Sciences Po Lille
Master Carrières Européennes et Internationales
Majeure Conflits et Développement
Daphné Barbotte
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« L'OIM pose le principe selon lequel les migrations s'effectuant en bon ordre
et dans le respect de la dignité humaine ...
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Remerciements
Je tiens à remercier l’équipe de Sciences Po Lille pour m’avoir fournie une formation
solide et de quali...
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Sommaire
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Liste des acronymes et abréviations vii
Introduction 1
I. L’OIM et la promotion des migration...
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Annexe 1 : Etats membres et observateurs de l’OIM 62
Annexe 2 : Structure organique de l’OIM 64
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Liste des acronymes et abréviations
AIGM : Agenda International pour la Gestion des Migrations
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Introduction
Un visa pour l’enfer. Un titre qui résume bien la réalité de la traite d’êtres humains
à travers le monde. ...
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Le travail de l’OIM est inédit en ce qu’il cherche à casser les tabous liés à la
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Dans un premier temps sera exposé le travail de l’OIM en général, et dans le pays, et
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Le Mexique en bref
Les Etats Unis Mexicains sont une République
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Personas, Niñez Migrante y Género). Apres avoir écrit un policy paper lors du Master 1 sur la
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J/TIP a servi de base pour développer des ateliers de formation plus généraux afin de toucher
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Assistance directe aux migrants vulnérables et aux victimes de traite
L’OIM assiste les migrants et leurs familles dans...
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II. L’OIM : un organisme phare défié par le contexte
migratoire mexicain et les évolutions du système
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On notera également qu’un type de flux va dans l’autre sens, du Mexique vers le
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Rapport de stage OIM
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Rapport de stage OIM

  1. 1. Sciences Po Lille Master Carrières Européennes et Internationales Majeure Conflits et Développement Daphné Barbotte Rapport de stage de fin d’études Organisation Internationale pour les Migrations Mission de Mexico, Mexique 1er février - 2 août 2013 L’Organisation Internationale pour les Migrations au Mexique : défis de la gestion des migrations internationales dans la région centraméricaine. Maître de stage : Camille Goirand Tutrice de stage : Denisse Velázquez Galarza Rapport remis le 2 septembre 2013
  2. 2. i « L'OIM pose le principe selon lequel les migrations s'effectuant en bon ordre et dans le respect de la dignité humaine sont bénéfiques pour les migrants et la société. »
  3. 3. ii
  4. 4. iii Remerciements Je tiens à remercier l’équipe de Sciences Po Lille pour m’avoir fournie une formation solide et de qualité durant ces cinq dernières années, ainsi que de très bonnes opportunités de stage qui m’auraient sans doute été inaccessibles sans la carte Sciences Po. Merci particulièrement à Camille Goirand pour son suivi pendant ces deux années de Master ainsi que son aide et ses précieux conseils qui m’ont à plusieurs reprises poussée à me dépasser. Merci également à Anne Bazin et Charles Tenenbaum pour leur disponibilité, leur suivi et leur soutien, notamment lors de la recherche de stages, ainsi que leur investissement important pour les étudiants de la majeure tout au long de la formation. Merci à mes parents de m’avoir soutenue pendant ces cinq années, de m’avoir encouragée et appuyée dans tous mes projets, en France comme à l’étranger. Par ailleurs, merci à la sympathique équipe de l’Organisation Internationale pour les Migrations de m’avoir accueillie pendant ces six mois. Merci au Docteur Thomas Lothar Weiss, chef de mission, de m’avoir donnée l’opportunité de ce stage. Je tiens surtout à remercier Denisse Velázquez et Eva Reyes de m’avoir prise dans leur équipe et de m’avoir fait confiance. Merci pour leur soutien, leurs conseils et l’expérience qu’elles m’ont permis d’acquérir. Enfin je tiens à remercier toutes les personnes rencontrées lors de ce séjour au Mexique : Nyvse, mes colocataires, amis, camarades de boxe, danseurs, musiciens, voyageurs et j’en passe. Leur présence a fait de ce premier séjour au sein de la culture latino-américaine une expérience très enrichissante et inoubliable.
  5. 5. iv
  6. 6. v Sommaire Remerciements iii Liste des acronymes et abréviations vii Introduction 1 I. L’OIM et la promotion des migrations dans le respect de la dignité humaine 4 a. L’OIM dans le monde 4 b. L’OIM au Mexique 7 i. Le contexte migratoire mexicain 7 ii. Le travail de l’OIM au Mexique 8 c. Stage au sein de l’Unité pour la Traite des Personnes, l’Enfance Migrante et le Genre de la mission de l’OIM à Mexico 10 i. Conditions de travail et missions au sein de l’OIM 10 Accueil et conditions de travail 10 Définition des missions 11 Collaborations 12 ii. Analyse des tâches réalisées en tant que support de l’Unité pour la Traite 13 Appui à la capacitation des institutions mexicaines sur le thème de la traite 14 Assistance directe aux migrants vulnérables et aux victimes de traite 17 Représentation de l’OIM lors d’événements 21 Autres activités ponctuelles 24 iii. Bilan du stage 25 II. L’OIM : un organisme phare défié par le contexte migratoire mexicain et les évolutions du système international 26 a. Le paradoxe migratoire : un thème très politisé, entrave au travail de l’OIM 26 i. Mise en perspective régionale du contexte migratoire mexicain 26 ii. La nouvelle loi migratoire mexicaine de 2011 : un renforcement de la politique sécuritaire sous couvert de dépénalisation de la migration 30 iii. Enjeux et défis de l’action de l’OIM au Mexique 31 b. Le Mexique tiraillé entre multilatéralisme et bilatéralisme pour la gestion des migrations 33 i. Avantages de la diplomatie multilatérale pour la gestion des migrations 34 ii. Reconfiguration et limites du multilatéralisme au Mexique 37 iii. L’erreur stratégique du Mexique quant à la gestion bilatérale de la question migratoire 39 c. Faiblesses des projets de l’OIM au Mexique 41 i. La question des ressources financières dans le cadre de la projectisation 41 ii. L’évaluation de projets : un élément clé mais manquant 44 d. Vers une gestion supranationale des migrations ? 47 i. Migrations : le « dernier rempart de la souveraineté de l’Etat » remis en cause 47 ii. La nécessité d’un régime international de gestion des migrations 50 Conclusion 54 Bibliographie 57
  7. 7. vi Table des annexes 61 Annexe 1 : Etats membres et observateurs de l’OIM 62 Annexe 2 : Structure organique de l’OIM 64 Annexe 3 : Enoncé de mission et orientation stratégique de l’OIM 66 Annexe 4 : Carte du Mexique fédéral 66 Annexe 5 : Carte des principales routes migratoires et zones de séquestration et de traite des migrants au Mexique 68 Annexe 6 : Organigramme de l’OIM Mexico 69 Annexe 7 : Document-type de systématisation des données des ateliers J/TIP 70 Annexe 8 : Bulletin sur la formation des Consuls latino-américains 73 Annexe 9 : Bulletin sur la « formation de formateurs » 75 Annexe 10 : Statistiques des Cas de Washington (2005-2013) 79 Annexe 11 : Du Mexique aux Etats-Unis, histoires de victimes de traite des personnes (exemples de cas assistés) 81
  8. 8. vii Liste des acronymes et abréviations AIGM : Agenda International pour la Gestion des Migrations AMARC : Association Mondiale des Radiodiffuseurs Communautaires CdM : Chef de Mission CDHDF : Comisión de Derechos Humanos del Distrito Federal - Commission des Droits de l’Homme du District Fédéral CEPAL : Commission Economique pour l’Amérique Latine CIM : Comité Intergouvernemental pour les Migrations CIME : Comité Intergouvernemental pour les Migrations Européennes CRM : Conferencia Regional sobre Migración - Conférence Régionale sur la Migration HCR : Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés INM : Instituto Nacional de Migración – Institut National de Migration NU : Nations Unies OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economiques OI : Organisation Internationale OIM : Organisation Internationale pour les Migrations ONG : organisation non-gouvernementale ONU : Organisation des Nations Unies PICMME : Comité Intergouvernemental Provisoire pour les Mouvements Migratoires Européens POE : Port of Entry – Port d’Entrée RI : Relations internationales (discipline) SRE : Secretaría de Relaciones Exteriores – Secrétariat de Relations Extérieures UNCT : United Nations Country Team – Equipe Pays des Nations Unies UNDAF : United Nations Development Assistance Framework – Plan Cadre de l’Aide au Développement des Nations Unies UNFPA : Fonds des Nations Unies pour la Population
  9. 9. viii
  10. 10. 1 Introduction Un visa pour l’enfer. Un titre qui résume bien la réalité de la traite d’êtres humains à travers le monde. C’est grâce cet ouvrage de Célhia de Lavarène, journaliste française ayant participé aux missions de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en Bosnie et au Libéria en tant qu’experte sur la traite d’êtres humains, que j’ai découvert, en 2008, le thème de la traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle. Depuis, j’ai conduit quelques actions bénévoles, à Sciences Po ou ailleurs, afin de faire prendre consciences aux gens de l’existence de cette forme d’esclavage moderne présente partout dans le monde. Lors de la première année de Master, j’ai vu la rédaction du policy paper comme l’opportunité d’aller plus loin dans mon engagement, en approfondissant mes connaissances sur le sujet. Ce travail de recherche a confirmé mon intérêt pour le thème, et renforcé ma volonté d’obtenir de l’expérience de terrain tout en mettant en application mes connaissances sur le sujet dans un cadre professionnel. C’est donc tout naturellement que j’ai décidé d’orienter mes recherches de stage de fin d’études vers les organisations luttant contre la traite – aussi bien au cœur du système des Nations Unies (NU) que les organisations de la société civile nationale et internationale, ou encore certaines institutions du gouvernement français. Mon choix s’est porté vers l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) pour plusieurs raisons. Premièrement, je souhaitais acquérir une expérience en organisation internationale (OI) afin de compléter mes expériences précédentes dans le secteur privé et les organisations non-gouvernementales (ONG). Ensuite, l’OIM apparait comme le chef de file en matière de gestion des migrations et semblait donc être un des acteurs les mieux placés pour combattre le phénomène de la traite. Par ailleurs, le travail de l’OIM se concentre sur l’assistance aux victimes de la traite, sans entrer dans les aspects de persécution du crime ou de poursuite des criminels. Cet accent mis sur l’assistance aux victimes m’a beaucoup plu, d’autant plus que c’est l’aspect que j’avais moi-même mis en avant dans mon policy paper comme élément clé dans la lutte contre le phénomène. Enfin, une possibilité de stage de fin d’études dans une OI représente une opportunité non négligeable pour pénétrer l’organisation et multiplier ses chances de pouvoir y faire carrière. Il y a actuellement environ 214 millions de migrants internationaux dans le monde1 , soit 3.1% de la population globale2 . La migration est un phénomène ancien qui permet l’évolution et la rencontre des sociétés. Pourtant, depuis plusieurs années, elle est considérée comme un phénomène nocif, un problème, une menace. Or de nombreux enjeux sociétaux et globaux demeurent liés, de près ou de loin, à la thématique migratoire. 1 UN, “United Nations' Trends in Total Migrant Stock: The 2008 Revision”, http://esa.un.org/migration [consulté le 18 août 2013]. 2 ibid.
