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De la puissance à l'influence dans la sphère des relations internationales : le décryptage de Pierre Buhler

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L'ouvrage La puissance au XXIe siècle
– Les nouvelles définitions du monde,
(CNRS Editions, préfacé par Hubert
Védrine), a récemment reçu le Prix du
Festival de géopolitique de Grenoble.
Son auteur, Pierre Buhler, présente un
parcours en parfaite adéquation avec la
complexité du sujet. Diplômé d'HEC, de
Sciences Po Paris et de l'INALCO (Institut
National des Langues et Civilisations
Orientales - polonais), ancien élève de
l'ENA, ancien ambassadeur de France
à Singapour, professeur de relations
internationales à Sciences Po, il vient
d'être nommé ambassadeur de France
en Pologne.

Dans l'entretien qu'il a accordé à
Bruno Racouchot, directeur de Comes
Communication - où il s'exprime à
titre purement personnel, n'engageant
en rien son ministère - Pierre Buhler
invite les Français à faire preuve de
réalisme sur la scène internationale :
"Ne nous laissons pas inhiber par un
langage moralisateur sur la puissance
et l'influence, car c'est bien là le jeu
qui se déroule aujourd'hui sous nos
yeux à la surface du globe."

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De la puissance à l'influence dans la sphère des relations internationales : le décryptage de Pierre Buhler

  1. 1. Communication & Influence N°33 - MAI 2012 Quand la réflexion accompagne l’action De la puissance à linfluence dans la sphère des relations internationales : le décryptage de Pierre Buhler Louvrage La puissance au XXIe siècle – Les nouvelles définitions du monde, (CNRS Editions, préfacé par Hubert Védrine), a récemment reçu le Prix duPourquoi Comes ? Festival de géopolitique de Grenoble.En latin, comes signifie compagnon Son auteur, Pierre Buhler, présente unde voyage, associé, pédagogue, parcours en parfaite adéquation avec lapersonne de l’escorte. Société crééeen 1999, installée à Paris, Toronto complexité du sujet. Diplômé dHEC, deet São Paulo, Comes publie chaque Sciences Po Paris et de lINALCO (Institutmois Communication & Influence.Plate-forme de réflexion, ce vecteur National des Langues et Civilisationsélectronique s’efforce d’ouvrir Orientales - polonais), ancien élève dedes perspectives innovantes, à la lENA, ancien ambassadeur de Franceconfluence des problématiquesde communication classique et à Singapour, professeur de relationsde la mise en œuvre des stratégies internationales à Sciences Po, il vientd’influence. Un tel outil s’adresse dêtre nommé ambassadeur de Franceprioritairement aux managers encharge de la stratégie générale en Pologne.de l’entreprise, ainsi qu’auxcommunicants soucieux d’ouvrir de Dans lentretien quil a accordé ànouvelles pistes d’action. Bruno Racouchot, directeur de ComesÊtre crédible exige de dire Communication - où il sexprime à "Ne nous laissons pas inhiber par unclairement où l’on va, de le faire titre purement personnel, nengageant langage moralisateur sur la puissancesavoir et de donner des repères. en rien son ministère - Pierre Buhler et linfluence, car cest bien là le jeuLes intérêts qui conditionnent lesrivalités économiques d’aujourd’hui invite les Français à faire preuve de qui se déroule aujourdhui sous nosne reposent pas seulement sur des réalisme sur la scène internationale : yeux à la surface du globe."paramètres d’ordre commercialou financier. Ils doivent égalementintégrer des variables culturelles,sociétales, bref des idées et desreprésentations du monde. C’està ce carrefour entre élaborationdes stratégies d’influence et La puissance est un concept qui a plutôt Pour bien situer et cerner la question deprise en compte des enjeux de la mauvaise presse. Or, avec La puissance au la puissance dans la sphère des relationscompétition économique que sedéploie la démarche stratégique XXIe siècle – Les nouvelles définitions du internationales, il me paraît important deproposée par Comes. monde, vous lui avez consacré un ouvrage lexaminer sous trois angles différents. Tout solidement charpenté, dans lequel vous dabord, il convient danalyser ce qui en entendez réhabiliter une certaine approche constitue lessence. A cet égard, il me paraît de la puissance dans la sphère des relations opportun de reprendre la définition quen internationales. Comment la voyez-vous ? donnait Raymond Aron : "la puissance sur la Et surtout comment peut-on aujourdhui scène internationale, cest la capacité dune penser larticulation des rapports entre la unité politique dimposer sa volonté aux puissance et linfluence ? autres unités". Et il ajoutait : "La puissancewww.comes-communication.com
