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Puissances, marchés, territoires : le triptyque de la guerre économique décrypté par Christian Harbulot

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Fondateur de l'Ecole de guerre
économique, Christian Harbulot
a dirigé le Manuel d'intelligence
économique sorti ce mois d'avril
aux PUF (collection Major). Plus de
trente spécialistes l'ont accompagné
dans cette entreprise tout à la fois
universitaire et pratique, qui aborde
toutes les facettes de l'IE (intelligence
économique), dont bien sûr l'influence.
Dans l'entretien qu'il a accordé
à Bruno Racouchot, directeur de
Comes communication (et auteur du
chapitre De la stratégie d'influence
à la communication d'influence du
Manuel d'intelligence économique),
Christian Harbulot le dit clairement :
"L'influence est la grande stratégie
d'aujourd'hui et de demain".

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Puissances, marchés, territoires : le triptyque de la guerre économique décrypté par Christian Harbulot

  1. 1. Communication & Influence N°32 - AVRIL 2012 Quand la réflexion accompagne l’action Puissances, marchés, territoires : le triptyque de la guerre économique décrypté par Christian Harbulot Fondateur de lEcole de guerre économique, Christian Harbulot a dirigé le Manuel dintelligencePourquoi Comes ? économique sorti ce mois davril aux PUF (collection Major). Plus deEn latin, comes signifie compagnon trente spécialistes lont accompagnéde voyage, associé, pédagogue,personne de l’escorte. Société créée dans cette entreprise tout à la foisen 1999, installée à Paris, Toronto universitaire et pratique, qui abordeet São Paulo, Comes publie chaquemois Communication & Influence. toutes les facettes de lIE (intelligencePlate-forme de réflexion, ce vecteur économique), dont bien sûr linfluence.électronique s’efforce d’ouvrirdes perspectives innovantes, à la Dans lentretien quil a accordéconfluence des problématiques à Bruno Racouchot, directeur dede communication classique etde la mise en œuvre des stratégies Comes communication (et auteur dud’influence. Un tel outil s’adresse chapitre De la stratégie dinfluenceprioritairement aux managers encharge de la stratégie générale à la communication dinfluence dude l’entreprise, ainsi qu’aux Manuel dintelligence économique),communicants soucieux d’ouvrir de Christian Harbulot le dit clairement :nouvelles pistes d’action. "Linfluence est la grande stratégieÊtre crédible exige de dire daujourdhui et de demain".clairement où l’on va, de le fairesavoir et de donner des repères.Les intérêts qui conditionnent lesrivalités économiques d’aujourd’huine reposent pas seulement sur desparamètres d’ordre commercial Christian Harbulot, pourquoi un manuel de années et quil sefforce dapporter unou financier. Ils doivent également lintelligence économique ? cadrage théorique sous trois angles précis :intégrer des variables culturelles, De nombreux travaux sur lintelligence puissances, marchés et territoires.sociétales, bref des idées et des économique (IE) ont été publiés ces Il est en effet nécessaire de concevoir unereprésentations du monde. C’està ce carrefour entre élaboration dernières années, mais il nexistait pas, grille de lecture permettant de comprendredes stratégies d’influence et à ma connaissance, douvrage global de les convergences et les divergencesprise en compte des enjeux de la référence. Ce manuel sinscrit donc dans la existant entre ces trois champs daction. Jecompétition économique que se tradition universitaire visant à donner aux minscris là dans la continuité de la penséedéploie la démarche stratégique étudiants une base de connaissances à la de Fernand Braudel tout en allant au-delà,proposée par Comes. fois théoriques et pratiques et comporte tant il est vrai que ces trois champs sont des études de cas pour chaque partie. désormais étroitement imbriqués les uns Lobjectif est de montrer que lIE est lart dans les autres. Doù la difficulté de les dutiliser linformation pour appuyer une cerner et les déchiffrer. Car sy exercent des stratégie et obtenir le meilleur résultat rapports de force complexes. Or, pour un possible. Original, ce livre lest parce quil Etat digne de ce nom, il importe de démêler fait le point sur lIE de ces vingt dernières habilement lécheveau pour procéder à deswww.comes-communication.com
