<<Réseau — Migration — Dignité — Développement>>
Financé par:
Migration irrégulière, Rôle de la femme dans
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Table de matières
Introduction 2
Partie 1
La RDC, les expulses d’Angola et leur protection
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La RDC : l’Indice...
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Introduction
La République Démocratique du Congo est l’un des pays les plus riches au monde en termes de ressources
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Réintégration ». Cette recherche, conduite en 2013, se concentre sur l'analyse du contexte de la migration
transfrontali...
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La RDC : l’Indice de développement humain
Selon le données 2014 de l'UNDP, la RDC se place au 186eme poste sur 187 pays ...
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La RDC est au-dessus de la moyenne des pays de dans le groupe de développement humain bas et au-
dessous aussi de la moy...
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Kasaï Occidental 35418 20564 10743 2167 1944
Total 62390 36924 16848 5221 3397
La protection juridique des expulsés d’An...
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Résumé
Ce Rapport présente les résultats de la recherche sur la migration et le développement menée dans le cadre
du pro...
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manière générale, comme une approche de la recherche basée sur un engagement au partage des
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Sur le rôle de la femme : Quel est le rôle de la femme et comment contribue-t-elle au développement local ?
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Centres de
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Chapitre 1 - Les expulsés d’Angola
1.1 Description du contexte
Figure 2 : Carte de la province du Kasaï Occidental (Sou...
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En ce qui concerne le secteur de la santé, les services fournis sont considérés très insuffisants par rapport
l’effecti...
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conditions de vie et la pauvreté en RDC, (b) le système des carrés miniers, (c) la réunification familiale, (d)
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C. Droits associés aux concessions agricoles
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Les informations recueillies auprès des expulsés et retournés volontaires sur leurs lieux de résidence en
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le gouvernement angolais, sachant que plusieurs de ses citoyens ne disposaient pas des documents
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Interpelés par la situation, le gouverneur de la province de Lunda Norte 8et celui du Kasaï Occidental se sont
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Chapitre 2 - Migration et Développement
2.1 Les choix des lieux de résidence ou de transit après le retour en RDC
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2.2 Les conséquences de la migration dans les villages frontaliers/d’origine
Selon les acteurs non étatiques et étatiqu...
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Dans ces villages...
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En ce qui concerne les femmes qui cherchent un mari angolais, les méthodes des rencontres sont les
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d’avenir. A leur retour, ces migrants souhaitent apprendre un métier et suivre des cours de rattrapage
scolaire pour fa...
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Cependant, nous avons noté l’absence d’associations regroupant par exemple des migrants retournés
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sans leurs maris car ceux-ci étaient encore en Angola (Tableau 9). L’échantillon comprend aussi 15 femmes
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Comme pour les hommes, les femmes migrantes se sont engagées dans la migration pour améliorer
leurs conditions de vie. ...
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qui ne sont pas les siens. Face une telle situation, elles se retrouvent contraintes de prendre des «maris ou
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  1. 1. <<Réseau — Migration — Dignité — Développement>> Financé par: Migration irrégulière, Rôle de la femme dans le développement local et Réintégration Une Recherche Participative à Base Communautaire sur les liens entre la Migration et le Développement humain dans les zones frontalières entre la République démocratique du Congo et l'Angola. Le cas du territoire de Tshikapa Préparé par Kalenge Nguvulu (Chris) Chercheur consultant 2013
  2. 2. 2 Table de matières Introduction 2 Partie 1 La RDC, les expulses d’Angola et leur protection juridique 4 La RDC : l’Indice de développement humain 4 Les expulsés d’Angola: une brève aperçue 5 La protection juridique des expulsés d’Angola 6 Partie 2 «Migration Irrégulière, rôle de la femme dans le développement local et réintégration» : le cas du Kasaï Occidental 8 Résumé 8 Méthodologie et présentation de l’échantillon 9 Chapitre 1 - Les expulsés d’Angola 14 1.1 Description du contexte 14 1.1.1 Analyse du contexte socioéconomique de la province du Kasaï Occidental 15 1.1.2 Présentation des sites d’investigation 15 1.2 Les causes de la migration 16 1.3 Les conditions de l’émigration vers l’Angola 17 1.4 La vie en Angola et les conditions de retour en RDC 19 1.4.1 Les conditions de vie en Angola 19 1.4.2 Les conditions de retour en RDC 20 Chapitre 2 - Migration et Développement 22 2.1 Les choix des lieux de résidence ou de transit après le retour en RDC 22 22 2.2 Les conséquences de la migration dans les villages frontaliers/d’origine 23 2.2.1 Marché local 23 2.2.2 Marché du travail 23 2.2.3 Santé et environnement 24 2.2.4 Cohésion sociale et conflits sociaux 24 2.3 Transferts de fonds 25 2.4 Mécanismes de (ré) intégration dans le village frontalier/d’origine 25 2.4.1 Réintégration économique 26 2.4.2 Réintégration sociale 26 Chapitre 3 - Rôle de la femme dans la dynamique migratoire et comme moteur du développement local 28 3.1 Participation de la femme dans la dynamique migratoire. 27 28 3.2.Conditions de vie des femmes migrantes en Angola 29 3.3 Participation de la femme au développement local 30 Conclusion 33 Recommandations 36 Bibliographie 38
  3. 3. 3 Introduction La République Démocratique du Congo est l’un des pays les plus riches au monde en termes de ressources naturelles. Paradoxalement, elle est aussi un des pays plus pauvres et moins développés de l’Afrique et du monde entier. Un pays caractérisé par une crise humanitaire aiguë qui saisit une grande partie du pays, des provinces orientales où un conflit est en cours depuis plusieurs années, aux provinces dites « stabilisées » où certains indicateurs comme le taux de malnutrition, de mortalité infantile ou des épidémies sont parfois plus alarmantes que à l’Est et où presque 90% de la population vit avec moins de 1.25 dollars par jour. Dans un tel contexte ce n'est pas difficile à comprendre ce qui pousse beaucoup de personnes chaque année à quitter leur pays et migrer à l'étranger à la recherche de fortune et d’un avenir meilleur. Un des pays de destination est représenté par l’Angola : des dizaines de milliers des Congolais chaque année passent la frontière et émigrent en Angola, principalement pour travailler dans les mines de diamants dont le pays, au pair de la RDC, est immensément riche. Il s’agit d’une migration essentiellement économique, qui trouve ses causes profondes dans le sous- développement chronique et dans l'état général de pauvreté extrême qui caractérise beaucoup de villages congolais, particulièrement dans les provinces congolaises confinant avec l'Angola. Faute souvent la manque des moyens financiers, dans la grande majorité des cas la gens migrent irrégulièrement, sans les documents exigés par l’état angolais et restent illégalement dans le pays jusqu'à ce qu'ils soient expulsés en arrière en RDC. Souvent les expulsions sont accompagnées par des violations de droits de l'homme sévères et des abus commis par les militaires angolais. Le phénomène, commencé dans les années quatre-vingt-dix, a récemment assumé des dimensions inquiétantes, avec des dizaines de milliers des migrants congolais qui sont brutalement expulsés chaque année dans les trois provinces de frontière du Bas Congo, Bandundu et Kasaï Occidental. L’objectif de ce rapport est celui de fournir un cadre introductif du phénomène des expulsés d’Angola dans son évolution récente suivi par la présentation des résultats principaux d’une étude de cas sur la réalité migratoire dans la province du Kasai Occidental. L’objectif final est celui de dynamiser un plaidoyer efficace et bien-fondé adressé aux décideurs des deux pays et à tous les acteurs étatiques et non étatiques qui pourront avoir un rôle à jouer dans la question. En particulier, le rapport est divisé en deux parties: la première partie, introductive, présentera brièvement la situation économique et sociale de la RDC et tracera une analyse quantitative des expulsés entre les trois provinces de frontière grâce aux données recueillies par CISP et de ses partenaires de terrain, La seconde partie, vrai cœur de ce rapport, représente la synthèse de la recherche du consultant Mr. Chris Kalenge Nguvulu, titrée « Migration irrégulière, Rôle de la femme dans le développement local et
  4. 4. 4 Réintégration ». Cette recherche, conduite en 2013, se concentre sur l'analyse du contexte de la migration transfrontalière du territoire de Tshikapa dans le Kasaï Occidental. Il s’agit d’une recherche participative à base communautaire sur les liens entre la Migration et le Développement humain dans les zones frontalières entre la République démocratique du Congo et l'Angola PARTIE 1 LA RDC, LES EXPULSES D’ANGOLA ET LEUR PROTECTION JURIDIQUE
  5. 5. 5 La RDC : l’Indice de développement humain Selon le données 2014 de l'UNDP, la RDC se place au 186eme poste sur 187 pays dans l’Indice de Développement Humain (IDH), une mesure qui synthétise le niveau de développement selon trois dimensions fondamentales, notamment la santé (évaluée selon l'espérance de vie à la naissance), l’éducation (mesurée au moyen du nombre d'années de scolarisation pour les adultes âgés de 25 ans et de la durée attendue de scolarisation pour les enfants en âge d'entrer à l'école) et le niveau de vie (mesurée par le revenu national brut par habitant). En termes de développement humain donc, la RDC est l’un des pays moins développés de l’Afrique et, donc, du monde entier. Une timide amélioration globale du 0.6% a été remarquée dans les dernières 30 ans, Entre 1980 et 2013 : en particulier, l'espérance de vie à la naissance est accrue à 3.9 ans, la durée moyenne de scolarisation accrue de 1.9 ans et les années attendues d'études accrues de 2.4 ans. Par contre, le Revenu national brut par habitant (en PPA en $) est diminué vers 66.8% dans la même période. Table A : Tendances de l’IDH de la République démocratique du Congo basées sur données de série de temps cohérentes Espérance de vie à la naissance (années) Durée attendue de scolarisation Durée moyenne de scolarisation Revenu national brut par habitant (en PPA en $) IDH 1980 46.1 7.3 1.2 1,337 0.336 1985 47 7.2 1.5 1,487 0.348 1990 47.5 6.7 2.0 0,743 0.319 1995 46.5 6.6 2.7 0,398 0.285 2000 46.4 7.2 2.9 0,307 0.274 2005 47.9 7.8 3.0 0,339 0,292 2010 49.0 9.1 3.1 0,386 0,319 2011 49.3 9.3 3.1 0,396 0,323 2012 49.6 9.7 3.1 0,442 0,333 2013 50.0 9.7 3.1 0,444 0,338 La figure 1 ci-dessous montre la contribution de chaque index composant l’IHD de la RDC depuis 1980 :
  6. 6. 6 La RDC est au-dessus de la moyenne des pays de dans le groupe de développement humain bas et au- dessous aussi de la moyenne pour les pays en Afrique Subsaharienne. Evidemment, l’Angola présente des meilleurs résultats que le RDC dans tous les trois composants de l’IDH. Tableau B : les Indicateurs de l’IHD de la République démocratique du Congo pour 2013 quant à pays choisis et groupes HDI value HDI Rank Espérance de vie à la naissance (années) Durée attendue de scolarisation Durée moyenne de scolarisation Revenu national brut par habitant (en PPA en $) RDC 0.338 186 50.0 9.7 3.1 0,444 Angola 0.526 149 51.09 11.04 4.7 6,322 Sub-Saharian Africa 0.502 _ 56.8 9.7 4.8 3,152 Low HDI 0.493 _ 59.4 9.0 4.2 2,904 Les expulsés d’Angola: une brève aperçue Vu les conditions de vie déplorables qui touchent la plupart de la population et des villages frontalières, la force attrayante de l’Angola ne fatigue pas à se convertir en espoir concrète pour un future immédiat et un avenir meilleur, même avec le risque concret d’être expulsés et parfois rester victime de violation des droits de l’homme. Depuis plusieurs années, le CISP et ses partenaires qui travaillent le long de la frontière Congo-Angolaise dans les trois provinces du Bas Congo, Bandundu et Kasai Occidental, font le monitoring des expulsions et des violations des droits de l’homme qui souvent accompagnent les expulsions. Il s’agit des données qui sont récoltées à la frontière par les partenaires et qui fournissent une bonne estimation du trend en cours, sans prétention d’être exacte dans leur totalité. Entre Janvier et Décembre 2013, le total des expulsés registrés par le CISP et ses partenaires a été de presque 42.000 expulsés sur les trois provinces dont 63% hommes, 26% femmes, 8% garçons et 6% filles (Tableau C). Aux expulsés, se sont ajouté environ 80.000 « retournés volontaires » en conséquence de l’ultimatum de mai 2013 du gouvernement angolais qui a exhorté les Congolais irréguliers à quitter le pays pour éviter d’être expulsés avec la force. Tableau C : Statistique des expulsés par Province 2013 Province Total Hommes Femmes Garçons Filles Bas Congo 17127 10652 4599 1203 673 Kasaï Occidental 16626 11007 4410 703 596 Bandundu 8024 4723 2118 614 566 Total 41777 26382 11127 2520 1835 En 2014, le nombre d’expulsés a augmenté sensiblement jusqu’à toucher environ 62.000 personnes, dont 59% hommes, 27% femmes, 8% garçons et 6% filles (Tableau D). Et cela malgré l’ouverture officielle de deux portes au Kasaï Occidental qui, en principe, aurait dû réduire le nombre des entrées irrégulières en Angola et, donc, d’expulsions. Tableau D : Statistique expulsés par Province 2014 Province Total Hommes Femmes Garçons Filles Bandundu 1550 1134 273 67 76 Bas Congo 25422 15226 5832 2987 1377
