La systemique 28 crime et redemption 1er addendum

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La systemique 28 crime et redemption 1er addendum

  1. 1. Didier BAUDOIS La Systémique en action Ingénieur en génie logiciel HES Chemin de l'Ouche-Dessus 54 CH-1616 Attalens Email: d.baudois@sunrise.ch Page 1 / 6 Premier addendum au Vingt-huitième billet Bonjour, Le 28 ème billet est consacré à la rédemption des criminels. Il peut être consulté ici: En résumé, plusieurs faits divers tragiques ont récemment défrayé la chronique: - L'affaire Lucie, du nom d'une jeune fille assassinée par un jeune homme en rupture thérapeutique. Malgré de nombreux signaux d'alerte émanant du comportement du futur assassin, aucun de ces signaux n'a entrainé la révision de la décision de le laisser en liberté. - L'affaire Marie, du nom d'une jeune fille assassinée par un violeur et meurtrier soumis à un régime de détention domiciliaire sans suivi psychologique strict. Ce cas a mis en évidence de nombreuses failles et cloisonnements dans les processus de suivi des délinquants. - L'affaire Adeline, du nom d'une sociothérapeute assassinée par un détenu responsable de plusieurs viols qu'elle accompagnait lors d'une sortie dans le cadre d'une thérapie équestre. Le Canton de Genève doit être loué pour l'honnêteté et la franchise dont il a fait preuve dans l'analyse des causes de cet incident. - L'affaire Carlos, du nom d'un délinquant juvénile bénéficiant d'un encadrement particulièrement laxe alors qu'il était connu comme multirécidiviste des agressions et autres atteintes à l'intégrité corporelle. Le cumul des prestations mises à sa disposition atteignait 29'000 CHF (env 24'000 €) par mois pour un appartement de 5 pièces mis à sa disposition ainsi que pour une équipe d'encadrement d'une dizaine de personnes incluant un cuisinier privé, une équipe de nettoyage, des cours privés de boxe thaïe avec un ancien champion du monde de ce sport de combat ainsi que divers psychologues et sociologues censés l'encadrer. Durant l'enquête qui a suivi la médiatisation de ce cas, il a été mis en évidence que divers éléments mis à la disposition de ce juvénile ne disposaient pas des autorisations nécessaires pour accompagner la rééducation d'un délinquant. Ces dérapages ainsi que ceux moins médiatisés ont profondément choqué l'opinion publique qui a réclamé le durcissement du système, la mise en œuvre de sanctions pour punir les responsables, etc. Alors que le modèle de [non-]soins est manifestement inadapté, aucune des mesures proposées ne vise à corriger ces lacunes. De notre côté, nous proposons un modèle dit « non-pavlovien » qui cherche à faire table rase des errements passés en suivant des voies innovantes basées sur des théories scientifiques qui nous semblent plus à même de répondre aux attentes de la population suisse. La faille majeure des thérapies actuelles est leur nature pavlovienne qui amène l’encadrement thérapeutique à fournir au délinquant un modèle à suivre, attendant du condamné qu’il fournisse "spontanément" les "bonnes" réponses. Lorsque les réponses fournies par le délinquant sont celles attendues par le système carcéral, le délinquant est récompensé par divers allégements de peine. Dans un tel modèle thérapeutique, il suffit au délinquant de bien mémoriser les codes pour être en mesure de "hacker" le système et obtenir une libération anticipée sans pour autant avoir effectivement changé par rapport à sa pratique délictueuse. Les morts de Lucie, Marie et Adeline sont là pour témoigner de l'échec de cette approche "Barbieworld" de la rédemption des criminels dangereux. Certes, et c'est un fait à porter à leur honneur, les responsables du système judiciaire suisse refusent la création de quartiers de haute-sécurité et la mise à l'écart définitive des criminels en arguant que seule la possibilité d'une libération au bout de la sanction évite les problèmes liés au désespoir né de la certitude de ne jamais quitter les murs de la prison. A l'opposé de ces bons sentiments, notre modèle propose la mise en œuvre dès le premier jour d'incarcération d'une thérapie systémique constructiviste liant résultat et libérabilité. Aucun modèle n'est fourni au délinquant, par contre, celui-ci sera soumis à une thérapie constructiviste le confrontant à des situations de la vie de tous les jours. Face à ces situations, conflictuelles ou non, le délinquant est sommé d'analyser les comportements, les relations entre les personnes en présence et justifier l'adéquation de ces comportements, de ces relations, par rapport aux normes sociales en vigueur. Le cas échéant, il est prié de proposer une alternative.