  2. 2. Communication & Influence N°33 - Mai 2012 - page 2 ENTRETIEN AVEC PIERRE BUHLER nest pas un absolu mais une relation humaine" (Paix et guerre mais de plus en plus de la négociation, de la persuasion, de entre les nations, Calmann-Lévy, Paris, 1962). A la vérité, la séduction, du prestige, de la culture, des valeurs, voire de pour aborder cette question dans son intégralité, il faut se coalitions dintérêts. rappeler quil y a une relation congénitale entre puissance Ce qui relève peu ou prou du soft power, donc de la sphère et pouvoir. Si les deux termes sont distincts en français, de linfluence ? cest au fond le même concept. Pour preuve, ni la langue On sen approche. Mais avant de définir ce soft power, il faut allemande ni la langue anglaise nont éprouvé le besoin préciser que la vraie puissance dans les relations interna- davoir des termes différents, en allemand Macht, en anglais tionales, ce nest pas ce qui ressort de la force militaire (qui Power. nassure le plus souvent que des avantages précaires, en Si lon se reporte à ce que disait de la puissance cet autre outre difficiles à sanctuariser). Cest bien plutôt ce qui per- grand penseur quétait Max Weber – "toute chance de faire met dobtenir un résultat donné, soit par une action ciblée, triompher, au sein dune relation sociale, sa propre volonté soit par le simple effet de la puissance structurelle. Avant de contre la résistance dautrui" – il faut regarder ce que les politologues américains – Joseph Nye le bien reconnaître quavant dêtre premier – ont entendu sous ce terme, il vaut la peine dexa- une accumulation de moyens, de miner les racines mêmes de cette réflexion en scrutant à laIl faut bien reconnaître ressources, de forces, la puissance loupe la manière dont les Etats-Unis ont entendu le termequavant dêtre une est dabord et surtout, volonté. de puissance.accumulation de moyens, Ensuite, observons quau cœur Une universitaire britannique, Susan Strange, use ainside ressources, de forces, dune logique de puissance, il y du terme de "puissance structurelle", en expliquant : "cest a toujours un besoin de sécurité. parce que les Etats-Unis jouissent de puissance structurellela puissance est dabord Mais lhistoire nous prouve que quils ne peuvent sempêcher de dominer les autres : le simpleet surtout, volonté. dautres causes peuvent expliquer fait dêtre là influence les résultats" (Le retrait de lEtat ; la la puissance : la quête de la gloire, dispersion du pouvoir dans léconomie mondiale, Editions du la fascination de la puissance temps présent, Paris, 2011). pour elle-même… bref, on trouve là bien des mobiles qui Cest ce positionnement qua théorisé Joseph Nye, un peuvent se révéler étroitement imbriqués les uns dans les autre universitaire, inventeur du concept de soft power, qui autres. définit en substance ce dernier comme la capacité dobtenir Mais plus pertinentes que la finalité ou les mobiles, ce un résultat recherché et daltérer le comportement des sont les modalités dexercice de la puissance quil convient autres protagonistes dans le sens voulu, et ce pour un coût dexaminer. On trouve là une très large palette, qui part acceptable. Noublions pas cependant que si Joseph Nye de la guerre, la coercition, la violence, comme autant de a été un universitaire, il a aussi été un haut fonctionnaire, modalités premières historiques dexercice de la puissance. un homme politique qui a exercé ses talents sous plusieurs On y trouve aussi la ruse, laquelle, depuis Ulysse, sest administrations démocrates. imposée comme une modalité légitime de projection de la On a donc là un raisonnement de décideur public, qui prend puissance. en compte la dimension budgétaire (coût acceptable) pour De même, dautres modalités sont apparues au fil du atteindre un objectif. Déployer des forces armées coûte temps, comme le droit et la fixation de normes. Ou encore extrêmement cher. Donc si pour un résultat semblable et à les idéologies au sens large, comme le communisme ou moindre coût, on peut utiliser des moyens plus subtils, alors les systèmes totalitaires bien sûr. Mais aussi des idéologies il est logique que lon privilégie cette voie. Jospeh Nye aime universalistes, à linstar de celle que lon connaît avec la ainsi rappeler quil faut façonner ce que les