  7. 7. 7 Kasaï Occidental 35418 20564 10743 2167 1944 Total 62390 36924 16848 5221 3397 La protection juridique des expulsés d’Angola La protection des droits de l’homme est évoquée en premier lieu dans la Constitution Angolaise (art.12). Plusieurs autres conventions internationales ont été signées en matière soit au niveau international soit régional : Malgré l'Angola n'aies jamais adhéré Voilà deux tableaux pour résumer tous les traités signés par le pays en matière:, différents traités et conventions ont été ratifiés sur la protection des droits de l’homme, Tableau F : Traités internationaux signé par l'Angola en matière de droits de l’homme Instrument Date Signature Adhésion / Ratification Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes 1979 1986 1986 Convention relative aux droits de l’enfant 1989 1990 1990 Pacte international relatif aux droits civils et politiques 1976 / 1992 Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels 1976 / 1992 Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale 1965 2013 / Convention contre la torture, et autres peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants 1984 2013 / Il est important de souligner que seulement récemment, en 2013, le pays a signé la Convention contre la torture et autres peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants. La Convention demeure encore non ratifiée et donc non contraignante. Sa ratification et la mise en application au niveau national serait un pas très important pour la prévention de la torture et d’autres traitements inhumains commis sur les expulsés d’Angola. Plusieurs instruments régionaux a protection des droits de l’homme ont été pareillement signé par l’Angola (Tableau G). Tableau G : Traités internationaux signé par l'Angola en matière de droits de l’homme dans le système régional africain Instrument Date Signature Adhésion / Ratification Charte africaine des droits de l'homme et des peuples 1981 1990 1990 Charte Africaine des droits et du bien-être de l'enfant 1990 1992 1997 Protocole à la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique 1990 1992 1999 Protocole relatif à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples portant création d’une Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples 1998 2007 / Il faut préciser que parmi les organismes créés par la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, il y a la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples. La Commission est chargée de promouvoir les droits de l'homme et des peuples et d'assurer leur protection en Afrique: dans ce domaine la Commission peut faire des études et des recherches sur les problèmes africains des droits de l'homme et des peuples, organiser des séminaires, des colloques et des conférences, diffuser des informations, encourager les organismes nationaux et locaux s'occupant des droits de l'homme et des peuples et, le cas échéant, donner des avis ou faire des recommandations aux gouvernements. La Commission est intervenue dans le cas des expulsés en 2004, quand quatorze immigrés gambiens réguliers furent expulsés par le pays avec beaucoup d’immigrés irréguliers congolais, expulsés en masse. Dans ce cas la Commission a décidé
  8. 8. 8 que les immigrés irréguliers congolais ne pouvaient pas être objet d'expulsions de masse comme il s'agissait d'une violation spéciale des droits humains protégés par la Charte. À aujourd'hui la Commission n’a pas présenté autres rappels au gouvernement angolais en matière des violations subie par les expulsés de l'Angola, comme il ne résulte pas que le RDC ait demandé une enquête de la part de la même en matière. Enfin, l’Angola n’a pas encore signé la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille du 1990 qui explicitement étend les mêmes droits et accorde la même protection à tous les migrants, indépendamment de leur statut régulier ou irrégulier. PARTIE 2 «MIGRATION IRREGULIERE, ROLE DE LA FEMME DANS LE DEVELOPPEMENT LOCAL ET REINTEGRATION» : LE CAS DU KASAI OCCIDENTAL
  9. 9. 9 Résumé Ce Rapport présente les résultats de la recherche sur la migration et le développement menée dans le cadre du projet financé par l'Union Européenne (UE) et dont la mise en œuvre est assurée par le Comité international pour le développement des peuples (CISP), intitulé «Réseau - Migration - Dignité - Développement: Réseau d'acteurs de la société civile soutenant-les conditions d'une migration décente permettant d'en faire un moteur de développement». Ce projet vise à renforcer les capacités d’un réseau d'organisations de la société civile à mieux répondre aux besoins des personnes et des communautés locales affectées par les flux migratoires entre la RDC et l'Angola. Cette recherche devrait initialement se focaliser sur 9 sites d’investigation (Kamako, Mwakahangu, Mayanda, Kandjaji, Tshitundu, Kabungu, Kabwakala, Nsumbula et Tshisenge) identifiés par le CISP et ses partenaires locaux comme principaux sites d’accueil des expulsés et retournés volontaires venus d’Angola, dans le territoire de Tshikapa au Kasai Occidental. Cependant, compte tenu de la nature des informations recueillies auprès des migrants de retour, nous avons trouvé qu’il était nécessaire de nous rendre aussi en Angola, plus particulièrement dans la ville de Dundo pour comprendre le contexte dans lequel vivaient certains migrants avant leur retour en RDC. La recherche s’est focalisée sur trois thèmes principaux dont la migration irrégulière, la réintégration des migrants de retour et le rôle de la femme comme moteur du développement local. L’étude a montré que parmi les migrants de retour qui ont pris part à la recherche, une grande majorité d’entre eux ont un niveau d’étude secondaire, ce qui les rend moins compétitifs aussi bien dans le marché de travail congolais qu’ailleurs. L’étude a aussi montré que les femmes sont très actives surtout dans le petit commerce et l’agriculture malgré un contexte culturel qui les rend dépendantes des hommes. La précarité des conditions de vie dans les lieux d’origine met les migrants dans une situation délicate, dans laquelle ils doivent choisir entre rester sans espoirs d’un avenir meilleur en RDC ou tenter une expérience à la fois périlleuse et prometteuse en l’Angola, un pays situé à environ 14 km de la frontière, dont les villes sont éclairées et qui offre plusieurs opportunités économiques à ceux qui y résident. Cependant, l’incertitude de la réussite en Angola ainsi que tous les risques associés à l’extraction artisanale et illégale des diamants ont fait que certaines femmes ont perdu leurs maris et d’autres sont restées en attente des maris durant parfois plus de quatre ans sans nouvelles de leur part et sans ressources financières pour prendre en charge leurs enfants. Dans un tel contexte, peu d’options s’offraient aux femmes, parmi lesquelles le remariage, la prostitution ou le départ vers l’Angola pour aller la recherche de leurs maris. A leur arrivée en Angola, plusieurs migrants ont tenté d’acquérir la nationalité angolaise et de se procurer des documents d’identité par voies non officielles pour régulariser leur séjour. Malheureusement, pour la majorité d’entre eux, au moment des expulsions qui ont eu lieu entre mai 2012 et mars 2013, ils ont tous été forcés de quitter l’Angola dans des conditions déplorables. A leur retour en RDC, les migrants font face à des nouveaux défis associés à leur réintégration dans les villages frontaliers et dans leurs lieux d’origine. Les recommandations qui clôturent la recherche sont proposées aux autorités locales et organisations non gouvernementales (ONG) pour encourager un retour durable des migrants et faciliter leur participation au développement local : (a) assurer la distribution des produits de première nécessité aux personnes les plus vulnérables, (b) établir des centres d’accueil pour faciliter l’accueil des expulsés, (c) renforcer les capacités des structures de santé à travers une augmentation et une bonne répartition des effectifs du personnel médical, (d) soutenir les agriculteurs avec les intrants agricoles, des outils de travail et la mise en place des coopératives, (e) proposer des cours de rattrapage scolaire pour ceux qui ont un niveau d’études primaire et secondaire, (f) proposer une série de formations centrées sur les activités génératrices de revenus pour les femmes, (g) faciliter la mise en place des institutions de microcrédits, (h) faire bénéficier les communautés locales des revenus de l’extraction du diamant à travers une extension des activités du SAESSCAN dans les villages frontaliers et (i) organiser des activités de sensibilisation sur les droits et le devoir du migrant. Méthodologie et présentation de l’échantillon Méthodes et procédures de la recherche Le cadre méthodologique utilisé comprend la mise en œuvre d’une recherche participative à base communautaire et l’application de l'approche par les capabilités (ou capacités). La Recherche participative à base communautaire (CBPR), en anglais « Community Based Participatory Research » est aussi connue, selon les auteurs, comme « la recherche communautaire », « la recherche participative» ou « la recherche impliquant la communauté». La démarche CBPR peut être définie, d’une
  10. 10. 10 manière générale, comme une approche de la recherche basée sur un engagement au partage des responsabilités et des ressources et à un travail dont les résultats sont bénéfiques pour tous les participants, en particulier pour les communautés ciblées (Israël et al., 1998 ; Radda et al 2003 ; Viaswanathan , 2004 ; Centre for Social Justice and Community Action, 2011). En d’autres termes, c’est une méthodologie qualitative qui met l'accent sur le respect de l'individu et un engagement au changement social et au renforcement des capacités (empowerment) des communautés. Selon l’approche par les capabilités, le développement humain est un processus qui vise à élargir les choix des individus et à construire les capabilités (ou capacités) humaines leur permettant de vivre une vie longue et saine, avoir accès au savoir, avoir un niveau de vie décent et de pouvoir participer en toute liberté et dans le respect de ses droits à la vie de la communauté (PNUD, 1990). C’est dans cette optique que la philosophe américaine Martha Nussbaum (2012) a proposé de manière pragmatique une liste de dix capabilités dites centrales, qui définissent un seuil minimum de capabilités sur lesquelles s’appuyer pour mettre en place une politique publique fondée sur les capabilités. Cette liste comprend, entre autres, la vie, la santé du corps, l’intégrité du corps (y compris la mobilité), l’affiliation, le contrôle sur son environnement. Cette recherche vise à: (a) étudier les causes et les conséquences de la migration irrégulière entre le territoire de Tshikapa et l’Angola, (b) analyser les dynamiques associées aux processus de réintégration des expulsés et retournés volontaires dans les villages frontaliers et dans leurs communautés d’origine, et (c) analyser le rôle de la femme comme moteur du développement local. Elle se focalise sur les questions de recherche ci-après : Sur la migration irrégulière : Quelles sont les causes et les conséquences de la migration irrégulière dans les zones frontalières entre la RDC et l'Angola? Sur la migration de retour et le processus de réintégration des migrants : Quels sont les défis et les opportunités associés à la migration de retour et aux processus de réintégration des migrants dans les zones ciblées? Questions connexes : Quels sont les caractéristiques sociodémographiques des retournés volontaires et expulsés résidant dans les villages frontaliers, dans le territoire de Tshikapa? Y a-t-il une politique gouvernementale sur la réintégration des expulsés et retournés volontaires ? Si oui, comment celle-ci fonctionne et dans quelle mesure a-t-elle été efficace ? Les expulsés et les retournés volontaires contribuent-ils au développement de leurs communautés d'origine? Questions connexes : Quelles sont les raisons économiques, démographiques, juridiques, sociales et politiques derrière l'immigration irrégulière dans les zones frontalières entre la RDC et l'Angola? Comment les institutions étatiques et non-étatiques (les associations de défense des droits de l'homme, les ONG ...) traitent les questions liées à la migration dans les zones ciblées ? Qu’est ce qui a été fait jusqu'à présent aux niveaux local et provincial afin de contenir la migration irrégulière? Est-il possible d'identifier les bonnes et mauvaises pratiques? Sur la migration de retour et le processus de réintégration des migrants : Quels sont les défis et les opportunités associés à la migration de retour et aux processus de réintégration des migrants dans les zones ciblées?
