Communication	 	 	 	 & InfluenceQuand la réflexion accompagne l’actionwww.comes-communication.comPourquoi Comes ?En latin,...
Communication & InfluenceCommunication & InfluenceCommunication & InfluenceN°42 - Mars 2013 - page 2ENTRETIEN AVEC PATRICI...
Communication & InfluenceN°42 - Mars 2013 - page 3désastreuses sur l’emploi industriel. Or, la Défense constituel’un des d...
Communication & InfluenceCommunication & InfluenceCommunication & InfluenceN°42 - Mars 2013 - page 4qu’elle ne donne plus ...
Communication & InfluenceN°42 - Mars 2013 - page 5ENTRETIEN AVEC PATRICIA ADAMBIOGRAPHIENéeen1953,députéeduFinistère(PS),e...
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Communication & influence n°42 (mars 2013) - Invitée : Patricia Adam

446 vues

Publié le

Députée du Finistère et élue du grand port militaire qu'est Brest, Patricia Adam est la présidente de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées de l'Assemblée nationale. A l'heure de la publication du nouveau Livre blanc, où la France est engagée avec l'opération Serval dans une opération extérieure (Opex) d'envergure au Mali, où les menaces se multiplient sur un horizon incertain, bien des questions se posent sur la part respective des armes du soft et du hard power dans notre stratégie de Défense d'aujourd'hui et surtout de demain.

0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
446
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
47
Actions
Partages
0
Téléchargements
4
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Communication & influence n°42 (mars 2013) - Invitée : Patricia Adam

  1. 1. Communication & InfluenceQuand la réflexion accompagne l’actionwww.comes-communication.comPourquoi Comes ?En latin, comes signifie compagnonde voyage, associé, pédagogue,personne de l’escorte. Société crééeen 1999, installée à Paris, Torontoet São Paulo, Comes publie chaquemois Communication & Influence.Plate-forme de réflexion, ce vecteurélectronique s’efforce d’ouvrirdes perspectives innovantes, à laconfluence des problématiquesde communication classique etde la mise en œuvre des stratégiesd’influence. Un tel outil s’adresseprioritairement aux managers encharge de la stratégie généralede l’entreprise, ainsi qu’auxcommunicants soucieux d’ouvrir denouvelles pistes d’action.Être crédible exige de direclairement où l’on va, de le fairesavoir et de donner des repères.Les intérêts qui conditionnent lesrivalités économiques d’aujourd’huine reposent pas seulement sur desparamètres d’ordre commercialou financier. Ils doivent égalementintégrer des variables culturelles,sociétales, bref des idées et desreprésentations du monde. C’està ce carrefour entre élaborationdes stratégies d’influence etprise en compte des enjeux de lacompétition économique que sedéploie la démarche stratégiqueproposée par Comes.N°42 - MARS 2013Madame la Présidente, quelle est votredéfinition de linfluence ?Exercer une influence, cela consiste, àmon avis, à modifier le comportementd’autrui sans violence, afin qu’il agissede son plein gré dans le sens voulu,consciemment ou non. Dans l’échelle desrelations, je situe l’influence quelque partentre le rayonnement, qui reste passif, etla contrainte, qui suppose une certaineforme de résignation consciente. L’influenceest certainement le mode d’action le plusefficace pour imposer sa volonté, dans lamesure où il n’appelle pas de vengeance etn’implique aucune humiliation. L’influenceest un processus subtil, qui cherche àrévéler à autrui ce qu’il désire secrètementet spontanément. Mais quand l’influencevire à la manipulation occulte ou à lapropagande, il faut parler d’autre chose, carce n’est plus de linfluence.Défense, Opex, hard power et influence :quelle articulation à lheure du Livre blanc ?Le décryptage de Patricia AdamDéputée du Finistère et élue du grandport militaire de Brest, Patricia AdamestlaprésidentedelaCommissiondelaDéfense nationale et des Forces arméesde lAssemblée nationale. À lheure dela publication du nouveau Livre blanc,où la France est engagée avec Servaldans une opération extérieure (Opex)denvergure au Mali, où des menacesprotéiformes se multiplient sur unhorizon incertain, bien des questions seposent sur la part respective des armesdu soft et du hard power dans notrestratégie de Défense daujourdhui etsurtout de demain.Comme lavait fait en son tempsdans nos colonnes M. Guy Teissier,son prédécesseur à la présidence decette commission (Communication& Influence, septembre 2010),Patricia Adam a très aimablementreçu Bruno Racouchot, directeur deComes Communication, pour livrersa perception des enjeux présentset à venir. À ses yeux, en matière deDéfense, il ne peut y avoir dinfluencesans un solide socle de hard power :"Pour notre pays, croire que le softpower remplacera le hard power dansnotre capacité dinfluence, ce nestpas seulement une illusion, cest uneerreur stratégique."