  11. 11. 2 Le travail de l’OIM est inédit en ce qu’il cherche à casser les tabous liés à la migration et faire ressortir les aspects positifs du phénomène, souvent occultés. En venant en aide à des migrants dans des situations différentes de par le monde, l’OIM nous rappelle la diversité du phénomène migratoire, et sa complexité. L’assistance ne sera en effet pas la même pour un réfugié soudanais qui fuit la guerre, un déplacé interne haïtien qui tente de reconstruire sa vie après un tremblement de terre destructeur, ou encore une jeune mexicaine victime de traite aux Etats-Unis. Le Mexique est une référence mondiale en matière de migration : rappelons que le pays est traversé par le couloir migratoire le plus important du monde3 en termes de nombres de personnes transitant chaque jour. Entre 2003 et 2008, 10,3 millions de personnes ont ainsi franchi la frontière mexicano-américaine4 . De plus, les fortes inégalités sociales et économiques qui parsèment le pays, ainsi que le niveau élevé de corruption au sein des institutions officielles et le pouvoir des organisations criminelles, en font un terrain idéal pour le développement de la traite des personnes sur tout le territoire. Bien souvent, on oublie de voir la traite depuis la perspective migratoire. On se concentre sur l’aspect « crime organisé » ou encore « violation des droits de l’homme ». Mais la traite des personnes est également source de migrations importantes, qu’elles soient internes à un pays, régionales ou intercontinentales. Plus fréquemment, les réseaux de traite vont se baser sur les routes migratoires existantes pour recruter et transporter leurs victimes. Les migrants sont ainsi devenus très exposés aux réseaux de trafiquants, de par leur vulnérabilité initiale due à leur statut même de migrant. La pauvreté, la violence, les guerres, les catastrophes naturelles… toutes ces raisons qui poussent les gens à migrer vont aussi les rendre plus vulnérables et en faire des proies plus faciles pour les réseaux de traite des personnes et de trafic de migrants. Il apparait donc essentiel d’approcher le thème de la traite des personnes, entre autres, du point de vue migratoire – afin d’en saisir pleinement les causes et enjeux sociétaux, économiques, politiques, culturels… La traite des personnes est un phénomène complexe, qui demeure peu connu en comparaison avec son envergure. L’ensemble de ces éléments ont fait du Mexique un terrain certes difficile, mais idéal pour un apprentissage professionnel et empirique des thématiques migratoires. Sur le plan personnel c’était l’occasion de découvrir un nouveau continent, une nouvelle culture et d’apprendre une nouvelle langue. L’objectif de ce rapport est de rendre compte de manière critique du travail de l’OIM au Mexique concernant la gestion des migrations internationales dans la région. 3 Auteur inconnu, « Mexique. Le plus important couloir migratoire du monde », Courrier international, 25 janvier 2008. Lien : http://www.courrierinternational.com/breve/2008/01/25/le-plus-important-couloir- migratoire-du-monde [consulté le 16 juillet 2013]. 4 ibid.
  12. 12. 3 Dans un premier temps sera exposé le travail de l’OIM en général, et dans le pays, et plus particulièrement les missions qui m’ont été confiées durant les six mois de stage notamment en matière de lutte contre la traite des personnes. Dans un second temps, il s’agira de mettre en perspective et de proposer une analyse critique du fonctionnement institutionnel de l’OI et des défis qui s’imposent à l’organisation, à partir d’études de cas issus de mon expérience de stagiaire.
  13. 13. 4 I. L’OIM et la promotion des migrations dans le respect de la dignité humaine a. L’OIM dans le monde « L’Organisation Internationale pour les Migrations est l’organisation intergouvernementale chef de file sur la scène migratoire5 ». Indépendante de l’ONU, l’OIM a été créée en 1951 pour faire face aux déplacements de populations importants à la suite de la seconde guerre mondiale en Europe. L’organisation est alors née sous la forme du Comité Intergouvernemental Provisoire pour les Mouvements Migratoires Européens (PICMME)6 . Une succession de changements au cours des décennies ont fait évolué le PICMME en Comité Intergouvernemental pour les Migrations Européennes (CIME) en 1952, puis en Comité Intergouvernemental pour les Migrations (CIM) en 1980 – faisant dépasser les frontières européennes à l’organisation pour élargir son mandat à l’échelle internationale – pour finalement la faire devenir en 1989 l’OIM actuelle. En l’espace de 50 ans, l’organisation est passée du statut d’agence logistique à celui d’institution majeure en charge de la gestion des flux migratoires dans le monde7 . Basée à Genève, en Suisse, l’OIM possède la pleine personnalité juridique et compte aujourd’hui 151 Etats membres et 12 Etats observateurs. Cf annexe 1 pour la liste détaillée. Les organes de l'Organisation sont le Conseil, au sein duquel chaque Etat membre possède un représentant ; le Comité Exécutif, composé de 33 Etats membres élus pour deux ans ; et l'Administration, comprenant un Directeur général, un Directeur général adjoint et un personnel dont l'effectif peut être déterminé par le Conseil8 . Le Conseil détermine les grandes orientations de l’organisation, le Comité exécutif en supervise les politiques, les opérations et la gestion, et l’Administration la gère et la dirige. 5 OIM, “A propos de l’OIM”. Lien : http://www.iom.int/cms/fr/sites/iom/home/about-iom-1.html [consulté le 20 mai 2013]. 6 OIM, « A propos de l’OIM », « Historique ». Lien : http://www.iom.int/cms/fr/sites/iom/home/about-iom- 1/history.html [consulté le 20 mai 2013]. 7 ibid. 8 OIM, « A propos de l’OIM », « Constitution ». Lien : http://www.iom.int/cms/fr/sites/iom/home/about-iom- 1/constitution.html [consulté le 18 août 2013]. L’OIM en chiffres Créée en 1951 97 Etats Membres en 1998 151 Etats Membres en 2013 12 Etats observateurs 473 bureaux de terrain 9000 employés 2 700 programmes en cours sur +400 sites Budget annuel 2011 : 1.3 milliard USD Source : OIM, « IOM – FACTS AND FIGURES (2013)”, Site internet de l’OIM. Lien : http://www.iom.int/files/live/sites/iom/files/About- IOM/docs/facts_figures_en.pdf [consulté le 20 mai 2013]
  14. 14. 5 L’OIM compte plus de 470 bureaux de terrain, y compris des bureaux de pays, bureaux régionaux ou encore bureaux de liaison. Cf annexe 2 pour la structure organique détaillée de l’organisation. Pour 2013, la partie administrative du budget a été établie à 39 398 792 francs suisses9 , soit environ 42, 9 millions de dollars USD10 . La partie opérationnelle du budget est, elle, estimée à 642,7 millions de dollars USD, ce qui représente un accroissement de 27,3 millions de dollars USD par rapport au budget pour 2012, qui s’élevait à 615,4 millions de dollars USD11 . L’OIM œuvre aux cotés des gouvernements, organisations de la société civile et autres organisations internationales afin de « favoriser la compréhension de la problématique migratoire, d’encourager le développement économique et social par le biais de la migration et de veiller au respect de la dignité humaine et au bien-être des migrants 12 ». A noter que même si l'OIM n'a pas de mandat de protection juridique, il n'en reste pas moins que «ses activités contribuent à la protection des droits de l'homme, et qu'elles ont pour effet ou pour conséquence de protéger les personnes concernées par la migration13 ». L’OIM cherche à relever les défis croissants que pose la gestion des flux migratoires, tout en cherchant à favoriser la compréhension des questions de migration, afin de promouvoir les migrations au nom des bénéfices économiques, sociaux, culturels et humains que les sociétés peuvent en retirer. L’OIM revendique ainsi le droit à la liberté de mouvement, et c’est dans cette optique que son action se concentre sur la protection des droits des personnes migrantes, pour une migration respectueuse de la dignité humaine et bénéfique pour tous : migrants, mais aussi pays et sociétés d’origine, de transit et de destination. A titre d’exemple, une comparaison simple des chiffres permet de témoigner des bénéfices économiques de la migration. Selon la Banque mondiale14 , le montant des rémittences envoyées dans les pays en développent en 2011 atteignait 351 milliards de dollars, contre 129 milliards de dollars donnés par la communauté internationale dans le cadre de l’aide au développement. Ainsi les sommes envoyées par les membres des diasporas dépassent largement les montants que les bailleurs de fonds dédient à l’aide au développement. 9 Conseil de l’OIM, Programme et budget pour 2013, 4 octobre 2012. Lien : http://www.iom.int/files/live/sites/iom/files/About-IOM/governing-bodies/fr/council/101/MC_2349.pdf [consulté le 20 août 2013]. 10 Selon le taux de change au 20 août 2013. 11 Conseil de l’OIM, Programme… op.cit. 12 OIM, « A propos de l’OIM », « Historique »…, Op. cit. 13 OIM, « A propos de l’OIM », « Enoncé de mission ». Lien : http://www.iom.int/cms/fr/sites/iom/home/about- iom-1/mission.html [consulté le 20 mai 2013]. 14 Adams Bodomo, “Sending money back home beats foreign aid”, Celebrating Progress Africa, 8 May 2013. Lien: http://www.cp-africa.com/2013/05/08/sending-money-back-home-beats-foreign-aid/ [consulté le 20 mai 2013].
  15. 15. 6 Domaines d’activités de l’OIM  Migration et genre  Urgences humanitaires  Politiques migratoires et recherche  Migration et développement  Droit de la migration  Dialogue international de l'OIM sur la migration  Coopération régionale et internationale  Migration et santé  La formation des migrants  L’intégration des migrants  Aide à la réinstallation  Aide au retour volontaire et à la réintégration  Contre la Traite  Gestion de l’immigration et des frontières  Programmes de réparation  Migration et changement climatique Source: Site internet de l’OIM, Nos activités. Lien : http://www.iom.int/cms/fr/sites/iom/home/what-we-do.html [consulté le 20 mai 2013] Par ailleurs, il semble que ces rémittences soit mieux investies et permettent un développement économique et social plus important et durable car davantage ancré dans les réalités et les besoins locaux15 . Cet exemple constitue un élément parmi d’autres soulignant les avantages de la migration internationale. C’est cette perception positive de la migration que l’OIM cherche à véhiculer à travers son action. Afin de parvenir à une gestion humaine et ordonné des migrations, l’OIM cherche à « promouvoir la coopération internationale sur la scène migratoire, à faciliter la recherche de solutions pratiques aux problèmes migratoires et à offrir une assistance humanitaire aux migrants dans le besoin », y compris les réfugiés et les déplacés internes. L’action de l’OIM se concentre donc sur les quatre piliers suivants16 :  Migration et développement,  Migration assistée,  Migration régulée,  Migration forcée. Mais ces piliers ne sont pas compartimentés et la plupart des activités de l’OIM recoupent ces quatre domaines. Il s’agit entre autres de la promotion du droit international de la migration, de la protection des droits des migrants, de la santé dans le contexte migratoire ou encore de la dimension sexo-spécifique et les questions de genre dans la migration. Cf annexe 3 pour plus de détails sur l’orientation stratégique de l’OIM. 15 ibid. 16 OIM, « A propos… », op. cit.