  2. 2. La Systémique en action Page 2 / 6 Le délinquant n'est plus jugé sur sa capacité à mémoriser et fournir des réponses attendues mais sur sa capacité à comprendre les interactions sociales, le cas échéant, à proposer un jugement sur ces interactions. C'est l'adéquation entre ces jugements et les normes sociales en vigueur qui serviront à déterminer la libérabilité du détenu. S'il fait preuve d'engagement et que ses propositions se révèlent conformes aux attentes de la société, le détenu se verra récompensé en conséquence. S'il échoue à fournir des réponses témoignant de sa compréhension des normes sociales ou s'il est réfractaire à toute thérapie, le détenu sera rendu attentif au fait qu'aucune libération ni aucun allégement du régime carcéral ne seront possible, y compris lorsqu'il aura purgé l'entier de sa condamnation. La peine d'internement sera supprimée de la liste des mesures à disposition des juges puisque toute peine sera susceptible d'aboutir à un tel internement lorsque le détenu échoue à rassurer la société sur sa rédemption et son absence de danger. L'affaire Dylan Le 16 janvier 2014, un jeune homme sans histoire prénommé Dylan a été agressé sans avertissement par un jeune de 15 ans qui l'a étendu au sol d'un violent coup de poing. Dylan mourait peu après à l'hôpital des suites de ses blessures. L'agresseur s'est spontanément présenté à la police sans parvenir à s'expliquer sur son geste. Il a été présenté par ses proches comme un jeune sans histoire, travailleur, non-fumeur et non-buveur. Sa petite amie a déclaré qu'il était traumatisé par les conséquences de son geste. Après 2 mois d'enquête, la police a mis à jour une bande d'une vingtaine de jeunes organisant leurs descentes sur les médias sociaux, choisissant leurs victimes au hasard et les menaçant ou les cognant d'une manière totalement gratuite. Il ressort de l'enquête que ces agressions étaient planifiées et mises en œuvre selon une systémique de groupe. Quelques meneurs se servant de leur ascendant sur les autres membres et utilisant ces agressions en tant qu'épreuves initiatiques et ciment de groupe. Le commandant de la police a parlé de principe d'opportunité étant donné la propension du groupe à se rabattre sur des cibles faciles, lesquelles, face à la totale incompréhension résultant de l'agression aussi violente que gratuite se soumettaient à une omerta sans faille. Le commandant redoute l'émulation pouvant naitre de la glorification et de la reconnaissance sociale susceptibles de prendre racine dans un tel climat. La solution officielle passe par les éducateurs de rue qui expliqueront aux jeunes les dangers et conséquences résultant de leurs actes. Dans notre billet originel, nous avons écrit: Selon toute vraisemblance, étant donné qu'il n'existe dans le système politique et judiciaire suisse aucune réelle pression sociale visant à provoquer une évolution du système, tout va retomber dans le bruit de fond ambiant jusqu'à la prochaine fois où chacun aura la possibilité de constater que les changements n'auront rien changé, suivant en cela la sagesse populaire "Plus ça change et plus c'est pareil". Hélas, il semble que le temps nous ait, pour cette première étape, rapidement donné raison… Accessoirement, l'impact de ce blog est très limité (ainsi que le prouvent les statistiques de fréquentation et l'absence de recommandations ou de commentaires) et le monde politique n'a que faire d'une solution efficace si celle-ci n'offre aux politiciens la promouvant aucun gain en termes de visibilité médiatique. Par conséquent, l'action appartient à ceux qui se nomment "quatrième pouvoir" et qui disposent des possibilités d'information du public dont l'activation est susceptible de générer l'intérêt du public et la conscience de l'existence d'une solution. conscience pouvant éventuellement évoluer en pression sur le monde politique et changement de la situation. Jusqu'ici, malgré diverses tentatives, les médias se sont surtout manifestés par leur incapacité à sortir des sentiers battus et, par conséquent, leur peur panique d'aborder un sujet tel que celui-ci... Nihil novi sub sole
