La systemique 29 justice systemique

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La systemique 29 justice systemique

  1. 1. Didier BAUDOIS La Systémique en action Ingénieur en génie logiciel HES Chemin de l'Ouche-Dessus 54 CH-1616 Attalens Email: d.baudois@sunrise.ch Page 1 / 8 Vingt-neuvième billet Bonjour, Dans ce billet, nous examinerons de quelle manière la systémique est susceptible d'améliorer l'exercice de la Justice. Une Justice contestée Régulièrement, les médias font état des problèmes rencontrés par les forces de l'ordre, en particulier la Justice qui se noie sous les dossiers, qui est accusée de protéger le coupable et culpabiliser la victime. Nous allons ci-après examiner notre perception de cette situation et proposer un cadre susceptible de résoudre certains des problèmes dénoncés. Nous comparerons la Justice actuellement basée sur des paradigmes cartésiens et la proposition d'une Justice basée sur des paradigmes systémiques. Les méthodes d'analyse Nous débuterons par une description des méthodes d'analyse utilisées dans le cadre de ce travail. Analyse cartésienne L'analyse cartésienne est caractérisée par les préceptes suivants : - La mise en évidence : tous les éléments doivent être examinés et leurs caractéristiques explicitées. - Les appartenances : tous les éléments sont reliés entre eux par des relations d'appartenance, éventuellement hiérarchisés au sein des ensembles analysés. - Les causalités : l'analyse cartésienne est temporellement orientée du passé vers le présent selon le principe "La cause précède l'effet et l'effet reflète l'influence de la cause". L'exhaustivité : afin de comprendre tous les liens entre les éléments et être en mesure de déterminer correctement les causes et les effets, il est important de passer en revue tous les éléments du champ analysé. L'analyse cartésienne donne des résultats excellents sitôt qu'il s'agit d'examiner un élément extrait d'un ensemble, méthodiquement et en dressant la liste de toutes les caractéristiques de cet élément. Par contre, l'analyse cartésienne n'est pas capable de traiter simultanément tous les éléments inclus dans cet ensemble. - Une méthode rétrospective Le précepte de causalité fait de l'analyse cartésienne une méthode rétrospective: c'est-à-dire que, sur la base d'un état existant à un instant t, l'analyse examine les circonstances antérieures à cette situation pour comprendre les mécanismes ayant conduit à cet état et, le cas échéant, extrapoler un comportement futur à un instant t', selon la philosophie "Mêmes causes, mêmes effets". Ce type d'analyse ne peut traiter que des états discrets, clairement délimités dans l'espace et dans le temps. Elle se révèle incapable de gérer les contraintes liées aux notions de téléologie ou d'évolution. De par sa dépendance à la relation de cause à effet, l'analyse cartésienne souffre de graves lacunes face aux problèmes posés par la modification d'une situation. Cette dépendance entrave l'incorporation d'un quelconque changement de paradigme lié à une modification du sujet ou de son environnement. La Justice cartésienne en action Dans le cadre du travail de la Justice, l'analyse cartésienne traite chaque élément de la situation comme une monade, c'est-à-dire un élément isolé de son milieu, à l'instar d'une bactérie sous le microscope. Le but de cette étude est de déterminer les tenants et aboutissants afin de dégager les responsabilités respectives. Cette pratique a pour conséquence de déshumaniser les individus soumis à l'examen. La question des circonstances atténuantes est l'élément majeur de cette déshumanisation des parties en présence: la victime est sommée de prendre pitié de son agresseur dont la responsabilité est diminuée. L'agresseur est réduit à un bouc émissaire qui ne pouvait échapper à son destin à cause de ses antécédents.
