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Points-clés
› Statut rémunéré des apprenants. Les apprenants ont un statut qui permet de bénéficier d’une rémunération tout en continuant à se former. Cette formule alliant travail et formation contre rémunération permet de toucher les couches les plus pauvres et souvent les chefs de ménages.
› La prise en compte du genre. Moteur de développement, les femmes ont un rôle important à jouer mais ne sont bien souvent pas mise en avant. Une attention particulière leur est portée en proposant une identification qui respecte la parité.
› Des formations pour mieux cohabiter. Les formations humaines (formations
de développement individuel et communautaire) ont pour but d’être moteur du changement de comportement des apprenants et de permettre une meilleure cohabitation sur les chantiers et en dehors.
› Une Ouverture professionnelle par la formation. Les formations professionnelles sont concrètes et basées sur la pratique. Aucune connaissance en écriture et lecture n’est préconisée. En peu de temps, les apprenants peuvent apprendre les bases d’une profession et peuvent bénéficier d’une attestation reconnue par le Ministère de l’enseignement.
› Des formations pour devenir acteur de changement. L’ensemble du cycle de formation permet à chaque apprenants de prendre la mesure de sa capacité à être acteur de changement tant par les formations humaines et le transfert des compétences au sein de leurs communautés que par les formations professionnelles et entrepreneuriales.
› Appuyer le développement d’activités génératrices de revenus. L’insertion professionnelle est stimulée en donnant la possibilité à chaque apprenant de développer une activité génératrice de revenus s’il le désire. Dans ce but, le Projet Pavage cherche à orienter les formations profess

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La formation en alternance pour une meilleure réinsertion socio-professionnelle

  1. 1. La formation en alternance pour une meilleure réinsertion socio-professionnelle Points-clés › Statut rémunéré des apprenants. Les apprenants ont un statut qui permet de bénéficier d’une rémunération tout en continuant à se former. Cette formule alliant travail et formation contre rémunération permet de toucher les couches les plus pauvres et souvent les chefs de ménages. › La prise en compte du genre. Moteur de développement, les femmes ont un rôle important à jouer mais ne sont bien souvent pas mise en avant. Une attention particulière leur est portée en proposant une identification qui respecte la parité. › Des formations pour mieux cohabiter. Les formations humaines (formations de développement individuel et communautaire) ont pour but d’être moteur du changement de comportement des apprenants et de permettre une meilleure cohabitation sur les chantiers et en dehors. › Une Ouverture professionnelle par la formation. Les formations profession- nelles sont concrètes et basées sur la pratique. Aucune connaissance en écriture et lecture n’est préconisée. En peu de temps, les apprenants peuvent apprendre les bases d’une profession et peuvent bénéficier d’une attestation reconnue par le Ministère de l’enseignement. › Des formations pour devenir acteur de changement. L’ensemble du cycle de formation permet à chaque apprenants de prendre la mesure de sa capacité à être acteur de changement tant par les formations humaines et le transfert des compétences au sein de leurs communautés que par les formations profession- nelles et entrepreneuriales. › Appuyer le développement d’activités génératrices de revenus. L’insertion professionnelle est stimulée en donnant la possibilité à chaque apprenant de dé- velopper une activité génératrice de revenus s’il le désire. Dans ce but, le Projet Pavage cherche à orienter les formations professionnelles sur des créneaux inno- vants afin de faciliter l’insertion économique. © CTB / Rosalie Colfs Le Projet Pavage en bref Le projet « Développement écono- mique et social via les chantiers de pavage » ou Projet Pavage (2009- 2015) est géré par l'Agence belge de développement (CTB) et le gouverne- ment burundais. Ce projet consiste en la construction de 36 kilomètres de routes pavées dans le cadre de chantiers-écoles situés dans les com- munes de Kinama, Kamenge et Cibi- toke, au nord de la ville de Bujumbura. Ces chantiers appliquent la méthode à haute intensité de main d’œuvre (HIMO). A terme, le Projet Pavage per- mettra de fournir des emplois à envi- ron 4 500 personnes résidant dans ces communes, pour une période de maximum neuf mois. Environ 13 % des ménages habitant dans la zone d’inter- vention seront touchés par le projet. Au-delà de la rénovation des infras- tructures, le Projet Pavage a pour but de contribuer au développement et à la redynamisation économique et sociale de ces communes, qui ont été gravement atteintes par la guerre de 1993-2004. Durant le cycle d’ap- prentissage, les apprenants suivent un apprentissage du pavage sur les chantiers-écoles (pose de pavé, ma- çonnerie, bétonnage…) et bénéficient d’autres formations humaines, profes- sionnelles et entrepreneuriales. Ils finalisent leur cycle d’apprentissage par une formation en éveil entrepre- neurial et reçoivent une bourse d’ins- tallation. Cette bourse leur permet de lancer leur propre activité génératrice de revenus. Pour ceux qui le désirent, un accompagnement personnalisé est proposé au lancement des activités génératrices de revenus. En parallèle à ces chantiers-écoles de pavage, les tailleurs de pavés qui tra- vaillent dans les carrières avoisinant la ville de Bujumbura, bénéficient d’un soutien technique et organisationnel. Constituant un point d’attention du Projet Pavage, un appui à la bonne gestion environnementale des car- rières est aussi fourni aux tailleurs de pavés.
