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fulgurante. 6 albums. Une carrière courte, mais brûlante pour ce groupede rock qui, à la différence des Beatles et des Sto...
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psychotique, était autrefois estimée. Elle assurait la médiationentre l’homme et l’esprit6. »Jim Morrison est un « chaman ...
personnage historique, complexe et fascinant qui suit une quêtephilosophique par laquelle il pense trouver la rédemption. ...
(elle lui a survécu de 3 ans, emportée par une overdose d’héroïne), ni àses parents, il ira même jusqu’à les renier mentio...
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« I drink so I can talk to assholes. This includes me. » (Je bois pourpouvoir parler aux cons./Moi compris).A force de pro...
Jim Morrison aurait ensuite montré son sexe. « Aurait » car aucunepreuve ne réside malgré les centaines de photographes pr...
nature, ils sont ce qui le reflète le mieux. Ray Manzarek, claviériste et co-fondateur des Doors raconte dans son livre :«...
Une caste à laquelle il tenait tant et à laquelle il a fini par appartenir plusqu’il ne l’aurait imaginé.Jim Morrison et A...
de son œuvre. Leurs âmes de poète rebelle se répondent : conscientsde la corruption du monde, ils ont tenté à la fois de l...
l’appelle Gerald et Ralph Faris qui ont exposé le fruit de leur étude dansle livre « Janis Joplin et Jim Morrison face au ...
Tous deux ont succombé à leurs démons intérieurs, à leurs penchantsautodestructeurs. Jim buvait et se droguait beaucoup, n...
Histoire de Jim MORRISON / 1er chapitre gratuit de l'Ebook "Destins tragiques du rock" de Caroline PASTORELLI
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Histoire de Jim MORRISON / 1er chapitre gratuit de l'Ebook "Destins tragiques du rock" de Caroline PASTORELLI

  1. 1. JIM MORRISON, LE POETE MAUDIT« Il y a le connu.Il y a linconnu.Et entre les deux,il y a la porte,et cest ça que je veux être »(Jim Morrison, « The Doors »)« This is the end ».Le 3 Juillet 1971, la voix des « Doors » s’éteint mettant fin au groupemythique des sixties. L’ange brun rejoint l’autel des sacrifiés du Summerof Love ». 2 ans jour pour jour après Brian Jones (un même 3 Juillet),quelques mois après Jimi Hendrix et Janis Joplin.Personne avant Jim Morrison n’avait incarné autant la figure du rock.Arrogant, subversif, sauvage, impulsif, à la fois irrésistible etinsupportable, arrogant, agitateur, provocateur, rageur, sexy, cynique,rebelle, charismatique, insoumis et habité ! On lui trouvait tout cela à lafois. C’est dire combien Morrison a fasciné…Car c’est bien la personnalité borderline du chanteur Jim Morrison, qui adonné au groupe cette dimension à la fois poétique, expérimentale,violente, et désespérément torturée. Les Doors, à travers Morrison,incarne la subversion rock à l’état pur. La musique sous acide des Doorsa marqué pour toujours l’histoire du rock, avec des textes et desmusiques à la fois sombres, intenses et profondes. 6 ans de carrière
  2. 2. fulgurante. 6 albums. Une carrière courte, mais brûlante pour ce groupede rock qui, à la différence des Beatles et des Stones, est un groupeengagé… Son chanteur parle comme aucun rockeur avant lui de chaos,de nihilisme, de Rimbaud, Nietzsche et Céline... Même s’il milite contrela Guerre du Vietnam, il est un révolutionnaire : « Come on baby, lightmy fire » annonce la couleur : « Viens bébé, allume mon feu, Viens bébé,mets le feu à la nuit ». Il ne s’agit pas de fleurs dans les cheveux ni depeace and love. Et encore moins de 3 jours de paix de Woodstock1. Ils’agit de changer le monde. D’ouvrir les portes de la perception (« thedoors of perception »). « Je suis le roi Lézard, je peux tout faire ».D’inventer une nouvelle religion. Pas celle des hippies dont il se sentétranger et qu’il méprise littéralement. Trop futile, trop naïve, trop peusérieuse. « Les Doors » sont davantage proches des icônes trash duVelvet Underground qui gravitent autour d’Andy Warhol, Lou Reed, JohnCale, Nico et même David Bowie (dans sa période squelettique poivronset lait) que des hippies et de leurs fleurs niaises. Son truc à lui :bousculer, énerver, provoquer et faire sauter les barrières :« Peux-tu imaginer ce que nous deviendrons sans limite, sansentrave ? » 2Première grande originalité : Morrison est certainement l’un deschanteurs les plus