Antoine Faure INALCO HEI 2015
Les populismes dans le monde :
une autre sorte de système politique ?
Antoine Faure INALCO HEI 2015
Selon Pierre Ostiguy de l'Université chilienne de Sciences Politiques, le populisme est un
p...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
En effet l'utilisation inflationniste et à connotation répulsive de ce mot, par les médias e...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
Pour Winston Churchill la démocratie est le pire de tous les régimes à l'exception de tous l...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
– le mouvement Folklig scandinave au XIXème siècle incarné par le pasteur et patriote danois...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
ressources et capitaliste pour l’économie, entrainent la chute de cette première expérience
...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
– Une position de rupture avec le système en place, les partis de gouvernements, les
institu...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
développe via la rhétorique chaleureuse du discours populiste. Ce discours est simple, sans
...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
En Bolivie, Evo Morales, un ancien cultivateur de coca d’origine aymara est réélu pour un
tr...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
III) Les néo populismes en Europe depuis 1989 ou « populismes contemporains » légalistes
et ...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
Premier Ministre. Grâce à une écrasante victoire législative, sa formation du Bharatiya Jana...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
V) Émergence d’un «populisme numérique».
« Les activistes de la démocratie en réseau propose...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
d’une espèce de « démocratie horizontale » qui passe par Internet. Il écrit : « Le mot leade...
Antoine Faure INALCO HEI 2015
proportionnel, émaillée de plébiscites référendaires pour conforter les décisions d’ un lead...
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Les populismes dans le monde

176 vues

Publié le

0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
176
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
6
Actions
Partages
0
Téléchargements
2
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Les populismes dans le monde

  1. 1. Antoine Faure INALCO HEI 2015 Les populismes dans le monde : une autre sorte de système politique ?
  2. 2. Antoine Faure INALCO HEI 2015 Selon Pierre Ostiguy de l'Université chilienne de Sciences Politiques, le populisme est un phénomène mondial en plein essor. Il traduit la crise de représentativité que traversent les partis politiques traditionnels. L'insatisfaction devant le fonctionnement concret de la démocratie représentative conduit certains à promouvoir des alternatives définies comme "populistes". Ce phénomène politique cyclique, et de plus en plus visible depuis quelques années, donne lieu à des commentaires divergents. Pour certains ce sont les aspects négatifs du populisme comme le nonrespect de la loi et des constitutions qui sont essentiellement soulignés. Pour d'autres, "l'inclusion populaire " visant à élargir le socle de participants à la vie politique, et la contestation devant l'inadéquation des réponses des partis politiques traditionnels aux préoccupations des citoyens, seraient des éléments positifs et salutaires pour une démocratie vivante. Ces deux approches ne sont-elles pas les facettes des ambiguïtés propres au concept de démocratie? Le peuple est le fondement légitime du pouvoir depuis la Grèce et Rome. Même lorsque l'origine populaire du pouvoir fait l'objet d'un accord général, l'exercice réel de ce pouvoir par le peuple peut parfois rester une problématique. Représentativité, légitimité, délégation, médiation, procédures de consultation, tous ces champs peuvent donner lieu à des conceptions fluctuantes voire divergentes. Des contestations sur la réalité ou sur la forme de l'expression de la souveraineté populaire, fondent les populismes. La diversité des manifestations populistes à travers le monde est liée au contexte politico-social historique propre à chacun des pays mais aussi à l’hétérogénéité des organisations qui portent ce populisme et à la personnalité du leader qui les incarne. Cette diversité d'origine et d'expression du populisme s’atténue-t- elle lorsque on observe in fine les types de systèmes politiques alternatifs qui sont proposés par les formations populistes? L’analyse comparée de quelques exemples d'organisations politiques européennes ou pan américaines, classées « populistes » et du modèle politique qu'elles promeuvent tentera de répondre à cette question, non sans avoir auparavant cherché à définir le populisme et avoir mis en évidence le lien entre populisme et malaise démocratique. Hans-Georg Betz définit le populisme comme " un appel à l'homme ordinaire et à son bon sens supposé supérieur". Pour le sociologue Edgar Morin, le mot "populisme" mis à toutes les sauces perd toute signification et empêche tout diagnostic pertinent».
