Contribution d’AlstomTransport
au futur ferroviaire
AT
©2009
04
ÉTATS-UNIS :
LE TRAIN À LA
RECONQUÊTE
DE L’OUEST
invité
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Claudie Haigneré
Médecin, spationaute.
Biographie
Claudie Haigneré est née en 1957
Médecin rhumatologue,
spécialiste en mé...
à l’assemblage de la fusée. Une petite
cinquantaine de personnes. L’ambiance
est concentrée, presque recueillie.
Le train ...
dont nous n’utiliserions, selon certains
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Alstom Transport n°4

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Un magazine qui affiche clairement son intention : contribuer au futur ferroviaire. Destiné aux leaders d'opinion (clients, politiques, journalistes, experts...), il montre le train sous toutes ses formes : moyen de transport bien sûr, mais aussi vecteur de rêve, lien entre les peuples, concentré de technologies et de rêves...
Agence In Fine (Paris)

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Alstom Transport n°4

  1. 1. Contribution d’AlstomTransport au futur ferroviaire AT ©2009 04 ÉTATS-UNIS : LE TRAIN À LA RECONQUÊTE DE L’OUEST
  2. 2. invité 72
  3. 3. Claudie Haigneré Médecin, spationaute. Biographie Claudie Haigneré est née en 1957 Médecin rhumatologue, spécialiste en médecine aéronautique Docteur ès-sciences, option neurosciences Spationaute du CNES (Agence française de l’espace) de 1985 à 1999, puis de l’ESA (Agence spatiale européenne) de 1999 à 2001. 1992 : doublure de Jean-Pierre Haigneré pour le vol spatial franco- russe Altaïr de juillet 1993. Durant toute la mission, elle assure le suivi des expériences biomédicales depuis le centre de contrôle de Kaliningrad, près de Moscou 1993 : assure la coordination du programme scientifique de la mission franco-russe Cassiopée en 1996, ainsi que celle des expériences françaises de la mission EUROMIR 94. Elle est désignée titulaire du vol Cassiopée et rejoint, à ce titre, la Cité des Étoiles à Moscou pour y suivre un entraînement complet 1996 : effectue un vol de 16 jours à bord de la station orbitale russe MIR dans le cadre de la mission franco-russe Cassiopée. Elle y mène de nombreuses expériences médico-physiologiques, techniques et biologiques, successivement expérimentateur et sujet d’expériences Le lieu est aussi stratégique que le décor est dépouillé : le désert des steppes s’étend à perte de vue. Couleurs grises, beiges et brunes, ambiance sèche. Au loin, des chameaux et des dromadaires. Nous sommes en août 1996, date de mon premier voyage dans l’espace. Un vol de 16 jours à bord de la station orbitale MIR. Nous sommes en 2001, lors de ma deuxième expédition pour une semaine d’expérimentations à bord de la station spatiale internationale. Nous pourrions aussi être en 1961, lors du premier envoi d’un homme dans l’espace. Quelles que soient les époques, ce train ne change pas. Il demeure intemporel et sa mission, intangible : transporter la fusée, couchée à l’horizontale, jusqu’au lieu où elle sera érigée, avant d’être propulsée dans l’espace. Les cosmonautes marchent à côté du train. Avec nous, quelques militaires et tous les techniciens qui ont participé Il est vieux, gris, rouillé, d’allure modeste, loin du train du futur qui nous fait tous rêver. Et pourtant c’est un train vaillant, porteur de symboles, de technologies et de promesses. Ce train, c’est celui qui emmenait – et emmène toujours – les fusées russes de leur point d’assemblage jusqu’au pas de tir. Nous sommes au cosmodrome de Baïkonour, au sud du Kazakhstan. Si l’ancienne province russe a gagné son indépendance en 1991, le site, intimement lié à l’histoire spatiale soviétique, reste administré par Moscou jusqu’en 2050. Cette base spatiale, légitime fierté des Russes, la plus ancienne au monde, est située à 2100 km de Moscou, à 160 km à l’est de la mer d’Aral et… à 370 km de la ville de Baïkonour, anciennement nommée Leninsk. L’isolement du cosmodrome permet la retombée des étages en vol et évite les regards indiscrets. AU TRAIN OÙ VA L’ESPACE... Quand on me parle de transports ferroviaires, j’ai une pensée émue pour un train particulier qui m’a beaucoup marquée. 73
