Didier BAUDOIS La Systémique en action
Ingénieur en génie logiciel HES
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La systemique 28 crime et redemption

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La systemique 28 crime et redemption

  1. 1. Didier BAUDOIS La Systémique en action Ingénieur en génie logiciel HES Chemin de l'Ouche-Dessus 54 CH-1616 Attalens Page 1 / 9 Vingt-huitième billet Bonjour, Le billet de ce jour est consacré à la rédemption des criminels. En préambule, nous rappelons quelques faits divers tragiques qui se sont récemment produits en Suisse. En particulier, quatre affaires ont défrayé la chronique: - L'affaire Lucie, du nom d'une jeune fille assassinée par un jeune homme en rupture thérapeutique. Malgré de nombreux signaux d'alerte émanant du comportement du futur assassin, aucun de ces signaux n'a entrainé la révision de la décision de le laisser en liberté. - L'affaire Marie, du nom d'une jeune fille assassinée par un violeur et meurtrier soumis à un régime de détention domiciliaire sans suivi psychologique strict. Ce cas a mis en évidence de nombreuses failles et cloisonnements dans les processus de suivi des délinquants. - L'affaire Adeline, du nom d'une sociothérapeute assassinée par un détenu responsable de plusieurs viols qu'elle accompagnait lors d'une sortie dans le cadre d'une thérapie équestre. Le Canton de Genève doit être loué pour l'honnêteté et la franchise dont il a fait preuve dans l'analyse des causes de cet incident. - L'affaire Carlos, du nom d'un délinquant juvénile bénéficiant d'un encadrement particulièrement laxe alors qu'il était connu comme multirécidiviste des agressions et autres atteintes à l'intégrité corporelle. Le cumul des prestations mises à sa disposition atteignait 29'000 CHF (env 24'000 €) par mois pour un appartement de 5 pièces mis à sa disposition ainsi que pour une équipe d'encadrement d'une dizaine de personnes incluant un cuisinier privé, une équipe de nettoyage, des cours privés de boxe thaïe avec un ancien champion du monde de ce sport de combat ainsi que divers psychologues et sociologues censés l'encadrer. Durant l'enquête qui a suivi la médiatisation de ce cas, il a été mis en évidence que divers éléments mis à la disposition de ce juvénile ne disposaient pas des autorisations nécessaires pour accompagner la rééducation d'un délinquant. Les dérapages constatés ont profondément choqué l'opinion publique qui a réclamé le durcissement du système, la mise en œuvre de sanctions pour punir les responsables, etc. Le monde politique a rapidement pris la mesure de l'émotion de la population et a promis de réagir efficacement et avec diligence. Les premières décisions sont tombées: au lieu de confier le futur libéré à l'examen d'un seul psychiatre, on lui en ferait voir deux, peut-être trois et c'est sur la base de la comparaison de ces deux ou trois rapports qu'une décision, forcément plus juste, forcément plus réfléchie, forcément plus sûre serait prise à l'avenir. Un modèle de soins inadapté Les reportages et les articles au sujet de ces cas mettent tous en évidence une circonstance systémique particulière: les délinquants sont priés de se conformer à un modèle qui leur est explicitement fourni. En d'autres termes, on leur demande de développer des réflexes pavloviens afin de bénéficier des largesses du système. Les délinquants étant dans leur grande majorité suffisamment intelligents