  2. 2. 2 Professionnalisation de la filière des pavés au Burundi Des travailleurs ? Non, des apprenants ! Les chantiers de pavage ont lieu dans des communes de Bujumbura où le taux de chômage est extrêmement élevé et où les opportunités éducatives et professionnelles sont limi- tées. Partant de ce constat, le Projet Pavage vise à aller plus loin qu’un chantier à Haute Intensité de Main-d’œuvre (HIMO) classique en proposant aux apprenants toute une série de formations qui stimuleront le développement économique et social de la zone d’intervention. En effet, ces apprenants ne sont ni des salariés ni des travailleurs. Pour autant, les appre- nants sont rémunérés pour leurs présences tout au long du cycle d’apprentissage. Il y a une formation pratique, qui se fait sur les chantiers- écoles de pavage. Là, les apprenants se forment aux tech- niques du pavage, allant du compactage au déblayage/net- toyage. Mais ils apprennent aussi à respecter la discipline de travail, les horaires, les rendements et les normes de qualité. Pour des populations qui sont depuis longtemps au chômage et dont l’activité est intermittente, cette éducation au travail représente un grand pas en avant. En alternance avec le travail sur les chantiers-écoles, les apprenants ont des formations tout au long de leur cycle d’apprentissage. Ils suivent tout d’abord des formations humaines, qui ont pour but de les aider à se développer en tant qu’individus et au sein de leur communauté. Ces formations débutent avant l’insertion sur les chantiers et se prolongent durant les 3 premiers mois. Ils suivent ensuite des formations professionnelles leur donnant des compé- tences de base dans un métier précis. Pour compléter cela, ils bénéficient de formations « en éveil entrepreneurial » avant l’insertion sur les chantiers et de formations entrepre- neuriales une fois le chantier-école terminée. Elles visent à susciter et améliorer le taux d’auto-entrepreneurs chez les ex-apprenants. Des apprenants ? Non, des apprenantes ! Sur ces chantiers HIMO à vocation sociale, les effectifs y sont constitués à 51 % de femmes en 2014. Lors de l’identification, le tirage au sort respecte une parité 50-50 garantissant un équi- libre dans la réserve. Cependant, dans les personnes appelées à intégrer le chantier-école, les femmes sont plus nombreuses à se présenter que les hommes. Une attention particulière est portée à cette égalité des genres. Les femmes ont un rôle primordial à jouer dans le dévelop- pement économique et social. En passant par les chantiers- écoles, cette formule permet de les aider à prendre en main leur vie et à endosser des responsabilités plus importantes au sein de leur foyer, étant donné qu’elles contribuent dorénavant plus aux revenus du ménage. C’est un outil puissant d’autonomisa- tion et d'égalité des genres. En effet, le statut socio-économique de la femme burundaise et notamment les tâches ménagères qui lui incombent, constitue un frein important à la poursuite d’études secondaires ou de programmes d’alphabétisation1 . Le recensement général de la population de 2008 indique que trois femmes sur cinq sont illet- trées2 . De plus, seulement 9 % des filles terminent le deuxième cycle du secondaire, contre 17,1 % de garçons3 . Grâce au cycle d’apprentissage mis en place par le projet, les femmes peuvent désormais suivre des formations profession- nelles en alternance avec l’apprentissage sur les chantiers- écoles. Si elles le désirent, elles peuvent suivre une formation gratuite en alphabétisation. Le fait d’avoir travaillé dans le Projet Pavage nous a beaucoup aidés. On y a acquis une éducation et une expérience exemplaire : la cohabitation avec les autres, le respect mutuel et la culture d’un travail bien fait hérités du projet font que nous sommes meilleurs que les autres travailleurs sur ce chantier de construction du nouveau marché de Bujumbura. Jonas Nduwimana ex-apprenant du chantier-école “ ” 1 | Politique nationale genre au Burundi 2011-202, Ministère de la Solidarité Nationale, des Droits de la Personne Humaine et du Genre, Bujumbura, septembre 2011, p. 9. 2 | Recensement Général de la Population et de l’Habitat, Burundi, 2008. 3 | Politique nationale genre au Burundi 2011-202, loc.cit. Avec l’argent que je gagnais au chantier-école, j’ai pu acheter mes propres pagnes avec mon propre argent. Avant c’était mon mari qui les achetait ; avec mon épargne j’ai pu aider mon mari à acheter des vêtements pour moi et pour les enfants. J’ai un peu aidé mon mari et puis pour une fois j’ai pu choisir mes pagnes moi-même ! Médiatrice ex-apprenante “ ”