cultivés de l’histoire du rock3. Il s’est construit à partirde livres qu’il dévore. Et d’auteurs qu’il dissèque. Pêle-mêle : Alexandrele Grand, William Blake, Arthur Rimbaud, Frederick Nietzsche, FrankKafka, James Joyce, Plutarque (des auteurs pointus pour l’Amérique des1Le groupe ne sera d’ailleurs pas présent lors de ce mythique concert en plein air.Officiellement parce que le groupe est interdit de concert (voir plus bas « concert de Miami »).Officieusement parce que le casting ne plaît pas à Jim Morrison qui souhaite être la têted’affiche. Le batteur du groupe John Densmore sera néanmoins présent dans les coulisses.2Paroles de la chanson « The End ».3Son grand jeu à l’université : se faire interroger par ses amis qui tirent au hasard un livre desa bibliothèque. Apparemment il ne se trompait jamais…
  3. 3. années 40 d’alors). Des auteurs qui semblent l’encourager à rejeter lesidées traditionnelles et à aller vers les extrêmes. Ceux de la BeatGeneration aussi. Jack Kerouac, le fameux auteur du best-seller « Sur laroute ». Et puis des livres ésotériques et des grands textesphilosophiques.Une soif littéraire qui n’est pourtant pas atavique…Né en 1943, aîné de 3 enfants, son père est un militaire, officier de l’UsNavy. Jim et sa famille sont ballotés de ville en ville au gré de sesaffectations. Washington, Clarmont en Californie, Albuquerque auNouveau-Mexique, Clearwater en Floride, Alexandria en Virginie. A 11ans, Jim Morrison aura déménagé 8 fois. Un sentiment d’appartenir àrien ni à personne. Une instabilité, un repli sur lui-même et undétachement que tout le monde décèle précocement sont-ils à chercherde ce côté ? Morrison cultive déjà la marginalité et un événement quisurvient alors qu’il n’a que 3 ans et demi semble le marquer au ferrouge :« Nous roulions à travers le désert, à laurore, et un camion pleindouvriers indiens avait soit percuté une autre voiture soitseulement - enfin, je ne sais pas ce qui sétait passé - mais il yavait des Indiens qui gisaient sur toute lautoroute, agonisant,perdant du sang.[…] Ce fut la première fois que je goûtais la peur.[…] Ma réaction aujourdhui en y repensant, en les revoyant - cestque les âmes ou les esprits de ces Indiens défunts... peut-être dunou deux dentre eux… étaient en train de courir dans tous les sens,paniqués, et ils ont tout simplement sauté dans mon âme. Et ilssont toujours là. 4»4Le titre du poème s’appelle « Dawn’s Highway ». Il est lu par Jim Morrison lui-même en1970 quelques mois avant sa mort et est paru en 1978 dans le CD posthume « An American
  4. 4. Une deuxième naissance pour Jim. Persuadé que les vieux indiensa intégré son corps, Jim pense être, depuis, devenu le dépositaire deleur âme défunte et le porte-parole de leurs souffrances. Cette histoire –vraie ou fausse, Jim n’a jamais été réellement attaché à l’authenticité deses dires- reflète en tout cas son attrait pour le chamanisme amérindien.Morrison s’amuse à endosser cette identité plus ou moins occulte pourse sentir réel. « Un chaman du rock », voilà ce qu’il décide d’être. Sicette identité peut être un secours, un temps, aux affres de sonexistence, alors la réalité n’a plus bien d’importance…Etre chaman du rock, c’est absorber les mauvais esprits poursoulager les souffrances et devenir ainsi le dépositaire du mal. Il suffit dele regarder sur scène. Par le biais de la transe, devant des spectateurssubjugués, tant par la vive émotion suscitée par ces rituels que parl’impact du rock des Doors, la présence charismatique de Morrisondéconcerte :« Je suis possédé par l’esprit d’un chaman. A mes yeux, l’artisteest une sorte de chaman et de bouc émissaire. Les gens projettenten lui leurs fantasmes, et ceux-ci prennent vie. Le public, lorsqu’ilme critique et me sanctionne, se trouve ensuite soulagé, purifié deses mauvaises pulsions »5.Une transe qu’il décrit plus tard, dans l’un de ses poèmes :« Une panique sensuelle, évoquée délibérément grâce à la drogue,à l’incantation, à la danse, précipite le chaman dans la transe. Voixchangée, mouvement compulsif, il agit comme un fou. Cettehystérie professionnelle, choisie précisément pour son penchantPrayer ». Il a été mis en musique à cette occasion par les autres membres du groupe. Le CDcompile un certain nombre de ses poèmes.5« Break on Through : The life and death of Jim Morrison » de Jerry Prochnichky et JamesRiordan.