  11. 11. 11 Sur le rôle de la femme : Quel est le rôle de la femme et comment contribue-t-elle au développement local ? Pour atteindre les objectifs généraux susmentionnés, une méthodologie qualitative suivant la démarche CBPR est proposée. L'analyse des impacts de la migration sur le développement local est menée à travers le prisme de l'approche par les capabilités. Les méthodes de collecte de données utilisées sont les suivantes : l’examen de la documentation existante (les rapports des ONG et organisations internationales, les rapports des autorités locales, les politiques publiques et d’autres rapports de recherche ou mémoires), l'observation des participants à la recherche, les entretiens individuels ainsi que les entretiens de groupe (focus groups). Dans le cadre de cette recherche, nous avons réalisé une série d’entretiens individuels et focus groups avec les expulsés, retournés volontaires ainsi que les acteurs étatiques et non étatiques préoccupés par la problématique migratoire dans le territoire de Tshikapa. Dans l’ensemble, les entretiens ont été réalisés au cours d’une période de deux mois, entre fin août et fin octobre 2013 sur les lieux ci-après : Kinshasa, Kananga, Kamonia, Kamako, Kabwakala, Kabungu, Kandjaji, Tshitundu, Tshisenge, Nsumbula, Mwakahangu et Mayanda, en RDC. Deux focus groupes et six entretiens individuels ont aussi été réalisés à Dundo vers fin septembre 2013, dans la province angolaise de Lunda Norte où nous avons pu effectuer une visite d’une journée. Deux types de focus groups ont été réalisés : ceux dont les participants étaient acteurs étatiques ou non étatiques d’une part, et ceux dont les participants étaient migrants de retour ou internes, d’autre part. En vue de mieux comprendre le rôle de la femme dans les villages frontaliers ciblés, certaines femmes qui ont expérimenté uniquement une migration interne caractérisée par un déplacement de leurs localités ou villes d’origine vers les villages frontaliers, ou en situation d’attente/ transit dans ces mêmes villages frontaliers ont été incluses dans les focus groups. En ce qui concerne les focus groups composés des acteurs étatiques et non étatiques, les participants étaient choisis en fonction de leur rôle (direct ou indirect) dans la gestion des questions liées à la migration irrégulière entre la RDC et l’Angola ainsi que leur maitrise du contexte socioculturel des sites d’investigation. Trois langues ont été utilisées lors des entretiens, notamment le français, le lingala et le tshiluba. Les expulsés et retournés volontaires devraient remplir les conditions suivantes pour prendre participer à la recherche : (a) être de nationalité congolaise, (b) avoir au moins 18 ans au moment de l’étude, (c) avoir séjourné en Angola durant une période d’au moins 3 mois, (d) être présent sur l’un des sites d’investigation retenus au moment de l’étude. La sélection des participants a été faite suivant les méthodes de l’échantillonnage boule de neige (snowball sample) et de l’échantillonnage raisonné (purposive sample). Deux types de guide d’entretien ont été utilisés pour les focus groupes et entretiens individuels. Le premier guide d’entretien qui se focalisait sur les causes et conséquences de la migration irrégulière et le processus d'intégration était utilisé pour des entrevues semi-structurées et les focus groups regroupant les migrants de retour (hommes et femmes). Le second guide d’entretien qui s’est plus focalisé sur les défis et les opportunités associés à la migration irrégulière entre la RDC et l’Angola était utilisé pour les entrevues semi-structurées et le focus groupes regroupant les acteurs étatiques, non-étatiques ainsi que les autochtones. Analyse et traitement de données Les données collectées ont fait l’objet d’une analyse thématique moyennant le logiciel d’analyse qualitative « Atlas.ti». Les données audio collectées dans le cadre de cette recherche ont été transcrites ensuite codées suivant différents thèmes tels que lieux de résidence, éducation, cadre juridique, carré minier, mécanismes de solidarité, renforcement de capacités, réintégration/réinsertion, réseaux, santé, conditions de la femme, causes de départ… Limites de l’étude La première limite de cette étude a trait avec l'échantillonnage. Comme il a été souligné ci-dessus, la sélection des migrants qui ont participé à la recherche s'est faite suivant les méthodes de l’échantillonnage boule de neige et de l’échantillonnage raisonné. Ces deux méthodes ne permettent pas d'avoir un échantillon représentatif des migrants de retour. Dans ce contexte, les conclusions de cette étude ne peuvent pas être généralisées à toute la population que peut constituer les migrants de retour venant d'Angola. Cependant, compte tenu des objectifs généraux de cette étude, l’implication des acteurs variés, en plus des migrants de retour, tels que les autorités administrative locales, la société civile et les autochtones dans la collecte et l’analyse des données permet de renforcer la validité de ses conclusions. Une deuxième limite est celle liée à l'application de l’approche par les capabilités dans le contexte de la migration irrégulière ou de retour forcé, dans la mesure où elle insiste sur la notion de liberté des choix. La mobilité est l'une de ces libertés, mais une liberté positive qui admet une influence externe telle que le
  12. 12. 12 respect des frontières et de la souveraineté des Etats. Pour surmonter cette limite, nous avons décidé de considérer comme retournés volontaires, les migrants qui correspondent au critère "(b)" proposé par Morrison(2000) repris par Black et al (2004). Ce sont ceux qui ont eu la possibilité de choisir entre retourner en RDC d’une manière volontaire ou risquer un retour forcé après l’expiration du délai fixé par les autorités angolaises en collaboration avec celles de la RDC. La méthode par les capabilités est aussi utilisée pour comprendre le contexte général dans lequel les migrants prennent la décision de migrer et comment ce contexte influe sur leurs capacités comme agents du développement. Tableau 1: Nombre de migrants ayant pris part à la recherche Tableau 2 : Nombre d’acteurs étatique ayant pris part à la recherche Autorités administratives et Chefs de groupement Agence Nationale de Renseignement (ANR) Police nationale congolaise Et Renseignements militaires Direction Générale de Migration Hygiène et Quarantaine Total Effectifs 18 10 6 15 3 52 % 34.5% 19,2% 11.4% 28,8% 5,7% 100% Tableau 3: Nombre d’acteurs non étatique ayant pris part à la recherche (Effectif total : 112) Catégorie ou organisation Participants Catégorie ou organisation Nombre de participants Catégorie ou organisation Nombre de participants Catégorie ou organisation Participants Agence de transfert de fonds 1 Angolais d’origine congolaise 10 MDM 2 OIM 7 Autochtones 23 Croix Rouge Congolaise et CICR 2 Médecins sans frontières(MSF) 2 FAO 1 AJID 25 Genre, famille et enfants 4 Négociants de diamants 3 Organisation Mondiale de la Santé (OMS) 1 Migrants expulsés Migrants retournés volontaires Migrantes expulsées Migrantes retournées volontaires Migrantes internes Femmes migrantes expulsées et victimes des violences sexuelles Total Kabwakala 2 2 12 6 6 243 Kabungu 0 0 20 0 10 10 Kamako 2 2 3 23 10 Kandjaji 6 1 0 0 0 0 Mayanda 7 7 17 17 0 0 Mwakahangu 0 10 2 15 0 0 Nsumbula 2 4 2 5 2 0 Tshisenge 14 0 0 0 0 0 Tshitundu 10 5 6 3 0 Pourcentage 17% 12,7% 25,5% 28,3% 7,4% 8,2% 100%
  13. 13. 13 Centres de santé 11 Eglises, Mosquées, et familles d'accueil 5 Monusco 1 PAM 1 CISP 6 Hommes et femmes angolais de souche 4 OCHA 1 Société civile 2 Tableau 4 : Nombre de focus groups et entretiens individuels réalisés Lieux Focus groups Entretiens individuels Lieux Focus groups Entretiens individuels Lieux Focus groups Entretiens individuels Total Dundo (Angola) 2 6 Kananga 0 7 Nsumbul a 2 5 33 focus groups et 88 entretie ns individu els Kabwakala 2 9 Kinshasa 0 4 Tshisen ge 3 6 Kabungu 5 5 Kandjaji 1 6 Tshitund u 4 2 Kamako 3 28 Mayanda 6 3 Tshivun de 0 1 Kamonia 0 2 Mwakahanguu 5 4
  14. 14. 14 Chapitre 1 - Les expulsés d’Angola 1.1 Description du contexte Figure 2 : Carte de la province du Kasaï Occidental (Source : UN OCHA 2012) La province du Kasaï Occidental est située dans le centre-sud de la RDC et couvre une superficie de 154 742 km2. Elle est limitée par la province de l’Equateur au Nord, la province du Kasaï Oriental à l’Est, la province du Katanga et la République d’Angola au Sud, et la province du Bandundu à l’Ouest. Malgré son énorme potentiel minier, la province du Kasaï Occidental a un taux de pauvreté relativement élevé, avec une moyenne de 55,8 pourcent. 82 pourcent 1des pauvres vivent dans des zones rurales où presque tous travaillent dans le secteur primaire, en particulier dans l'agriculture. L'inégalité entre les sexes est telle que les femmes restent marginalisées dans différents domaines, en particulier dans les zones rurales. En effet, la pauvreté est plus répandue parmi les ménages dirigés par des femmes (60,8%) par rapport à ceux dirigés par des hommes (55,3%)2. En ce qui concerne l'éducation, le taux net de scolarisation dans l'enseignement primaire était de 53,3 pourcent en 2010 (contre 55% au niveau national), ce qui suggère que plus de la moitié des enfants en âge d’aller à l’école primaire ne sont pas scolarisés au Kasaï Occidental. Ce taux de scolarisation chute à 23,4 pourcent pour le niveau secondaire. On estime également que 4,3 pourcent des enfants âgés de 10-14 ans et 40,9 pourcent des ceux âgés entre 15-24 ans sont insérés sur le marché du travail dans la province3. 1 Plan quinquennal de croissance et de l’emploi 2011-2015 : Province du Kasaï Occidental 2 PNUD 2009 3 Plan quinquennal de croissance et de l’emploi 2011-2015 : Province du Kasaï Occidental
  15. 15. 15 En ce qui concerne le secteur de la santé, les services fournis sont considérés très insuffisants par rapport l’effectif de la population, avec un médecin pour 23 656 habitants (en 2009) alors que la norme de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande 1 médecin pour 10 000 habitants (PNUD 2009). En outre, presque tous les ménages n’ont pas accès à l'électricité, ni à l'eau potable. Au sujet de l'emploi, le Plan quinquennal de croissance et de l’emploi 2011-2015 pour la province indique que la quasi-totalité de la population de cette province travaille dans le secteur informel où les revenus sont insignifiants. Les principales sources de revenu sont: l'agriculture (37,2%), l’assistance des parents (13,5%), les petites entreprises (7,4%), les salaires (5,6%), les Mines (5,4 %), la débrouillardise (5,4 %), l'artisanat (1,7%), la pêche (1,2%) et l'élevage (0,6%). 1.1.2 Présentation des sites d’investigation Les sites d’accueil des expulsés et retournés volontaires venus d’Angola prises en considération sont neuf: Kamako, Mwakahangu, Mayanda, Kandjaji, Tshitundu, Kabungu, Kabwakala, Nsumbula et Tshisenge. Il s'agit de petits villages de frontière caractérisés d’une population flottante composée en majorité d'autochtones et migrants internes qui viennent des autres villes de la RDC pour effectuer le commerce, l’extraction artisanale des diamants, l’agriculture ou encore pour tenter une entrée en Angola. La plupart des villages frontaliers du territoire de Tshikapa ne sont pas desservis en eau potable ou en électricité par les services publics. Les principales activités économiques sont pour les femmes l’agriculture, les petit commerce et l’élevage et pour les hommes le commerce et, où possible, l’extraction artisanale des diamants. La proximité de ces villages avec l’Angola offre plusieurs opportunités pour les commerce à travers les marchés frontaliers communément appelé « Marché Limite » qui pour la plupart sont organisées deux fois par semaine dans chaque villages. La gestion administrative est surtout assurée par l’Administrateur territorial assistante (ATA) qui travaille en collaboration avec le chef de la localité. L’un des défis des autorités administratives est celui des convaincre la population de rester dans des territoires où il n’existe pas d’emploi dans le secteur formel, et où le cout de la vie est très élevé à cause de la place importante que la creuse des diamants occupe dans ces villages frontaliers. Ces sites offrent deux voies pour entrer an Angola, la voie officielle et celle clandestine. Il y a beaucoup de postes frontaliers avec lesquels les Congolais peuvent accéder an Angola : Kamako, Mwakahandu- Mayande, Kandjaji, Tshuma, Crayon, Mboloko, Kabwakala, Tshilaji,Tshisenge. Kavumbu et Kanda Kanda, cependant quelques-uns de ces postes frontaliers sont encore officiellement fermés. Plusieurs options s’offrent aux migrants irréguliers qui souhaitent se rendre en Angola par voies non officielles : indispensable à ce propos semble être l’aide des passeurs communément appelés « Tshobresseurs ». La plupart de ces villages a accueilli un grand nombre d’expulsés et de retournés volontaire venaient d’Angola. Celui-ci, sans avoir d’infrastructures pouvant permettre de faire face à toute sorte des défis que peuvent entrainer des flux massifs des expulsés qui arrivent parfois en situation d’extrême vulnérabilité, dépouillés de tout et parfois en très mauvais état de santé tels que les victimes des violences sexuelles. Kamako est le site qui a accueilli le plus grand nombre des expulsés et retournés volontaires venant d’Angola. 