autres désirent. Déclaration universelle des droits de Quelles sont les ressources mobilisables dans cette lhomme, toutes idéologies qui ont démarche de soft power ?Au fur et à mesure de pris une importance croissante au Cest la combinaison la plus appropriée de toute unela complexification XXe siècle. palette doutils. On y trouve lensemble des ressources de lagrandissante du monde, Ainsi, au fur et à mesure des persuasion et de la séduction qui savèrent moins coûteuses progrès de la mondialisation, quile recours à la force a commencé bien plus tôt quon que les ressources coercitives. Déjà, il convient de préciserbrute a décru, en même que les Etats-Unis représentent à eux seuls la moitié des serait tenté de le croire, au fur et à forces militaires de la planète. Au-delà de leur formidabletemps quon observait mesure aussi de la complexification outil de défense, ils ont des bases à travers lensemble dudes interdépendances, grandissante du monde, le monde et sont liés à dautres pays par toutes sortes de recours à la force brute a décru, enle plus souvent même temps quon observait des traités. Mais ils détiennent aussi la majorité des grandsasymétriques, sans groupes dune communication désormais mondialisée. interdépendances, le plus souventcesse croissantes dans asymétriques, sans cesse croissantes De fait, après les larges opérations de fusions et acquisitions dans le monde, entre les Etats, les survenues à la fin des années 1990, lessentiel de lale monde, entre les communication "mondialisée" sest rapidement retrouvée économies, les sociétés…Etats, les économies, concentrée entre les mains de six grands groupes, tous Dès lors, la projection deles sociétés… puissance consiste en une américains : AOL-Time-Warner, Universal, Disney-ABC, Paramount-Viacom-CBS, Columbia et enfin News Corp, le exploitation intelligente de ces groupe de presse de Rupert Murdoch. On observe dailleurs interdépendances, pour en extraire des avantages. Cest quil y a là une étroite imbrication entre information, là que lon voit apparaître un ensemble de modalités qui entertainment et Internet. relève de moins en moins de la force et de la coercition,
  3. 3. Communication & Influence N°33 - Mai 2012 - page 3 ENTRETIEN AVEC PIERRE BUHLERPour mémoire, rappelons que lindustrie cinématographique une application démesurée et irraisonnée de la puissance.américaine réalise un taux de pénétration qui varie entre 65 Dailleurs, cest en réaction contre ces excès de la puissanceet 85 % sur le marché européen et dépasse les 50 % dans le que sest développée laventure européenne dans limmédiatreste du monde, à lexception de lInde. après-guerre. Souvenons-nous que symboliquement,Si lon se penche maintenant sur ce qui se passe dans le le socle initial de la construction européenne a consistéchamp de léducation et de la recherche, on note que les à mettre sous lautorité duneuniversités américaines accueillent chaque année plus dun entité supranationale ces deuxdemi-million détudiants étrangers, notamment asiatiques. ingrédients fondamentaux des Comme le soulignentIls vont après leurs études revenir dans leur pays dorigine, industries darmement quétaient Robert Keohane et le charbon et lacier. LEurope quebardés de diplômes au standard américain, mais aussi se nous connaissons sest bel et bien Joseph Nye, "au furtrouver conditionnés dans leur manière de réfléchir par unmode de pensée quils vont ensuite appliquer dans leur vie bâtie sur un postulat de rejet de la et à mesure que laprofessionnelle au quotidien. puissance. complexité des acteurs etIl faut ajouter à cela ce que je nomme larchipel de Et aujourdhui encore, quand des questions saccroît,léconomie du savoir, les laboratoires, le capital-risque, des Etats – en particulier la lutilité de la forceles clusters de R&D, etc. Souvenons-nous quaux Etats- France – essaient dinstiller dans la construction européenne des décroît et les lignes deUnis, leffort de recherche et développement, public etprivé, sélève à environ 400 milliards de dollars par an, démarches de puissance étatique, partage entre politiquesoit autant que le niveau de tous les autres membres du ils se heurtent à de nombreuses intérieure et politiqueG8 réunis. Il y a de même une domination claire des Etats- difficultés imputables au refus extérieure sestompent".Unis en ce qui concerne les publications scientifiques et très net de certains Etats dunebien sûr en ce qui concerne les palmarès mondiaux en semblable logique.matière