  3. 3. Antoine Faure INALCO HEI 2015 En effet l'utilisation inflationniste et à connotation répulsive de ce mot, par les médias et dans le débat politique, perturbe l'analyse sémantique. Selon le Grand Robert, le populisme reflète "l'importance donnée aux couches populaires de la société(en art, en politique, etc...). Cette définition correspond à la perception commune du public qui retiendra comme positive toute initiative lui accordant attention et respect, et qui assimilera souvent populisme à populaire. En politique, l'épithète "populiste" a été appliquée de manière extensive aussi bien aux actions, attitudes ou déclarations de personnages aux références démocratiques incontestables qu’à celles d’autres leaders dont les propositions politiques s’éloignent du modèle démocratique. Des partis politiques de droite et de gauche, extrêmes ou non, peuvent être taxés de populisme en fonction de la conjoncture, du style, de l’attitude ou de la posture de tel ou tel de leurs orateurs. L’assimilation conceptuelle entre populisme et extrême droite, dans certains pays, brouille davantage encore la compréhension du phénomène. Le populisme n’est-il pas l’invective dont certains partis conservateurs se servent pour tenir à l’écart du système une frange d’expression dérangeante pour l’ordre établi, et pour ignorer les angoisses des électeurs ? Le populisme ne révèle-t- il pas l’existence d’un noyau récurent de déviances des pouvoirs, polluant le principe démocratique quel que soit le pays concerné? Le terme est-il dévoyé par une utilisation inappropriée qualifiant des situations très diverses ? Quels paramètres communs peut-on mettre en exergue pour qualifier des organisations ou des comportements de « populistes » ? On retrouve une constante dans les mouvements populistes, c’est la référence au « peuple ». Ils se proclament tous pro-démocratiques faisant leur, la formule de Lincoln " le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple». C’est d’ailleurs cette formule qui a conclu l’allocution de Marine Le Pen à l’issue du second tour des élections départementales du 29 mars 2015. Au nom du peuple, le populisme peut n’être qu’un simple élément du jeu démocratique revendiquant l’accès à une démocratie maximum. Il peut parfois devenir une menace, refusant les consensus et les équilibres fondant une démocratie optimum. L’analyse des expériences politiques populistes passe donc par la compréhension des caractéristiques démocratiques cibles de leurs attaques, et par l’étude des angles d’orientations de ces attaques. Chacun de ces éléments aura une pénétrance particulière suivant les pays concernés et leur situation politico-sociale, et une écoute spécifique suivant la personnalité du leader donnant corps et identité au mouvement populiste.
  4. 4. Antoine Faure INALCO HEI 2015 Pour Winston Churchill la démocratie est le pire de tous les régimes à l'exception de tous les autres. Les défaillances de la démocratie, observées très tôt par Tocqueville, ont comme corollaire la disparition des espaces de délibération, l’apathie des citoyens, l’a-réactivité et le non investissement de nouveaux champs émergents d’idées et d’actions. Le modèle démocratique occidental, donnant historiquement le droit de gestion de leur vie dans la cité aux citoyens, est le plus plébiscité. Toutefois, l’équilibre entre la démocratie idéale permettant l'expression des masses, et la démocratie constitutionnaliste en action est toujours instable. Pour Przeworsky, la démocratie c'est l'incertitude et historiquement, force est de constater que l'insatisfaction des citoyens sur tel ou tel aspect du système démocratique est une constante. Le malaise démocratique est consubstantiel à la démocratie elle-même en n'atteignant jamais un point d'équilibre optimal et stable. C'est sur ce conflit d'équilibre que prospèrent les mouvements populistes. Ils se font l'écho, quand ils ne les encouragent pas, des insatisfactions du "peuple" quant aux décisions prises en son nom par des élites. Ils restituent aussi les défiances des citoyens envers les institutions, les hommes du système et des partis traditionnels. Comme malgré tout la confiance du peuple dans les valeurs de la démocratie perdure, les populistes polarisent leur rhétorique sur la dénonciation des perversions qui affectent les démocraties et sur la nécessité d’y porter remède. « Le populisme, dans sa forme actuelle, n’est rien d’autre que cette politique qui compense la technicisation biaisée du pouvoir par une prise sur les humeurs du peuple», diagnostique le philosophe Yves Charles Zarka. Certains estiment que le populisme est une pathologie de la démocratie. Au travers de l'analyse de différents exemples de populismes et de leurs propositions politiques nous essaierons de savoir si le populisme est le symptôme révélateur d'une démocratie malade, s'il est la piqûre de rappel permettant aux démocraties de conserver leur état d’équilibre et leur objectif premier, ou s’il induit une mutation pérenne vers un état alternatif. I) Les populismes historiques. Dès le début de leur histoire, les populismes ont été rebelles à une classification permettant une description comparative. Il y a souvent peu de choses en commun entre les cinq courants principaux historiquement reconnus, si ce n’est une éclosion fréquente en milieu rural, et parfois l’identification d’un activisme de quelques intellectuels. Ces populismes « archaïques » se sont organisés primitivement pour la défense ou la représentativité de « communautés » populaires.
