2016_DAST_Gernez_Emmanuelle

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2016_DAST_Gernez_Emmanuelle

  1. 1. MEMOIRE DE MASTER 2 Université de Pau et des Pays de l’Adour Département de Géographie-Aménagement UMR 5319 – Passages CNRS/UPPA Emmanuelle GERNEZ Sous la direction de Xavier Arnauld DE SARTRE LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Figure 1 : Indigènes marchant à Quito contre le projet de Loi des Graines Source : Emmanuelle Gernez, 07/2016
  2. 2. Année universitaire 2015-2016 Master 2 Géographie – Aménagement – Sociologie Spécialité « Développement durable, Aménagement, Société, Territoire » (DAST)
  3. 3. - 4 - MEMOIRE DE MASTER 2 Université de Pau et des Pays de l’Adour Département de Géographie-Aménagement UMR 5319 – Passages CNRS/UPPA 3 Emmanuelle GERNEZ Sous la direction de Xavier Arnauld DE SARTRE LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Année universitaire 2015-2016 Master 2 Géographie – Aménagement – Sociologie Spécialité « Développement durable, Aménagement, Société, Territoire » (DAST)
  4. 4. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 5 - Stage de 5 mois (du 07/04/2016 au 07/09/2016) Structure d’accueil du stage et nom du service : Confederación de las Nacionalidades Indígenas de la Amazonia Ecuatoriana (CONFENIAE) Adresse : Union Base 16-01-0807 Puyo, Pastaza, EQUATEUR Maître du stage : Andrés TAPIA, responsable de communication
  5. 5. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 6 - AVANT-PROPOS Cette étude est le résultat d’un stage de cinq mois effectué au sein de la Confédération des Nationalités Indigènes de l’Amazonie d’Equateur (CONFENIAE), une des organisations pilier du mouvement indigène national, luttant pour la défense des territoires indigènes et la protection de la forêt amazonienne dans un pays où l’économie est basée sur l’exploitation des ressources naturelles. Un travail de recherche bibliographique m’a permis de recadrer le thème, dont le champ est très vaste et complexe. En effet, la difficulté de ce travail a principalement résidé dans l’effort de neutralité au sein d’une organisation fortement engagée dans une lutte sociale et politique. Pour cela, un constant travail d’observation participative et la réalisation d’entretiens informels m’ont aidée à développer un regard critique sur un sujet qui me passionne depuis de nombreuses années et dont j’avais tendance à idéaliser certains éléments. Par souci de respect de la confidentialité des interrogés, ils seront mentionnés par leur prénom uniquement. Le territoire étudié englobera la totalité de l’Equateur, avec un focus sur la région amazonienne où se concentrent la majorité des projets d’énergies fossiles faisant polémique parmi la population, en particulier chez les indigènes puisque les blocs pétrolifères sont souvent situés sur leurs territoires ancestraux. Afin de comprendre les enjeux liés au mouvement indigène dans un contexte productiviste et extractiviste, nous analyserons certains termes clé, notamment indigène et territoire, et nous présenterons le contexte national et international de l’exploitation pétrolière en Equateur.
  6. 6. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 7 - MES REMERCIEMENTS À : L’équipe des professeurs de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, pour la qualité de leur formation et leur soutien dans mon désir de travail à l’étranger, en particulier à Xavier Arnauld de Sartre pour ses conseils et son soutien moral au cours des épreuves, L’équipe de la CONFENIAE, pour m’avoir intégrée à leur organisation et guidée dans mon travail, pour leur générosité et fraternité sans précédent, et enfin pour leur patience face à mon aptitude à m’exprimer et à comprendre dans mes débuts en Equateur, La population de Sarayaku, et en particulier à la famille Viteri, pour m’avoir accueillie dans leur foyer, pour leur patience et leur simplicité, et pour les conversations et chichas partagées, Patricia, Luis et Agustin pour m’avoir offert leur temps lors d’entretiens et ainsi permis de mieux comprendre les réalités du terrain, Ces amitiés construites en Equateur, qui m’ont guidée dans mon travail grâce aux discussions et débats menés ensemble.