  2. 2. Communication & Influence N°32 - Avril 2012 - page 2 ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN HARBULOT choix stratégiques. Cette grille de lecture, indispensable, quand cela lui apparaît opportun pour servir sa stratégie doit être en permanence actualisée, approfondie, renforcée. de puissance. Et il utilise dès lors toute la palette des op- Un travail impératif car nous devons bien comprendre portunités qui soffrent à lui en vue datteindre cet objectif. comment évolue le monde, à quelle logique intime il obéit. Les crises à répétition du modèle occidental nont fait que Si lon veut comprendre les forces à lœuvre, il nous faut démultiplier les effets des postures initiales, contribuant analyser soigneusement loriginalité de chaque contexte dans un cadre asymétrique à transformer le pragmatisme et distinguer les politiques de puissance, les logiques de économique en élément-clé de la stratégie de puissance. marché et les réalités de territoire. Car les crises se succé- Quand fut rédigé le rapport Martre il y a vingt ans (1993- dant (hier pétrolières, à présent financières), on voit surgir 1994), on était essentiellement préoccupés par la question des priorités. Pour certains pays aujourdhui, à limage de de la compétitivité et le rôle de linformation dans la la Grèce, la priorité, cest tout simplement la survie. Pour compétitivité. Doù le choix du terme dintelligence dautres pays, cest le marché. Pour dautres encore la puis- économique ainsi que la priorité donnée à léconomie et au sance, la Russie et la question du gaz lillustre parfaitement. rôle de linformation dans cette même compétitivité. Vingt La fin de la guerre froide a eu ans ont passé, le contexte a été complètement chamboulé pour conséquence de générer un par les événements que nous venons dévoquer. Il fautIl y a une véritable nouveau modèle de mondialisation, maintenant faire évoluer notre appareil critique enréflexion à conduire caractérisé par une montée en prenant en compte ces trois champs dont les frontièressur nos fondamentaux puissance des rapports de force sinterpénètrent et évoluent en permanence : puissances, géoéconomiques. Il nest pas marchés, territoires.en matière de relations anodin que ce soient deux pays Quelle est ensuite la seconde idée qui sous-tend ce Manuelinternationales. de l’ex-bloc de l’Est qui se soient dintelligence économique ? emparés de vecteurs économiques Cest la notion de compétition informationnelle. Elle a été pour opérer un retour vers la puissance. Ainsi Poutine sest- pressentie à lépoque du rapport Martre sans être cepen- il servi du gaz comme moyen de pression à lendroit de dant formulée. Car le Japon, avant dêtre frappé de plein l’Union Européenne dans des épisodes quelque peu tendus fouet par la crise financière, avait commencé à produire avec l’Ukraine ou la Géorgie. Enfermée dans sa logique, la de la connaissance sur cette notion. Il a développé par commission européenne navait pas anticipé le fait que la exemple lusage systématique de linformatique dans le Russie puisse exploiter ses failles béantes en matière de monde de lentreprise, en prônant lopen source couplée à dépendance énergétique. cette même informatique, afin que léconomie japonaise Les paramètres qui déterminent notre appréhension soit la plus performante du monde. A lépoque, cela nous du monde sont donc déterminants, dans nos succès paraissait à la fois extrêmement innovant mais aussi forte- comme nos échecs. Dans ce cas précis, on voit bien ment décalé par rapport à notre propre réalité. que lexpression claire dune politique de puissance Que doit-on entendre par ce terme de compétition infor- peut mettre entre parenthèses les fameuses "règles du mationnelle ? Tout simplement la manière dont des pays marché" pour privilégier une autre logique. Il y a donc une vont comprendre limportance déterminante de linforma- véritable réflexion à conduire sur nos fondamentaux en tion dans leur développement et surtout son traitement matière de relations internationales. Prenons lexemple opérationnel. Certains pays sont mieux outillés, plus réactifs de la Chine, qui est peu ou prou à lorigine du processus et plus performants que dautres dans ce domaine. Ainsi, au de désindustrialisation de bien des pays développés. Elle milieu des années 90, Singapour a été pionnier en mettant a parfaitement su jouer des ambiguïtés du jeu du libre- en ligne des documents administratifs, en créant des passe- échange, qui ne peut fonctionner relles