  3. 3. La Systémique en action Page 3 / 6 Une solution constructiviste Le papier "The Neural Signature of Social Norm Compliance" (La signature neurale de la soumission aux normes sociales), de M. Spitzer, U. Fischbacher, B. Herrnberger, G. Grön, et E. Fehr des universités d'Ulm et Zürich, DOI 10.1016/j.neuron.2007.09.011, http://www.econ.uzh.ch/faculty/fehr/publications/neuron_56_1.pdf , affirme que les sociétés humaines établissent leur ordre social en punissant ceux qui transgressent ces normes tout en reconnaissant qu'il n'existe aucun travail décrivant la manière dont le cerveau traite la menace de punition associée à la norme sociale. Les auteurs du papier se proposent d'utiliser le scan fonctionnel à résonnance magnétique (fRMI) pour mettre en évidence les circuits neuraux concernés. Ainsi que le rappellent les auteurs, la soumission aux normes sociales passe par la menace d'une punition crédible et, lorsque la menace disparait, l'anarchie ne tarde pas à pourrir la situation. Etant donné l'ancienneté de cette contrainte sociale, les auteurs supposent l'existence d'un mécanisme susceptible de garantir l'expression appropriée de cette soumission. Les auteurs ont combiné une expérience comportementale impliquant une incitation financière réelle et la soumission à une norme d'équité limitant l'expression d'un égoïsme immédiat à une mise en évidence de l'expression cérébrale du comportement à l'aide de l'imagerie par résonance magnétique, que cette expression témoigne de la soumission à la norme ou de sa transgression. Dans le cadre de l'expérience, la transgression entraine une punition. Dans l'expérience de contrôle, le sujet ne risque aucune sanction en cas de transgression. L'expérience a démontré sans ambiguïté le lien direct entre soumission aux normes sociales et punition crédible. La soumission aux normes sociales est basée soit sur la soumission librement consentie lorsque les normes sont perçues comme légitimes soit selon une soumission contrainte lorsque la peur de la sanction l'emporte sur le caractère légitime. Bien que la majorité de la population se soumette de manière volontaire aux normes, il n'y a quasiment aucun doute que l'absence de punition conduirait rapidement à l'effondrement de l'ordre social à cause de l'existence d'une minorité de réfractaires dont le refus de soumission aux normes sociales en l'absence de menace de sanction est susceptible d'entrainer une cascade de rejet de la soumission à cause de la nature conditionnelle de cette soumission. Le papier "Dynamic mapping of human cortical development during childhood through early adulthood" (Cartographie dynamique du développement du cortex humain de l'enfance au début de l'âge adulte), de Nitin Gogtay, Jay N. Giedd, Leslie Lusk, Kiralee M. Hayashi, Deanna Greenstein, A. Catherine Vaituzis, Tom F. Nugent III, David H. Herman, Liv S. Clasen, Arthur W. Toga, Judith L. Rapoport, et Paul M. Thompson; PNAS, May 25, 2004, vol. 101 no. 21, http://www.pnas.org/content/101/21/8174.full, a étudié la maturation du cortex durant une période de 10 ans chez 13 enfants entre les âges de 4 et 21 ans en se servant de scans IRM effectués tous les 2 ans. Cette étude révèle des faits qui, tels des œufs de Colomb, semblent totalement évidents une fois énoncés: - Les parties du cortex gérant des associations de haut niveau ne peuvent se développer qu'après que les structures de bas niveau qui gèrent les informations somatosensorielles se soient elles-mêmes suffisamment développées. - Les parties qui résultent d'une évolution plus ancienne se développent avant les parties plus récemment apparues dans l'évolution de l'espèce. - Le développement du cortex ne suit pas une progression linéaire. Il se produit des progrès locaux, liés à des régions spécifiques, en corrélation à des maturations fonctionnelles. La maturation des régions liées à des tâches complexes et intégratives se produit relativement tard. Il ressort de cette étude ainsi que d'autres études apparentées que lorsque des adolescents présentent des troubles de l'intégration sociale, cela est certainement dû à un environnement social qui les prédispose à la délinquance, mais cela est également le résultat de l'absence de capacités morales de perception du caractère antisocial d'un tel comportement parce que le cerveau n'a pas encore atteint un degré de maturation suffisant. Cette dernière constatation n'est pas un blanc-seing à la délinquance universelle entre 10 et 25 ans mais un avertissement au pouvoir politique et aux milieux socioéducatifs qu'il faut tenir compte des réalités biologiques au moment de déterminer les thérapies susceptibles de prévenir la délinquance et la récidive. Cet avertissement est d'autant plus justifié que l'affaire zurichoise dite "Carlos" vient de nous rappeler
