Bos value innovation 38 vaudou_et_terre_plate

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Certains leaders d'opinion agissent comme si laTerre était plate.
Leurs solutions simples, voire simplistes semblent à première vue efficaces mais un examen succint montre les dangers de telles solutions-vaudou.

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Bos value innovation 38 vaudou_et_terre_plate

  1. 1. Didier BAUDOIS La Systémique en action Ingénieur en génie logiciel HES Chemin de l'Ouche-Dessus 54 CH-1616 Attalens Page 1 / 6 Les icones utilisées dans ce document proviennent de www.flaticon.com Trente-huitième billet (février 2015) Non, la Terre n'est pas plate ! Bonjour, Pour de nombreuses personnes, et surtout pour des leaders d'opinion capables d'influencer des dizaines, voire des centaines de milliers de suiveurs, comme par exemple, les chefs de partis politiques, la Terre est plate ! Je prendrai comme exemple de cette démonstration le parti politique suisse de la droite hystérique "Union Démocratique du Centre", UDC. Dans nombre de situations, ce parti témoigne d'une incroyable obstination à se comporter comme si la Terre correspondait en tous points à l'antique croyance d'un monde limité, fini, borné et aussi plat qu'une crêpe. Que ce soit dans l'initiative contre les minarets, l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers ou l'initiative contre l'immigration de masse, le schéma logique est toujours le même: l'initiant croit mordicus que s'il réussit à maintenir, resp. à rejeter le problème hors des frontières suisses, il en sera définitivement débarrassé. Les partisans de cette politique-vaudou ont successivement réussi à convaincre une majorité de votants que: - 29 novembre 2009. Il suffit d'interdire la construction de minarets à côté des mosquées pour que la dangerosité des musulmans en Suisse soit ipso facto réduite à sa plus simple expression. L'interdiction des minarets est censée préserver la Suisse de l'apparition des djihadistes, de l'invasion des musulmans, de l'imposition de la charia, de l'obligation du port de la burqa pour les femmes ou de la généralisation de l'abattage halal des animaux de boucherie (l'initiative ne peut hélas rien contre le mildiou et le phylloxéra, NDLR). La construction des mosquées ou la liberté de culte ne sont en rien concernées par cette initiative, c'est-à-dire que les musulmans seront toujours autorisés à ouvrir autant de lieux de prière qu'ils le désirent. Cette initiative a également été examinée dans ce billet. - 28 novembre 2010. Il suffit d'inscrire dans le Code Pénal suisse l'obligation de renvoi des criminels condamnés par un jugement entré en force pour meurtre, viol, ou tout autre délit sexuel grave, pour un acte de violence d’une autre nature tel que le brigandage, la traite d’êtres humains, le trafic de drogue ou l’effraction ou s’ils ont perçu abusivement des prestations des assurances sociales ou de l’aide sociale, pour que ces personnes soient immédiatement expulsées du territoire suisse, mettant la population définitivement à l'abri des agissements criminels de ces individus. Naturellement, le fait que plusieurs traités internationaux interdisent l'expulsion vers des pays où la vie de l'expulsé serait mise en danger et que les apatrides ou les sans-papiers ne peuvent être expulsés faute de papiers prouvant leur appartenance à un pays donné, n'a pas paru gêner les initiants. De fait, de nombreux délinquants inexpulsables vivent actuellement en Suisse en totale contradiction avec cette initiative-vaudou. D'un autre côté, des personnes s'étant rendu coupables d'un crime aussi odieux qu'un dépassement de vitesse de plus de 60 km/h risquent elles aussi l'expulsion (voir article original Aargauer Zeitung et traduction 20 Minutes).