  2. 2. Communication & InfluenceCommunication & InfluenceCommunication & InfluenceN°42 - Mars 2013 - page 2ENTRETIEN AVEC PATRICIA ADAML’influence suppose souvent l’imitation d’un modèle,la persuasion par le pouvoir du verbe ou de l’image, lacapacité à diffuser des messages et organiser des réseaux.La vie politique est un monde d’influence, soit que l’élusubisse laction de divers groupes de pression, soit qu’ilparticipe à une campagne médiatique ou à la politique deprestige du pays.Les guerres daujourdhui sont de plus en plus polymorphes.Selon vous, comment penser les rapports entre puissance etinfluence dans la politique de Défense de la France ?Dans l’ordre interne, linfluence complète lautorité, fondéesur la croyance en la légitimité de celui qui commandeet exige l’obéissance ; dans l’ordre externe, linfluencecomplète la puissance, elle ne s’y oppose pas. Or lesrelations internationales se caractérisent par l’égalité entreles États ; il n’y a d’autre légitimité qu’issue d’une part de lasouveraineté, d’autre part du droitinternational.Ainsi, à mon avis, la France estplus influente quand elle dit nonà la guerre en Irak que lorsqu’elleintervient en Libye. Mais pourêtre capable de dire non, malgréla pression diplomatique etmédiatique, il faut en avoir le courage et les moyens. Lecourage découle naturellement de l’affirmation d’unestratégie. Quant aux moyens, ils consistent en l’occurrencedans l’éventail des capacités que détient notre paysen matière de renseignement. Si vous ne disposez pasd’une capacité autonome d’expertise en renseignement,vous n’existez pas sur la scène internationale, vous vouscontentez de suivre le grand frère. La France perdra toutecrédibilité et toute influence le jour où elle n’aura plus lesmoyens de dire non. Mais attention ! Le monde changevite, et aucune position n’est définitivement acquise. Pourpréserver de telles capacités, il faut en permanence investir,car les satellites, notamment, n’ont qu’une certaine duréede vie, et entretenir les savoir-faire. Cela a un coût. Mais leserreurs stratégiques coûtent encore plus cher !À propos de la pression médiatique, c’est la même pressequi, à dix ans d’intervalle, nous traitait hier de "couards" etaujourd’hui de "puissance virile". Tenir bon, mépriser les ca-ricatures, tout cela a aussi à voir avec l’influence. Cela dit,l’influence dépend également de lacapacité à dire oui, à décider d’inter-venir, sans attendre le grand frère oules amis. C’est ce que les militairesappellent la capacité d’entrer enpremier. Cela suppose toute une pa-noplie de moyens autonomes, dontl’entretien coûte cher, certes. Mais àcombien auriez-vous évalué le coûtde la prise de Bamako, avec ses 6 000ressortissants français, par les djihadistes ? Certains ne veu-lent raisonner qu’en termes économiques. Très bien. Maisalors, il faut être en mesure de tout calculer, ou alors de direclairement à nos compatriotes : "Désolé, mais votre sécuritécoûte trop cher, veuillez changer de nationalité…"Concernant la Libye, on ne viole le droit et la souverainetéqu’à son détriment. La présidence Sarkozy a vraimentcréé une rupture dans notre politique de défense, endonnant de notre pays l’image d’un simple État membre del’alliance occidentale. C’est désastreux en termes d’imageà l’extérieur de l’OTAN. Non seulement je ne suis pas sûreque la France ait gagné en influence au sein de l’allianceatlantique, mais je suis certaine que son influence