  3. 3. Graphique 1 : Cycle d'apprentissage de l'apprenant 3 La formation en alternance : le pari de la réinsertion socioprofessionnelle Tout au long du cycle d’apprentissage, les apprenants sont formés sur les chantiers-écoles ou sont en formations. Dans les deux cas la participation compte comme une prestation qui est rémunérée par une bourse journalière d’apprentissage qu’ils touchent chaque quinzaine. Le choix de la rémunération par une bourse a été fait pour éviter de parler de salaire ou de per diem puisqu’il s’agit d’apprenants et non d’employés. Cette distinction a été faite pour éviter toute complication juri- dique que suppose le régime salarié. En rémunérant les formations, plusieurs avantages peuvent être constatés. C’est tout d’abord un moyen de lutter contre l’absentéisme dans les formations. Un apprenant verra sa bourse augmenter en fonction du nombre de jours de pré- sence. Cette bourse permet d’atteindre les objectifs de for- mations d’adultes ayant une charge de famille. De plus, le manque à gagner que suppose le suivi d’une formation n’est plus à craindre. Ensuite, c’est un bon moyen pour permettre aux apprenants de suivre des formations qu’ils n’auraient pas pu se financer. En effet, les formations techniques sont assez coûteuses en raison du matériel qu’elles nécessitent et bien souvent ils ne peuvent pas financer ce genre de formation. En utilisant la combinaison travail et formation, les formations proposées ne sont pas accaparées par des personnes autres que les membres du groupe-cible. Les apprenants sont en effet identifiés par tirage au sort, et comme il s’agit d’un travail non qualifié à bourse journalière peu élevée (montant défini suivant le niveau de vie, le secteur et tout en respectant les principes de rémunération minimale), les candidats sont généralement issus des couches les plus précarisées de la population. Enfin, en termes de réinsertion socioprofessionnelle, l’impact du Projet Pavage est multiplié par les formations proposées. Les apprenants peuvent en effet mettre à profit les connais- sances acquises sur le chantier-école et dans les centres de formation pour trouver ensuite un emploi. Ils reçoivent par ail- leurs une attestation de participation aux formations qui leur permet de prouver leurs compétences à un employeur poten- tiel. La formation professionnelle qu’elle soit sur chantier ou dans les centres de formation professionnelle est également reconnue par le Ministère burundais de l’Enseignement4 , ce qui est particulièrement intéressant pour les personnes sans éducation et/ou analphabètes. Le parcours de formation Le programme complet se déroule sur une période de maxi- mum neuf mois. Tout commence par la journée d’identifica- tion, dont le but est de constituer une réserve de recrutement dans laquelle l’équipe technique pourra puiser selon les be- soins du chantier. Toute personne intéressée peut se présen- ter le jour de l’identification, quelle que soit sa nationalité, son sexe, son appartenance politique et son ethnie. 4 | Le Ministère de l’Enseignement de Base et Secondaire, de l’Enseignement des Métiers, de la Formation Professionnelle et de l’Alphabétisation. © CTB / Rosalie Colfs
  4. 4. 4 L’identification se fait par tirage au sort, sous réserve de rem- plir les conditions pour participer : à savoir d’avoir entre 18 et 45 ans, d’être résident d'une des trois communes cibles, d’être en bonne condition physique et d’être en possession de papiers d’identité en règle. Les formations pré-chantier Après avoir été identifiés, les apprenants sont sélectionnés selon les besoins du chantier et ils démarrent leur cycle d’ap- prentissage. Les nouveaux apprenants sont conviés à une semaine de formation avant de commencer la formation sur le chantier. Lors de cette semaine, ils suivent deux formations spécifiques : la formation en gestion de conflits et la formation « éveil entrepreneurial ». Par ailleurs, on les informe sur le Pro- jet Pavage (cogéré entre le Ministère burundais de l’Intérieur et la CTB) en général, et plus particulièrement sur l’organisation du chantier-école : les différentes catégories d’apprenants, les bourses, les droits et les devoirs de chacun. Les différentes organisations partenaires présentent