  4. 4. La Systémique en action Page 4 / 6 l'importance de cette adéquation dans le succès d'une thérapie ainsi que la médiatisation correcte d'une décision de justice dans ce domaine sous peine de voir l'irruption de la société mettre en péril la préservation des intérêts de la société dans son ensemble. Le papier "Adolescent Maturity and the Brain: The Promise and Pitfalls of Neuroscience Research in Adolescent Health Policy" (Adolescence et maturité du cerveau, promesses et pièges de la recherche en neuroscience dans la politique de santé de l'adolescent), de Sara B. Johnson, Robert W. Blum, Ph.D,b et Jay N. Giedd, NIH, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2892678/, reprend les mêmes informations en détaillant plus précisément les conséquences sociologiques. Comme dans l'étude précédente, les auteurs constatent que la maturation se poursuit jusque vers 25 ans, les auteurs précisent entendre par "maturité, non pas la fin du développement de l'organe mais l'acquisition des capacités de réflexion et d'analyse de l'adulte". Sous ce terme de maturation, les neurobiologistes ne considèrent pas seulement le plein développement d'une région cérébrale mais également l'interconnexion des diverses régions entre elles. Une des dernières régions à atteindre la maturité est le lobe préfrontal, siège des processus cognitifs et des fonctions d'exécution. Les fonctions d'exécution sont un ensemble d'aptitudes nécessaires à la capacité de planifier et atteindre un but. Cela inclut également les aptitudes à la mémorisation, à la gestion de l'attention ainsi qu'à l'inhibition sélective des intentions. Ces aptitudes autorisent l'individu à prendre du recul pour mieux analyser et comprendre une situation, comparer les options, choisir celle qui semble la plus à même d'assurer le succès de l'entreprise et la mettre en œuvre. Bien que de jeunes enfants soient également capables de tels actes, la caractéristique de l'adulte est d'en être constamment capable, les processus de maturation ayant pour conséquence une meilleure maitrise de la fonction cérébrale ainsi qu'une meilleure interconnexion des régions et une accélération du transfert d'information entre les régions concernées. Cette optimisation du cerveau le rend plus apte à percevoir et gérer les émotions, aussi bien les siennes que celles des autres. L'adolescence est le siège de trois phénomènes concourants: - Le système socioémotionnel subit un pic de développement au début de la puberté - Le contrôle cognitif subit pour sa part son pic de développement au début de l'âge adulte - Durant l'intervalle, le comportement se modifie et voit l'adolescent rechercher la nouveauté et les prises de risque. Ces changements comportementaux se voient également dans une moindre capacité d'attente, les adolescents préférant les récompenses "ici et maintenant" plutôt qu'une récompense plus élevée mais plus tardive. Les relations sociales subissent également une réorientation forte, celles-ci passant de la relation verticale géniteurs-enfant à des relations horizontales entre pairs. Cette modification du comportement n'est pas le propre de l'humain mais est visible chez pratiquement tous les mammifères sociaux. Ce changement procure de nombreux avantages évolutionnaires tels que l'acquisition de capacités de survie et d'indépendance ainsi qu'une minimisation du risque d'inceste. Un spécialiste de ce domaine a décrit ces changements de l'adolescence comme équivalents à être en droit de conduire une voiture puissante sans pour autant posséder les savoir-faire nécessaires. Cette analogie est particulièrement bien choisie car le développement du système socioémotionnel augmente la propension de l'adolescent à chercher la limite (à utiliser la pleine puissance de la voiture) alors que le contrôle cognitif (les connaissances nécessaires à l'utilisation sans risque de la voiture) n'acquerra sa pleine maturité que près d'une décade plus tard. La relative facilité d'étude des hormones en présence peut induire une dérive vers l'explication du comportement par "les sursauts d'hormones". Une approche plus nuancée cherche à déterminer la part des hormones et celle de la maturation du cerveau mais il est difficile si ce n'est impossible de mener cette tâche à bien. En particulier, la recherche butte sur les cognitions "chaudes" et "froides"; la cognition chaude étant rencontrée dans la vie de tous les jours avec son implication émotionnelle dans l'action en cours, la multitude des personnes en présence et les conflits potentiels, la cognition froide étant celle des expériences en laboratoire avec la réflexion menée en solitaire, sans engagement émotionnel sur des données hypothétiques. Les cognitions chaudes et froides étant traitées par des circuits différents, il est difficile de séparer les influences biologiques de celles liées au contexte socioémotionnel. De plus, l'imagerie neurologique butte sur le caractère éminemment individuel des processus de maturation, il est donc impossible d'évaluer l'évolution d'un individu sur la base d'un simple scan de son cerveau et l'approche causale cherchant à lier développement biologique et développement de la personnalité témoigne d'une incompréhension des phénomènes à l'œuvre.