  5. 5. psychotique, était autrefois estimée. Elle assurait la médiationentre l’homme et l’esprit6. »Jim Morrison est un « chaman rock », guérisseur des âmes. Il estaussi devenu le « roi Lézard ». La symbolique du serpent, Morrison laconnaît bien. Passionné de mythologie grecque, primitive et de légendesanciennes, élevé dans le Sud-Ouest des Etats-Unis où grouillentserpents et reptiles, il les a aussi étudiés à travers de nombreuxouvrages qui vantent « nos ancêtres les reptiles, les rois du monde ».L’homme est le descendant du serpent qui représente le cycle de la vie :avaler, digérer, avoir des rapports sexuels. Ca lui va bien.Fasciné par l’imagerie mystérieuse, il aime aussi, il faut le dire, lesréactions qu’il va provoquer en empruntant cette identité. Une identitéqui correspond à ses fantasmes – il ira jusqu’à porter sur scène uncostume en peau de serpent taillé sur mesure. Ceux qui l’ont vu enspectacle, vêtu de cette seconde peau ne l’ont jamais oublié, semble t-il.« Le lézard et le serpent sont identifiés avec linconscient et lesforces du mal. Je crois que le serpent incarne tout ce dont on apeur. Ce long poème, « The Celebration of the Lizard », était unesorte dinvitation aux forces de la nuit. Mais tout cela est ironique.Je crois que les gens ne sen rendent pas compte. Il ny a pas à leprendre au sérieux.7. »Jim Morrison est un chanteur qui incarne une image, une figure, desidées. C’est un « frontman » surdoué capable de mêler poésie,provocation et furie rock. C’est un artiste complet, qui transmet desémotions, partage un univers aussi loufoque et décalé soit-il. C’est un6Jim Morrison, « Seigneurs et nouvelles créatures ».7Une des dernières interviews de Jim Morrison accordée au « Los Angeles Free Press » àBob Chorush au Printemps 1971 avant qu’il ne quitte Los Angeles pour Paris. Interviewreprise dans le livre de Jerry Hopkins « Jim Morrison, le roi Lézard ».
  6. 6. personnage historique, complexe et fascinant qui suit une quêtephilosophique par laquelle il pense trouver la rédemption. Il est sansdoute la rock star la plus célèbre de son temps. Flirtant avec l’auto-destruction à la fois spontanée et calculée, il fait peur autant qu’il fascine.Sa beauté désarme, son langage effraie, ses chansons interpellent, soncomportement dérange ;« Il y a quelque chose chez moi qui ne va pas. Il y a quelque chosechez moi qui ne tourne pas rond »8(…) Je croîs que la rébellionextérieure est une façon de parvenir à la liberté interne ; le mentalà travers le physique ».Jim Morrison est un agité, un tourmenté. Il le sait. Et il compose avec.Les valeurs dont il hérite sont militaires, rigides, strictes. A l’image deson père, un homme toujours en uniforme que l’on ne dérange sousaucun prétexte et qui ne témoigne aucune tendresse. Pour mieux lescombattre alors, il s’en affranchit. C’est de là que Morrison goûte auplaisir de provoquer et d’agacer. Sa grand-mère chez qui il a vécu à lafin de ses années secondaires racontait :« Il haïssait le conformisme, il trouvait un point de vue étrange sur tout.Il essayait de nous choquer. Il adorait ça. Il nous disait des chosesdont il savait quelles nous dérangeraient. Cest simple, nous ne lecomprenions pas. Il avait des facettes différentes, Jimmy. On envoyait une, on en apercevait une autre, on ne savait jamais ce quilpensait »9.De sa famille et de son entourage d’ailleurs, il ne s’est jamais sentiproche. Attaché ni à sa petite amie Pamela Courson qu’il appelaitpourtant « sa compagne cosmique » et avec qui il restera près de 10 ans8Interview de John Densmore, batteur des Doors dans le documentaire de la collectionInfrarouge, « Jim Morrison, les derniers jours ».9Jerry Hopkins & Daniel Sugerman, « Personne ne Sortira dici vivant »