également leurs activités. Enfin, les apprenants bénéficient d’une introduction sur l’utili- sation des comptes bancaires au sein d’un institut de micro- finance et les principes de l’épargne puisque le Projet Pavage ouvre à chaque nouvel apprenant un compte bancaire. Les apprenants visitent les chantiers auxquels ils seront affectés. Ils reçoivent la vareuse et le badge qui servent à les identifier en tant qu’apprenants et qu’ils ont l’obligation de porter lorsqu’ils se trouvent sur le chantier-école. La formation en résolution pacifique des conflits La formation en résolution pacifique des conflits a été sélec- tionnée en raison du contexte post-conflit du pays. La crise socio-politique vécue par le Burundi a en effet été particuliè- rement ressentie dans les communes d’intervention où le tissu social a besoin d’être restauré. Cette formation a pour but de préparer les apprenants à gérer la mixité sociale sur le chantier et à prévenir les conflits. Les apprenants sont familiarisés avec les techniques de base de la communication non violente et apprennent à désamorcer des conflits au travers de cas pratiques. Au départ, cette for- mation avait lieu le quatrième mois de l’incorporation, mais maintenant la formation se fait avant le début des apprentis- sages sur chantiers. Ce changement a eu des répercussions positives sur les relations entre les apprenants. En effet, peu de conflits sont à souligner en sein de cette population hété- roclite. © CTB / Rosalie Colfs La formation « éveil entrepreneurial » Cette formation a pour but de faire réaliser aux apprenants qu’ils sont responsables de leur propre développement, qu’ils ont un rôle à jouer dans la société et peuvent entreprendre de petits projets pour améliorer leur situation. Dispensée par une organisation partenaire spécialisée en activité génératrices de revenus, les apprenants y apprennent les principes du déve- loppement intégral, reçoivent des conseils pour l’épargne et l’utilisation de leur bourse d’installation. Cette bourse est différente de la bourse journalière d’apprentissage. Elle est perçue à la fin du cycle d’apprentissage et calculée selon le nombre de jour de formation et d’apprentissage sur les chan- tiers-écoles. On leur suggère aussi la possibilité de se regrou- per à des fins d’épargne et d’entraide (notamment grâce aux tontines et caisses sociales) et pour la réalisation de petits projets. Professionnalisation de la filière des pavés au Burundi Le module sur la gestion de conflits m’a beaucoup intéressé. Avant, quand je voyais deux personnes se disputer dans la rue, je passais sans m’arrêter, c’était quelque chose d’ordinaire auquel je ne prêtais pas attention. Maintenant quand je vois une dispute, je m’arrête pour essayer de résoudre le problème. Janine ex-apprenante du chantier-école “ ”
  5. 5. 5 5 | Chiffres ONUSIDA 2011 : http://www.unaids.org/fr/regionscountries/countries/burundi/. La formation en civisme m’a ouvert les yeux ; je suis allé faire légaliser mon mariage à la commune et j’ai inscrit mes enfants à l’état civil. Venant ex-apprenant du chantier-école “ ” © CTB Les formations humaines Les formations humaines ont pour but d’aider les apprenants à s’intégrer pleinement dans la société, à veiller à leur bien-être personnel et familial mais aussi au bien-être de l’ensemble de leur communauté. Avant tout, l’objectif est d’améliorer la cohabitation sur les chantiers et en-dehors. Les apprenants participent activement à ces formations où le partage d’ex- périences vécues est encouragé, au travers d’échanges de témoignages ou de jeux de rôles. Il s’agit aussi pour les appre- nants, une fois formés, de transmettre leurs connaissances à leur famille et dans leur quartier, où ils serviront d’ambassa- deurs d’un meilleur comportement. Chaque formation com- porte trois séances de trois heures, pour lesquelles les appre- nants sont rémunérés. Les séances de formation humaine ont lieu tous les samedis, pendant neuf semaines. La formation en éducation civique La formation en éducation civique a été conçue pour tenter de répondre à un problème récurrent : le nombre insuffisant de citoyens qui procèdent aux formalités administratives de base. Durant la guerre de 1993-2004, l’appareil d’État était profondément déstabilisé et peu efficace. Les citoyens ont donc perdu l’habitude de se rendre dans les administrations communales. Il est donc nécessaire d’informer les