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Non, au moment de la parution, j’étais sortie d’affaire, tout de
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c’est vrai. C’était comme une trahison de ma mère. La pauvre!
Vous mettez en relation l’image de votre mère et de son
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  1. 1. ©XXXXXX CLICHÉS Catherine Millet, chez elle, devant les photographies prises par son compagnon Jacques Henric. En dépit des apparences, derrière la femme libre, il y avait une femme taraudée par la question de la jalousie. pdv3137p040-043 Millet:Mise en page 1 29/08/08 18:24 Page 40
  2. 2. L’idée de ce livre vous est venue très vite après la parution de «La Vie sexuelle de Catherine M.» . Pourquoi? La jalousie revenait toujours dans les ques- tions de mes lecteurs. La Vie sexuelle est sorti en même temps que le livre de mon compagnon Jacques Henric, Légendes de Catherine M. Souvent, il nous arrivait de rencontrer les journalistes ensemble. Invariablement, ils demandaient à Jacques s’il n’avait pas été jaloux et il répondait: «Moi pas trop, mais elle!», ce qui, évi- demment, surprenait tout le monde! Dans des signatures, parfois, Jacques et moi rencontrions des gens, souvent jeunes, qui nous disaient: «On vient de s’installer ensemble, on aimerait bien arri- LA VIE SENTIMENTALE DE Catherine MDans «Jour de souffrance», Catherine Millet révèle l’envers de «La Vie sexuelle», l’enfer de la jalousie qui l’a tenaillée trois années durant. Sensible, pudique, la sulfureuse? Surprenante, à l’image de notre interview, parcourue d’éclats de rire, de réflexions sur Dieu, sa mère, l’enfance et l’amour. Propos recueillis par Barbara Lambert photos Eric Sander ver à être libres comme vous l’avez été. Comment est-ce qu’on fait?» Et, là, je répondais: «On fait comme on peut, et on ne fait pas toujours très bien!» Est-ce que Jacques et vous vous étiez parlé de vos livres, de ce qu’ils signifiaient, et impliquaient? Non ! Nous n’avons pas, en fait, de conver- sations très intimes (rires)! Nous sommes l’un et l’autre extrêmement pudiques, plus pudiques, peut-être, avec la personne qui nous est la plus proche… Nous avons de longues et très profondes discussions intel- lectuelles. Mais sur l’intimité, non. C’est de cette difficulté à exprimer votre jalousie que procède l’écriture de «La Vie sexuelle». Le fait que vous ressentiez le besoin de revenir dessus signifie-t-il qu’il n’a pas tout à fait rempli son office? Rencontre ©XXXXXX 41 pdv3137p040-043 Millet:Mise en page 1 29/08/08 18:25 Page 41
  3. 3. Non, au moment de la parution, j’étais sortie d’affaire, tout de même (rires)! Si j’ai écrit Jour de souffrance, c’est pour une autre raison. J’ai reçu une éducation catholique, ce qui fait que je me sens toujours en dette. Devant le succès de La Vie sexuelle, j’ai pensé que je devais avoir l’honnêteté de dire au lecteur: «Je vous ai raconté cette liberté dont j’ai joui, mais je dois aussi vous dire que je n’ai pas pour autant fait l’économie de la jalousie.» On m’a tellement reproché de ne pas avoir mis de sentiment dans La Vie sexuelle que je me suis dit: «Cette fois, du sentiment, il y en aura!» Je n’ai pas eu besoin de ce second livre pour me guérir de la jalousie, et d’ailleurs, je ne suis pas sûre d’être complète- ment guérie! Y avait-il aussi l’envie, ou la nécessité, de se montrer sous un jour moins «flatteur»? Peut-être, aussi. Il m’était plus difficile de mettre ma jalousie sur la table que de raconter ma vie sexuelle. Ce qui a trait à la sexualité ou à la nudité ne me gêne pas du tout. En revanche, je décris dans Jour de souffrance des comportements que j’ai eus qui sont moralement répré- hensibles: comment j’ai fouillé dans les affaires de Jacques, lu son journal intime... La petite catholique que je suis en est consciente. Vous