entre tous les ministères. Cette mise en commun de correctement que si certaines lopen data était très innovante pour lépoque.Pragmatique, le règles de fond sont respectées. Mais il ny a pas que laspect technique. Il faut aussi que Or ces règles étaient celles decommunisme chinois loccident du XIXème siècle, elles ne senclenche une mutation des esprits et des habitudes,investit le champ de correspondaient plus au monde qui comprenant la nouvelle logique à lœuvre, percevant com- ment utiliser au mieux ces sources ouvertes et dans quelléconomie quand cela allait naître après la chute du Mur de objectif. Dans ce processus daccès à la connaissance, lalui apparaît opportun Berlin. France est restée très réservée, alors quinversement, trèspour servir sa stratégie Il faut donc parvenir à faire sajoin- tôt, les Etats-Unis ont saisi lampleur de cette évolution et ter la logique du marché et la lo- mesuré les bénéfices quils pouvaient tirer de sa mise ende puissance. gique de puissance ? pratique. Cest ce que font les pays réalistes En France, nous ne nous sommes pas mis dans cette logique. par nature. Prenez les Etats-Unis ou le Japon, qui sont Trop de structures fonctionnent en silos et ne savent pas pourtant des apôtres du libre-échange. Ils font preuve travailler en transversal. La plupart de nos concitoyens de pragmatisme, en contrôlant étroitement les secteurs ne ressentent pas le besoin de cette coopération dun quils considèrent comme stratégiques, nhésitant pas à les nouveau genre par le biais de linformation. Même si mettre à labri de la concurrence internationale sil le faut… en France, quelques groupes, quelques structures ont et à inverser la vapeur si la situation se renverse. La Chine, réussi cette mue, le processus est loin dêtre émergent. Il elle, bien que nétant pas une adepte du libre-échange nimpacte absolument pas lenseignement secondaire et – cest le moins que lon puisse dire – a su exploiter les peu le monde universitaire. A quelques exceptions près, les contradictions internes du libre-échangisme. Pragmatique, administrations ne parviennent pas à travailler en réseau. le communisme chinois investit le champ de léconomie Créer un guichet unique de linformation dans notre pays
  3. 3. Communication & InfluenceN°32 - Avril 2012 - page 3 ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN HARBULOTreste un vœu pieu. On gaspille de largent, on démultiplie échiquiers dans le domaine de linfluence, dont la théorieles structures, on les empile les unes sur les autres. Bref, il est encore à écrire. Linfluence géoéconomique estest temps, pour nous autres Français, de faire un gros effort différente de linfluence géopolitique comme de linfluencepour combler ces faiblesses et ces lacunes. stratégico-militaire. Cet univers, on ne peut le prospecterEt la troisième idée-force de ce Manuel ? sérieusement en se bornant à une approche académique classique. Ou alors, cest un non-sens.Elle se rapporte directement au cœur de réflexion dela Lettre Communication & Influence publiée par Comes Quelle définition de linfluence pourriez-vous donner ?Communication. Cest tout ce qui se rapporte à linfluence, Linfluence consiste à toutperçue à un niveau opérationnel. Il est absolument mettre en œuvre sur le planimpossible aujourdhui de penser un usage opérationnel de informationnel et en matière de Il est absolumentlinformation sans lintégrer à une dimension stratégique de production de connaissance, impossible aujourdhuilinfluence. Inventer, produire et vendre, cest une vision de pour faire passer une idée, afin de de penser un usageléconomie imparfaite par rapport à lactuelle compétition modifier un comportement ou de opérationnel deéconomique mondiale. Si lon ne pense pas en termes faire croire à une version des faitsdinfluence, dautres le feront à notre place, et seront nos plutôt quà une autre. Linfluence linformation sansconcurrents. Mais que veut-on dire en évoquant linfluence est la manière de convaincre et lintégrer à unesur un plan stratégique ? de conditionner les esprits dans dimension stratégiquePremièrement, cest remettre en cause la prééminence de le cadre dune idéologie profane, de linfluence.la mainmise anglo-saxonne sur le domaine de linfluence. voire dune théologie profane.Linfluence ne peut être mono-culturelle, elle ne peut être Lun des grands risques de nosque multiculturelle. Le problème-clé des Anglo-saxons sociétés de linformation