  7. 7. (elle lui a survécu de 3 ans, emportée par une overdose d’héroïne), ni àses parents, il ira même jusqu’à les renier mentionnant dans desinterviews leur mort dans un accident. Jim Morrison n’est attaché à rienni à personne. « Syndrome de dépossession ». Un problème avec laconstance d’objet. L’image de ses proches n’est pas intégrée. Comme sipersonne ne comptait réellement. Sa chanson « I can’t see your face inmy mind » est saisissante (« Je n’arrive pas à voir ton visage dans matête). Jim n’arrive plus à visualiser les gens qui ont compté pour lui. Sansdoute est-ce une volonté de se séparer de son passé trop douloureux…Les proches, la famille, les amis sont juste de simples objets, sans vie,irréels. Irréels au point même de les écarter de son héritage. A sa mort,Jim avait tout prévu : il a tout légué à Pamela, ne voulant pas que sonpère touche un seul dollar des bénéfices engrangés tout au long de sacarrière musicale.Alors Jim réécrit. Il réécrit son histoire, il réécrit ses racines. Il écrit ainsisa légende. Menteur donc, hypocrite souvent, il se plaît à brouiller lespistes de son vécu qui au fond n’a plus d’importance :« Je pense quen dehors de lécriture et du fait de chanter, monplus grand talent réside dans ma capacité instinctive à promouvoirma propre image. Jai toujours su manipuler la presse, sortir desphrases du genre : « Nous sommes des politiciens de lérotique »,ce genre de choses. Jai grandi en même temps que la télévision etles grands magazines, je sais instinctivement ce que les gensveulent entendre ou lire, ce quils retiendront. Alors, je disperse cespetits joyaux çà et là, en apparence innocemment, mais en réalitéje lance des signaux »10.10 Une des dernières interviews de Jim Morrison accordée au « Los Angeles Free Press » àBob Chorush au Printemps 1971 avant qu’il ne quitte Los Angeles pour Paris. Interviewreprise dans le livre de Jerry Hopkins « Jim Morrison, le roi Lézard ».
  8. 8. Des stars du rock déchues, flinguées en plein vol, on le rapprocheraitplus de Brian Jones que de Jimi Hendrix ou de Jeff Buckley. Jim n’estpas emporté par le système, il le provoque : personnalité complexe,naturellement pessimiste, volontiers cynique, il est attiré par le chaos, lacriminalité. En toute conscience. Deux semaines après la mort de JimiHendrix, on retrouve le corps sans vie de Janis Joplin dans une chambred’hôtel. Une ambiance macabre domine alors le monde du rock.Morrison plaisante : à ses compagnons de beuverie, il déclare alors :« Vous êtes en train de boire avec le no3 ». Provocateur, excessif,habité par les pulsions violentes, son grand fantasme est pour le moinssurprenant :« J’ai toujours été fasciné par les histoires d’auto-stoppeurs quicommettent des crimes en série ».11Morrison, à la personnalité si écrasante, qui aime manipuler les foules,les médias et qui s’enfonce dans ses travers les plus lugubres, auraittrès bien pu devenir un vrai tyran au sein des Doors... il nen a rien été,les décisions ont toujours été prises en commun, sans que Morrisonprenne les autres de haut.
Bien entendu, comme dans tout groupe, il y aeu des tensions, des désaccords... Il y a aussi et surtout l’alcoolisme deJim, ses excès, ses provocations, ses dérapages incontrôlés quihandicapent sérieusement les séances de travail du groupe. Et puis il y acette brouille sur la vente de la la mélodie de Light my Fire pour une pub.Mais, au fond, il y avait un respect sincère entre les quatre. L’osmosedes Doors était réelle. Le plaisir de travailler ensemble aussi. Les seulsécueils résidaient dans la personnalité ingérable de Morrison due engrande partie à la trop grande quantité de boisson qu’il ingéraitquotidiennement.11Op. cit.
