Didier BAUDOIS La Systémique en action
Ingénieur en génie logiciel HES
Chemin de l'Ouche-Dessus 54
CH-1616 Attalens
Email:...
La Systémique en action
Page 2 / 5
Dans le cas de ce double infanticide, on constate effectivement que le service de prote...
La Systémique en action
Page 3 / 5
La thérapie
Il s'agit d'une thérapie essentiellement pavlovienne: le détenu doit donner...
La Systémique en action
Page 4 / 5
En finir avec les Teletubbies
Ce système a failli à un point incroyablement grave et ce...
La Systémique en action
Page 5 / 5
Une "pénalante" pour la Suisse
À l'image des nombreuses Constituantes qui ont été mises...
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

La Systemique en Action 39: Systémique Omnipotente

201 vues

Publié le

Etude systemique
Démonstration des risques liés aux solutions cartésiennes.
Démonstration de l'échec d'une intervention d'un service de protection de l'enfance par méconnaissance des interactions systémiques.
Démonstration de l'échec d'une thérapie de réhabilitation des criminels dangereux par méconnaissance des interactions systémiques.

Publié dans : Formation
0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
201
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
2
Actions
Partages
0
Téléchargements
3
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

La Systemique en Action 39: Systémique Omnipotente

  1. 1. Didier BAUDOIS La Systémique en action Ingénieur en génie logiciel HES Chemin de l'Ouche-Dessus 54 CH-1616 Attalens Email: d.baudois@sunrise.ch Page 1 / 5 Trente-neuvième billet Infanticide et thérapeuticide Bonjour, Deux événements dramatiques récemment survenus démontrent l'importance d'une compréhensions systémique de la marche du monde. L'infanticide de Flaach Le plus récent est un double infanticide résultant de la stricte application des lois systémiques: Un couple trentenaire se retrouve emprisonné à la suite d'actes délictueux. Début novembre 2014, les parents sont arrêtés et l'appartement perquisitionné, le père est soupçonné d'escroquerie. La mère conteste toute complicité et est relâchée peu après. Mais la machine est déjà en marche. Dès la perquisition, les enfants de 2 et 5 ans sont placés en foyer bien que les grands parents se soient manifestés et en aient réclamé la garde temporaire. Le 19 décembre, les enfants retournent chez leur mère. Le 23 décembre, l'autorité de surveillance annonce que les enfants seront placés en foyer dès le 4 janvier. La mère fait recours. Le 31 décembre, le recours est rejeté. Le 1 er janvier, la mère étouffe ses deux enfants et tente de se suicider. Elle est sauvée in extremis. La racine du problème est d'origine systémique ainsi que l'ont démontré dans leurs travaux les membres de l'École de Palo-Alto, en particulier Gregory Bateson ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Gregory_Bateson ) et Paul Watzlawick ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Watzlawick ). Ces deux individus ont surtout abordé l'étude des systèmes en tant que concepts et ont mis en évidence l'existence de la téléologie du système, c'est-à-dire la finalité du système, sa "raison de vivre": le but essentiel d'un système n'est pas d'effectuer la tâche qui définit son rôle, son but premier est de maintenir ses conditions d'existence. Effectuer la tâche qui est attendue du système ne vient qu'en second lieu. Le sujet des dérives systémiques dans le monde réel a été traité par John Gall dans son ouvrage SYSTEMANTICS: How Systems Really Work and How They Fail, Pocket, 1978. ISBN 0-671-81910-0. M. Gall a, en particulier, démontré que les individus jouant un rôle donné au sein d'un système, d'une organisation, souvent ne jouent pas le rôle suggéré par le nom que le système donne à cette personne, ni que le système lui-même ne joue le rôle que son nom suggère. Il a tiré de ces découvertes deux lois: - La fausseté sur la fonction désigne le fait que les individus dans le système n'effectuent pas la tâche que le système prétend qu'ils assument. - Le sophisme opérationnel désigne le fait que le système lui-même ne joue pas le rôle qu'il prétend remplir. Appliquées au cas qui nous occupe, ces lois permettent d'observer que: - La téléologie d'un service de protection de l'enfance, son rôle premier, n'est pas de protéger l'enfant mais d'assurer à long terme sa propre existence. - La conséquence logique de cet état de fait est que le service de protection de l'enfance en tant que système ne va JAMAIS chercher à assurer en premier lieu le bien de l'enfant, il va d'abord chercher à garantir son fonctionnement à long terme. - Dans le cas de cet infanticide, la première action du service de l'enfance ne sera pas de veiller à protéger les enfants des influences négatives résultant de la situation actuelle, par exemple, en les confiant à leurs grands-parents, personnes qu'ils connaissent et apprécient et dont ils sont appréciés, mais à les confier à des éléments du système dont il convient d'assurer la pérennité, par exemple, à confier les enfants à un foyer d'accueil, élément du système dont l'existence et la survie ne sont assurés que s'ils s'occupent d'enfants en détresse.
