La systemique 36 Le droit de la famille en Suisse

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Etude sur les propositions du Département Fédéral de Justice et Police (DFJP) sur l'évolution du Droit de la Famille en SUISSE

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La systemique 36 Le droit de la famille en Suisse

  1. 1. Didier BAUDOIS La Systémique en action Ingénieur en génie logiciel HES Chemin de l'Ouche-Dessus 54 CH-1616 Attalens Email: d.baudois@sunrise.ch Page 1 / 13 Trente-sixième billet Bonjour, Le billet du jour est consacré à l'avenir du droit de la famille en Suisse. CAVEAT LECTOR: Les déclarations exprimées ici sont le reflet de l'opinion personnelle de l'auteur et correspondent aux informations en sa possession au moment de la rédaction de ce document. Elles sont susceptibles d'affinement et évolution si de nouveaux éléments devaient entrainer une adaptation de l'opinion de l'auteur aux circonstances résultant de l'intégration de ces hypothèses. Ce thème est apparu dans les médias suisses à la fin du printemps 2014 lorsque le Département Fédéral de Justice et Police a mis en ligne 2 avis de droit et une récapitulation du droit de la famille tel qu'interprété dans des pays présentant une structure similaire à la Suisse, ces pays de référence sont l'Allemagne, l'Angleterre et le Pays de Galles, la France, l'Italie, la Norvège et l'Autriche. Dans un premier temps, les auteurs des avis de droit ont cherché à aligner le droit futur sur les droits de pays environnants. Dans un deuxième temps, les auteurs ont cherché à percevoir l'évolution de la société et ont proposé diverses pistes permettant d'anticiper l'évolution future à court et moyen terme de manière à prévenir le risque d'un droit déjà obsolète lors de sa mise en œuvre. Certaines de ces suggestions, volontairement iconoclastes, mais qui n'étaient que des pistes de réflexion et non pas des articles de loi déjà gravés dans le marbre, ont été montées en épingle par les médias. Parmi ces propositions dérangeantes, on trouve la possibilité d'une légalisation de l'inceste ou de la polygamie, qu'elle soit polyandre ou polygyne. Après lecture attentive des textes dans leur langue originelle, nous constatons que les auteurs ont effectué un travail de grande qualité et qu'ils ont poussé très loin la réflexion sur le sujet. Mais nous voyons surtout une constante qui nous a interpellé: Là où il y avait une forêt, les auteurs n'ont vu que des arbres ! C'est-à-dire que les auteurs se sont focalisés sur une collection quasiment exhaustive de toutes les dérives possibles de la vie familiale au point que certains leur ont jeté la pierre, les accusant de vouloir la fin de la famille traditionnelle et la mort de l'institution du mariage monogame hétérosexuel alors que le rôle de cette révision devrait être de s'occuper prioritairement du cas général idéal quitte à ensuite y incorporer les cas minoritaires susceptibles de bien s'intégrer dans l'ordre social actuel et futur. Au lieu de passer en revue les différents points décrits dans les documents originaux ainsi que dans les réactions des médias, nous allons examiner l'arrière-plan sociologique qui sous-tend ces travaux. Nous renvoyons les personnes intéressées par les travaux ayant servi de base à la page du Département Fédéral de Justice et Police: http://www.ejpd.admin.ch/content/bj/fr/home/dokumentation/familienrecht.html Le mariage peut être défini comme l'établissement d'un lien horizontal entre deux ou plusieurs individus alors que la procréation est l'établissement d'un lien vertical offrant à un ou plusieurs individus adolescents ou adultes la possibilité de se déclarer responsable de la croissance et de l'éducation d'un ou plusieurs individus nettement plus jeunes qu'eux-mêmes. Malgré ces définitions, cela ne nous renseigne en rien sur les motivations qui poussent des individus à établir de tels liens. Les démonstrations qui suivent sont toutes basées sur le couple monogame fidèle hétérosexuel tel que décrit par l'idéal social. Un passage par la biologie nous permet de mettre en évidence qu'il n'y a aucune interdépendance entre la procréation et le mariage. Par conséquent, la probabilité est forte que les raisons expliquant un comportement n'aient aucun lien avec les raisons expliquant l'autre comportement. Une revue des circonstances historiques apporte un éclairage intéressant: - On fait des enfants pour son propre usage, comme passe-temps, comme amusement, comme force de travail, comme monnaie d'échange ou comme assurance vieillesse.
  2. 2. La Systémique en action Page 2 / 13 - On se marie pour les autres, pour démontrer que l'on prête attention aux autres et que leur opinion nous est importante. La conclusion est qu'un comportement est à usage interne au groupe des deux ou plusieurs individus formant le couple, l'autre est à usage externe, à destination du super-groupe social dont ils sont membres. L'examen détaillé de ces deux propositions révèle beaucoup sur l'aveuglement idéologique qui accompagne les interventions sur ces deux sujets et les pièges auxquels tant les auteurs des études considérées que les personnes les ayant commentées dans les médias n'ont pas su ni pu échapper. Le mariage Dans le cadre de ce travail, nous avons délibérément choisi de considérer le mariage monogame hétérosexuel comme consistant le cas de référence sur lequel nous allons baser toutes nos démonstrations. Ce choix est dicté, entre autres, en fonction de considérations biologiques (la procréation implique habituellement deux partenaires de sexes différents) et historico-sociales (ce type d'union est considéré comme formant la base de notre cadre social). Le mariage est l'union ritualisée de deux personnes. Le rituel est formalisé par les usages sociaux définis par les groupes sociaux dont dépendent les personnes considérées. Si les deux personnes proviennent de groupes sociaux similaires, le rituel sera joué sans hésitation ni fausse note. Si les deux personnes proviennent de groupes différents, le rituel devra être adapté aux circonstances. Plus les rituels de chaque groupe d'origine sont différents et plus le risque est grand que ces différences entravent le déroulement du rituel commun. Dans un cas extrême, le rituel ne pourra pas être exécuté et l'union ne pourra avoir lieu ou ne sera pas reconnue valide par l'un ou l'autre des groupes sociaux concernés. Le but du mariage est de créer, respectivement renforcer, un lien entre deux groupes distincts. Lorsque l'union aura été validée par les groupes sociaux respectifs, celle-ci devra être mise au service des groupes sociaux concernés qui pourront la solliciter en fonction de leurs besoins propres. L'usage social de la relation née de l'union est double: - La relation sert au groupe social à protéger ses intérêts en faisant appel