  16. 16. 7 Le Mexique en bref Les Etats Unis Mexicains sont une République fédérale composé de 31 Etats et d’un District Fédéral. Superficie : 1 964 375 km2 . Population : 116 220 947 PIB/Hb (PPP) : $15,30 Population vivant sous le seuil de pauvreté : 51.3% Source : CIA, “Mexico”, The World Factbook, 7 May 2013. Lien : https://www.cia.gov/library/publications/the- world-factbook/geos/mx.html b. L’OIM au Mexique i. Le contexte migratoire mexicain En matière de migration, le Mexique est une référence au niveau mondial étant donné la multiplicité des facteurs et perspectives de la migration. En effet, le Mexique est à la fois un pays d’origine, de transit et de destination pour des centaines de milliers de migrants chaque année, avec ses 4 353 km de frontière terrestre17 partagés avec les Etats-Unis au nord et le Guatemala et le Belize au sud. Cf carte en annexe 4. La frontière avec les Etats-Unis est la plus importante avec ses 3 141 km18 , et constitue par ailleurs la frontière la plus traversée au monde. Depuis le début du XXIe siècle, on estime à environ 1 million le nombre de Mexicains voyageant chaque année aux Etats-Unis19 . Parmi eux, 150 000 traversent la frontière de manière irrégulière20 . Il apparait alors peu surprenant que les Mexicains vivant aux Etats-Unis représentent à eux seuls plus de 30% de la population immigrée du pays et plus de 65% de la population d’origine hispanique21 . On peut tout de même relever que 500 000 Mexicains sont rapatriés chaque année depuis les Etats-Unis22 . Par ailleurs, chaque année, plus de 150 000 migrants arrivent au Mexique de manière irrégulière en franchissant la frontière sud, notamment via le Chiapas, dans l’espoir d’arriver aux Etats-Unis23 . La grande majorité de ces migrants vient d’Amérique centrale et du sud, mais on rencontre également quelques individus originaires d’Asie et d’Afrique. En réponse à ce phénomène massif de migrations irrégulières, des centres d’internement (ou centres de détention) ont été aménagés aux alentours de la frontière sud. Y sont enfermés les migrants centre-américains et extrarégionaux qui ont tenté de passer la 17 CIA, “Mexico”, The World Factbook, 7 May 2013. Lien : https://www.cia.gov/library/publications/the-world- factbook/geos/mx.html 18 ibid. 19 Thomas Lothar Weiss and Pedro Arturo López Chaltelt, Mexico: Public Policies Benefiting Migrants, IOM, 2011. 20 Pew Hispanic Center, ”US Unauthorized Immigration Flows are down Sharply Since Mid-Decade”, 2010. 21 National Population Council of Mexico (CONAPO), Migración y Salud. Latinos en los Estados Unidos, 2008. 22 Thomas Lothar Weiss and Pedro Arturo López Chaltelt, Mexico… op.cit. 23 Secretaría de Gobernación, Informe del Estado Mexicano sobre Secuestro, Extorsión y otros delitos cometidos contra personas migrantes en tránsito por Territorio Mexicano, 16 de julio de 2010.
  17. 17. 8 frontière de manière irrégulière. Ces centres se trouvent majoritairement dans les Etats du Chiapas, de Campeche, de Tabasco et du Quintana Roo. En raison de la dimension importante du phénomène migratoire au Mexique, les migrants se voient exposés à des conditions sanitaires et climatiques extrêmes, faisant face tout au long du voyage à une multitude de risques tels que les mutilations corporelles lors des voyages en train, la faim, la soif, la chaleur, toutes sortes de maladies, la mort, mais également le risque de devenir victime d’attaques, d’extorsion, d’enlèvements, ou encore de traite24 . Les routes principales de traite et trafic de migrants suivent ainsi les routes migratoires qui traversent le pays. Cf carte en annexe 5. ii. Le travail de l’OIM au Mexique Le Mexique est membre de l’OIM depuis 2002. Le bureau de représentation de l’organisation dans le pays fut inauguré en mars 2005 dans la capitale. Depuis, 4 sous- bureaux ont été créés pour couvrir les couloirs migratoires nationaux les plus importants. Il y a actuellement 2 sous-bureaux dans l’Etat du Chiapas, à la frontière avec le Guatemala, dans les villes de Tapachula (depuis juin 2009) et Tuxtla Gutiérrez (depuis août 2011). Un bureau a également été ouvert à Ciudad Juárez, dans l’Etat de Chihuahua, à la frontière avec les Etats-Unis, en avril 2010. Mais face à la hausse de l’insécurité dans la ville ces deux dernières années le bureau a été fermé début 2013. Enfin le bureau le plus récent a ouvert en mars 2012 à Acayucan dans l’Etat de Veracruz – sur la côte caribéenne25 . Il a cependant été fermé en août 2013 en raison du manque de fonds. Au 1er août 2013, la mission de l’OIM comptait 22 employés répartis entre le bureau central (17) et les sous-bureaux (2 à Tapachula, 3 à Tuxtla) ainsi que de nombreux stagiaires (7 au 1er août 2013). Le bureau central de l’OIM au Mexique est composé de trois unités principales : l’Unité d’Opérations, l’Unité de Développement de projet, et l’Unité pour la Traite des Personnes, l’Enfance Migrante et le Genre. Cf annexe 6 pour l’organigramme complet de la mission. Le travail de la mission se fait entièrement sur projets. Cela signifie que l’organisation n’obtient des fonds que lorsqu’elle a des projets en cours. Les fonds alloués par les bailleurs sont consacrés à un projet précis, et incluent les salaires des personnels impliqués dans le projet, les coûts de fonctionnement de la mission pour la période définie, et les fonds pour le projet en lui-même. Le budget de la mission et le nombre d’employés vont donc varier selon les mois ou les années, en accord avec le nombre de projets en cours et le montant des financements accordés par les bailleurs pour chacun de ces projets. Lors de mon arrivée, plusieurs employés ont quitté l’OIM puisque leurs projets se sont terminés. Quelques mois plus tard de 24 INM, Grupos beta. El brazo humanitario del instituto nacional de migración, Date inconnue. Lien : http://publications.iom.int/bookstore/free/Dossier_Grupos_Beta.pdf [consulté le 22 mai 2013]. 25 OIM, Brochure de présentation de la mission de Mexico.
  18. 18. 9 nouveaux fonds ont été alloués par le gouvernement mexicain pour un projet et cinq nouveaux employés ont ainsi fait leur entrée. La mission de Mexico est toujours très discrète sur le montant des fonds gérés en tout et pour chaque projet. Il existe un manque flagrant de transparence sur la question puisque les noms des bailleurs et le montant des fonds alloués ne sont connus que du Chef de Mission (CdM) et du Directeur financier. Ainsi, lorsque j’ai demandé à ce dernier de me communiquer le budget annuel de la mission pour l’inclure dans cette présentation, il a refusé. Au Mexique, l’OIM travaille étroitement avec le gouvernement et la société civile dans le but de renforcer leurs capacités respectives afin de faciliter la protection et l’assistance aux personnes migrantes. Ses partenaires principaux sont le Secrétariat de Relations Extérieures (Secretaría de Relaciones Exteriores - SRE) et l’Institut National de Migration (Instituto Nacional de Migración - INM). L’OIM coopère également avec des instances comme l’Institut National des Femmes (Insituto Nacional de las Mujeres), le Système pour le Développement Intégral de la Famille (Sistema para el Desarrollo Integral de la Familia), le Bureau du Procureur Général de la République (Procuraduría General de la República), la Commission Nationale des Droits de l’Homme (Comisión Nacional de los Derechos Humanos) et le Congrès de l’Union (Congreso de la Unión). Par ailleurs, l’OIM collabore également avec les gouvernements étatiques, les églises, les radios communautaires ou encore les refuges pour migrants. L’OIM travaille aussi étroitement avec le système des NU, et en particulier avec certaines agences telles que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) ou encore ONU Femmes. Il convient de noter qu’au Mexique, comme dans quelques autres pays, l’OIM est intégrée assez fortement au système des NU via sa participation à l’équipe pays des Nations Unies (United Nations Country Team - UNCT). Son travail repose donc parfois sur des règles onusiennes, e.g. concernant les règles de sécurité et le management du personnel. Malgré tout l’organisme conserve une certaine indépendance vis-à-vis de l’ONU dans sa manière d’opérer et demeure un organisme intergouvernemental à part. De manière générale, les activités principales de l’OIM au Mexique incluent : - La prévention de la traite des personnes et des enlèvements de migrants en transit ainsi que l’assistance aux victimes de ces crimes ; - L’appui au retour volontaire de migrants dans leurs pays d’origine ; - L’appui direct aux migrants vulnérables ; - Le renforcement des programmes de rapatriement et de réinsertion des migrants mexicains dans leurs communautés d’origine ; - La recherche, publication et diffusion d’information et de campagnes sur diverses thématiques migratoires ; - Le renforcement du gouvernement et de la société civile. A ma demande, mon stage avec la mission de l’OIM s’est déroulé au sein de l’Unité pour la Traite des Personnes, l’Enfance Migrante et le Genre (Unidad para Trata de
  19. 19. 10 Personas, Niñez Migrante y Género). Apres avoir écrit un policy paper lors du Master 1 sur la traite des enfants à des fins d’exploitation sexuelle en Haïti, j’avais en effet envie d’acquérir de l’expérience professionnelle sur le sujet. c. Stage au sein de l’Unité pour la Traite des Personnes, l’Enfance Migrante et le Genre de la mission de l’OIM à Mexico Mon stage s’est déroulé sur six mois, du 1er février au 2 août 2013. Voici un aperçu des conditions dans lesquels il a eu lieu, ainsi qu’une analyse des missions et travaux qui m’ont été confiés tout au long de la période. i. Conditions de travail et missions au sein de l’OIM Accueil et conditions de travail Mon arrivée au sein de la mission s’est très bien passée. J’ai été accueillie par ma tutrice de stage, Denisse Velázquez Galarza, qui m’a fait faire un tour des lieux et présentée à l’ensemble de la mission. L’unité à laquelle j’ai été intégrée est constituée de Denisse, Coordinatrice de l’unité, et Eva Reyes, juriste et experte sur la traite qui a été contractée uniquement pour un projet précis sur la traite financé par le gouvernement des Etats-Unis. Selon les périodes s’ajoutent également entre une et six stagiaires de différentes nationalités et de formations diverses – bien que toutes en lien avec les relations internationales. La mission de l’OIM est située dans une vieille maison dans un quartier calme de la ville, à l’écart des autres bureaux de l’ONU. Etant arrivée à un moment où il n’y avait pas beaucoup de stagiaires j’ai tout de suite eu un bureau et des équipements informatiques personnels. Les stagiaires arrivées les mois suivants n’ont pas eu cette chance dû au manque de place et de matériel. On peut donc dire que j’étais privilégiée par rapport à certaines stagiaires concernant mes conditions de travail plus que correctes. Par ailleurs, l’atmosphère de travail est restée dans son ensemble plutôt sympathique. Bien que la personnalité du CdM ait créée de fortes tensions entre lui-même et les employés, qui étaient en grande majorité toujours très stressés, je n’ai pas été affectée autant que les autres par ces pressions dû au fait que je n’étais « que » stagiaire. Il m’est cependant arrivé d’être confrontée directement à ses sautes d’humeur, ce qui force la maitrise de soi tout en apprenant à se détacher et prendre du recul dans les relations professionnelles. Au sein de l’Unité de Traite l’ambiance était plus sympathique, bien que stressante. L’unité manque d’organisation et cela s’en ressent dans le travail quotidien : retards dans les rendus de documents, préparations de projets à la dernière minute… ce n’étaient donc pas les conditions optimales pour un apprentissage professionnel. Cela m’a particulièrement gênée lorsqu’il s’agissait de préparer le voyage aux Etats-Unis d’une famille mexicaine dans le