  2. 2. La Systémique en action Page 2 / 5 Dans le cas de ce double infanticide, on constate effectivement que le service de protection de l'enfance concerné a correctement agi selon les lois de la systémique: en plaçant les enfants dans un foyer dont il a la responsabilité, il a effectivement assuré la survie du système, même si cette survie s'est effectuée au détriment de l'existence des enfants placés. La véracité des lois systémiques est ainsi démontrée: - Le service de protection de l'enfance en tant que système a correctement assuré sa survie, il a bien appliqué le précepte téléologique systémique. - Le service de protection de l'enfance, en accord avec le sophisme opérationnel ne joue pas le rôle que son nom suggère: il ne protège pas l'enfant mais assure en premier lieu le maintien des conditions de travail des services qui le composent, ce maintien dût-il se faire au prix de la vie de l'enfant. En d'autres termes, un enfant qui meurt est moins important qu'un foyer d'accueil qui ferme. - Les employés du service, en accord avec la fausseté sur la fonction, n'effectuent pas la tâche censée être la leur: ils n'ont pas le droit de se soucier du bien-être de l'enfant puisque tel n'est pas le but premier du système. Ils n'ont pas le droit de laisser les enfants à la garde de proches aimants puisque le système attend d'eux qu'ils cherchent d'abord à justifier l'existence des foyers d'accueil en recourant à leurs services. Les médias ont rapporté diverses attaques violentes et des menaces de mort à l'encontre des employés du service de protection de l'enfance. Ces attaques sont aussi injustifiables qu'injustifiées puisque ces employés ont correctement accompli la tâche que le système attend d'eux. De même, le système a correctement travaillé puisqu'il a effectué ce que les lois systémiques lui ordonnent de faire. Si le système se comporte ainsi, c'est que les concepteurs du système le veulent bien, en acceptent les conséquences, que ce soit de manière explicite ou implicite. Or il se trouve que les commanditaires ultimes du système sont les citoyennes et citoyens qui élisent les autorités de gestion et de surveillance. Les autorités concernées ont naturellement déclaré être catastrophées et ont promis des changements. Ces belles promesses ne mangent pas de foin et il y a fort à parier que les lois intrinsèques ne seront pas remises en question. Par conséquent, le changement ne sera que cosmétique. Un changement systémique est pourtant facile à mettre en œuvre, il suffit de définir le but du système comme étant, non pas la préservation de la survie des foyers d'accueil, mais le bien-être de l'enfant. Sitôt ce recadrage effectué, le premier systémicien venu va rapidement proposer une solution systémique qui pourra garantir le bien-être de l'enfant puisque tel sera le but du système. Mort d'une sociothérapeute L'affaire Adeline, du nom d'une sociothérapeute tuée par un délinquant dangereux, a fortement choqué la Suisse romande, ce meurtre ayant fait suite à d'autres cas similaires également perpétrés par des récidivistes. Une sociothérapeute travaillant dans le milieu pénitentiaire est assassinée par un détenu, responsable de plusieurs viols sous la menace d'un couteau, qu'elle accompagnait lors d'une sortie dans le cadre d'une thérapie équestre. Le détenu avait, de sa propre initiative, rejoint un programme de réinsertion sous suivi psycho- social. Ce programme prévoyait diverses activités ayant pour objectif annoncé de faciliter la réflexion du délinquant sur ses actes. La prise de conscience du caractère délictueux ainsi que le travail psychologique mené sur ce sujet étaient censé faciliter le retour à la vie sociale et annihiler le risque de récidive. 16 mois après le drame, la Télévision Suisse Romande revient sur ce sujet en donnant la parole aux proches de la victime et en démontrant, documents à l'appui, que l'institut de prise en charge de ces détenus avait complètement perdu le contact avec la réalité. Le streaming du reportage est disponible à l'adresse suivante: http://www.rts.ch/emissions/les-coulisses-de-l-evenement/l-affaire-adeline/ Plusieurs rapports publiés par les autorités concernées sont également disponibles. Nous renvoyons le lecteur intéressé au site de l'émission.