utilisez deux fois seulement le mot «jalousie». Il est difficile de savoir ce que vous mettez derrière ce terme… Pendant l’écriture du livre, j’ai constaté à un moment donné que je n’avais pas encore employé ce mot, qui arrive, de fait, très tard. Je me suis dit: «S’il n’est pas venu plus tôt, ni plus sou- vent, c’est que tu n’avais pas la nécessité d’y recourir davantage.» J’en suis quand même arrivée à me demander si je parlais vrai- ment de jalousie. Je parle en tout cas d’une forme qui se loge dans un plaisir pervers, morbide, qui consiste à éprouver cette exclu- sion par l’autre. Il n’est pas question dans ce récit de ce qui fait la trame habituelle des crises de jalousie. Je n’ai jamais douté que Jacques en préfère une autre, je ne me suis jamais demandé si nous devions cesser de vivre ensemble. La question qui se posait était tout autre : pour moi, il était clair que mon destin était à ses côtés, mais que, pour autant, il me repoussait, implicitement. Cette sensation d’exclusion devait me procurer un plaisir maso- chiste, en fait. Sans cela, je ne m’y serais pas complu aussi long- temps. Je me dis pourtant que je ne suis pas la seule. Quand la jalousie tourne à l’obsession, je pense qu’elle devient comme un plaisir sexuel pervers. On joue de la frustration. La distance, chez vous, est frappante. Elle participe du désir de nommer le plus précisément possible. Mais elle participe aussi du désir de vous protéger, non? Elle participe de ce mécanisme de protection qu’est l’écriture. Je pourrai dire que j’ai écrit pour être sûre de ne plus retomber dans la souffrance. Ce qui est écrit joue presque comme un interdit, qui empê- cherait de replonger. À propos d’interdit, vous évoquez votre crainte du regard des enfants… Passée cette période de la petite enfance où l’enfant est complètement désinhibé par rapport à son corps, il y a, je crois, une période de grande pudeur. Ils sont alors très exi- geants et très sérieux sur la chapitre de l’amour et de la sexualité. Quand je me suis trouvée dans des situations où je me sentais observée par un enfant, j’avais la crainte de choquer parce qu’enfant, on n’a pas, en matière de sexua- lité, le relativisme qu’on acquiert plus tard. Est-ce que cette peur vous renvoie au choc que vous avez eu, enfant, quand, dans l’encadrement d’une porte, vous avez vu votre mère embrasser son amant ? Oui. Alors même que je savais quel était le rapport de mes parents qui, ne s’entendant plus, avaient pris le parti de demeu- rer ensemble jusqu’à ce que nous atteignions l’âge adulte. J’avais vaguement compris qu’ils avaient un ami chacun de leur côté. Mais le jour où j’y ai été confrontée directement, j’ai été choquée, Rencontre CATHERINE MILLET 42 pdv3137p040-043 Millet:Mise en page 1 29/08/08 18:25 Page 42
  4. 4. c’est vrai. C’était comme une trahison de ma mère. La pauvre! Vous mettez en relation l’image de votre mère et de son amant avec une scène de «LolV Stein» de Marguerite Duras. Cela renvoie au motif de la jalousie, qui permet de voir mais empêche tout accès, et aux infidélités de Jacques que vous épiez à travers son journal intime. La jalousie que vous avez éprouvée vis-à-vis de lui renvoie-t-elle à une jalousie que vous auriez éprouvée vis-à-vis de votre mère? Je me souviens d’une interview de Julia Kristeva qui m’avait beaucoup frappée. À la question: «Vous arrive-t-il d’être jalouse?», elle, la psychanalyste, avait répondu: «Non, je ne suis pas jalouse parce que j’ai toujours eu le sentiment dans mon enfance d’avoir été aimée par mes parents.» Je m’étais dit, alors: «Elle a beaucoup de chance» parce que, même si je sais qu’on m’a aimée, bien sûr, je crois que je devais faire partie de ces enfants qui pensent qu’ils ne sont jamais suffisamment aimés. Je n’ai pas éprouvé, peut-être, cette sensation de plénitude à laquelle