BIRBA_memoireV3

189 vues

Publié le

0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
189
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
3
Actions
Partages
0
Téléchargements
6
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

BIRBA_memoireV3

  1. 1. REPUBLIQUE DU SENEGAL Un peuple – Un but – Une foi Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan -- -- Ecole Nationale de la Statistique et de l’Analyse Economique (ENSAE) BURKINA FASO Unité – Progrès – Justice Ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques, de l’Assainissement et de la Sécurité Alimentaire -- Direction Générale des Etudes et des Statistiques Sectorielles -- Direction de la Prospective et de la Planification Opérationnelle (DPPO) MEMOIRE PROFESSIONNEL Migration et Sécurité Alimentaire au Burkina Faso : cas des ménages ruraux Novembre 2015 Sous la supervision de Richard S. GUISSOU Statisticien Economiste, Expert en planification stratégique et gestion de cycle des projets agricole, ARAA, CEDEAO & Fidèle SALOU Statisticien Economiste, DPPO, MARHASA Rédigé par: BIRBA Bali Jean-Jacques Elève Ingénieur Statisticien Economiste
  2. 2. i BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Décharge Le contenu de ce document n’engage ni la responsabilité des autorités du ministère de l’agriculture, des Ressources Hydrauliques, de l’Assainissement et de la Sécurité Alimentaire (MARHASA), ni celle des responsables de L’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Analyse Economique (ENSAE). L’auteur porte l’entière responsabilité du document et hérite par conséquent des erreurs et incohérences qui peuvent en découler.
  3. 3. ii BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Dédicace A la famille BIRBA
  4. 4. iii BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Remerciements La réalisation de cette étude a été rendue possible grâce à la convergence des efforts des personnes et personnalités que nous tenons à remercier. Tout d’abord les responsables des directions générales et techniques du ministère de l’agriculture plus particulièrement celles de la direction de la prospective et de la planification opérationnelle qui ont mis à notre disposition un cadre de travail agréable et des ressources humaines matérielles nécessaires à notre travail. Ainsi nous remercions :  M. Oumarou LANKOANDE, Directeur Général des Etudes et des Statistiques Sectorielles (DGESS),  M. François YAMEOGO, Directeur de la Prospective et de la Planification opérationnelle (DPPO) pour la mise à la disposition du cadre propice au travail,  Messieurs. Richard S. GUISSOU et Fidèle SALOU, nos maitres de stage pour leur disponibilité, orientations et soutiens multiformes,  Nous remercions également tout le personnel de la DPPO pour leurs soutiens. Nous tenons à remercier l’administration de l’ENSAE et tout le corps enseignant de la filière ISE qui n’ont ménagé aucun effort pour nous fournir un enseignement de qualité. Nous pensons notamment à M. Bocar TOURE, Directeur de l’ENSAE qui a bien voulu nous accueillir à l’ENSAE, M. Mady Dansokho, Coordonnateur des études. Nos remerciements vont également à l’endroit de M. Mamadou CISSE et M. Mayoro DIOP, respectivement responsable et responsable adjoint de la filière ISE, à M. Souleymane FOFANA et M. Souleymane DIAKITE respectivement responsable et responsable adjoint de la filière ITS, tous enseignants permanents à l’ENSAE. Nous adressons enfin un remerciement spécial à la Communauté Economique de l’Afrique (CEA) qui a bien voulu financé nos études en nous octroyant une bourse pour toute la durée de la formation. Nous n’oublions pas non plus tous nos amis et tous nos camarades de classe pour leur soutien et effort de relecture. A tous ceux dont les noms ont été omis, recevez nos sincères remerciements.
  5. 5. iv BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Avant-propos Créée en 2008, l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Analyse Economique (ENSAE) est l’une des trois écoles de statistiques à caractère sous régional et fait partie du réseau coordonné par le CAPESA (Centre d’Appui aux Écoles de Statistique Africaines), avec l’Institut Sous régional de Statistique et d’Économie Appliquée (ISSEA-Yaoundé) et l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée (ENSEA-Abidjan). Elle est située à Dakar, capitale du Sénégal. L’ENSAE a pour mission de former et de mettre à la disposition de tous les pays des statisticiens et économistes qualifiés. Ainsi, elle propose des formations théoriques et pratiques qui se déroulent dans trois filières distinctes à savoir :  les Techniciens Supérieurs de la Statistique (TSS) ;  les Ingénieurs des Travaux Statistiques (ITS) ;  les Ingénieurs Statisticiens Economistes (ISE). Le cycle de formation des Ingénieurs Statisticiens Economistes (ISE), de l’ENSAE-Sénégal comprend deux volets : un volet théorique et un volet pratique. Le premier volet est assuré par des cours magistraux et des travaux dirigés. Quant au second, il est réalisé au moyen d’exposés, d’enquêtes de terrain et de travaux pratiques. C’est dans ce cadre que nous avons effectué notre stage durant la période du 1er Août au 31 Octobre 2015 à la direction générale des études et des statistiques sectorielles du ministère de l’agriculture, des ressources hydrauliques de l’assainissement et de la sécurité alimentaire du Burkina Faso.
  6. 6. v BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Sommaire Décharge ............................................................................................................................................i Dédicace ............................................................................................................................................ii Remerciements.................................................................................................................................iii Avant-propos ...................................................................................................................................iv Sommaire ..........................................................................................................................................v Liste des Tableaux et Figures .........................................................................................................vii Abréviations et Acronymes............................................................................................................ viii Résumé..............................................................................................................................................x Abstract............................................................................................................................................xi Introduction Générale ......................................................................................................................1 Généralités et Revue de Littérature .................................................................................................6 1. Présentation des concepts et évolution......................................................................................6 1.1. La migration .......................................................................................................................6 1.2. La sécurité alimentaire.......................................................................................................9 2. Revue de littérature.................................................................................................................15 2.1 Revue théorique.................................................................................................................15 2.2. Revue empirique...............................................................................................................16 Approche méthodologique..............................................................................................................19 1. Présentation de la zone et des données d’etude ......................................................................19 2. Méthodologie...........................................................................................................................20 2.1. Etude diagnostique et limite de quelques indicateurs classiques ....................................20 2.2 Elaboration d’indice d’insécurité alimentaire à partir de la théorie des ensembles flous .................................................................................................................................................22 2.3 Concept de noyau dur d’insécurité alimentaire et présentation du modèle économétrique .........................................................................................................................27 2.4 : Le test du rapport de vraisemblance ou le LR-test ........................................................30 Elaboration d’un indicateur d’insécurité alimentaire à partir des ensembles flous .....................32 1. Analyse Descriptive de données ..........................................................................................32 2. Interprétation des indicateurs.................................................................................................36 2.1. Indicateur multidimensionnel ..........................................................................................36 2.2. Indicateurs unidimensionnels...........................................................................................36 2.3. Décomposition de l’indicateur par sous-groupes de population .....................................37
  7. 7. vi BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE 3. Cartographie de l’insécurité alimentaire................................................................................40 Analyse des effets de la migration ..................................................................................................41 1. Caractérisation du noyau dur d’insécurité alimentaire.........................................................41 2. Techniques d’interprétation des résultats ..............................................................................41 2.1 Effets sur l’indice multidimensionnel ...............................................................................41 2.2 Vérification des hypothèses : le bootstrap et LR-test .......................................................44 2.3. Effets sur les indices unidimensionnels ............................................................................45 Conclusion et Recommandations ...................................................................................................50 Bibliographie...................................................................................................................................xii Annexes ...........................................................................................................................................xv Tables des matières....................................................................................................................... xxii
  8. 8. vii BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Liste des Tableaux et Figures Liste des Tableaux Tableau 1 : Transferts en fonction des origines ...............................................................................8 Tableau 2: Liste des variables pour le calcul de l'indice................................................................25 Tableau 3 Répartition selon les motifs de migrations et selon la destination du migrant............33 Tableau 5: Indices unidimensionnels .............................................................................................36 Tableau 6: Contributions des indices unidimensionnels................................................................37 Tableau 7 : Régions et Insécurité alimentaire................................................................................38 Tableau 8:Indicateurs suivant les dimensions................................................................................39 Tableau 9: Contributions absolues.................................................................................................39 Tableau 10: Résultats de la modélisation Tobit .............................................................................43 Tableau 11:résultats du test LR .....................................................................................................45 Tableau 12: Migration et disponibilité alimentaire .......................................................................46 Tableau 13: Migration et accessibilité alimentaire ........................................................................47 Tableau 14: Migration et Qualité nutritionnelle............................................................................48 Tableau 15: Détermination de la pondération par la méthode de Cerioli & Zani ........................ xx Tableau 16: Résultats du Test Bootstrap de l’indice multidimensionnel ..................................... xxi Tableau 17: Migration et Stabilité................................................................................................. xxi Liste des Figures Figure 1: pourcentage des Burkinabè émigrés.................................................................................8 Figure 2 : caractéristiques des ménages suivant les émigrations et les transferts.........................32 Figure 3 : Répartition en fonction des destinations et des motifs ..................................................33 Figure 4 : Répartition des transferts reçus suivant les régions......................................................34 Figure 5: Couverture des besoins des ménages..............................................................................35 Figure 6: Insécurité alimentaire au Burkina Faso .........................................................................40 Figure 7:Répartition des ménages agricoles selon les régions ...................................................... xix Figure 8: mesures prises par les ménages en cas de crise ............................................................. xix Figure 9: Typologie des catastrophes des ménages........................................................................ xx
  9. 9. viii BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE S Abréviations et Acronymes AGR : Activités Génératrices de Revenus AIC : Akaike Information Criterion BCEAO : Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest BIC : Bayesian Information Criterion CEDEAO : Communauté Economiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest CILSS : Comité Inter-Etats de lutte contre la Sècheresse dans le Sahel CSAO : Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest CSI : Indice de Stratégie de Survie DGPER : Direction Générale pour la Promotion de l’Economie Rurale DGPSA : Direction Générale des Prévisions et des Statistiques Agricoles EDSBF-MICS : Enquête Démographique et de Santé a Indicateurs Multiples ENSA : Enquête Nationale de Statistiques Agricoles EPA : Enquête Permanente Agricoles FANTA: Food And Nutrition Technical Assistance FAO : Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation FIDA : Fonds International pour le Développement Agricole GHI : Indice de la Faim dans le Monde IFPRI : Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires IIES: Institute for International Economy Studies INRA : Institut National pour la Recherche Agricole INSD : Institut National de la Statistique et de la Démographie IRD : Institut de Recherche pour le Développement
  10. 10. ix BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE ISSP : Institut Supérieur des Sciences de la Population MARHASA : Ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques, de l’Assainissement et de la Sécurité alimentaire MBP-FMI : Manuel de la Balance des Paiements du Fonds Monétaire International OIM : Organisation Internationale pour la Migration OIT : Organisation Internationale du travail PAM : Programme Alimentaire Mondiale. PDDAA : Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique PNSA : Politique Nationale de Sécurité Alimentaire PNSR : Programme National du Secteur Rural PTF : Partenaires Techniques et Financiers RGA : Recensement Général de l’Agriculture RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat SCA : Score de Consommation Alimentaire SDA : Score de diversité Alimentaire SDR : Stratégie de Développement Rural SP-CPSA : Secrétariat Permanent de la Coordination des Politiques Sectorielles Agricoles UA : Union Africaine UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest Africain
  11. 11. x BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Résumé La présente étude analyse les effets de la migration sur la sécurité alimentaire des ménages ruraux du Burkina Faso. Les études empiriques analysent l’insécurité alimentaire en utilisant l’une ou l’autre des quatre dimensions. Elles classent de ce fait les ménages à l’aide d’un seuil fixé dans deux situations possibles : sécurité alimentaire ou insécurité alimentaire. Cette procédure d’analyse (dichotomisation) engendre une perte d’information. Afin de surmonter cette limite, la théorie des ensembles flous et la modélisation Tobit sont deux outils complémentaires pour analyser les caractéristiques des ménages en insécurité alimentaire. Cette procédure est également adaptée pour analyser les effets de la migration sur la sécurité alimentaire des ménages en milieu rural. La mise en œuvre de cette méthodologie a révélé que 25,5% des ménages agricoles ruraux burkinabé sont structurellement en insécurité alimentaire et que les dimensions accessibilité et stabilité avec respectivement 41% et 31% sont les plus contributives à l’insécurité alimentaire. L’analyse suivant les régions et le sexe du chef de ménage laisse entrevoir que les régions de la Boucle du Mouhoun et du Centre-Ouest sont les plus contributives et les ménages dont le chef est une femme sont les plus exposées au risque d’insécurité alimentaire. Concernant les indicateurs de la migration, 25,59% des ménages agricoles ruraux dont au moins un membre a émigré sont structurellement en insécurité alimentaire alors que 22,71% des ménages ayant reçus un transfert sont en insécurité alimentaire conformément aux indicateurs de privations. Les résultats et tests économétriques montrent que les transferts ont un effet positif sur la sécurité alimentaire alors que l’émigration des membres du ménage détériore la sécurité alimentaire des ménages. L’étude approfondie suivant les dimensions a montré que la migration influence seulement trois des quatre dimensions. Mots-Clés Théorie des ensembles flous – Insécurité alimentaire – modèle Tobit – migration – transferts de fonds – Burkina Faso.