denseignement supérieur et de recherche. Ce qui Pour ce qui est de linfluence, le constat mérite dêtreaccroît encore la fascination des étudiants, enseignants plus nuancé. Certes, pendant la Guerre froide, on parlaitet chercheurs de la planète entière, avides de participer dEtats sous influence, et lUnion soviétique usait du termeà laventure et auxquels les Etats-Unis ouvrent largement dinfluence pour des opérations bien précises, à connotationleurs portes. Ainsi, la boucle est bouclée... souvent négatives : manipulation, désinformation, etc.On doit aussi prendre en compte les think tanks et autres Fort heureusement, cette approche me paraît révolue. Etfondations... justement, si jai écrit ce dernier ouvrage sur La puissance auOui. Il faut ajouter à ce tableau les "communautés XXIe siècle pour lequel vous minterrogez, ma préoccupationépistémiques", à savoir ce vaste ensemble constitué par des a été de débarrasser la réflexion sur la puissance etthink tanks, des fondations, bref des gens qui se retrouvent linfluence de toutes les scories qui se sont attachées à cesdans des séminaires, des colloques et autres symposiums, concepts, en essayant den avoir une vision claire, la pluset échangent – encore et toujours en anglais, devenue objective possible et surtout dépassionnée.langue pivot et de référence – pour déterminer les formes, Car il faut bien constater que sil yles concepts, les modes de diffusion du savoir. Cette langue a eu rejet de ces concepts au nom Ma préoccupation avéhiculaire, langlais, impose de fait une hégémonie tout de la morale, il nen demeure pas été de débarrasser laà la fois formelle et méthodologique, ce qui nest pas sans moins quaujourdhui, la logique réflexion sur la puissanceavoir des effets directs sur lélaboration et lexpression de profonde qui est celle de lala pensée. puissance continue dordonner la et linfluence de toutesCest cet ensemble qui forme le creuset des concepts et des dynamique mondiale et lordre des les scories qui se sontidées de demain, et prépare de fait ce que nous pouvons choses dans larène internationale. attachées à ces concepts.appeler la pensée dominante. Ces modalités de projection Observons par exemple que lesde linfluence se trouvent de fait réparties sur une large pays émergents de la planètepalette. – Chine, Brésil, Inde… – ne sembarrassent pas de ces réserves morales ou mentales. Ces Etats déploient desDans le cas des Etats-Unis, on observe donc un vrai stratégies de puissance parfaitement classiques, sans étatscontinuum, une réelle complémentarité entre hard power dâme, comme on le voyait faire dans lEurope des XIX etet soft power, qui sexplique aussi par une complexification XXe siècles.accrue du monde. Comme le soulignent Robert Keohane etJoseph Nye, "au fur et à mesure que la complexité des acteurs Mon propos est relativement simple : ne nous laissons paset des questions saccroît, lutilité de la force décroît et les lignes inhiber par un langage moralisateur sur la puissance etde partage entre politique intérieure et politique extérieure linfluence, car cest bien là le jeu qui se déroule aujourdhuisestompent" (Power and Interdependance ; World Politics in sous nos yeux à la surface du globe. Si lon en refuse lesTransition, Little Brown & Co, Boston, 1977). prémices, les postulats et les modalités, on risque fort de se réveiller un jour bien affaibli face à dautres Etats qui aurontPuissance et influence restent tout de même deux termes eu recours aux méthodes constantes de la puissance etconnotés négativement aux yeux de la grande majorité de de linfluence pour simposer comme des acteurs-majeursnos contemporains… dans la distribution de cette puissance.Pour la puissance, cest certain. Elle présente une aura Quelles sont justement les caractéristiques de la puissancesulfureuse. Dabord parce quelle reste assimilée aux excès aujourdhui ?auxquels elle a donné lieu à travers lhistoire. Aussi est-iltentant dimputer un certain nombre de faits tragiques à Elle ne se manifeste plus prioritairement par des actions de coercition, bien plutôt par tous ces moyens dinfluence