  3. 3. La Systémique en action Page 3 / 5 La thérapie Il s'agit d'une thérapie essentiellement pavlovienne: le détenu doit donner les réponses attendues pour avoir droit à la récompense, comme un rat de laboratoire. Les bonnes réponses sont explicitées pour que le détenu puisse calquer son comportement sur les attentes du système. De ce fait, c'est le détenu, par sa décision de "jouer le jeu" ou non, qui dirige l'action. - S'il joue le jeu avec franchise, il s'engage vers une réhabilitation réussie et bénéficiera d'aménagements de sa détention en vue de le guider vers l'objectif officiel du système, à savoir la remise en liberté d'un criminel repenti et vertueux. - S'il refuse de jouer le jeu, le chemin vers la réhabilitation est en situation d'échec. Visiblement, personne n'a examiné les corollaires systémiques de ces deux propositions. - Si le détenu joue le jeu en dissimulation, il lui est possible de donner des réponses satisfaisantes dans le cadre du jeu puisque les objectifs à atteindre lui ont été préalablement décrits et explicités. Dans ce cas de figure, le détenu est en mesure de manipuler le système, de lui faire croire à sa pleine collaboration et son engagement total dans la thérapie sans pour autant que sa dangerosité ne diminue d'un iota. Dans un tel cas, malgré le maintien de la dangerosité à un niveau élevé; ce qui devrait normalement déclencher une alarme; le système n'étant pas prévu pour gérer cette situation, l'échec de la réhabilitation reste indétecté et le détenu peut bénéficier indûment des largesses du système. En cas de libération, c'est un loup caché sous une peau d'agneau qui est renvoyé au sein de la société. - Si le détenu cherche à remplir les objectifs attendus mais, pour quelque raison que ce soit, échoue en toute honnêteté à donner les bonnes réponses, l'échec de la réhabilitation peut être prononcé bien que le détenu aura fait tout son possible pour atteindre le but. La décision d'échec de la réhabilitation peut entrainer un sentiment d'incompréhension, de frustration et d'injustice de la part du détenu, donc un maintien, voire une augmentation de la dangerosité. Ici également, tôt ou tard, ce loup sera rendu à la liberté avec tous les dangers liés à sa frustration. Un constat d'amateurisme et d'idéalisme "bisounours" se dégage clairement de cette analyse. Circonstance aggravante, ce système est ainsi conçu qu'on demande aux thérapeutes de prouver la dangerosité du détenu. Information et énergie Si on se réfère à la dépense énergétique liée aux transferts d'information, en quelque sorte à la thermodynamique du système, on constate très vite que la consommation minimale d'énergie correspond à une diminution de la sécurité. Par exemple, si un encadrant idéaliste, incompétent ou démotivé déclare que "tout va bien avec le détenu X", soit que l'encadrant refuse, consciemment ou non, de percevoir les signaux de danger, soit qu'il soit incapable de les analyser ou, bien qu'il les ait correctement observés et compris, un sentiment de rancœur à l'encontre du système le dissuade de transmettre ces informations à qui de droit, le cadre thérapeutique ne dispose d'aucun système de sécurité capable de récupérer l'information et de la traiter en conséquence. Le danger lié à cette phrase "tout va bien" est d'autant plus grand que cette phrase correspond à l'énergie minimale que le thérapeute doit injecter dans le système pour assurer son fonctionnement normal. En conséquence, ce système est très mal conçu puisqu'il a tendance à augmenter le risque au lieu de le réduire. Circonstance encore plus aggravante dans le cas d'un criminel dangereux, la peine est déterminée en terme de durée et non en terme de réussite thérapeutique. En conséquence, un détenu qui reste dangereux, soit parce qu'il refuse toute thérapie, soit parce qu'il a manipulé ses thérapeutes, sera renvoyé dès la fin de sa peine même s'il est toujours dangereux à l'issue de celle-ci. Il convient donc de ne pas s'épouvanter qu'une sociothérapeute ait été tuée par un détenu dangereux mais au contraire de s'émerveiller que d'autres accidents similaires ne se soient pas produits plus fréquemment. Ce dernier point est à mettre à l'honneur des autres délinquants qui ont indubitablement joué le jeu avec franchise et honnêteté. Qu'ils en soient vivement remerciés !