àl’extérieur a pâti de cette image de suivisme. Je me rattachesans ambiguïté au "mitterrando-gaullisme" qui caractérisela politique étrangère et de défense de la France depuisles débuts de la Cinquième République. À l’inverse du caslibyen, l’intervention au Mali est une "guerre juste" parlaquelle la France regagnera sans doute le terrain perdupendant cinq ans en termes d’influence, y compris au seinde l’alliance atlantique, où notre pays doit garder la positionoriginale qui fait d’elle une puissance moyenne mais encoreinfluente. Gardons en permanence à lesprit que l’influencede la France en matière de défense réside dabord en sonautonomie : une dissuasion crédible car fondée sur unéventail de forces qui inclut les capacités conventionnelles,une aptitude à la décision autonome rendue possible parses capacités de renseignement, une capacité à agir seulepour la défense de ses intérêts. Toute atteinte à cetteautonomie diminue l’influence de notre pays.Dans le cadre du Livre Blanc, comment voyez-vous larticu-lation entre soft et hard power ?Toute volonté d’autonomie en termes de capacités setraduit par une politique d’acquisition privilégiant lemaintien à long terme d’une large base industrielle ettechnologique de défense. La principale difficulté del’exercice réside dans l’estimation des moyens et desressources nécessaires pour y parvenir. Or le contextebudgétaire s’est encore considérablement tendu depuissix mois ; c’est une donnée d’entrée "incontournable",n’en déplaise à ceux qui ne raisonneraient qu’en termesde menaces. Autrement dit, la défense doit contribuerà consolider l’effort de redressement de nos comptespublics, car il en va du crédit de notre pays, c’est-à-dire deson aptitude à financer ses ambitions à long terme. Maisla contribution de la défense ne saurait remettre en causeirrémédiablement ses capacités à long terme, c’est-à-direson influence. Il serait tout de même paradoxal qu’aunom du rétablissement de notre crédit, nous consentionsà perdre définitivement toute la crédibilité que nous offrenotre outil militaire !En attendant le Livre blanc, la rumeur tend à se répandre.On a même parlé d’apocalypse ! Si j’avais envie de faire unpeu d’humour, je dirais qu’en grec "apocalypse" signifie"révélation, dévoilement". Donc, au sens premier, la "révéla-tion" interviendra lorsque le Livre blanc sera dévoilé dans ladeuxième quinzaine d’avril. Les décisions prises dans les se-maines à venir vont donc avoir un impact sur l’influence dela France, bien au-delà de l’échéance de la prochaine loi deprogrammation militaire, pour laquelle les parlementairesjoueront tout leur rôle dans l’intérêt à long terme de notrepays. Ce sera d’ailleurs un bon indicateur de leur influence.Face à ceux qui croient que tailler dans le budget dela Défense permettra de résorber les déficits, il revientà la représentation nationale d’objectiver les risquespolitiques qu’ils font courir au chef des armées. C’est ceque nous faisons actuellement, Jean-Louis Carrère et moi,respectivement au Sénat et à l’Assemblée nationale. Car ilexiste un risque réel de perte irrémédiable de capacités ;cela pourrait compromettre l’avenir de la défense françaiseque nous connaissons, sans parler des conséquencesLa France perdra toutecrédibilité et touteinfluence le jour oùelle n’aura plus lesmoyens de dire non.Gardons en permanenceà lesprit que l’influencede la France enmatière de défenseréside dabord enson autonomie.
