Réflexions sur la vacance du pouvoir

1 008 vues

Publié le

Réflexions sur la vacance du pouvoir. Document rédigé par Maitre Abdoulaye Garba Tapo. Porte-Parole de Dioncounda Traore.

Publié dans : Actualités & Politique
0 commentaire
1 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
1 008
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
3
Actions
Partages
0
Téléchargements
4
Commentaires
0
J’aime
1
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Réflexions sur la vacance du pouvoir

  1. 1. Réflexions sur la vacance du pouvoir I- Le régime de l’intérim La vacance, c’est la situation d’un poste, d’une charge restée sans titulaire. Le cas qui nous concerne est relatif à la vacance de la Présidence de la Républiquerégie par l’art.36 de la Constitution du 26 février 1992. Selon cet article al.2 : « En cas de vacance de la Présidence de la République pourquelque cause que ce soit ou d’empêchement absolu ou définitif constaté par la CourSuprême saisie par le Président de l’Assemblée Nationale et le Premier Ministre lesfonctions du Président de la République sont exercées par le Président de l’AssembléeNationale ». Le texte fait expressément allusion à la Présidence de la République ce qui signifie qu’ils’agit de l’occupation effective de cette charge, et que ce n’est pas tant la personne elle-même du titulaire qui est en cause, mais la fonction qui doit être toujours pourvue. Il y auravacance dès lors que ce poste n’est pas pourvu et ne peut aucunement l’être, et celaquelque soit la nature de cet empêchement absolu ou définitif. Comme exemple d’empêchements, on peut citer la démission, la disparition duPrésident en exercice, ou l’impossibilité légale de pourvoir ce poste par les voiesappropriées telles que l’élection par exemple. Actuellement au Mali, nous nous dirigeons vers l’organisation de l’élection Présidentielledans des circonstances aléatoires qui rendent très improbable la tenue de celle-ci. Si pourune raison ou une autre, on décidait de renoncer à l’organiser dans les délais légaux, celasignifierait qu’à la date prévue pour l’entrée en fonction du Président élu il y aura bel et bienabsence de titulaire de la charge suprême, donc vacance de la Présidence de la République. Il faudra dans une telle hypothèse déclencher le processus de l’art.36 de la constitutionet pourvoir à l’investiture de l’intérimaire que les textes désignent, le Président del’Assemblée qui n’aura pas cependant les mêmes pouvoirs qu’un Président véritablementélu, ni même une durée d’exercice suffisamment longue puisqu’il devra organiser dans les40 jours l’élection d’un nouveau Président. II- Restrictions des pouvoirs du Président intérimaire Ces restrictions résultent de l’art.36 in fine de notre constitution qui dispose : « Dans tousles cas d’empêchement ou de vacance il ne peut être fait application des arts.38, 41, 42 et50 de la présente constitution ». En termes clairs il résulte de ce texte que le Président intérimaire ne peut procéder ni à lanomination du Premier Ministre ou à celle des membres du gouvernement, ni de surcroitmettre fin à leur fonction. Il ne peut ni organiser de référendum, ni dissoudre l’AssembléeNationale, ni mettre en jeu l’art. 50 qui donne des pouvoirs exceptionnels au Président de laRépublique selon une durée fixée de commun accord avec la Cour Constitutionnelle. En conclusion on peut déduire de ce titre relatif au Président intérimaire que celui-ci ades pouvoirs très réduits et ne peut rester aux affaires que durant une période de 40 jours.
  2. 2. III– la prise en charge de la situation de crise que traverse actuellement le Mali : C’est une question très épineuse quand on sait qu’actuellement les raisonséventuelle d’un report des élections présidentielles, source de cette vacance de laPrésidence de la République sont justement cette grave crise que traverse notre pays etaurait justifié le déclenchement de l’art.50 de la constitution accordant au Président de laRépublique des pouvoirs exceptionnels pour dans un délai bref rétablir le fonctionnementrégulier des institutions. Parmi les situations justifiant ces mesures exceptionnels est citée la menace del’intégrité du territoire national, ce qui est bien le cas avec la rébellion au Nord de notre paysqui vise la partition du territoire malien. Disposer de ces pouvoirs exceptionnels aurait pu permettre au Président