  4. 4. Communication & Influence N°33 - Mai 2012 - page 4 ENTRETIEN AVEC PIERRE BUHLER que nous venons dévoquer, liés au soft power. Cest par ces coûtent fort cher. Souvenons-nous de notre échec il y a modalités que nous venons de décrire que les Etats peuvent quelques années face à la Corée dans le domaine nucléaire – et doivent, de mon point de vue – occuper lespace que aux Emirats arabes unis, alors que nous avions tous les atouts leur dictent leurs fondamentaux. Or, sous cet angle, on doit en main. On observe de même des dysfonctionnements au reconnaître que la France dispose dun capital considérable. sein même des administrations. Héritiers dune longue histoire, qui A cet égard, la critique dressée par votre dernier invité,Si nous voulons a connu des vicissitudes diverses, Christian Harbulot, dans le précédent numéro de les Français doivent se rappeler queretrouver une leur pays sest imposé sur la carte de Communication & Influence sur cette incapacité française à sortir du mode de travail en silo sans jamais parvenir àauthentique stratégie lEurope et a su faire rayonner son travailler en transversal, est parfaitement juste, quil sagissede puissance, nous prestige grâce à sa culture, sa langue, dentreprises ou dadministrations.devons donc très vite sa pensée. La France occupe une place Si nous voulons retrouver une authentique stratégie de éminente dans lEurope et le monde.et sans tabous réfléchir Elle siège au conseil de sécurité de puissance, nous devons donc très vite et sans tabousà la manière idoine réfléchir à la manière idoine de combler ces faiblesses, lONU, elle a une culture reconnue et délaborer une politique publique cohérente et volontaire,délaborer une politique appréciée en matière de gestion des ce qui sous-entend de revoir notre organisation, nos modespublique cohérente affaires internationales, elle dispose de travail, de pensée et daction. dune force de dissuasion et dun outilet volontaire, ce qui militaire respecté. Quid de lEurope dans ce contexte ?sous-entend de revoir Mais aucune position nest jamais Dans cette stratégie, il y a une évidente dimensionnotre organisation, acquise. Souvenons-nous du mot européenne. Bien sûr, entre les Etats-membres, on observe des rivalités. Mais il y a aussi des intérêts communsnos modes de travail, de Bismarck qui réclamait une place au soleil pour sa patrie sur la scène nettement plus forts entre ces Etats européens quà légardde pensée et daction. internationale, on sait ce quil advint des pays tiers. Il existe donc un intérêt public européen quil par la suite. Toujours dans cette convient de promouvoir. perspective, il faut se rappeler aussi que la France a su, au La France serait ainsi bien inspirée dutiliser avec cours de son histoire, très prosaïquement développer une intelligence cette machine à fabriquer des normes quest authentique culture de la puissance. lUnion européenne, notamment pour promouvoir notre Au-delà de ces aspects institutionnels, il y a également propre vision de ce quest un bien public européen. On des fondamentaux. Sur le plan démographique, la France pourrait de la sorte plaider pour que nous utilisions de connaît un sort plutôt heureux en Europe, ce dont nombre manière beaucoup plus énergique latout formidable que de nos voisins ne bénéficient pas. Nous avons un socle constitue le droit daccès au marché européen, dautant éducatif de qualité, une culture scientifique de très haut que ce dernier est le plus grand du monde. niveau, avec des niches où nous excellons, comme les Une autre piste mérite enfin dêtre explorée. Il existe un mathématiques, la physique nucléaire, la recherche large espace pour nous imposer dans le débat didées. Nous agronomique, la médecine... avons indéniablement des choses à dire au monde, mais Nous disposons également dun nous navons pas toujours les bons outils – sinon une réelleLa puissance, qui volonté – pour faire passer nos messages. Par pusillanimité, tissu dentrepreneurs méconnusinscrit dans la durée, et dune qualité de vie qui nous par négligence, par timidité ou complexe dinfériorité – aune doit rien au hasard. permet dattirer les élites du monde. demeurant injustifié – on refuse de prendre la parole ou de faire passer des messages via des stratégies dinfluence.Elle doit un peu au Ces atouts sont cependant obérés Cest là à mon sens une erreur. Il est impératif que nous de faiblesses. En premier lieu unegénie ou à laudace, structure économique qui subit le coût repassions à lacte, dautant que la voix de la France estet beaucoup à la de la dépense publique (55% du PIB), attendue plus souvent dans le monde quon ne peutméthode. La puissance laissant de la sorte une faible marge limaginer dans lHexagone, et ce en bien des circonstances.appartient à ceux de manœuvre pour linvestissement. Faire partager nos analyses, notre façon de voir, nos idées, Les