  2. 2. La Systémique en action Page 2 / 6 - 9 février 2014. Il suffit simplement de décréter que le pays, en totale rupture avec les accords passés avec l'Union Européenne, va désormais édicter ses propres mesures de priorité nationale et autres contingentements et restrictions à l'immigration pour que tous les problèmes réels et fantasmés liés à une supposée surpopulation étrangère soient miraculeusement résolus. L'idée que ces mesures entraient violemment en conflit avec les exigences de la libre-circulation telle que négociée avec l'Union Européenne en échange de l'accès à l'immense marché européen a été balayée par les initiants qui ont déclaré que le marché européen, fort de cinq cents millions (500'000'000) d'individus, était tellement dépendant du marché des 8 millions (8'000'000) de citoyens suisses que l'UE, non seulement, ne s'opposerait pas à ces mesures, mais qu'elle s'en inspirerait rapidement pour résoudre ses propres problèmes migratoires. Comme si un marché correspondant à 1.6% de l'EU était en position de donner le ton…. Une image vaut mille mots Pour les membres de l'UDC et leurs suiveurs, il est évident que le monde est tel que décrit dans la mythologie hindoue ou les textes de Terry Pratchett: la Terre est plate, elle repose sur quatre éléphants, eux-mêmes se tenant sur le dos d'une tortue gigantesque nageant à travers le cosmos. Partant de là, toute la philosophie de ce parti devient limpide comme le cristal et la compréhension des mots d'ordre de ses dirigeants est aisée: lorsqu'on rencontre un problème quelconque, il suffit de le pousser jusqu'au bout de l'Univers pour le faire basculer dans le néant et en être ainsi débarrassé ad vitam aeternam. Par exemple, lorsqu'un employé pose problème à son employeur, il est facile de le pousser vers la porte pour le faire tomber dans le grand néant extérieur à l'entreprise. Et l'entreprise, conformément à la cosmologie de la Terre plate, sera effectivement débarrassée, et de l'employé, et du problème posé par l'employé ! C'est ainsi qu'ont procédé nombre d'entrepreneurs à succès, y compris un certain Christoph Blocher, grand gourou et pourvoyeur de fonds de ce parti. C'est également ce que croient les suiveurs de l'UDC lorsqu'ils votent pour une initiative qui bannit les minarets, les migrants ou les criminels étrangers. Boutons-les hors de Suisse et le problème sera résolu ! De prime abord, un tel comportement semble logique car il est intuitivement cohérent: en expulsant un criminel, en forçant les musulmans à la discrétion dans l'exercice de leur foi, en fermant les frontières aux migrants, on peut espérer empêcher l'occurrence de nombreux problèmes liés à la présence de ces personnes.
  3. 3. La Systémique en action Page 3 / 6 Une vue trop limitée Si nous revenons à notre exemple de la Terre plate, ce qui semble logique ne l'est plus sitôt qu'on élargit le champ de l'analyse. Ce n'est que si l'on respecte pleinement la cosmogonie originelle, en faisant reposer la Terre plate sur les quatre éléphants et en plaçant sous ceux-ci une autre Terre plate que le système devient logique et complet: - L'entreprise ne peut se permettre de rejeter un employé hors de sa sphère QUE SI une autre Terre plate se trouve en dessous pour récupérer l'employé dans sa chute hors du Paradis (de l'entreprise). - Dans le cas de figure d'une entreprise réelle, cette autre Terre plate est soit une autre entreprise qui va engager l'employé ainsi libéré, soit une assurance-chômage, soit un service social. - Mais en aucun cas, l'employé ne peut être laissé à lui-même, en chute libre dans le néant. Il en va de même pour toute décision similaire telle que l'expulsion d'un criminel étranger, celle-ci n'est possible que s'il existe un autre État capable et désireux d'accueillir cet expulsé criminel. Or cette situation n'est pas identique à celle de l'entreprise licenciant un employé: - Dans le cas du licenciement, l'entreprise est soumise à un cadre légal qui l'autorise à se passer des services de l'employé dans le respect de ces lois. Et ces mêmes lois autorisent le licenciement car celui-ci est encadré par diverses mesures de prise en charge de l'employé sans emploi. - Il en va différemment dans le cas d'une expulsion. Les lois suisses qui régissent cet acte administratif ne sont valables que sur le territoire de la Confédération. Elles n'ont aucune valeur passé les frontières du pays et tout État susceptible d'accueillir l'expulsé peut, dans le cadre de sa propre législation, refuser l'accès à ce criminel. On voit clairement que ce qui est possible pour une entreprise ne l'est pas forcément pour un État. Par conséquent, la solution simple proposée par cette initiative pour l'expulsion des criminels étrangers n'est applicable qu'à un nombre réduit de délinquants, perdant ipso facto beaucoup de son intérêt. Une "simple" question de séduction Il en va de même pour les autres initiatives de cet acabit et de toute proposition similaire. L'idée de base est séduisante par sa simplicité et son caractère évident mais une once de réflexion suffit à en détruire l'intérêt en mettant à jour leurs aspects simplistes et irréalistes. Malgré ou peut-être à cause de cela, les théories de ce parti politique continuent à séduire près d'un quart de la population suisse, l'UDC étant premier parti de Suisse avec plus de 26% de l'électorat. Ses dirigeants affirment que les solutions qu'ils proposent sont marquées au coin du bon sens et que leur emploi a été démontré par les succès entrepreneuriaux de son mentor Blocher. La démonstration est pourtant claire: - Ce qui réussit dans le cadre d'une entreprise sur la base d'un cadre législatif adéquat est voué à l'échec au niveau national parce que l'absence de cadre législatif commun aux États concernés rend l'application de la décision dépendante du bon vouloir de l'État étranger.