  3. 3. Communication & InfluenceN°42 - Mars 2013 - page 3désastreuses sur l’emploi industriel. Or, la Défense constituel’un des derniers points forts de la France au XXIesiècle. Ils’agit à la fois d’un héritage historique à préserver, celuid’une ancienne grande puissance devenue moyenne maisdont l’enjeu en termes de rayonnement diplomatique etculturelestconsidérable.C’estaussiunavantagecomparatifnon négligeable, notamment en termes économiqueset industriels, dans la compétition mondiale actuelle et àvenir. Bref, c’est un enjeu d’influence.Qui plus est, dans un contexte de désarmement unilatéraldes États européens, le simple maintien à niveau capacitairefait d’ores et déjà de notre pays le leader politique natureld’une Europe qui ne saurait longtemps se satisfaire de laprééminence économique de l’Allemagne. Il y a là uneoccasion historique à saisir, qui justifie un investissementminimal dans l’outil de défense. L’un des enjeux desarbitrages financiers réside dans le maintien, ou non, dela capacité d’entraînement dont dispose la France vis-à-visdes Européens. À l’inverse, l’histoire (et l’opinion publique !)jugera sans doute sévèrement tout renoncement définitifdépourvu de vision stratégique de long terme.C’est pourquoi je suis sûre d’une chose, à savoir que leprésident de la République, chef des armées, est tout àfait conscient de sa responsabilité historique, comme il ledémontre tous les jours avec l’opération Serval, qui prouvecombien soft power et hard power sont intimement liés.Je sais que la décision qu’il prendra sera la meilleure, à lafois pour la préservation du formidable outil militaire etindustriel dont dispose notre pays, et pour la promotion àlong terme de l’influence de la France. Ce serait se payerde mots que de faire croire que nous serions plus influentsavec moins de moyens !Le monde anglo-saxon et dans son sillage les pays émer-gents se sont très vite appropriés les stratégies dinfluenceetlesontintégréesdansleursstratégiesglobales.Commentexpliquer que la France ait pris un tel retard en ce domaine ?Par linfluence, un État peut en amener un autre à partagerses vues, afin de valoriser son image, voire gagner desmarchés. Je ne crois pas à l’existence d’une communautéde destin entre pays occidentaux, simplement uneconvergence d’intérêts. L’occident est un conceptidéologique. De nos jours, les alliances sont provisoires,faute de menace précise et d’un ennemi bien identifié.La France n’a pas d’ennemi. Le terrorisme n’est pas unennemi, c’est un slogan. Mais il existe des fanatiques plusou moins organisés, qui s’en prennent à nos ressortissantsou à d’autres intérêts français. Il faut alors les combattre, ettoutes les bonnes volontés sont les bienvenues. Au Mali, oùest l’OTAN ? Sans notre influence en Afrique, tissée par unehistoire et une culture largement communes, aurions-nouspu combattre le narco-djihadisme avec la même efficacité ?Ne nous y trompons pas : au Mali, c’est notre influence quiemportera la décision, non la puissance de nos bombes.C’est pourquoi cette intervention n’a rien à voir avecl’Afghanistan.L’opération Serval montre que la France n’est pas toujoursen retard ! Les militaires français disposent depuis vingtans d’un système d’alerte éprouvé, qui complète parfai-tement le réseau de nos points d’appuis pré-positionnésau plus près de nos zones d’intérêt. Le Livre blanc de 2008avait négligé l’Afrique ; le