  2. 2. La Systémique en action Page 2 / 8 Le schéma ci-dessus explique l'influence des circonstances sur le jugement de l'acte délictueux. L'axe vertical représente la sévérité de la peine, l'axe horizontal représente l'implication de l'auteur. Lorsque l'auteur de l'acte est volontairement impliqué dans son acte, partie droite du tableau; par exemple, dans le cas d'une agression soigneusement planifiée; il subira des circonstances aggravantes qui alourdiront la sanction. Dans le cas inverse, lorsque diverses raisons font que l'auteur n'avait pas conscience de la portée de ses actes, sa peine sera allégée en fonction des circonstances atténuantes retenues. Le talent rhétorique du défenseur du prévenu joue aussi un rôle déterminant dans le calcul de la peine. Un élément de très grave incompréhension des arcanes de la Justice résulte du temps passé à définir les circonstances susceptibles d'intervenir dans la balance. Durant tout ce processus, le prévenu de l'acte est au centre des débats, donnant à sa victime l'impression qu'elle-même n'a aucune valeur lorsqu'elle n'est pas ouvertement blâmée pour son implication dans l'acte délictueux. Cette situation est la conséquence directe du caractère cartésien de l'analyse effectuée. Les préceptes de mise en évidence, de causalité et d'exhaustivité requièrent une attention focalisée sur le sujet de l'analyse, à savoir l'auteur de l'acte. Puisque tout le processus judiciaire tourne autour de l'acte et de son auteur, la victime ne peut sortir du procès qu'en ressentant des sentiments ambigus qui ne lui apporteront pas le réconfort souhaité. En conclusion, la nature même de la Justice cartésienne la rend incapable d'atteindre le but que la société lui a fixé et qui est de rendre justice à la victime. Analyse systémique L'analyse systémique est caractérisée par les préceptes suivants : - La pertinence : seuls les éléments considérés comme significatifs dans le cadre de l'analyse en cours sont analysés. - Les relations : l'analyse systémique traite des relations entre les éléments analysés. - La téléologie : la téléologie est l'étude de la finalité du système, c'est-à-dire quel but doit être atteint pour considérer l'action entreprise par le système comme valide. La sélectivité : l'analyse systémique sélectionne les éléments à analyser en fonction de leur signifiance, c'est-à-dire de la nature et de la valeur de l'information apportée dans le système pour lui permettre d'atteindre son but. Les éléments sans influence sur le comportement du système dans sa recherche du but à atteindre sont ignorés car ils ne sont pas signifiants. Grâce à sa capacité à examiner un système ou une situation comme un tout, cette analyse fournit une vision précise incluant tous les éléments pertinents du système ou de la situation examinée. L'analyse systémique examine les relations entre les objets et capture toute la complexité d'une situation dans un même ensemble. - Une méthode prospective L'action de l'analyse systémique est par essence prospective, elle est orientée vers le but à atteindre. L'analyse systémique est dynamique, elle favorise la modélisation des comportements possibles et elle intègre tous les éléments nécessaires à l'atteinte du but préalablement fixé. Elle ne cherche pas à connaître la genèse d'une situation donnée mais elle s'appuie sur la situation existante pour atteindre sa cible.
  3. 3. La Systémique en action Page 3 / 8 Une vision dynamique Contrairement à l'analyse cartésienne qui place une grande importance sur la définition des caractéristiques de l'objet analysé, l'analyse systémique se focalise sur le comportement de l'objet. La connaissance des caractéristiques est sans importance, c'est-à-dire qu'il n'y a nul besoin de connaitre les caractéristiques de l'objet pour en modéliser le comportement. Seul le concept, symbolisé par la boite noire et les relations qui s'y rapportent, est important. L'analyse travaille sur le comportement, modélisé par les relations liant la boite noire aux autres éléments inclus dans l'analyse. Son champ d'étude est dynamique avec un point de départ: la situation actuelle jugée comme insatisfaisante; un point d'arrivée: la situation idéale à atteindre; et des modifications à apporter au comportement de la boite noire pour que le but soit atteint. Les éléments de l'analyse systémique Les éléments autorisées à faire partie d'une analyse systémique sont : - Une boite est un concept qui ne correspond pas forcément à un élément distinct de la réalité. - Une boite blanche ne peut contenir qu'une (des) boite(s) noire(s). Il ne peut exister qu'une seule boite blanche dans le cadre de l'analyse considérée. Elle représente le contexte dans lequel l'analyse est contenue. Elle est souvent implicitement décrite et sa représentation graphique est la plupart du temps omise. - Le contenu ainsi que les caractéristiques d'une boite noire sont inconnus. - Une relation ne peut exister qu'entre des boites noires. - Les variables définies dans une