  20. 20. 11 cadre du programme de réunification familiale, et qu’on ne les prévenait que quelques jours avant le départ de la date du voyage et des modalités. Après discussion avec Denisse nous avons tenté de mieux nous organiser mais le nombre important de tâches à réaliser au quotidien n’a pas vraiment permis de progrès dans ce domaine. Il me semble que le manque d’organisation provient également du manque d’expérience de Denisse en tant que coordinatrice (moins d’un an à ce poste) et de sa difficulté à déléguer le travail. Même quand elle assignait des tâches, que ce soit à Eva l’experte de projet ou aux stagiaires, elle souhaitait toujours vérifier en détail ce qui avait été fait et se rajoutait ainsi de nombreuses taches à la pile de travail qu’elle avait déjà à faire. D’où les importants retards inévitables dans toutes les activités de l’Unité. Néanmoins je me suis peu à peu habituer à cette façon de travailler et ai ainsi su me créer et saisir des opportunités tout en acquérant une solide expérience professionnelle. Définition des missions Mon rôle de stagiaire avait été défini dans la convention de stage principalement comme celui d’un appui à la préparation des activités de deux projets principaux : le projet de Renforcement de la législation contre la traite dans les Etats de la République et le projet de Renforcement des capacités d’attention et de protection des migrants vulnérables en Amérique centrale. Parallèlement la convention annonçait ma possible implication dans diverses réunions de travail, séminaires, ateliers de formations et tout autre événement organisé par l’OIM ou auquel elle serait invitée, ainsi que la rédaction de documents de travail et l’appui aux activités quotidiennes de l’Unité en général. A mon arrivée j’ai eu un début de briefing incomplet sur mon rôle concret, ce qui a rendu délicat le début du stage ainsi que la compréhension et l’entrée dans mon rôle. Denisse avait peu de temps pour bien me présenter les activités et j’ai donc principalement découvert les projets et appris mon travail au fur et à mesure des activités. Par chance, durant mon premier mois la stagiaire qui était là avant moi a pu m’aider à me familiariser avec les procédures et les projets. Cependant j’étais sans cesse obliger de demander des explications et des informations, d’insister pour pouvoir parler avec Denisse et mieux comprendre mon travail, ce qui est devenu pesant à la longue. En fin de compte, mon travail s’est peu à peu adapté aux besoins de l’Unité, ainsi qu’à mes compétences et intérêts. Davantage que de travailler sur le projet de Renforcement des capacités d’attention et de protection des migrants vulnérables en Amérique centrale, j’ai ainsi été mise en grande partie sur les Cas de Washington. Il s’agit d’un programme de l’OIM Washington, qui consiste à faire venir aux Etats-Unis les familles des victimes mexicaines trafiquées chez le voisin américain. Après quelques semaines de stage, j’étais quelque peu déçue que mon travail se cantonne majoritairement à des tâches administratives et logistiques. J’aurais effectivement
  21. 21. 12 préféré faire davantage de travaux de fond sur le thème de la traite ou de la migration. Mais finalement je me suis aperçue que le travail de l’Unité de Traite en général demeurait très logistique. Bien que nous travaillions directement avec les familles des victimes de la traite par exemple, notre travail se limitait finalement à les aider à préparer leur voyage aux Etats- Unis : demander les passeports, les visas, acheter les billets d’avion et les accompagner à l’aéroport. Mais en fin de compte je me suis habituée à ce travail et, lorsque j’ai pu accompagner pour la première fois une jeune fille à l’aéroport pour son départ à New York, j’ai été très heureuse en ce que j’avais pu un peu contribuer à améliorer sa vie future et surtout à retrouver sa sœur ainée. Le reste des activités de l’Unité est également centré sur un appui logistique, comme pour le renforcement des capacités des refuges pour migrants et leur approvisionnement en matériel, lits, médicaments. Et lorsque le travail demandé se faisait davantage sur le fond, je n’y participais que de loin, comme en appuyant l’organisation des ateliers de formation des fonctionnaires fédéraux, ou bien en faisant quelques commentaires lors de la rédaction de propositions de projets ou de documents des Nations Unies. En soi, j’ai été déçue les premières semaines au vu du décalage entre mes attentes vis- à-vis de ce stage et la réalité. Mais petit à petit je me suis appropriée la mission et les valeurs de l’OIM et ai pu profiter de cette expérience a 100%. Collaborations Au cours du stage, j’ai été amenée à collaborer avec une grande diversité d’acteurs, tant en interne qu’en externe. Au sein de l’OIM, mis à part mes collègues de l’Unité, j’ai principalement collaboré avec l’Unité d’Administration et Finances, par laquelle il fallait passer pour toute demande de paiement concernant les dépenses liées aux projets (paiement de passeports, remboursements de coûts de transports…). Il fallait par ailleurs respecter une procédure spécifique pour toute demande de paiement, assez lourde mais avec laquelle je me suis rapidement familiarisée. J’ai également été en contact permanent avec l’Assistante du CdM, qui me demandait parfois d’aller à tel ou tel événement en son nom, et qui coordonne le fonctionnement de la mission. Enfin, la coopération a été importante avec l’Unité d’Opérations, qui est celle qui négocie des tarifs préférentiels avec les compagnies aériennes et achète les billets d’avion que l’Unité de Traite lui demande pour les cas de réunification familiale. Par ailleurs, j’ai également été en contact tout au long de mon stage avec le Manager de Projets de l’OIM Washington, qui coordonne les cas de réunification familiale des victimes de traite mexicaines aux Etats-Unis. La collaboration impliquait une coordination
  22. 22. 13 dans la prise de contact avec les victimes/avocats/familles des victimes afin d’organiser le voyage le plus rapidement possible et dans les meilleurs conditions, ainsi que des contacts très réguliers tout au long de la préparation de chaque cas. De plus, chaque dépense liée à un cas devait préalablement être approuvée par le Manager de Washington. Nous étions également en contact avec les équipes de l’OIM des aéroports de Chicago, Newark, John F. Kennedy à New York, Los Angeles et Miami, afin de coordonner avec eux les arrivées et/ou transits des familles par ces villes. De plus, durant les processus de préparation du voyage, j’ai développé une collaboration avec l’ambassade des Etats-Unis à Mexico, notamment avec le service des visas de victimes et avec l’équipe de Homeland Security qui devait intervenir pour certains cas de haute sécurité. Tous ces collaborateurs nous ont permis de faire avancer certains cas plus rapidement, en avançant les rendez-vous consulaires ou en négociant directement avec les autorités mexicaines ou les compagnies aériennes pour laisser sortir des mineurs auxquels ils manquaient certains documents. Dans un cas en particulier la coopération a été particulièrement efficace et a bien mis en valeur l’importance de la coordination entre les différentes institutions et la valeur ajoutée de chacune. J’ai également eu affaires aux autorités mexicaines, notamment lors des demandes de passeports. Contrairement à la collaboration avec les autorités américaines, celle-ci ne s’est pas toujours aussi bien passée. Dans certains bureaux étatiques du Ministère de l’Intérieur, les fonctionnaires n’avaient jamais entendu parler de l’OIM, ne comprenaient pas bien le programme mené et refusaient donc de nous fournir l’assistance demandée alors que nous l’obtenions très facilement dans d’autres Etats. L’obtention des passeports a donc été compliquée pour certains cas, retardant par conséquent le processus de réunification. A présent je vais introduire plus en détail le travail que l’on m’a confié durant ces six mois et ce que j’en ai retiré. ii. Analyse des tâches réalisées en tant que support de l’Unité pour la Traite Comme son nom l’indique, l’Unité à laquelle j’ai été intégrée se concentre sur trois thématiques principales liées à la migration : la traite des personnes, les questions de genre dans la migration, et le cas des enfants migrants. Au vu de mon début de spécialisation sur le thème de la traite durant le Master 1 et de mon intérêt pour le thème, j’ai surtout été assignée à des tâches concernant le premier élément. J’ai tout de même pu participer, ponctuellement, à des événements sur le thème des enfants migrants et du genre dans la migration, tout en ayant un aperçu de l’aide apporté aux refuges pour migrants vulnérables.
  23. 23. 14 Appui à la capacitation des institutions mexicaines sur le thème de la traite Ma première mission a été d’appuyer l’organisation et le suivi des ateliers de formation organisés par l’OIM pour les législateurs mexicains et la société civile de chaque Etat sur la nouvelle Loi Générale en Matière de Traite (« Ley General Para Prevenir, Sancionar Y Erradicar Los Delitos En Materia De Trata De Personas Y Para La Protección Y Asistencia A Las Víctimas De Estos Delitos »), adoptée le 14 juin 2012 au niveau fédéral. Le projet est financé par le Département d’Etat américain J/TIP. Le but est de faire connaître et comprendre la nouvelle Loi Générale aux législateurs mexicains et acteurs de la société civile afin de renforcer leurs capacités respectives en matière de prévention, persécution et éradication du phénomène. Pour ce faire, Eva Reyes, consultante embauchée pour le projet, a conduit des ateliers de capacitation dans chaque Etat de la Fédération. Chaque fois, il y avait un atelier pour le Congrès étatique, et un atelier pour la société civile. Les ateliers dirigés à la société civile accueillaient des représentants de l’Institut National pour les Migrations, de la Commission Etatique des Droits de l’Homme, des ONG d’aide aux migrants ou aux victimes de traite, d’universitaires etc. Au 31 juillet 2013, 70 ateliers avaient été conduits et plus de 3 300 personnes formées26 . Mon travail se faisait à la fois en amont et en aval de chaque atelier. En amont des formations, en marge de l’organisation pure et dure de l’atelier qui incluait de contacter les personnes cibles, de se mettre d’accord sur la date et le lieu avec la partie prenante de chaque Etat, ou encore de contracter un traiteur, nous devions répondre à des exigences pointilleuses du gouvernement américain. La politique américaine est très stricte sur le type de personnes qui peuvent recevoir des fonds via les projets financés par le gouvernement. En effet il ne faut pas qu’une personne ayant dans le passé violé d’une manière ou d’une autre des droits humains puisse prendre part à un des ateliers financés par le gouvernement américain. Par conséquent, nous devions compiler une liste détaillée des futurs participants à l’atelier qui possédaient le pouvoir de porter une arme ou de maintenir en détention une personne, appelée vetting. Pour cela, nous envoyions des formulaires d’inscription aux personnes invitées. Le problème est que nous devions envoyer le vetting au gouvernement américain 30 jours ouvrés avant la date de chaque atelier. Ce qui impliquait de prévoir très à l’avance chaque formation pour avoir le temps de tout organiser et de récolter les fiches d’inscriptions – chose peu aisée au Mexique où le respect des dates butoirs est loin d’être le sport national. Dû aux retards, certains ateliers ont dû être reprogrammés dans quelques Etats car le temps nécessaire au vetting avait été largement dépassé et ne permettait pas l’organisation de la formation dans des conditions optimales. Une fois l’atelier mis en place, il fallait ensuite que je prépare les matériels nécessaires à son déroulement : liste de présence, agenda, texte de la loi en question, et 26 Document interne.