  2. 2. La Systémique en action Page 2 / 9 pour acquérir rapidement les réflexes en question, le système agit selon ses idiosyncrasies, c'est-à- dire que lorsque le délinquant donne "spontanément" les "bonnes" réponses, le système le récompense, entre autres joyeusetés, par l'accès à internet sans surveillance, à des sorties accompagnées ou non, puis à une libération anticipée pour cause de "bonne" conduite, c'est-à-dire de conduite conforme au modèle qui a été enseigné. Un tel environnement ne contrôle pas, n'est pas apte à contrôler si le détenu présente encore un quelconque risque de récidive, un tel environnement ne peut que contrôler de quelle manière le détenu répond aux injonctions du système. On peut comparer cette situation avec celle des deux rats de laboratoire discutant dans leur cage "J'ai enfin réussi à dresser convenablement le grand animal en blouse blanche. Maintenant, chaque fois que j'appuie sur le levier, il me donne à manger !" Bien que nous sachions tous depuis près de 2'000 ans que la multiplication des pains et des poissons ne change pas la nature du repas, c'est pourtant dans cette chausse-trappe banale que tombent les responsables du système judiciaire: On peut poser 2 fois, 5 fois, 10 fois les mêmes questions, on obtiendra 2 fois, 5 fois, 10 fois les mêmes réponses et, par conséquent, les mêmes résultats. En l'occurrence, le problème ne se situe pas au niveau de la collecte des informations permettant de juger correctement de la dangerosité, resp. de l'absence de dangerosité du détenu en voie de libération, mais au niveau de la thérapie à laquelle il sera soumis en vue de cette libération. Addendum du 26 janvier 2014: Affaire Marie Bref rappel des faits: en 1998, C. D. viole et assassine son épouse qui venait de demander la séparation. En 2000, il est condamné à 20 ans de prison ferme. En mai 2011, sa première demande de libération conditionnelle est rejetée. En juillet 2011, il obtient sa première sortie accompagnée, en décembre de la même année, sa première sortie solo. En juillet 2012, il effectue sa deuxième demande de libération conditionnelle, elle est également rejetée. À la mi-août 2012, C. D. est mis au bénéfice des arrêts domiciliaires, Fin novembre, la Fondation Vaudoise de Probation (FVP) informe l'Office d'Exécution des Peines (OEP) que C. D. aurait proféré des menaces de mort contre des collègues. L'OEP ordonne immédiatement l'interruption des arrêts domiciliaires et le retour en détention. Mi-janvier 2013, l'avocate de C. D. obtient l'effet suspensif. Une semaine plus tard, l'effet suspensif contraint l'OEP à libérer C. D. Fin mars, le juge d'application des peines admet le recours de C. D. et annule la remise en détention de novembre 2012. Mi-avril, une nouvelle expertise psychologique est mise en œuvre. Mi-mai, C. D. assassine celle qu'il présentera comme sa jeune amie Marie (19 ans). Durant l'été et l'automne 2013, les institutions vaudoises sont mises en cause, elles se défendent face à ces attaques en publiant divers documents les disculpant. Sur la base de ces documents et d'une expertise indépendante, elles prétendent n'avoir commis aucune erreur, ayant toujours respecté le cadre légal. À la mi-janvier 2014, un député membre de la Commission de haute surveillance du Tribunal cantonal (CHSTC) attaque une nouvelle fois l'administration vaudoise et son ministre de tutelle. Selon ce député, plusieurs rapports présentant le prévenu sous un jour favorable auraient été dissimulés.