  9. 9. « I drink so I can talk to assholes. This includes me. » (Je bois pourpouvoir parler aux cons./Moi compris).A force de provocations et d’outrages en tout genre, Jim s’est constituéun casier judiciaire chargé. Entre 1963 et 1969 il sera arrêté une dizainede fois pour conduite en état d’ivresse, pour comportement obscène,attentant à la pudeur, etc. Des actes d’une gravité somme toute minimemais qui bénéficient d’une exposition considérable en raison de lanotoriété du groupe. Un événement pourtant va faire basculer la carrièredes Doors et la destinée de son leader.Alors que groupe est en pleine gloire, que les ventes d’albums se portentbien et que les concerts se remplissent à une allure grand v, tout bascule.Le groupe redescend brutalement sur terre. Nous sommes le 1ermars1969 lors d’un concert à Miami. La salle est comble (12 000 places ontété vendues sur les 7000 que la salle peut contenir). L’ambiance estsurchauffée. Comme souvent, le concert frôle l’émeute. On attend deMorrison de la provocation. Le public sera servi. Morrison arrive surscène ivre mort (plus encore semble-t-il que jamais auparavant).Incapable de chanter, il harangue la foule :« How long are you gonna let it go on ? Lettin people push youaround ? How long dya think its gonna last ? Maybe you like it,maybe you like being pushed around... Maybe you love it, maybeyou love gettin you face stuck in the shit... » (« Combien de tempsallez-vous vous laisser faire ? Vous laissez les gens vousbousculer. Combien de temps cela va-t-il encore durer à votreavis ? Peut-être que vous aimez ça, peut-être que vous aimezquon vous bouscule... Peut-être même que vous adorez ça, quevous adorez quon vous mette la tête dans la merde... »).1212Paroles prononcées par Jim Morrison lors d’un concert à Miami le 1erMai 1969 et
  10. 10. Jim Morrison aurait ensuite montré son sexe. « Aurait » car aucunepreuve ne réside malgré les centaines de photographes présents ce soir-là et malgré les nombreux témoignages qui sont venus ensuite démentirl’information. Et pourtant, ce sont deux ans de procès qui s’ouvrent.Morrison est inculpé pour outrage aux bonnes mœurs et exhibitionindécente, entre autres ; « les Doors » sont interdits de concert. Jim estflingué par la presse et l’Amérique puritaine. Les autorités tiennent enfincelui qui leur faisait offense depuis si longtemps…13Ce rejet du public et de la presse coïncide avec une ambition pluspersonnelle. Fatigué par le star-system, Morrison souhaite perdre sapeau de lézard et se délester de son statut de rock star. Il décide dequitter les Doors à la fin de l’enregistrement de leur dernier album « L.A.Woman ».« Il avait pris la décision de sa vie. Suivre son destin et devenir unpoète »14.Le 11 mars 1971, Jim quitte Los Angeles pour Paris. Une autre viesemble possible. Il vit quelques temps à l’hôtel « Georges V » puiss’installe dans le Marais avec Pamela Courson dans la même rue oùrésida presque cent ans plus tôt Charles Beaudelaire. Il flâne, il écrit, ils’imprègne. Il est envoûté par Paris, la ville des écrivains qu’il vénèretant. Il souhaite désormais n’être considéré que comme un poète ; lerock ne l’intéresse plus. Désormais, seuls ses poèmes méritent lasignature de son vrai nom « James Douglas Morrison ». Ils sont sa réelleenregistrées sur disque Without Safety Net, disponible dans The Doors Box Set.13Pour l’anecdote, Jim Morrison a été gracié en décembre 2010 à titre posthume par l’Etatde Floride. «Quand la mort empêche l’accusé de faire appel d’un jugement, la condamnationest déclarée nulle», dit le gouverneur. «Dans ce cas, coupable ou innocent, c’est entre lesmains de Dieu et non entre les nôtres. C’est pourquoi j’ai demandé à mes collègues depardonner à Jim Morrison», conclut-il. (Source : article « La Floride accorde son pardon àJim Morrison », Liberation, décembre 2010).14Interview de Bill Siddons, ex-manager des Doors, dans le documentaire « Jim Morrison,les derniers jours ».