appre- nants de leurs droits et de leurs devoirs de citoyens pour les encourager à recréer un lien avec les entités administratives de base. Certaines formalités administratives de base (telles que l’inscription à l’état civil) sont expliquées en détail et les apprenants sont encouragés à les remplir pour prendre plei- nement leur place dans la société. Durant la formation, il est aussi question du respect des droits de l’homme en général et des droits de l’enfant et de la femme en particulier. Ces questions sont abordées dans la partie consacrée au Code de la famille. La formation en VIH/sida et planning familial Dans un pays comme le Burundi, où le taux de prévalence du Sida chez les adultes de 15 à 49 ans est de 1,3 %5 , la forma- tion en VIH/Sida et planning familial semble pertinente. Les populations urbaines de Bujumbura sont particulièrement tou- chées étant donné la promiscuité dans laquelle elles vivent. Les bénéficiaires du Projet Pavage sont principalement des jeunes, vivant dans des quartiers surpeuplés, et souvent peu informés des risques encourus. Ils sont donc particulièrement vulnérables au virus. Les informer sur les moyens de préven- tion semblait donc vital. Par le biais de témoignages vidéo et d’échanges entre les participants, les séances abordent les modes de prévention et de contamination par le VIH, mais aussi la prise en charge des personnes séropositives et les infections sexuellement transmissibles (IST). La dernière séance, consacrée au planning familial, sensibilise les appre- nants au concept des naissances planifiées et à l’utilisation des méthodes de contraception. La formation en hygiène et assainissement Les déchets jetés sur la voie publique atterrissent bien sou- vent dans les caniveaux, ce qui les bouche et peut provo- quer des inondations en cas de fortes pluies, sans parler des dégâts causés aux caniveaux et à la route pavée. La formation en hygiène et assainissement a été ajoutée au pro- jet afin de sensibiliser les apprenants de la nécessité d’entretenir les infrastructures qu’ils ont contribué à construire et de changer de comportement pour être moins sujet aux maladies hydriques. Une séance a lieu sur le terrain afin d’encourager l’entretien des caniveaux, de favoriser chez les bénéficiaires le sentiment d’appropriation des infrastructures, et de leur permettre de sen- sibiliser leur entourage. Les apprenants nettoient un caniveau ensemble et peuvent constater eux-mêmes les dégâts causés par les déchets, mais aussi leurs effets néfastes pour la santé. La formation sur le sida et le planning familial, je l’applique dans ma vie quotidienne. Je sais que si j’ai un comportement sexuel indigne et non protégé, je peux apporter le sida dans ma famille, et c’est un risque que je ne veux pas prendre. Jean-Claude ex-apprenant du chantier-école “ ”
  6. 6. 6 Professionnalisation de la filière des pavés au Burundi Une autre séance est consacrée à l’hygiène domestique et l’assainissement de leur environnement immédiat. Enfin lors de la dernière séance, les apprenants font la synthèse des enseignements tirés de la partie théorique et de la partie pra- tique. Ils sont encouragés à transmettre ce qu’ils ont appris à leurs voisins et amis. La formation en alphabétisation fonctionnelle Étant donné le peu d’instruction de certains apprenants du Projet Pavage, une formation en alphabétisation est égale- ment proposée. 10% des apprenants suivent cette formation facultative et non rémunérée. Elle sert aussi à les préparer à suivre ensuite les formations professionnelles, qui exigent un minimum de compétences en lecture et en écriture. La forma- tion en alphabétisation a lieu après les heures de travail, lors de 25 à 30 séances de deux heures chacune. Les formations professionnelles Au début du quatrième mois d’apprentissage a lieu la séance de choix des formations professionnelles. Une liste d’options est présentée et expliquée aux apprenants par une organi- sation partenaire en charge de la gestion sociale. Les appre- nants font alors trois choix, classés par ordre de préférence, et sont orientés en fonction de la disponibilité des places dans les centres de formation. Ils ne se voient donc pas forcement attribuer leur premier choix, ce qui cause parfois des frustra- tions et un manque de motivation pour la formation retenue. Ensuite, à partir du cinquième mois du cycle d’apprentissage, les apprenants partent en formation