  5. 5. Antoine Faure INALCO HEI 2015 – le mouvement Folklig scandinave au XIXème siècle incarné par le pasteur et patriote danois Grundtvig, s’est attaché à développer dans le milieu rural, des coopératives agricoles et des écoles populaires. Cette démarche a évoluée vers un mouvement politique représenté au parlement de Copenhague. – Les Narodniki, mouvement socialiste agraire russe actif à la fin du XIXe siècle, opposé à l'absolutisme tsariste et au servage, mais attaché aux institutions populaires traditionnelles, tentent d’organiser des fédérations rurales; leur échec les conduira au terrorisme. – Aux Etats –Unis aussi, le populisme à la fin de XIXe siècle, est un phénomène essentiellement rural de l'Ouest et du Sud du pays. Ce mouvement, précédé par une organisation coopératives en guildes paysannes, les Granges, est essentiellement dirigé contre les banques et les compagnies de chemins de fer. Politiquement, les Granges obtiennent l'élection de majorités qui leur sont favorables dans les institutions locales et fédérales. – Le mouvement Völkisch austro-allemand rassemble des penseurs autour d’une construction intellectuelle, l'esprit du Volk (peuple), qui unirait une population cohérente par sa culture, ses racines rurales, le sang et la terre. Cette thématique fut reprise et détournée par le mouvement hitlérien. – Les populismes latino-américains, portés par la prise de conscience des peuples de leur appartenance à une nation ayant une identité propre se sont construits en opposition s aux élites hispano- américaines colonialistes et impérialistes. L’exemple du Venezuela est à ce titre intéressant. Le populisme vénézuélien émerge durant les premières décennies du XXème siècle à la faveur de changements sociétaux, démographiques et économiques liés en particulier, à la mutation de la production agricole traditionnelle du café vers l’activité pétrolière et manufacturière. Le 18 octobre 1945, le pouvoir oligarchique en place est renversé par une coalition militaro-civile. Le parti Action Démocratique (Romulo Bétancourt) organise des élections générales qui par la voix populaire légitime le nouveau gouvernement. Le peuple doit prendre part au projet de développement national de modernisation du pays. Les difficultés pour concilier une attitude nationaliste sur les
  6. 6. Antoine Faure INALCO HEI 2015 ressources et capitaliste pour l’économie, entrainent la chute de cette première expérience populiste en 1948. Dix ans plus tard, AD revient au pouvoir avec un programme minimum commun instaurant un système de bipartisme avec le COPEI (Comite de Organizacion Politica Electoral Independiente). A tour de rôle ces partis vont exercer le pouvoir en établissant une stratégie économique populiste de redistribution de la rente liée au pétrole, tout en affirmant représenter le peuple dans sa supposée volonté. La manne pétrolière permit de répondre aux demandes des divers groupes sociaux évitant ainsi les conflits. La relation entre le peuple et le pouvoir devient un échange de voix contre une redistribution de la rente. L’effondrement du modèle rentier conduit à une insurrection populaire et l’émergence de nouveaux leaders extérieurs à ce premier Etat populiste. Il est intéressant de constater que le populisme consolidé primitif vénézuélien, ayant organisé un régime gouvernemental avec des institutions propres, s’est confronté aux mêmes difficultés de légitimité et de représentativité que les régimes qu’il prétendait combattre. Ce premier modèle populiste de conciliation est un échec. Il ouvre la voie à Hugo Chavez qui s’impose comme le porte-parole des masses réprimées et, se présentant comme « bolivarien », signe d’identité et référence légitimante, impulse l’idée de mouvement de libération collective. Au fil des siècles et des expériences populistes historiques, des tentatives de théorisation de ce phénomène ont été menées, sans aboutir à un résultat