nouveau réintroduira davantagede bon sens. Certes, il s’agit toujours de "stratégie directe",bien dans la tradition héroïque de l’armée française, maispas seulement. Aujourd’hui, la France est soutenue commejamais. Voyez l’unanimité au Conseil de sécurité de l’ONU,pourtant échaudé par le précédent libyen. C’est à cela quese mesure l’influence, c’est tangibleet objectif. À l’inverse, quelle recon-naissance avons-nous obtenue denos plus proches alliés ? Ils ne noussuivent pas par reconnaissance,mais par intérêt bien compris. Ils nesont même pas jaloux de nos suc-cès, car ils savent que cette effica-cité s’acquiert grâce à une rusticitédont ils ne sont plus capables.Avouons-le : cela fait du bien de renouer avec le succès,après deux décennies d’échecs stratégiques. Le doute nefavorise pas l’influence ! Mais au Mali, restons prudents : lavictoire sera politique ou elle ne sera pas. Et en la matière,les militaires ne sont plus en première ligne, même si undiplomate est toujours plus convaincant quand il négocieen position de force. Voilà un bel exemple d’articulationentre soft et hard power ! À mon sens, il ne suffira pas dedétruire le "donjon d’AQMI" au Mali pour y retrouver lastabilité. La clé du succès final tient dans l’équilibre entre lapréservationdelasouverainetéduMalietlasatisfactiondesjustes revendications des minorités du nord, notammentles Touaregs. Sans l’influence de la France, forte de sescapacités d’intervention militaire et d’une connaissanceintime du pays, cet équilibre ne peut être trouvé.En France, le chef est devant la troupe. En Europe, la Franceest devant. C’est très bien ainsi. Mais imaginons un instantque la France perde son outil militaire de qualité : quel seraitle moteur de l’influence ? La culture ? La science ? Soyonssérieux : il y a bien longtemps que la France a renoncé àprésider l’UNESCO et à exercer une quelconque hégémo-nie dans les palmarès académiques ou l’attribution des prixNobel. On peut le regretter, mais soyons réalistes : la Francedans le monde, c’est d’abord son outil militaire, même s’ilexiste d’autres relais d’influence qu’il convient de promou-voir afin d’exercer une action indirecte sur lenvironnementà travers les perceptions des différents acteurs : la langue, ledroit, lingénierie, la technologie…La guerre prend souvent aujourdhui les traits de la "guerreéconomique". Aussi, ne faudrait-ilpasdésenclaverlesmondesmilitaireet civil pour monter des opérationsdinfluence ad hoc, en combinantdes savoir-faire différents maiscependant complémentaires ?Par exemple pour préempter deschamps daction en matière denation building une fois le conflitapaisé, ou pour remporter de précieux marchés dexpertiseau profit des entreprises françaises ?Nous autres Français avons de grandes qualités, dontnous pouvons être fiers, mais aussi de nombreux défauts,qu’il faut essayer de corriger. Notamment celui de vouloirinstitutionnaliser toute solution apportée à un nouveauproblème. Nous manquons moins de technocratie quede souplesse ! Nous disposons déjà d’un outil éprouvé enmatière de désenclavement des mondes civil et militaire :c’est la réserve opérationnelle. Là où je vous rejoins, c’estLa Défense constituel’un des derniers pointsforts de la France auXXIesiècle. C’est unenjeu d’influence.ENTRETIEN AVEC PATRICIA ADAMCe serait se payer demots que de fairecroire que nous serionsplus influents avecmoins de moyens !