  7. 7. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 8 - LISTE DES SIGLES ET ABRÉVIATIONS ARCOTEL: Agencia de Regulacion y Control de las Telecomunicaciones CONFENIAE : Confederacion de las Nacionalidades Indigenas de la Amazonia Ecuatoriana CONAIE: Confederacion de las Nacionalidades Indigenas del Ecuador CASCOMI: Comunidad Amazonica de Accion Social Cordillera del Condor Mirador CEPE: Corporacion Estatal Petrolera Ecuatoriana CGC: Compania General de Combustibles COIP : Code Organique Intégral Pénal FEI: Federacion Ecuaoriana de Indios FDA : Front de Défense de l´Amazonie INREDH: Fundacion Regional de Asesoria en Derechos Humanos NAE : Nacionalidad Achuar del Ecuador OIT: Organisation Internationale du Travail OPIP: Organizacion de los Pueblos Indigenas de Pastaza PCE : Parti Communiste Equatorien RAE: Région Amazonienne d’Equateur
  8. 8. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 9 - SOMMAIRE AVANT-PROPOS............................................................................................................................................................................6 REMERCIEMENTS.........................................................................................................................................................................7 LISTE DES SIGLES ET ABRÉVIATIONS ...................................................................................................................................8 SOMMAIRE......................................................................................................................................................................................9 INTRODUCTION ......................................................................................................................................................................... 10 PARTIE 1 : UNE MOBILISATION DU MOUVEMENT INDIGENE MODERNE EN TROIS ETAPES......................... 18 PARTIE 2 : UNE STRATEGIE DE DEFENSE DU TERRITOIRE DEVELOPPEE A PLUSIEURS ECHELLES ET BASEE SUR UN DISCOURS ETHNO-ECOLOGISTE ............................................................................................................ 23 PARTIE 3 : LE GOUVERNEMENT ACTUEL : POLITIQUE EXTRACTIVISTE PROMOUVANT LE BUEN VIVIR. 41 CONCLUSION ............................................................................................................................................................................... 69 BIBLIOGRAPHIE......................................................................................................................................................................... 71 SITOGRAPHIE ............................................................................................................................................................................. 74 TABLE DES ILLUSTRATIONS ................................................................................................................................................. 75 TABLE DES MATIERES............................................................................................................................................................. 76 DECLARATION ANTI-PLAGIAT ............................................................................................................................................. 78 ABSTRACT.................................................................................................................................................................................... 79 KEYWORDS.................................................................................................................................................................................. 79 RESUMEN...................................................................................................................................................................................... 80 PALABRAS CLAVE...................................................................................................................................................................... 80 RESUMÉ......................................................................................................................................................................................... 81 MOTS-CLES .................................................................................................................................................................................. 82