  3. 3. La Systémique en action Page 3 / 9 Dans son édition du 25 janvier 2014, le quotidien "La Liberté" publie les documents rendus publics par l'administration vaudoise. Lien vers l'article: http://www.laliberte.ch/vaud/beatrice-metraux-contre-attaque Lien direct vers les documents: http://www.laliberte.ch/sites/default/files/article_pdf/extrait_decisions_justice_clauded_0.pdf Il ressort de l'étude de ces documents que le fonctionnement normal des institutions en cause semble être celui du réflexe conditionnel: à un stimulus donné correspond une réponse donnée, ces comportements se déroulant hors du champ de la réflexion critique. Par exemple, si le probationnaire se comporte en détenu modèle, alors il obtient ce qu'il demande. Autre exemple, si une administration n'enquête pas de manière exhaustive après des menaces de mort et la tenue de propos grivois de la part d'un homme condamné pour viol et assassinat, alors la décision de détention est annulée. Par un étrange syndrome "Miles and more", on a le sentiment que la Justice se plie en quatre pour s'attirer les bonnes grâces d'un client qu'elle espère fidéliser en le faisant bénéficier de propositions avantageuses. Cette impression est renforcée à la lecture des documents publiés par l'administration: - Par exemple, lorsque C. D. exprime sa satisfaction d'être suivi par un psychologue ou affirme vouloir poursuivre ce traitement même s'il n'était plus imposé; ces déclarations ne déclenchent aucune procédure de contre-vérification. C. D. a donné les bonnes clés pavloviennes, l'administration ne cherche visiblement pas au-delà. - Dans son préavis (voir extrait_decisions_justice_clauded_0.pdf, document N° 4), l'autorité constate une humeur oscillant entre la collaboration marquée et l'opposition revendicative, sans que cette fluctuation ne déclenche le moindre questionnement. - Dans ce même préavis, l'autorité constate que C. D. a manifesté un énervement marqué à la suite d'une remarque sur deux arrivées tardives. Concernant une personne ayant tué en situation d'énervement, on attendrait que la répétition de ce comportement déclenche une réponse adaptée de la part de l'autorité. - Malgré ces signaux de danger, renforcés par le fait que C. D. est manifestement une personne ayant un très fort self-control – constatation faite par l'autorité elle-même – le fait que C. D. s'excuse pour son énervement, soit ponctuel et courtois suffit à générer un sentiment positif de la part de l'autorité qui ne pousse pas plus loin ses investigations. - Le préavis se conclut par une accumulation de formules convenues signifiant tout et son contraire. - A contrario, le journal, document de travail interne à la FVP (pièce N°5) est très explicite. Les remarques décrivent aussi bien la situation telle que perçue par les accompagnants (notes inscrites hors de la présence de C. D.) que celles discutées avec la personne en cause. - Le journal décrit un individu incapable d'indépendance, vivant dans une situation d'isolement [psychologique], gérant mal la solitude et fragile face aux ruptures lorsqu'elles sont subies. Les notes décrivent C. D. comme étant "symbiotique", c'est-à-dire fusionnel et envahissant. - Le journal précise qu'il ne se veut pas alarmiste mais insiste pour une attention accrue. Le journal relève également que C. D. cherche des relations exclusives qui lui permettent de se valoriser. Ce dernier point est à mettre en relation avec les circonstances du meurtre de 1998.
  4. 4. La Systémique en action Page 4 / 9 Il est effrayant de constater que tous les éléments pour prendre une décision éclairée existaient. Par contre, il n'est pas précisé si les personnes en charge de la prise de ces décisions avaient accès à toutes ces informations. Par exemple, rien n'indique que le juge d'application des peines chargé de statuer sur la réincarcération de C. D. était autorisé à accéder au journal de la FVP. A supposer que le juge n'ait pas accès à cette source précise et fiable pour quelque raison que ce soit et qu'il doive baser sa décision sur le rapport transmis par la FVP (pièce N° 4), celui-ci ne peut tirer d'information utile d'un document ambigu, il est donc contraint à suivre la procédure en appliquant une logique pavlovienne, c'est-à-dire en suivant la lettre de la loi au lieu de son esprit. Au bout du compte, alors que la société attend de la Justice qu'elle lui assure sécurité et protection, celle-ci ne peut garantir cette protection qu'au seul délinquant capable de feinter le système en utilisant à son avantage les failles qui s'y trouvent. Un modèle non-pavlovien Puisque le problème est posé par l'apprentissage de réflexes pavloviens générés par la thérapie à laquelle le détenu est soumis, réflexes qui lui permettent ensuite de tromper la vigilance des services concernés et obtenir une libération alors même que les problèmes psychologiques et relationnels qui l'ont amené à commettre ses délits ne sont ni résolus ni maitrisés, la solution réside naturellement dans un changement de ces thérapies. Au lieu d'expliquer de quelque manière que ce soit ce qui est attendu du détenu avant de le déclarer libérable, situation qui permet au détenu d'apprendre les codes sociaux auxquels il doit se soumettre s'il entend être présenté aux commissions de