boite blanche sont partagées avec toutes les boites noires incluses dans cette boite, même si ces variables ne sont pas explicitement décrites. - L'analyse doit également intégrer les notions de but (téléologie) et de rétroaction (feedback). - Un ou plusieurs environnements peuvent être intégrés dans le cadre de l'analyse. L'analyse systémique demande un respect strict de l'emploi de ses constituants. Il ne peut être fait usage que de la boite blanche, des boites noires et des relations entre elles. Représentation des éléments de l'analyse La boite noire L'élément premier de l'analyse systémique est la boite noire. La boite noire est un concept qui représente un élément pertinent de l'analyse. Cet élément peut être un objet physique tel qu'une voiture ou une personne; un groupe d'éléments tel qu'une équipe de travail; ou encore n'avoir qu'une existence virtuelle telle qu'une stratégie mise en œuvre. La boite blanche L'analyse débute en ouvrant la boite noire initiale. Cette ouverture transforme la boite noire, dont le contenu est inconnu, en boite blanche dont le contenu est manifeste. L'analyse sera entièrement contenue dans la boite blanche. La principale conséquence de ce paradigme est qu'il est impossible d'intégrer une deuxième boite blanche à l'intérieur de la boite blanche, ni de faire coexister une autre boite blanche en parallèle à celle préalablement établie. Les relations Les relations mettent en évidence un lien comportemental entre deux ou plusieurs boites noires. Les relations ne sont pas orientées, dans le sens où il n'existe pas de point d'origine ni de point d'arrivée. Cette réalité est conforme aux paradigmes de la systémique, en particulier avec le concept de feedback qui affirme que toute action d'un élément agit en retour sur ce même élément, directement ou par l'intermédiaire d'un autre
  4. 4. La Systémique en action Page 4 / 8 élément. Les relations sont bidirectionnelles pour matérialiser ce fait. La relation est parcourue dans un sens par l'influence d'une boite noire sur une autre et par le feedback qui circule simultanément en sens inverse. Dans certains cas, la relation est dessinée se repliant sur elle-même pour mettre en évidence le fait que le comportement de la boite noire agit principalement sur elle-même. Cette représentation sert souvent à montrer l'évolution de la boite au fil du temps. La Justice constructiviste systémique en action Contrairement à l'analyse cartésienne, l'analyse systémique se concentre exclusivement sur les relations qui unissent les intervenants. Ces relations peuvent impliquer deux individus, par exemple, l'auteur de l'acte et sa victime, mais également un individu par rapport à son vécu ou ses intentions. Les préceptes de la systémique centrent l'attention sur les éléments pertinents, leur intégration dans le cadre de la téléologie de l'acte, c'està-dire quelle signification ces éléments ont-ils apporté dans la réalisation de l'acte et l'atteinte du but fixé. Le précepte de sélectivité ordonne de laisser de côté tout élément qui n'influencerait pas les circonstances de la réalisation de l'acte. Dès le début de l'analyse, l'acteur et sa victime sont indissociables de l'acte et l'attention ne peut être portée sur l'un au détriment de l'autre. Il est donc impossible de déshumaniser un intervenant au profit de l'autre. Nous ne prétendons pas que cette Justice systémique sera une panacée pour le ressenti émotionnel de la victime. Cette justice lui accordera certes une place plus importante mais en aucun cas elle ne lui offrira le monopole de l'attention. L'illustration ci-dessus représente l'auteur de l'acte, sa victime et la relation qui les unit, c'est-à-dire l'acte luimême. Ces éléments forment une triade impossible à briser, l'acte étudié hors du contexte des participants n'a pas de sens, pas plus que l'analyse de l'acte et de son auteur sans prise en compte de la victime ou vice-versa. Mais la principale différente entre les modes d'action cartésien et systémique réside dans la prise en compte de la société en tant qu'intervenant direct dans le cadre de l'analyse. L'illustration ci-dessus représente le prévenu, l'acte, la victime et la société intimement liés dans l'analyse en cours. L'acte délictueux n'est plus extrait de son cadre mais il est recadré dans son environnement social, donnant à chaque intervenant la vision de sa responsabilité sur la solution du procès: - L'auteur doit être sanctionné car son acte a nui à la victime. - La victime doit être entendue dans sa demande de justice pour obtenir réparation. - La société s'est arrogé l'exclusivité du droit de rendre justice, entre autre afin de mettre fin aux justices privées et autres vendetta; par conséquent, la société doit assumer sa responsabilité et s'impliquer dans le jugement. Le schéma ci-dessus explique l'influence des circonstances sur le jugement de l'acte délictueux. L'axe vertical représente la sévérité de la peine, l'axe horizontal représente l'implication de l'auteur.