à l'existence de cette relation dans ses interactions avec d'autres groupes sociaux. Par exemple, en cas de conflit avec un groupe tiers, le groupe auquel les mariés ont fait allégeance et qui est le groupe d'origine d'un des deux partenaires peut appeler à l'aide le groupe d'où provient l'autre partenaire. Un tel appel peut également avoir lieu lorsque le groupe explore la possibilité de créer de nouvelles alliances avec un groupe qui comprend des membres liés au groupe d'origine du partenaire forain. Dans ce cas, l'existence de relations entre chacun des deux groupes en cours de négociations avec un troisième groupe commun aux deux peut servir de facilitateur. - L'existence de la relation peut également être appelée par l'un des membres du couple lorsque ce membre fait appel à l'intervention du groupe social pour résoudre un conflit interne au couple ou un conflit entre un membre du couple et un membre du groupe. Le membre du couple qui fait appel à la médiation du groupe peut avancer en sa faveur le rôle qu'il joue par rapport au groupe de par l'existence de la relation née de l'union ainsi que les avantages que le groupe a eu par le passé ou aura à l'avenir en activant cette relation. A contrario, un membre célibataire ne peut se prévaloir d'une telle utilité. La capacité d'une relation à créer de nouvelles alliances est le résultat de l'influence des activités passées sur les activités futures: qui a déjà interagi avec une certaine personne et en a reçu une rétroaction positive aura tendance à rechercher la répétition d'une telle interaction. Le désir de maitriser l'inconnu joue également un rôle important: en accord avec le proverbe "Les amis de nos amis sont nos amis", il est tentant d'attribuer des intentions bienveillantes aux inconnus dont nous savons qu'ils sont liés à des personnes perçues comme bienveillantes auxquelles nous sommes également liées. Deux conditions liées aux relations matrimoniales, le tabou de l'inceste et l'exigence de fidélité ont également une origine sociale très nette. Elles sont le résultat d'une contrainte de qualité: elles découlent de l'obligation d'établir des relations durables et utiles au groupe: - L'inceste crée une relation à l'intérieur du groupe, elle n'amène aucun avantage au groupe puisque les nouveaux unis en étaient déjà membres. - L'infidélité nuit à la durabilité et à la fiabilité de la relation entre les groupes sociaux d'où proviennent les membres considérés.
  3. 3. La Systémique en action Page 3 / 13 - Ces deux exigences de relations exogames et de fidélité sont des éléments importants de stratégie sociale car elles assurent la diversité et la pérennité des alliances et, par voie de conséquence, la prospérité et la sécurité de la société. - La procréation est elle aussi fortement encouragée au sein de ce système social car elle renforce la pérennité des liens ainsi qu'en témoignent les proverbiaux "liens de sang". La vigueur du débat sur le mariage homosexuel est à relier avec cette exigence de stabilité des relations entre groupes sociaux. - Les propositions de retirer à l'inceste son caractère tabou ainsi que de tout centrer sur les droits et besoins de l'enfant témoignent d'une grande méconnaissance des mécanismes de systémique sociale. - De même, les personnes qui croient que ces conditions sont d'origine religieuse, en particulier chrétienne, se rendent coupable d'une erreur monumentale. De même que la religion chrétienne a intégré de nombreux rites païens, ici également, elle a intégré dans ses dogmes des éléments préexistants mais n'est nullement responsable ni de leur importance ni de leur justification. Il apparait que le mariage civil constitue une base cruciale de la prospérité actuelle car il a façonné les rites sociaux promouvant la stabilité et la confiance. A ce titre, le mariage civil doit subsister et voir sa position au sein de l'ordre social explicitée et renforcée. Par contre, rien n'indique que ce mariage civil doive être réservé à la seule union hétérosexuelle. Avant la création des techniques de procréation assistée, il était possible de minimiser l'apport social d'une union homosexuelle puisque celle-ci, bien que capable de créer des liens inter-groupes, était incapable de pérenniser ces liens à travers la procréation. L'encadrement légal et social de ce phénomène ainsi que la prise de conscience des origines sociales de son caractère dérangeant peuvent faciliter son intégration dans les usages. De la polygamie La polygamie, qu'elle soit polyandre (plusieurs hommes mariés à une femme) ou polygyne (plusieurs femmes mariées à un homme), est une stratégie de lutte contre la pénurie. La pénurie ne peut naitre que dans un contexte de possession et de rivalité. La valeur attribuée à un objet, un animal ou même une personne, peut tirer son origine dans une relation d'usage ou dans une relation de possession. Dans une relation d'usage, l'élément représente une valeur pour celui qui s'en sert aussi longtemps qu'il se sert de l'élément. Si, par exemple, on ramasse au bord du chemin une pierre pour s'en servir comme casse-noix, cette pierre n'aura de valeur qu'aussi longtemps qu'on en a besoin pour casser les noix. Sitôt que l'activité cesse, la pierre perd sa valeur et est jetée là où elle a été prise. À l'intérieur de ce modèle, la valeur est donc transitoire et la création de valeur résulte de l'activité effectuée avec l'objet plutôt que de l'objet utilisé. Dans une relation de possession, la valeur est déterminée par la relation entre celui qui revendique la propriété, même symbolique, de l'objet, et l'objet lui-même, quel qu'en soit l'utilité ou l'usage réel. Partant de ce fait, la seule possession d'un élément perçu comme susceptible de représenter un marqueur de valeur suffit à définir le statut social de son possesseur dans le cadre d'un comportement basé sur la possession. A contrario, dans un comportement basé sur l'usage, revendiquer la possession pérenne de l'objet est un non-sens puisque celui-ci n'a de valeur qu'en fonction de son usage immédiat. Dans un contexte de possession, le fait de revendiquer l'usage exclusif d'un élément crée ipso facto une pénurie de cet élément et la capacité à accumuler simultanément plusieurs éléments accroit la pénurie ainsi que le prestige accordé à celui qui est en position de revendiquer et défendre ses possessions. La conséquence de la pénurie est l'apparition d'une rivalité entre celui/celle qui possède et celui/celle/ceux qui sont privés de la possession et de l'usage de l'élément. Quelle que soit la forme de la possession ou de la rivalité, elle crée des déséquilibres nuisibles à l'harmonie du groupe. Ce déséquilibre n'est pas statique mais dynamique car son maintien repose sur l'application d'une force sociale capable de contenir la pression cherchant à neutraliser la pénurie.