libération et recouvrer la liberté pour récidiver, il convient de soumettre le détenu dès le début de son incarcération à une thérapie systémique qui contrôlera sa capacité à établir, comprendre et maitriser les codes sociaux. La thérapie ne consistera plus à l'enjoindre, par exemple, à éprouver de l'empathie pour ses victimes, mais à le soumettre à des situations dans lesquelles des individus sont soumis à des contraintes psychologiques similaires à celles vécues au quotidien, c'est-à-dire d'une amplitude variant entre le banal le plus répétitif et la situation de crise la plus stressante. Le détenu sera ensuite appelé à analyser ces situations selon le point de vue de chacun des intervenants et à s'exprimer sur les motivations de chaque intervenant ainsi que sur les relations et interactions entre ces intervenants avant d'être prié de répliquer ces analyses sur sa propre situation, ses propres actes. Il n'y a nul besoin de laisser un individu dangereux dans la nature pour le soumettre à une telle thérapie, il suffit de le laisser visionner des films comportant des scènes appropriées. À titre d'exemple, je cite le film "Charly" (1968), de Ralph Nelson, tiré du roman de Daniel Keyes "Des fleurs pour Algernon". Un résumé du roman peut être lu sur Wikipedia et le film est disponible en version originale sur Youtube. Le thérapeute accompagnant le détenu ne sera plus chargé de lui enseigner les "bons" codes sociaux mais devra se contenter de noter les réponses du détenu face à chaque type de situation, d'en évaluer la pertinence par rapport au but à atteindre, à savoir la libération du détenu sitôt que celui- ci ne présentera plus qu'un risque résiduel suffisamment faible pour être considéré comme admissible. Naturellement, tout entretien entre le thérapeute et le détenu devra être enregistré en vidéo afin d'être en tout temps disponible pour examen ultérieur par des experts extérieurs à la thérapie.
  5. 5. La Systémique en action Page 5 / 9 De cette manière, il ne sera plus possible pour le détenu de mémoriser des codes imposés de l'extérieur. Le détenu devra s'immerger dans sa recherche de solution individualisée. Le but de la thérapie ne sera plus de le couler dans un moule normalisé mais de le laisser développer des solutions correspondant à ses propres expériences et attentes. Le cas échéant, si les solutions individuelles développées par le détenu sont reconnues compatibles avec les exigences de la société, celui-ci est déclaré libérable. Inversion de responsabilité Cette situation provoque une inversion responsabilité entre le personnel d'accompagnement, resp. d'évaluation et le délinquant car il sera possible de prouver ultérieurement que le délinquant est conscient du caractère répréhensible ou approprié de ses actes et conséquences par rapport aux attentes de la société. En effet, cette stratégie systémique n'attend plus du délinquant qu'il se conforme à un modèle quelconque mais exige du délinquant qu'il crée son propre modèle comportemental en fonction de ses expériences et aspirations personnelles. Le modèle ainsi obtenu sera ensuite comparé aux attentes et besoins de la vie sociale et, s'il est reconnu compatible, le détenu sera libéré pour autant qu'il ait accompli les autres sanctions auxquelles il aura été condamné. Si le délinquant venait à récidiver, cela signifierait automatiquement que le modèle comportemental développé par cet individu est incompatible avec les attentes de la société. Un tel récidiviste deviendrait par conséquent un bon candidat à l'article 65bis de la Constitution fédérale concernant l'internement à vie des délinquant sexuels ou violents qualifiés d'extrêmement dangereux et non amendables. Dans la situation actuelle, en cas de récidive, les coupables désignés sont les psychiatres et les thérapeutes qui ont échoué à enseigner les codes sociaux appropriés ainsi qu'à détecter l'échec de cet enseignement. Même si, au bout du compte, ainsi que l'a déclaré un parlementaire, c'est le délinquant qui commet le crime, sa mise en liberté a été préalablement décidée par les psychiatres et les thérapeutes qui l'ont accompagné durant sa détention. Il convient également de noter que selon les dispositions du Code Pénal actuel, un détenu peut être contraint à suivre une thérapie mais aucune obligation ne lui est faite de la terminer avec succès. Le condamné n'est même pas tenu de collaborer activement. Une vision tenant effectivement compte des aspirations sécuritaires de la société serait de prononcer des peines assorties d'internement simple. La méthode systémique étant basée sur la participation active et vérifiable du détenu, il devient possible de prononcer des peines exigeant du condamné qu'il collabore à sa thérapie puisque, la réussite devenant mesurable, il est désormais possible de lier thérapie et libérabilité. Ce dernier point est très important car une des plus vives critiques lancées contre l'initiative exigeant l'internement à vie des délinquants non amendables était issue du réseau de santé Medicus Mundi Suisse qui redoutait que l'internement à vie ait pour effet « de fragiliser les processus de soins, d'exacerber les facteurs de risques et de renforcer d’autres causes de morbidité » (extrait du Bulletin de Medicus Mundi Suisse No 96, avril 2005).