  5. 5. La Systémique en action Page 5 / 8 Lorsque l'auteur de l'acte est volontairement impliqué dans son acte (partie droite du tableau), par exemple, dans le cas d'une agression soigneusement planifiée, des circonstances aggravantes alourdiront sa sanction. Dans le cas inverse, lorsque l'auteur n'a pas conscience de la portée de son acte, sa peine sera aggravée en raison de la menace qu'il représente envers la société. Si l'auteur de l'acte se fait assister par un avocat, il prouve de ce fait ne pas être en mesure de maitriser la portée de ses actes. Par conséquent, sa peine sera aggravée selon la partie gauche du graphique . Contrairement à la justice cartésienne qui juge l'auteur à la lumière de son acte, la justice systémique juge l'acte en tant que relation entre deux ou plusieurs intervenants, et l'auteur est condamné en fonction de la maitrise dont il a ou n'a pas fait preuve durant la commission de l'acte. La peine sera calculée en fonction de la compréhension par l'auteur de l'acte du caractère délictueux de celui-ci conjointement avec la menace que l'auteur représente envers la société. Contrairement à la justice cartésienne qui se concentre sur l'auteur de l'acte au point que la victime est souvent reléguée au simple rôle de spectateur d'un acte qui l'a peut-être traumatisée, la justice systémique ne peut tomber dans ce biais puisque son sujet d'étude se trouve être l'acte, la relation ayant uni l'auteur et sa victime à un instant donné dans le passé. A la lumière de ces deux considérations, la justice systémique montre déjà sa supériorité sur la justice cartésienne. Un modèle avantageux Mais les problèmes auxquels la justice fait actuellement face vont bien au-delà de la simple adéquation à l'étude de l'acte délictueux, sa sanction et la reconnaissance des droits de la victime. La justice doit également être socialement et économiquement supportable. Nous allons modéliser son comportement et évaluer sa capacité à être socialement et économiquement viable. Les paradigmes La justice systémique repose sur 3 paradigmes: - Le prévenu dit la vérité. - Le prévenu collabore avec la justice. - Le prévenu n'a pas de mauvaises intentions. Exemples Nous examinerons ci-dessous plusieurs exemples à la lumière de ces 3 paradigmes: Premier exemple: la voiture d'un conducteur subit une avarie grave sous la forme d'une rupture de pièce de la direction. Le conducteur en perd la maitrise et percute mortellement un piéton. Le véhicule était conforme aux prescriptions. Le conducteur était sobre et attentif, il a pleinement collaboré à l'enquête. Lorsque le cas sera jugé, aucune circonstance aggravante ne sera retenue contre le conducteur. La peine se situera au point zéro des deux échelles. Deuxième exemple: une personne commet un acte délictueux à l'encontre d'une autre personne après l'avoir longtemps planifié. Du fait du caractère délibéré et planifié de l'acte, l'auteur est conscient de la nature délictueuse de son comportement. Les intentions de l'auteur étant manifestement mauvaises, ces circonstances entraineront le déplacement du curseur de calcul de la peine vers la droite de l'échelle horizontale et la sanction sera plus ou moins fortement aggravée. Troisième exemple: une personne est arrêtée après avoir commis un délit. Elle déclare n'avoir aucun souvenir de ses actes à la suite de consommation de stupéfiants. L'auteur du délit étant dans l'incapacité manifeste d'une maitrise de son comportement, le curseur du calcul de la peine est déplacé vers la partie gauche de l'échelle horizontale et la sanction sera aggravée en conséquence. Son absence de maitrise entraine une augmentation du risque de récidive: l'auteur n'est pas en mesure d'expliquer les motivations l'ayant conduit à commettre le délit dont il est prévenu. Par conséquent, il est susceptible d'y succomber encore et de troubler à nouveau l'ordre public. La société, en tant que membre de l'équation analysée, se doit de se protéger contre ce risque en alourdissant la sanction dans une juste proportion.