  12. 12. xi BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Abstract This study analyzes the effects of migration on the food security of rural households in Burkina Faso. Empirical studies analyze food insecurity by using one or other of the four dimensions. They rank therefore households with a threshold set in two possible situations: food security or food insecurity. This test procedure (dichotomization) causes a loss of information. To overcome this limit, the theory of fuzzy sets and Tobit are two complementary modeling tools to analyze the characteristics of food insecure households. This procedure is also suitable for analyzing the effects of migration on the food security of rural households. The implementation of this methodology showed that 25.5% of Burkinabe rural farm households are structurally food insecure and that accessibility and stability dimensions with 41% and 31% respectively are the most contributive to food insecurity. The analysis according to the region and the head of household sex shows that regions of the Mouhoun and Centre Ouest are the most contributory and households headed by women are most at risk of insecurity food. According indicators of migration, 25.59% of rural agricultural households in which at least one member emigrated are structurally food insecure while 22.71% of households received a transfer are food insecure according to deprivation indicators. The results and Econometric tests show that remittances have a positive effect on food security so that the emigration of household members deteriorates the household food security. Detailed study following dimensions showed that the migration effect only three of the four dimensions. Key-words theory of fuzzy sets - Food insecurity - Tobit model - migration - remittances - Burkina Faso.
  13. 13. 1 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Introduction Générale  Contexte et justification Les dernières décennies ont été marquées par de nombreuses crises sur les plans politique (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Lybie, Centrafrique, Syrie, etc.) économique (crise boursière de 2008, crise de la dette qu’a connu la Grèce etc.) mais aussi social. Au plan social, la crise a été caractérisée par la crise alimentaire des années 1980 (crise de la famine en Ethiopie 1984-1985) qui est due non seulement à une mauvaise campagne agricole, (Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, FAO, 1990) mais aussi à la flambée des prix des produits de premières nécessités (selon les conclusions des ministres du commerce, des finances et de l’agriculture des Etats membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les prix des céréales ont connu une hausse moyenne de 45% jusqu’à la mi- 2006). Le Burkina Faso, pays sahélien et enclavé dont la population est essentiellement agricole (Institut National de la Statistique et de la Démographie, INSD, 2010), n’est pas en reste de ces crises car il a aussi vécu dans les années 1997-1998, une crise alimentaire qui a touché dix-sept (17) provinces sur trente (30) avec un déficit céréalier estimé à 160 000 tonnes pour une population de près de 900 000 habitants (Direction Générale des Prévisions et des Statistiques Agricoles, DGPSA, 2005). C’est dans ce cadre que, réunis lors du Sommet de l’Union Africaine (UA) tenu à Maputo (Mozambique) en 2003, les chefs d’Etats ont adopté deux résolutions importantes pour faciliter la réalisation des objectifs du Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) et des Objectifs du Millénaire pour le Développement en matière de croissance économique, de réduction de la pauvreté et de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il s’est agi concrètement d’accroitre la production agricole à travers un accroissement des dépenses publiques allouées à l’agriculture. Au niveau national, cette volonté s’est traduite par la mise en place de trois principales politiques pour la promotion et le développement du secteur rural. Ce sont le Programme National du Secteur Rural, (PNSR), la Stratégie du Développement Rural (SDR) et la Politique Nationale de Sécurité Alimentaire (PNSA). La PNSA, mise en place en 2003 avait pour objectif de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de faim et de malnutrition d’ici 2015. Pour cela, elle avait principalement
  14. 14. 2 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE comme axes stratégiques : (i) une augmentation des disponibilités alimentaires pour couvrir les besoins de façon durable ; (ii) un renforcement de la capacité de prévention et de réponse face aux crises alimentaires et nutritionnelles ; (iii) une amélioration de l’accessibilité physique et financière des aliments ; (iv) amélioration de l’état nutritionnel des populations et (v) un renforcement de la gouvernance en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle. La SDR a été aussi mise en place en 2003 pour l’horizon 2015 et visait à appuyer le secteur rural pour lutter contre la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la promotion du développement rural. Ses axes stratégiques en rapport avec la sécurité alimentaire sont les suivantes : (i) Accroître, diversifier et intensifier les productions agricoles, pastorales, forestières, halieutiques et fauniques, (ii) Accroître et diversifier les sources de revenus, et (iii) Améliorer l’approvisionnement en eau potable et l’assainissement. Pour ce qui est du PNSR, qui a été mis en place en 2011 pour une durée de quatre ans, il vient en continuité des programmes précédents afin de permettre l’application et la réussite de ces politiques en faveur du développement du secteur rural et de lutte contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté. En effet, parmi ces cinq axes stratégiques, deux d’entre eux à savoir (i) l’amélioration de la sécurité et la souveraineté alimentaire et (ii) l’amélioration des revenus des populations rurales ont été inscrits pour cette fin. (PNSR, 2012). La mise en œuvre de ces différentes politiques et programmes a entrainé pour le Burkina, un accroissement des superficies emblavées de près de 14% et une hausse de la production céréalière de plus de 4% sur la décennie écoulée (DGESS-MARHASA, 2015). Au vu des résultats et du fait des nouveaux défis qui s’imposent au monde agricole à savoir une dégradation rapide des sols (Ranis, 2008) et une baisse des rendements agricoles provoquant ainsi des crises alimentaires en Afrique occidentale, (Janin, 2008), les accords de Maputo se sont donc vus complétés par les sept engagements de Malabo dans le cadre du 23ème sommet des chefs d’Etats et de gouvernement les 26 et 27 juin 2014. L’objectif était de réduire la pauvreté dans les zones rurales à travers une augmentation des productions agricoles et aider les populations rurales à lutter contre les vulnérabilités face aux changements climatiques. Au niveau national, cette initiative s’est une fois de plus caractérisée par une forte implication des partenaires techniques et financiers (PTF) tels que la FAO, OXFAM, Banque Mondiale sans oublier l’effort de l’Etat Burkinabè dans le secteur agricole. Malgré tous ces efforts significatifs, près de 43 % des ménages ne seraient pas à mesure de couvrir leurs besoins céréaliers avec la seule production agricole. La précarité céréalière toucherait 30% des
  15. 15. 3 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE populations rurales agricoles (Secrétariat Permanent de la Coordination des Politiques Sectorielles Agricoles, SP-CPSA, 2015).  Problématique Conscients des ressources limitées et face à l’incapacité de l’agriculture à satisfaire les besoins des ménages, ceux-ci s’adonnent à des déplacements à travers le monde afin de trouver ce complément de ressources et accroitre non seulement leurs niveaux de vie, mais aussi ceux de leurs communautés de base. C’est de ces mouvements que va naitre le concept de migration. Ce phénomène a connu une explosion passant de 154 millions de migrants dans les années 1990 à plus de 231 millions en 20131 dans le monde entier avec des destinations de plus en plus diversifiées. Au plan national, selon le recensement général de population et de l’habitat (RGPH) de 2006 il est à noter une évolution similaire puisque les migrants burkinabè sont passés de 8% de la population totale en 1993 à plus de 15% en 2006 (Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD), 2010). Malgré cette explosion des flux migratoires, la pauvreté demeure toujours au Burkina Faso (43,6%)2 et une partie de la population souffrant d’insécurité alimentaire (INSD, 2010). A cela il faut ajouter une demande non solvable des ménages agricoles non autonomes qui est évaluée à 351 251 tonnes et qui concerne 39,4% des ménages agricoles pour ce qui est de la dernière campagne agricole (SP-CPSA, 2015). De tels constats amènent à se poser la question de savoir quelles relations pourraient exister entre la migration et la sécurité alimentaire en milieu rural au Burkina Faso? En d’autres termes, la migration (transferts de migrants ou mobilité géographique) influence-t-elle le niveau de la sécurité alimentaire (disponibilité, accessibilité, utilisation et stabilité) des ménages résidents ? Telles sont les interrogations qui justifient la rédaction de ce document qui a pour thème « migration et sécurité alimentaire au Burkina Faso : cas des ménages ruraux ».  Objectifs, hypothèses et plan de l’étude La présente étude a pour objectif principal d’étudier les effets des migrations sur la sécurité alimentaire des ménages. Autrement dit, il s’agit d’une part d’étudier les effets de l’émigration des membres du ménage sur leur sécurité alimentaire et d’autre part d’étudier les effets des transferts reçus des membres émigrés sur leur sécurité alimentaire. Il s’agira concrètement de : 𝑶 𝟏: Etablir le profil de la sécurité alimentaire des ménages ruraux du Burkina Faso ; 1 Nations Unies, (2013) Tendances des migrations internationales, mis à jour 2013 2 MARHASA / DPPO / note thématique sur les dépenses publiques
  16. 16. 4 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE 𝑶 𝟐: Etudier les effets des indicateurs de la migration sur l’insécurité alimentaire des ménages. Pour atteindre les objectifs ci-dessus mentionnés, nous nous attacherons à vérifier deux principales hypothèses à savoir, 𝑯 𝟏: L’insécurité alimentaire des ménages résulte d’une combinaison de plusieurs dimensions interactives, c’est-à-dire que la mesure de l’insécurité alimentaire ne se base pas sur l’une ou l’autre dimension mais plutôt une combinaison interactive. 𝑯 𝟐: La migration n’a aucun effet sur la sécurité alimentaire des ménages. En d’autres termes nous supposons que ni l’émigration des membres du ménage, ni les transferts reçus n’affectent la sécurité alimentaire des ménages ruraux. Pour la vérification de ces hypothèses, le présent document sera organisé en deux grandes parties. Dans une première partie, nous présenterons les généralités autour des concepts étudiés tout en exposant l’approche méthodologique. Pour ce faire il s’agira dans un premier chapitre de présenter les concepts de migrations et de sécurité alimentaire et de faire un tour d’horizons des études empiriques sur les effets de la migration sur la sécurité alimentaire. Ensuite nous présenterons l’approche méthodologique ainsi que les outils statistiques utilisés dans le cadre de cette étude (chapitre 2). La deuxième partie consistera en la vérification des hypothèses. Pour cela le chapitre 3 sera consacré à l’élaboration d’un indicateur d’insécurité alimentaire et le dernier chapitre, l’analyse de ces éventuels effets. Notre intérêt va essentiellement porter sur l’étude des éventuels effets de la migration sur la sécurité alimentaire des ménages ruraux au Burkina Faso.