  4. 4. La Systémique en action Page 4 / 5 En finir avec les Teletubbies Ce système a failli à un point incroyablement grave et ce n'est que grâce à la bonne tenue des autres personnes passées par ce service que nous n'avons pas à déplorer d'autres morts. Ce système de Teletubbies doit être réformé au plus vite. Le terme de "Teletubbies" n'est pas péjoratif et doit être pris au premier degré. Comme dans le monde idéal de Tinky Winky, Dipsy, Laa Laa et Po, à la Paquerette, nom de cette institution, le soleil est rigolard et brille en permanence au-dessus des champs en fleurs. Toutes les personnes, qu'elles soient soignantes ou soignées, sont gentilles, s'aiment beaucoup et se font pleins de gros câlins. Une telle institution a été créé par beau temps et ne peut naviguer que sous le soleil perpétuel d'un Wolkenkuckucksheim (La Maison du Coucou dans les Nuages: un pays irréel et idéalisé où tout est parfait). Le pouvoir politique doit prendre conscience des dangers résultant de cette situation et doit ordonner un changement de paradigmes qui inverse le fardeau de la preuve et impose au détenu de démontrer l'absence de risque pour la société avant d'être reconnu réhabilité et libérable. Ces questions ayant déjà été traitées, je renvoie le lecteur aux documents concernés: http://www.slideshare.net/DidierBaudois/la-systemique-28-crime-et-redemption http://www.slideshare.net/DidierBaudois/la-systemique-29-justice-systemique http://www.slideshare.net/DidierBaudois/la-systemique-28-crime-et-redemption-1er-addendum Message aux proches d'Adeline L'attitude des parents, des amies du collectif "Justice pour Adeline", mais surtout du compagnon de la victime est fortement marquée par une approche passéiste et cartésienne. Une très forte pression est mise sur la traque et la punition des coupables, quels qu'ils soient et jusqu'au plus haut niveau hiérarchique et politique. Une telle attitude est orientée vers le passé, elle s'obstine à se focaliser sur les actes ayant déjà eu lieu et, bien qu'il ne soit plus possible d'en modifier le cours, cherche à réécrire le passé. Adeline était mère d'une petite fille. Selon toute vraisemblance, celle-ci va grandir et sera un jour en mesure de poser des questions et entendre des réponses quant aux circonstances de la mort de sa maman. Lorsque ce jour arrivera, quelle sera la réponse la plus adaptée ? - Sera-ce de dire qu'elle est morte parce que des gens ont mal évalué une situation, réagi avec incompétence et se sont laissés berner par un détenu aussi diabolique que manipulateur mais que, Dieu merci, ces gens ont été bien punis ! - Sera-ce de lui dire qu'elle est morte à cause d'un système imparfait, parce que construit par des humains eux aussi imparfaits et faillibles, mais que, Dieu merci, le système a été réformé pour l'améliorer, pour que d'autres enfants, d'autres parents, d'autres amis n'aient pas à vivre de tels drames. Si seule compte la punition des coupables, alors Adeline sera morte pour rien car sa mort ne pourra prévenir la récidive du système. Si le monde politique et pénal, sous la pression populaire ou de son propre chef, mène à bien la réforme de la réhabilitation de tous les criminels, indépendamment de leur degré de dangerosité, alors la mémoire d'Adeline sera préservée et sa mort n'aura pas été un vain sacrifice. Cela ne lui rendra pas sa maman mais cela devrait, je l'espère, donner un sens à cette absence irrémédiable.
  5. 5. La Systémique en action Page 5 / 5 Une "pénalante" pour la Suisse À l'image des nombreuses Constituantes qui ont été mises en place pour remettre au goût du jour les constitutions de plusieurs cantons suisses lors du passage au troisième millénaire, il devient de plus en plus urgent d'instituer une Pénalante afin d'offrir aux habitants de notre pays la possibilité de réviser la Justice et son fonctionnement. La dernière révision du Code Pénal s'est révélée une vraie catastrophe qui a approfondi le fossé séparant le citoyen lambda du monde judiciaire et politique. Il est crucial que les citoyens puissent donner le ton de la prochaine remise à jour de ce domaine, de manière à ce que la Justice soit en harmonie avec la société, ses attentes et ses besoins. "La Justice ! C'est une chose trop grave pour la confier à des juges !" Je paraphrase Georges Clémenceau à dessein, la Justice est réellement une chose trop sérieuse pour la confier aux seuls politiciens, juges et avocats. Ils prétendent agir au nom du peuple, mais la systémique est formelle, ils ne peuvent que représenter leurs propres intérêts, ils ne peuvent que défendre le maintien de leur propre existence et ne sont, par essence, ni désireux, ni capables de changer les règles systémiques qui président à leur destin. Par conséquent, si le peuple veut que la justice tienne compte de ses intérêts, il serait bon que ce peuple se lève et s'occupe lui-même de cette tâche s'il entend que le résultat soit à la hauteur de ses espérances. Au plaisir de vous retrouver ici ! Ce texte est soumis aux conditions Creative Commons CC-BY-NC-SA.

×