  6. 6. La Systémique en action Page 6 / 8 Importance des aveux Ces exemples peuvent donner à croire à un retour au "bon vieux temps" de la primauté des aveux. Cette lecture est aussi fausse que réductrice. L'important n'est pas d'avouer mais de collaborer à l'établissement de la vérité: un groupe de cambrioleurs est arrêté. Un de ses membres passe immédiatement à l'aveu et charge ses coéquipiers. Les enquêteurs mettent rapidement en évidence de nombreuses incohérences entre les aveux du prévenu, les éventuels aveux des autres membres, les indices relevés sur le terrain et les divers témoignages recueillis. Ces incohérences démontrent la volonté du prévenu de travestir la vérité et, par conséquent, son refus implicite de collaboration sincère. Il représente un danger pour la société et sa peine sera aggravée en conséquence. Implications des paradigmes Les implications générées par les 3 paradigmes ont des conséquences qui vont bien au-delà de la simple recherche de la vérité ou de la collaboration inconditionnelle du prévenu. Le prévenu étant averti que sa collaboration pleine et entière est requise pour lui permettre de bénéficier des auspices les plus favorables au moment de déterminer la peine qui lui sera appliquée, il est désormais possible de faire appel à son propre jugement pour déterminer la sanction la plus appropriée. Face à cette responsabilité, le prévenu, qui doit proposer au juge la sanction susceptible de convenir, peut répondre de 3 manières: - Si la sanction proposée par le prévenu est trop faible, le prévenu n'est pas conscient du trouble qu'il a occasionné. Ce manque de clairvoyance représente un danger pour la société qui sera contrainte à aggraver la sanction en conséquence. - Si la sanction est trop forte par rapport aux sanctions prises lors de cas similaires, cela signifie que, pour des raisons qui lui sont propres et que la justice n'a pas besoin de connaitre, le prévenu estime mériter une sanction aggravée. Le juge entérinera la proposition qui sera intégrée à la jurisprudence. - Si le prévenu propose une sanction correspondant plus ou moins à la moyenne des cas similaires, le prévenu démontre sa capacité à s'adapter aux attentes de la société. Le juge entérine la sanction. Le travail de la justice sera grandement accéléré et facilité par cette mesure logique et efficace qui s'apparente à une négociation de justice. En particulier, la proposition de sanction étant du ressort du prévenu, le risque d'appel est notablement réduit. Plus précisément, si le prévenu fait appel sur une sanction qu'il a lui-même proposé, il démontre son incapacité à comprendre les enjeux de la procédure judiciaire à laquelle il a participé et présente de ce fait un risque accru envers la société, sa peine devra être aggravée dans une juste proportion lors de la procédure d'appel. L'avantage de cette négociation de justice est qu'elle facilite la définition de peines purgées en dehors du système pénitentiaire. La notion de punition ne doit plus être un critère, le but n'est plus forcément de punir un coupable mais de réinsérer un égaré en lui laissant la possibilité d'effectuer un acte compensatoire utile à la société. Si cette compensation procure du plaisir au coupable, il ne doit s'agir que d'un fait anecdotique qui ne doit pas distraire du but principal: la société doit y trouver un avantage, aussi bien en tant que compensation du dommage qu'en réduction de la récidive. Négociation de sanction et récidive Une mesure, en particulier, est susceptible de réduire l'impact de la criminalité: dans le cadre de la négociation de la sanction, en fonction de la nature du délit, par exemple, dans les cas de délit contre le patrimoine ou le trafic de drogue, le juge peut demander au prévenu d'intégrer dans sa proposition de sanction les mesures qu'il compte mettre en œuvre pour restreindre le risque de récidive. Ces mesures peuvent aller jusqu'à inclure une proposition de sanction dans l'hypothèse où le prévenu récidiverait dans un délai donné. Cette mesure est différente du sursis car, en cas de récidive, le prévenu passe directement à la case "sanction" sans passer par le tribunal étant donné que la négociation de peine a déjà eu lieu. En supposant qu'un individu pris dans une bagarre négocie une amende de 2'000 CHF pour cette participation et que cette négociation soit entérinée; le juge peut, dans une deuxième étape, par exemple, lorsque les circonstances indiquent un risque de récidive notable, demander au prévenu de proposer une sanction en cas de récidive. Le prévenu peut négocier ce risque de récidive selon deux critères: longueur de la période de probation et force de la sanction. Par exemple, il peut convenir d'une amende de 10'000 CHF en cas de récidive, la période de probation étant de 2 ans. Il peut aussi proposer une amende de 5'000 CHF sur une période de 5 ans.