homogène et cohérent. Il est toutefois possible d’identifier des paramètres récurrents, à pénétrance variable suivant les mouvements populistes : – La personnification du mouvement par un leader charismatique. – L’appel au peuple dans une dimension affective de proximité. – Une attitude anti-élite, celle-ci étant personnifiée par les professionnels de la politique corrompus, les technocrates des institutions éloignés des préoccupations du peuple et les gouvernants trahissant leurs promesses électorales. – Un discours qui rejette l’économie libérale, et s’attache à dénoncer l’injustice sociale, l’insécurité le chômage et l’immigration. Certains mouvements développant plus ou moins les thématiques du nationalisme, du souverainisme, (et de l’euroscepticisme).
  7. 7. Antoine Faure INALCO HEI 2015 – Une position de rupture avec le système en place, les partis de gouvernements, les institutions. – L’incitation à des mouvements de masse, plébiscitaires, revendicatifs, participatifs. – La référence constante au « peuple » garant des valeurs de la démocratie. Ces clés du discours populiste étant posées, quelles situations s’adaptent à la mise en application de ces élément comme solutions? – Les sociétés en crise soit par inadaptation à une évolution socio-économique rapide, soit par blocage de la société dans des déterminismes de classe sans espoir d’ascension sociale. – La confiscation du pouvoir par des technocrates décisionnaires déconnectés des aspirations populaires ; stagnation de la représentativité, désir de démocratie participative. – Affaiblissement des partis de gouvernements par l’uniformisation de leurs propositions, l’alternance dans le cadre du bipartisme et la récurrence des épisodes de cohabitation. – Non anticipation des nouveautés sociétales par les partis conservateurs qui laissent à des mouvements marginaux l’initiative et facilitent leur pénétrance dans le jeu politique ; L’exemple des mouvements écologistes est emblématique. – La quête d’une alternative démocratique. II) Les populismes charismatiques, exemples des populismes sud-américains. Paul Taggart dans son étude sur Nouvelle démocratie en Suède écrit, » chez les nouveaux populistes, le leadership n’est pas seulement un ingrédient : c’est l’essence même de leur message et de leur parti. La base charismatique du leadership constitue un élément essentiel parce qu’il représente un défi symbolique au modèle dominant d’organisation partisane ». Ce charisme se
  8. 8. Antoine Faure INALCO HEI 2015 développe via la rhétorique chaleureuse du discours populiste. Ce discours est simple, sans abstraction, empreint de bons sens et de volontarisme, construisant une vision d’avenir sur des promesses et volontiers manichéen. Il fait l’éloge du peuple, critique les élites dans un style direct et de franc-parler. Il en appelle à la cohésion nationale et à la valorisation des racines. Lors de son discours d’après second tour des élections départementales le 29 mars 2015, Marine Le Pen a dit : «Je félicite les élus patriotes pour leur victoire…Un mode de scrutin qui ne favorise pas les forces libres et indépendantes …La campagne amère du Premier Ministre, rejoint dans son mépris de classe par…les petits politiciens, incapables qu’ils sont de se mettre au niveau du peuple et de le respecter.. S’engager pour des réformes concrètes au service des français…Stabiliser et faire baisser les impôts….Appliquer nos idées pour redresser la France… La relève patriote, une immense espérance pour des millions de français…Se concentrer sur l’intérêt du peuple français… » Tout y est ! Plusieurs exemples de populismes charismatiques d’Amérique latine sont analysés. Cette observation rend compte de l’hétérogénéité des formes de pouvoirs populistes, révélatrices chacune de la personnalité propre de son leader. Au Venezuela, Hugo Chavez symbolise le charisme extraverti. Ce personnage, n’est pas issu de la classe politique