorie sexuellefemelle et n’inclut jamais la totalité humaine. De plus, dans notre cas s’ajoute le classementd’« âge ». C. Guillaumin (2002 [1972]) souligne que les enfants, les adolescent-e-s etvieillard-e-s sont décrits en tant que tels tandis que les adultes sont désignés par un âgespécifique mais jamais définis comme « adultes », et constituent donc un groupe à part (223-224). Soulignons que le fait d’être jeune est encore un élément d’injustice, car les jeunesvivent dans un monde d’adultes, dirigé par ces derniers.Dans la catégorie « fille » il est important de souscrire aux normes dites « féminines » afin decorrespondre à ce mode de classement. Le fait d’être « fille » est donc en relation avec le faitd’être « garçon » mais nous nous cantonnerons à étudier la catégorie « fille », ainsi que ce quidiffère entre les membres de cette dernière. En effet, la catégorisation de sexe existe dans tous29 Pour la description de la population d’étude se reporter au chapitre cinq. 36
  37. 37. les sociétés, même si elle peut se manifester plus ou moins fortement et C. Guillaumin (2002[1972]:225-226) précise que les catégories sexuelles et raciales sont « toujours désignées ».En dehors de la structure de la langue, la sociologue souligne « une forme tautologiqueconstante » dans la catégorisation des femmes, c’est-à-dire qu’on répète volontiers qu’unefemme est une femme, et elle est toujours désignée par le terme « femme », alors qu’il est rarequ’un homme soit annoncé par le terme « homme ». Autrement dit, les femmes sont réduites àêtre leur sexe, ce que C. Guillaumin nomme le « sexage » dans son livre Sexe, Race etPratique du pouvoir (1992). Ainsi, être femme est une définition sociale (15). De plus, onattend un certain comportement à partir de la catégorie que l’on attribue à la personne : le faitd’être une femme induit certaines « évidences ». On peut également penser que cela est vraipour la catégorisation des « jeunes ». CHAPITRE 5 MÉTHODOLOGIEJe voudrais tout d’abord souligner que je m’appuie sur une expérience personnelle sur masubjectivité lors de cette recherche, car comme l’explique la sociologue Anne Marie Marchetti(2001:12) : « Il n’est pas de recherche scientifique qui ne soit une recherche pour soi et sur soi, évidence que le chercheur élude trop souvent, de peur de jeter le discrédit sur sa neutralité, surtout dans le domaine des sciences humaines. Du coup, il passe sous silence ses curiosités profondes et ses a priori secrets. Pour être tus, ceux-ci n’en existent pas moins et risquent d’ailleurs, s’il n’en a pas conscience, d’affecter sérieusement l’objectivité de ses conclusions »L’identité d’une personne, de même que le lieu où elle se trouve et sa position sociale,détermine sa perspective et, par conséquent, sa découverte de la « vérité ». En conséquence,nous garderons en tête au long de la recherche ma position de femme blanche issue de laclasse moyenne.Dans les quatre chapitres suivant nous présenterons l’approche méthodologique afind’expliquer comment se situe l’enquête et comment la recherche que nous avons effectué s’estdéveloppée. Nous verrons mes démarches méthodologiques en détail et mes réflexions 37
  38. 38. relatives aux difficultés que j’ai rencontré pendant mon travail sur le terrain. Pour lacohérence de notre travail, nous utiliserons désormais la catégorie « jeune fille », tout enrappelant ce que nous avons évoqué dans le chapitre théorique. C’est pourquoi nouscommencerons avec quelques précautions.5.1 Contexte de l’étudeNous regarderons premièrement de plus près le groupe des jeunes filles afin de motiverpourquoi nous considérons que les jeunes filles sont au cœur des rapports sociaux de sexe, declasse et de « race ». Ensuite nous présenterons le lycée pour donner une idée du terrain surlequel j’ai effectué mes recherches. 5.1.1 Les jeunes filles au cœur des rapports sociaux de sexe, classe et « race »Les jeunes filles sont dans le passage de l’adolescence à l’âge adulte : une période importantedans la construction de l’identité, et elles représentent l’avenir. La société d’aujourd’hui va sereposer sur les jeunes de demain. Effectivement, en sociologie l’adolescence est conçuecomme un processus en terme de « composition identitaire, expérimentation etautonomisation » (Moulin 2005:8-9). C’est une phase clé où les jeunes filles intériorisent leurféminité et les normes. Dans notre cas, les lycéennes sont au bout de ces différentes phasescar elles se trouvent dans le passage au monde adulte. Le choix de cette tranche d’âge estconscient, aussi pour des raisons personnelles. Mes années au lycée me rappellent une périodeoù l’on a commencé à découvrir le monde adulte et j’ai été tenté par l’idée de retourner à cestade de ma vie, maintenant dans le rôle d’une jeune chercheuse en sociologie.En fait, depuis les années 1990 nous entrevoyons une augmentation de l’attention portée dansle discours public aux jeunes filles, qui vivent une période charnière de passage del’adolescence vers l’âge adulte. Dans les médias les jeunes filles sont évoquées lorsqu’onaborde les problèmes qu’elles ont tels que le manque de confiance en elles, l’anorexie, laboulimie, ou encore l’obsession de leur apparence physique (Ambjörnsson 2003). 30 Cetteattention médiatique a certainement, à mon avis, renforcé la recherche de beauté chez les30 Fanny Ambjörnsso est socio-anthropologue suédoise et est attachée à l’université de Stockholm, Suède. Elle asoutenu sa thèse de doctorat en 2004 sur comment les jeunes filles dans un lycée « créent » le genre en fonctionde la classe, de la sexualité et de l’ethnicité. 38

×