professionnelle dans un des centres d’enseignement technique qui travaillent en par- tenariat avec le Projet Pavage. Ils quittent les chantiers-écoles pour se consacrer uniquement à leur formation profession- nelle. Chaque jour de formation est rémunéré comme une journée travaillée sur le chantier. La formation professionnelle peut durer entre une et neuf semaines, suivant l’option choisie. Ces formations sont dispensées par des centres de formation professionnelle privés ou étatiques, et sont toutes reconnues par le Ministère de l’Enseignement de Base et Secondaire, de l’Enseignement des Métiers, de la Formation Professionnelle et de l’Alphabétisation. Les options de formation professionnelle proposées aux apprenants du Projet Pavage ont été élaborées en se basant sur les modules dispensés dans l’enseignement des métiers. J’ai suivi la formation bar/restaurant lors du chantier-école de pavage. C’est là que j’ai tout appris : comment cuisiner les légumes, comment faire la sauce provençale, comment accueillir les clients et aussi comment cuisiner dans une bonne hygiène. Grâce à la bourse d’installation du Projet Pavage, j’ai créé un petit restaurant tout près de la Gare du Nord de Bujumbura. Lors de la formation, j’ai appris à améliorer la qualité de ma cuisine, que les aliments aient bon goût par rapport à d’autres cantines. Je suis fière de la qualité que je suis parvenue à atteindre et ma clientèle est satisfaite elle aussi. Aline, 30 ans, ex-apprenante “ ” Les apprentissages sont cependant beaucoup plus centrés sur la pratique que sur la théorie, contrairement à ce qui se passe souvent dans l’enseignement professionnel. En outre la forma- tion a lieu en un temps relativement court pour répondre aux exigences du chantier-école. Le but est qu’à la fin du module, l’apprenant soit capable de produire un ou deux produits finis. L’utilisation efficace des nouvelles connaissances apprises durant les formations professionnelles ne va pas de soi. Mais même si l’apprenant a pu suivre la formation qui l’intéressait le plus, il ne la met pas forcément en pratique après le chantier- école. Par ailleurs, certains préfèrent apprendre un tout nou- veau métier au lieu de se spécialiser dans un domaine dans lequel ils disposent de quelques rudiments. Cela est dû à la pluriactivité qui prévaut dans le secteur informel au Burundi : plus on a de compétences différentes, plus on est susceptible de décrocher un petit contrat. Les formations liées aux activités de pavage Les apprenants ont la possibilité de suivre des formations liées au pavage. Ces formations sont en grande partie dispensées sur les chantiers-écoles, après une courte période de forma- tion théorique dans un centre de formation professionnelle. A partir du cinquième mois, il quitte les chantiers-écoles pour suivre des formations d’une semaine pour la pose des pa- vés et de 7 et 8 semaines pour les formations respectives en maçonnerie/bétonnage et en ferraillage/coffrage. Une fois leur formation terminée, ils regagnent les chantiers-écoles pour mettre en pratique ce qu’ils ont appris. © CTB / Rosalie Colfs
  7. 7. 7 Les formations non liées au pavage D’autres formations non liées au pavage sont également pro- posées aux apprenants. Dans ce cas, les apprenants sont envoyés dans les centres de formations à la fin de leur cycle d’apprentissage (autour du huitième et neuvième mois). Ces formations ont lieu exclusivement dans des centres de for- mation professionnelle. Certaines de ces formations profes- sionnelles sont très largement répandues au Burundi (couture, menuiserie, maçonnerie, etc.). Ces filières de métiers sont saturées et seuls les meilleurs artisans peuvent espérer vivre de leur activité. › Transformation alimentaire › Réparation d’appareils électroménagers › Bar/restaurant › Informatique et secrétariat › Couture › Broderie à la machine › Plomberie Les créneaux innovants Pour une meilleure insertion professionnelle, le Projet Pavage essaye de proposer des formations dans des créneaux d’acti- vité peu exploités et créateurs d’emplois. L’éventail des for- mations proposées aux apprenants évolue donc constam- ment pour correspondre aux réalités du marché. Dans ces formations innovantes, les apprenants sont peu nombreux mais le Projet Pavage souhaite de plus en plus se tourner vers ce type d’apprentissage à la carte qui répondrait aux envies des apprenants et surtout qui trouverait