et du commerce– on le voit auxdans cette sphère du soft-power, cest de voir le monde à Etats-Unis ou au Japon – est de limiter considérablementtravers une grille de lecture unique, en refusant de prendre laccès à la connaissance, alors quon a limpression inverse,en compte les autres. La pire des erreurs serait de calquer au vu de la masse proprement colossale dinformationsles modèles, de sinspirer dun savoir-faire standardisé sur dont on dispose.linfluence, découlant dune approche américaine partielle, Ce paradoxe sexplique aisément. Les gens lisent de moinspartiale et fortement impactée par lomission. en moins de livres, les élites sont de plus en plus contraintesSoyons lucides. Les Américains ne vont bien sûr pas révéler de se spécialiser, sans avoir les grandes bases de culturedans leurs articles universitaires et leurs publications, là où générale dont elles ne perçoivent dailleurs quassezils excellent dans le domaine de linfluence, surtout dans rarement limportance. De cette façon, les élites sontles domaines politiques ou économiques ! Ils ne vont pas totalement conditionnées dans leur manière de penser etnous expliquer comment ils manipulent linformation, dans de vivre le monde. Elles nont plus la distance et la capacitéles logiques de normes ou encore pour orienter telle ou dapproche synoptique que permet une authentiquetelle décision de lUE, ni comment des groupes de pression culture générale Seule cette dernière est à même demanipulent linformation dans les circuits financiers pour permettre léclosion de lespritattaquer des monnaies comme leuro. Le pire serait de ne critique sans lequel il nest pas Linfluence est la manière dauthentique liberté de penser.pas prendre en compte cette omission et de se référer aux Cest là que lon voit bien lécueil de convaincre et deschémas quils développent benoîtement sur les stratégiesdinfluence. Cest une erreur grossière de certains de nos du "tout technologique" combiné conditionner les espritsuniversitaires que de ne vouloir se référer quà ce qui est à un déficit de pensée. dans le cadre duneécrit. Par omission ou omerta, une grande partie de la Si lon na pas formé ces élites idéologie profane, voireréalité nest pas écrite. à lesprit critique, elles seront dune théologie profane.Doù la grande difficulté de travailler sur linfluence. Il y a dautant plus faciles à tromper,nécessairement des stratégies cachées qui ne sont jamais à convaincre et à conditionner.retranscrites et qui peuvent avoir des effets très importants. La question-clé de linfluence aujourdhui est donc pourDonc, si lon se borne à étudier linfluence simplement par nous bel et bien sur le plan éducatif lacquisition dunele biais académique, en se fondant sur les seuls écrits, on culture générale et la formation à lesprit critique. Surnétudie quune partie de linfluence, et pas forcément la le plan universitaire, cest laccès à une connaissanceplus importante… Doù également la nécessité quil y a à multiculturelle qui ne soit pas standardisée. Au niveause pencher sur le sujet, en ayant une grille de lecture mul- professionnel, dans le monde de lentreprise en particulier,ticulturelle. Il faut nous livrer à une analyse comparée des il y a urgence à activer au bon niveau ce managementcultures de linfluence. On observe des cas de figure diffé- interculturel, qui reste malheureusement encore unerents selon les pays. Le poids historique pour lAllemagne anecdote dans la gestion des ressources humaines, constatet le Japon - deux pays qui étaient très influents avant la dautant plus paradoxal quand on connaît le taux déchec àseconde guerre mondiale - a fait quils ont été longtemps lexpatriation.privés de cet outil. A linverse, le Brésil a vu sa stratégie din- Du côté de lappareil dEtat, la question de linfluence sefluence prendre de lampleur avec une réelle cohérence sur révèle encore pire. Car pour quil puisse y avoir influence,la scène internationale. encore faudrait-il quil y ait au préalable définition duneOr, ces nouveaux modes dinfluence nont plus grand- stratégie de puissance, couplée à une pérennité de cettechose à voir avec la vieille grille de lecture anglo-saxonne même stratégie de puissance, et ce indépendammentsur le soft-power telle que développée par Joseph Nye. des échéances électorales. On na toujours pas défini deNous nous trouvons aujourdhui confrontés à différents stratégie de puissance, ni de priorités en termes dinfluence.