  9. 9. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 10 - INTRODUCTION À travers les successives révolutions industrielles, les économies des pays du Nord se sont développées selon un modèle « extractiviste » qui prend la forme d’une double inégalité. Dans un premier temps, une inégalité Nord-Sud, les grands groupes du nord allant exploiter les ressources présentes dans les pays du sud. Ensuite, une inégalité sociale et environnementale, dans le sens où les populations les plus exposées aux impacts de l’exploitation ne sont pas celles qui profitent des profits générés. Le pétrole prend le relais du charbon comme énergie stratégique au début du XXe siècle, induisant un changement important dans la géopolitique mondiale. En effet, alors que les économies développées voient leur consommation augmenter de manière exponentielle, elles sont de plus en plus dépendantes de leur approvisionnement en énergie. Or, les pays consommateurs ne sont pas ceux qui disposent des réserves stratégiques. La sécurisation de l’approvisionnement devient donc un enjeu majeur pour les pays industrialisés, entrainant de nombreux conflits. Il en est de même en ce qui concerne l’Equateur. Ce pays compte environ 15 millions d’habitants sur 283000 km2, soit une densité moyenne d’environ 60 habitants par kilomètre carré1. La population est inégalement répartie entre trois régions : la région côtière (ou costa), la région andine (ou sierra) et la région amazonienne, communément appelée oriente. Les deux premières représentent chacune un quart de la superficie du pays et regroupent presque 95% de la population. Quant à l’Amazonie, elle recouvre plus de 45% de la surface nationale pour n’accueillir que 5% des équatoriens. Parmi les habitants de l’oriente, 71% se trouvent en situation de pauvreté, contre 45% au niveau national2 . Enfin, cette population se compose de blancs (10%), métis (60%) et indigènes (30%). Ces derniers sont répartis en 14 nationalités, parmi lesquelles les Kichwas, les Shuars et les Huaoranis sont les plus nombreux. Il est important de noter que les dits « métis »étant des personnes issues de l’union de deux personnes d’origine ethnique différente, ils pourraient également être compris dans le groupe des indigènes car certains métis sont des personnes de nationalités indigènes. Ainsi cette classification de la population est-elle imprécise, elle laisse à penser que les indigènes 1 Instituto Nacional de Estadística y Censos [en ligne], [consulté le 01/07/2016], http://www.ecuadorencifras.gob.ec/ 2 Ibid
  10. 10. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 11 - représentent une minorité alors qu’ils sont une composante importante et nombreuse de l’Equateur. Bien que la population indigène en Equateur ne soit pas aussi importante qu’au Pérou ou en Bolivie et bien qu’elle n’ait pas eu un passé autant révolutionnaire que dans les deux autres pays andins, le mouvement indigène équatorien a obtenu une présence et une influence nationale incomparable aux autres mouvements d’Amérique Latine. Des siècles de répression et de violation de leurs droits ont contribué à la construction de stratégies de défense de leurs territoires ancestraux et l’installation d’une certaine culture de la lutte. Ces stratégies sont avant tout des réponses à des attaques, des démarches pour faire valoir leurs intérêts. La question du territoire est centrale dans cette étude puisque sa défense est l’objet principal des revendications du mouvement indigène. Le territoire est, d’après le site Géoconfluences : « Un espace délimité, approprié par un individu, une communauté, sur lequel peut s'exercer l'autorité d'un État, d'une collectivité. Les territoires s'étudient donc en fonction des mailles de gestion de l'espace mais ils peuvent être emboîtés »3 . Dans le cas de l’Equateur, les territoires indigènes, aires protégées et blocs pétroliers sont souvent superposés. Le territoire est pour les populations étudiées bien plus qu’un bout de terre, c’est aussi un lieu empli de significations symboliques, où règne une culture et des traditions fortes en lien avec la nature, dont l’origine remonte à plusieurs siècles voire millénaires. Ainsi, le Bien Vivre ou Sumak Kawsay (vision indigène d’une bonne qualité de vie) est intimement lié au territoire : « Il n’y a pas de Bien Vivre sans bon territoire » (Carlos Viteri, 1993). On peut alors parler de territorialité car le territoire implique un fort sentiment d’appartenance pour ses habitants, qui s’identifient comme membres à part entière de celui-ci : « Nous faisons partie de la nature » (Yaku Viteri, 2016). En 1992, de nombreuses communautés ont obtenu la légalisation de leur territoire par l’Etat, après des années de lutte. Aujourd’hui, 10 nationalités indigènes sont présentes dans la région amazonienne, bien qu’elles n’aient pas toutes leur territoire légalisé. Au total, les territoires indigènes représentent 57% de la superficie totale de la région, soit 6 678 498 hectares4 (voir Figure 2). 3Géoconfluences, « territoires, territorialisation, territorialité » [en ligne], 07/2005, [consulté le 8/07/2016], Http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/territoires-territorialisation-territorialite 4 Ecociencia, (2016). Amazonia Ecuatoriana bajo presion, [présentation PowerPoint]