  5. 5. La Systémique en action Page 5 / 6 Les auteurs avertissent clairement du manque d'évidence formelle de lien entre la maturation du cerveau et le comportement associé. Cette absence d'évidence n'a pas réussi à contenir une pression croissante visant à considérer les adolescents délinquants comme moins coupables à cause de cette absence de capacité de réflexion. Cet avertissement retire toute caution scientifique à la proposition que nous détaillerons ci-dessous. Nous ne nous considérons pas dépositaires de la sagesse universelle mais nous allons malgré tout assumer cette absence de certitude car nous affirmons qu'il vaut mieux disposer d'une approche fonctionnelle, même si lacunaire et fluctuante plutôt que d'une absence revendiquée de moyen d'action scientifiquement validé. Une action systémique pragmatique Le constructivisme affirme que la psyché se construit et s'adapte en permanence aux aléas de l'existence. Cette primauté de l'acquis sur l'inné a pour conséquence que l'humain ne saurait être considéré comme fini à aucun moment de son existence et qu'une expérience nouvelle est susceptible de provoquer une meilleure adéquation à son environnement. Nous proposons de nous servir de cette plasticité de l'esprit pour provoquer l'évolution émotionnelle et morale au travers d'expériences sociales susceptibles de générer ces changements. Même si un adolescent est supposé manquer de la maturité cérébrale utile à l'intégration immédiate de telles leçons, nous préférons miser sur l'avenir et poser des jalons dont nous espérons que le jeune saura plus tard mettre à profit les enseignements ainsi fournis. Les modifications comportementales qui déterminent le passage de l'enfance à l'âge adulte présentent de forts risques de déviance vers la délinquance car elles constituent des vulnérabilités indubitablement liées à de telles dérives. La recherche de la nouveauté et la prise de risque créent les circonstances favorables à un comportement déviant. La transformation des liens sociaux, en particulier le basculement des relations verticales avec les parents au profit des relations horizontales avec les pairs offre à l'adolescent la possibilité d'acquérir l'autonomie nécessaire à la libération de la soumission aux parents tout en ouvrant la voie aux passages à l'acte et, simultanément, le prive de l'influence régulatrice de ceux-ci. La solution passe par l'intégration par l'adolescent des contraintes sociales et la soumission librement consentie aux règles sociales non plus par obéissance verticale envers ses parents mais par la reconnaissance intime de leur action stabilisante. Cette intégration ne peut venir que d'une réflexion propre à la personne en cause, l'environnement social peut éventuellement fournir un exemple à suivre tout autant qu'un repoussoir à fuir mais l'impulsion dépend fondamentalement de l'individu. Dans le cas du délinquant, le but d'une thérapie doit être de tirer parti des capacités actuelles et futures de l'individu afin de transformer ces potentialités en qualités réelles et générer une résilience bénéfique à tous points de vue, en particulier dans le développement de l'autonomie, seule garantie d'une libération durable des influences externes. Cette transformation peut passer par une redéfinition des procédures pénales appliquées aux jeunes délinquants. Comme indiqué dans le billet 29 ( lire ici ), le travail de la Police et de la Justice doit suivre des règles systémiques mettant l'accent sur le respect des interactions sociales et la nécessaire réciprocité de leur engagement. Après enquête, procès et négociation de justice selon les procédures décrites dans le billet 29, l'application de la peine va suivre une procédure systémique qui servira à recadrer cette peine dans ses implications sociales. En supposant une peine ferme prononcée en durée d'incarcération, celle-ci subit une première transformation qui convertira la durée en budget d'incarcération: un jour d'incarcération = un crédit, un mois = 30 crédits, un an = 360 crédits. - Pour chaque journée de prison conforme aux attentes de la société, nous rappelons que, selon les paradigmes systémiques servant de base à ce modèle de justice, la société est fortement impliquée dans la défense de ses intérêts et doit fournir un modèle explicite de ses attentes, le détenu voit sa peine réduite d'un crédit. - Pour chaque journée de prison non-conforme aux attentes de la société (résistance passive), le détenu ne touche aucun crédit.