  4. 4. à l’assemblage de la fusée. Une petite cinquantaine de personnes. L’ambiance est concentrée, presque recueillie. Le train avance lentement. Sur les rails, chaque cosmonaute(1) jette une pièce qui se fera écraser et marquer par les roues du train, avant de la reprendre pour la conserver précieusement. C’est un des multiples rituels auxquels se plient ceux qui s’envolent à bord d’un vaisseau russe. Les trois participants au vol ont signé leur nom tour à tour sur la porte du “Prophylactorium” (chambres prophylactiques destinées à protéger les cosmonautes des maladies). La veille, nous avons visité les maisonnettes où Serguey Korolev, le constructeur en chef, et Youri Gagarine ont passé la nuit avant le premier vol de l’homme dans l’espace. Nous avons regardé Le soleil blanc du désert, un “western” soviétique que Gagarine et tous les cosmonautes qui lui ont succédé visionnent avant chaque grand départ. Sur l’avenue des cosmonautes, qui surplombe la vallée de la Sir Darya, nous avons aussi planté un arbre, symbole de vie dans cette terre semi-désertique du Kazakhstan. Ancrés dans la tradition russe, ces rituels placent l’homme au cœur de l’aventure. Le train continue d’avancer sous un soleil écrasant. Ce sont des moments magiques, derniers instants sur Terre emplis d’exaltation contenue, de joie et de concentration. Une bonne demi-heure est passée et nous sommes arrivés. La fusée est transférée sur le pas de tir. Elle passe de l’horizontale à la verticale en s’érigeant majestueusement. J’observe son apparence rustique. Je me dis que cette petite chose va nous mettre sur orbite. Que c’est au moyen de cet engin que je traverserai l’atmosphère pour atteindre, si tout se passe bien, l’espace. Je me sens prête, après dix-huit mois d’entraînement à la Cité des Étoiles, près de Moscou. (1) On parle de “cosmonautes” pour les voyageurs de l’espace d’origine russe, d’“astronautes” pour les Américains et de “spationautes” pour les Européens. Concentrés, nous le sommes tous. Ces quinze derniers jours passés à Baïkonour n’étaient dédiés qu’à cela. Petit à petit, notre conscience s’est focalisée sur notre mission. Cet instant précis, auprès de ce petit train gris, auprès de tous les techniciens qui ont contribué à l’aventure, appartient déjà à cette grande expédition avant tout humaine. Bientôt, je quitterai la Terre à la verticale, une chose rare et unique à ressentir; mon premier souvenir de vol. Bientôt, on va s’arracher du sol pour atteindre une vitesse de satellisation de 28000 km/h. Moins de neuf minutes pour arriver en orbite et toucher le noir profond du cosmos. Nous sommes harnachés, engoncés dans nos scaphandres et nos fauteuils. Ce n’est pas évident d’apercevoir l’extérieur à travers le hublot de la capsule. J’utilise le petit miroir fixé sur ma manche, destiné à vérifier la bonne tenue du heaume, pour voir le décollage, ne rien rater du spectacle. C’est un instant magique. Sur six milliards d’humains, nous sommes à peine 500 à toucher ce rêve spatial; ressentir cette extrême liberté du corps qu’est l’apesanteur. Là-haut, je vais pouvoir flotter, sans la contrainte de la gravité. Au-delà de la liberté du corps, être dans l’espace signifie être à distance de notre planète Terre. C’est une sensation puissante et indéfinissable. Je la contemple par le hublot : nous sommes en orbite à 400 km d’elle et pourtant jamais elle ne m’a paru à la fois aussi proche et aussi isolée. Aussi fragile et aussi grouillante de vies. Tout cela, on le sait avant de voler, mais vivre physiquement ce concept, purement intellectuel pour la plupart d’entre nous, représente des instants d’une force inouïe. La première fois, c’est d’une grande intensité. La deuxième c’est la même chose, mais avec l’impression de mieux en profiter, le “repérage” ayant déjà été effectué. J’avais l’esprit plus disponible. J’étais déjà presque “chez moi”. C’est incroyable cette capacité d’adaptation de l’homme, cette plasticité de nos neurones 1998 : rejoint la Cité des Étoiles comme cosmonaute suppléante de Jean-Pierre Haigneré pour la mission franco-russe Perseus qui débute en 1999 à bord de MIR. Elle y suit un entraînement