  11. 11. nature, ils sont ce qui le reflète le mieux. Ray Manzarek, claviériste et co-fondateur des Doors raconte dans son livre :« Lorsque j’ai rencontréJim, il passait son temps allongé au soleilsur le toit de la maison d’un ami, Dennis Jakob, à prendre del’acide, à lire Nietzsche et à écrire les visions qui lui passaient parla tête. Ce fut pour lui une période douce et créatrice. Mais dès queles Doors ont commencé à marcher, tout est allé de plus en plusvite, tout est devenu de plus en plus fou et disproportionné. Jecrois que c’est pour ça qu’il est venu à Paris, pour retrouver cettetranquillité, cet environnement artistique»15.Le roi lézard a commencé sa mue. Transformé en poète barbu qui n’aplus rien à voir avec l’image du sex symbol messianique que l’on connaîtaujourd’hui, sa nouvelle apparence lui confère une certaine tranquillitédans les rues de Paris. Elle lui permet de rencontrer Agnès Varda etJacques Demy et d’assister au tournage de leur film en toute discrétion.Mais il a renoué avec l’alcool (l’a t-il déjà abandonné ?) ; son état desanté se dégrade. Il ne le sait pas mais il a atteint le point de non retour.Morrison s’est trop abîmé.Le 3 juillet 1971 au petit matin, il est retrouvé inanimé dans sabaignoire. Il aurait succombé à une crise cardiaque. Circonstancesmystérieuses dira-t-on parce que la seule témoin est aujourd’huidécédée (Pamela). Parce qu’aucune autopsie du corps ne sera fait. Etparce que personne n’aura l’idée d’ouvrir son cercueil pour vérifier s’ils’agissait bien de lui…Enterré à Paris, au Père-Lachaise, comme Rimbaud, Morrison a fini parrejoindre le cercle des poètes maudits adeptes des paradis artificiels.15« Light My Fire » de Ray Manzarek, Berkley Boulevard Books.
  12. 12. Une caste à laquelle il tenait tant et à laquelle il a fini par appartenir plusqu’il ne l’aurait imaginé.Jim Morrison et Arthur Rimbaud.Le rapprochement entre ces deux destins ne tient pas qu’à la proximitégéographique de leurs tombes. Il a été fait par un professeur delittérature française de Caroline du Nord. Aujourd’hui décédé, c’est en1994 que Wallace Fowlie rédige « Rimbaud et Jim Morrison : portrait dupoète en rebelle ». Une sorte d’hommage au chanteur. Car 26 ans plustôt, en 1968, il reçut une lettre d’un certain leader des « Doors » leremerciant chaleureusement pour l’une des traductions qu’il fit despoèmes de Rimbaud :« Je suis un chanteur de rock et votre livre m’accompagne danstous mes voyages. »Lorsqu’il s’intéresse enfin, de nombreuses années plus tard, à lamusique des « Doors », il retrouve bel et bien l’influence de Rimbauddans les paroles de Morrison. Plus encore, il découvre une symétrietroublante entre leurs existences : tous deux menèrent une viedaventure et furent des poètes avides de se libérer de leur moi.Adolescents révoltés, génies incompris, marginaux assumés, l’alcool etla drogue sont leurs compagnons de route.Rimbaud, poète français de génie qui arrête décrire à 20 ans, meurtjeune à 35 ans et dont les poèmes sont toujours lus avec fièvre, et JimMorrison, chanteur de rock américain, mort à 27 ans et dont la brèvecarrière a enflammé toute une génération et continue à fasciner desmillions de personnes.90 ans les séparent (Rimbaud est mort 45 ans avant la naissance de lafuture rock star). Mais de troublantes similitudes en effet et un universpoétique commun. Ce n’est pas un hasard : Morrison était, on l’a dit, ungrand admirateur de Rimbaud et il s’est certainement largement inspiré