  11. 11. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 12 - Figure 2 : Les territoires indigènes de la Région Amazonienne d’Equateur (RAE) Source : Ecociencia, 2016
  12. 12. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 13 - Qu’est-ce qu’être indigène ? Cette caractérisation répond directement à la question du territoire et du conflit. Un territoire sans conflit ne menace pas les populations résidentes. Les conflits divisent, parfois discriminent et donc favorisent les identifications comme indigène, comme personne originaire d’un lieu donné car cela permet de justifier la revendication territoriale. Ainsi, l’auto-identification comme « Peuple Premier » (terme utilisé pour désigner les indigènes au Canada) ou indigène est une réponse face à une attaque. Etymologiquement, être indigène signifie du latin « indigena », être natif d’un lieu. Afin d’éviter les répétitions, j’utiliserai également le mot autochtone pour désigner les populations étudiées, la signification étant similaire bien que la racine du mot provienne du grec « autó », « soi-même » et « khthônos », « terre ». L’identité d’indigène (ou autochtone) permet à un peuple d’obtenir une légitimité quant à la défense de leur territoire, qu’ils qualifient souvent de « millénaire » et dans lequel la dimension temporelle a son importance puisque l’histoire indique qu’ils étaient présents sur leurs terres avant d’être envahis (dans le cas des pays d’Amérique Latine et de l’Equateur, par les conquistadors venus d’Europe). L’élite d’Equateur se trouve majoritairement sur la côte et dans la sierra, régions les plus riches du pays. La région amazonienne est l’objet d’un conflit avec le Pérou au début des années 1940, qui voit l’Équateur perdre la moitié de sa région amazonienne à l’issue du protocole de Rio en 1942. En ce qui concerne le domaine pétrolier, plusieurs campagnes d’exploration sont menées depuis le début du 20ème siècle jusqu’à la fin des années 1940. Leurs échecs successifs inspirent l’expression suivante au président Galo Plaza : « L’Oriente est un mythe ». Or, la découverte de réserves importantes dans les années 1960 engage l’Équateur dans l’exploitation pétrolière. La transformation de l’économie qui en résulte, dans un premier temps favorable grâce à des cours élevés et une politique nationaliste, conduit à ce qu’Alberto Acosta Espinosa, homme politique et économiste équatorien nomme « la malédiction de l’abondance ». Dans les années 1970-1980, l’exportation du pétrole a entraîné une augmentation d’entrée de devises qui a occasionné l’augmentation du cours de la monnaie qui a, par conséquent, fait diminuer la compétitivité d’autres secteurs économiques. L’Equateur est fortement dépendant de l’exploitation pétrolière. Dans les années 1980, une suspension de l’activité pendant quelques mois (politiques néo-libérales, chute des prix du pétrole à partir de 1982, El Nino et le tremblement de terre de 1987) a entrainé un appauvrissement sans précédent du pays.
  13. 13. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 14 - L’application de réformes néo-libérales entraine une crise sociale s’ajoutant à la crise économique. Les soulèvements importants que connait le pays amène une grande instabilité politique dont l’apogée est le renversement du gouvernement et la dollarisation de l’économie en 2000. Cependant, la remontée des cours du pétrole engagée suite au changement de monnaie ne permet pas d’enrayer les crises politique et sociale, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Palacio, puis Correa en 2007. Ils engagent alors une politique orientée vers la reconquête de la souveraineté nationale. La majorité des réserves pétrolières se trouve au nord de l’Oriente, dans les provinces de Sucumbíos et Orellana. Cependant, des blocs pétroliers sont présents dans la quasi-totalité du territoire de la Région Amazonienne d’Equateur (RAE) (voir Figure 3).
  14. 14. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 15 - Source : Ecociencia Figure 3 : Les blocs pétroliers en Région Amazonienne d’Equateur (RAE) Source : Ecociencia, 2016