  4. 4. La Systémique en action Page 4 / 13 Cette force sociale est souvent basée sur le soutien implicite des autres membres du groupe qui trouvent avantage au maintien de la situation. Cette force est partie prenante, de manière le plus souvent implicite, dans la formation de la structure hiérarchique du groupe social considéré. La pénurie réelle ou symbolique créée par la polygamie entre en contradiction marquée avec l'idéal mythologie d'une société d'abondance et de profusion (cf. le Mythe de l'Âge d'Or). Étant donné la signification implicite rattachée à ce type d'union, celle-ci doit définitivement rester en dehors du champ légal suisse. Trois types d'union Une politique des trois cercles Le mariage monogame civil Nous avons démontré que le mariage monogame fidèle répond pleinement aux attentes stratégiques de la société, que ce soit dans sa capacité à nouer des alliances ou à les maintenir en activité. Pour sa part, le mariage monogame fidèle hétérosexuel répond pleinement aux exigences de pérennité de la société puisqu'il est biologiquement apte à la procréation. Malgré cela, il serait hasardeux de rejeter le mariage monogame homosexuel car celui-ci peut également contribuer à la pérennité de la société, que ce soit par le biais de l'adoption ou de la procréation médicalement assistée. Ce type d'union correspondant en tous points aux attentes et besoins de la société, il doit être protégé et encouragé par le cadre légal. En conséquence et contrairement à ce que certains auteurs ont pu prétendre, cet acte administratif est un des principaux piliers, si ce n'est même le pilier principal sur lequel repose notre organisation sociale. À ce titre, il doit bénéficier de la plus haute protection possible et l'établissement (ou le rétablissement) de cette protection ne saurait souffrir le moindre retard. Le mariage civil doit être encouragé par toutes les voies disponibles, à commencer par la voie fiscale. Une solution simple consiste, par exemple, à traiter tous les contribuables physiques selon l'imposition individuelle, sans la moindre exception. Dans le cadre d'une union avec enfants établie en dehors du cadre mariage civil, un seul contribuable serait en droit de revendiquer des déductions fiscales en rapport avec les enfants nés de cette union. Dans le cadre d'un mariage civil, les deux contribuables seraient autorisés à revendiquer ces déductions, diminuant d'autant leur charge fiscale globale. Un tel rééquilibrage fiscal aurait le mérite d'établir clairement la hiérarchie des divers types d'union. L'union monogame libre L'union monogame libre répond en grande partie aux attentes et besoins de la société puisqu'elle est basée sur des définitions analogues. Malgré cela, elle ne peut prétendre à une même reconnaissance de la part de la société car ses membres ont implicitement ou explicitement rejeté le cadre social et légal du mariage civil. La société est, par conséquent, en droit de sanctionner ce rejet en refusant aux membres de ces unions l'entier des bénéfices auxquels les mariés civils ont droit. Cela peut prendre la forme de diverses contraintes administratives telles que l'obligation de passer par la forme notariée pour tout contrat régissant l'union conclue sous ce régime. L'union polygame En tant que telle, l'union polygame contrevient aux règles implicites de notre organisation sociale suisse qui est basée sur le mariage monogame fidèle, celui-ci matérialisant la promesse sociale d'une société garantissant l'égalité des changes et des accès aux ressources. À ce titre, ce type d'union ne saurait revendiquer une reconnaissance sociale similaire à celle offerte aux unions monogames civiles ou libres.
  5. 5. La Systémique en action Page 5 / 13 Mais la société suisse ne saurait prétendre rejeter les personnes liées au sein d'une telle union, par exemple, dans le cas de migrants provenant de régions connaissant ce type d'union et désirant s'établir de manière définitive en Suisse, sans créer de fait une fâcheuse discrimination. Une solution élégante à cette problématique consiste à considérer la première union, dans l'ordre chronologique, comme relevant du droit du mariage civil et autorisée à revendiquer les avantages offerts aux personnes soumises à ce type d'union. Les autres unions étant traitées par analogie avec les procédures de l'union libre. De cette manière, l'union polygame se verrait intégrée dans le cadre légal suisse sans qu'il soit nécessaire de créer de situation d'exception. Les unions religieuses Les unions religieuses ne bénéficient d'aucune reconnaissance administrative particulière. Les enfants dans le cadre des unions considérées La place des enfants dans le cadre de ces unions est à déterminer en rapport avec la procédure de conception y relative. - Conception naturelle  Dans le cadre du mariage civil, l'enfant est a priori désigné comme étant le rejeton des deux parents. La procédure administrative de reconnaissance de paternité est franche de taxe.  Dans le cadre de l'union libre, la procédure est analogue à celle du mariage civil. La procédure de reconnaissance de paternité impose l'appel à un acte notarié qui peut être soumis à perception de taxe.  Dans le cadre de l'union polygame, l'appartenance des parents au type d'union civile ou libre détermine la procédure à appliquer. - Conception médicalement assistée Sans gestation pour autrui  Dans le cadre de la procréation médicalement assistée sans ou avec don de gamète (ovule ou spermatozoïdes), si la conception a lieu dans le cadre d'un mariage civil, aucune démarche particulière n'est requise. Si la démarche a lieu en dehors de ce cadre, un contrat notarié préalable est requis, celui-ci devant fournir toute information utile à assurer le bien-être global de l'enfant à concevoir. Avec gestation pour autrui  Étant donné sa forte charge émotionnelle et l'importance d'une gestation harmonieuse en ce qui concerne le bien-être global de l'enfant à naitre, la gestation pour autrui n'est pas admise dans le cadre légal suisse. Une gestation pour autrui pratiquée à l'étranger n'entraine aucune reconnaissance ou droit selon le régime légal suisse. Les parents suisses de l'enfant conçu dans un tel cadre devront engager les démarches prévues par les procédures d'adoption pour accueillir l'enfant au sein de leur famille. Au-delà de la démarche administrative et des coûts y relatifs, la question primordiale est la préservation des intérêts de l'enfant qui doit être conscient de son origine et des circonstances de sa conception. - Adoption  Dans le cadre d'un mariage civil, tant l'adoption complète, avec rupture totale des liens avec la famille biologique, que l'adoption simple, avec maintien de ces liens, doivent être possibles avec un minimum de formalités administratives et pour un coût aussi restreint que possible.  En dehors de ce cadre, un contrat notarié préalable est requis, celui-ci devant fournir toute information utile à assurer le bien-être global de l'enfant à accueillir. Ce contrat vise en particulier à prévenir le risque d'abandon lorsque l'enfant se révèle ne pas correspondre aux attentes fantasmées des initiateurs de la demande. - Levée de doute dans le cadre de la paternité La génétique autorisant la levée de doute avec une certitude pratiquement absolue, aucune entrave ne devrait restreindre l'accès à cette technique, quel que soit l'âge et la situation matrimoniale des personnes impliquées, ceci dans le but de préserver le bien-être à long terme de l'enfant et de ses éventuels partenaires et descendants.