  7. 7. La Systémique en action Page 7 / 8 Mais quelle que soit la variante choisie, il ne pourra pas sous-enchérir en cas de récidive multiple durant la période de probation. Dans la pratique et pour le cas de la variante à 5'000 CHF sur 5 ans: s'il vient à récidiver une première fois, il devra s'acquitter du montant convenu, sans autre jugement et pour autant que le délit entre dans le cadre de la peine préalablement négociée. Et s'il vient à recommencer avant la fin de la période, la base de la négociation future sera obligatoirement supérieure à 5'000 CHF. De la sorte, avant même de récidiver, le délinquant sait à quelle sauce il sera mangé, gardant à l'esprit que la négociation ne représente qu'un minimum, la justice se réservant toujours le droit d'épicer le plat. Ce modèle de sanction devrait donner de bons résultats dans la lutte contre la petite criminalité et les délits susceptibles de récidive tels que les infractions contre le code de la route (alcoolisme et vitesse). La lutte contre ces délits est particulièrement importante car le sentiment de sécurité de la population dépend fortement de sa perception d'une action efficace de l'État dans ce domaine. Justice et avocats Le paradigme de collaboration sincère a pour conséquence qu'il enjoint le prévenu à se passer du secours d'un avocat. Le prévenu qui désire collaborer n'a nul besoin de défenseur. En fait, l'appel à un avocat peut même être interprété comme une mesure de méfiance à l'égard de la société, ici représentée par son bras judiciaire. Une telle défiance n'est pas de nature à faciliter la recherche de la vérité et peut entrainer une aggravation de la sanction finale. Le prévenu étant expressément rendu attentif au fait que le renoncement explicite à faire appel aux service d'un avocat sera perçu comme une circonstance atténuante, cette mesure facilitera le travail de la police. Cette mesure est également susceptible d'apporter un égalitarisme bienvenu puisque le facteurclé ne sera plus d'être défendu par un ténor du barreau mais de collaborer activement à la détermination de la vérité. Afin de prévenir tout risque de contrainte et d'arbitraire, il sera important de prévoir dans le code de procédure le recours systématique à l'enregistrement vidéo des entretiens entre les enquêteurs et le prévenu. Le risque de contrainte est malgré tout très théorique étant donné que le paradigme majeur réside dans la cohérence entre les faits constatés et les explications avancées par le prévenu. On ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs et dans ce domaine également, la mise en œuvre d'une nouvelle réalité se fait aux dépends d'une catégorie d'éléments du système. La disparition ou la forte diminution d'importance d'une catégorie ne devrait pas être un frein au changement si celui-ci est nettement bénéfique au reste de l'ensemble. Quelques considérations philosophiques Justice et Police selon le système actuel La société donne actuellement de son bras judiciaire, juges et policiers, l'image d'une organisation perverse et dangereuse dont les membres sont jugés indignes de la moindre confiance, pour ne pas parler de respect. Un policier est un sadique qu'il convient d'encadrer avec fermeté, sa capacité de nuisance est si grande qu'un prévenu doit être soutenu par la présence d'un avocat pour prévenir toute dérive dommageable au prévenu. Un juge est un pauvre hère incapable de percevoir correctement la nature et les circonstances d'une infraction, sa compréhension étant en outre gravement corrompue par la lecture des rapports de police et d'expertise. Sans la présence de l'avocat salvateur, le prévenu serait systématiquement pénalisé à outrance par des peines d'une lourdeur et d'une perversité notoires. Le nouveau Code pénal suisse a tenté de rétablir l'équilibre en faveur du prévenu en forçant Justice et Police à justifier longuement toutes leurs affirmations par une procédure exagérément bureaucratique. Nous rejetons avec la dernière énergie cette image que la société veut donner d'une de ses plus importantes institutions. Justice et Police selon une vision constructiviste systémique La société considère que ceux de ses membres dévolus aux tâches de Justice et Police sont des citoyens dignes de confiance et pleinement capables de remplir la mission qui leur incombe, à savoir protéger la société de toute perturbation, que ce soit en prévenant l'occurrence de troubles ou en punissant les auteurs d'éventuels troubles selon les principes de la répression et de la réinsertion. Puisque les juges et les policiers sont des individus respectables, il n'y a pas lieu de mettre en doute la valeur de leur travail et les procédures chicanières doivent être éliminées et remplacées par des procédures basées sur la confiance et le respect réciproque.
  8. 8. La Systémique en action Page 8 / 8 En d'autres termes, les auteurs d'infraction recevront un traitement à l'image de leur comportement envers les membres de la société auxquels aura été délégué la responsabilité d'assurer la protection de la société. Celui qui jouera le jeu de la société en collaborant avec la branche judiciaire au maintien de l'ordre social sera récompensé pour sa sincérité. Celui qui rejettera les règles de la société sera considéré comme un danger pour l'ordre social et sera traité en conséquence. Mais en aucun cas, il ne pourra faire retomber le poids de sa faute sur les représentants de la société, que ce soit en niant leur pouvoir ou en mettant en doute leurs capacités. Le prochain billet sera consacré à l'efficience de l'entreprise et aux moyens d'améliorer ses performances. Au plaisir de vous retrouver ici ! Ce texte est soumis aux conditions Creative Commons CC-BY-NC-SA.

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