un marché porteur. › Réparation de vélos-motos › Culture de champignon › Élevage de poules › Energie électrique et photovoltaïque › Menuiserie : divan lit et chaises pliantes Insertion professionnelle et appui à la création d’activités génératrices de revenus À la fin des apprentissages, les participants reçoivent deux attestations : l’une signée par le Projet Pavage qui atteste leur participation au chantier-école de pavage, l’autre signée conjointement par le Projet Pavage et le Ministère de l’Ensei- gnement qui atteste leur participation à une formation profes- sionnelle. Les apprenants en sont souvent très fiers. Cela leur permet aussi de prouver leurs compétences à un employeur potentiel, ce qui n’est pas négligeable en termes de réinser- tion socioprofessionnelle. En plus de ces attestations, les apprenants reçoivent une bourse d’installation correspondant à un montant de 1 200 FBU par jour de travail réalisé. En moyenne, cela constitue une somme de 240 000 FBU (environ 120 Euros, chiffre de 2013). Cette bourse a pour but de leur donner l’opportunité de se lancer dans une activité génératrice de revenus. Les apprenants sont suivis par une organisation partenaire spé- cialisée dans l’orientation professionnelle tout au long de leur cycle d’apprentissage : de la formation « éveil entrepreneurial » pour les inciter à développer une activité génératrice de reve- nus, en passant par la séance de sélection d’une formation professionnelle pour les orienter vers une filière prometteuse correspondant à leurs aspirations et à leurs aptitudes, et jusqu’à la période d’après le chantier. Ce suivi régulier permet d’identifier les apprenants faisant preuve d’un potentiel entre- preneurial. L’organisation partenaire leur propose alors des conseils personnalisés en matière de gestion des comptes, d’épargne et de budget afin de les accompagner dans la créa- tion et gestion de leur activité génératrice de revenus. Après le chantier-école, les nouveaux entrepreneurs peuvent également suivre gratuitement une formation de trois jours en entrepreneuriat. Lors de ce module baptisé « créativité et inno- vation », ils réfléchissent ensemble aux qualités nécessaires à un bon entrepreneur, à leurs propres capacités, aux facteurs à prendre en compte avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, etc. l’organisation partenaire en charge de l’orientation profes- sionnelle organise également des modules de formation com- plémentaire en fonction des besoins des ex-apprenants. Ces formations portent sur le marketing, la comptabilité, la gestion des ressources humaines, la compréhension du marché, l’éla- boration d’un business plan, etc. Des approfondissements de connaissances dans des matières techniques peuvent égale- ment être organisés. Succès et défis de la réinsertion socioprofessionnelle Les formations dispensées permettent à certaines personnes qui n’avaient jamais eu l’occasion de se former à un métier, ou d’apprendre à lire et à écrire. L’accès d’un grand nombre des femmes à ces formations est indéniablement un avantage de taille au niveau de l’égalité des genres. L’approche participative retenue pour dispenser les formations humaines remporte un franc succès. Souvent les apprenants demandent à ce que leur conjoint puisse également y partici- per. Cette participation des conjoints aux formations humaines est un aspect à prendre en compte pour l’avenir. Il serait éga- lement opportun d’étendre les formations en éducation civique (et peut-être d’autres formations humaines) au personnel des administrations communales des zones d’intervention, qui jouent un rôle primordial dans le développement économique et social de la commune. Les formations humaines ont un réel impact sur le comportement des apprenants. En effet, la for- mation en résolution pacifique des conflits s’est révélée extrê- mement utile pour les apprenants et ex-apprenants, qui conti- nuent de l’appliquer dans leur vie quotidienne. En ce qui concerne les formations professionnelles, elles doivent permettre d’apporter dans un temps très courts, des compétences à des apprenants qui pour certains sont anal- phabètes ou qui n’ont jamais été à l’école. Étant donné la briè- veté de la formation, La difficulté est importante. Une attention toute particulière doit être accordée à la qualité du programme et des enseignants. L’approche doit être participative et pra- tique plutôt que théorique.