  4. 4. Communication & Influence N°32 - Avril 2012 - page 4 ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN HARBULOT Or relevons que ce nest pas le rôle des entreprises décrire On en est à peine au niveau du tactique, par exemple ce que doit être une stratégie de puissance. A lEtat dans le cadre bien circonscrit de certaines opérations dassumer son rôle et ses responsabilités ! Par exemple, lEtat extérieures. On voit ici et là des opérations dinformation ne devrait-il pas établir de toute urgence une stratégie de au niveau politique ou au niveau de lentreprise, mais rien puissance en matière dexploitation des ressources marines de vraiment pensé et structuré. Là réside une réelle carence et sous-marines, alors que nous de lEtat français. Or des solutions nous sont données parLinfluence cest la sommes le deuxième pays au monde lhistoire. Elles sont dailleurs toujours venues du bas pour en matière de zone économique monter vers le haut.grande stratégie exclusive ! Si cette démarche ne se fait Prenons le cas de deux créations de structures face à desdaujourdhui et de pas, alors il ne faudra pas se plaindre besoins vitaux. Roger Wybot crée la DST contre lavis dudemain. Mais encore que cet immense domaine riche et syndicat des commissaires à la sortie de la seconde guerrefaut-il que lon sache porteur davenir soit ouvert à tous mondiale. De même, le service action du SDECE nest pas les vents et donc susceptible dêtre créé par le chef détat-major des armées de lépoque, maisdéfinir concrètement lobjet de toutes sortes de manœuvres par des officiers qui sont passés par lexpérience britanniqueune stratégie en et prédations. durant la seconde mondiale et qui ont su la transplanter enfonction de nos Linfluence, ce nest pas une anecdote, France, avant que ce ne soit acté par la haute hiérarchieintérêts supérieurs. une nouvelle fiction qui succède à les- militaire. Ces deux initiatives nont pas été pensées par pionnage. Linfluence cest la grande des hommes politiques, ni des préfets ou des généraux ou stratégie daujourdhui et de demain. encore toute autre élite sortie des grandes écoles, mais par Mais encore faut-il que lon sache dé- des praticiens parce quil y avait une nécessité absolue de finir concrètement une stratégie en fonction de nos intérêts répondre au problème. supérieurs. Cest seulement après avoir accompli cet effort Pour conclure, quelle est la place de linfluence au sein de la que nous pourrons définir une stratégie dinfluence. sphère du soft-power ? Pour engager une stratégie dinfluence, il faut donc avoir Le soft-power est la manière danalyser toutes les démarches une perception rigoureuse du réel, non déformée par les initiées par un pouvoir quel quil soit, afin dêtre en position prismes idéologiques ? de domination informationnelle. Par exemple, si lon écrit Absolument. Par exemple, la perception exacte du réel ne quelque chose avant tout le monde à propos dun sujet peut venir de la seule diplomatie. Elle doit venir de lana- donné, sur lequel jusqualors rien na été écrit, on crée de la lyse globale des rapports de force. Elle ne peut pas venir de connaissance. Le fait de générer un écrit sur un terrain vierge pré-requis à consonance moralisante, du genre "je ne peux crée de facto une position de domination informationnelle, pas faire ça parce que cest mal", qui nous obligent à rester tant que napparaît pas une contre-source. cantonnés dans un cadre de pensée. Semblable attitude est Le soft-power, cest par exemple la capacité doccuper le suicidaire. Il est dailleurs symptomatique que linfluence terrain avant lautre. On nest pas là dans linfluence stricto nait toujours pas été intégrée au programme des partis sensu, on évolue simplement dans la production de savoir. politiques ! On na pas vu, au cours de la récente campagne Ainsi, en mettant leurs cours en ligne sur le net avant les présidentielle, de groupe travailler à autres, les universités américaines ont forgé des référencesLinfluence présuppose bon niveau sur cette question. Ce qui et donc se sont placées en position de domination est pour le moins stupéfiant vu lenjeu informationnelle.une décision qui est le devenir de la France. Linfluence, elle, présuppose une décision stratégique,stratégique, une De même, on ne peut pas réfléchir une posture stratégique, qui dépasse le simple cap de laposture stratégique, à la notion dinfluence sans parler production de connaissance. Parce que lon a identifié unqui dépasse le simple de son bras armée, qui est la guerre rapport de force, des jeux dinfluence adverses, et que lon de linformation. Car le bras