  6. 6. La Systémique en action Page 6 / 6 - Pour chaque journée de prison caractérisée par la commission d'actes contraintes aux attentes de la société, par exemple, dégâts aux infrastructures et/ou mise en danger de l'encadrement et/ou des autres détenus, le détenu voit sa peine augmentée d'un crédit. De cette manière, le délinquant est pleinement rendu conscient du lien entre les attentes de la société et la sanction à laquelle il a été condamné. S'il se soumet inconditionnellement aux attentes de la société, il purgera sa peine selon la durée convenue, sous réserve d'éventuelle réduction pour conduite supérieure aux attentes. S'il persiste à s'opposer à la société, il sera rendu attentif aux conséquences de ses actes sous forme d'un allongement de la durée de la sanction. Le lien entre comportement et sanction étant immédiat et facile à appréhender, la responsabilité du détenu dans la maitrise de cette durée est aisément engagée. Le but de l'incarcération étant la préparation à la réintégration dans la société, la semaine-type d'un détenu doit suivre un schéma basé sur la succession d'une journée de thérapie suivie d'une journée de travail. Cette exigence entrainera la transformation des prisons "oisives" en centres de travail dans lesquels les détenus seront tenus de travailler et participer attentivement à leur thérapie s'ils désirent être libérés au terme de leur peine. Au terme de ce changement de paradigme, l'incarcération deviendra une activité professionnelle comme (presque) n'importe quelle autre, elle aussi soumise à l'évaluation de la prestation fournie, avec récompense, resp. sanction à la clé lorsque le résultat diffère de l'objectif préalablement négocié. Ces propositions sont également applicables aux autres catégories de délinquants. Il est primordial qu'une prise en compte de la réalité du terrain ait lieu de la part des autorités chargées de la protection de la société. Ainsi que l'a mentionné un proche d'un des auteurs présumés de l'agression sur le jeune Dylan: "Ils nous cherchent, on les cherche. Si on nous met en prison ça n’arrangera rien. On aura encore plus la rage." En d'autres termes, ces jeunes se savent protégés de toute sanction réelle et refusent même l'hypothèse d'une possibilité de prise en compte des normes sociales. Il s'agit de briser cette présomption d'invulnérabilité et de la remplacer par un contrat social promouvant le bien commun en tant que mesure de l'intégration sociale. Le lien social ainsi établi doit être soumis à un critère de réciprocité: ne peut se réclamer de la protection sociale que celui qui y fait inconditionnellement allégeance. Actuellement, un adolescent de moins de 16 ans ne risque dans le pire des cas (circonstance pour ainsi dire jamais vérifiée) qu'une année de prison et des mesures éducatives limitées à 4 ans. Dans notre modèle, il n'y aura aucun âge limite en-dessous duquel l'individu sera protégé. Par contre, étant donné qu'il est vain d'enseigner à un individu incapable de comprendre la nature de l'enseignement, la peine pourra être mise en différé et l'individu n'entreprendra la thérapie que lorsqu'il aura atteint un âge et un niveau de compréhension le rendant apte à tirer profit de la thérapie, même si plusieurs années doivent s'écouler entre l'acte et la thérapie. Nous nous référons, entre autre exemple tragique, au meurtre du petit James Bulger ( lien Wikipedia ). Ce serait un aveuglement coupable de croire que la société suisse est immunisée contre un tel drame et ce serait une impéritie criminelle que de prétendre temporiser jusqu'à l'occurrence d'un tel drame pour avouer n'avoir rien entrepris pour en gérer les conséquences. Le but de cette proposition ainsi que de celles décrites dans les billets 28 et 29 concernant les paradigmes de la Justice est de forcer l'individu à prendre en compte les attentes et besoins de la société dans son entièreté sous peine de sanction, laquelle sanction comprendra un test de validation, laquelle validation sera déterminante dans la libérabilité du condamné. Il ne reste plus qu'à espérer que, cette fois-ci, aussi bien la Justice que le monde politique sauront prêter une oreille attentive à la voix de la Science. Et tant qu'on est dans les rêves éveillés, pourquoi ne pas en profiter pour demander une baisse d'impôts ? Au plaisir de vous retrouver ici ! Ce texte est soumis aux conditions Creative Commons CC-BY-NC-SA.

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