  15. 15. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 16 - Avec des réserves s’élevant à 4,63 milliards de barils de réserves, l’Équateur se situe au quatrième rang parmi les pays d’Amérique Latine après le Brésil, le Venezuela et le Mexique5 . 20% de ces réserves se situent sous le parc national Yasuní – dans les champs Ishipingo, Tiputini, Tambococha. Or, celui-ci compte parmi les zones de biodiversité les plus importantes au monde. L’Équateur produisant autour de 500 000 barils par jour, son horizon en tant qu’exportateur se situe à 31 ans, en comptant l’exploitation récemment entamée dans le Yasuni. Enfin, d’importantes réserves minières se situent dans le Sud de l’Amazonie, elles ont récemment commencé à être exploitées suite à la loi minière de 2008. Cependant, cette étude se concentrera davantage sur l’exploitation pétrolière que sur l’exploitation minière. Les caractéristiques du mouvement indigène ainsi que les relations entre ce dernier et le gouvernement actuel étant loin d’être évidentes à appréhender, l’objet de cette recherche porte sur les luttes du mouvement indigène en Equateur, et comment elles s’articulent face à un Etat dont la politique et le mode de développement menace leurs racines. Ces luttes sont le fruit d’un long processus historique. Dans le contexte actuel d’un monde globalisé, elles connaissent aujourd’hui une certaine écologisation, voire une climatisation, ainsi qu’une résurgence de l’indianité. Ces stratégies leurs permettent de faire face à une élite pro-extractiviste et criminalisatrice des mouvements populaires. Peut-on alors parler de deux visions qui s’opposent ? Pour répondre à cette problématique, une première hypothèse affirmera qu’il existe actuellement une globalisation croissante des luttes du mouvement indigène en Equateur ainsi qu’une écologisation, notamment dans le cadre de la montée des préoccupations liées au changement climatique sur la scène internationale. Une seconde hypothèse postulera que le mouvement indigène connait également une mise en avant de son indianité, de sa culture originaire, phénomène notamment utilisé dans le domaine de la politique et par conséquent instrumentalisé. 5 Guillaume Fontaine, Un nationalisme anticapitaliste, Institut de Recherche et débat sur la Gouvernance, Février 2009, p2
  16. 16. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 17 - Enfin, une troisième hypothèse prétendra que le gouvernement actuel du président Rafael Correa repose sur une contradiction expliquée par une politique extractiviste dont la Constitution prône un modèle de développement basé sur le Sumak Kawsay, ou Buen Vivir. Dans un premier temps, la mobilisation du mouvement indigène en Equateur sera appréhendée en trois grandes étapes, ces dernières correspondant à des périodes importantes de l’histoire moderne du mouvement. Dans un deuxième temps, nous analyserons les stratégies de défense de ce dernier au regard des différentes échelles géographiques utilisées, mais également de la globalisation, ethnicisation et écologisation qu’il connait de nos jours. Dans un troisième temps, nous appréhenderons le mouvement autochtone dans son contexte politique actuel, dont les discours et réalités entrent souvent en contradiction avec les textes constitutionnels et législatifs.
  17. 17. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 18 - PARTIE 1 : UNE MOBILISATION DU MOUVEMENT INDIGENE MODERNE EN TROIS ETAPES Depuis la conquête espagnole en 1531, les mouvements indigènes ont connu de nombreuses répressions malgré des politiques permanentes, particulièrement au cours du 20ème siècle, période dont nous privilégierons l’étude. A cette période, les demandes des organisations indigènes touchent aux questions agraires, conditions de travail, salaires, taxes et territoires. Ces revendications se manifestent par des soulèvements, grèves et marches, outils clés des mouvements indigènes pour faire valoir leurs droits. On assiste tout le long du 20ème siècle à l’alternance entre des soulèvements indigènes et des répressions et massacres par l’armée et/ou la police. En mars 1920, la mise en place de taxes agraires mène à une série de révolte dans la ville de Cuenca, faisant 50 morts parmi les manifestants. A cette époque, les mouvements indigènes luttent aux côtés des paysans et ouvriers : en 1926, Jesus Gualavisi forme la première organisation paysanne-indigène en Equateur, el Sindicato de Trabajadores Campesinos de Juan Montalvo. C’est le début d’un long processus de revendications politiques, bien qu’il soit souvent freiné par les autorités, comme en février 1931 où les forces militaires, par une violente répression, empêchent la réalisation du Premier Congrès des Organisations Paysannes à Juan Montalvo, Cayambe. Le 20ème siècle est marqué par de le développement de nombreux liens entre les luttes indigènes et les organisations politiques de gauche. Dans les années 1920, les militants communistes et socialistes accompagnent le mouvement indigène dans des thèmes comme celui des conditions de travail et conflits relatifs dans la région de la sierra en incorporant des dirigeants indigènes aux syndicats. La FEI (Federacion Ecuaoriana de Indios), créée en 1944, est la première initiative victorieuse de création d’une fédération nationale par les indigènes et pour les indigènes. Ses objectifs, annoncés lors du premier congrès des indiens d‘Equateur à Quito en 1945, sont les suivants : - « Réaliser l’émancipation économique des indiens équatoriens - Elever son niveau culturel et moral en conservant ses bonnes coutumes et institutions - Contribuer à la réalisation de l’unité nationale