  6. 6. La Systémique en action Page 6 / 13 De la fidélité L'étude ci-dessous prend comme base le cas de la relation monogame et vise à déterminer les conséquences de la multiplication des partenaires en suivant une approche systémique. Une image vaut mille mots Une relation telle que l'union amoureuse entre deux individus peut être comparée à la liaison entre un puits de pétrole et un réservoir. Lorsque le prospecteur découvre un puits de pétrole et désire en stocker la production dans un réservoir, il lui suffit de construire une canalisation reliant l'un à l'autre. Cette situation présente une très grande simplicité, et par conséquent, un impact économique sur le retour sur investissement très réduit. En d'autres termes, le prospecteur jouira de la plus grande prospérité possible, ses coûts d'exploitation étant réduits à leur plus simple expression. C'est également le cas dans le cas de la relation monogame fidèle, le fait qu'elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle n'a aucune influence sur son caractère économique et sa capacité de rendement élevé. Une situation d'infidélité peut être modélisée par le travail d'un prospecteur devant relier deux puits de pétrole à un seul réservoir. Dans un tel cas, la construction de deux canalisations ne suffit plus. Pour éviter des débordements et des retours de flux lorsqu'un puits débite avec une pression nettement supérieure à celle de l'autre puits, le prospecteur est contraint à ajouter diverses vannes avec lesquelles il devra travailler lorsqu'il désirera stocker dans le réservoir la production de l'un ou l'autre puits. La modulation du flux de pétrole résultant de l'usage des vannes peut provoquer la stagnation du liquide dans la canalisation. Le cas échéant, le prospecteur peut se voir contraint d'ajouter une ou plusieurs pompes destinées à réamorcer le transit du fluide lorsque les vannes correspondantes sont ouvertes. Le prospecteur peut même se voir contraint d'installer diverses installations de traitement du pétrole si le mélange sans précaution des différents fluides se révélait présenter des caractéristiques explosives. Au final, le prospecteur peut déclarer tirer un profit plus important de l'exploitation de deux puits que d'un seul. Malgré tout, il n'y a pas besoin d'être spécialiste en industrie pétrolière pour constater que cet éventuel profit supérieur est obtenu au prix d'une plus grande complexité des installations, impliquant une multiplication des coûts d'acquisition, mais également au prix d'un coût d'entretien plus important, la multiplication des éléments de contrôle et traitement des flux entrainant ipso facto une dépense en frais de maintenance nettement plus élevée. De même, le travail nécessaire à l'exploitation d'un volume extrait plus important sera lui aussi plus contraignant: là où le premier prospecteur pouvait se contenter de laisser couler comme ça vient, le deuxième devra consacrer un temps plus ou moins important à contrôler les débits d'écoulement et jouer de ses vannes pour les utiliser au mieux. Il y a fort à parier que le profit supérieur d'une installation à plusieurs puits se révèle n'être qu'une illusion sitôt que tous les éléments auront été correctement traités au sien d'une équation appropriée. Du divorce La situation du divorce présente des similitudes importantes avec la situation de l'infidélité. L'infidélité a été modélisée ci-dessus comme étant comparable à l'exploitation simultanée de plusieurs puits de pétrole. Le divorce peut être représenté par l'exploitation séquentielle de plusieurs puits à des périodes différentes. Le prospecteur se contente d'exploiter un puits à la fois mais, à chaque changement de lieu de prospection, il est contraint de maintenir une certaine surveillance sur les puits précédents, par exemple sous forme d'une garantie de bienfacture des travaux effectués sur le puits ou sur le constat qu'aucune pollution des lieux n'a pu résulter de son travail durant son temps d'exploitation. Même si ce prospecteur peut prétendre tirer le meilleur du puits dont il s'occupe actuellement; du fait qu'il doit consacrer une partie plus ou moins importante de ses revenus à assurer ses obligations légales et/ou contractuelles avec les puits dont il s'est occupé précédemment, il ne peut bénéficier d'un retour sur investissement aussi important que s'il n'avait pas à assumer ces responsabilités.
  7. 7. La Systémique en action Page 7 / 13 De la méthode utilisée Les analyses ci-dessus ont été effectuées en utilisant une méthode systémique. Habituellement, la méthode utilisée pour conduire une analyse quelconque est l'analyse méthodique ou analyse cartésienne qui isole un sujet de son environnement et dresse une liste aussi exhaustive que possible de ses caractéristiques et capacités. Contrairement à l'analyse méthodique, la méthode systémique à laquelle nous avons eu recours ne se concentre pas sur les sujets en présence mais sur les relations existant entre ces sujets. Dans les documents 2 à 5 de notre blog (lien: http://www.slideshare.net/DidierBaudois/documents ), nous avons explicité les champs d'action et les caractéristiques propres à ces méthodes d'analyse. Nous publions ci-dessous un extrait du document 5. Évaluation Analyse cartésienne, analyse systémique et vie de couple Examinons la situation d'un couple lambda à 20, 40 et 60 ans. Analyse cartésienne Situation à 20 ans Situation à 40 ans Situation à 60 ans  Catégorie Évaluation Éval. globale Caractère  Physique  Poids  Catégorie Évaluation Éval. globale Caractère  Physique  Poids  Catégorie Évaluation Éval. globale Caractère  Physique  Poids   Catégorie Évaluation Éval. globale Caractère  Physique  Poids  Catégorie Évaluation Éval. globale Caractère  Physique  Poids  Catégorie Évaluation Éval. globale Caractère  Physique  Poids  Commentaires A 20 ans, c'est bien connu, aussi bien l'homme que la femme sont joyeux (caractère ), en pleine forme physique et le poids est aussi léger que les soucis qu'on a à cet âge. A 40 ans, la vie est encore belle mais la routine influence le moral (); la libido, le physique s'assagissent et le poids augmente en fonction inverse du désir. A 60 ans, chacun devient grognon (), la routine a sclérosé les habitudes, la libido pointe en bas comme pour compenser l'augmentation du poids. La conséquence de la mise en évidence des éléments compris dans le champ de l'analyse transforme chacun en monade, c'est-à-dire en élément isolé, sorti de son contexte et dont chaque caractéristique sera analysée indépendamment. L'analyse cartésienne est incapable de comprendre la notion de couple, elle ne connaît que des individus. A la lumière d'une analyse cartésienne bien menée, la conclusion logique de la constatation de l'impact du vieillissement sur l'appréciation globale est qu'un homme de 40 ans est légitimé