  6. 6. La Systémique en action Page 6 / 9 Perpétuité et humanité La revue Champ Pénal a également violemment critiqué le résultat de cette votation dans un article d'André Vallotton paru en février 2007 sous le titre "L'initiative populaire pour une vraie perpétuité: les méfaits du sentiment d'insécurité en démocratie directe (mai 2004)." Selon l'auteur de l'article, cette initiative populaire a pour résultat de définir une nouvelle catégorie de personnes définitivement privées de leur liberté jusqu'à ce que mort s'ensuive. Plus précisément, l'initiative interdit toute libération et tout congé aussi longtemps qu'aucun progrès scientifique ne laisse entrevoir une possibilité d'amendement. L'auteur affirme que le choix de la majorité des votants est une marque de méfiance à l'égard des institutions qui remet en question une prémisse importante du système judiciaire et pénal et qui est de considérer tout individu comme étant non fini et perfectible. Et l'auteur de préciser que cette votation implique l'introduction dans la Constitution d'un État d'un article prévoyant la création d'une catégorie de personnes définitivement privées de certains de leurs droits. Parmi tous les éléments qui tendent à créer le sentiment d'insécurité dans la population, l'auteur explique bien le rôle de semeur de troubles des médias qui traitent l'information dans son immédiateté, sans aucun recul ni recadrage. En réponse à l'évolution de la criminalité, l'auteur développe les mesures adaptées, utiles et intelligentes prises par les pouvoirs politiques et judiciaires en Suisse. Hélas, ces mesures sont encore et toujours basées sur la logique cartésienne et pavlovienne typique de cet environnement. L'auteur décrit l'initiative comme anachronique car lancée à une époque où la sécurité publique n'a jamais été aussi bien assurée. Malgré cet excellent travail des forces de police et de justice, ce sont près de 195'000 citoyens qui apporteront leur soutien au comité d'initiative. Cette initiative a été rejetée par les deux chambres du Parlement ainsi que par l'Exécutif fédéral. Ce qui n'a pas empêché sa validation par une forte proportion de la population. L'auteur de l'article tente ensuite de refaire la votation et se prend à rêver d'un futur qui rejetterait la mise en application de cette décision. Il conclut avec justesse que la formation de l'opinion, l'information de la population doivent retrouver une place centrale dans l'évolution de l'état de droit pour réduire à la portion congrue de tels arbitraires. Vox Populi Vox Dei Pour ma part, je suis partisans de se soumettre au principe de réalité: la loi a été votée, il convient de l'appliquer telle qu'elle a été appelée par le peuple. La nouvelle loi exige la démonstration d'une avancée de la science pour justifier la rédemption d'un condamné. Ma proposition répond positivement à ce critère puisqu'elle met en œuvre des paradigmes différents, entrainant forcément une réponse différente et que j'espère meilleure. L'auteur déplore le fait que la nouvelle loi considère certains humains comme finis et non perfectibles et les rejette hors du cercle de la société sans possibilité de salut. Ma proposition pose expressément comme condition que l'humain est perfectible, qu'il est doué de raison et capable de transformation. Mais contrairement à l'optimisme béat de la loi antérieure à la votation, ma proposition place comme principe fondamental la contrôlabilité de cette évolution.