1.2 Les causes de la migration Il existe une longue tradition de migration transfrontalière entre la RDC et l’Angola qui remonte avant l’époque des indépendances des deux pays. L’un des facteurs qui caractérisent cette migration est le phénomène «Bana Luna» ou « enfants de Lunda ». Dans le contexte congolais, « Lunda » a jusqu’ en 2012 symbolisé « l’Edorarado » dans la mesure où ce nom fut associé au gain rapide des richesses, à la recherche du diamant. Depuis la fin de la guerre en 2002, les bonnes performances de l’économie angolaise ainsi que ses ressources minières (en particulier le diamant) ont stimulé une augmentation de l’immigration, essentiellement composée de demandeurs d’asile, de travailleurs en situation irrégulière et de victimes de la traite des personnes (OIM, 2006). Les migrants en situation régulière représentaient en fait un faible pourcentage du total (OIM, 2011). Selon les données de la Banque mondiale (2011), le stock d'immigrants en Angola était estimé à 65 400 migrants, soit 0,3 pourcent de la population, en 2010. La RDC était classée en quatrième position parmi les principaux pays d'origine des migrants après le Portugal, le Cap-Vert et le Sao Tomé-et- Principe. En plus des raisons culturelles et de la proximité géographique des deux pays, les retournés volontaires et les expulsés ont pu identifier d’autres causes de leur départ vers l’Angola. Ces causes peuvent être classées, selon leur importance, dans les catégories suivantes : (a) la précarité des
  16. 16. 16 conditions de vie et la pauvreté en RDC, (b) le système des carrés miniers, (c) la réunification familiale, (d) les droits associés aux concessions agricoles et (e) l’absence du soutien parental pour la poursuite des études. A. La précarité des conditions de vie et la pauvreté en RDC Pour tous les migrants, la précarité des conditions de vie et la pauvreté en RDC en générale sont les principales causes de la migration irrégulière entre les deux pays. En effet, tous les 243 migrants qui ont pris part à l’étude ont déclaré avoir décidé de quitter leurs lieux de résidence habituels premièrement à cause de la précarité des conditions de vie et de la pauvreté en RDC. Lors d’un entretien de groupe qui a eu lieu avec les hommes migrants à Tshitundu, l’un d’eux a déclaré ce qui suit : « Nous sommes partis en Angola parce qu’il y a trop de souffrance ici. Par exemple, j’ai fait des études mais il n’y a pas d’emploi. Comme père de famille, je n’ai pas de moyens financiers pour subvenir aux besoins de ma famille. En allant en Angola, j’ai eu la possibilité de trouver une activité qui m’a permis d’envoyer des temps en temps un peu d’argent à ma femme.» A Mayanda, un migrant expulsé a décrit la situation à ces termes : « Il y a trop de problèmes. Vous avez surement remarqué qu’il n’y a aucun pont tout le long de la rivière Luanga Tshimo. On doit payer les traversées en pirogue. Si quelqu’un manque d’argent, il ne peut pas traverser la rivière. Partout ici au Kasaï Occidental, les routes sont délabrées. Par exemple, pour aller de Mayanda à Tshikapa par moto il faut dépenser au moins 100$. En plus, il faut aussi prévoir des dépenses pour les barrières (Péages). Avec ration alimentaire comprise, le trajet Mayanda-Tshikapa peut coûter 130 $ ». 60 % des acteurs étatiques et non étatiques qui ont pris part aux entretiens individuels et de groupe soutiennent les points de vue des migrants. La précarité des conditions de vie ainsi que la pauvreté en RDC sont les principales causes de départ. Pour les autres, c’est plutôt « la recherche de la vie facile ou des gains faciles » en Angola qui est la principale cause de la migration irrégulière dans ces villages frontaliers B. La réunification familiale La réunification familiale est présentée comme la troisième cause de la migration vers l’Angola par les participants à la recherche, en particulier par les femmes. En effet, la plupart des hommes migrants sont partis premièrement seuls pour y effectuer l’extraction des diamants ou le commerce. Certaines femmes ont fait le déplacement avec leurs maris alors que d’autres devraient les attendre durant un moment dans l’un des villages frontaliers avant de les rejoindre plus tard. Parmi les femmes rencontrées, 124 femmes (soit 73 % des femmes migrantes) ont affirmé que leur décision d’aller en Angola était motivée par la réunification familiale. Les autres femmes se sont rendues en Angola pour raisons de commerce ou d’autres activités mais dans le but de s’établir pour une longue durée. Parmi les femmes qui se sont engagées dans la migration pour motif de réunification familiale, 64 d’entre-elles (soit 51 %) nous ont affirmé qu’elles ont décidé d’entrer en Angola parce que la période d’attente de leurs maris devenait de plus en plus longue et insupportable alors que les maris, partis depuis un moment, ne donnaient plus signe de vie. Abandonnées à elles-mêmes, deux options s’offraient à elles : trouver un autre homme pour se remarier ou décider de partir à la recherche de leurs maris en Angola avec tous les risques que cela impliquait.
  17. 17. 17 C. Droits associés aux concessions agricoles 10 migrants interviewés à Tshitundu ont identifié les droits associés aux concessions agricoles comme la cause principale de leur départ vers l’Angola. Selon ces migrants, un système semblable à celui des carrés miniers est aussi applicable pour les concessions agricoles. L’Etat congolais aurait confié des concessions agricoles aux particuliers qui réclament un certain pourcentage sur la récolte à tous ceux qui exploitent la terre dans leurs concessions. Ces droits sont similaires aux « droits de terre » que certains chefs de groupement appliquent sur les récoltes dans certains villages. Pour ces migrants, c’est une situation désagréable qui ne leur permet pas d’évoluer. L’un d’eux a déclaré ceci : « Comment voulez-vous qu’on évolue ici au Congo ! Quand on fait la creuse des diamants, on nous exploite. Lorsqu’on se dit, faisons même l’agriculture, c’est la même chose. Alors pourquoi rester ici quand on ne veut pas de nous ? » D. L’absence du soutien parental pour la poursuite des études 6 migrants de retour âgés entre 18 et 20 ans nous ont confié qu’ils étaient contraints d’interrompre leurs études secondaires après le décès d’un de leurs parents, en particulier le père qui prenait en charge leurs frais scolaires. Après l’abandon des études, certains parmi eux ont décidé de faire le petit commerce, plus particulièrement, la vente des cigarettes et les unités téléphoniques avant de se rendre en Angola pour chercher les diamants. . 1.3 Les conditions de l’émigration vers l’Angola Parmi les 243 migrants qui ont pris part aux entrevues de groupe et individuelles, seuls 19 migrants (soit 7 %) ont déclaré être originaires des villages frontaliers (Tableau 5).Ils proviennent de Kananga (31 %), Tshikapa (26%), Bandundu (7,4%), Mbuji-Mayi (7,3%) et Kinshasa (4.9%)(Tableau 5). Ceux qui proviennent des autres villages y compris des villages frontaliers représentent environ 11,5% de l’effectif global. Pour les 224 restants, leurs parcours migratoires comprenaient au moins deux phases. Tableau 5 : Principaux lieux de provenance des migrants
  18. 18. 18 Kananga Bandundu Tshikapa Kinshasa Mbujimayi Katanga Autres lieux dans le KOCC Villages frontaliers Total Effectifs 76 18 64 12 17 3 34 19 243 % 31,2% 7,4% 26,3% 4,9% 7% 1,2% 13.9% 7,8% 100% La première phase correspond à une migration interne en RDC caractérisée par les déplacements des migrants ainsi que leurs familles de leurs lieux de vie habituels vers les villages frontaliers. La deuxième phase consistait à entrer sur le territoire angolais avec l’aide des Tshobresseurs qui sont considérés comme des membres très utiles par la communauté dans la mesure où ils facilitent l’accès au sol angolais à d’autres membres de la communauté qui souhaitent échapper aux dures conditions de vie dans les villages frontaliers. En général, le prix du passage par le Tchobresseur est de 10$ par personne. A Tshitundu, 4 femmes mariées nous ont informé que l’un de leurs voisins qui est Tshobresseur exige un payement de 15 000 CDF ou 16 $ pour les femmes et 10 000 CDF (ou 11 $) pour les hommes. Le tarif pour les enfants est de 10 000 CDF (11$) par enfant y compris un certain montant pour la personne qui porte les enfants. L’image de ces passeurs se détériore auprès des autres membres de la communauté lorsqu’ils profitent de la vulnérabilité de leurs clients, en particulier les femmes, en commettant des agressions sexuelles et d’autres actes de violence. Cependant, lorsque ces actes surviennent, certaines victimes choisissent de ne pas les dénoncer en qualifiant ces situations « d’embuscades », pour signifier que cela fait partie des risques associés à leur démarche. En outre, compte tenu de la forte influence de la tradition au sein de la communauté, certaines femmes préfèrent garder le secret. Comme souligné ci-dessus, le passage du projet à l’acte migratoire est facilité par la disponibilité d’un réseau mis en place par les Tshobresseurs ; un réseau qui contribue à réduire les coûts de la migration et à faciliter l’insertion professionnelle ainsi que l’intégration des migrants dans le pays de destination. Du côté congolais, les Tshobresseurs maitrisent toutes les pistes qui permettent de déjouer la vigilance des agents de la DGM et d’autres services de sécurité, et une fois dans la forêt, ils arrivent à faire de même avec les gardes-frontières angolais communément appelés « Chacals ». Le voyage se fait généralement la nuit. Une fois arrivés en Angola, selon leurs accords avec leurs clients, les Tshobresseurs peuvent les loger auprès de leurs personnes de contact durant un ou 3 jours pendant qu’ils analysent encore le terrain. Mais dans la plupart des cas, dès que le client atteint le sol angolais, le contrat prend fin. Les Tshobresseurs sont également utilisés par les creuseurs qui travaillent en Angola pour maintenir les liens avec les femmes restées dans les villages frontaliers en RDC. Par exemple, à Tshitundu, 4 femmes mariées nous ont informé qu’elles communiquaient avec leurs maris grâce aux Tshobresseurs Ceux-ci pouvaient également leur apporter l’argent transmis par les maris et d’autres messages. Parmi les migrants qui ont pris part à la recherche, 220 sur 243 migrants (soit 90 % de l’effectif global) ont bénéficié des services des Tshobresseurs pour entrer en Angola. Les autres ont eu à corrompre les gardes- frontières directement au niveau des postes frontaliers moyennant 200$ (100$ du côté congolais et 100$ du côté angolais), au moment où tous les postes frontaliers étaient officiellement fermés. De manière générale, les migrants ont une opinion positive des Tshobresseurs en affirmant n’avoir rien subit comme acte de violence de leur part. Néanmoins ils sont souvent accusés par les acteurs étatiques et non étatiques de profiter de la vulnérabilité de leurs clients pour commettre certains actes tels que viols et dépouillement des biens4. 1.4 La vie en Angola et les conditions de retour en RDC 1.4.1 Les conditions de vie en Angola 4 Lire aussi: Human Rights Watch (HRW) “’If You Come Back We Will Kill You’: Sexual Violence and Other Abuses against Congolese Migrants during Expulsions from Angola” (Wanshigton DC : Human Rights Watch, 2012), http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/angola0512webwcover.pdf