  24. 24. 15 questionnaires pré et post-atelier. En effet, afin de mesurer l’impact de chaque atelier de formation, chaque participant était soumis à un test de cinq questions avant le début de la séance afin de mesurer les connaissances déjà possédées sur la nouvelle Loi Générale et le thème de la traite. Les participants refaisaient le même test à la fin de la séance, et nous pouvions ainsi voir la marge de progrès qu’avait permise l’atelier. Au retour des ateliers, je devais ainsi systématiser les données récoltées. Pour chaque atelier, j’ai calculé la marge de progression générale des participants grâce à l’atelier afin d’en tirer le bilan et de permettre également, éventuellement, une amélioration de la méthode d’enseignement. Par ailleurs, les participants évaluaient également chaque fois la qualité de l’atelier et de l’exposante. Cette procédure de systématisation était une exigence de J/TIP, à intégrer aux rapports trimestriels et annuel. Cf annexe 7 pour un document-type de systématisation des données. Une fois le travail de systématisation terminé, nous envoyions les diplômes à chaque participant. Le diplôme ne dépendait en aucun cas du taux de réussite d’une personne au test, qui était de toute façon anonyme. Il s’agissait seulement d’une attestation de participation à la formation, sensée attester des nouvelles connaissances et compétences acquises par le participant. A part ce qui touchait purement aux ateliers, j’étais également en charge de préparer le voyage de la ou les collègues qui allaient exposer durant les ateliers : faire la demande d’autorisation auprès du CdM, demander aux collègues d’Opérations d’acheter les billets d’avion, réserver l’hôtel, coordonner la réception à l’aéroport avec les parties prenantes, et faire la « Security Clearance » obligatoire sur le site des NU, déclaration informatique que chaque employé du système doit réaliser lorsqu’il part en voyage, pour des raisons de sécurité. En raison de la limitation des fonds je n’ai jamais pu aller en voyage avec Eva ou Denisse assister à un atelier dans un autre Etat. J’ai cependant pu y prendre part à plusieurs reprises dans le District Fédéral. Je suis d’abord allée à la Commission des Droits de l’Homme du District Fédéral (Comisión de Derechos Humanos del Distrito Federal - CDHDF) avec Eva et Denisse afin d’assister à l’atelier une première fois, d’en découvrir le contenu, de voir comment étaient conduits les exercices de groupes, en bref de m’imprégner du projet. Quelques mois plus tard, à l’INM, j’ai assisté Eva durant le déroulement de l’atelier, en présentant certaines parties et en coordonnant les activités de groupe. A ce niveau-là, je connaissais déjà presque le contenu de la présentation par cœur puisque j’avais eu l’occasion de la voir de nombreuses fois au cours des mois précédents, notamment lors d’événements autres que ces formations J/TIP auxquelles Eva et Denisse avaient participé. Ces événements autres incluaient les conférences auxquelles Eva et/ou Denisse étaient invitées à parler de la traite des personnes, tout comme celles organisées par l’OIM dans le cadre d’autres projets, mais qui reprenaient les mêmes éléments. En fin de compte, le projet
  25. 25. 16 J/TIP a servi de base pour développer des ateliers de formation plus généraux afin de toucher un public plus large. Ainsi, le 19 février, nous avons conduit un atelier de sensibilisation et capacitation de quelques heures à l’ambassade du Pérou à Mexico, en présence de 19 représentants consulaires des ambassades d’Amérique centrale et latine présentes dans la capitale mexicaine. Cf annexe 8 pour le bulletin sur cette formation. De plus, dans le cadre du projet régional de l’OIM, les bureaux régionaux de l’OIM et du HCR au Costa Rica ont organisé un atelier de formation sur six jours sur le thème des droits des migrants en Mésoamérique à conduire dans chaque Etat membre. La particularité de cet atelier est qu’il s’agissait d’une « formation de formateurs ». En d’autres termes, les personnes à former devaient être choisies de manière stratégique dans chaque institution ciblée afin qu’elles puissent elles-mêmes répliquer la formation auprès de leurs subordonnés. L’Unité de Traite de l’OIM Mexico a constitué le point relais pour aider à l’organisation de cet atelier au Mexique. J’ai donc contribué à la rédaction et l’envoi des invitations aux participants des institutions clés du gouvernement et de la société civile et au suivi des inscriptions. J’ai organisé les coffee breaks en collaboration avec un traiteur contracté pour les six jours de formation. Comme pour les ateliers J/TIP, j’ai préparé les matériels pédagogiques, les manuels de formation, les listes de présence etc. J’ai également fourni un appui logistique durant toute la formation, avant, pendant et après chaque session quotidienne, et ai appuyé Denisse et Eva dans la conduite des exercices de groupes. A la fin, j’ai coordonné les examens passés par les candidats et le suivi de chacun. Cette fois-ci, l’obtention du diplôme dépendait de la note obtenue à l’examen. Sur 33 candidats, seules deux n’ont pas été diplômées, et ce uniquement pour n’avoir pas assisté au nombre minimum requis de sessions sur les six jours. Cf annexe 9 pour le bulletin sur cette formation. Cette formation a été très enrichissante pour moi également, puisqu’elle a élargi le champ de mes connaissances à davantage que le seul thème de la traite. Ont été abordés les droits humains des migrants et des réfugiés, les questions de genre dans la migration, les enfants migrants non accompagnés, les indigènes… Les discussions entre participants étaient très éclairantes puisqu’ils faisaient part de leurs expériences respectives dans le domaine de la protection et assistance aux migrants. Venant de milieux différents, les groupes « Beta » de protection aux migrants le long des routes migratoires, les juges et avocats, ou encore les employés d’ONG ou de refuges pour migrants ont débattu de leurs visions respectives sur les problèmes existants en matière de migration au Mexique et dans la région, et les manières de les adresser. En parallèle de la formation des acteurs de la lutte contre la traite, j’ai également participé aux programmes d’assistance directe aux victimes de traite.
  26. 26. 17 Assistance directe aux migrants vulnérables et aux victimes de traite L’OIM assiste les migrants et leurs familles dans le cadre de deux projets différents : le projet régional de l’OIM et le programme de l’OIM Washington. Dans le cadre du projet régional, l’OIM vient en aide à tous types de migrants dits vulnérables, que sont les femmes, les enfants non-accompagnés, les malades et handicapés, les demandeurs d’asile, les migrants extra-continentaux, la communauté Lesbienne-Gai-Bi-Transsexuel-Transgenre-Intergenre (LGBTTI) et les victimes de crime. C’est par ce biais que nous avons pu conduire diverses actions avec les consulats des pays d’Amérique centrale à Mexico, grâce auxquels nous avons organisé le retour dans leur pays d’origine de mineurs migrants, ou encore la réunification d’un jeune Colombien avec son père, refugié à Mexico. Les victimes de traite étrangères ou nationales rencontrées au Mexique peuvent également bénéficier d’un programme d’assistance et de protection et, si elles en expriment le souhait, de rapatriement. Mais la majorité des cas que j’ai conduits s’inscrivaient dans le cadre du Programme de Retour, Réintégration et Réunification Familiale des Victimes de Traite des Personnes aux Etats-Unis géré par l’OIM Washington, qui vient en aide aux victimes de la traite mexicaines se trouvant aux Etats-Unis. Le déroulement d’un cas est le suivant. Une victime de traite est détectée aux Etats- Unis par une organisation de la société civile. Celle-ci entre en contact avec l’OIM Washington et remplit une demande d’assistance. L’avocat de la victime et l’OIM Washington vont alors aider la victime à obtenir un visa U (domestic violence) ou un visa T (trafficking), valable quatre ans et qui permet à la personne de résider légalement et travailler sur le territoire américain. A terme, l’idée est d’obtenir la résidence permanente. Une fois la victime en règles, l’OIM Washington envoie à Mexico le dossier de la victime avec les informations des membres de la famille à faire voyager aux Etats-Unis. C’est là que mon travaille commençait. Je devais prendre contact avec la famille de la victime au Mexique – un époux, une épouse, des grands-parents en charge des enfants de la victime – afin de commencer avec eux la procédure de demande de passeport. A noter que les membres de la famille qualifiant pour le programme de réunification sont uniquement les membres directs : époux, enfants, parents, frères et sœurs27 . Bien souvent, ces familles vivaient dans de petits villages, sans téléphone fixe, sans internet, sans compte en banque. Les adultes étaient souvent analphabètes, les enfants allaient à l’école mais avaient parfois de grosses difficultés. Le processus de demande de passeport, qui a l’air simple au premier abord, devenait alors infiniment compliqué puisque bien souvent les personnes n’avaient pas les papiers demandés, tels leur acte de naissance, et vivaient loin de la délégation du SRE où ils devaient se rendre pour faire la demande. 27 Une réforme est en cours afin d’ouvrir la réunification aux petits-enfants des victimes également.
  27. 27. 18 Afin de faciliter le procédé, je devais donc contacter lesdites délégations pour leur expliquer le programme et le cas assisté, dans le but de faciliter et rendre plus flexible la procédure. La plupart du temps cela fonctionnait, mais de temps en temps la procédure se compliquait davantage, comme expliqué précédemment. Par ailleurs, il fallait trouver un moyen de faire parvenir l’argent nécessaire au paiement des passeports à la famille avant leur rendez-vous. Les familles n’ayant généralement pas de comptes en banques, nous devions transférer l’argent via des maisons de change. Il fallait alors faire preuve d’anticipation, tant au niveau des montants qui allaient être nécessaires qu’au niveau du timing pour envoyer l’argent à la famille – qui n’avait généralement pas les moyens d’avancer de grosses sommes. Une fois les passeports obtenus, il fallait organiser la venue des membres de la famille à Mexico afin qu’ils passent un entretien consulaire en vue d’obtenir le visa dérivé U ou T. Pour cela, je remplissais les formulaires en ligne du gouvernement américain afin de prendre rendez-vous au Centre d’Attention aux Demandeurs de Visas (Centro de Atención para Solicitantes - CAS) et au Consulat. Cette procédure est laborieuse et beaucoup d’informations sont nécessaires, ce qui oblige à bien préparer les dossiers avant toute sollicitude afin de ne manquer d’aucune information, ce qui pourrait nuire à la demande de visa. Le jour des rendez-vous, je me rendais avec les membres de la famille au CAS et au Consulat. N’ayant cependant pas la permission d’entrer, je les attendais dehors et les aidais seulement à préparer l’entrevue à l’avance, en les rassurant sur les questions qu’on leur poserait et révisant avec eux les documents à présenter. Dans les 24 à 48h qui suivaient, les visas étaient prêts et nous allions les chercher au Consulat. Le lendemain, la famille prenait l’avion pour les Etats-Unis. Là encore, j’allais les chercher à l’hôtel pour les accompagner à l’aéroport et les préparer à leur vol. Durant l’intégralité de leur séjour à Mexico, les familles sont logées et nourries aux frais de l’OIM. Tous les documents de voyages et les billets d’avion sont également pris en charge par le projet, ainsi que les frais de déplacement induits par les procédures administratives. La plupart des personnes concernées par le programme n’étaient jamais sorties de leur ville ou village. Il ne faut pas oublier non plus que ce voyage représente un changement de vie considérable pour chaque famille, qui laisse tout derrière elle pour aller recommencer une vie dans un pays étranger dont elle connait à peine la culture et ne parle en général pas la langue. Les voyageurs sont donc dans un état de stress important, et mon travail était de les rassurer et les aider au maximum. Souvent, il était difficile d’obtenir un vol direct depuis Mexico jusqu’à la ville dans laquelle la famille allait s’installer. Afin de faciliter le moment de l’escale, nous faisions en sorte de toujours, à moins que cela soit vraiment impossible, faire passer la famille par un port d’entrée (Port of Entry - POE) au sein duquel était présente une équipe de l’OIM. Les
  28. 28. 19 POE sont les aéroports de Chicago, Newark, John F. Kennedy à New York, Los Angeles et Miami, qui comptent parmi les zones avec le nombre le plus important d’immigrés mexicains. Dans les POE, l’OIM aide ainsi les familles à passer l’immigration et en cas de problème avec les visas ou autre peuvent intervenir directement pour régler la question. J’ai trouvé la coordination entre les bureaux de Mexico, Washington et les équipes des POE plutôt bien rôdée. A chaque fois, Mexico annonçait le départ, l’équipe du POE annonçait la réception et le second départ, et l’équipe de Washington annonçait l’arrivée à bon port de la famille via ses contacts avec l’avocat de la victime. Dans deux des cas que j’ai gérés, la victime était rentrée des Etats-Unis et voyageait donc avec ses enfants. Dans le premier cas, la victime était rentrée suite aux menaces faites par son ex-compagnon, le trafiquant, à l’encontre de leur jeune fils, qui vivait avec lui au Mexique. La procédure de demande de visa pour cette femme a donc été très compliquée puisqu’elle a dû faire des démarches additionnelles étant donné qu’elle était entrée et sortie des Etats-Unis illégalement et que son statut n’avait pas encore été régularisé. Le premier rendez-vous à l’ambassade a donc été un échec et son visa lui a été refusé. Comme elle vivait à Mexico dans un refuge de haute sécurité avec son fils, ça n’a pas été trop compliqué de retourner à l’ambassade pour sa seconde demande de visa. Son fils lui étant né aux Etats-Unis, son voyage était plus simple à organiser. Au final la mère et le fils ont pu s’envoler pour le Texas en toute sécurité. Dans le deuxième cas, la victime avait déjà obtenu son visa T et bénéficiait d’une autorisation spéciale du gouvernement américain pour rentrer trois mois au Mexique. En effet lorsqu’un Mexicain obtient un visa, quel qu’il soit, il ne peut normalement pas retourner au Mexique avant plusieurs années. Dans ce cas-là victime a obtenu un Advance Parole pour pouvoir faire les corrections nécessaires à l’acte de naissance de son fils et obtenir les passeports de ses deux enfants. Nous avons donc dû faire de ce cas une priorité afin que la famille voyage avant l’expiration du Parole de la victime. Elle avait elle-même fait les demandes de passeport de ses enfants, nous n’avions donc plus qu’à les faire venir à Mexico et organiser la demande de visa et le voyage. En somme, ce travail d’assistance est demeuré très logistique : organiser les voyages, réserver les hôtels, faire les demandes d’argent à l’OIM pour couvrir les besoins de la famille… mais en fin de compte j’ai beaucoup aimé cette activité. La première fois que j’ai rencontré une des victimes et son fils, le projet s’est soudain concrétisé et j’ai réalisé que j’allais pouvoir contribuer à l’amélioration de la vie des personnes que j’avais en face de moi. Le côté humain était très fort dans chacun des cas : je connaissais l’histoire de la victime et sa famille, j’étais en contact régulier avec eux pendant des semaines, voire des mois pour les cas les plus compliqués, puis je passais quelques jours avec eux avant le grand départ. La plupart des victimes étaient à peine plus vieilles que moi, voire même plus jeunes. Je me suis attachée à ces personnes, surtout quand il y avait de jeunes enfants qui bien souvent détendaient l’atmosphère et rendaient les choses plus faciles.