très grandes entreprises françaises en un mot être un acteur du débat didées est important,qui en comprennent voire capital. Cest une condition-clé pour retrouver notre réussissent souvent avec brio, maisles règles, qui savent plutôt à linternational, ce qui fait que aura sur la scène internationale et donc participer auxen assembler les nous ne bénéficions pas forcément affaires du monde. Cette posture permettra de mieux défendre aussi nos savoir-faire, nos technologies, en unressources et en forger dans lHexagone des retombées positives. Et simultanément, nos PME- mot elle contribuera grandement à défendre nos intérêts.les instruments, qui TPE sont trop peu robustes, ce qui nuit Le mot de la fin ?savent en réinventer les à notre compétitivité. Comme je lécris dans la conclusion de louvrage, Napoléonformes et les modalités. Enfin, autre faiblesse, lorganisation voyait dans ses victoires le sourire de la chance. La de notre pays. Il y a à lévidence une puissance, qui sinscrit dans la durée, ne doit rien, pourtant, place à prendre pour une authentique au hasard. Elle doit un peu au génie ou à laudace, et politique publique visant à exploiter au mieux nos atouts. beaucoup à la méthode. La puissance appartient à ceux Ce qui implique prioritairement den finir avec une qui en comprennent les règles, qui savent en assembler malheureuse inclination française pour des comportements les ressources et en forger les instruments, qui savent en de village gaulois… réinventer les formes et les modalités, bref, à ceux qui savent Ces chamailleries franco-françaises sont proprement appliquer à leur profit la grammaire subtile et changeante incompréhensibles vues de lextérieur et souvent nous de la puissance. n
  5. 5. Communication & InfluenceN°33 - Mai 2012 - page 5 ENTRETIEN AVEC PIERRE BUHLER EXTRAITS Pouvoir, information, réseaux Dans son chapitre VII (Lunification du champ de la puissance ; Lère des réseaux) de son dernier ouvrage La puissance au XXIe siècle – Les nouvelles définitions du monde, Pierre Buhler analyse la nouvelle articulation des relations entre pouvoir et réseaux suite aux bouleversements qui ont eu lieu dans la sphère informationnelle. "Les entreprises totalitaires du XXe siècle ont bénéficié de lappoint décisif des techniques de communication de masse, de diffusion de linformation, des techniques que leur coût élevé, voire prohibitif dans le cas de la télévision, réservaient, le plus souvent, même dans les régimes démocratiques, à des monopoles dEtat. La politique a été façonnée, sinon dans sa substance, du moins dans sa forme, par ce mode de communication, fondamentalement asymétrique, opposant un nombre infime démetteurs du message et une masse de récepteurs. "Or loin de mener vers un contrôle orwellien des citoyens par lEtat – le spectre de Big Brother a hanté les esprits pendant des décennies – lavenue ouverte par les technologies de linformation et de la communication a conduit à une démocratisation de laccès à celles- ci. Et ce grâce à une baisse à la fois continue et substantielle des coûts de traitement et de transmission, tant à la production quà la diffusion. Cette "particule élémentaire", cet élément constitutif du pouvoir quest linformation est désormais à la portée des individus, mais, plus encore, des groupes. La "déréglementation" qui a largement ouvert, à partir des années 1980, le champ de la production et de la diffusion audio-visuelles à des entreprises privées, et les technologies – câble, satellite – qui ont permis de décupler loffre modifient continûment les modes de production du politique. LEtat-nation en est imperceptiblement – mais profondément – transformé. "Dans sa Condition de lhomme moderne, Hannah Arendt avait capturé, en un raccourci saisissant, lessence du pouvoir en le définissant comme la capacité humaine à ne pas simplement agir, mais à "agir de concert" (1). Cette formule renvoie, cest lévidence, à la forme étatique de laction politique, mais elle pointe aussi vers des formes alternatives, que le monolithisme massif de lEtat-nation a toujours tenues en lisière. "La révolution de linformation et de la communication change radicalement les perspectives. Dabord parce que ces flux quelle li- bère, foncièrement immatériels, échappent largement au contrôle étatique, mais surtout en ce que le potentiel daction collective est démultiplié par la logique de réseau. Celle-ci nest certes pas apparue soudainement à la faveur de la mondialisation : lhistoire est