  19. 19. 19 Les informations recueillies auprès des expulsés et retournés volontaires sur leurs lieux de résidence en Angola (Tableau 6) révèlent qu’environ 35% des migrants résidaient à Lucapa. Les autres lieux de résidence comprennent Dundo, Nzaji, Tshingufu, Tshamba, Fukawuma, Kaumbiya, Saurimo, Kalonda et Lungu. Tableau 6 : Lieux de résidence des migrants de retour en Angola Dundo Lucapa Saurimo Fukawuma Nzaji Tshingufu Tshamba Autres lieux en Angola Total Effectifs 25 72 7 12 24 24 20 19 203 % 12,3% 35,4% 3,4% 5,9% 11,8% 11,8% 9,8% 9.2% 100% Selon les migrants, les choix de leurs lieux de résidence dépendaient de plusieurs facteurs. L’un des facteurs est la proximité du lieu de départ avec les villes angolaises. Par exemple, pour les migrants qui étaient en transit à Kamako, Mayanda et Mwakahangu, l’accès en Angola été généralement fait à partir de Dundo compte tenu de la proximité de cette ville avec ces 3 villages frontaliers. Pour Tshitundu and Kandjaji, il leur était plus facile de se rendre à Lucapa, Tshamba, et Tshingufu compte tenu de la proximité des ces villages avec ces trois villes angolaises. La même réflexion pouvait être faite pour Kabungu, Nsumbula, Kabwakala et les villes angolaises telles que Fukawuma et Kalumbiya, ainsi que Tshisenge et Nzaji. 30% des hommes migrants nous ont indiqué qu’ils avaient résidé dans au moins deux villes différentes. La raison avancée était la recherche des meilleures opportunités et des lieux où il existe un bon réseau de congolais déjà établit qui peut faciliter l’accès aux mines des diamants. Les conclusions des entretiens individuels avec les acteurs non étatiques à Kamako révèlent que les Tétéla constituent une communauté importante aussi bien à Kamako qu’en Angola, plus précisément à Lucapa. Au fil du temps, cette communauté a su asseoir un réseau qui peut faciliter l’insertion sociale et économique des personnes qui leurs sont proches de part et d’autre de la frontière. En Angola, la majorité des hommes migrants travaillaient dans le secteur minier faisant l’extraction artisanale des diamants comme creuseurs ou plongeurs. Selon les témoignages récoltées en Angola il n’y a pas de système des carrés miniers, différemment que en RDC et les migrants sont donc libres de travailler avec l’aide d’un bailleur de fonds qui leur accorde tous les outils nécessaires pour leur travail. Le groupe de creuseurs perçoit 50% du prix de vente des diamants extraits et la partie restante revient au bailleur de fonds. Les participants aux focus groups précisent que la loi angolaise de 2008 autorise les citoyens angolais d’exploiter le diamant artisanal5. Selon eux, il existe 3 types de formules6 : la première formule implique deux principaux acteurs dont le « Patrocinador : bailleur de fonds» et les creuseurs. Ils vendent ensemble les diamants et se partagent le montant global en parts égales (50% pour chacune des parties). la deuxième formule implique également deux acteurs : le grand financier et les creuseurs. Le grand financier finance les activités des creuseurs et ceux-ci lui vendent directement les diamants extraits, et les creuseurs se partagent entre eux la totalité du montant (100%). la troisième formule implique plusieurs acteurs, dont le propriétaire du terrain (Donne de mesa), le bailleur de fonds (Financier) et les creuseurs. Le propriétaire de terrain perçoit entre 20 à 30 pourcent du montant global de la vente des diamants. Selon les participants aux deux focus groups, plus de 52 terrains d’extraction des diamants à Lunda Norte n’ont pas de propriétaires. Le Patrocinador et les creuseurs peuvent y travailler librement. Hors de l’extraction de diamants, 5 hommes nous ont informé qu’ils travaillaient dans le secteur agricole vers Lunda Sul. Pour les femmes, l’activité principale était le commerce. D’autres femmes travaillaient comme ménagères, transporteuses d’eau ou coiffeuses. Les questions liées aux conditions de vie des migrants congolais en Angola et aux expulsions ont été également abordées lors des focus groups qui ont eu lieu à Dundo en Angola. Ces focus groups ont connu la participation de 10 Angolais d’origine congolaise résidant à Dundo depuis plus de 10 ans et qui travaillaient dans le secteur minier comme creuseurs et plongeurs. Selon ces Angolais, à la fin de la guerre, 5 Voir aussi Smillie, I. et al (2009) Selon Partenariat Afrique Canada (2004), L’extraction minière artisanale, ou extraction garimpeiro, n’est devenue la source principale de la production des diamants en Angola qu’au début des années 1990. En pratique, aujourd’hui, la plupart de la production artisanale en Angola n’est pas réellement artisanale; c’est une production semi-industrielle, réalisée avec de petites embarcations et un équipement de plongée. L’extraction artisanale et la possession de diamants par les ressortissants angolais a été légalisée vers 1991. Suite à cela, au moins 50 000 mineurs illégaux sont arrivés dans les provinces diamantifères de Lunda. 6 Voir aussi Partenariat Afrique Canada (2004),
  20. 20. 20 le gouvernement angolais, sachant que plusieurs de ses citoyens ne disposaient pas des documents administratifs, avait mis en place un système qui devrait faciliter l’obtention de la nationalité angolaise aux personnes qui se trouvaient dans le territoire occupés par l’UNITA, dont Lunda Norte et Lunda Sul. Selon ce système, pour être reconnu comme Angolais, il suffisait de se présenter aux services d’identification avec au moins quatre témoins qui devraient certifier que la personne concernée est bel et bien un Angolais ou un Congolais d’origine angolaise. Dans un tel contexte, un Congolais qui se présentait avec quatre témoins qui certifient qu’il a des origines angolaises pouvait facilement être identifié comme citoyen angolais. Une fois qu’on a été identifié comme Angolais, Il fallait payer une somme de 400 Kwanza (ou 4$) pour obtenir le « Cédula », qui correspond à l’acte de naissance. Le Cedula donne accès au certificat de nationalité (certifiant) et à la carte d’identité nommée « Billete ». Les informations recueillies lors de nos entretiens avec les migrants du côté de la RDC indiquaient qu’environ 40% des retournés volontaires qui ont résidé durant au moins une année en Angola ont pu obtenir un document administratif angolais. Cependant, ces derniers étaient expulsés bien que certains parmi eux y avaient séjourné au cours d’une période de plus de 10 ans. Selon les participants aux deux focus groups, le coût total d’obtention des documents de nationalité angolaise ne dépasse pas 80 $ mais dans l’informel on peut facilement atteindre 1000$ et se faire expulser par la suite. Ils ajoutent également que les migrants congolais sont d’une manière générale difficiles et n’ont pas la culture de se régulariser. Dans l’ensemble, 63 % des migrants de retour trouvent qu’ils ont mené une bonne vie en Angola. C’est-à- dire, qu’ils pouvaient bien manger, travailler et gagner de l’argent qui leur permettait de subvenir à leurs besoins. Leurs réactions étaient pourtant différentes lorsque la question du bien-être a été abordée de manière approfondie, c’est-à-dire, en faisant allusion à certains de leurs objectifs initiaux tels que: être en bonne santé; jouir de la liberté d'expression, de mouvement et d’association; vivre avec les membres de sa famille; avoir un emploi décent; avoir un niveau de vie décent; jouir des libertés politiques et civiles; participer à la vie de sa communauté; jouir du respect de soi; avoir un certain contrôle sur l'environnement politique et physique… A Mwakahangu, lors d’un focus group, un migrant a interpelé les autres à travers cette déclaration : « La situation est peut-être difficile en RDC mais nous avons plus des libertés ici. En Angola, on n’est pas à l’aise. On n’aime pas les Congolais. Je vous assure, 1000$ gagnés au Congo à plus de valeur que 10 000 $ gagnés en Angola selon moi. Car en Angola on ne circule pas librement et on ne sait jamais quand on sera arrêté». 1.4.2 Les conditions de retour en RDC Depuis des années, plusieurs organisations et associations, dont l’association des militants congolais des droits de l'homme, les organisations internationales et les organismes des Nations Unies, tels que le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), ont dénoncé la brutalité avec laquelle ces expulsions ont été conduites, caractérisées par plusieurs violations systématiques des droits de l’homme. Malgré les condamnations et les interpellations de la communauté internationale, les expulsions se sont poursuivies du côté angolais. En juin 2012, le Groupe de travail pour les expulsés présentait la situation humanitaire occasionnée par ces expulsions de la manière suivante: « Selon le monitoring fait par l’ONG CISP au Kasaï Occidental et au Bas Congo entre avril 2011 et avril 2012, parmi les 79 573 expulsés enregistrés pendant la période (49 631 hommes, 21 046 femmes, 7554 enfants dont 1 996 ont été identifiés comme les plus vulnérables) près de 24% (soit 19 224) déclarent avoir subi des abus physiques, 22% ou 18 009 ont subi des emprisonnements prolongés. La majorité de ceux qui ont subi ce type de violations sont des hommes. 15,6% (soit 3 810) des femmes et des filles et 2% (soit 963) des hommes déclarent avoir subi des violences sexuelles. Il faut souligner qu’il y a toujours un grand risque de sous-rapportage quand on parle de violences sexuelles et que dans les cas où les femmes et filles ont subi des abus sexuels en échange de nourriture ou d’autres privilèges elles hésitent souvent à donner des déclarations. Aussi 38 % (soit 30 800) des expulsés ont été dépouillés de leurs biens pendant les expulsions. La grande majorité des violations a eu lieu du côté angolais, souvent dans des centres de détention et les auteurs ont été identifiés par plusieurs des victimes comme des membres des services sécuritaires angolais»7 . 7 Extrait d’un rapport du Groupe de travail pour les Expulsés intitulés préparé en juin 2012 et intitulé « Stratégie globale sur les expulsés d’Angola 2012-2013 »
  21. 21. 21 Interpelés par la situation, le gouverneur de la province de Lunda Norte 8et celui du Kasaï Occidental se sont réunis à deux reprises, premièrement à Kananga (RDC) et en ensuite à Dundo (Angola) pour discuter des relations entre les deux provinces voisines en général et de la situation des migrants irréguliers et des expulsés, en particulier. Les deux rencontres se sont soldées par la signature d’un accord qui a permis l’ouverture officielle de deux postes frontaliers restés fermés depuis la période de la guerre d’Angola, dont Kamako et Tshisenge, l’instauration d’un laissez-passer et des jetons de circulation pour faciliter la circulation des populations qui résident dans les villages frontaliers. Selon cet accord, les Congolais qui désirent se rendre en Angola pour visite familiale ou activités commerciales doivent obtenir auprès de la DGM un laissez-passer valable pour 3 jours. Après ce délai, la personne est sensée retourner en RDC ou au cas où elle souhaiterait prolonger son séjour, se présenter auprès des autorités angolaises compétentes pour demander une prorogation. Le laissez-passer permet aux Congolais d’entrer et de sortir librement de la RDC à partir des deux postes frontaliers officiellement ouverts. En outre, le laissez-passer limite la circulation des Congolais à un rayon de 10km à partir de la ville Dundo, pour ceux qui entrent par Kamako et un rayon de 10 km à partir de la ville Nzaji pour ceux qui passent par Tshisenge. L’accord limite le nombre d’entrées en Angola à environ 25 passages par jour9. 8 Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo, « Mission Report Official Opening of the Border Between Kasai occidental (RDC) and Lunda Norte (Angola) & Assesment of the local CSOS capacities” MONUSCO-Kananga, civil affairs section, 5-8 july 2013 9 Selon la DGM ce nombre est flexible car des fois elle registre 45 passages.