  7. 7. La Systémique en action Page 7 / 9 "Doveryai, no proveryai (Доверяй, но проверяй)" comme le disent les Russes: "Fais confiance mais vérifie". Ma proposition fait confiance à l'humain puisqu'elle lui offre une méthode simple lui permettant de prouver avoir changé, avoir pris conscience des contraintes sociales et accepté de s'y soumettre. Mais ma proposition n'accorde pas une confiance aveugle aux vaines promesse qui rendent les fous joyeux. Ma proposition vérifie si la réponse donnée par l'humain est bien compatible avec les attentes de la société. Ma proposition est même plus honnête et respectueuse de l'humain que la situation actuelle. Les thérapies actuelles attendent des condamnés qu'ils se soumettent à un modèle unique qui nie ipso facto leur individualité, leur diversité; un modèle qui prive l'humain de sa souplesse et de son adaptabilité pour le transformer en robot aux réflexes conditionnés par la thérapie. Ma proposition laisse l'humain libre de son destin, libre de ses choix, libre de se reconstruire à sa guise. Elle pose comme seule condition la compatibilité de la réponse aux attentes et besoins de la société à laquelle l'humain prétend faire allégeance. Un respect inconditionnel de l'humain Un point important de cette nouvelle approche thérapeutique est le respect à accorder aux désirs et attentes de l'individu, même et surtout lorsque ceux-ci semblent entrer en contradiction avec le sens commun. L'affaire Lucie a mis en évidence un comportement très particulier de la part de son meurtrier: celui- ci a vécu une adolescence chaotique avec plusieurs condamnations pour vol et trafic de drogue. En mars 2003, sous l'influence de cocaïne, il agresse violemment une collègue de travail "parce qu'elle avait refusé de le prendre dans ses bras". En 2004, il est condamné à un placement dans un centre éducatif fermé. Durant 4 ans, il se soumet à plusieurs thérapies. Il termine une formation de cuisinier, trouve un emploi et entame une relation avec une jeune fille. La loi interdisant un placement de plus de 4 ans et les services psychiatriques pénitentiaires ayant jugé un internement comme non justifié, il bénéficie d’une libération conditionnelle en août 2008 après avoir purgé 4 ans de réclusion, sous réserve d'un accompagnement durant 3 ans par un organe de probation. Il sera également suivi pour vérifier son abstinence à l'alcool et autres drogues. Dès décembre 2008, les rechutes s'accumulent. Après avoir averti les autorités, son employeur le licencie fin janvier 2009. Le 4 mars 2009, le jeune homme abord une jeune fille en gare de Zurich et lui propose une séance photo d'articles de bijouterie contre rémunération. Il l'emmène à son appartement. Après avoir consommé de la cocaïne et de la bière, il tue la jeune fille après avoir, selon l'acte d'accusation, longuement lutté contre lui-même avant de passer à l'acte: il a perdu son travail, sa petite amie menace de le quitter, il ne trouve plus de sens à la vie et se verrait bien passer le reste de sa vie en prison, considérant que ce milieu – dont il appréciait le caractère strict et encadré – lui assurait une meilleure qualité de vie par rapport à la vie en liberté. Ce meurtre est d'autant plus absurde que le jeune homme devait rentrer en cure de désintoxication la semaine précédente. Mais, s'étant présenté tardivement à son admission, il avait été renvoyé et prié de revenir une semaine plus tard.