  17. 17. 5 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE PARTIE I :GENERALITES ET APPROCHES METHODOLOGIQUES
  18. 18. 6 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Généralités et Revue de Littérature Dans ce chapitre, il sera question premièrement de présenter une définition des concepts étudiés, tout en faisant un état des lieux au niveau national et en deuxième partie de passer en revue les études sur les effets de la migration sur la sécurité alimentaire. 1. Présentation des concepts et évolution 1.1. La migration 1.1.1 Définitions La migration parait comme un phénomène difficile à apprivoiser. En effet, sa définition doit tenir compte non seulement de l’aspect temporel, mais aussi de l’aspect spatial. C’est alors que Louis Henry définit la migration dans le dictionnaire démographique comme « un ensemble de déplacements ayant pour effet de transférer la résidence des intéressés d’un certain lieu d’origine, ou lieu de départ, à un certain lieu de destination, ou lieu d’arrivée » (dictionnaire démographique multilingue, 2nde Edition, 2012, page 131). D’une manière générale, la définition de la migration intègre les deux dimensions à savoir le temps et l’espace. La spécification de ces deux dimensions dépend de l’étude menée. En effet, la définition du temps varie de six mois à une année selon le contexte et les besoin de l’étude (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest BCEAO, 2013). Pour ce qui est de la définition de l’espace, le critère couramment utilisé est le franchissement de frontières des entités administratives comme la commune, la région, le pays, etc. (BCEAO, 2013). De par ces différentes caractéristiques la migration revêt plusieurs formes qu’il importe de passer en revue. Les principaux types sont la migration interne, la migration internationale et la migration de retour. Il convient de noter que les migrations qui font référence aux réfugiées politiques ou climatiques (qui ont dû fuir pour échapper au pire), ne seront pas prises en compte dans le cadre de cette étude. 1.1.2 Principales formes de migrations La migration est dite interne lorsqu’elle concerne le mouvement des populations des périphéries vers les centres ou vice-versa. Il est connu sous le nom d’exode rural et est beaucoup plus unidirectionnel (des villages et campagnes vers les grandes villes du pays). Au Burkina 1 Chapitre
  19. 19. 7 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE ces migrations sont beaucoup plus dirigées vers Ouagadougou et Bobo-Dioulasso (Beauchemin, Le Jeune et al. 2002). La migration devient internationale lorsque le migrant franchit les frontières nationales en directions d’autres pays de la sous-région ou même d’autres continents. La migration est dite de retour lorsque les émigrants reviennent sur leurs terres d’origines d’où ils sont partis il y a quelques années. La littérature a montré que ces migrants ramènent généralement des connaissances pratiques, ce qui serait bénéfique pour la communauté (BCEAO, 2013). Il faut noter qu’il existe d’autres formes de migrations mais qui ne seront pas développées ici par souci d’objectivité et que ce sont les effets de la migration internationale qui seront analysés dans cette étude. 1.1.3 Les transferts des émigrants Le Manuel de la Balance des Paiements du Fonds Monétaire International (MBP-FMI) (6ème Edition, 2010, page 289) définit les envois de fonds des travailleurs, encore appelés « transferts des migrants » comme des transferts de biens ou d’actifs effectués par des migrants qui travaillent dans une autre entité administrative dans laquelle ils ont immigré (ici, nation) au profit de leur ancien lieu de résidence. Ces envois permettent ainsi de diversifier les sources de revenus des ménages et permet également de réduire la vulnérabilité aux aléas climatiques tels que la sècheresse et les inondations et éventuels chocs tels que la famine (BCEAO, 2013). Dans le cadre de cette étude, les indicateurs de la migration retenus sont le flux et transferts de migrants. La section suivante donne une évolution de ces indicateurs au niveau national. 1.1.4 Evolution des indicateurs de la migration : flux et transferts de migrants D’une manière générale, les raisons qui poussent les populations à migrer sont d’ordre divers. Mais la plupart de ses raisons se concentrent autour de la recherche d’un meilleur cadre de vie ou encore l’amélioration des conditions de vies de leurs proches. De ce fait, leur départ constitue une entrave pour la continuité des activités agricoles ce qui pourrait faire chuter les prochaines productions et donc jouer en défaveur en termes de couverture des besoins alimentaires sur la seule base de leur production agricole (B. Roux, 2006). Mais au contraire, leurs transferts de revenus pourraient éventuellement soulager les dépenses alimentaires des ménages (Banque Africaine de Développement BAD, 2009). Au niveau du Burkina Faso, les transferts reçus de la part des migrants ont connu une rapide évolution sur la période 2000-2011. En effet, ces ressources ont quadruplé atteignant 1,3% du produit intérieur brut (PIB) du pays (BCEAO, 2013). La majorité des ressources reçues par le
  20. 20. 8 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Burkina proviennent principalement de l'Afrique (46,9%), spécialement des pays de l'UEMOA (39,2%) et singulièrement de la Cote d’Ivoire (30,9%). L'Europe occupe la deuxième place avec 32,0%, dont les pays de la zone euro pour 25,9%. Le troisième pourvoyeur des fonds des travailleurs migrants est le continent américain avec 16,3%. Tableau 1 : Transferts en fonction des origines Origine part (%) Afrique 46,9 UEMOA 39,2 Cote d’Ivoire 30,9 Europe 32 Zone Euro 25,9 Amérique 16,3 Autres origines 4,8 Source BCEAO (2013) Concernant les flux d’émigrants il faut noter que les statistiques sur les flux migratoires sont difficilement accessibles mais d’une manière générale, le pays a connu une forte émigration de sa population qui était beaucoup dirigée vers la Cote d’Ivoire EDSBF-MICS IV, 2010). La crise de 2002 a légèrement freiné ce mouvement jusqu’en 2006, où le Burkina Faso a enregistré un doublement des départs à l’étranger par rapport à sa situation de 2002 (RGPH, 2006). La figure1 donne une répartition des migrants burkinabé en fonction des pays d’accueil. Il montre que la principale destination des migrants burkinabé reste la Cote d’ivoire et que la majorité des migrants burkinabés sont repartis dans l’espace CEDEAO (97%). En 2014, le pays a enregistré environ 3% de sa population jeune vers l’Europe (Banque Mondiale, 2015). Figure 1: pourcentage des Burkinabè émigrés Source : RGPH (2006) 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 Autres Afrique Afrique centrale Autres Continents Niger Ghana Cote d'Ivoire Burkinabè émigrés
  21. 21. 9 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Ainsi pour étudier les effets de la migration seulement deux aspects seront pris en compte. Il s’agit d’une part des départs (émigration) de plus de six mois constatés dans les ménages ruraux pour des destinations internationales et d’autre part des transferts reçus des émigrants issus de ces ménages ruraux. 1.2. La sécurité alimentaire 1.2.1. Définitions Le concept de sécurité alimentaire a connu une série d’évolution au cours du temps. Le sommet mondial sur l’alimentation de 1974 tenu à Rome l’a défini comme la « capacité de tout temps d’approvisionner le monde en produits de base, pour soutenir une croissance de la consommation alimentaire, tout en maîtrisant les fluctuations et les prix». De ce fait, la sécurité alimentaire a un caractère unidimensionnel du fait qu’elle est vue sous l’optique de l’approvisionnement des aliments. En 1983, la FAO définit la sécurité alimentaire comme «le fait d’assurer à toute personne et à tout moment un accès physique et économique aux denrées alimentaires dont elle a besoin ». Cette définition, bien que prenant en compte l’accessibilité, n’intègre pas toutes les réalités autour du concept. C’est lors du sommet mondial sur l’alimentation de 1996, qu’a été retenu sur proposition de la FAO que « la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ». Cette définition de la sécurité alimentaire regorge un caractère multidimensionnel qui permet d’optimiser les politiques d’intervention en matière de lutte pour l’atteindre. En effet la sécurité alimentaire regroupe quatre dimensions en interaction que sont la disponibilité, l’accessibilité, l’utilisation et la stabilisation qu’il importe de connaitre. 1.2.2. Les dimensions de la sécurité alimentaire La disponibilité Les disponibilités comprennent l’ensemble des quantités de productions alimentaires domestiques au cours de l’année, augmentées du volume des stocks disponibles en début d’année et les quantités de denrées alimentaires qui peuvent être acquises avec les revenus disponibles ou qui peuvent être importés ou encore reçues sous forme d’aide alimentaire (FAO, 2006). Dans un tel contexte, cette disponibilité, résulterait de la combinaison de variables telles que la production céréalière du ménage, et d’animaux de traits qui permettent d’avoir une
  22. 22. 10 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE production plus grande. Il convient aussi de tenir compte du solde commercial des céréales qui résulte des achats et ventes de céréales. La prise en compte du solde commercial s’explique par deux faits. D’une part, il est possible que la production du ménage ne soit pas assez importante pour couvrir les besoins alimentaires de tous ses membres. Pour combler ce déficit, celui-ci a recours au marché. D’autre part malgré une production excessive, le ménage peut ressentir une crise d’insécurité alimentaire d’une manière générale ou du moins pour une de ses dimensions. Ce dernier aspect s’explique par le fait que les ménages agricoles vendent souvent d’une manière excessive les céréales pour faire face à d’autres besoins comme la scolarité ou même l’organisation des cérémonies. L’importation et l’aide alimentaire reçue sont non négligeables dans la détermination de la disponibilité des ménages. L’accessibilité L'accessibilité pour un ménage représente ses capacités en termes de production, d'échanges et de transferts pour couvrir ses besoins nutritifs. De ce fait deux éléments essentiels caractérisent l’accessibilité des aliments. Il s’agit de l’accessibilité physique et l’accessibilité économique (pouvoir d’achat). L’accessibilité physique renvoie à l’accès sans obstacle des ménages aux besoins alimentaires. Elle est déterminée par la capacité de production des ménages, la facilité d’accès aux lieux d’échanges des produits alimentaires (état des routes, marchés, moyens de transport) et la distance entre les ménages et ces lieux. En effet, Il ne suffit pas qu’une économie nationale dispose de quantités suffisantes de denrées alimentaires pour que la sécurité alimentaire soit atteinte. Il faut en outre que les individus aient la possibilité d’y avoir accès. L’accessibilité économique quant à elle renvoie à la capacité financière des ménages à acquérir les denrées alimentaires sur les marchés. Elle est déterminée par le pouvoir d’achat des ménages et le niveau des prix des produits. L’accessibilité apparait comme une dimension importante car il ne suffit donc pas qu’un pays dispose de quantités suffisantes de denrées alimentaires pour assurer sa sécurité alimentaire. Il faut en outre que les individus aient la possibilité d’y accéder (Ouédraogo et al. 2005). Cette idée est défendue par A. Sen (1981), cité par Azoulay et Dillon (1993) en ces termes : « la vraie question n’est pas la disponibilité totale de nourriture mais son accès par les individus et les familles ». [ A t t i r e z l ’ a t t e n t i o n d u l e c t e u r a v e c u n e c i