complet d’ingénieur de bord de la station et de cosmonaute sauveteur de vaisseau Soyouz 1999 : intégrée à l’Agence spatiale européenne, elle rejoint le corps des Astronautes européens situé à Cologne, en Allemagne 2001 : rejoint à nouveau la Cité des Étoiles pour un entraînement de neuf mois pour la mission Andromède, en collaboration avec les partenaires russes. Ingénieur de bord no 1, elle devient aussi la première astronaute française à voler à bord de l’ISS, Station spatiale internationale. Pendant les huit jours à bord, elle réalise un programme expérimental dans les domaines de l’observation de la Terre, de l’étude de l’ionosphère, des sciences de la vie ainsi que des sciences de la matière De 2002 à 2005 : ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles technologies, puis ministre déléguée aux Affaires européennes De 2005 à 2009 : retour à l’ESA (Agence spatiale européenne) pour travailler sur la politique spatiale européenne Depuis 2009 : présidente de la Cité des sciences et de l’industrie et du conseil d’administration du Palais de la découverte avec la mission de préfigurer le nouveau grand musée des sciences réunissant les deux établissements de référence invité 74
  5. 5. dont nous n’utiliserions, selon certains scientifiques, que 15%. Est-ce que tout n’est pas déjà en place “avant”? Avons-nous des prédispositions à l’espace? Cela peut-il ouvrir des nouvelles pistes de traitements médicaux? En tout cas, j’ai profité de ce deuxième voyage en ouvrant grand les yeux, comme un enfant dans un manège, même au moment brutal de la rentrée dans l’atmosphère au retour. Car l’atterrissage est toujours délicat. Avant de pénétrer la couche atmosphérique, les modules orbital et de service se détachent du module de commande dans lequel nous nous trouvons. Le contact avec l’atmosphère est souvent violent à vivre physiquement : accélérations, décélérations, fortes secousses et basculements désordonnés… L’organisme n’est pas habitué à pareil traitement! Les mini-hublots de notre capsule, pourtant équipés de boucliers thermiques, changent de couleurs comme s’ils étaient en flammes : transparents, jaunes, orange, rouges, puis noirs. La descente va durer une petite demi-heure, pendant laquelle nos parachutes se déclenchent. Là encore se produit, comme à chaque fois, le même miracle. Nous atterrissons en pleine steppe, au milieu de nulle part, parfois à des centaines de kilomètres du lieu initialement calculé mais le plus souvent avec précision. Les hélicoptères de l’équipe sont déjà là. Et surgissent soudain, issus du néant, une vingtaine de Kazakhs, sourires et yeux écarquillés. Des Terriens. Depuis mes deux vols dans l’espace, il me semble être restée la même. Ce qui change profondément, c’est la façon dont les gens m’abordent, les regards portés sur moi, sur ce que je représente en tant que première Française et Européenne à avoir voyagé dans l’espace, ce que je représente aux yeux de certains, petits ou grands, en termes de rêve, de fantasme, de défis physique, intellectuel et mental. Je me souviens du président Chirac qui m’interrogeait avec un enthousiasme d’enfant : – C’est comment la muraille de Chine, vue d’en haut? Et nous, cosmonautes, personnes privilégiées et sans cesse interrogées, nous manquons parfois de vocabulaire pour décrire cette expérience. Aujourd’hui, je regarde mes deux pièces marquées par le train et je me souviens. Je me souviens de ce petit train et de tout ce chemin. À lire Carnet de bord d’un cosmonaute, de Jean-Pierre Haigneré, Simon Allix, Flammarion, sept. 2006. Le carnet de voyage du cosmonaute au cours de ses missions dans l’espace, avec un reportage spatial sonore de Claudie Haigneré. Histoire des femmes de science en France : Du Moyen Âge à la Révolution, de Jean-Pierre Poirier et Claudie Haigneré, Pygmalion, 2002. Réussir avec les sciences, de Jean-Didier Vincent, Claudie Haigneré, Thierry Breton, et Luc Ferry, Albin Michel, 2003. La fusée russe Soyouz TM 24 est transportée vers son pas de tir peu de temps avant le lancement de la mission franco-russe Cassiopée à Baïkonour, en août 1996. 75

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