  29. 29. 20 L’ambiance était cependant toujours un peu spéciale car les familles des victimes ne savant pas en général ce qui est arrivé à leur époux/enfant/frère ou sœur. Par conséquent, lorsqu’une mère de famille dont le mari avait été trafiqué et exploité aux Etats-Unis m’a demandé pourquoi l’OIM aidait sa famille, je n’ai pu que lui répondre vaguement que son mari avait demandé à faire partie du programme de réunification familiale que nous menions. J’ai bien senti qu’elle savait que je ne lui disais pas tout et je me suis sentie gênée. Mais j’étais obligée de respecter la requête de son mari et son droit à ne pas dévoiler son histoire. Si elle était amenée à savoir la vérité, c’est de toute façon mieux qu’il en parle lui-même à son épouse plutôt qu’elle l’apprenne par un tiers. Au final, je suis déçue que l’OIM Mexico ne procure pas de réel suivi de ces cas. J’aimerais savoir ce qu’ils deviennent, si la décision de vivre aux Etats-Unis était la bonne. En effet, arrivant sans éducation, parfois sans qualifications, je me demande comment les personnes que j’ai aidées à voyager s’en sortent. Ont-elles trouvé du travail ? Sont-elles intégrées dans la communauté où elles vivent ? Est-ce qu’elles n’auraient pas été plus heureuses en restant chez elles dans leur village d’origine ? Bien sûr parfois, pour des raisons de sécurité, il est impossible que la victime et sa famille restent au Mexique – risques de représailles, de re-victimisation… Et en théorie il y a des ONG qui aident les victimes de traite, ou les migrants en général, à s’intégrer aux Etats-Unis. Mais dans les faits, font-elles bien ce travail ? Les familles sont-elles aidées ou lâchées dans la nature, livrées à elles-mêmes pour se reconstruire une vie ? Toutes ces questions sont restées sans réponse. J’aurais beaucoup aimé pouvoir accéder à un suivi, une sorte d’évaluation de l’impact du programme pour savoir si oui, effectivement, le déménagement au Etats-Unis était la meilleure solution pour ces familles. Par ailleurs, dans un cas que j’ai traité, par manque de fonds nous n’avons pu faire partir qu’un membre de la famille. Il s’agissait d’une jeune fille qui allait rejoindre sa sœur aînée, la victime. La mère et les deux jeunes frère et sœur sont eux restés au Mexique, dans l’attente de l’obtention de nouveaux fonds. Bien que dans ce cas la famille ait choisi elle- même quel membre allait rejoindre la victime en premier, ce fut un moment très déchirant. N’ayant le droit de rentrer au Mexique durant plusieurs années, la jeune fille, au moment de partir, ne savait pas quand elle allait revoir sa mère. Ce cas-ci fut le premier que j’ai eu à coordonner, d’autant plus complètement seule. J’ai eu donc un peu de mal à gérer la situation et parler avec la famille au moment du départ. Dans ce cas, ne fait-on pas empirer la situation en déchirant à nouveau la famille ? Ou cela vaut-il la peine puisque la victime pourra, elle, retrouver un proche ? Chaque famille le vit différemment et c’est donc très difficile de savoir ce qui est mieux pour chacun. Deux mois avant la fin de mon stage, de nouveaux fonds ont été alloués aux Cas de Washington et nous avons pu rouvrir ce dossier afin de faire voyager les trois membres de la famille restant. Les Cas de Washington ont ainsi constitué la majeure partie de mon travail. Cette activité m’a beaucoup plue, malgré les difficultés et les obstacles rencontrés. En tout, j’ai pu
  30. 30. 21 assister six familles jusqu’au bout du processus, ce qui représente 13 personnes, dont neuf enfants ; ainsi que trois victimes – rentrées au Mexique pour diverses raisons. Cf annexe 10 pour les statistiques des Cas de Washington. J’ai également travaillé sur cinq autres cas, que je n’ai pas eu le temps de mener à terme avant la fin de mon stage. Cf annexe 11 pour un résumé de quelques cas traités. En parallèle, j’ai également participé à de nombreux événements auxquels l’OIM avait été invitée. Représentation de l’OIM lors d’événements En tant que membre de l’UNCT, l’OIM est souvent invitée à des réunions inter- agences des NU, ainsi qu’à des événements nationaux et locaux du gouvernement mexicain et de la société civile. Très souvent, le CdM ou la Coordinatrice de l’Unité m’envoyaient à leur place aux événements afin de représenter l’OIM et leur faire un compte-rendu de ce qui s’était dit. J’ai ainsi assisté à diverses présentations d’ouvrages et rapports qui ont élargi mon champ de connaissances sur des thèmes variés comme les enfants migrants détenus à la frontière sud, la construction de statistiques migratoires, l’implication des hommes dans la lutte contre la traite, le droit international des droits de l’homme, ou encore le lien entre genre et migration. La plupart du temps les exposants étaient des références dans le domaine en question et les discours et débats étaient plutôt intéressants. Mais c’est arrivé quelques fois que les exposants présentent des faits erronés, voire faux. Plusieurs fois j’ai été choquée par les généralisations et amalgames faits par certains exposants, notamment au vu de mes connaissances et de ma nouvelle expérience de terrain en matière de migration/traite/genre. J’ai également participé à diverses réunions de l’ONU et ai pu approcher de l’intérieur le fonctionnement de l’organisation. J’ai entre autres pu assister à la phase finale de rédaction du Plan Cadre de l’Aide au Développement des Nations Unies (United Nations Development Assistance Framework – UNDAF) pour le Mexique ainsi qu’au Diagnostic Pays qui en servait de base. A la demande du CdM, j’ai contribué à réviser et commenter le diagnostic pays afin d’y intégrer davantage la thématique migratoire. Suite à la réunion inter-agences sur l’UNDAF a eu lieu une réunion avec des représentants de la société civile, afin de récolter leurs attentes et mieux cerner leurs besoins. Seulement, cette consultation a eu lieu après la rédaction finale de l’UNDAF et ne permettait donc pas d’intégrer au document final les points soulevés ce jour-là. Cela illustrait très bien le côté hypocrite du travail de l’ONU, et la volonté de promouvoir une image, de jouer sur la communication, de se dire ouvert et démocratique, sans faire complètement suivre les actions. J’ai tout de même pu assister à une table ronde très instructive organisée par la Commission Economique pour l’Amérique Latine (CEPAL) sur le thème de l’économie
  31. 31. 22 mexicaine. Cet événement m’a changé des thèmes que je traitais habituellement. Les interventions des panelistes étaient de haut niveau et les interactions avec l’audience – des représentants des agences de l’ONU – très intéressantes. Ce qui a semblé étrange, c’est que les CdM eux-mêmes avaient été invités à cet événement, et que comme d’habitude le CdM de l’OIM envoyait un stagiaire pour le représenter. Sauf que cette fois-ci, face à un public réduit composé quasi exclusivement des chefs d’agences ou de leurs seconds, je ne me sentais pas très à l’aise. J’ai aussi trouvé que c’était un témoignage de manque d’intérêt, voire de manque de respect, que le CdM de l’OIM, une fois de plus ne vienne pas en personne aux événements auxquels il est invité. Ce thème a déjà été débattu de nombreuses fois en interne, les collègues tentant de faire comprendre au CdM que ça n’a pas le même impact que ça soit un de ses subordonnés qui aille sans cesse aux réunions et non lui en personne. De plus, j’ai pu assister à l’inauguration d’une nouvelle auberge pour migrants vulnérables à Mexico. L’OIM avait été invitée en tant que donateur principal, ayant permis le réaménagement des salles de bain et équipé la cuisine. Après une visite de l’auberge menée par les bonnes sœurs qui la tiennent, le CdM ainsi que d’autres invités tels que le Représentant du HCR, des Ministres, ou encore des Consuls, ont dit quelques mots sur le thème migratoire, leur travail, ce qu’ils attendaient de la nouvelle auberge. Réservée aux femmes, l’auberge accueillait alors déjà des migrantes venant d’Amérique centrale, de Russie ou encore d’Afrique – de quatre à 80 ans. Les migrantes avaient préparé des chants et certaines ont raconté leur histoire. Après un moment émouvant et quelques larmes, elles nous ont invités à venir déguster des plats traditionnels de chacun de leurs pays. J’ai beaucoup apprécié cet événement car pour une fois ce n’était pas juste une table ronde avec de grandes paroles sur quoi faire et comment le faire. Il s’agissait d’aller sur le terrain et voir la réalité de la migration, de parler avec les migrantes et avec celles qui les aident. Le dernier type d’événement auquel j’ai pu assister fut le lancement d’une radionovela sur le thème de la traite, intitulée « El silencio duele ». Le bureau régional de l’OIM au Costa Rica avait recueilli des témoignages de victimes de traite, de sexes, âges, et origines différentes, ayant subi diverses formes d’exploitation. En partenariat avec le centre de communication Voces Nuestras, le but du projet est de diffuser au maximum ces témoignages, réécrits et scénarisés pour en faciliter la diffusion à la radio, afin de faire connaitre le phénomène de la traite. Dans le but de favoriser la diffusion de la radionovela au Mexique, l’OIM Mexico s’est associée à l’Association Mondiale des Radiodiffuseurs Communautaires (AMARC). Le réseau étant bien implanté dans les communautés mexicaines les plus pauvres, où les personnes sont les plus vulnérables à la traite, l’espoir est grand que la sensibilisation puisse toucher un certain nombre de populations vulnérables et de potentielles victimes. Le lancement de la radionovela a réuni des représentants de l’OIM Mexico, de l’AMARC, de Voces Nuestras, de la Commission contre la Traite du Sénat de la République, ainsi que de l’Observatoire Contre la Traite des Personnes pour des Fins
  32. 32. 23 d’Exploitation Sexuelle du District Fédéral. Le public, peu nombreux, était une audience avertie et déjà engagée auprès de cette cause, qui a su rendre la discussion post-lancement intéressante et dynamique. Enfin, aboutissement en quelque sorte de mon travail de représentante de l’OIM, j’ai pu moi-même délivrer une présentation durant un événement auquel l’OIM avait été invitée, dans la ville de Puebla. Dans le cadre d’une exposition photographique à propos des migrants qui traversent le Mexique sur les trains de marchandise pour arriver aux Etats-Unis, le Musée du Chemin de Fer de Puebla avait organisé une table ronde sur le thème de « Migrations et Droits de l’Homme ». Avaient été invités à comme panelistes la Responsable du Programmes de Thématiques Migratoires de l’Institut des Droits de l’Homme Ignacio Ellacuría de l’université Ibero, un prêtre qui travaille dans les auberges et refuges pour migrants, et Denisse, la Coordinatrice de l’Unité de Traite de l’OIM. Mes collègues Denisse et Eva étant toutes les deux déjà engagées auprès d’autres collaborateurs pour un atelier de formation à Durango, Denisse m’a proposé de donner la présentation en son nom. Le thème étant libre, Eva et moi avons décidé que je présenterais le thème de « Genre et Migration : Vulnérabilités des Femmes Migrantes ». J’ai moi-même préparé la présentation, tout en espérant que je ne recouperais pas ce que les autres panelistes avaient prévus d’exposer. En effet, l’organisatrice de la table ronde n’avait donné aucune indication sur le contenu attendu de chaque présentation et j’y suis donc allée à l’aveuglette. Par ailleurs, bien que j’aie réalisé cet exercice des centaines de fois au cours de ma scolarité ainsi qu’à une conférence internationale durant mon stage de troisième année en Australie, je redoutais de devoir parler pendant 20 minutes en Espagnol – langue que j’ai réellement apprise à parler en arrivant au Mexique seulement. Le jour J, tout s’est bien passé. Nos trois présentations se sont finalement très bien complétées : la représentante de l’Institut des Droits de l’Homme a présenté le contexte général de la migration au Mexique, le prêtre a partagé son expérience concernant le travail avec les migrants, et j’ai terminé sur l’intégration de la perspective de genre dans la migration et notamment le thème de la traite des personnes, auquel les femmes migrantes sont les plus vulnérables. J’ai eu de bons retours de ma présentation, y compris sur mon niveau de langue, et l’organisatrice de la table ronde m’a fait savoir qu’elle souhaitait pérenniser ce début de collaboration avec l’OIM afin de nous faire intervenir lors de prochains événements.