traditionnelle ; d’origine paysanne, il est attaché aux traditions populaires et possède une véritable culture populaire. Il est l’homme de la rupture qui veut reconstruire une société nouvelle plus juste. Le mouvement Cinquième république lui permet d’accéder au pouvoir en 1998 et par référendum il fait ratifier en 1999 une nouvelle Constitution pour une nouvelle république basée sur une démocratie participative. Lors de son investiture comme Président, il annonce « Préparez-vous à gouverner » signifiant ainsi que la force de son pouvoir émane du peuple. Sa rhétorique est manichéenne et efficace ; tout ce qui n’est pas avec lui et avec le peuple est forcément corrompu. Tous ces éléments font d’Hugo Chavez le prototype du néo populiste ; il se situe hors du système des partis, n’a pas de tradition politique et compense une carence idéologique par une personnification totale du mouvement. Il apparaît dans un contexte de crise généralisée et de désillusion démocratique ; il est protestataire, nationaliste, et en appelle au peuple pour légitimer son action au travers de nombreux référendum. Avec Hugo Chavez le Venezuela vit jusqu’en 2013 un « National Populisme radical ».
  9. 9. Antoine Faure INALCO HEI 2015 En Bolivie, Evo Morales, un ancien cultivateur de coca d’origine aymara est réélu pour un troisième mandat en 2014. Ce pays multi ethnique -37 langues y sont parlées, renouvelle sa confiance au leader du parti le MAS (Mouvement vers le Socialisme). Cet homme discret et modeste, à l’opposé de Chavez, jouit d’une grande popularité. Les raisons de cette popularité sont nombreuses. Pour Pablo Stefanoni, « Evo Morales a gardé son aura de chef populaire » et reste le « représentant d’un renouvellement de l’élite ». « Il est des nôtres, c’est un président qui est fier de ses origines ». En plus e diriger le pays il a signé un contrat de footballeur professionnel au Sport Boys Warnes... Daniel Ortega au Nicragua, « Commandant », membre de la direction du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a renversé le dictateur Anastasio Somoza. Plusieurs défaites électorales, après sa présidence de 1984, l’ont conduit à une mutation opportuniste vers un nouveau rôle de pacificateur. Il est réélu en 2006 avec des références catholiques qui ont séduit un électorat plongé dans la misère (47 % des Nicaraguayens survivent avec moins d'un dollar par jour). Son programme, «Une révolution spirituelle, une révolution de l'amour qui sortira le peuple de la misère, de la faim et du chômage… Comme disait Sa Sainteté le pape [Jean Paul II, ndlr], les pauvres ne peuvent plus attendre». Le populisme d’Ortega est teinté de « caudillisme » qui organise les réformes à son avantage. La Constitution nicaraguayenne a été changée ; seuls 35 % des suffrages suffisent pour remporter l'élection présidentielle au premier tour… L’économiste équatorien Rafael Correa, homme originaire d’un milieu modeste est un antilibéral mâtiné d’écologie. Leader du parti, Alliance Pays, il a fait adopter en 2012 l’article 327 du « Code de la Démocratie » qui prévoit de retirer les statuts politiques aux partis ayant obtenu moins de 4% à deux élections successives, ou ne disposant pas de suffisamment d’élus dans le Parlement, les conseils municipaux et locaux. Et cela a été appliqué en aout 2014 aux dépens de 4 partis politiques opposants. « L’Equateur ne vit plus dans un état de droit mais une dictature », tels sont les mots d'Abdala Bucaram Ortiz (du Parti roldosiste équatorien – PRE) pour désigner la dérive au pouvoir de Rafael Correa. Ces exemples montrent que la forme de pouvoir exercée par les leaders populistes reflète leur personnalité. Ils usent de la rhétorique populiste avec plus ou moins de sincérité, dans le but d’accéder au pouvoir « au nom du peuple ». Une fois installés, tous les modes d’exercices du pouvoir sont envisageables, social radical, paternaliste, autoritaire, dictatorial.