  4. 4. Communication & InfluenceCommunication & InfluenceCommunication & InfluenceN°42 - Mars 2013 - page 4qu’elle ne donne plus entière satisfaction de nos jours. Ilfaudra sans doute la réformer. Sans vous livrer de scoop, jepeux d’ores et déjà vous dire que cela fait partie des projetsde la Commission de la Défense.Mais cela ne suffira pas. Il faudra trouver d’autres moyensde développer l’influence en termes de soft power etencourager une meilleure prise en compte des intérêtsindustriels français dans un contexte d’interventionextérieure. Pourquoi les Allemands ont-ils su mieux tirerprofit que nous de leur présence militaire à l’étranger,notamment dans les Balkans ? Il n’est pas questiond’exploiter le prix du sang, mais iln’y a pas de cynisme à rechercherun certain retour sur investissement.Et pourquoi ne pas faire comme lesBritanniques dès qu’il s’agit d’armerdes états-majors internationaux ? Iln’est pas utile de chercher longtempspour trouver des entreprisesbritanniques prêtes à satisfaire lesnouveaux besoins définis par cesétats-majors.Lecasdelaluttecontrelapiraterieestàcetégardrévélateur.Nos amis Britanniques sont curieusement beaucoup plusprésents dans l’océan indien que dans le golfe de Guinée,où les pays riverains n’autorisent pas les sociétés militairesprivées. Encore cette présence est-elle surtout virtuelle :comptez le nombre de navires britanniques engagés dansl’opération Atalante. Comment dit-on zéro en anglais ? Etpourtant, où est basé l’état-major et qui le commande ?À l’inverse, je n’ai pas l’impression que l’engagementbritannique en Irak et en Afghanistan ait eu un effetbénéfique sur leur influence. Ceci explique peut-être cela :une volonté de tirer les leçons de ces échecs stratégiques.Bref, je suis loin d’idéaliser nos alliés, même si je reconnaisque nous aurions parfois intérêt à s’inspirer de leurs bonnesidées. Mais je n’envie pas les Allemands pour la lenteurde leur processus décisionnel en matière d’interventionmilitaire, qui limite singulièrement leur capacité d’action etdonc d’influence. De la même façon,j’ai du mal à comprendre que lesBritanniques soient capables de fairede tels choix à courte vue comme lescoupes franches qu’ils ont décidéesen 2010 en matière de défense. Il fautéviter les deux écueils que sont d’uncôté la calcification des bonnes idéesdans les technostructures, de l’autrela tentation de la corruption et lesrisques de conflits d’intérêts. Mais jen’ai pas de solution toute faite. Que vos lecteurs n’hésitentpas à me faire part de leurs idées en la matière !Bien que vous ne me posiez pas la question, je peuxégalement vous révéler que le rôle social des armées feraégalement l’objet de toutes les attentions des commissairesà la défense. Quel lien avec l’influence me direz-vous ?Tout simplement, je crois que le monde militaire n’estpas seulement un outil d’influence de la France dans lemonde. Il est aussi un formidable outil d’intégration etde promotion sociale, à un moment de notre histoire oùles autres outils apparaissent plus ou moins grippés. Lesarmées sont aussi un outil d’influence de la République.Cela n’est pas nouveau : allez à Sainte Anne d’Auray visiterle monument aux morts, et vous comprendrez le liencharnel qui attache les Bretons à la République. L’enjeudu Livre blanc et du format des armées, ce n’est donc passeulement une question de défense, mais aussi un enjeusocial. Vous comprenez, compte tenu de mes originessocio-professionnelles et de mes convictions politiques,combien cela est important pour moi.À quel niveau devrait se situer, selon vous, le pilotage desopérations dinfluence au sein du ministère de la défense ?Je ne poserais pas la question en ces termes, maism’interrogerais d’abord sur la stratégie. Elle émane duprésident de la République, qui fixe les grands axes de savision de la France dans le monde, à telle ou telle échéance.Le gouvernement met en œuvre cette stratégie sous laforme de politiques publiques. Naturellement, le ministèrede la Défense concourt à la politique publique de défenseet, à ce titre, à développer notre influence grâce à noscapacités militaires. J’insiste sur l’importance de fixer unestratégie. En effet, à quoi cela sert-il de gagner toutes lesbatailles si l’on ne se fixe pas de but de guerre ? C’est toutle drame d’Israël, dont le complexe