  33. 33. 24 Mis à part ces trois domaines d’activités principaux, j’ai ponctuellement participé à des tâches différentes. En voici quelques-unes. Autres activités ponctuelles En marge des activités principales qui m’étaient assignées, divers événements ou activités ont ponctué mon stage. Tous les trimestres, l’Unité de Traite doit rendre un rapport au gouvernement des Etats-Unis pour rendre compte de l’évolution du projet J/TIP sur la traite. J’y ai contribué en aidant mes collègues à écrire en Anglais voire en traduisant depuis l’Espagnol, en relisant le document final, en complétant l’information sur les différents ateliers et en combinant les annexes. J’ai également appuyé la compilation des annexes pour les rapports semestriels du projet régional, notamment en écrivant des « bulletins » sur les événements menés dans ce cadre. Par ailleurs, j’ai proposé à l’OIM un projet un peu différent de ce qu’il se fait habituellement, plutôt de l’ordre du sponsoring. Un ami cinéaste italien vivant à Mexico, Giorgio, vient d’écrire un court-métrage, Ruta Sagrada (La Route Sacrée), retraçant l’histoire de migrants durant leur voyage pour les Etats-Unis. Basé sur des entretiens et des histoires vraies, son scénario venait d’être achevé au moment où je l’ai connu et il était donc à la recherche d’appuis pour réaliser le film. Déjà gagnant de nombreux prix à différents festivals pour ses courts-métrages précédents, le scénariste-réalisateur-producteur avait déjà une bonne expérience et un dossier solide. J’ai donc parlé de lui à Denisse, qui a accepté de le rencontrer afin de voir si l’OIM pouvait soutenir son court-métrage de quelque façon. Avertie du manque de financements dont souffre l’OIM, j’avais prévenu Giorgio que le soutien que nous pourrions éventuellement lui procurer ne serait certainement pas financier, mais que cela se limiterait à un « sponsoring emblématique », un appui de l’OIM à son film. L’OIM étant l’organisation phare en matière de migrations, un appui officiel à son court- métrage pourrait lui conférer un poids et une crédibilité supplémentaires, et attirer des financeurs. En contrepartie du soutien de l’OIM au film, Giorgio s’est engagé à mentionner l’OIM dans les crédits du film, inclure le nom et le logo de l’organisation dans tout type de document ou communiqué lié au film, ainsi que mentionner l’OIM comme sponsor du film dans chaque interview accordée à la presse. Comme pour son film précédent, son objectif était de parvenir à faire une tournée mondiale des festivals de cinéma et remporter des prix, augmentant d’autant plus la visibilité de l’OIM. En somme, le compromis était de le soutenir pour lui amener des financements en échange d’une communication organisationnelle gratuite. Denisse a aimé l’idée et s’est engagée à porter le projet. Cependant, les règles de fonctionnement de l’OIM imposent qu’une telle initiative soit d’abord validée par le siège
  34. 34. 25 régional, dans notre cas au Costa Rica, qui la fera ensuite valider par le siège à Genève. A ce jour, nous n’avons eu aucun retour de la part du bureau de San José au Costa Rica. Au vu de la lourdeur des procédures, le projet prendra sans doute plusieurs mois à se concrétiser et c’est une déception de n’avoir pas pu le voir se réaliser avant la fin de mon stage. Enfin, fin juillet 2013, nous avons reçu la visite du Directeur Régional de l’OIM pour la zone Mexique, Amérique centrale et Caraïbes. Ce fut l’occasion d’une discussion générale sur le rôle des bureaux régionaux, qui depuis deux ans ont perdu leur compétence de développement et gestion de projet, afin de devenir entièrement des entités de soutien administratif et logistique aux bureaux de pays. Les diverses unités ont également présenté leurs projets respectifs, et j’ai eu l’opportunité de parler des Cas de Washington. iii. Bilan du stage En définitive, ce stage m’a permis de développer de nouvelles compétences, linguistiques, administratives et logistiques, tout en renforçant celles que j’avais déjà, notamment en termes de relationnel et de communication. Bien que parfois lourd et pesant, mon travail m’a permis de bien comprendre le fonctionnement interne et administratif de l’OIM, et en partie du système des NU. Le terme « bureaucratique » a ainsi pris tout son sens lors de ces six mois d’immersion en OI. Mais mes missions m’ont également permises d’appréhender les défis en matière de communication et coopération entre parties prenantes : gouvernement, société civile, agences de l’ONU, Eglise, migrants… De par sa nature propre, chaque acteur a une vision particulière des thématiques migratoires et une façon unique de les aborder. La collaboration est essentielle, mais peu évidente à obtenir de manière très efficace. Les dédoublements d’efforts restent également importants, dus à la compétitivité qui règne toujours entres les différents acteurs, voire au sein même d’un groupe d’acteurs (e.g. entre les agences des NU). A un autre niveau, je me suis non seulement familiarisé avec les procédures des NU mais également avec les procédures migratoires des Etats mexicain et américain. Perdue au début, j’ai été le témoin de ma progressive compréhension et maitrise des questions migratoires entre les deux Etats. En fin de compte, ce stage m’a permis d’acquérir un regard critique sur le fonctionnement de l’OIM et des NU, tout en me fournissant des clés essentielles pour travailler dans le domaine de la coopération internationale et, pas à pas, contribuer à faire évoluer le système et son fonctionnement. A présent, je vais tenter d’élargir le champ d’analyse du travail de l’OIM au Mexique à partir de ce que j’ai pu observer durant mon stage et des recherches réalisées pour compléter ces constats empiriques.
  35. 35. 26 II. L’OIM : un organisme phare défié par le contexte migratoire mexicain et les évolutions du système international L’OIM est l’organisation phare dans le domaine des migrations à l’échelle internationale. Ancrée sur la scène internationale depuis plusieurs décennies, l’OIM jouit d’une présence globale d’où découlent une expertise unique, des capacités d’actions ainsi que des ressources humaines et financières importantes. Le nombre de pays membres ne cesse d’augmenter, porté à 151 avec les récentes adhésions du Malawi et du Suriname. Le nombre de projets et l’impact de l’OIM semblent donc croitre avec le temps et la reconnaissance grandissante accordée à l’organisation. La diversité des projets portés par l’OIM souligne par ailleurs la multiplicité des dimensions du phénomène migratoire. Toutefois, les évolutions du système international dans les années 1990 ont eu un impact sur l’OIM en ce qu’elles ont amené à une harmonisation des modes de fonctionnement des organisations présentes sur la scène internationale. L’OIM a donc été confrontée à un changement de son mode d’administration, notamment avec l’introduction du financement sur projets, ou projectisation28 en Anglais. Par ailleurs, les conséquences de la crise financière internationale se font aujourd’hui également ressentir au sein de l’organisation, et notamment au Mexique, avec la réduction des fonds alloués aux projets. L’objectif de cette réflexion est d’analyser les principales caractéristiques de fonctionnement de l’OIM au Mexique, afin de cerner les enjeux et limites de son action ainsi que les défis auxquelles elle est confrontée. Cette analyse sera basée sur des recherches académiques ainsi que sur des observations empiriques réalisées lors de mon stage. a. Le paradoxe migratoire : un thème très politisé, entrave au travail de l’OIM Depuis de nombreuses années, le thème migratoire fait polémique autour du monde. Avec l’arrivée de la crise économique se sont renforcés toutes sortes de stigmas et d’attitudes de rejet envers les migrants. Le Mexique, en tant que pays majeur de migrations dans le monde, n’a pas échappé au durcissement de sa politique migratoire, au nom de la sécurité nationale. La politisation du phénomène migratoire est donc devenue, depuis plusieurs années, un défi majeur pour le travail de l’OIM, qui, en tant qu’organisation humanitaire, se doit d’agir de manière neutre. i. Mise en perspective régionale du contexte migratoire mexicain Comme énoncé précédemment (I.b.i), le Mexique est à la fois un pays d’origine, de transit et de destination pour des centaines de milliers de migrants chaque année, ce qui lui 28 Afin de faciliter la lecture, nous utiliserons à partir de maintenant le terme de projectisation en référence au financement sur projets.