  23. 23. 11 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE La qualité et l’utilisation des aliments L’importance de cette dimension est justifiée dans la mesure où il ne suffit pas pour un individu ou un ménage de consommer d’importantes quantités de produits alimentaires pour être en situation de sécurité alimentaire. Il faut également que les aliments consommés répondent aux besoins de l’organisme et permettent à l’individu de mener une vie saine et active (Yelemou, 2007). En clair, la qualité des aliments « porte alors sur la façon dont le corps optimise les différents nutriments présents dans les aliments. De bonnes pratiques de soins et d’alimentation, de préparation des aliments, de diversité du régime alimentaire, et de distribution des aliments à l’intérieur du ménage ont pour résultat un apport adéquat d’énergie et de nutriments. Ceci s’ajoute à une bonne utilisation biologique des aliments consommés, et détermine l’état nutritionnel des individus » (FAO, 2008). La stabilité des trois dimensions La notion de stabilité renvoie à la celle des trois autres dimensions ci-dessus citées. Elle implique ainsi la régularité spatio-temporelle de l’approvisionnement des aliments en quantité et qualité suffisante. Cette condition se trouve menacée par des facteurs conjoncturels tels que l’instabilité de la production domestique, la déficience des infrastructures de stockage (Yelemou, 2007), des systèmes de commercialisation et les fluctuations des cours mondiaux des produits agricoles. Les politiques développées généralement pour assurer la stabilité sont entre autres la promotion du stockage des denrées alimentaires (stock national de sécurité et stocks communautaires ou de proximité, etc.), le développement des infrastructures rurales et l’amélioration du système de commercialisation. La sécurité alimentaire résulte par conséquent de l’interaction entre quatre (4) éléments : Il faut d’abord que les denrées soient disponibles (1), qu’elles soient accessibles à tous (2), ensuite qu’elles puissent répondre aux besoins nutritionnels des individus (3) et enfin que les trois autres éléments soient stables (4). Cette définition de la sécurité alimentaire implique aussi que l’insécurité alimentaire peut être définie comme un état d’absence de sécurité alimentaire. Selon ses causes, deux formes principales d’insécurité alimentaire sont à distinguer. Ainsi l’insécurité alimentaire est dite conjoncturelle lorsqu’elle est due à des catastrophes naturelles et climatiques, des chocs économiques (souvent exogènes), des tensions ou crises politiques et sociales et elle est généralement passagère. Elle est dite structurelle, quand elle, est liée à un manque d’accès aux ressources de production et aux marchés, à la faiblesse des systèmes de production due à un faible niveau d’investissement, à la surexploitation des ressources naturelles, aux insuffisances [ A t t i r e z l ’ a t t e n t i o n d u l e c t e u r a v e c u n e c i t a t i o n d u d o c u m e n [ A t t i r e z l ’ a t t e n t i o n d u l e c t e u r a v e c u n e
  24. 24. 12 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE politiques et à la croissance démographique élevée. Ainsi, elle aggrave souvent les effets des crises alimentaires, en raison de la résilience diminuée des populations et de leurs systèmes de production. C’est cette dernière forme qui sera mise en exergue dans ce travail. 1.2.3. Evolution des indicateurs de mesure de l’insécurité alimentaire Le concept de sécurité alimentaire existait sous une autre forme dans la littérature avant d’être créé. Déjà à l’ère de la révolution industrielle, Robert T. Malthus (1798) examine le rapport entre l’accroissement de la population et celui des ressources. Selon lui, c’est l’accroissement de la population qui rend indisponible la nourriture pour toute la population qui sera à son tour limitée par l’insuffisance des subsistances. De ce fait, la thèse de Malthus donne une idée sur la relation qui lie la disponibilité alimentaire et la croissance de la population. Pour P. Janin (2010), la sécurité alimentaire, constitue un marqueur historique des sociétés et des espaces sahélo-soudaniens d'Afrique de l'Ouest plus précisément du Burkina Faso. Apparu sous l’effet des crises alimentaires des années 1970, ce concept a connu une évolution remarquable (S. Dury 2011). D’abord perçu comme un problème de disponibilité alimentaire en vue de faire face à une demande sans cesse croissante, par la suite il a été amélioré avec A. SEN (1981) dans son ouvrage « poverty and famines » qui y a introduit la dimension d’accessibilité. La privation de la nourriture s’interprète dans ce cas comme une détention en quantité insuffisante de droits d’accès aux produits alimentaires de base. Enfin c’est la FAO qui a intégré la dimension qualité sanitaire et nutritionnelle des aliments dans les analyses de la sécurité alimentaire. Une première définition de la sécurité alimentaire a été donnée lors de la conférence mondiale de Encadré : A ne pas confondre sécurité alimentaire et sécurité des aliments La sécurité alimentaire et l'hygiène alimentaire ne sont pas à confondre avec l'hygiène et la sécurité des aliments! En effet, la sécurité alimentaire (Food Security) est une expression qui désigne la sécurité des approvisionnements alimentaires en quantité et qualité, alors que souvent dans le langage courant, ce terme est utilisé pour désigner l'innocuité (absence de nocivité) des aliments, c'est à dire l'assurance que les aliments ne causeront pas de dommage au consommateur quand ils sont préparés et / ou consommés conformément à l'usage auquel ils sont destinés, définition de la sécurité des aliments (Food safety).
  25. 25. 13 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE l’alimentation de 1996 intégrant ainsi toutes les dimensions. Désormais, il y a sécurité alimentaire lorsque « tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, salubre et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ».Comme précédemment mentionné, l’insécurité alimentaire est un état d’absence de sécurité alimentaire. Elle peut concerner l’une ou l’autre dimension ou même combinaison de toutes ces dimensions suivant le degré de gravité. Ainsi la littérature révèle, au niveau des ménages, l’existence de quatre groupes d’indicateurs de mesure conformément aux différentes dimensions qui permettent de capter la situation d’insécurité alimentaire des ménages. Ce sont les indicateurs de disponibilité alimentaires, les indicateurs d’accessibilité à l’alimentation, les indicateurs de la qualité nutritionnelle et les indicateurs de stabilité d’approvisionnement et des trois autres indicateurs. Les indicateurs de disponibilité alimentaire D’une manière générale, la disponibilité alimentaire est mesurée à travers les niveaux de production et du score de consommation alimentaire (PAM, 2014). Dans le contexte du Burkina Faso, il est à noter une croissance du niveau de la production puisque celle-ci est passée de 3 119 050 tonnes en 2002 à 4 898 544 tonnes en 2012, soit un accroissement annuel moyen de 4,6% (DGPER, 2013). Cette production est dominée par le sorgho, le mil et le maïs. Les quantités de riz produites sont toujours insuffisantes pour couvrir les besoins alimentaires des populations. Cependant, à partir de 2008, la production du riz a connu une hausse régulière en passant de 68 916 tonnes en 2007 à 319 390 tonnes en 2012, soit un accroissement annuel moyen de 36%. La production des autres cultures vivrières (niébé, voandzou, igname et patate) a doublé durant la décennie 2002-2012 (DGPER, 2013). Pour ce qui est des cultures de rentes, essentiellement composées du (coton, arachide, sésame et soja), elles ont connu également un accroissement annuel moyen de leur production de 2,9% sur la même période. Malgré cette augmentation remarquable de la production céréalière, bon nombre de ménages n’arrivent toujours pas à couvrir leur besoins céréalières en se basant seulement sur leur production. En effet, la proportion des ménages non autonomes (ceux qui ne couvrent pas leurs besoins alimentaires en céréales par leur seule production) s’est établie en moyenne à 46% sur la période 2007-2011 (Enquête Permanente Agricole EPA 2011). Ces ménages sont obligés de faire recours au marché et aux aides alimentaires pour combler ce déficit en leurs besoins alimentaires. [ A t t i r e z l ’ a t t e n t i o n d u l e c t e u r a v e c u n
  26. 26. 14 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Les indicateurs d’accessibilité à l’alimentation Ces indicateurs supposent d’abord une disponibilité des aliments et cherchent à mesurer la capacité (physique et / ou économique) d’un ménage à se procurer des aliments sur une période donnée. Les indicateurs les plus utilisés pour mesurer l’accessibilité des aliments pour un ménage tant au plan physique que économique sont le revenu, la distance des lieux d’approvisionnent et le niveau des prix. Les ménages qui ne sont pas autosuffisants sur le plan alimentaire ont des difficultés pour se nourrir à partir des aliments disponibles sur le marché (CSAO-CILSS, 2008). En effet, selon les données de l’EPA, la pauvreté céréalière apparente a touché en moyenne 44% des ménages agricoles sur la période 2007-2011 au Burkina Faso. Pour ce qui est de la pauvreté céréalière réelle, elle a concerné sur la même période en moyenne 43% des ménages agricoles. Cela s’explique en grande partie par le fait que la pauvreté touche toujours une proportion importante de la population burkinabè fragilisant ainsi le revenu des ménages (surtout ruraux). En effet, l’indice de pauvreté s’est établi à 43,9% en 2010 contre 44,5% et 46,4% respectivement en 1994 et 2003 (INSD, 2010). Les indicateurs de la qualité nutritionnelle Ces indicateurs tentent de mesurer la qualité et la diversité des régimes alimentaires des ménages. Le score de diversité alimentaire (SDA) est le plus utilisé pour rendre compte de cette diversification des régimes (PAM, 2009). Au Burkina Faso, le régime alimentaire est peu diversifié. Les céréales participent pour 67 à 70% à l’apport calorifique (CSAO-CILSS, 2008) et les autres produits vivriers destinés principalement à la vente sont très peu consommés au niveau des ménages. Ce manque de diversité alimentaire peut être à l’origine d’une alimentation déséquilibrée particulièrement pauvre en lipides et protéines (Beaujeu et Konaté, 2012). Elle est également à l’origine d’une inadéquation de l’apport alimentaire en quantité et surtout en qualité (CSAO-CILSS, 2008). Les indicateurs de stabilité Les trois (3) premiers groupes d’indicateurs ne permettent pas de cibler les ménages qui ont besoin d’une assistance alimentaire. En effet, des ménages dont la consommation alimentaire est faible au moment actuel n’ont pas forcément besoin d’aide dans le futur tandis que des ménages ayant des consommations alimentaires élevées peuvent avoir besoin ultérieurement d’une assistance. Pour résoudre le problème de ciblage, les indicateurs des stratégies de survie [ A t t i r e z l ’ a t t e n t i o n d u l e c t e u r a v e c u n e c i t a t i o n d u d o c u m e n [ A t t i r e z l ’ a t t e n t i o n d u l e c t e u r a v e