  13. 13. de son œuvre. Leurs âmes de poète rebelle se répondent : conscientsde la corruption du monde, ils ont tenté à la fois de le fuir, de le changeret de le comprendre à travers des textes qui prônent la liberté.Janis et JimEntre les destins de Jim Morrison et de Janis Joplin, la transition esttoute trouvée tant leur parcours, et leur disparition, se font échos.Comme si le rock ne pouvait donner de leçon à personne... A LosAngeles, il n’était pas rare que les jeunes qualifient Janis Joplin de « JimMorrison au féminin »16.A 9 mois d’intervalle, Janis et Jim sont entrés dans la légende du rock.Avant de s’intéresser au parcours de Janis, arrêtons-nous un instant surleur rencontre. Lorsque deux stars aussi colossales et ingérables queJoplin et Morrison se croisent, que se passent-ils ? Des étincelles,assurément !Les deux chanteurs se retrouvent dans une soirée. Ivres tous les deux.Bien entendu. Lui, le provocateur, a l’alcool méchant. Elle, la volcanique,a l’alcool plus gai. Ils se flairent, se toisent, se reniflent, se testent,s’asticotent. S’énervent. Le jeu tourne mal. Le courant ne passe pas. Jimdevient agressif et violent. Janis décide de quitter les lieux au volant desa voiture. Jim n’entend pas perdre la partie. Il vient la rechercher,s’agrippe à elle et lui tire les cheveux. Janis l’envoie « se faire foutre ».Elle saisit une bouteille de whisky et l’assomme. Il perd connaissance.Le lendemain Jim, émoustillé par l’impétuosité de Janis, aurait cherchéson numéro de téléphone partout…Une aversion mutuelle qui s’explique certainement par une trop granderessemblance. Les deux icônes du rock sont du même bois et souffrent,semblait-il, du même mal. Le syndrome du « borderline » comme16« Pearl : The Obsessions and Passions of Janis Joplin », Ellis Ambrun, Warner Books.
  14. 14. l’appelle Gerald et Ralph Faris qui ont exposé le fruit de leur étude dansle livre « Janis Joplin et Jim Morrison face au gouffre ». Selon eux, ni l’unni l’autre ne sont parvenus durant leur 27 années d’existence (et encoremoins durant leur adolescence où ils se sont battus chacun contre leurscomportements autodestructeurs) « à réfréner leurs impulsionsdéstabilisantes, ni à entretenir des relations intimes un tant soit peuépanouies, durables, satisfaisantes, ils étaient assaillis par un désarroiinéluctable émanant de la zone morte. (…) Ils ont mené une vieanarchique et autodestructrice. » Tous deux sont très intelligents (ilspossédaient apparemment un quotient intellectuel supérieur à lamoyenne (149 pour Jim)) et férus de lecture. Tous deux galvanisent lesfoules. Selon les auteurs du livre, seuls 2 à 3% de la population sontatteints de ce trouble de la personnalité dans notre société.La raison de leur comportement n’est donc pas seulement à trouver ducôté de l’excès des drogues et de l’alcool. Leur vie émotionnelle fortinstable semblait également être le fruit de grands troublespsychologiques :« La très grande majorité des stars soumises aux mêmespressions ne deviennent pas suicidaires, ne mènent pas forcémentune vie intime et publique aussi instable, et ne meurent pas d’uneoverdose. Jim et Janis n’étaient pas exposés à plus de pressionsque les autres artistes jouissant du même statut. Même si àpremière vue ils semblent que de nombreuses vedettes aientsuccombé au même sort, Elvis, Hendrix Monroe, Garland, Belushiet Cobain. De nombreuses célébrités subissent des pressionsénormes qui, certes, minent leur santé, mais ne causent pas desproblèmes psychologiques pouvant entraîner leur mort. »
  15. 15. Tous deux ont succombé à leurs démons intérieurs, à leurs penchantsautodestructeurs. Jim buvait et se droguait beaucoup, nous l’avons vu,depuis le début de la vingtaine jusqu’à la fin de sa vie. Ame en peine àl’identité incertaine, il était en quête de sens (la quête mystique a eu sespréférences) ; souffrant d’un sentiment de dépossession qui ne luilaissait aucun répit, il tentait de mettre fin à sa détresse en sondant lechaos au lieu de le fuir. L’agressivité, ses penchants manipulateurs etsadiques sont à relier à son désespoir. Jim Morrison est un jeunehomme qui souffre et qui croit fuir ses démons en s’alliant aux forces del’ombre, de la mort et une certaine forme de violence. « Dieu, aide moi,viens-moi en aide » peut-on lire dans le journal qu’il tint à Paris, à latoute fin de sa vie donc, et publié dans « Break On Through ».

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