  36. 36. 27 vaut l’appellation de couloir migratoire le plus important au monde. En conséquence, « plus de 10% de la population mexicaine vit aux États-Unis (soit 17% de la population active étatsunienne) où elle représente le premier groupe étranger. Au Mexique, le phénomène est inversé : à peine 1% de la population (1 million de personnes) est né à l’extérieur, dont les trois quarts aux États-Unis (majoritairement d’origine mexicaine), et un petit quart en Amérique centrale29 . » Le Mexique se caractérise par la diversité des flux migratoires qui le traversent. Au nord, les déplacements vers les Etats-Unis ont fait de la zone frontalière une zone de conflits et de tensions sur les plans locaux et nationaux. En effet, le manque de programmes de protection des autorités mexicaines, combiné aux stratégies américaines de fermeture de la frontière, ont conduit les migrants mexicains à davantage recourir à des stratégies de passage risquées. Ils font de plus en plus appel à des réseaux de polleros (passeurs de migrants de manière irrégulière), voire au crime organisé, et tendent à emprunter des trajectoires de plus en plus dangereuses conduisant à la mort de centaines d’entre eux chaque année.30 Pour rappel, depuis le début du XXIe siècle, on estime à environ un million le nombre de Mexicains voyageant chaque année aux Etats-Unis31 . Parmi eux, 150 000 traversent la frontière de manière irrégulière32 . Au sud, les flux migratoires entre le Mexique et le Guatemala se font avec une intensité différente de ceux de la frontière nord et sont davantage hétérogènes. En effet différents types de motivations vont dicter le passage de cette frontière, variant avec le temps et les lieux de passage. Les principaux flux de la zone sud du Mexique vont en direction du nord, soit du Guatemala vers le Mexique. On distingue entre trois types de flux principaux33 : - Les flux quotidiens ou réguliers de résidents des municipalités frontalières qui vont du Guatemala au Mexique pour effectuer des activités diverses à caractère commercial, professionnel, scolaire ou familial ; - Les flux de résidents guatémaltèques qui vont au Mexique dans le but de travailler ou chercher un emploi, notamment dans l’Etat du Chiapas ; - Les flux de résidents de divers pays d’Amérique centrale ou de pays tiers qui ne font que transiter par le Mexique – via le Guatemala – afin de se rendre aux Etats-Unis. Chaque année, plus de 150 000 migrants arrivent au Mexique de manière irrégulière en franchissant la frontière sud, notamment via le Chiapas, dans l’espoir d’arriver aux Etats- Unis34 . 29 Virginie Baby-Collin et Delphine Mercier « Introduction », Revue Hommes et migrations, n°1296, mars- avril 2012. Lien : http://www.hommes-et-migrations.fr/index.php?/numeros/le-mexique/6766-intr [consulté le 15 août 2013]. 30 Manuel Angel Castillo y Jorge Santibanez Romellon, Des observatoires frontaliers de flux migratoires au Mexique, date inconnue. 31 Weiss Thomas Lothar and López Chaltelt Pedro Arturo, Mexico: Public Policies Benefiting Migrants, IOM, 2011. 32 Pew Hispanic Center, ”US Unauthorized Immigration Flows are down Sharply Since Mid-Decade”, 2010. 33 Manuel Angel Castillo y Jorge Santibanez Romellon, Des observatoires… op. cit. 34 Secretaría de Gobernación, Informe del Estado Mexicano sobre Secuestro, Extorsión y otros delitos cometidos contra personas migrantes en tránsito por Territorio Mexicano, 16 de julio de 2010.
  37. 37. 28 On notera également qu’un type de flux va dans l’autre sens, du Mexique vers le Guatemala. Il concerne les résidents ou personnes originaires du Mexique ou des Etats- Unis qui traversent le territoire mexicain pour se rendre en Amérique centrale. La carte suivante illustre de manière simplifiée les flux migratoires principaux décrits ci- dessus. Carte : Flux migratoires internationaux en Amérique A l’échelle continentale, le Mexique représente la troisième destination la plus prisée de l’ensemble des migrants du continent latino-américain et des Caraïbes, selon le graphique 1 ci-dessous. Par ailleurs, il s’agit du quatrième pays à avoir connu la plus forte croissance du nombre d’immigrants entre 2000 et 2010, avec 140% de migrants en plus, derrière l’Equateur (390%), le Chili (181%) et le Costa Rica (158%). Graphique 1 : Nombre de migrants en Amérique latine et aux Caraïbes : les dix destinations les plus prisées en 2000, 2005 et 2010 (en milliers)35 . 35 IOM, World Migration report 2010. The future of migration : Building capacities for change, 2010, pp. 117, 154, 155. Source:UNHCR,Nosactivités,AccueiletMigration, «MigrationmixtedanslesAmériques». Lien:http://www.unhcr.fr/pages/4aae621e42a.html[consultéle15 aout2013]. Source:IOM,WorldMigrationreport2010
  38. 38. 29 En outre, comme l’indiquent les graphiques 2 et 3 ci-dessous, le Mexique est le premier pays d’émigration à l’échelle régionale, et le deuxième à l’échelle internationale, derrière la Russie. Graphique 2 : Les dix premiers pays d’émigration d’Amérique latine et des Caraïbes en 2000 (en milliers)36 . Graphique 3 : Les pays à la population émigrante la plus nombreuse en 2000 (en milliers)37 . Face à l’intensité des flux migratoires, le gouvernement mexicain a fait évoluer sa législation régissant les migrations afin de mieux canaliser le phénomène. La nouvelle loi migratoire de 2011 a ainsi apporté des changements essentiels au mode de régulation des migrations sur le territoire mexicain. 36 ibid. 37 ibid. Source:IOM,WorldMigrationreport2010 Source:IOM,WorldMigrationreport2010
  39. 39. 30 ii. La nouvelle loi migratoire mexicaine de 2011 : un renforcement de la politique sécuritaire sous couvert de dépénalisation de la migration La loi prévoit la dépénalisation de la migration irrégulière, ceci afin de faciliter le transit des migrants centraméricains traversant le territoire mexicains dans le but d’aller aux Etats-Unis. Toutefois, dans les faits, le transit par le Mexique n’a en rien été facilité. Contrairement à ce qui avait été annoncé par le Président de la République Felipe Calderón en 2011, le « visa de transit » n’a pas été créé38 . La seule option restante pour les migrants transitant par le Mexique reste alors celle du « visa de visiteur non autorisé à réaliser des activités rémunérées », permettant à un étranger de rester sur le territoire mexicain jusqu’à 180 jours. L’objectif officiel de ce visa est de faciliter la mobilité internationale, en permettant aux migrants centraméricains de transiter par le Mexique de manière légale, diminuant ainsi les risques encourus le long de la route migratoire. Cependant, l’obtention de ce visa exige nombre de documents et de prérequis, tels que la solvabilité économique afin de pouvoir subvenir à ses besoins pendant six mois. Par ailleurs, le processus doit se faire depuis l’ambassade du Mexique dans le pays d’origine du migrant. En fin de compte, le processus de demande de visa s’est compliqué et bureaucratisé. En outre, les organisations de défense des migrants ont vite fait de rappeler que dans la plupart des cas, en raison de la précarité économique et sociale des migrants, ceux-ci sont incapables de remplir les critères exigés pour l’obtention du visa39 . Selon l’association Sin Fronteras, il est donc nécessaire d’instaurer un « visa de transit », qui serait octroyé de manière automatique à toute personne entrant sur le territoire mexicain de manière irrégulière40 . La création de ce visa bénéficierait à tous les étrangers, mais sa création serait pensée en priorité pour les centaines de milliers de migrants centraméricains transitant par le Mexique chaque année. Malgré le vote de la loi et la dépénalisation de la migration irrégulière, les étrangers sans papiers continuent d’être envoyés et détenus dans les stations migratoires à travers le pays, en raison notamment du manque de communication auprès des officiels de migration sur le contenu de cette nouvelle loi et de la corruption importante au sein de l’INM41 . Face à ces contradictions et problèmes d’application, la loi a fait l’objet de vives critiques. Selon Primitivo Rodríguez Oceguera, fondateur de la Coalition pour les droits politiques des Mexicains à l’étranger, au-delà des bonnes intentions présentées afin de mieux encadrer les flux de population en provenance ou à destination des Etats-Unis, ce qui 38 Hanako Taniguchi, “La nueva Ley de Migración pide requisitos "imposibles" a migrantes”, CNN México, 16 de noviembre de 2012. Lien: http://mexico.cnn.com/nacional/2012/11/16/la-nueva-ley-de-migracion-pide- requisitos-imposibles-a-migrantes [consulté le 18 août 2013]. 39 ibid. 40 ibid. 41 ibid.
  40. 40. 31 peut paraitre louable en termes de défense des migrants, « la loi propose une politique répressive qui s’inscrit dans la continuité de la politique états-unienne, mêlant migration et sécurité nationale42 ». Selon lui, le vote de cette loi illustre l’instrumentalisation politique du Mexique par les Etats-Unis, l’application d’une stratégie sécuritaire nationale sous la houlette du voisin américain, qui lui fait faire le « sale boulot » en matière de politique migratoire. La loi ne permettrait donc pas vraiment d’affronter sérieusement « les enjeux du lien migration/développement, ni de la sécurisation des migrants centraméricains43 », pourtant de plus en plus nombreux à transiter par le cauchemar mexicain dans l’espoir d’atteindre le rêve américain. iii. Enjeux et défis de l’action de l’OIM au Mexique En fin de compte, bien que la dépénalisation de la migration irrégulière ait été votée en 2011, il semble que la pénalisation prévale toujours au Mexique. Conséquence directe de cet état de fait, les migrants continuent d’emprunter des routes de plus en plus dangereuses. Ils sont ainsi davantage exposés aux amputations et autres blessures, aux maladies, aux enlèvements, abus et violations, à la traite des personnes ou encore à la mort. Concrètement, cela signifie plus de travail pour l’OIM, qui vient en aide à ces migrants vulnérables via des soutiens psychologiques, médicaux, sociaux etc. L’OIM étant une organisation neutre qui promeut les migrations pour le bénéfice de tous, elle devrait pouvoir, en théorie, parler du sujet et le promouvoir de manière neutre et apolitique. Néanmoins, la forte politisation du thème rend le travail de l’organisation délicat. La migration est, on l’a vu, un sujet qui fait débat au Mexique, et soulève beaucoup de réactions conservatrices et xénophobes. Il est par conséquent difficile de parler ouvertement du thème de manière publique. Au quotidien, cela signifie concrètement que le personnel de l’OIM n’est pas autorisé à accorder des entretiens à la presse sur le sujet. Seul le CdM acceptera, de manière ponctuelle, une interview – qui demeurera générale et n’entrera pas dans le débat migratoire. Ce contrôle et ces limites imposées en matière de communication s’expliquent par la nécessité de ne pas faire de vagues, de ne se mettre aucun acteur national à dos en exposant de manière trop réaliste la situation migratoire mexicaine. Afin de pouvoir faire son travail, l’OIM doit soigner ses déclarations publiques afin de ne pas s’attirer les foudres du gouvernement, ou encore du crime organisé mexicain. Contrairement aux acteurs de la société civile, l’OIM ne peut parler ouvertement de ce qui ne va pas dans une allocution destinée au public. L’analyse réaliste de la situation migratoire ne pourra se faire que dans le cadre de rapports officiels, commandés par le gouvernement lui-même ou par l’organisation. 42 Primitivo Rodriguez Oceguera, « La nouvelle loi sur la migration au Mexique ou “Le bon, la brute et le truand” », Revue Hommes et migrations, N°1296, mars-avril 2012. Lien : http://www.hommes-et- migrations.fr/index.php?/numeros/le-mexique/6782-la-nouvelle-loi-sur-la-migration-au-mexique-ou-le-bon-la- brute-et-le-truand [consulté le 18 août 2013]. 43 ibid.

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