  8. 8. Rendre les formations plus accessibles et susceptibles de trouver plus facilement des débouchés tout en conservant le format court et participatif est le défi majeur concernant les formations professionnelles. En effet, certains des métiers proposés dans les formations correspondent à des secteurs où le débouché est difficile, mais qui continuent d’attirer des apprenants, comme la couture, la menuiserie et la maçonnerie. Pour tenter d’apporter une solution à ce problème, le Projet Pavage propose aussi des formations dans des créneaux d’activités innovantes, Encore faut-il que les apprenants s’y intéressent, et que les clients burundais soit assez réceptifs aux innovations pour les acheter. L’accompagnement personnalisé et l’appui à la création d’ac- tivités génératrices de revenus ont évidemment leurs limites. Tout le monde n’a pas une vocation d’entrepreneur. On ne peut donc pas s’attendre à ce que chaque ex-apprenant lance une activité génératrice de revenus. Les populations de ces trois communes sont extrêmement mobiles et l’accompagnement personnalisé après le cycle d’apprentissage se révèle com- pliqué. Les gens peuvent à tout moment déménager ailleurs si leurs revenus chutent ou s’ils trouvent un emploi dans une autre ville. Ainsi certains apprenants qui avaient manifesté leur intérêt pour le coaching de l’organisation partenaire spécia- lisée en activités génératrices de revenus au début du cycle d’apprentissage sont ensuite introuvables ou indisponibles. Du reste, le coaching ne sera pas disponible en permanence, et rien ne garantit que les activités créées continuent de pros- pérer une fois le Projet Pavage terminé. Certaines activités montées sont toujours à la limite de la faillite car elles ne dis- posent pas d’un capital important, de plus les marchés dans lesquels elles s’insèrent sont parfois saturés et leurs proprié- taires ont rarement les capacités requises en gestion. C’est pour cela que le Projet Pavage oriente de plus en plus ses formations professionnelles vers des niches innovantes. Les impacts économiques et sociaux produits par le Projet Pavage sont importants et se justifient par le contexte parti- culier de la zone d’intervention et du pays. En allant plus loin que le simple HIMO, les effets ne se limitent pas à la durée des travaux. En effet, la méthode HIMO à vocation sociale propose des formations humaines et professionnelles aux apprenants travaillants sur les chantiers. Ces formations cou- plées aux bourses journalières d’apprentissage et d’installa- tion permettent de soutenir le développement économique des ex-apprenants qui disposent de nouvelles compétences et de nouvelles opportunités d’insertion. La CTB, l’agence belge de développement, appuie et encadre des programmes de développement pour le compte de l’État belge et d’autres donneurs d'ordre. Ont participé et contribué à cette publication Chanoine Olivier, Dubois Pierre-Yves, Habonimana Yvonne, Hocq Stéphanie, Mateso Faustin, Nibashikire Cariton, Niyonizigiye Bonaventure, Nkurunziza Fabrice. Ont apporté un appui technique et de relecture Baltissen Gérard (KIT), Rerolle Antoine. Cette note est publiée sous Licence Creative Commons « by/nc/nd »

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