  10. 10. Antoine Faure INALCO HEI 2015 III) Les néo populismes en Europe depuis 1989 ou « populismes contemporains » légalistes et contestataires. – Le populisme état providence o front de gauche o Le populisme de la gauche radicale : Podemos , Syriza :"Citoyens d'Athènes, aujourd'hui, le peuple grec vient d'écrire une page d'histoire. Vous et Syriza, notre peuple, vous êtes un exemple caractéristique de l'Europe qui change", déclare à la tribune Alexis Tsipras, au soir de sa victoire aux législatives du 25 janvier en Grèce. – Le populisme antiétatique o National populisme = Fidesz (Fédération des jeunes démocrates) hongrie Viktor Orban o Le populisme conservateur de droite = tea party o Le populisme nationaliste droite radicale= Les démocrates suédois (Sverigedemokraterna, SD) o UDC suisse = Un électorat très large aux intérêts de classe totalement divergents - Les eurosceptiques : les leaders populistes revendiquent haut et fort leur volonté d’occuper des sièges au Parlement de Strasbourg dans le seul but de mettre des bâtons dans les roues de la politique de l’UE. Ces populistes, qui jouissent d’une influence grandissante aux PaysBas, en Autriche ou encore en Suède, considèrent l'UE comme inefficace. o FN français, le Parti de Liberté néerlandais (PVV) de Geert Wilders, le Parti de Liberté autrichien (FPÖ) , les Démocrates suédois (SD) o Nigel Farage, le leader de l'United Kingdom Independence Party (Ukip), Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan, Vrais Finlandais (Timo Soini) , Parti populaire danois IV)Les néo populismes sur d’autres continents, la mondialisation du populisme. En Inde, Narendra Modi leader de l'extrême droite radicale nationaliste hindoue est devenu
  11. 11. Antoine Faure INALCO HEI 2015 Premier Ministre. Grâce à une écrasante victoire législative, sa formation du Bharatiya Janata Party (BJP), obtient 282 sièges, soit une majorité qu’aucun parti seul n’avait arrachée depuis trente ans. L'attraction des populistes a toujours pour point de départ l'échec retentissant des partis au pouvoir. C'est particulièrement le cas en Inde, pays aux valeurs de tolérance vantées par le prix Nobel d'économie Amartya Sen, où le parti du Congrès a été victime de son immobilisme. Plus de 70 % des Indiens se disent mécontents de l'évolution de leur payscontinent. Ils dénoncent, pêle-mêle, l'inflation, le chômage et l'inégalité. Le culte de la personnalité qui existe autour de Modi évoque celui qui entourait Indira Gandhi. Perçu en homme providentiel, Narendra Modi, est parvenu tout au long de la campagne a suscité d’immenses espoirs. Il y a un « style Modi ». Son charisme est tel que l’histoire de cet ancien petit vendeur de thé a pris les contours d’une légende. « J’ai rencontré Jimmy Carter, Bill Clinton, ainsi que les deux Bush, père et fils. En matière de charisme, Modi les bat tous à plate couture ». dit le journaliste américain Robert D. Kaplan. A l’issue de son élection Modi a promis «de réaliser les rêves» du peuple indien. «Il n’y a pas d’ennemis en démocratie, il n’y a qu’une opposition. Je vais prendre votre amour et le transformer en progrès…». En 2014, le leader populiste Julius Malema fait entrer son parti, les Combattants pour la liberté économique (EFF) au Parlement sud -africain, en obtenant plus de 6 % des voix et 25 sièges. Ce succès fait écho à l'impatience de nombreux Sud-Africains qui estiment que le pays ne s'est pas transformé assez vite depuis la fin du régime raciste d'apartheid. Situés à l'extrême gauche de l'échiquier politique sud-africain, les EFF réclament une redistribution des richesses du pays au profit des plus pauvres, ce qui passe notamment par la nationalisation sans compensation des mines et une réforme agraire passant par la saisie des terres exploitées par les fermiers blancs. Le programme de Malema revendique ce qu'il appelle "la liberté économique de notre vivant". Au-delà de cet effet d’annonce, les députés se font remarquer par leur démagogie. Ainsi les 25 députés des de Julius Malema siègent à l'Assemblée nationale en combinaisons d'ouvriers rouges et bottes de caoutchouc pour les hommes, tenues de ménagères et tabliers pour les femmes. «Nous ne nous habillerons pas comme les maîtres coloniaux», a insisté le leader. La rhétorique très nationaliste et militariste de ce parti résistera telle aux dissensions internes qui se sont faites récemment jour? Les populismes stigmatisent souvent la mondialisation sources des maux du peuple. Il semble que cette qualification soit aussi en passe de s’appliquer au populisme lui-même.