  18. 18. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 19 - - Etablir des liens de solidarité avec tous les indiens américains »6 Parmi les activistes à l’origine de la FEI, Dolores Cacuango (1881-1971) fut une indigène emblématique de l’Equateur : elle consacra sa vie à la lutte indigène, notamment à l’accès aux territoires ancestraux et elle est également connue pour sa défense de l’éducation bilingue, elle est d’ailleurs à l’origine des premières écoles kichwa-espagnol. La FEI a également été formée par des non indigènes. D’après certains, elle aurait même été créée par le PCE. D’autres affirment qu’elle aurait simplement suivi la même trajectoire. Dans tous les cas, plusieurs membres de la FEI avaient des liens avec le Parti Socialiste et le PCE. Le mouvement indigène équatorien, bien que son processus de formation remonte à plus d’un demi-siècle, s’est converti en un acteur socio-politique et culturel important au cours des trente dernières années. Fernando Garcia S. parle d’un processus de mobilisation du mouvement indigène en trois grandes étapes : une première au cours de laquelle le mouvement indigène se situe à l’extérieur de l’Etat et peine à se faire entendre, une seconde période durant laquelle le mouvement parvient à la construction de l’Etat pluriculturel et multiethnique et enfin la période actuelle où le groupe connait une période de crise. 1. 1960-1990 : un mouvement à l’extérieur de l’Etat La première période s’étend des années 1960 aux années 1990. Le mouvement se situe alors à l’extérieur de l’État, c’est-à-dire qu’il n’est pas reconnu comme acteur politique et ne fait pas l’objet de politiques publiques particulières. Ses principales revendications tournent autour du droit à la terre et à l’éducation bilingue. Les succès sont relatifs : une timide réforme agraire et des tentatives d’éducation bilingue menées par l’Église catholique et des ONG. Cette période voit également la création de la CONAIE (Confédération des Nationalités Indigènes d’Equateur), une des organisations autochtones les plus puissantes d’Amérique du Sud. En aout 1980, des associations indigènes amazoniennes forment la CONFENIAE (Confédération des Nationalités Indigènes de l’Amazonie Equatorienne), structure au sein de 6 Estatutos de la Federación Ecuatoriana de indios, 1945, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez
  19. 19. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 20 - laquelle j’ai effectué mon stage de fin d’études. Cette fédération lutte pour l’égalité sociale, politique et économique pour les communautés autochtones ainsi que pour le respect de leurs cultures par l’Etat Equatorien. Ecuarunari, fondée en 1972, est une organisation représentant les kichwa de la partie andine de l’Equateur. En 1981, elle se joint à la CONFENIAE pour former le CONACNIE (Consejo Nacional de Coordinacion de las Nacionalidades Indigenas del Ecuador). La COICE (Coordinadora de Organizaciones Indigenas de la Costa Ecuatoriana) est la troisième organisation. Elle représente les peuples indigènes de la côte Equatorienne et se joint à la CONFENIAE et à l’Ecuarunari pour former la CONAIE en 1986, remplaçant ainsi la CONACNIE. En 1988, au cours du deuxième congrès, la CONAIE se déclare « organisation des personnes oppressées et exploitées »7 . Elle mène une lutte « anticoloniale, anticapitaliste et anti- impérialiste »8 . Plus précisément, la CONAIE s’oppose au gouvernement en critiquant l’industrialisation, le chômage, le logement, l’éducation, la santé et la discrimination raciale. 2. 1990-2002 : le mouvement indigène à son apogée Au cours de la seconde période, des années 1990 à 2002, le mouvement commence à fonctionner comme acteur étatique en apparaissant sur la scène nationale et en s’intégrant à l’État. Le projet consiste en la construction de l’État pluriculturel et multiethnique par le biais d’une réforme politique. La conquête majeure pour le mouvement indigène est la transformation des acteurs sociaux en acteurs politiques grâce à de fortes mobilisations, jusqu’à atteindre leurs quotas de représentation et de participation à l’échelle nationale, régionale et locale et obtenir la reconnaissance des droits individuels et collectifs par l’Etat. En juin 1990, le plus grand soulèvement autochtone de l’histoire d’Equateur paralyse le pays pendant une semaine. La CONAIE est en première ligne. Les objets des protestations sont le territoire, le développement économique, l’éducation et la reconnaissance des nationalités autochtones, mais avant tout, c’est la reconnaissance d’Equateur comme un Etat plurinational. 7 Marc Becker, Indians and leftists in the making of Ecuador’s indigenous movements, Durham & London, Duke University Press, 2008, p170, traduit de l’anglais par Emmanuelle Gernez 8 Ibid