  27. 27. 15 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE dont le plus utilisé est l’indice des stratégies de survie (CSI) ont été mis en place. Faute de quoi, ses proxys sont utilisés (PAM, 2014). 2. Revue de littérature Les concepts de migrations et de sécurité alimentaire ont suscité l’émergence des théories autour d’eux et la conduite de nombreuses études qu’il importe de passer en revue avant même d’aborder les analyses. 2.1 Revue théorique Initialement développées grâce aux travaux d’Ernest G. Ravenstein dans ses deux textes parus respectivement en 1885 et en 1889 dans lesquels il donne une définition de la théorie migratoire, les théories de la migration ont par la suite été analysées par Oberai et Manmohan en (1980) et Portes (2009) sous leur aspect de transferts monétaires. Selon eux, bien qu’a priori, il semble difficile de cerner l’effet précis de ces transferts sur l’économie rurale, ils viennent d’une part compléter les investissements qui visent à développer et diversifier les activités agricoles et d’autre part soulager la misère des populations rurales. Dans la théorie néo-classique, A. Lewis (1954) puis Harris et Todaro (1970) posent les fondements économiques de la théorie des migrations. Selon eux, les migrants choisissent de migrer tout simplement parce qu’ils sont pauvres chez eux et préfèrent l’être moins dans les pays développés. L’objectif de la migration étant de gagner un revenu élevé comparativement aux revenus agricoles. Cependant, ce modèle ne pose pas les questions de transferts entre les ménages. Stark (1991), fondateur et principal représentant de la Nouvelle Economie des Migrations, (NEM) vient à la suite pour pallier aux insuffisances du modèle de Lewis (1954) puis de celui de Harris et Todaro (1970) qui conçoit la migration comme un consensus au niveau familial. (AKNIN, 2005). L’objectif principal de ces migrations étant la diversification des revenus afin de pouvoir subvenir aux besoins essentiellement alimentaires de la famille (Massey D. et al. 1993). Stark propose un cadre d’analyse ou il considère que « La migration d'un ou de plusieurs membres du ménage assure une dispersion des sources de revenu et permet éventuellement l'adoption de techniques de production plus risquées que les techniques traditionnelles grâce au versement de transferts ». Stark et Levhari (1982). A partir de cette date, on assite a la conduite d’études se focalisant plus précisément sur les transferts des migrations et de leurs conséquences sur les populations, surtout celles des zones rurales.
  28. 28. 16 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE 2.2. Revue empirique Plusieurs études ont récemment été menées dans le but de déterminer les relations qui peuvent exister entre la migration (les transferts et la mobilité spatiale) sur la sécurité alimentaire. La majorité d’entre elles se base sur une modélisation logistique pour évaluer les différents effets de la migration sur la sécurité alimentaire. A cet effet, (P.Y. Beaudouin, 2005) analyse les effets nets de la migration à travers des transferts des migrants sur la communauté rurale bangladaise. Il conclut que les effets sont non négligeables puisque ces transferts influencent positivement le revenu des ménages et la production agricole qui sont entre autres des proxys respectivement de l’accessibilité et de la disponibilité alimentaire. Ils constituent un véritable atout pour le ménage récepteur De plus les migrants burkinabè vivant en Côte d’Ivoire, par le biais des opérations de transferts affectent positivement le pouvoir d’achat des ménages ruraux, et par conséquent leur bien-être à travers l’accessibilité aux produits de base. Ce sont les conclusions de l’étude menée par Lachaud (2003) en utilisant une modélisation logistique pour expliquer les déterminants de l’insécurité alimentaire dans la période post-crise de l’an 2000. Cet argument est partagé par l’Institut National pour la Recherche Agricole (INRA) du Sénégal. Selon l’INRA (2014), la production agricole sénégalaise étant faible, les ménages ont adopté la stratégie de la migration d’un ou plusieurs membres de la famille en échange de transferts monétaires. Selon la même étude, les transferts des migrants représentaient plus de la moitié (57,4%) des revenus des ménages du Kamene. Il est donc à noter que la réduction de la pauvreté est conditionnée par l’utilisation faite par les familles des fonds (Adams et Page, 2003). Ces revenus sont généralement utilisés pour répondre à des besoins collectifs comme la consommation alimentaire. Les transferts peuvent influencer positivement le train de vie des populations rurales (Ratha, 2003). A partir d’une étude faite sur le Maroc par Guilmoto et Sandron, en 2003, les transferts des migrants ont permis de réduire de 20% le nombre d’individus vivant sous le seuil de la pauvreté. Il met surtout l’accent la pauvreté monétaire et montre que l’accessibilité des ménages est fortement influencée par cette pauvreté monétaire et donc les transferts des migrants permettent d’accroitre l’accessibilité économique des ménages marocains. Cette idée est partagée par A. Benallaoua, (2009). En effet, se basant sur les données d’enquête en Basse Kabylie et à l’aide d’un modèle Probit, il a montré que, ceteris paribus, les transferts jouent un rôle positif et significatif dans l’amélioration du bien-être monétaire des ménages et
  29. 29. 17 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE donc sur leur accessibilité économique, leur permettant ainsi de faire face aux chocs de prix des produits alimentaires. En plus des transferts effectués par les migrants, leurs retours sur les terres d’origines permettent en quelque sorte d’accroitre la production agricole (IIES, 2010). En effet, les bénéfices des migrants de l’Afrique du Nord et de l’Ouest peuvent provenir soit des flux des transferts des migrants, soit d’un apport de connaissances technologiques pour améliorer les pratiques culturales, les semences améliorées ainsi de suite (OIT, 2010). C’est également le cas des migrants Bissa3 en partance pour l’Italie (Zongo, 2008). Selon cet auteur, les effets de la migration sur l’agriculture sont non nuls et concernent d’une part l’introduction et le développement des moyens modernes de production telles que la culture attelée, les tracteurs, les motopompes mais aussi la mise en place d’un marché d’actif agricole, et d’autres part le développement des cultures de contre-saison comme les cultures maraichères, (Zongo, 2008). Ils emportent avec eux des acquis non négligeables (ISSP, 2007). Les migrants sont porteurs de capital migratoire composé essentiellement de nouvelles cultures et de pratiques agricoles, ce qui influencerait positivement les activités agricoles des zones d’accueil. La diversification s’inscrit dans un souci de varier l’alimentation à travers une diversification de la production agricole (IRD, 2007). Enfin, dans certaines régions d’Afrique subsaharienne, notamment au Burkina Faso la part des transferts affectée à la consommation peut aller jusqu’à 80% (Maimbo et Ratha, 2005). A cet effet, Gupta(S.), Patillo (C.) et Wagh (S.) (2007) montrent en particulier qu’une augmentation de 10% des flux de transferts est associée à une réduction de 1% du niveau de pauvreté par habitant et de la dispersion des revenus par tête en Afrique subsaharienne. Kannan et Hari (2002), Lucas et Stark (1985), Yang et Choi (2007) ont également mis en évidence le rôle de lissage de la consommation joué par les transferts des migrants, qui agissent comme un « mécanisme d’assurance » face aux chocs. D'après une étude menée par le FIDA en 2006, les envois de fonds représentent plus de 10% du PIB. Environ un tiers de ces ressources est destiné à des zones rurales, où elles jouent un rôle particulièrement important en matière de réduction de la pauvreté Cependant les transferts de la migration peuvent avoir des effets ambigus (Azam, et Gubert, 2005). En effet, les transferts peuvent créer une sorte de cercle vicieux du fait de la dépendance des populations d’origine. (Gubert, 2002). En plus de cela, plusieurs études qui ont été menées 3 Les Bissa sont un peuple du Nord-Est du Burkina Faso
  30. 30. 18 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE sur les transferts et sur leurs effets sur le bien-être des ménages qui les recevaient ont permis de montrer les effets néfastes sur l’atteinte de la sécurité alimentaire ainsi que les mouvements des populations. (Barbier et al, 2011) ont montré par le biais d’une régression logistique que le principal besoin alimentaire était assuré par la production céréalière de la zone. Mais l’émigration des fils de la région a entrainé une baisse des ressources productives et les populations ont maintenant du mal à satisfaire ce besoin sans importer. En plus de cela, il faut désormais doubler les productions céréalières du fait que les besoins ont aussi doublé passant de 180 kilogrammes à plus de 340 kilogrammes de besoins céréaliers par personne et par an du fait principalement de la pression démographique. La migration apparait comme une stratégie de survie des ménages face à des crises alimentaires. Ceux-ci migrent afin d'échapper aux effets de la crise. (P. Janin, 2010). De plus, dans les milieux ruraux, ceteris paribus, la probabilité d'être pauvre, plutôt que riche, est plus élevée pour les ménages qui dépendent d'envois de fonds de Côte-d'Ivoire (Lachaud, 2003) puisque les familles qui reçoivent les transferts font moins d’efforts pour rechercher un emploi (Bourdet et Falck, 2005). Ainsi les ménages se trouvent pris dans une sorte de cercle vicieux duquel il est difficile de sortir. Cela contredit les idées développées ci- dessus selon lesquelles l’envoi des fonds influençait positivement l’atteinte du bien-être des populations d’origines. Au vu des différentes oppositions concernant les effets de la migration sur la sécurité alimentaire, il convient de vérifier ce qui en est pour le Burkina Faso. Le chapitre suivant présente les données ainsi que l’approche méthodologique adoptée dans le cadre de cette étude.