  22. 22. 22 Chapitre 2 - Migration et Développement 2.1 Les choix des lieux de résidence ou de transit après le retour en RDC Il était important de comprendre les motivations des choix effectués par les expulsés et retournés volontaires concernant leurs lieux de résidence ou de transit après leur retour en RDC. Cependant, pour la plupart d’entre eux, leur présence dans certains villages frontaliers n’est pas le fruit d’un choix libre et réfléchi. Par exemple, à Kabwakala, quelques femmes expulsées nous ont fait savoir que leur présence sur ce site est justifiée uniquement par le fait qu’elles ont été expulsées par le poste frontalier le plus proche de ce village. Elles ont choisi d’y rester car elles n’avaient pas les moyens financiers nécessaires pour couvrir leurs déplacements vers d’autres sites. A Nsumbula, les migrants nous ont informé qu’ils résident dans cette cité parce qu’elle présente des opportunités pour quelques activités économiques. Pour les hommes interviewés, le secteur de la construction offre des opportunités pour les briquetiers et les maçons. Pour les femmes, il y a des opportunités dans le petit commerce comme vente des beignets, vente de vin traditionnel Lotoko ou Tshitshampa mais aussi des possibilités de mener des petites activités dans le domaine de la couture et coiffure. La plupart des migrants qui résident à Kamako sont soit sortis volontairement ou ont été expulsés par la porte de Kamako. Les femmes originaires de Kinshasa nous ont fait savoir qu’elles aimeraient retourner dans leur ville d’origine mais les moyens financiers leur font défaut. Pour les autres, Kamako est un grand centre comparé à d’autres sites d’investigation et son marché Limite offre beaucoup d’opportunités pour le petit commerce et d’autres activités économiques. A Mayanda, Tshitundu, Kandjaji, et Mwakahangu, les migrants qui ne sont pas originaires de ces villages ont également été expulsés par les postes frontaliers les plus proches de ces villages. Cependant, environ 18 migrants résidaient déjà dans ces cités comme migrants internes et avaient fait de ces villages leur second lieu de résidence en RDC. Pour la plupart des migrants le retour vers leurs lieux d’origine n’est pas une option ou, du moins, sans une assistance financière pouvant faciliter leur réintégration économique car ils préfèrent ne pas partager cette situation d’échec avec leurs familles.
  23. 23. 23 2.2 Les conséquences de la migration dans les villages frontaliers/d’origine Selon les acteurs non étatiques et étatiques, la migration a eu des impacts positifs et négatifs sur les villages frontaliers, principalement dans les domaines ci-après : le marché local, le marché du travail, la santé, l’environnement et la cohésion sociale. 2.2.1 Marché local Les villages frontaliers présentent beaucoup d’intérêts pour les petits commerçants; cet intérêt s’explique par la présence des marchés frontaliers où sont échangés les produits alimentaires et cosmétiques venant du Congo contre les produits manufacturés venant d’Angola. L’arrivée des migrants internes en provenance de la province du Kasaï Oriental, plus précisément ceux de la tribu « Tetéla », bien connu pour leur savoir- faire dans le domaine agricole, a largement contribué à la relance du secteur agricole et à l’augmentation de sa production, ainsi que de la quantité des produits alimentaires échangés avec l’Angola à travers le marché local. Le marché local a pourtant était bouleversé par l’arrivée brusque d’un grand nombre de retournés volontaires et d’expulsés. Cet afflux de migrants de retour a eu un effet direct sur le prix du loyer où on pouvait facilement constater une augmentation de 50% par rapport aux prix habituels. Pour les bailleurs, c’était une bonne opportunité pour faire des gains rapides. L’afflux de retournés volontaires et d’expulsés a également occasionné une hausse de la demande des denrées alimentaires et des produits cosmétiques qui a eu pour conséquence directe l’augmentation des prix de ces articles. 2.2.2 Marché du travail Avant leur départ pour l’Angola, aucun des migrants qui ont pris part à la recherche n’avait un emploi rémunéré dans le secteur formel. La plupart des migrants (hommes) travaillaient dans le secteur minier de manière informelle comme creuseurs ou plongeurs où les revenus sont très incertains. Les autres exerçaient dans le commerce informel. La nature des activités commerciales exercées par les migrants et la population autochtones n’a pas connu un grand changement. Les migrants qui exerçaient le commerce en RDC avaient tout simplement délocalisé leurs activités vers l’Angola, dans un environnement où l’argent circulait en grande quantité et en grande vitesse contrairement au Congo. A leur retour, les migrants expulsés qui représentent 50 pourcent des migrants qui ont pris part à la recherche (Tableau 1) sont rentrés dépouillés de tout leur bien et totalement démunis. Parmi les retournés volontaires, ceux qui ont pu sortir avec certains de leurs biens les ont ensuite vendus à leur arrivée dans les villages frontaliers pour couvrir certaines dépenses immédiates liées au loyer et à la nourriture. L’absence d’emploi dans le secteur formel a poussé certains migrants à reprendre leurs anciennes activités telles que l’extraction artisanale des diamants, le transport des charges à vélo, l’agriculture, la chasse, la fabrication des briques… D’une manière générale, l’arrivée des retournés volontaires et expulsés a augmenté la disponibilité de la main d’œuvre à bon marché principalement dans le secteur agricole, sans pourtant créer une concurrence. Encore, l’arrivée des quelques organisations internationales sur ces sites, principalement à Kamako, a créé quelques nouvelles opportunités d’emploi rémunéré dans secteur agricole, gardiennage, ménage et dans certains domaines techniques. Cependant, certains emplois ne sont pas accessibles à la majorité des migrants de retour compte tenu de leur faible niveau d’instruction. En effet, les données sur le niveau d’études des migrants qui ont participé à la recherche (Tableau 7) révèlent que parmi les hommes migrants, seuls 5,4 % d’entre eux ont pu débuter les études universitaires. Tableau 7 : Niveau d’études des hommes migrants Gradué (G2) Etudes universitaires D6 (Diplômé d'Etat) Etudes post secondaires Etudes secondaires Etudes primaires Total
  24. 24. 24 Effectifs 4 11 24 24 11 74 Pourcentage 5,4% 14,8% 32,4% 32,4% 14,8% 100% 2.2.3 Santé et environnement Dans ces villages frontaliers, les acteurs étatiques et non étatiques ainsi que les autochtones sont très préoccupés par les conséquences de la migration sur le secteur de la santé et la santé de la population d’une manière générale. En effet, un mois avant le début de notre étude, plusieurs villages frontaliers ont été affectés par une épidémie de rougeole qui a occasionné plusieurs décès parmi les enfants. Pour les autochtones, c’était une conséquence directe de la migration. Certains acteurs non étatiques trouvent que la migration a aussi facilité la propagation des certaines maladies telles que le Sida, la rougeole et la tuberculose car selon eux, certains migrants retournent en très mauvais état de santé et d’autres sont violés par les militaires angolais dans la forêt. La majorité des migrants ont affirmé d’avoir été en bonne santé durant leur séjour en Angola. Cependant, leur état de santé s’est légèrement détérioré au moment de leur retour suite aux conditions dans lesquelles ils ont été rapatriés. Par exemple, à Kamako, 6 femmes expulsées nous ont informé qu’elles étaient malades suite aux conditions dans lesquelles elles ont été expulsées. Ces femmes prétendent qu’elles ont été violées et brutalisées par les soldats angolais. D’autres femmes prétendent qu’elles ont subi des actes humiliants de la part des soldats angolais au moment de leur arrestation. En effet, l’état de santé des expulsés dépend des plusieurs facteurs dont les conditions de leur retour et les conditions de vie dans le lieu d’accueil. Parmi les femmes, 20 femmes victimes des violences sexuelles nous ont informé qu’elles avaient des complications et des séquelles qui peuvent être associées aux violences qu’elles avaient subies. D’autres femmes, dont 4 à Kabungu, 4 à Kamako, 2 à Tshitundu nous ont informé qu’elles sont devenues malades à leur retour au Congo pour avoir contracté la malaria. Les expulsés et retournés volontaires soulignent aussi qu’ils arrivent difficilement à assurer un repas par jour pour eux-mêmes ainsi que pour leurs enfants. Les conditions de santé des habitants de ces villages dépendent également de la manière dont sont gérées leurs ressources environnementales. Le retour massif et brusque des expulsés et retournés volontaires a augmenté la pression sur les ressources locales, en particulier les sources d’eau de telle sorte qu’il était devenu presque impossible d’y avoir accès. En outre, le manque d’accès à l’énergie électrique pousse toute cette population à utiliser les bois ou la braise pour la cuisine favorisant ainsi le déboisement et la dégradation des forêts. 2.2.4 Cohésion sociale et conflits sociaux La migration interne et transfrontalière a considérablement affecté la composition de la population de ces villages frontaliers tout en influençant ses mœurs. A l’origine Tshokwe, cette population est aujourd’hui cosmopolite. L’afflux de populations venues d’ailleurs a beaucoup influencé le mode de vie dans ces cités. Par exemple, bien que situés dans la province du Kasaï Occidental où la langue dominante est le tshiluba, et à proximité de l’Angola où la langue la plus utilisée par les populations autochtones est le tshokwe, aujourd’hui, la langue la plus utilisée dans les transactions commerciales dans ces villages est le Lingala. Pour les autochtones, la migration irrégulière vers l’Angola et l’arrivée des migrants internes sont en partie responsable des certains problèmes sociaux que connaissent les villages frontaliers tels que les divorces, la délinquance juvénile et le phénomène « Tippo Tip »10. Cette pratique aurait existé à Kabungu vers 2003 et à Tshitundu jusqu’en 2012. Aujourd’hui, une autre forme du phénomène Tippo Tip existe, qui consiste pour les femmes à aller se rendre aux marchés frontaliers (Limite) dans l’espoir de rencontrer un amant angolais. On peut rencontrer plusieurs cas. Par exemple, le cas des femmes qui cherchent à aller se prostituer auprès des soldats angolais et celui des femmes qui cherchent carrément un mari angolais. Dans le premier cas, la femme essaye de se faire identifier par les soldats angolais le jour du marché. La deuxième étape consiste généralement à traverser la frontière pour rejoindre le client angolais avec l’aide des quelques facilitateurs, qui sont parfois les femmes commerçantes angolaises. 10 L’expression « Tippo Tip» fait référence au marchand d’esclaves Hamed Bin Mohammed El-Marjebi originaire du Zanzibar, plus connu sous le nom de « Tippotipo ». Tippotipo a mené des activités commerciales telles que commerce d’ivoire et des esclaves dans la partie est de l’Etat Indépendant du Congo vers 1887.De nos jours, ce terme « Tippo Tip » est associé à une sorte de trafic des personnes qui existe dans ces villages frontaliers Voir FrancoisBontinK (1974)« L’Autobiographie de biographie de Hamed Bin Mohammed El-MarjebiTippo Tip (ca. 1840-1905», Académie Royale des Sciences D’Outre Mer, Bruxelles ,1974