militaro-industriel alliéau monde du renseignement est certainement le plusperformant qui soit, mais qui n’a pas de vision stratégique.Plus encore que les États-Unis, Israël est une formidablepuissance militaire, quasiment invincible tactiquement,mais incapable de parvenir à faire la paix et à exercer uneinfluence positive sur son environnement. Ce n’est pas moiqui le dis, ce sont les directeurs successifs du Shin Beth, leservice de renseignement intérieur israélien.Pour conclure, quel message faire passer à nos lecteurs ?La période est difficile, c’est vrai. Elle est aussi passionnanteà vivre. L’opération Serval entrera dans les annales del’histoire militaire, et même de l’histoire tout court, j’ensuis sûre. Elle constitue un formidable révélateur. Elle a étérendue nécessaire par les erreurs stratégiques commisesprécédemment. Comme quoi, à quelque chose, malheurest bon. Mais il s’en est fallu d’un cheveu que survienne unecatastrophe géopolitique majeure si Bamako était tombée.Vous savez, dans le monde de la voile, on a coutume de direqu’il n’y a pas de vent favorable pour le skipper qui ne saitpas où il va. Dans une régate, ce n’est pas trop difficile. Celuiqui n’a pas trop d’ambition peut se contenter de suivreet d’imiter les autres. Mais les relations internationaless’apparententdavantageàunecourseensolitaireautourdumonde, dans laquelle chaque concurrent poursuit ses seulsintérêts et suit la route qui correspond à ses moyens et sesambitions. Et là, il faut une vraie vision au-delà de l’horizonet les moyens nécessaires, sinon autant faire du cabotage.C’est le premier point : un homme (ou une femme !) d’Étatest un politique responsable qui raisonne à long termeet fait des choix en prenant en compte l’historique et lesconséquences dans le temps long.Le second point, et je m’en tiendrai là, réside dans l’évidenceque notre intervention au Mali illustre depuis deux mois :l’influence de la France dans le monde aujourd’hui, c’estd’abord la crédibilité de son outil militaire. Ce constatpeut être différent dans le cas d’autres pays peut-êtremieux armés en termes d’influence scientifique, culturelle,sportiveouautre.Autrementdit,pournotrepays,croirequele soft power remplacera le hard power dans notre capacitéd’influence, ce n’est pas seulement une illusion, c’est uneerreur stratégique. nENTRETIEN AVEC PATRICIA ADAMLe monde militairen’est pas seulement unoutil d’influence de laFrance dans le monde.Les armées sont aussiun outil d’influencede la République.Croire que le softpower remplacera lehard power dans notrecapacité d’influence,ce n’est pas seulementune illusion, c’est uneerreur stratégique.
  5. 5. Communication & InfluenceN°42 - Mars 2013 - page 5ENTRETIEN AVEC PATRICIA ADAMBIOGRAPHIENéeen1953,députéeduFinistère(PS),etélued’ungrandportmilitaire,Brest, Patricia Adam est aujourdhui présidente de la Commission dela Défense nationale et des Forces arméesà lAssemblée nationale. Un domaine quilui est familier car elle avait naturellementintégré cette commission à la suite de sonélection en 2002. Auditrice de la 55esessionde l’Institut des hautes études de la défensenationale(Ihedn),ellesespécialisealorsdansles questions militaires. Elle est désignéevice-présidente de la Commission de laDéfense en 2007, et se voit confier, la mêmeannée, la responsabilité des questions dedéfense par son groupe parlementaire, legroupe socialiste, républicain et citoyen.Patricia Adam a débuté sa carrière politiqueen tant qu’adjointe au maire de Brest en1989. Élue de terrain, assistante socialede profession, elle a exercé les fonctionsde vice-présidente du Conseil général duFinistère de 1998 à 2008. Cest alors quellea décidé de se consacrer à son seul mandatde parlementaire, en quittant l’exécutif duConseil général.Patricia Adam est l’unique parlementaire àavoir participé aux travaux des commissions chargées d’élaborer lesdeux Livres blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 et de2013. Elle assure, jusqu’en mars 2013, la présidence tournante de ladélégation parlementaire au renseignement (DPR).