  8. 8. La Systémique en action Page 8 / 9 Après son arrestation, ce jeune homme avait répété son désir d'être réincarcéré et l'avait décrit comme étant une composante de sa motivation. La police a indiqué qu'il n'avait manifesté ni remords ni regrets lors de son interrogatoire et qu'il s'était montré très coopérant. Lors du procès, en bon petit soldat pavlovien, il a présenté ses excuses, a déclaré regretter profondément son acte et les conséquences de celui-ci et souhaité suivre une thérapie dont il espère qu'elle fera de lui un homme meilleur à sa sortie de prison… Même si une attitude de rejet de la liberté, telle qu'exprimée lors de son arrestation, semble paradoxale ou incongrue, elle n'est pas moins respectable que l'opinion de n'importe quel autre individu. Et même si certains parlementaires ont affirmé que la mission de la prison n'est pas de garder les détenus en son sein jusqu'à leur mort; si tel est leur désir, il serait préférable de donner satisfaction à ces individus marginaux plutôt que de les laisser commettre des délits leur permettant d'assouvir ce besoin très particulier. Acceptation de la proposition Quelles que soient les qualités et les promesses de cette proposition, la probabilité de sa mise en œuvre est nulle. En effet, le monde médical a d'ores et déjà manifesté son refus du changement en affirmant qu'il n'a pas à se substituer à la Justice dans la recherche d'une meilleure protection de la société en rapport avec la problématique des détenus dangereux, violents et/ou incurables. Ma proposition ne saurait rencontrer l'aval du personnel d'encadrement puisqu'elle leur confie explicitement la mission d'évaluateur du comportement du détenu en remplacement de la mission précédente d'accompagnateur, guide et référence sociale. Je suis conscient que ce renversement de la relation thérapeutique va provoquer de graves crises de conscience et des rejets d'image de la part des thérapeutes, en particulier par le fait que ces personnes ne pourront plus jouer le rôle de Saint-Bernard catalyseur de la rédemption de la brebis égarée. Je rappelle que cette stratégie n'est pas pensée pour offrir à certains la possibilité de pratiquer l'autocongratulation ou la catharsis mystique, fussent-t-elles basées sur les meilleures intentions du monde. Cette stratégie a pour but d'infléchir les motivations et le comportement de criminels dangereux en vue de permettre leur réinsertion sans risque au sein de la société. Pour être menée à bien, cette réinsertion implique que le réinsérable prouve être effectivement en mesure de comprendre les lois et codes sociaux implicites et explicites ainsi qu'avoir intégré ces lois et codes dans son comportement. Lui transmettre ces lois et codes, même dans le cadre d'une thérapie, équivaut à lui offrir les clés pour hacker le système, avec toutes les conséquences potentiellement mortelles que cela implique. D'un point de vue darwinien, un élément d'un système, un humain prisonnier, par exemple, n'évolue que sous la pression de son environnement. Si la pression à laquelle cet humain est soumis réussit à lui faire prendre conscience qu'il ne sortira de prison que lorsqu'il aura transformé sa vision de la société, je ne doute pas que la personne concernée n'hésitera pas à mobiliser toutes les forces nécessaires à l'atteinte du but. Si, par contre, l'individu ne sait pas, ne veut pas, ne peut pas mobiliser de telles dispositions, il y a lieu de se poser la question de savoir si cet individu est réellement susceptible de réinsertion.
  9. 9. La Systémique en action Page 9 / 9 Même si cette question devait heurter les conceptions rousseauistes de certains membres du corps médical ou de l'appareil judiciaire (l'Homme nait bon, la société le pervertit), elle a le mérite de replacer l'église au milieu du village et de mettre chacun devant ses responsabilités: vaut-il mieux relâcher un criminel et prendre le risque d'une bavure ou bien abandonner ses illusions sur la bonté humaine et respecter la volonté populaire qui a voté le 8 février 2004 l'internement à vie pour les délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables Selon toute vraisemblance, étant donné qu'il n'existe dans le système politique et judiciaire suisse aucune réelle pression sociale visant à provoquer une évolution du système, tout va retomber dans le bruit de fond ambiant jusqu'à la prochaine fois où chacun aura la possibilité de constater que les changements n'auront rien changé, suivant en cela la sagesse populaire "Plus ça change et plus c'est pareil." Le prochain billet sera consacré à la mission du pouvoir judiciaire et son optimisation selon les paradigmes systémiques. Au plaisir de vous retrouver ici ! Ce texte est soumis aux conditions Creative Commons CC-BY-NC-SA.

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