  31. 31. 19 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Approche méthodologique Dans ce chapitre nous présenterons la zone d’étude, la base de données ainsi que la méthodologie d’élaboration des indicateurs (la théorie des ensembles flous dans notre cas). Pour finir, nous introduirons le concept de noyau dur d’insécurité alimentaire et présenterons le modèle économétrique qui en découle. 1. Présentation de la zone et des données d’etude L’étude porte sur l’ensemble des ménages ruraux des 45 provinces du Burkina Faso qui pratiquent une activité agricole. A cet effet, la définition du ménage agricole retenue est la suivante : « Est considéré comme ménage agricole, un ménage dans lequel un ou plusieurs membres pratiquent l’une au moins des activés suivantes : les cultures temporaires (pluviales, horticoles), l’élevage ou l’arboriculture fruitière (RGA, 2007) ». Le Burkina compte 1 424 909 ménages agricoles représentant 81,5% de l’ensemble des ménages du pays. Ces ménages agricoles se répartissent en 1 216 879 (85,4%) dans le milieu rural et 208 030 (soit 14,6%) dans le milieu urbain. Dans le milieu rural, les ménages agricoles représentent 95% contre 44,6% dans le milieu urbain. C’est sur la base de cette définition que les données utilisées dans le cadre de cette étude et provenant du Recensement Général de l’Agriculture (RGA) ont été collectées en 2007. Il s’agit du dernier recensement général en date pour ce qui est de l’agriculture. Elle succède à la première Enquête Nationale de Statistiques Agricoles (ENSA) de 1993. Opération à caractère décennal, le RGA est une enquête par sondage couvrant les treize régions du pays ainsi que leurs quarante-cinq provinces. Elle a utilisé comme plan de sondage, un sondage à deux degrés avec stratification induite au deuxième degré par celle du premier degré. L’unité statistique au premier degré utilisée est le village et le ménage agricole constitue l’unité statistique au second degré. Les villages sont tirés avec une probabilité proportionnelle à leur taille en ménages agricoles. Les unités secondaires sont tirées par la méthode du sondage aléatoire simple. La base de sondage utilisée est le fichier du RGPH de 2006. Au total 6868 ménages ruraux ont été sélectionnés. 2 Chapitre
  32. 32. 20 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE 2. Méthodologie Il convient de rappeler d’abord quelques outils qui ont servi de mesure de sécurité alimentaire au Burkina Faso avant de présenter l’approche méthodologique. 2.1. Etude diagnostique et limite de quelques indicateurs classiques Pour capter la sécurité alimentaire, plusieurs indicateurs ont vu le jour ; chacun tentant de mesurer l’une ou l’autre des dimensions ou appréciant la sécurité alimentaire à des échelles différentes. On assiste alors au développement d’une multitude d’indicateurs, tous ayant pour objectif de mesurer la sécurité ou du moins l’insécurité alimentaire. Parmi ces indicateurs, il faut noter l’indice de la faim dans le monde (GHI) qui a été développé par l’IFPRI, celui de la nutrition développé par Weismann et al. (2000) basé sur la nutrition (NI) comme élément principal de détermination de la sécurité alimentaire. Il y a aussi l’indice de la faim développé par le Bread for the World Institute et l’Indice de la pauvreté et de la faim mis en place par Gentilini et Webb en 2008. Ces indices permettent de capter la sécurité alimentaire au niveau global ou agrégé. Cependant, il ne peut être exprimé au niveau micro. Toujours dans cette tentative d’évaluation de la sécurité alimentaire, d’autres approches développées par le PAM ont vu le jour. Il s’agit d’une part des indicateurs de fréquences et de diversité alimentaire composé du score de consommation et de diversité alimentaire, des dépenses alimentaires et de la sous-alimentation et d’autres part des indicateurs de comportement alimentaire qui quant à lui est composé principalement de l’indice de stratégie de survie. La FAO a longtemps utilisé les approches malthusiennes qui considèrent le volume des disponibilités céréalières, appelé « bilan alimentaire » ou « Taux Virtuel de Couverture des Besoins Céréaliers », pour évaluer l’insécurité alimentaire. Il reste aujourd’hui encore utile mais n’est pas exempt de biais du fait qu’il ne prend en compte qu’une seule dimension de la sécurité alimentaire (Ndione, 2010). Le PAM a mis en place un indicateur permettant de capter la fréquence (nombre de jours par semaine) et la diversité alimentaire (nombre d’aliments par semaine). Il s’agit du Score de Consommation Alimentaire (SCA) dont le calcul porte sur neuf groupes d’aliments. Même s’il est facile à calculer et permet de faire des comparaisons dans l’espace et dans le temps, le SCA n’est pas exempt de critiques. En effet, il ne permet pas de capter les déficits alimentaires des ménages afin d’évaluer leurs besoins. De plus, il ne mesure que la consommation sur une semaine. Enfin, il ne prend pas en compte les changements structurels et les variations
  33. 33. 21 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE périodiques et ne porte que sur une dimension de la sécurité alimentaire et donc ne permet pas de capter tout le phénomène dans son ensemble. Le CSI vient du moins pour pallier à cette insuffisance. En effet, le CSI permet, à l’aide d’un système de pondération, de détecter les changements qui surviennent dans le temps en ce qui concerne la situation de la sécurité alimentaire des ménages. L’élaboration du CSI porte sur une série de cinq questions, toutes pondérées en fonction de la gravité de la situation. Cependant il met l’accent sur la dimension stabilité, omettant les trois autres dimensions (disponibilité, accessibilité et qualité) De grandes organisations comme FANTA ont proposé des outils simplifiés pour évaluer le niveau de sécurité alimentaire des ménages. Il s’agit en particulier d’une échelle d’insécurité alimentaire des ménages (Household Food Insecurity Access Scale : HFIAS)4 et d’un score de diversité alimentaire (Dietary Diversity Score : DDS)5 utilisable aussi bien à l’échelle du ménage qu’au niveau individuel. Ces outils ont été utilisés au Burkina Faso au cours de la compagne 2006-2007. A partir des réponses données aux questions contenues dans l’échelle d’accès des ménages aux aliments (HFIAS) développées par FANTA, plusieurs approches estimant le degré d’insécurité alimentaire du ménage ont été employées. La première approche est celle recommandée par FANTA qui propose deux scores possibles pour évaluer le degré d’insécurité du ménage : « Score d’Insécurité Alimentaire du Ménage » (SIAM) et « Catégorie d’Insécurité Alimentaire du Ménage » (CatIAM FANTA). Dans le but de dresser une cartographie mondiale de l’insécurité alimentaire permettant des comparaisons entre pays le comité de la sécurité alimentaire mondiale(CSA) a choisi sept indicateurs clés de la sécurité alimentaire et de la nutrition, pour suivre les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs fixés au cours du sommet mondial de l’alimentation, au niveau mondial. Le CSA a également identifié quatorze indicateurs de performance de l’économie alimentaire qu’il surveillera pour déterminer dans quelle mesure les objectifs en matière de disponibilité, de stabilité et d’accès sont atteints. La limite principale de ces indicateurs est la dichotomisation de l’indice en créant deux groupes possibles et négligeant l’existence d’un troisième groupe avec des caractéristiques bien précises. C’est ce qui justifie en partie l’utilisation de la théorie des ensembles flous pour 4 Coates J, Swindale A, Bilinsky P. Household food insecurity access scale (HFIAS) for measurement of household food access: indicator guide (v.2). Washington, D.C.: FANTA project, AED, 2006; 37 p. 5 Swindale A, Bilinsky P. Household dietary diversity score for measurement of household food access: indicator guide (v.2). Washington, D.C.: FANTA project, AED, 2006; 13 p.