  12. 12. Antoine Faure INALCO HEI 2015 V) Émergence d’un «populisme numérique». « Les activistes de la démocratie en réseau proposent d’imaginer de nouvelles formes de consultation, de mobilisation et de prise de décision, qui dépassent les procédures de la démocratie délégataire »(Blondeau, 2007, p. 29).Internet et toutes les ressources d’échanges qui en découlent ont ouvert la voie à de nouvelles pratiques sociales et culturelles qui renforcent l’accès à l’information et les pouvoirs des citoyens en particulier le pouvoir d’expression. Le corollaire de cet accès « illimité » potentiel au partage de l’information, est la liberté de diffusion des idées quelles qu’elles soient, et en particulier pour l’intérêt de notre propos, des idées populistes. De fait le champ numérique a été investi par des partis populistes connus qui ont utilisé ce vecteur comme stratégie de communication de masse ; mais d’autres mouvements populistes sont « nés » avec cette fonctionnalité. Industries culturelles, savoir classique, pouvoir des élites, sont ainsi menacés sur ce front digital. Aux États-Unis, le Tea Party, plus proche d’un lobby que d’un parti classique, s’est construit autour de la volonté d’assurer des activités de vigilance, de dénonciation et de notation des partis traditionnels afin de les influencer. L’observation permanente et le contrôle par la société civile, du politique, est facilitée par les nouveaux outils informatiques et les médias sociaux. Des citoyensconsommateurs constituent des groupuscules « franchisés » regroupés sous une même bannière - la marque Tea Party. Ce consumérisme politique bouleverse les pratiques démocratiques traditionnelles par une intervention directe des citoyens via les réseaux sociaux. Les partis Pirate (PP), dont le premier est apparu en Suède en 2006 défendent l’idée du partage des données. Leur volonté était de permettre via la promotion des open data, un contrôle des élites. Avec 13% aux élections allemandes de 2012, le Parti pirate a été désigné troisième parti du pays. Il semble que ce parti n’ait pas su gérer leur croissance ni les divergences de vue quant à leurs objectifs. Cette expérience de cyber- activisme politique est en dormance. Le populisme 2.0 revendiqué par le Mouvement 5 Etoiles (M5S) de Beppe Grillo est appelé populisme bouffon(ni de gauche ? ni de droite ?) par certains. A ses débuts, le mouvement n'a guère été pris au sérieux: le comique populiste s'exprimait sur son site Internet, ce vecteur permettant de diffuser une opinion individualisée, en masse. Lors des municipales de 2012, ses candidats ont remporté la victoire dans plusieurs villes, dont Parme. Aux élections régionales suivantes, le M5S est devenu le premier parti en Sicile. Casaleggio, le maitre à penser de Grillo, prône l’avènement
  13. 13. Antoine Faure INALCO HEI 2015 d’une espèce de « démocratie horizontale » qui passe par Internet. Il écrit : « Le mot leader ne veut plus rien dire. L’important, c’est le mouvement et le concept de communauté […] La toile permet l’appartenance à une communauté dès la naissance. » […] Ce qui laisse planer, évidemment, le totalitarisme total. » Depuis, le président du Conseil Matteo Renzi et le leader de la Ligue du Nord Matteo Salvini, ont volé la vedette à Beppe Grillo en termes de nouveauté. Abolition du Sénat, diminution des dépenses politiques, revenu de citoyenneté… à coup de réformes, “Renzi est en train de priver Grillo de l’une de ses principales armes ». De ces trois exemples d’utilisation des réseaux sociaux pour promouvoir des alternatives politiques « populistes », un seul a prospéré, le Tea Party qui est même devenu une « marque » exportable dans d’autres pays (Italie, Belgique..) . Ces expériences devront malgré tout continuer d’être surveillées, pour