Julia Kristeva faisait allusion. Voilà ma réponse. En même temps, je pense qu’elle ne peut pas être aussi sim- ple que ça. D’autres moments semblent vous avoir marquée: quand votre mère vous a avoué avoir eu «sept amants», par exemple. Croyez-vous que cela a influé sur votre vie sexuelle? Je ne crois pas que ma mère doive porter cette responsabilité (rires)! Ce qui me cho- quait, ce n’était pas ce chiffre sept, c’était qu’elle m’en parle. Révéler aux enfants la sexualité des parents, c’est quelque chose d’intolérable. Je n’aurais pas plus été cho- quée si ma mère s’était mise nue devant moi et avait eu un geste obscène. Qu’elle me prenne pour confi- dente, je ne l’ai vraiment pas supporté. Jeune, vous étiez très religieuse, dites-vous. Vous vous sentiez investie d’une mission… Et cela a continué! Je suis devenue la sainte Vierge de l’art contemporain, sa missionnaire, à tout le moins! Je répercute ici le regard des autres sur moi. Quand j’ai commencé à travailler, j’ai dû pas mal me battre pour imposer les artistes qui m’inté- ressaient. Il fallait se dévouer pour la bonne cause. Je ne sais pas si je crois en Dieu, mais je continue d’être intéressée par les ques- tions religieuses. Nous avons très souvent dans Art Press consa- cré des numéros à ce sujet. Cela, d’ailleurs, m’a valu d’être invitée, avec d’autres intellectuels, à une réception que donnera le pape lors de sa visite à Paris dans quelques jours. Vous avez des questions à lui poser ? Je ne sais pas si on nous donnera la parole ! Je suis en train de lire des textes. Est-ce que j’aurai des questions ? Je ne sais pas, franchement ! Qu’est-ce qui vous interroge ? La foi ? Non, plutôt l’attachement à certaines valeurs de notre civilisa- tion… La religion catholique a favorisé l’expression artistique: c’est elle qui a produit le plus d’œuvres d’art. Elle a aussi favo- risé, et c’est d’ailleurs lié, une pensée de l’individu, de la personne distincte du groupe. Vous faites de Jacques une figure mythique… Découvrir tout d’un coup qu’il avait des morceaux de vie que je ne connaissais pas le faisait pénétrer dans un lointain inaccessi- ble et interdit, proche de celui du mythe. En même temps, dès votre rencontre, vous le trouvez mystérieux… Il l’a toujours été, et il le reste ! Il y a des pans entiers de lui qui m’échappent. Cela doit participer de la séduction qu’il exerce sur moi… C’est un malin! Adolescente, vous étiez persuadée, dites-vous, que votre «salut» viendrait d’un homme qui saurait, d’un seul coup d’œil, détecter vos aspirations et vos dons… Jacques est-il cet homme ? Je pense, oui. C’est le premier à m’avoir fait confiance quand j’ai envisagé de tra- vailler sur autre chose qu’un livre d’his- toire de l’art. J’ai attendu longtemps, la cinquantaine, avant d’oser écrire autre chose. Et c’est Jacques qui m’a donné l’impulsion. Vous n’arrivez pas, dites-vous, à avoir une vision nette de Jacques. La première trace que vous avez de lui n’est pas visuelle, mais auditive. C’est par sa voix que Jacques est entré dans votre vie… Ce qui est très paradoxal, parce que je n’ai pas du tout d’oreille. Je suis quelqu’un qui passe son temps à regarder. J’analyse mon absence d’oreille au fait que je suis quelqu’un qui se maîtrise beaucoup. La musique est un art qui demande plus d’abandon que l’image : on reste plus conscient devant un tableau, si beau soit-il, qu’en écoutant de la musique. J’ai du mal à m’aban- donner ! C’est peut-être pour cela que Jacques m’a séduite : parce qu’il a réussi à passer outre une résistance que j’ai.• « Jour de souffrance », Flammarion, 265 p., 20 € . 43 «Je n’ai pas eu besoin de ce livre pour me guérir de la jalousie, et d’ailleurs, je ne suis pas sûre d’être guérie!» pdv3137p040-043 Millet:Mise en page 1 29/08/08 18:25 Page 43

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