  34. 34. 22 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE l’élaboration d’un indicateur d’insécurité alimentaire. La section suivante en donne une présentation 2.2 Elaboration d’indice d’insécurité alimentaire à partir de la théorie des ensembles flous 2.2.1 Présentation de la théorie des ensembles flous : Historique et raisonnement La théorie des ensembles flous a été développée par Lotfi Zadeh en 1965. Il part de l’idée selon laquelle certains objets rencontrés n’ont pas de critère d’adhésion bien défini aux classes possibles. De ce fait, ils ne constituent pas des classes ou des ensembles conformément à la logique booléenne (appartenir ou non). La théorie des ensembles flous vient pour offrir un cadre idéal apte à faire face aux situations dans lesquelles il n’existe pas de critère d’appartenance précis. C’est donc une notion très adaptée pour résoudre certains problèmes comme celui de l’identification de l’insécurité alimentaire. Un autre avantage de ce type d’approche est que les individus statistiques sont distribués sur une ligne continue de bien-être; cela permet de classer les individus selon leurs valeurs prises dans l’espace économique considéré. Cette théorie se fonde sur un raisonnement bien précis. Soit X un ensemble et soit x un élément de cet ensemble. On dira qu’un sous-ensemble A de X est flou s’il est caractérisé par une application de X dans [0 ; 1]. Cette application appelée fonction d’appartenance est notée µA et représente le degré de validité de la proposition « x appartient à A » pour chacun des éléments x de X. Ainsi si µ 𝑨( 𝒙)=1, on dira que l’élément x appartient totalement à A, et si µ 𝑨( 𝒙)=0, alors il ne lui appartient pas du tout. Pour tout élément x donné, la valeur de la fonction d’appartenance µ 𝑨(𝒙) est appelée le degré d’appartenance de l’élément x au sous-ensemble A. La conséquence de cette définition est qu’une valeur intermédiaire entre 0 et 1 traduit une appartenance mais non certaine de x à droite A et plus la mesure µ 𝑨(𝒙) est proche de 1, plus le degré d’appartenance de x à A est élevé. Ce même raisonnement est conduit pour déterminer un ensemble flou dans le cadre de cette étude des ménages en situation d’insécurité alimentaire. De façon similaire, soit N un ensemble de n ménages et M un sous-ensemble flou de N. Chaque ménage est représenté par un indice i et de la mesure µ 𝑴( 𝒊) représentant son degré d’appartenance au sous-ensemble flou des ménages en insécurité alimentaire. De manière résumée, les situations possibles sont :
  35. 35. 23 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Hormis sa fonction d’appartenance, un ensemble flou possède d’autres caractéristiques telles que le support, le α-coupe, la hauteur, le noyau la cardinalité etc. Il est également possible de réaliser certaines opérations telles que l’égalité, la complémentarité, l’inclusion, l’union et l’intersection. Mais pour des raisons d’objectivité et sans perdre de généralités, ces caractéristiques ne seront pas développées dans ce document. L’application de la théorie des ensembles flous pour la détermination d’un indice multidimensionnel d’insécurité alimentaire se fait en suivant des étapes identifiées ci-dessous : Etape 1 : Détermination des pondérations Une question fondamentale dans une approche par les ensembles flous est comment choisir la méthode appropriée pour déterminer les poids des dimensions. Ce qui fait que le choix d’un poids approprié demeure l’une des préoccupations dans le calcul d’un indice flou (H. Hilaire, 2009). De plus, la sélection des pondérations dépend du contexte social et des considérations du chercheur (Lelli, 2000, Oula 2006). La méthode de détermination de la pondération est celle proposée par Cérioli et Zani (1990). Elle est déterminée par l’expression suivante : Avec ∑ 𝑛𝑖 𝑥𝑖𝑗 𝑛 𝑖=1 > 0 (on exclut les dimensions de niveau de privation nulle) et 𝑤𝑗 le poids attaché à la jième dimension. Il représente l’intensité de privation liée à la dimension (xj). Plus le nombre de ménages de la dimension (𝑥𝑗) sera petit, plus le poids 𝑤𝑗 sera grand. Il permet de donner une mesure floue compte tenu du fait que les individus sont distribués sur un continuum de bien-être. L’utilisation du logarithme se justifie par le fait qu’on ne veut pas accorder trop d’importance aux modalités qui présentent une fréquence relativement élevée. Etape 2 : Détermination des fonctions d’appartenances Dans cette étape, on se propose de déterminer les degrés d’insécurité alimentaire d’un ensemble d’individus selon certaines de leurs caractéristiques Posons 𝐴 = { 𝑎1, … , 𝑎𝑖, … , 𝑎 𝑛} l’ensemble des ménages et le vecteur 𝑋 = { 𝑋1, … , 𝑋𝑖, … , 𝑋 𝑚} des dimensions de sécurité alimentaire (m=4). Soit B un sous-ensemble flou de A tel que chaque 𝑎𝑖 ∈ 𝐵 présente un degré de privation 𝑤𝑗 = ln( ∑ 𝑛𝑖 𝑛 𝑖=1 ∑ 𝑛𝑖 𝑥𝑖𝑗 𝑛 𝑖=1 ) { µ 𝑀 ( 𝑖) = 0 ∶ 𝑃𝑎𝑠 𝑑’𝑎𝑝𝑝𝑎𝑟𝑡𝑒𝑛𝑎𝑛𝑐𝑒 0 < µ 𝑀 ( 𝑖) < 1 ∶ 𝐴𝑝𝑝𝑎𝑟𝑡𝑒𝑛𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑒𝑙𝑙𝑒 µ 𝑀 ( 𝑖) = 1 ∶ 𝐴𝑝𝑝𝑎𝑟𝑡𝑒𝑛𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑡𝑜𝑡𝑎𝑙𝑒
  36. 36. 24 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE dans au moins une des m dimensions du vecteur X. La fonction d’appartenance au sous ensemble flou B du i-ème ménage (i allant de 1 à n) par rapport à la j-ième dimension (ici j allant de 1 à 4) est définie de la façon suivante 𝑋𝑖𝑗 = µ 𝐵(𝑋𝑗(𝑎𝑖) et on a : La fonction d’appartenance de l’i-ème ménage au sous-ensemble B mesure le ratio d’insécurité alimentaire de celui-ci. Etape 3 : Agrégation des différentes dimensions Il est question à cette étape, de déterminer le degré d’appartenance 𝜇𝑖 de chaque ménage à l’ensemble flou F des ménages en situation d’insécurité alimentaire. La fonction d’agrégation proposée par Cerioli et Zani sera utilisée. Cette fonction est une moyenne arithmétique des fonctions d’appartenances des différentes dimensions. Ainsi l’insécurité alimentaire s’obtient par cette formule : Avec 𝑤𝑗 le poids attaché à la jième dimension. Il représente l’intensité de privation liée à la dimension(𝑋𝑗). En ce qui concerne la décomposition de l’insécurité alimentaire en groupes de population et en dimensions, les sections A.4 et A.5 des annexes en donnent plus d’éclaircissements. 2.2.2 Elaboration de l’indice d’insécurité alimentaire La mise en pratique de la théorie des ensembles flous exige la détermination de seuils afin de discriminer les individus. La question qui se pose est de savoir comment se déterminent ces seuils partant des indicateurs de privations ? Le choix des seuils a été rendu possible grâce à une classification des ménages suivant des variables socio-économiques. Cette démarche se justifie par le fait de ne pas fixer des seuils arbitraires comme le faisait remarquer Cheli et Lemmi.(1995). 𝜇𝑖 = ∑ 𝑤𝑗 4 𝑗=1 (𝑋𝑖𝑗) { 𝑋𝑖𝑗 = 1 𝑠𝑖 𝑙𝑒 𝑖 − ième ménage 𝑛𝑒 possède 𝑝𝑎𝑠 𝑙𝑎 𝑗 − ième 𝑑𝑖𝑚𝑒𝑛𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑋𝑖𝑗 = 0 𝑠𝑖 𝑙𝑒 𝑖 − ième ménage possède 𝑙𝑎 𝑗 − ième 𝑑𝑖𝑚𝑒𝑛𝑠𝑖𝑜𝑛 0 < 𝑋𝑖𝑗 < 1 𝑠𝑖 𝑙𝑒 𝑖 − ième ménage possède 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑒𝑙𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙𝑎 𝑗 − ième 𝑑𝑖𝑚𝑒𝑛𝑠𝑖𝑜𝑛
  37. 37. 25 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Présentation des variables Le choix des variables pour la construction des indicateurs de privations s’est fait principalement sur la base des recommandations de la FAO et du PAM mais aussi sur les travaux empiriques sur l’insécurité alimentaire notamment les travaux de .J. Coates et W. Bell. Finalement le tableau 2 récapitule les variables choisies. Tableau 2: Liste des variables pour le calcul de l'indice Dimension Variables Disponibilité Le ratio d’Engel Stock alimentaire Animaux de trait Equipement agricole Ampleur de la perte de la production agricole Accessibilité Revenu Superficie Ratio d’actifs non agricole Cultures maraichères et de contre-saison Autres animaux destinés à la vente Temps d’accès aux différentes zones Qualité Consommation de la production animale Habitudes alimentaires en périodes de pénuries Qualité de l’eau de consommation Diversité du régime alimentaire Stabilité Nombre de mois de pénuries Couverture annuelle des besoins Mesures actuelles et futures en cas de pénuries Appui reçus Crainte de pénurie Source Construit par l’auteur Explication du choix des indicateurs de privations Le ratio d’Engel a longtemps fait partie des indicateurs permettant de mesurer l’insécurité alimentaire (FAO, 2013). Il mesure la part des dépenses de consommation alimentaires dans les dépenses totales du ménage. Se référant à la première loi du Statisticien et économiste Allemand Ernest Engel (1821-1896) qui postule que "plus une famille est pauvre, plus
  38. 38. 26 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE grande est la proportion de ses dépenses consacrée à l'alimentation6 ", alors un ménage riche aura un petit ratio. En plus du ratio d’Engel, les ménages qui possèdent des animaux de traits et des équipements agricoles ont la possibilité d’améliorer leurs productions en étendant les surfaces cultivées. De plus, les ménages qui disposent d’un stock consistant de produits alimentaires sont considérés comme autosuffisants si ce stock peut leur permettre d’atteindre la récolte suivante. Enfin les ménages qui ont connu des pertes dues soient aux calamités naturelles, soient aux invasions ou autres, l’ampleur de la perte (qui peut être nulle, légère, modérée ou sévère) permettrait d’avoir une idée sur les disponibilités du ménage à faire face aux besoins alimentaires de ses membres. Le revenu donne une indication sur l’accessibilité économique des ménages. En effet un revenu élevé permet au ménage d’avoir accès aux produits alimentaires sur les marchés. En plus du revenu qui caractérise l’accessibilité sur le plan économique, la terre dans l’agriculture demeure un facteur incontournable de production (D. Ricardo, 1817). Ainsi elle peut être considérée comme une carte d’accès à la sécurité alimentaire (Sen, 1981). La pratique de cultures maraîchères ou de cultures de rentes permettrait de garantir une accessibilité puisqu’elle est source de revenu et de consommation du ménage. Il en est de même pour les autres animaux du ménage destinés à la vente afin de créer des revenus. Concernant le ratio d’actifs non agricole, il mesure la capacité du ménage à diversifier ses sources de revenus et de ce fait constituerait un plus pour l’accessibilité au niveau du ménage. Enfin il faut tenir compte du temps mis par le ménage pour avoir accès aux services et besoins de base tels que l’eau potable, le marché, les dépôts ou banques de produits agricoles. Concernant la qualité de l’alimentation, elle peut être captée par le SCA ; sinon la prise en compte de ses proxys tels que la diversité alimentaire, l’utilisation de l’eau potable dans les habitudes de consommation et les habitudes du ménage en cas de pénurie comme substitut est acceptée (PAM, 2014). Un ménage qui utilise rarement de l’eau potable dans sa consommation, consommation qui est peu ou non diversifiée, alors le ménage court un risque d’insécurité alimentaire sur le plan qualité. Aussi, la consommation de la production animale pourrait améliorer la qualité nutritionnelle des ménages. La stabilité peut être mesurée par le nombre de mois de pénuries. Plus il est élevé, moins le ménage est stable. La couverture des besoins et les craintes de pénuries sont aussi des indicateurs de stabilité. En effet, les ménages qui arrivent à couvrir leurs besoins annuels en 6 Engel's Law Around the World 150 Years Later ", PERI Working paper n° 247, janvier 2011.
  39. 39. 27 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE termes de produits alimentaires et qui ne craignent pas de pénuries peuvent être considérés comme relativement stable. De plus les ménages qui ne bénéficient d’aucun appui (ce qui signifierait qu’ils n’en n’ont pas besoin) et ne prennent aucune mesure d’austérité pour assurer la survie du ménage sont également considérés comme stables et de ce fait n’ont besoin ni d’assistance, ni d’intervention encore moins de modifier leurs habitudes de consommation. Une fois l’indicateur de risque d’insécurité alimentaire élaboré, il convient de tester sa significativité. En effet, la base d’étude constitue un échantillon de ménage burkinabè et les caractéristiques des ménages pourraient différer d’un échantillon à un autre. Le test adapté est celui du boostrap. La section suivante en donne une brève présentation. 2.2.3. Le test Bootstrap : principe et fonctionnement L’analyse de l’insécurité alimentaire en milieu rural se fait sur la base d’un échantillon observé qui peut être soumis à des erreurs d’échantillonnage lors de la constitution. Pour pallier à ce problème, on fait appel à l’inférence statistique. En effet elle permet de savoir si les estimations faites sur les valeurs des indicateurs (ici insécurité alimentaire) représentent les vrais indicateurs de la population mère. Soit un échantillon 𝑋 = ( 𝑥1, … , 𝑥 𝑛) de taille n constitué à partir d’une loi de probabilité inconnue F dont on cherche à estimer un paramètre 𝜃 = 𝑡( 𝐹) à partir de X. posons 𝜃̂ = 𝑠(𝑋) un estimateur de 𝜃. L’analyse de la précision de la mesure de l’estimateur est rendue possible en utilisant la méthode du bootstrap développée par Efron en 1979. C’est une technique statistique basée sur le ré-échantillonnage avec remise. Ainsi des échantillons bootstrap sont construits et à chaque échantillon bootstrap correspond une réplication. Dans le cas de notre étude, 207 échantillons bootstrap seront constitués. Ce nombre s’obtient en faisant le rapport de la taille des ménages ruraux au Burkina (1.424.909) sur la taille de notre échantillon (6868). Les estimateurs concernés sont les coefficients des indicateurs unidimensionnels de l’insécurité alimentaire. 2.3 Concept de noyau dur d’insécurité alimentaire et présentation du modèle économétrique Le noyau dur est composé de l’ensemble des ménages qui cumulent les différentes formes d’insécurité alimentaire, c’est-à-dire qui sont privés de toutes les dimensions de la sécurité alimentaire. L’identification de ce noyau pourrait permettre de guider des éventuelles interventions afin de permettre un meilleur ciblage des ménages les plus vulnérables.