armécap de la production de linfluence, cest frapper ceux qui va déployer une stratégie danticipation pour influencer ou contre-influencer.de connaissance. détruisent notre image, ceux qui Si lon se penche sur les systèmes dinfluence de la guerreParce que lon a nous affaiblissent par linformation, froide, on voit bien quil y a eu des stratégies dinfluence par des rumeurs, par des logiquesidentifié un rapport dabord initiées par les Soviétiques. Le monde occidental informationnelles subtiles à travers lesde force, des jeux médias… La guerre de linformation les ayant identifiées a ensuite réagi, avec un temps de retard, ce qui lui a été préjudiciable. LURSS avait bien ladinfluence adverses, aujourdhui ne peut être menée que volonté, via ses stratégies dinfluence, daffaiblir le mondeet que lon va de manière offensive. Les principales occidental, de le pénétrer pour diffuser ses idées dans une défaites du monde occidental audéployer une stratégie cours de la seconde partie du XXème logique totalement subversive. Il est édifiant de constaterdanticipation siècle ont été des défaites de guerre que très habilement, la jeune URSS a su compenser sa faiblesse par ses stratégies dinfluence en sappuyant surpour influencer ou de linformation, la plus spectaculaire des idées, sur la IIIème internationale, sur des milliers decontre-influencer. dentre elles étant bien évidemment cadres dévoués et formés qui ont pénétré et converti les la guerre du Vietnam. intelligentsias locales à louest. Mais, aujourdhui, en 2012, Prôner une attitude résolument a-t-on seulement vraiment mesuré ce qui sest réellement offensive en matière de guerre de linformation est peut- passé ? Nos élites politiques, administratives, militaires ou être "incorrect" mais cest une nécessité vitale. Aujourdhui, industrielles ont-elles vraiment pris conscience de ce quont quelle est la structure dEtat française qui ait le savoir-faire été ces stratégies dinfluence et de contre-influence ? Je et les capacités opérationnelles pour mener des opérations nen suis pas certain… n de guerre de linformation mandatées par le politique ?...
  5. 5. Communication & InfluenceN°32 - Avril 2012 - page 5 ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN HARBULOT EXTRAITS Pourquoi lintelligence économique Dans sa préface au Manuel dintelligence économique paru en avril aux PUF, collection Major, Christian Harbulot retrace la genèse de lintel- ligence économique dans notre pays et montre de quelle façon, progressivement, elle sest imposée comme la méthode à même de répondre aux nouveaux défis de la mondialisation. "L’intelligence économique a été officialisée lors de la parution du rapport Martre en 1994 au Commissariat général du Plan. Elle ré- pondait à un besoin diffus et mal exprimé de professionnaliser l’usage de l’information au sein des entreprises et des administrations impliquées dans la vie économique du pays. La création de ce concept mettait fin à une très longue période d’empirisme durant laquelle l’information fut surtout utilisée de manière pragmatique et sans que sa place ait été clairement définie dans le triple défi de l’innovation technologique, de la compétition économique et de la mondialisation des échanges. L’intelligence économique prend ses racines au début des révolutions industrielles. A cette époque les dirigeants des manufactures cherchent un moyen de protéger leurs inventions. C’est la raison pour laquelle la France se dote d’une législation sur la propriété des brevets au début de la Révolution française (1791). Un siècle plus tard, le marché privé de l’information prend forme avec l’apparition d’officines qui aident les commer- çants puis les entreprises à recouvrer leurs créances. Cette activité se professionnalise par la suite sous l’appellation de renseignement commercial." "La prise de conscience de l’utilité de l’information dans le fonctionnement de l’économie de marché a été très lente dans la mesure où les enjeux prioritaires ont été largement dominés par les fonctions structurantes de l’activité économique : l’innovation, la production et le commerce. Cette polarisation sur les fonctions créatives de l’économie a confiné l’information dans un rôle fonctionnel. Sa valeur stratégique n’est reconnue que sous forme d’un renseignement sur un secret technique, commercial ou financier. Dans la seconde moitié du XXe siècle, l’information prend une importance déterminante dans le développement des activités économiques à cause de l’essor de l’informatique, du travail en réseau et du traitement technologique des données. La fonction de veille vient