peuplée dexemples de cette forme dorganisation de laction politique, souvent clandestine ou opaque, aux fins dinvestir un pouvoir, de le renverser, ou de peser sur ses décisions. Mais il sagit toujours, pour lessentiel, de lEtat et de ses dépendances. "La possibilité, ouverte par cette "révolution", de multiplier sans limites, quasiment, les nodes du réseau définit un nouvel espace du pouvoir, en dehors de celui, institutionnalisé et hiérarchisé, de lEtat. Les philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari en avaient dès 1980 pressenti le potentiel en formulant la métaphore du "rhizome", mode dorganisation du vivant, et du social, par lequel nimporte quel point peut être connecté à tout autre point – et qui, surtout, peut être rompu sans dommage pour la structure densemble. Un ordre différent de celui de larbre et de la racine, ordre fixe, figé, hiérarchique (2). Plus près de nous, le sociologue Manuel Castells voit dans les réseaux la matrice de lordre politique et social contemporain : ils constituent, conclut-il, "la nouvelle morphologie sociale de nos sociétés, et la diffusion de la logique de réseau modifie substantiellement le fonctionnement et les résultats dans les processus de production, dexpérience, de pouvoir et de culture." (3) "Labolition de la distance et donc dune contrainte physique sur la participation à laction collective démultiplie en effet la faculté des individus de sagréger selon des affinités déterminées par les préférences politiques, par la sympathie pour une cause partagée, par la religion, bref un ensemble de revendications et daspirations qui peinent à trouver leur expression dans le cadre étatique de la représentation. Forçant lEtat à se laisser gagner par la logique de réseau : "Nous vivons dans un monde organisé en réseaux", observe avec justesse la politologue américaine Anne-Marie Slaughter, "la guerre est menée en réseaux, par les terroristes comme par ceux qui sont chargés de les mettre en échec (…) la diplomatie est conduite en réseaux, (comme le sont) les affaires, les médias, la société et même la religion (…) Le monde en réseaux qui émerge (…) existe au-dessus de lEtat, en-dessous de lEtat et à travers lEtat. Dans ce monde, lEtat qui aura le plus de connexions sera lacteur central." (4)" La puissance au XXIe siècle – Les nouvelles définitions du monde, par Pierre Buhler, (préfacé par Hubert Védrine), CNRS Editions, 508 p., 27 €. (1) The Human Condition, 1989 (2) Capitalisme et schizophrénie ; Mille plateaux, Editions de Minuit, Paris,1980 (3) The Information Age : Economy, Society and Culture, Vol. 1, The Rise of the Network Society, 2e edition, Blackwell Publishing, Oxford, 2000 (4) "Americas Edge ; Power in a Network Century", Foreign Affairs, janvier-février 2009
  6. 6. Communication & Influence N°33 - Mai 2012 - page 6 ENTRETIEN AVEC PIERRE BUHLER BIOGRAPHIEPierre Buhler est diplômé de l’Ecole des Hautes Études Commerciales (2002), il a été ensuite nommé professeur associé de sciences(HEC), de Sciences Po Paris, de l’Institut National des Langues et politiques (relations internationales) à Sciences Po de 2002 à 2006.Civilisations orientales (polonais), titulaire dune licence en ethnologie Ambassadeur de France à Singapour de 2006 à 2009, il a ensuite pris les(Jussieu), dune licence en droit (Panthéon) et dun diplôme détudes fonctions de directeur général de France Coopération Internationale,approfondies en économie appliquée (Paris-Dauphine). un groupement d’intérêt public dont il a conduit la transformationAncien élève de l’ENA (promotion d’Aguesseau), en un établissement public industriel etil a embrassé la carrière diplomatique en commercial, France Expertise Internationale.rejoignant le ministère des affaires étrangères en Cette transformation achevée, il a été nommé1982. D’abord membre de la délégation française chargé de mission auprès du directeur généralà la Conférence sur la Sécurité et la Coopération de la mondialisation au Ministère des affairesen Europe (CSCE) en 1982-83, il a ensuite servi étrangères et européennes, avant d’être nommésuccessivement dans les ambassades de France ambassadeur de France à Varsovie, poste qu’il aà Varsovie (1983-1985) et à Moscou (1985-1988). rejoint en mai 2012.En 1988 il était affecté à la direction des affaires Pierre Buhler est l’auteur de Histoire de la Polognepolitiques (service des affaires stratégiques et du communiste, autopsie d’une imposture, paru endésarmement, 1988-1990) du