  4. 4. La Systémique en action Page 4 / 6 - La démonstration ne donne un résultat positif que parce que le cadre intellectuel est suffisamment étroit pour ne prendre en considération que la partie où la décision est effectivement positive. - Pour reprendre l'exemple initial et pour peu qu'on élargisse le cadre, on se rend compte que l'avantage de l'entreprise n'est acquis qu'au détriment de la société dans son ensemble. Pour peu que le marché de l'emploi soit tendu ou que le collaborateur ne dispose pas de compétences optimales, compétences liées à sa formation, à sa situation matrimoniale, son sexe ou son âge, et c'est la société qui doit assumer son entretien via les prestations chômage ou aide sociale, avec, le cas échéant, l'instauration d'un cercle vicieux de paupérisation et fragilisation. - Seule une vision étroite aussi bien dans le temps (vision à court terme) que dans l'espace (vision centrée sur la seule entreprise de départ) peut faire croire à une application réussie de ces politiques-vaudou. Act locally, think globally Tout le monde connait l'inverse de cette maxime, à savoir "Think globally, act locally", qui promeut une réflexion large avant de mettre en œuvre une action bien focalisée. Dans le monde systémique, cette dernière maxime est trop réductrice car elle est fortement marquée par une logique cartésienne de cause à effet (voir le billet consacré à l'analyse cartésienne). Elle donne à croire qu'il suffit de réfléchir une seule fois pour qu'en découle automatiquement une bonne solution. Cette approche trop théorique ouvre la porte à un risque très marqué de dérives et de perte de maitrise. Le monde systémique (voir le billet consacré à l'analyse systémique ) accorde une grande importance à la notion de rétroaction et préfère la maxime inversée "Act locally (observe) Think globally" qui prône d'agir localement, puis d'observer le résultat avant de penser globalement en vue de corriger la première action et de recommencer itérativement en affinant la progression vers le but à atteindre. Une telle action est bien connue dans de nombreuses activités, par exemple, en football ou au hockey sur glace où il est préférable d'avancer en contrôlant la balle ou le puck tout au long de la progression vers le but plutôt que de tirer un grand coup depuis le fond de la surface de jeu si on veut s'assurer de marquer le point. L'avantage qu'il y a à travailler selon cette maxime systémique, c'est qu'elle est basée sur l'expérience et l'observation de la réalité, ce qui devrait augmenter ses chances de succès. Le monde réel et la causalité circulaire Dans le monde réel, même si cette notion n'est pas intuitive, la réalité systémique prévaut: chacun est effectivement dépendant des autres, aussi bien dans le choix de ses actions lorsqu'il s'agit de tenir compte des attentes et besoins de son entourage au moment de prendre une décision, que lorsqu'on subit soi-même les conséquences d'une décision d'autrui et dans la manière de rendre autrui attentif à ses propres attentes et besoins.