compléter le travail des services de documentation mais ne légitime pas pour autant la portée stratégique de l’information. En 1992, les auteurs du rapport Martre inventent le concept d’intelligence économique pour donner aux entreprises une vision globale des différents usages de l’information. En 1997, les fondateurs de l’Ecole de Guerre Economique font évoluer l’intelligence économique en matrice de ré- flexion et d’action articulée autour de trois principes directeurs : la recherche de puissance, l’analyse des affrontements économiques et la transversalité de l’information." La recherche de puissance "L’intelligence économique a une vocation interdisciplinaire qui ne se limite pas à l’économie ou aux sciences de gestion. Elle fait appel à l’Histoire et la géographie pour l’analyse des contextes géoéconomiques, et à la sociologie et la psychologie sociale pour cerner les réalités humaines dans la conduite des organisations et la mutation des sociétés civiles. Contrairement aux textes anglo-saxons sur le Competitive Intelligence et le Business Intelligence qui traitent essentiellement des rapports de force concurrentiels, l’approche française de l’intelligence économique a permis d’élargir progressivement le champ d’analyse à toutes les formes d’affrontement éco- nomique. La première étape de réflexion (années 1990) a porté sur l’analyse des conflits économiques résultant des problématiques de puissance et sur les différentes formes de menaces concurrentielles. La seconde étape de réflexion (années 2000) a pris en compte la question des territoires et des sociétés civiles." Elargir la vision stratégique au-delà du cœur de métier "Dans le passé, l’historien français Fernand Braudel a établi une distinction fondamentale entre la dynamique de marché et le déve- loppement d’un territoire. Si le marché facilite l’innovation, il engendre des affrontements centrés sur le processus d’enrichissement de l’individu. Le développement d’un territoire sert l’intérêt général mais crée aussi des conflits en cas de divergences entre des groupes d’intérêt ou des collectivités. En focalisant ses travaux autour de la notion d’accroissement de puissance, l’école de guerre économique a mis en relief les interactions entre puissances, marchés et territoires. A titre d’exemple, la dépendance par rapport à l’énergie et aux matières premières s’étudie sous l’angle de la puissance (capacité d’importations sans être sous la domination d’une puissance étrangère), du marché (capacité de résister aux manœuvres spéculatives) et du territoire (capacité de trouver des alterna- tives comme le gaz de schiste). L’intelligence économique a pour vocation de dépasser les approches trop centrées sur le cœur de métier ou restreintes au monde de l’entreprise car trop d’erreurs d’interprétation ont été commises à cause d’une approche partielle des problématiques économiques."
  6. 6. Communication & Influence N°32 - Avril 2012 - page 6 ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN HARBULOT BIOGRAPHIEChristian Harbulot a un parcours atypique. Dans les années 1970, il est régulier à lIHEDN (Institut des hautes études de défense nationale), àtrès engagé dans une démarche politique d’extrême gauche et tire de lESSEC, à lEcole des Mines de Paris. Associé par Alain Juillet au groupeson expérience maoïste un savoir-faire qui lui sera très utile pour enta- de travail "Référentiel de lintelligence économique" (2004-2005) et àmer une seconde vie.Dès le milieu des années 80, il se passionne pour celui sur la "manipulation de linformation" dans le cadre du SGDN (Se-un thème encore quasiment tabou, celui de la guerre économique. Il crétariat général de la Défense nationale), il intègre en 2010 le conseilpublie une étude Techniques offensives et guerre scientifique du CSFRS (Conseil supérieur de laéconomique (1990) qui retient l’attention du Pre- formation et de la recherche scientifique).mier Ministre Edith Cresson. Il conseille ensuite Christian Harbulot a été le coordinateur duHenri Martre entre 1992 et 1994 et est l’un des Manuel d’intelligence économique, PUF, coll.trois auteurs de son rapport sur l’intelligence Major, 2012. Il est aussi co-auteur avec Ericéconomique au Commissariat général au Plan. Delbecque de La guerre économique, PUF, coll.Durant les années 90, Christian Harbulot noue Que sais-je ? 