intérimaire,après consultations du Premier Ministre, des Présidents de l’Assemblée National et du HautConseil des Collectivités Territoriales ainsi que de la Cour Constitutionnelle. L’exercice de ces pouvoirs aurait permis au Président intérimaire de négocier untemps relativement long qui l’aurait aidé à trouver une solution à cette grave crise. Mais cette possibilité lui est hélas refusée par l’art.36 de la constitution, ellen’appartient qu’au seul Président élu. Ces restrictions risquent de rendre la mission du Président Intérimaire impossiblesurtout quand on sait qu’il doit son accession au pouvoir à la vacance de la Présidence duejustement à l’impossibilité de tenir des élections dans cette ambiance de crise grave.Comment lui confier alors la lourde charge d’organiser des élections dans les conditions oùd’autres, bien mieux armés, auraient failli ? Ne disposant que de 40 jours, et avec despouvoirs très limités, il lui sera impossible d’organiser à hauteur de souhait ces élections. IV- pour contourner l’impossible recours à l’art 50 de la constitution par le président intérimaire : Quelques suggestions : Il ressort des analyses qui précédent que le président Intérimaire dispose d’unemarge de manœuvre très réduite qui ne lui permettra pas de, ou du moins très difficilement,de réussir la mission qui lui incombe : l’organisation dans les 40 jours de l’électionPrésidentielle. C’est une mission quasi –impossible et pleine de périls, car les électionsrisquent de se dérouler dans des conditions de violence extrêmes et exclure bon nombre demaliens. Dès lors le regard ne peut que se tourner ver le Président de la République actuelqui ne dispose que de deux options. D’une part, opter pour l’élection Présidentielle dans les délais fixés, et se doter detous les moyens nécessaires pour y aboutir, s’il estime que cette possibilité existe. • D’autre part, opter en concertation avec les acteurs politiques et la société civile, s’il estime que c’est la seule alternative raisonnable, pour le report des élections. Dans ce cas le Président de la République devrait admettre que les causes qui ont rendu impossible la tenue des élections à la date du 29 avril 2012
  3. 3. ne pourront, sauf miracle, disparaitre dans le délai si bref dont disposerait son intérimaire. Ce constant devrait l’amener à pousser plus loin son raisonnement car au fond la cléest entre ses mains et la solution ne devrait pas lui poser de problèmes majeurs car il y vadu salut de la nation. Le Président de la République en activité ayant le monopole exclusif dudéclenchement de l’art.50 sur les pouvoirs exceptionnels peut bien mettre en œuvre cettedynamique en négociant avec les institutions concernées un délai suffisamment raisonnabledont pourrait bénéficier son intérimaire. Il pourra aussi, après mure concertation avec l’intérimaire désigné par la consultationet l’ensemble des partis politiques représentatifs et la société civile, procéder à la formationd’un gouvernement choisi sur des critères sains, tels que l’intégrité, la compétence, etc. Lacollaboration passera assurément bien mieux entre ce gouvernement et le Présidentintérimaire qu’avec une équipe dont il n’aurait pas participé au choix. Cette solution nous semble la seule envisageable pour permettre d’organiser, au casoù la décision de report aurait été prise, dans des circonstances sereines et apaisées lamission du Président intérimaire cest-à-dire l’organisation des élections et de pouvoirprendre les mesures appropriées pour juguler la crise.Maitre Abdoulaye Garba TapoVice Président de l’AdemaChargé des questions juridiques
  4. 4. NB : Il est important d’ajouter que l’intérim, si on se réfère du moins à la constitution,n’empêche pas que le Président intérimaire puisse se présenter aux élections. 1992 est loinde constituer une jurisprudence car à l’époque il n’existait pas de constitution et le pouvoirétait issu d’un coup d’état militaire. L’art 36 apporte des restrictions aux prérogatives etpouvoirs de l’intérimaire, mais il n’y est dit nulle part dans ce texte que le Présidentintérimaire ne puisse pas se présenter. Si le Président sortant peut se représenter pour unsecond mandat parce que la Constitution le prévoit, rien ne peut justifier qu’on puisseinterdire à l’intérimaire de se présenter, et cela d’autant plus que la Constitution ne l’interditpas formellement.

×