à échanger une femme de son âge contre 2 de 20 ans, a fortiori s'il effectue cette analyse à 60 ans. Et depuis la banalisation des cougars, la réciproque est également valable pour les femmes. Analyse systémique Situation au début de la relation Situation après un laps de temps X Situation après un laps de temps 2X Commentaires Plus le temps passe et plus la relation se renforce, sans que cette observation permette d'établir quoi que ce soit sur la qualité de la relation ou la nature des sentiments qui la composent. L'analyse systémique ne connaît pas la notion d'élément isolé, elle ne peut examiner que des groupes d'éléments réunis en un système lié par des règles explicites et implicites. Même si une comparaison met en évidence une évolution de la situation entre deux analyses effectuées à des instants donnés, chacune de ces deux analyses ne saurait être sortie du contexte global de l'évolution du système. En l'occurrence, l'analyse établit une corrélation entre l'écoulement du temps dans le cadre de la relation entre les éléments concernés et le renforcement du lien qui les unit. Contrairement à l'analyse cartésienne, l'analyse systémique n'est pas liée à des bornes temporelles précises mais à des circonstances (création d'un système lors de l'entame de la relation entre les éléments concernés et examen cyclique de l'évolution du système en observant les modifications intervenant dans la relation qui lie les éléments concernés). Les leçons issues de l'analyse systémique sont neutres et ne peuvent être utilisées pour enlever la
  8. 8. La Systémique en action Page 8 / 13 décision après un examen sommaire. Les réponses systémiques mettent souvent en évidence une propriété aisément discernable mais également son corollaire logique. L'analyse ci-dessus peut donner lieu à plusieurs interprétations: - Plus la relation est longue et plus elle est susceptible de valoir la peine d'être préservée, ainsi que son corollaire logique: plus la relation est longue et plus la perte en cas de rupture est élevée. - Plus la relation est longue et plus le coût de l'énergie nécessaire à son maintien est faible parce que le nombre d'éléments liant les partenaires est important, ainsi que son corollaire logique: plus la relation est récente et plus elle repose sur un nombre réduit d'éléments de liaison. La rupture d'un seul élément a donc une importance relative plus forte, impliquant une dépense énergétique nécessaire à son entretien proportionnellement plus élevée. - Plus la relation est longue et plus le coût moyen d'ajout d'un élément de liaison supplémentaire est faible car les caractéristiques de la relation sont toujours mieux connues et maîtrisées, diminuant d'autant le coût de la maintenance. Le corollaire logique est que plus la relation est récente et plus le risque est important qu'un élément de liaison nouvellement créé provoque une crise; laquelle crise peut éventuellement entraîner la rupture de la relation. Cet état de fait implique une forte contrainte d'autocontrôle avant l'ajout d'un élément à la relation. Cet autocontrôle augmente fortement le coût global d'exploitation au début de la relation. - Lorsqu'un des partenaires de la relation demande un changement du mode de relation, il est évident que, plus celle-ci est longue et plus il sera difficile de modifier le mode d'action du partenaire sollicité. Le principe d'économie veut que plus la relation est établie et plus l'ajout est économique car les circonstances de l'ajout sont de mieux en mieux maitrisées. Si un des partenaires doit modifier son comportement sous la pression d'un nouveau paradigme, il devra investir une énergie importante à désapprendre les anciennes habitudes tout en mémorisant les nouvelles normes. En tant que méthode basée sur l'évolution du système, la systémique est à même de percevoir le coût du changement et de modéliser sa probabilité de succès. Comparaison des analyses Selon l'analyse cartésienne, briser une relation insatisfaisante pour la remplacer par une nouvelle relation avec un/e partenaire plus jeune fait sens car les caractéristiques du/de la nouvel/le partenaire seront a priori globalement meilleures. L'analyse systémique met en évidence la perte provoquée par la rupture mais également le coût de la recherche d'un autre partenaire ainsi que le coût de la construction de la nouvelle relation, rendant l'opération nettement plus difficile à justifier. La pesée des intérêts en jeu ne peut être effectuée sommairement et doit être soigneusement pondérée. Analyses et éthique L'éthique examinant les conséquences du comportement par rapport à son auteur et aux autres individus concernés, son domaine d'étude est celui des relations humaines, domaine qui échappe à l'analyse cartésienne. L'analyse systémique traitant des relations en général, elle est apte à traiter du cas particulier des relations humaines et des implications éthiques. Nous examinerons ci-après la question de la fidélité dans le couple lambda sous l'angle de l'analyse systémique. Un couple est la mise en relation de deux individus. La fidélité est un engagement d'exclusivité entre les deux individus. Mais, contrairement, par exemple, au taux d'alcoolémie, la fidélité ne peut être mesurée ou contrôlée par un quelconque instrument. La vérification directe de son respect par l'autre partenaire est donc impossible. Par contre, chaque partenaire sait pertinemment quelle est son attitude à ce sujet et peut ainsi être tenu pour responsable de son respect de l'engagement. Dès lors, chaque partenaire peut être tenu de s'engager par rapport à lui-même à jurer fidélité sur la relation qu'il a établie avec son/sa partenaire. Il ne s'agit plus d'être fidèle par rapport à l'autre mais par rapport à soi et à sa capacité à tenir un engagement. Dans cette configuration, chacun devient son propre gardien, son juge et, éventuellement, son bourreau… Le partenaire volage est ipso facto discrédité, sauf dans l'hypothétique cas où il n'aurait pas connaissance d'avoir trompé ! Les notions de partenaire trompé et d'honneur bafoué n'existent plus puisque le partenaire n'est plus le vérificateur de la validité du serment. Tout au plus peut-il être la victime d'un mensonge susceptible d'entrainer une rupture de la confiance, éventuellement dégénérant en rupture de la relation. Accessoirement, les amateurs de casse-têtes auront reconnu une variante de la malle aux 2 cadenas. Dans l'énigme de la malle aux 2 cadenas, deux personnes, possédant chacune 1 cadenas doté d'une unique clé, désirent échanger des objets au moyen d'une malle postale. Or les facteurs ouvrent tous les colis non verrouillés et en volent le contenu. La difficulté vient du fait que chacun ne possède qu'une clé pour son cadenas et ne peut ni la copier ni la transmettre à son destinataire. La solution consiste à ce que chaque expéditeur ferme son cadenas sur une boucle de la malle ainsi que dans la boucle du cadenas verrouillé par son partenaire. Aux yeux de chacun, le cadenas de