2010, co-directeur de l’ouvrageun dialogue original avec d’anciens officiers gé- collectif Les chemins de la puissance, éditionsnéraux qui ont joué un rôle déterminant dans le Tatamis, 2007, lauteur de La main invisible desmonde du renseignement (général de Marolles puissances, nouvelle édition, Ellipses, 2007,ancien chef du service Action du SDECE, géné- co-auteur de La France a-t-elle une stratégie deral Mermet, ancien directeur de la DGSE). puissance économique ? Lavauzelle, 2004, co-Il crée l’Ecole de Guerre Economique à Paris auteur de La guerre cognitive, ouvrage collectif deen 1997 avec le général Pichot Duclos (ancien l’Ecole de guerre économique, Lavauzelle, 2002,Directeur de l’Ecole Interarmées du Renseigne- intervenant dans Le chiffre, le renseignement et lament et des Etudes Linguistiques). Il participe à guerre, L’Harmattan, 2002, co-auteur de La Francela création du cabinet de conseil en communi- doit dire non, Plon, 1999, co-auteur du rapportcation dinfluence Spin Partners dont il assure la direction depuis 1999. du Commissariat général du Plan, IntelligenceEn 2008, il est nommé lieutenant-colonel de réserve par le ministre de économique et stratégie des entreprises, La documentation française,la Défense, comme chargé de cours en intelligence économique au 1994, et enfin auteur de l’ouvrage La machine de guerre économique,profit de l’état-major de l’armée de terre. Economica, 1992. nDiplômé de Sciences Po Paris, titulaire dun DEA danalyse comparéedes systèmes politiques de Paris I, Christian Harbulot est conférencier Pour en savoir plus : www.ege.fr et www.spinpartners.frLinfluence, une nouvelle façon de penser la communication dans la guerre économique"Quest-ce quêtre influent sinon détenir la capacité à peser sur lévolution des situations ? Linfluence nest pas lillusion. Elle en est même lantithèse. Elleest une manifestation de la puissance. Elle plonge ses racines dans une certaine approche du réel, elle se vit à travers une manière dêtre-au-monde. Lecœur dune stratégie dinfluence digne de ce nom réside très clairement en une identité finement ciselée, puis nettement assumée. Une succession de"coups médiatiques", la gestion habile dun carnet dadresses, la mise en œuvre de vecteurs audacieux ne valent que sils sont sous-tendus par une lignestratégique claire, fruit de la réflexion engagée sur lidentité. Autant dire quune stratégie dinfluence implique un fort travail de clarification en amont desprocessus de décision, au niveau de la direction générale ou de la direction de la stratégie. Une telle démarche demande tout à la fois de la lucidité et ducourage. Car revendiquer une identité propre exige que lon accepte dêtre différent des autres, de choisir ses valeurs propres, darticuler ses idées selon unmode correspondant à une logique intime et authentique. Après des décennies de superficialité revient le temps du structuré et du profond. En temps decrise, on veut du solide. Et lon perçoit aujourdhui les prémices de ce retournement."Linfluence mérite dêtre pensée à limage dun arbre. Voir ses branches se tendre vers le ciel ne doit pas faire oublier le travail effectué par les racines dansles entrailles de la terre. Si elle veut être forte et cohérente, une stratégie dinfluence doit se déployer à partir dune réflexion sur lidentité de la structureconcernée, et être étayée par un discours haut de gamme. Linfluence ne peut utilement porter ses fruits que si elle est à même de se répercuter à traversdes messages structurés, logiques, harmonieux, prouvant la capacité de la direction à voir loin et sur le long terme. Top managers, communicants,stratèges civils et militaires, experts et universitaires doivent croiser leurs savoir-faire. Dans un monde en réseau, léchange des connaissances, la capacitéà sadapter aux nouvelles configurations et la volonté daffirmer son identité propre constituent des clés maîtresses du succès".Ce texte a été écrit lors du lancement de Communication & Influence en juillet 2008. Il nous sert désormais de référence pour donner de linfluenceune définition allant bien au-delà de ses aspects négatifs, auxquels elle se trouve trop souvent cantonnée. Le long entretien que nous a trèscourtoisement accordé Christian Harbulot va clairement dans le même sens. Quil soit ici remercié de sa contribution aux débats que propose,mois après mois, notre plate-forme de réflexion. Bruno Racouchot, Directeur de Comes Communication & Influence contacts N° ISNN 1760-4842 une publication du cabinet comes France (Paris) : +33 (0)1 47 09 36 99 Paris n Toronto n São Paulo North America (Toronto) : +00 (1) 416 845 21 09 Directrice de la publication : Sophie Vieillard South America (São Paulo) : + 00 (55) 11 8354 3139 Quand la réflexion accompagne l’action Illustrations : Eric Stalner www.comes-communication.com

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