  40. 40. 28 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Formellement, identifier le noyau dur revient à déterminer le α-coupe de l’ensemble des ménages ruraux en situation d’insécurité alimentaire. Pour identifier ce noyau, les ménages sont classés en trois (3) groupes à l’aide d’une méthode de la classification basée sur l’algorithme des 𝑘−𝑚𝑒𝑎𝑛𝑠 de Mac Queens (1976) présentée en annexes. Nous avons donc les ménages dont la fonction d’appartenance permet de les considérer comme en bonne marche pour l’atteinte de la sécurité alimentaire, ceux qui sont en insécurité alimentaire limite et enfin ceux qui sont en insécurité alimentaire. Le principe est de prendre la valeur de l’indice du ménage qui est à la frontière des ménages les plus vulnérables. C’est suite à la caractérisation du noyau dur que le modèle Tobit s’est vu comme meilleur modèle pour cette étude. En effet, les analyses économétriques porteront sur une partie des ménages (celles en insécurité alimentaire). La section suivante en donne une présentation. Présentation du modèle Tobit Les modèles Tobit font référence à des modèles de régressions où le domaine d’existence de la variable à expliquer est soumis à certaines contraintes. Elles ont été introduites en économie par James Tobin en 1958. Il a porté son analyse sur les dépenses de consommations en biens durables. Cette analyse était basée sur une régression qui tient compte du fait que les dépenses de consommation sont non observables sur un certain intervalle. En effet, ces dépenses ne peuvent pas être négatives. La variable à expliquer est donc contrainte à la non négativité. C’est dans ce cas que Tobin qualifia ce type de modèle de modèles à variables limitées ou modèles de régression censurée ou encore modèle de régression tronquée En raison des ressemblances avec le modèle Probit, (résidus distribués suivant la loi normale) Goldberger introduit le terme Tobit en 1964 et depuis les économistes considèrent les modèles ayant de telles caractéristiques de modèles Tobit. Pour mieux comprendre ces modèles, la définition de quelques termes techniques s’impose afin de faire la différence entre les échantillons tronqués et censurés. Ainsi on dira qu’un modèle de régression est tronqué lorsque toutes les observations des variables explicatives et de la variable dépendante qui se trouvent en dehors d’un intervalle prédéfini sont totalement perdues et qu’un modèle est censuré lorsqu’on dispose au moins des observations des variables explicatives sur l’échantillon. De cette distinction on dira qu’un modèle Tobit est un modèle de régressions censurées.
  41. 41. 29 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Par la suite, de nombreux auteurs ont développé des modèles dérivés du modèle Tobit. Il s’agit des extensions du modèle de base. Nous avons les modèles Tobit généralisés, les modèles à seuils stochastiques etc. Aussi la censure peut être à gauche ou à droite ou même au niveau des deux extrémités. Dans le cadre de notre étude, un modèle Tobit avec censure à gauche sera utilisé. Considérons 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 la valeur de l’indice d’insécurité alimentaire du ménage i et X un vecteur de caractéristiques du ménage qui peuvent influencer l’insécurité alimentaire des ménages (caractéristiques sociodémographiques, migration,…). La contrainte sur la variable dépendante (l’indice) est qu’elle soit limitée. Cette contrainte matérialise l’appartenance du ménage au noyau dur d’insécurité alimentaire. De cette contrainte, le modèle Tobit se définit comme suit : Dans ce modèle économétrique, la quantité 𝐸( 𝜀𝑖/ 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 ∗ ≥ 𝛼) qui est appelee inverse du ratio de Mills est non nulle et vaut 𝜆 = 𝜎 𝜑(𝑋𝑖 ′ 𝛽/𝜎) Φ(𝑋𝑖 ′ 𝛽/𝜎) . L’estimation par la méthode des moindres carrés ordinaires (MCO) donne des estimateurs biaisés et non convergents. Tout se passe comme si on avait omis une variable explicative égale à l’inverse du ratio de Mills. Face aux limites des estimateurs (MCO), une autre procédure d’estimation a vu le jour dans les années 1970. Il s’agit de la méthode de Heckman en deux étapes. Dans la première étape, on modélise par un modèle Probit simple, le phénomène de censure. Donc 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 = { 1 𝑠𝑖 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 ∗ ≥ 𝛼 0 𝑠𝑖𝑛𝑜𝑛 . Ce qui nous donne 𝑃( 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 = 1) = Φ(𝑋𝑖 ′ 𝛽/𝜎). Ensuite on estime le rapport 𝛽̂ 𝜎̂ 𝑝𝑢𝑖𝑠 𝜆̂ qui est l’inverse du ratio de Mills et enfin 𝜑(𝑋𝑖 ′ 𝛽̂ /𝜎) 𝜙((𝑋𝑖 ′ 𝛽̂ /𝜎)) Dans la deuxième étape, on estime par les MCO en ne considérant que les ménages pour lesquels la relation 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 = 0 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 = 𝑋𝑖 ′ + 𝜎𝜆̂( 𝑋𝑖) + 𝜀𝑖. Cette méthode est utilisée lorsqu’on veut corriger un biais de sélection. L’estimateur β de Heckman est asymptotiquement normal et convergent. Cependant il est moins efficace que l’estimateur par la méthode du maximum de vraisemblance (EMV). Cette dernière procédure d’estimation (EMV) est la plus utilisée (Goldberger 1981, Olsen1978) puisqu’elle fournit des estimateurs convergents et asymptotiquement normaux. C’est cette dernière méthode qui sera utilisée dans notre étude. { 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 ∗ = 𝑋𝑖 ′ 𝛽 + 𝜀𝑖 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝜀𝑖 ~𝑁(0, 𝜎2 ) 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 = { 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 ∗ 𝑠𝑖 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 ∗ ≥ 𝛼 0 𝑠𝑖𝑛𝑜𝑛
  42. 42. 30 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE La vraisemblance s’écrit : 𝐿 = ∏ [ 𝑃(𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 = 𝛼)] 1{𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒 𝑖=𝛼}𝑛 𝑖=1 [ 𝑃(𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒𝑖 ≥ 𝛼)] 1{𝑖𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒 𝑖≥𝛼} Par des transformations (logarithme) et une maximisation, on trouve l’estimateur du maximum de vraisemblance. 2.4 : Le test du rapport de vraisemblance ou le LR-test L’objectif étant de mesurer les effets de la migration sur l’insécurité alimentaire, deux modèles comparatifs seront examinés afin de voir si la migration agit effectivement sur l’insécurité alimentaire des ménages. Il s’agit d’un modèle complet (avec la migration) et d’un modèle contraint (sans la migration). Ensuite le test du rapport de vraisemblances permettra de dire si oui ou non les effets sont significatifs. Le principe consiste à calculer la vraisemblance du modèle contraint 𝐿1 et celle du modèle non contraint 𝐿0, la contrainte étant la suppression de la migration. La démarche du test est la suivante : Soit 𝑋 = (𝑋1, … , 𝑋 𝑛) un échantillon donné. On désire tester les hypothèses suivantes : Avec 𝛽𝑒𝑚𝑖𝑔 𝑒𝑡𝛽𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑓 respectivement les paramètres estimés des émigrations et des transferts reçus. Ce test se base sur la statistique de Khi-deux suivante : Sous 𝐻0, nous avons 𝐿𝑅 → χ2 (3). La règle de décision est la suivante : Si 𝐻0 est acceptée (𝐿𝑅 < χ2 (3)), alors la migration n’a pas d’effets sur la sécurité alimentaire des ménages, sinon on peut dire qu’au seuil de 5% au moins un des indicateurs de la migration agi sur la sécurité alimentaire. Après une présentation de l’approche méthodologique, nous chercherons à vérifier nos hypothèses de travail. C’est l’objet de la deuxième partie du document. Pour ce faire, le chapitre 3 sera consacré à l’interprétation de l’indicateur de risque d’insécurité alimentaire, notre variable dépendante. Le chapitre 4 quant à lui concernera la vérification de l’hypothèse. { 𝐻0: 𝛽𝑒𝑚𝑖𝑔 = 𝛽𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑓 = 0 𝐻1: ∃ 𝑖 ∈ { 𝑒𝑚𝑖𝑔; 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑓} ∕ 𝛽𝑖 ≠ 0 𝐿𝑅 = −2. [ 𝑙𝑜𝑔ℒ0 − 𝑙𝑜𝑔ℒ1]
  43. 43. 31 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE PARTIE II :EFFETS DE LA MIGRATION SUR L’INSECURITE ALIMENTAIRE
  44. 44. 32 BIRBA B. Jean-Jacques ISE3 MARASHA-BF / ENSAE Elaboration d’un indicateur d’insécurité alimentaire à partir des ensembles flous L’objectif de ce présent chapitre est d’interpréter les indicateurs uni et multidimensionnels calculés. Mais avant tout, une analyse descriptive sommaire sur les caractéristiques des ménages s’impose afin d’appuyer les interprétations des indicateurs synthétiques et de caractériser éventuellement les ménages. 1. Analyse Descriptive de données Figure 2 : caractéristiques des ménages suivant les émigrations et les transferts L’analyse des données révèle qu’environ 10% des ménages enquêtés ont connu des migrations de leurs membres, nombre qui peut varie entre un et dix migrants. Ce constat est asymétrique au niveau des transferts puisque 63,3% des ménages déclarent ne pas recevoir de transferts de migrants comme le montre le graphique ci-dessous. L’analyse révèle également que ce sont les raisons sociales qui constituent le principal motif de migration. Environ un quart des individus émigrent à la recherche d’un emploi non agricole et seulement 17% à la recherche d’un emploi dans l’agriculture. 3 Chapitre Sources : construction auteur 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Ménages avec émigrés Ménages ayant réçu un transfert Ménages et Migration Non Oui

×