  9. 9. La Systémique en action Page 9 / 13 l'autre devient une prolongation de la boucle de fermeture de la malle. Lorsque l'autre reçoit la malle, il peut ouvrir son cadenas avec sa clé sans se soucier du cadenas de son correspondant et vice-versa. La confidentialité de la correspondance est assurée aussi longtemps que chaque correspondant est en mesure de garantir la solidité de son propre cadenas. De telles réflexions sont également utiles en cryptologie, par exemple, dans le cas de l'encryptage au moyen de clés publiques et privées. Un de mes lecteurs m'a interpelé "Votre analyse de la vie du couple est absurde! Si ce que vous avez écrit était vrai, il n'y aurait pas tant de divorces!" Mon analyse est correcte, il n'a tout simplement pas lu complètement la définition… J'ai volontairement écrit que "Rien ne peut être prédit sur la nature ou la qualité de la relation". Naturellement, si un couple dure depuis plusieurs décennies, il est permis de supposer que la qualité de la relation est d'une grande solidité et que sa nature est d'une forme agréable et bénéfique pour les deux personnes impliquées dans la relation. Mais le même commentaire peut être formulé au sujet d'un couple de deux personnes divorcées depuis de nombreuses années et qui sont agressifs l'un envers l'autre à chaque fois qu'ils se rencontrent. Sitôt qu'un des deux remarque l'existence de l'autre lorsqu'ils se rencontrent (par hasard ou non), cela signifie une relation est établie entre eux et nous sommes en droit d'affirmer que cette relation est d'une qualité aussi solide que celle du premier couple. Par contre, sa nature est plus nocive. Même si les gens définissent généralement une relation par des arguments positifs, cela ne signifie pas que c'est toujours le cas. Une relation peut également être définie par des caractéristiques négatives et l'absence d'une relation n'est ni l'amour ou la haine mais l'indifférence, le désintérêt ou l'apathie. La ballade des gens heureux Les motivations humaines reposent sur l'interaction de deux principes antagonistes, l'individualisme et le conformisme. Pour ressentir un sentiment de bonheur, un humain doit soigneusement ajuster, la plupart du temps de manière totalement inconsciente, la part de ces deux principes dans toutes les actions qu'il va entreprendre. Il ressent le besoin de se distinguer suffisamment de la masse des autres pour affirmer son individualité tout en adoptant un comportement suffisamment banal pour se rassurer quant à son appartenance à son groupe social, faisant preuve de conformisme à l'égard des membres de ce groupe. Il en va de même dans le cadre des relations amoureuses. Chacune, chacun apprécie d'être l'unique de son partenaire (individualisme) tout en ne dérogeant pas aux normes explicites et implicites du groupe social (conformisme). La situation idéale serait donc de ne connaitre qu'un seul amour dans sa vie, ainsi que le décrivent aussi bien la religion (unis pour le pire et le meilleur jusqu'à ce que mort s'ensuive) mais également les arts narratifs (Blanche- Neige, Cendrillon épousent un prince charmant et "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants"), la mythologie (Pygmalion) ou la publicité (Nutella). Le test de réalité démontre hélas que rares sont les personnes qui réussissent à se conformer à ce modèle religieux/artistique/mythologique/publicitaire. La cause principale n'est pas le conformisme mais l'incapacité de l'humain à percevoir les caractéristiques exactes de son mode de vie. En effet, l'humain n'a aucune aptitude à quantifier ses représentations de la vie sur une échelle absolue qui autoriserait une comparaison simple et rapide avec les représentations d'autres personnes.
  10. 10. La Systémique en action Page 10 / 13 L'humain n'a qu'une capacité relative à percevoir sa vie, il ne peut le faire qu'en comparant deux expériences similaires, soit qu'il les ait directement vécue (Mon ex sortait les poubelles, lui !) soit qu'il en ait entendu parler et s'en soit fait une vision fantasmée (Schmürtz dit que sa femme cuisine à merveille). Par conséquent, les deux petits jeunes qui se dévorent des yeux depuis le jardin d'enfants ne disposent d'aucun moyen leur permettant d'apprécier la chance qui est la leur. En conséquence, incapables de juger de la pertinence de leur mode de vie dans le cadre de l'accès au bonheur, ils sont incapables de préserver leur particularité. En effet, rester l'unique l'un de l'autre jusqu'à la mort, en conformité avec le modèle religieux/artistique/ mythologique/publicitaire évoqué plus haut, est une tâche essentiellement individualiste. Cela implique de renoncer définitivement à toute comparaison avec quelque autre expérience de vie externe au couple basée sur la multiplication des partenaires et/ou des modes d'engagement. Il est patent que le modèle religieux/artistique/mythologique/publicitaire est fortement battu en brèche par le principe de réalité qui révèle que la très grande majorité des unions finit par une rupture. S'il est évident qu'il faut deux volontés partageant un idéal commun pour maintenir un couple fonctionnel sur une longue durée, il est tout autant clair qu'il suffit qu'un seul des deux abdique pour que l'édifice s'effondre, quelle que soit la détermination de l'autre à préserver le couple. L'étude systémique des relations humaines démontre que l'idéal religieux/artistique/mythologique/publicitaire correspond bien à une solution efficiente d'atteinte du bonheur mais l'étude démontre simultanément que s'il existe de nombreux appelés, le nombre des élus est hélas très réduit et l'appartenance à de dernier cercle tient vraisemblablement plus du hasard ou de la chance que d'un quelconque projet de vie… Nous nous devons d'ajouter un avertissement: la systémique n'est pas déterministe mais probabiliste. C'est pourquoi, même si tout semble indiquer que l'humain n'est pas fait pour le bonheur conjugal, certains, tels d'improbables moutons à cinq pattes, y arrivent très bien, non pas pour narguer les autres mais pour leur laisser l'espoir d'en jouir aussi. Inceste, un cas d'école Dans son document http://www.ethikrat.org/i-net/dl/1410948960.pdf , le Conseil d'éthique de la République d'Allemagne a recommandé à la majorité simple (14 - 9) la suppression de l'article punissant l'inceste entre individus consentants âgés de plus de 18 ans, éventuellement dès 14 ans si les personnes ne partagent pas le même toit. Un des arguments pour cette suppression est que les concernés vivent sous la menace permanente de la sanction prévue la loi. Étonnamment, personne n'a songé aux délinquants qui vivent sous une pression psychologique