À la tête de la Commission de la Défense, Patricia Adam s’est fixé pourobjectif d’ouvrir une partie de ses travaux au public, de lui donner dela vigueur en organisant déplacements etnouveaux cycles d’auditions."Bien sûr, précise-t-elle, lorsque les directeursdes services de renseignements viennentprésenter leur activité, le huis clos est derigueur ; le compte rendu publié sur le site del’Assemblée, bien que largement édulcoré,est donc très attendu. Il en va de même pourl’audition régulière du ministre de la défense,qui vient chaque semaine présenter à laCommissiondelaDéfenseunpointdesituationsur l’opération Serval." Et Patricia Adam desouligner le sens des responsabilités dechacun des commissaires, toutes tendancesconfondues : "Rien ne sort des débats, parfoistrès sensibles et toujours très intéressants.Jean-Yves Le Drian exprime à chaque fois sonadmiration pour l’intelligence de la manœuvre,la rusticité et le professionnalisme des soldatsengagés au Mali. En ce qui concerne lesauditions ouvertes à la presse, je m’aperçoisqu’elles sont de plus en plus suivies, car lesjournalistes apprécient de gagner plusieursjours sur la publication du compte rendu officiel ; elles bénéficient ainsid’un bon retour médiatique, le plus souvent sur des supports internetspécialisés, mais aussi dans la presse imprimée généraliste." Un exercicedinfluence positive gagnant-gagnant pour toutes les parties. nN°ISSN1760-4842Linfluence, une nouvelle façon de penser la communication dans la guerre économique"Quest-ce quêtre influent sinon détenir la capacité à peser sur lévolution des situations ? Linfluence nest pas lillusion. Elle en est même lantithèse. Elleest une manifestation de la puissance. Elle plonge ses racines dans une certaine approche du réel, elle se vit à travers une manière dêtre-au-monde. Lecœur dune stratégie dinfluence digne de ce nom réside très clairement en une identité finement ciselée, puis nettement assumée. Une succession de"coups médiatiques", la gestion habile dun carnet dadresses, la mise en œuvre de vecteurs audacieux ne valent que sils sont sous-tendus par une lignestratégique claire, fruit de la réflexion engagée sur lidentité. Autant dire quune stratégie dinfluence implique un fort travail de clarification en amont desprocessus de décision, au niveau de la direction générale ou de la direction de la stratégie. Une telle démarche demande tout à la fois de la lucidité et ducourage. Car revendiquer une identité propre exige que lon accepte dêtre différent des autres, de choisir ses valeurs propres, darticuler ses idées selon unmode correspondant à une logique intime et authentique. Après des décennies de superficialité revient le temps du structuré et du profond. En temps decrise, on veut du solide. Et lon perçoit aujourdhui les prémices de ce retournement."Linfluence mérite dêtre pensée à limage dun arbre. Voir ses branches se tendre vers le ciel ne doit pas faire oublier le travail effectué par les racines dansles entrailles de la terre. Si elle veut être forte et cohérente, une stratégie dinfluence doit se déployer à partir dune réflexion sur lidentité de la structureconcernée, et être étayée par un discours haut de gamme. Linfluence ne peut utilement porter ses fruits que si elle est à même de se répercuter à traversdes messages structurés, logiques, harmonieux, prouvant la capacité de la direction à voir loin et sur le long terme. Top managers, communicants,stratèges civils et militaires, experts et universitaires doivent croiser leurs savoir-faire. Dans un monde en réseau, léchange des connaissances, la capacitéà sadapter aux nouvelles configurations et la volonté daffirmer son identité propre constituent des clés maîtresses du succès".Ce texte a été écrit lors du lancement de Communication & Influence en juillet 2008. Il nous sert désormais de référence pour donner de linfluenceune définition allant bien au-delà de ses aspects négatifs, auxquels elle se trouve trop souvent cantonnée. Le long entretien que nous a trèscourtoisement accordé Patricia Adam va clairement dans le même sens. Quelle soit ici remerciée de sa contribution aux débats que propose, moisaprès mois, notre plate-forme de réflexion.Bruno Racouchot,Directeur de ComescontactsFrance (Paris) : +33 (0) 1 47 09 36 99North America (Toronto) : +00 (1) 416 845 21 09South America (São Paulo) : + 00 (55) 11 8354 3139www.comes-communication.comCommunication & Influenceune publication du cabinet comesParis n Toronto n São PauloDirectrice de la publication : Sophie VieillardIllustrations : StalnerQuand la réflexion accompagne l’action

×