  25. 25. 25 En ce qui concerne les femmes qui cherchent un mari angolais, les méthodes des rencontres sont les mêmes. C’est la deuxième phase qui change. Car pour cette catégorie des femmes, la deuxième phase consiste à entrer en Angola pour rejoindre le futur mari. Dans la plupart des cas, elles recourent aux services des Tshobresseurs pour entrer en Angola par les voies clandestines. Pour les acteurs étatiques et non étatiques, ce « phénomène Tippo tip » crée un problème délicat à la communauté car il implique même des jeunes filles de moins de 17 ans et parfois avec l’accord de leurs parents. A Kabungu, lors d’un focus group qui a réuni les acteurs étatiques et non étatiques, deux acteurs non étatiques ont évoqué le cas d’un agent d’un des services de sécurité congolais qui a été impliqué dans ces pratiques comme recruteur des jeunes filles. Les représentants de la police nationale qui ont aussi pris part au focus group ont rassuré les acteurs non étatiques qu’ils suivaient ce dossier. Pour les acteurs étatiques, non étatiques et les autochtones, cette situation est très préoccupante et constitue une des conséquences majeures de la migration dans ces villages frontaliers. Pour réduire les impacts négatifs de la migration irrégulière sur les villages frontaliers et encourager une migration légale, les autorités angolaises et congolaises ont décidé d’ouvrir deux postes frontaliers dont Kamako et Tshisenge, et d’établir les laissez-passer ainsi que des jetons de circulation (voir section 1.4.2). Ces mesures sont censés améliorer la situation, cependant, le constat est très différent. En effet, selon la DGM, la première évaluation de cet accord qui a eu lieu au cours du mois d’août 2013 a révélé que sur les 500 Congolais qui sont entrés en Angola moyennant un laissez-passer, seuls 35 étaient retournés jusqu’ au jour de l’évaluation. Cette situation a déplu aux autorités angolaises. Les points de vue des migrants sur cette question étaient variés ; et les types de réponses fournies dépendaient de plusieurs facteurs notamment, de leurs lieux de résidence, de leur situation financière ainsi que de leur activité économique. 2.3 Transferts de fonds Il y a un flux important de fonds entre l'Angola et les villages frontaliers. Cela se traduit par une grande présence des agences de transferts de fonds. A Kamako, nous en avons dénombrées environ 4. Ces agences ont aussi des filières en Angola. Pourtant, le responsable d’une de ces agences nous a informé que depuis avril 2013 le nombre de transferts de fonds vers le Congo a considérablement baissé suite aux expulsions des migrants. Avant les expulsions, pour éviter de se faire dépouiller par des agents de sécurité congolais ou angolais, certains retournés volontaires ont déposé leur argent au niveau des agences de transfert de fonds en Angola afin de le retirer à leur retour au Congo. Dans ce cas précis, l’émetteur et le récepteur était tout simplement la même personne. Au contraire, les transferts de fonds pour des petites sommes d’argent se faisaient généralement par voies informelles par intermédiaires des Tshobresseurs. La majeure partie de l’argent reçu par les familles était utilisée pour couvrir les dépenses journalières telles qu’achat de la nourriture, et d’autres dépenses associées au loyer et scolarisation des enfants. La partie restante était généralement investie dans les activités génératrices de revenus comme le petit commerce, surtout pour les femmes. 2.4 Mécanismes de (ré) intégration dans le village frontalier/d’origine La réintégration peut être définie comme un processus par lequel un migrant se réinsère dans la société de son pays d’origine. Un autre terme associé à la réintégration est celui de « retour durable ». Le retour durable peut être définit comme l’absence de migration après le retour, parce que le migrant de retour est totalement intégré dans le pays d’origine, tant à un niveau social qu’économique (Black et al, 2004). Cependant, plusieurs chercheurs suggèrent qu’avant de parler d’un retour durable, il convient de noter que le retour ne constitue pas la fin du cycle migratoire. En effet, le migrant de retour peut se lancer à nouveau dans la migration (Idem; Observatoire ACP, 2013). Ainsi, pour que le retour soit considéré comme durable, plusieurs facteurs doivent être pris en compte. Black et Gent (2005, cités dans Observatoire ACP, 2013) estiment que les facteurs les plus importants sont liés au degré de volonté associé au retour et à l’environnement socio-économique dans le pays d’origine. Dans ce contexte, le migrant dont le retour a été forcé, en d’autres termes, celui qui a été contraint de retourner dans son pays d’origine contre son gré tentera probablement une nouvelle expérience migratoire si ses objectifs initiaux n’ont pas été atteints ou si les facteurs de répulsions qui ont conduit à son départ de son pays d’origine ne sont pas améliorés. En ce qui concerne les retournés volontaires et expulsés venus d’Angola, les conclusions des entretiens ont révélés que l’âge et le genre avaient une influence importante dans leurs projets migratoires (motivation de départ, retour durable ou non, et réintégration). Par exemple, pour les hommes mariés âgés de plus de 25 ans et pères de famille, il était devenu pour eux impossible de continuer de vivre en RDC sans perspective
  26. 26. 26 d’avenir. A leur retour, ces migrants souhaitent apprendre un métier et suivre des cours de rattrapage scolaire pour faciliter leur insertion dans le marché du travail. Alors que pour certains jeunes migrants âgés de 18 à 20 ans qui n’ont pas fini leurs études secondaires, leur souhait est de reprendre les études. En ce concerne les femmes, les conclusions des focus groups indiquent que l’âge avait indirectement influencé leurs projets migratoires car on peut l’associer au mariage, et à travers le mariage, au pouvoir décisionnel du mari concernant l’orientation que doit prendre la famille. Cela se vérifie pour les femmes mariées qui ont pris la décision de migrer premièrement vers les villages frontaliers et ensuite vers l’Angola pour suivre leurs maris. 2.4.1 Réintégration économique Les entretiens avec les migrants et acteurs non étatiques ont révélés que la plupart des migrants sont sans emplois dans le secteur formel. Ils se débrouillent sans assistance majeure de la part des autorités locales. Cependant, nous avons constaté qu’à Mayanda, les autorités locales ont confié des portions des terres aux migrants pour qu’ils se lancent dans l’agriculture. A Nsumbula, quelques migrants travaillent comme aide maçons et briquetiers. L’un des problèmes qui rend difficile la réinsertion économique de ces migrants est celui lié au caractère brusque de leur retour. En effet, la majorité de ces migrants comptaient rester en Angola pour une longue durée. Au moment de leur retour, plusieurs parmi eux ont été dépouillés de leurs ressources et certains ont été contraints de vendre leurs biens aux angolais à des prix dérisoires. Les ressources qu’ils ont pu garder sont utilisées, dans la plupart des cas, pour les frais de logements et l’alimentation. 2.4.2 Réintégration sociale Le retour des migrants ayant été forcé, ceux-ci n’ont pas fait le choix de leur territoire d’accueil. L’accueil de ces migrants et leur réinsertion sociale ont été facilités par les autorités locales, la DGM ainsi que les ONG internationales et locales telles que CISP, AJID et MDM. Par exemple, le CISP et son partenaire AJID ont mis en place des structures d’accueil des expulsés et retournés volontaires en collaboration avec les églises, mosquées, centres de santé et les autochtones. Ces structures sont en mesure d’héberger les migrants durant une période d’au moins trois jours. Depuis 2010, l’ONG locale AJID collabore avec le CISP dans le domaine de l’accueil et de la prise en charge des expulsés et des retournés volontaires. En principe, dès que les expulsés arrivent sur le territoire congolais, ils sont orientés par les angolais vers la DGM. Après les avoir enregistrés, la DGM effectue un relais vers l’ONG AJID pour leur prise en charge, qui comprend l’écoute psychosociale (assurée par les agents formés par le CISP), l’identification des personnes vulnérables pour une assistance partielle, un suivi médical en collaboration avec les centres de santé Salam (à Kamako), Arche de Noé (à Tshitundu) et Don de Dieu (à Kabungu). Le CISP et AJID ont également fournit des kits NFIs à quelques personnes vulnérables. En fin septembre 2013, le CISP et Programme alimentaire mondial (PAM) ont fournit des outils de travail et intrants agricoles à quelques agriculteurs. Comme souligné ci-dessus, les centres d’accueil mis en place par CISP et ses partenaires permettent de loger les migrants durant 3 jours. Après les 3 jours, les migrants sont invités à céder la place à d’autres personnes et à trouver leurs propres logements. Sans ressources financières et sans soutien particulier, il est difficile pour ces migrants non originaires des villages frontaliers de se reloger. Dans ce contexte, plusieurs d’entre eux ont manifesté le souhait de retourner dans leurs villages d’origine où ils pourront bénéficier du soutien de leurs proches. Cependant, ils manquent des ressources financières nécessaires pour couvrir les frais du voyage. En attendant, certains se débrouillent en construisant des abris de fortune juste pour être en mesure de faire face à la saison de pluie qui a débuté en septembre. En ce qui concerne la participation à la vie associative, 4 migrants ont adhéré à quelques mutualités qui regroupent d’une manière informelle les personnes originaires d’une même province ou d’un même groupe ethnique. Ces mutualités apportent une certaine assistance aux migrants en cas d’extrême nécessité. Une autre forme d’association constatée est le « Likelemba ». Le Likelemba est un système d’épargne solidaire ; un mécanisme où plusieurs membres mettent une certaine somme d'argent dans un « pot commun» et chaque mois (ou chaque jour), le montant global réunit est ensuite remis à l'un des membres. A Nsumbula en particulier, ce système est bien organisé et regroupe une certaine catégorie de femme qui exercent des activités similaires comme celles qui vendent des boissons traditionnelles, des poissons ou encore celles qui font le commerce des beignets. A Nsumbula, nous avons aussi constaté l’existence d’une certaine coopérative qui regroupe les briquetiers. Cette coopérative facilite la réinsertion économique des anciens briquetiers revenus d’Angola après l’échec connu dans la l’extraction des diamants.