similaire… Un autre argument était le constat que l'État ne devrait pas intervenir dans la vie intime de deux adultes consentants. Ici également, personne n'a fait le rapprochement avec les cas de cannibalisme survenus entre adultes consentants dans cette même Allemagne (Rotenburg-an-der-Fulda, Dresde). Mais nous allons laisser ici ces persifflages pour nous concentrer sur la situation réelle de la dizaine de couples qui ont constitué le sujet de plusieurs études sociologiques. Il est recommandé de ne pas ériger un cas particulier en généralité. Malgré cet avertissement, nous sommes contraints à agir ainsi à cause du manque d'informations disponibles. Le fait principal que nous avons extrait de ces quelques cas est que les partenaires décrivent souvent un sentiment d'irrévocabilité, de soumission à une émotion très puissante donnant à leur union un caractère affirmé de "nous ensemble, seuls contre un monde hostile !". Les sociologues ayant pris part à ces études ont mentionné le fait que ces relations d'inceste naissaient dans des milieux familiaux déstructurés. Ils ont pris soin de préciser que l'inceste n'était pas la cause de ces perturbations mais que ces perturbations constituaient un terreau susceptible de donner naissance à de telles relations. Ces sociologues ont également mentionné l'adoption et le divorce au rang des facteurs possibles. Parmi les couples étudiés, un cas a été longuement décrit, celui d'un couple ayant entretenu une relation de près d'une dizaine d'années ayant conduit à la naissance de quatre enfants, dont deux sont légèrement handicapés. Bien que leur relation ait également débuté sous le signe du "Ensemble contre un monde hostile" et qu'ils aient longtemps affirmé le caractère inéluctable de leur passion, il aura suffi que l'homme soit emprisonné plusieurs
  11. 11. La Systémique en action Page 11 / 13 mois à la suite de sa condamnation pour cause d'inceste pour que cette relation inéluctablement née pour durer l'éternité et un jour se termine aussi banalement que n'importe quelle autre… Depuis leur séparation, les parents incestueux n'ont plus aucun contact autre que par avocats interposés. Trois enfants ont été placés en famille d'accueil et seule le dernier-né a été attribué à sa mère biologique. Selon les médias allemands, la mère a refait sa vie avec un nouveau partenaire dont elle a eu un autre enfant. Les textes du Conseil d'éthique s'attardent longuement sur l'analyse des arguments médicaux justifiant l'interdit de l'inceste en examinant la partie eugénique qui les composent. Pour notre part, nous ne tenons aucunement compte de ces arguments liés à la génétique car nous savons que le risque génétique est également présent lorsque deux individus issus d'une ou plusieurs relations adultérines établissent une relation à but de procréation. Le cas échéant, ces individus peuvent fort bien partager un bagage génétique commun tout en étant dans l'ignorance la plus totale de l'existence de cet héritage commun. Nous sommes par contre très sensibles à la notion de dépendance qui transparait à travers les témoignages étudiés. Le fait que les interviewés mentionnent systématiquement la circonstance d'avoir rencontré leur frère ou sœur à une période critique de leur développement psychologique ou d'avoir au préalable expérimenté de graves vicissitudes dans le cadre de leurs relations familiales ou amoureuses ne manque pas de nous intriguer. Nous en concluons que le point commun de ces descriptions est que les personnes en cause ont vécu dans un environnement qui les a perturbé; le fait que cet environnement puisse nous sembler réellement perturbant ou non importe peu, le point critique est que ces personnes ont déclaré que leur milieu de vie les a perturbé et qu'ils ont par la suite perçu l'irruption de leur frère ou sœur dans leur vie comme constituant une planche de salut aussi inattendue qu'inespérée et que cette découverte leur a donné l'envie irrépressible de lier leur destin à celui de ce deus ex machina. Les quelques cas cités dans la documentation du Conseil d'éthique démontrent clairement que la notion de consentement y est dangereusement falsifiée. Il nous est impossible de croire à un engagement sincère et libre de toute contrainte, y compris les contraintes nées d'un phénomène d'autoillusion, lorsque nous savons avoir affaire à des personnes issues de familles déstructurées, présentant des carences affectives et traversant des périodes de questionnements intenses. Il nous suffit de lire les commentaires livrés par les acteurs et actrices de ces faits pour déterminer avec une probabilité très élevée que les personnes qui ont accepté de livrer leurs sentiments à ce sujet révèlent une réalité de bonheur psychologique très différente de celle correspondant à leur discours. Dans ce cas, nous affirmons que la levée de la pénalisation de l'inceste et son autorisation de facto équivaut à une non-assistance à personne en danger, non-assistance d'autant plus grave qu'elle est facile à mettre en évidence et, par conséquent, à prévenir. Un rôle spécial requiert une protection spéciale Les personnes favorables à la levée de l'interdit justifient leur position en plaçant une importance exagérée sur le lien émotionnel unissant les individus en situation d'inceste tout en faisant abstraction des liens les unissant aux autres personnes de leur entourage, que ce lien soit d'ordre familial ou social. Nous considérons qu'il est éthiquement et moralement indéfendable de procéder à une telle extraction de ces individus de leur environnement dans le but de déterminer la conduite à tenir par rapport au sujet de l'inceste. Tout au long de sa vie, chaque individu sera confronté en permanence aux membres de sa famille, ces liens étant en principe indissolubles, ainsi qu'aux autres membres de la société, ces liens étant susceptibles d'être créés ou annihilés en fonction des circonstances de la vie de l'individu considéré. Par conséquent, faire abstraction de ces liens au moment de définir le caractère recommandable ou condamnable d'une relation émotionnelle n'est ni éthique ni moral et témoigne d'une grave absence d'empathie de la part des auteurs de cette recommandation. Les liens familiaux étant pérennes, ils acquièrent de fait une importance particulière aux yeux des personnes impliquées, que leur vision soit d'ordre familial ou social. Cette importance particulière confère au lien familial un rôle significatif qu'il s'agit de préserver en lui accordant une protection particulière. Concernant l'étendue du tabou de l'inceste et les relations à y inclure, nous considérons que les considérations génétiques n'ont pas leur place dans la définition de ce qui est licite ou non. Seuls des critères sociaux peuvent être pris en compte puisque le tabou est d'origine sociale et non pas scientifique.