  5. 5. La Systémique en action Page 5 / 6 Le lien de causalité qui prévaut dans le monde réel n'est pas la bien connue relation de cause à effet qui est censée agir comme une cascade mais la relation circulaire intégrant la notion de rétroaction. L'humain ne peut pas se contenter d'agir et contempler comment les autres réagissent à son action comme dans le cas d'une chute de dominos. L'humain doit dès l'entame de sa réflexion sur l'action à venir prévoir les réactions de son entourage et les intégrer dans sa pensée. Ensuite, lorsqu'il aura arrêté sa décision et qu'il sera passé à l'action; il devra encore une fois observer comment son action est effectivement accueillie, comparer ces réactions réelles avec celles déterminées lors de la planification de l'acte et; le cas échéant, décider d'une éventuelle action correctrice. C'est précisément ainsi qu'agit le joueur de football dont nous avons observé ci-dessus la conduite de balle. Le joueur peut certes donner une impulsion unique, un puissant coup de pied qui enverra la balle à plusieurs dizaines de mètres vers le but mais une telle action est statistiquement rare car peu appréciée des autres joueurs et de l'entraineur à cause du risque de dérive telle qu'une récupération par l'adversaire. Dans la majorité des cas, le joueur donne une première impulsion, observe où va le ballon, le poursuit et lui donne un nouveau coup de pied pour corriger la dérive ou lui donner une trajectoire conforme à l'évolution du jeu en fonction de la position actuelle des autres joueurs et ainsi de suite jusqu'à pouvoir tenter de marquer le but. Ces actions et rétroactions répétées sont le moyen le plus sûr d'atteindre la victoire car la situation reste toujours sous contrôle, du moins jusqu'à ce que l'adversaire réussisse à s'emparer du ballon… La terre est ronde ! Comme nous l'avons vu ci-dessus de manière théorique dans l'exemple footballistique, nous allons poursuivre en étudiant dans quelles circonstances le peuple suisse a découvert la réalité systémique circulaire et quelles furent les conséquences de ce coup de pied aux fesses de la nation. C'était le 9 février 2014. La Suisse a pris conscience de la notion de rétroaction dès l'annonce des résultats de la votation sur l'immigration de masse. Sitôt la victoire des initiants acquise avec certitude, de nombreuses Cassandres se sont levées pour prédire à la Suisse un futur des plus noirs: la fin de la libre circulation entrainerait la résiliation des accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union Européenne et les conditions d'accès au Marché Unique seraient drastiquement péjorées. La suite a démontré la validité de ces sombres prédictions. Malheureusement pour la Suisse, l'Union Européenne a réagi selon une logique systémique, c'est-à- dire en tenant compte de la rotondité de la Terre. Puisque la Suisse a poussé les migrants hors de son territoire, l'UE a marché droit devant jusqu'à faire le tour de la Terre et ne s'est pas privée du plaisir de secouer d'un même mouvement, et les belles certitudes sur la platitude de la Terre, et l'arrogance des initiants et de leurs suiveurs. Il doit, sauf erreur de ma part, exister un proverbe qui clame que "Qui sème le vent, récolte la tempête". Il est particulièrement approprié à cette situation.
  6. 6. La Systémique en action Page 6 / 6 Conclusion En cette année d'élections fédérales, je suggère aux citoyennes et citoyens suisse de tenir compte des points suivants: - Ce texte devrait vous permettre de comprendre les dangers des solutions simpl(ist)es. En ces temps troublés, lorsque la raison commande qu'on cherche des remèdes réellement efficaces pour résoudre des problèmes cruciaux, faites en sorte de ne pas tomber sous leur emprise. - Vous pourrez constater dans cet autre texte comment l'absence de prise en compte de la systémique est à même de pervertir même les intentions les plus louables. Faites en sorte de développer des solutions susceptibles de résoudre les défis de société et de sécurité sans négliger les rétroactions susceptibles de faire tourner le meilleur vin en acide piquette. Sans quoi, vous risquez d'expérimenter l'expression "tomber de Charybde en Scilla"… Au plaisir de vous retrouver ici ! Ce texte est soumis aux conditions Creative Commons CC-BY-NC-SA.

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