  27. 27. 27 Cependant, nous avons noté l’absence d’associations regroupant par exemple des migrants retournés volontaires, expulsés ou des femmes veuves. Lorsque nous avons essayé de comprendre quelle en était a raison, les femmes rencontrées et quelques creuseurs et plongeurs interviewés à ce sujet ont justifié l’absence de ces types d’associations en avançant les raisons suivantes : • A Kabwakala, les femmes trouvent qu’elles ne se connaissent pas suffisamment bien du fait qu’elles vivaient dans des villes différentes en Angola et que la seule chose qui les unies dans ce site est le fait d’avoir été expulsées par une même porte de sortie. L’autre raison est la crainte de confier un pouvoir de représentativité à un groupe de femmes. Selon elles, ces femmes risquent d’utiliser ce pouvoir de représentativité à des fins personnelles. • A Nsumbula, les creuseurs et plongeurs prétendent qu’ils sont solidaires uniquement au moment du travail, c’est-à-dire au moment de la creuse. Ils affirment qu’ils font souvent un travail de groupe qui nécessite une confiance mutuelle. Dans le cas où un danger survient à un membre du groupe qui travaille encore dans le trou ou sous l’eau, les autres membres du groupe ne l’abandonneront jamais. Ils feront tout ce qui est à leur disposition pour l’aider. Cependant, au retour au village, cette solidarité diminue. Il est difficile de voir celui qui a « réussi » venir au secours de ceux qui n’ont rien obtenu. C’est plutôt l’orgueil qui cède la place à la solidarité. Pour cette raison, il n’est pas facile d’avoir une association regroupant les creuseurs ou plongeurs. Chapitre 3 - Rôle de la femme dans la dynamique migratoire et comme moteur du développement local 3.1 Participation de la femme dans la dynamique migratoire. Cette étude a connu la participation de 169 femmes dont 62 femmes expulsées, 69 retournées volontaires 18 migrantes internes et 20 femmes expulsées victimes des violences sexuelles (Tableau 1). Les femmes mariées représentent 65.6% de l’effectif global soit 111 femmes. Parmi elles, environ 63 femmes vivaient
  28. 28. 28 sans leurs maris car ceux-ci étaient encore en Angola (Tableau 9). L’échantillon comprend aussi 15 femmes célibataires, 24 femmes veuves, 17 femmes divorcées et deux jeunes filles fiancées (Tableau 9). Tableau 9 : Etat matrimonial des femmes migrantes Mariées dont les maris sont présents en RDC Mariées dont les maris sont encore en Angola Célibataires Veuves Divorcées Fiancées Total Effectifs 48 63 15 24 17 2 169 % 28,4% 37,2% 8,8% 14,2% 10% 1,1% 100% En ce qui concerne leur niveau d’études, les données collectées révèlent que la majorité d’entre elles (soit 41,4%) ont un niveau secondaire. Les proportions pour les autres catégories se présentent de la manière suivante : niveau primaire (25.4%), niveau post-secondaire (21,3%), diplômées d’Etat ou D6 (5.3%), sans instructions (3.5%) et niveau universitaire ou G2 (2.3%). Les informations concernant le domaine d’activité, lieux de provenance et la durée d’attente des femmes mariées dont les maris sont encore en Angola ont été recueillies auprès de 60 femmes dans le village de Kabwakala en collaboration avec la DGM. On peut facilement noter (Tableau 10) que plus de 30 % de ces femmes sont restées en attente de leurs maris durant une période d’au moins 4 ans. Tableau 10 : Durée d’attente des maris partis en Angola (Cas de femmes résidant à Kabwakala) Moins d'une année 1 à 2 ans 2 à 3 ans 3 à 4 ans 4 à 5 ans Plus 5 ans Total Effectifs 3 8 13 11 10 15 60 Pourcentage 5% 13,3% 21,6% 18,3% 16,7% 24,3% 100% Parmi les femmes qui ont des enfants à charge, plus de 50% d’entre-elles ont au moins 3 enfants à charge (Tableau 11). Tableau 11 : Nombre d’enfants à charge par femme : (Cas des femmes en attente de leurs maris à Kabwakala) 1 à 2 enfants 3 à 4 enfants 5 à 6 enfants Plus de 6 enfants Total Effectifs 16 25 15 4 60 Pourcentage 26,6% 41,6% 25% 6,6% 100% Selon les données fournies, la plupart de ces femmes sont originaires de la province du Kasaï Occidental. Elles viennent surtout de Dibaya (21.6% des femmes), Kazumba (20%) et Tshikapa (16%) (Tableau 12). Tableau 12 : Lieux d’origines des femmes migrantes (Cas des femmes en attente de leurs maris à Kabwakala) Dibaya Kazumba Tshikapa Kamonia Lwiza Autres lieux dans le Kasaï Occidental Bandundu Lubumbashi Total Effectifs 13 12 10 9 5 9 1 1 60 Pourcentage 21,6% 20% 16,6% 15% 8,3% 15% 1,7% 1,7% 100%
  29. 29. 29 Comme pour les hommes, les femmes migrantes se sont engagées dans la migration pour améliorer leurs conditions de vie. Pour les femmes mariées, divorcées et veuves, la décision de quitter leurs lieux d’origine était prise en collaboration avec leurs maris. Dans la plupart des cas, surtout pour celles qui ont poursuivi leur voyage jusqu’en Angola, le parcours migratoire comprenait deux étapes. Il ya premièrement le déplacement vers les villages frontaliers et ensuite le départ vers l’Angola pour suivre ou aller à la recherche de leurs maris. Dans la plupart des cas, le départ de ces femmes vers l’Angola était facilité par les Tshobresseurs. Pour les femmes originaires des villages frontaliers, le départ se faisait directement à partir de ces villages Dans cette dynamique migratoire, les femmes célibataires se sont engagées, dans la plupart des cas pour faire le commerce des produits cosmétiques, vêtements et autres articles au niveau des marchés frontaliers et en Angola. Certaines femmes célibataires sont venues expressément pour faire la prostitution dans ce milieu diamantifère où leurs services sont très sollicités par les creuseurs. Les femmes divorcées nous ont informé qu’elles étaient venues avec leurs maris dans les villages frontaliers. Ces derniers sont allés chercher les diamants en Angola comme les autres hommes sauf qu’à leur retour, ils ont annoncé à leurs femmes que leurs unions ne pouvaient plus continuer. A Nsumbula, une femme nous a fait savoir que son mari l’a abandonnée avec 8 enfants. Depuis leur divorce, elle parvient à subvenir aux besoins de ses enfants grâce aux revenus qu’elle perçoit comme couturière. En ce qui concerne les femmes veuves, 10 d’entre-elles nous ont informé que leurs maris sont décédés en Angola alors que les autres femmes ont perdu leurs maris dans les villages frontaliers. 3.2. Conditions de vie des femmes migrantes en Angola Sur les 169 femmes interviewées, 151 femmes ou 89 pourcent de l’effectif ont pu expérimentée la migration transfrontalière en se rendant en Angola. Parmi ces femmes, 106 soit 70% d’entre-elles exerçaient le commerce informel, 20 femmes travaillaient comme cultivatrice alors que 25 autres nous ont confié qu’elles étaient sans emploi. Parmi ces femmes, l’une d’elles nous a informé que son mari Angolais ne voulait pas qu’elle travaille alors que pour les autres leur court séjour en Angola (3 à 5 mois) ne leur a pas permis de travailler car elles étaient à la recherche de leurs maris. En Angola, les femmes migrantes pouvaient facilement communiquer avec les angolais en Lingala et en Tshiluba. Selon les témoignages des femmes migrantes, la migration vers l’Angola ne leur a pas permis de réaliser certains de leurs objectifs. Par exemple, parmi les femmes mariées, seulement 10 femmes ont pu réussir à vivre avec leurs maris en Angola. Cependant, 2 de ces femmes nous ont fait savoir qu’il était difficile de faire venir les enfants qui étaient déjà scolarisés au niveau secondaire en RDC à cause des problèmes d’adaptation dans le système éducatif angolais où l’enseignement est assuré en langue portugaise. Enfin, pour les femmes mariées aux angolais (2 femmes), leurs maris n’ont pas pu empêcher qu’elles soient expulsées. Les deux jeunes filles fiancées se trouvaient dans la même situation. Elles n’ont pu passer qu’un séjour de courte durée (moins de 7 mois) avec leurs fiancés angolais. Voici le témoignage de Tshilonda, une femme mariée expulsée vers Tshitundu : « Je suis née en 1965. Je suis mariée et mère de 4 enfants. Je suis partie en Angola en 2007. J’ai fait 5 ans en Angola sans voir mon mari. C’était souvent des gens qui venaient de la ville de Kalonda qui me disaient qu’ils l’avaient vu dans cette ville. Un fois arrivée à Kalonda, nous l’avons cherché partout sans le trouver. A Kalonda, j’étais logé par d’autres migrants congolais. J’ai essayé de faire le commerce mais ce n’était pas facile car j’étais souvent perturbée par les Mahombo11 qui me confisquaient l’argent. Comme j’ai beaucoup souffert à Kalonda, j’avais décidé de partir à Tshingufu. C’était au moment où je voyageais pour Tshingufu qu’on m’a arrêtée et expulsée vers Tshitundu avec d’autres personnes ». 3.3 Participation de la femme au développement local Avant d’abordé la question liée à la participation de la femme migrante au développement local, il est important de comprendre le contexte dans lequel elle vie. Comme souligné précédemment, 63 femmes parmi les 169 femmes interviewées vivent sans leurs maris ou encore, sont sans nouvelles de ceux-ci depuis qu’ils sont partis en Angola. La situation de ces femmes est délicate car elles sont contraintes de vivre seules, dans l’attente de leurs maris durant plusieurs années à cause du Tshibindi. Les femmes divorcées, veuves ou célibataires ayant plus de 4 enfants à charge connaissent aussi des difficultés pour se remarier car elles prétendent qu’aucun homme dans ces lieux n’accepte de prendre en charge des enfants 11Le phénomène « Mahombo » correspond au phénomène Kuluna à Kinshasa. Il s’agit des jeunes bandits qui sèment la panique et la désolation au sein de la population. Ils sont souvent munis de bouteilles, machettes, couteaux et autres armes blanches.
  30. 30. 30 qui ne sont pas les siens. Face une telle situation, elles se retrouvent contraintes de prendre des «maris ou compagnons occasionnels» qui pourront les aider à subvenir à leurs besoins sans pour autant avoir une responsabilité sur les enfants. Parmi ces femmes, certaines préfèrent pourtant garder leur autonomie en restant célibataires car cela leur permet de faire des longs voyages dans le cadre de leurs activités commerciales sans pour autant avoir l’obligation de se justifier auprès d’un homme. Elles peuvent, en cas de besoin, trouver des maris occasionnels. Pour ces femmes, ceci n’est pas une prostitution car elles peuvent vivre avec un tel mari ou compagnon durant six mois ou plus avant qu’il décide de les quitter pour d’autres femmes ou d’autres projets. D’autres femmes célibataires sont contraintes de se prostituer à cause de la pauvreté. D’une manière générale, les principaux domaines d’activité des femmes migrantes comprennent le petit commerce (ventes de vêtements et produits vivriers) et l’agriculture. Par exemple à Kabwakala, parmi les femmes qui attendent encore les maris, 58% d’entre elles exercent le petit commerce, 34% sont cultivatrices et 8 % sont sans emploi. Tableau 13 : Domaines d’activité des femmes migrantes (Cas des femmes en attente de leurs maris à Kabwakala) Petit Commerce informel Cultivatrice Aucune activité Total Effectifs 35 20 5 60 Pourcentage 58% 34% 8% 100% 3.3.1 Le commerce Comme souligné précédemment, la majorité des femmes migrantes exercent le commerce. Pour mener à bien leurs activités dans un environnement où les microcrédits sont inexistants, certaines femmes migrantes ont mis en place un système d’épargne solidaire nommé Likelemba . A Nsumbula par exemple, ce système est bien organisé et regroupe une certaine catégorie de femme qui exercent des activités similaires telles que la vente des boissons traditionnelles, des poissons ou encore celles qui font le commerce des beignets. Les femmes vendeuses des boissons traditionnelles cotisent 500 CDF (0.5 $) par jour, et la somme totale collectée est remise à l’un de membre du groupe par jour pour renforcer ses activités commerciales. Cependant, certaines femmes connaissent beaucoup des difficultés dans l’exercice de leurs activités, plus particulièrement dans le domaine de la conservation des produits alimentaires. C’est le cas des femmes qui vendent des poissons frais. Par exemple, les femmes qui résident à Mwakahangu doivent se réveiller à l’aube chaque mercredi et samedi, et faire au moins 26 km à pied (y compris une traversée de la rivière Luanga Tshimo par pirogue) jusqu’au au marché Limite de Kamako pour acheter les poissons frais venus d’Angola. Le retour vers Mwakahangu se fait dans les mêmes conditions. Une fois arrivées au village, elles doivent tout faire pour vendre la totalité des poissons le même jour car il n’ya pas de chambres froides. De plus, l’électricité fournie par les particuliers ne permet pas d’alimenter les réfrigérateurs ou les congélateurs. Dans des telles circonstances, si elles n’arrivent pas à vendre tous les poissons, elles seront contraintes de les donner à crédit à d’autres femmes qui font la restauration ou de faire de dépenses supplémentaires pour acheter des blocs de glace. 3.3.2 L’Agriculture L’agriculture présente beaucoup d’intérêt particulièrement pour les mères de famille et femmes mariées âgées de plus de 34 ans. Ces femmes participent à l’agriculture de plusieurs manières. Celles qui ont une portion de terre travaillent sur leur propre champ. Celles qui n’en ont pas sont engagées par les autochtones pour préparer la terre à la semence et sont payées en fin de journée un montant symbolique. En période de récolte, elles en reçoivent une infime partie juste pour subvenir aux besoins journaliers de la famille. Cependant, ces femmes se plaignent du fait qu’elles manquent toujours des outils et intrants agricoles pour

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