  12. 12. La Systémique en action Page 12 / 13 En complément aux interdictions d'ordre biologique, nous considérons que toute relation d'alliance de type fraternel ou parental est à intégrer dans le concept du tabou aussitôt que la reconnaissance sociale d'une relation non platonique est demandée. Dans le cadre de cette définition, les relations entre beaux-parents, beaux-enfants, belle-fratrie sont à proscrire dès lors que la relation considérée est de notoriété publique. La place de l'enfant dans la société Contrairement à la réunion de destinées, mariage civil ou union libre, qui est un acte social; le désir d'enfant, de même que son corollaire d'absence d'enfant, est par essence un acte égoïste. Dans le cas du choix de procréation, son but est de procurer au couple un potentiel de valorisation à travers la présence d'enfants, qu'ils soient biologiques ou adoptés. Cette valorisation peut prendre plusieurs formes (liste non exhaustive): - Les parents peuvent se sentir valorisés par leur investissement dans l'éducation de leurs enfants. - Ils peuvent ressentir du plaisir en contemplant les activités de leurs enfants. - Ils peuvent utiliser leurs enfants en tant que force de travail, ce qui les décharge d'une part plus ou moins importante de tâches perçues comme moins prioritaires que celles qu'ils pourront effectuer avec une plus grande efficience du fait de la décharge. - Ils peuvent se servir de leurs enfants comme monnaie d'échange pour augmenter leur patrimoine ou leur influence, par exemple, au moyen de mariages arrangés. - Ils peuvent assigner à leurs enfants le rôle d'assurance vieillesse en leur enjoignant de leur prêter assistance et entretien sous quelque forme que ce soit. Du point de vue social, les enfants ont créé beaucoup plus de problèmes qu'ils n'en ont résolu. Ils sont une nuisance qui est à l'origine des politiques coloniales et expansionnistes de nombreux pays en raison de la pression sociale et économique résultant de l'absence de moyen fiable de contrôle de la procréation ainsi qu'en témoignent les diverses idéologies se réclamant de la préservation ou de l'extension d'un quelconque espace vital. L'accès à la contraception efficace et la prolongation de la vie active a entrainé une redéfinition implicite des diverses politiques sociales concernées. La preuve par l'acte la plus probante est la responsabilité concernant le soutien aux personnes improductives, que ce soit pour raison de maladie ou de vieillesse, qui a progressivement été transféré de la génération n + 1 à la génération n, c'est-à-dire aux individus directement concernés, transfert effectué par l'adoption successive de lois sur la prévoyance vieillesse sous forme de pension étatique, professionnelle ou privée. Dès que la médecine a progressé jusqu'à donner l'illusion de la maitrise de la santé par le développement des antibiotiques (pénicilline) et la maitrise de la procréation (pilule), la société a mis en place des mesures implicites aussi efficaces que subtiles de frein des naissances. Nous en voulons pour preuve l'absence de politique réellement efficiente de soutien aux familles, l'absence de solutions acceptables pour la garde des enfants ainsi que la modification sociétale en faveur des NoKids avec l'instauration d'espaces interdits aux enfants. Lorsque la mise sur le marché d'un moyen de contraception efficace a désamorcé la "pompe à bébés", la société n'a absolument rien tenté pour freiner la diminution de la natalité au point que notre pays doit désormais s'appuyer sur une migration intense pour maintenir son niveau de vie. Une société, un humain, un système cherche spontanément à maintenir ses conditions d'existence, obéissant au paradigme téléologique de la systémique. Mais l'humain, et par conséquent, la société, éprouve de très grandes difficultés à planifier son futur sitôt qu'il s'agit d'intégrer des facteurs d'évolution et de changement. L'humain et la société, dans la plupart des cas, envisage le futur comme une répétition des circonstances actuelles, sans changement ni évolution. Par conséquent, tout changement aussi brutal que l'irruption d'un bébé dans une vie de couple ou un environnement social n'est ni planifié ni anticipé mais souvent fantasmé. Au niveau de la société, ces fantasmes se retrouvent dans la diabolisation du futur (C'était mieux avant… Il ne faut surtout rien changer…) ou du passé (Seule la marche en avant peut nous sauver ! Peu importe qu'on ne
  13. 13. La Systémique en action Page 13 / 13 sache pas où nous allons, l'important, c'est d'y aller !). Dans les deux cas, le futur n'est pas correctement appréhendé mais entrevu sur la base d'a priori qui n'ont aucune justification réelle ou plausible. Il en va de même lorsque les auteurs des avis de droit déclarent baser leur travail sur le bien-être de l'enfant, bien-être déclaré absolument primordial car soumis au principe de la sauvegarde des plus faibles, des plus fragiles. L'idée part sans équivoque d'une très bonne intention, une de ces intentions dont l'Enfer est pavé… Mais il s'agit là d'un vœu pieux qui ne trouve aucune justification réelle dans la vie sociale actuelle, à moins qu'il ne s'agisse d'un mantra destiné à calmer une quelconque frustration psychologique résultant du constat inavoué de l'échec à instaurer une telle protection de l'enfance. Les DINKS ou NoKids L'incapacité à planifier correctement le futur, et par conséquent, les attitudes schizophrènes qui en résultent sont particulièrement visibles lorsqu'elles sont examinées à la lumière de l'intégration des enfants dans la société. D'un côté, les couples, en particulier les femmes subissent une pression sociale très pervasive qui les poussent à accomplir un désir de maternité. Simultanément, ce désir est contrarié par de nombreuses entraves d'autant plus efficaces qu'elles sont implicites, telles que l'absence de politique de soutien à la famille ou à la garde des enfants, bien que ces thèmes soient récurents dans de nombreux programmes politiques. Et lorsqu'un couple ose affirmer son désir ou sa volonté de ne pas avoir d'enfant, il est sommé de justifier cette décision de manière particulièrement extensive, bien qu'une telle décision soit on ne peut plus intime et privée. La raison est simple: la procréation est une condition sine qua non de survie de la société. Les enfants d'aujourd'hui sont les adultes de demain et chacun sera un jour ou l'autre dépendant de ces enfants qu'il aura ou non conçu en prévision de l'avenir. Sans enfant, une société s'effondre très vite sous le poids de son vieillissement. Par conséquent, les NoKids sont des asociaux qui refusent s'assumer leurs obligations face à l'avenir car ils assument implicitement le fait d'être dépendants des enfants des autres lorsqu'eux-mêmes seront devenus vieux ou impotents. Malgré tout, il est très difficile de leur jeter ne serait-ce qu'un grain de sable puisque la société elle-même refuse de mettre en place les conditions nécessaires à sa propre survie. Au final, il est patent que la société adopte diverses démarches aussi incohérentes qu'illogiques: - D'un côté, elle promeut l'enfant au rang de pivot de la vie familiale en le déclarant officiellement centre de gravité du droit de la famille. - De l'autre côté, elle choisit délibérément de ne rien entreprendre pour réaliser dans la vie sociale et politique les conséquences de cette mise en importance. Le cas échéant, elle adopte des positions qui démontrent implicitement qu'elle considère les enfants comme quantité négligeable et négligée. La Suisse étant le paradis de la démocratie directe, il serait intéressant de demander au peuple ainsi qu'à ses représentants comment il entend résoudre cette question. Quant à la question de l'inceste, elle se résoudra d'elle-même d'ici quelques décennies, faute de combattants. Lorsqu'il n'y aura plus que de très rares enfants uniques, la question de savoir s'il est possible de coucher avec son frère ou sa sœur n'aura guère plus d'aspect pratique que celle du sexe des anges. Au plaisir de vous retrouver ici ! Didier Baudois Ce texte est soumis aux conditions Creative Commons CC-BY-NC-SA.

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