voir vers quelles formes de système politique elles peuvent évoluées. Parmi les systèmes politiques, tous sauf les systèmes totalitaires et autocratiques sont confrontés à l’apparition de mouvements populistes. Les démocraties quel que soit leur régime (parlementaire, présidentiel, fédéraliste…) et les monarchies modernes (constitutionnelles, parlementaires) font face à l’émergence épisodique ou l’affirmation persistante de partis populistes. L’existence de formations populistes dans un pays, est la garantie que son régime politique est une démocratie moderne. L’expression dynamique et bruyante des mouvements populistes sont aussi le signe d’une démocratie vivante. Les populismes font bouger les lignes des démocraties en les acculant à un renouveau de ses modes de fonctionnement, à une remise en question de ses choix, à une évolution en symbiose avec les évolutions sociétales. Ils peuvent être le moteur d’un système de tripartisme, bousculant la rente de situation électorale des partis traditionnels. Le populisme, nous l’avons vu, se définit par rapport à une démocratie représentative imparfaite, sclérosée ou déviante. Ce mouvement prône la démocratie participative voire la souveraineté populaire, mais conserve la notion de nation. Dans la théorie classique, la souveraineté populaire se traduit par un idéal de démocratie directe, l’élection au suffrage universel et le droit au référendum. Le recours à des mandataires peut se faire de façon impérative (le peuple dicte les actions)ou représentative (un élu représente son électeur et non toute la nation). Le populisme tend à promouvoir la décision pour le peuple par le peuple via une représentativité juste et équitable. Le modèle politique populiste est une démocratie directe participative, fondée sur un suffrage
  14. 14. Antoine Faure INALCO HEI 2015 proportionnel, émaillée de plébiscites référendaires pour conforter les décisions d’ un leader charismatique sensé personnifier leur souveraineté. Ce modèle n’est pas uniforme ; il est gradué par l’histoire sociopolitique de chaque pays et par les décisions du leader de promouvoir tel ou tel paramètre du panthéon populiste selon un tropisme de réceptivité conjoncturelle des électeurs potentiels. La constante des mouvements populistes est leur capacité d’adaptabilité aux circonstances qui leur permettront d’élargir leur base électorale pour parvenir en toute légalité aux sommets du pouvoir au nom du peuple dans un cadre politique démocratique. Ainsi énoncé, le populisme protestataire serait le traitement de choc permettant d’atteindre le niveau maximal de démocratie, panacée du bien vivre d’un peuple souverain. Comme nous l’avons analysé, il n’y a pas un populisme mais des populismes, et autant d’interprétations de la notion de « peuple » différentes. Cette pluralité se traduit par autant de variantes du modèle politique énoncé plus haut, évoluant en fonction de la diversité des revendications et des bénéfices attendus par l’agglomérat de groupes, constituant un parti populiste. Cette hétérogénéité peut conduire à des discours orientés et extrêmes. L’expression de ces extrémismes au sein des démocraties, confère au populisme identitaire un rôle révélateur d'une démocratie « malade » qui n’est plus en capacité de répondre aux anxiétés des citoyens. Le populisme n’est peut-être pas une pathologie de la démocratie, mais alors il en est la fièvre. Le paradoxe est donc le suivant : le populisme travaille à promouvoir la démocratie idéale, mais cette démocratie idéale n’est pas la même pour tous les populismes. Le système politique populiste est un éventail de propositions toutes ancrées sur le modèle démocratique originel, et cet éventail se déploie au gré des soubresauts économiques, géopolitiques et sociétaux des nations.

×