Ministère avant 1997 aux Editions Karthala, et traduit en polonaisde prendre les fonctions de directeur adjoint du (1999). Il vient de publier La puissance au XXIe siècleCentre d’Analyse et de Prévision (1990-1993). les nouvelles définitions du monde, CNRS EditionsNommé, en 1993, premier conseiller à (octobre 2011). Il publie régulièrement des articlesl’ambassade de France à Washington, il a dans Commentaire, Telos et Project Syndicate et anotamment fait partie de la délégation française participé à la rédaction d’ouvrages collectifs (cf.aux négociations de Dayton sur la paix dans les Balkans (novembre page personnelle : https://sites.google.com/site/rauwiller67/).1995). De 1996 à 2001, Pierre Buhler était conseiller culturel, Chevalier des ordres nationaux du Mérite et de la Légion d’Honneur,représentant permanent des universités françaises, en poste à New Pierre Buhler parle l’anglais, l’allemand, le polonais et le russe.York. Comme dans tous ses autres écrits, il s’exprime ici à titre purementConseiller diplomatique du ministre de la défense, Alain Richard (2001- personnel et n’engage en rien le Ministère des Affaires étrangères et2002), puis secrétaire général de la Xe Conférence des ambassadeurs européennes. nLinfluence, une nouvelle façon de penser la communication dans la guerre économique"Quest-ce quêtre influent sinon détenir la capacité à peser sur lévolution des situations ? Linfluence nest pas lillusion. Elle en est même lantithèse. Elleest une manifestation de la puissance. Elle plonge ses racines dans une certaine approche du réel, elle se vit à travers une manière dêtre-au-monde. Lecœur dune stratégie dinfluence digne de ce nom réside très clairement en une identité finement ciselée, puis nettement assumée. Une succession de"coups médiatiques", la gestion habile dun carnet dadresses, la mise en œuvre de vecteurs audacieux ne valent que sils sont sous-tendus par une lignestratégique claire, fruit de la réflexion engagée sur lidentité. Autant dire quune stratégie dinfluence implique un fort travail de clarification en amont desprocessus de décision, au niveau de la direction générale ou de la direction de la stratégie. Une telle démarche demande tout à la fois de la lucidité et ducourage. Car revendiquer une identité propre exige que lon accepte dêtre différent des autres, de choisir ses valeurs propres, darticuler ses idées selon unmode correspondant à une logique intime et authentique. Après des décennies de superficialité revient le temps du structuré et du profond. En temps decrise, on veut du solide. Et lon perçoit aujourdhui les prémices de ce retournement."Linfluence mérite dêtre pensée à limage dun arbre. Voir ses branches se tendre vers le ciel ne doit pas faire oublier le travail effectué par les racines dansles entrailles de la terre. Si elle veut être forte et cohérente, une stratégie dinfluence doit se déployer à partir dune réflexion sur lidentité de la structureconcernée, et être étayée par un discours haut de gamme. Linfluence ne peut utilement porter ses fruits que si elle est à même de se répercuter à traversdes messages structurés, logiques, harmonieux, prouvant la capacité de la direction à voir loin et sur le long terme. Top managers, communicants,stratèges civils et militaires, experts et universitaires doivent croiser leurs savoir-faire. Dans un monde en réseau, léchange des connaissances, la capacitéà sadapter aux nouvelles configurations et la volonté daffirmer son identité propre constituent des clés maîtresses du succès".Ce texte a été écrit lors du lancement de Communication & Influence en juillet 2008. Il nous sert désormais de référence pour donner de linfluenceune définition allant bien au-delà de ses aspects négatifs, auxquels elle se trouve trop souvent cantonnée. Le long entretien que nous a trèscourtoisement accordé Pierre Buhler va clairement dans le même sens. Quil soit ici remercié de sa contribution aux débats que propose, moisaprès mois, notre plate-forme de réflexion. Bruno Racouchot, Directeur de Comes Communication & Influence contacts N° ISNN 1760-4842 une publication du cabinet comes France (Paris) : +33 (0)1 47 09 36 99 Paris n Toronto n São Paulo North America (Toronto) : +00 (1) 416 845 21 09 Directrice de la publication : Sophie Vieillard South America (São Paulo) : + 00 (55) 11 8354 3139 Quand la réflexion accompagne l’action Illustrations : Eric Stalner www.comes-communication.com

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