  20. 20. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 21 - Ce soulèvement fut clé dans l’histoire politique autochtone car il leur a permis d’entrer dans la sphère politique et de briser le système élitiste des blancs. Les militants indigènes ont commencé à faire référence à ce soulèvement en l’appelant Pachakutik. D’après l’historien Nils Jacobsen, ce mot signifie « la notion Andine d’un tournant de dimensions cosmiques et le début d’une nouvelle ère à travers laquelle ce qui était en dessous serait au-dessus et vice versa »9 . Le concept de Pachakutik a également longtemps été utilisé dans le sud des Andes : c’était le nom d’un des chefs Incas les plus connus qui, en 1438, commença une expansion impériale en dehors de la vallée de Cuzco. Le mouvement politique en lui-même a été créé à partir d’un mécontentement face à l’ignorance des questions indigènes dans la politique : « Aucun parti n’a pris nos intérêts au sérieux »10 dénonce Blanca Chancoso, leader de la CONAIE. Puis à travers le temps, ce concept s’est répandu vers le Nord du continent. En 1995 nait le nouveau parti politique Pachakutik. En 1998, la nouvelle Constitution reconnait la nature pluriculturelle et multiethnique de l’Equateur. C’est une première avancée vers la reconnaissance de l’identité indigène, bien que les mouvements concernés ne soient que moyennement satisfaits. Par ailleurs, la Constitution de 1998 reconnait officiellement plusieurs droits collectifs aux indigènes, comme le droit de conserver la propriété imprescriptible des terres communautaires, maintenir, développer et renforcer leur identité et traditions, etc. 9 Marc Becker, Indians and leftists in the making of Ecuador’s indigenous movements, Durham & London, Duke University Press, 2008, p177, traduit de l’anglais par Emmanuelle Gernez 10 Ibid
  21. 21. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 22 - 3. 2003 à aujourd’hui : un certain déclin paradoxal La dernière étape, à partir de 2003 et jusqu’à aujourd’hui, se caractérise par un certain paradoxe : le mouvement indigène, qui a atteint son apogée par rapport aux années qui précèdent (reconnaissance des droits collectifs dans la Constitution de 1998), entre dans un processus de crise. C’est la phase de la lutte contre le modèle néolibéral et pour la garantie des droits acquis. Les résultats alternent entre succès et échecs. Le mouvement cesse d’être le seul acteur politique de la mobilisation de la période précédente, de nouveaux acteurs sociaux s’intègrent et la capacité de négociation se relativise. S’agit-il d’un repli stratégique ou de l’épuisement du mouvement indigène en tant que sujet historique ? Depuis 2006, Rafael Correa est le président d’Equateur. Son gouvernement de la Révolution Citoyenne a pour objectif de valoriser un modèle de développement basé sur le Buen Vivir (ou Sumak Kawsay en kichwa) et la participation citoyenne. Lors de son élection, nombreux sont les indigènes qui ont vu en lui un espoir de voir leurs droits respectés et d’avoir un modèle de développement alternatif suivant les principes du Sumak Kawsay (que nous détaillerons plus loin). Pourquoi le mouvement indigène ne s’est-il pas allié au gouvernement socialiste de Rafael Correa ? Il y a plusieurs raisons à cela : tout d’abord, la différence de positionnement au sujet des activités extractivistes (pétrolière et minière) est le domaine qui oppose catégoriquement les deux parties. Ensuite, le thème de la mobilisation sociale. Le mouvement indigène utilise depuis toujours les protestations (marches, soulèvements) comme outil de participation citoyenne et de démocratie participative, alors que l’Etat juge cela comme une forme d’anarchie et par conséquent répond par la répression, ce qui parait paradoxal car le parti de Correa, Alianza Pais, dit promouvoir la participation citoyenne. Enfin, en termes de politique agraire, l’opinion est différente dans le sens ou l’Etat tente d’orienter sa politique vers l’agriculture commerciale à grande échelle alors que le mouvement indigène appréhende cela comme une menace pour les paysans et leur souveraineté alimentaire. L’opposition au gouvernement contribue-t-elle aux échecs du mouvement indigène ? La politique productiviste basée sur l’extraction des ressources naturelles de Correa a indiscutablement attisé les tensions entre les deux parties puisqu’elle porte atteinte aux droits collectifs des peuples autochtones. Aussi, la prise de position de chacun sur la question est radicale, ce qui ne facilite pas les discussions. Nous verrons plus loin que le gouvernement de Rafael Correa mène une politique de criminalisation de la lutte des mouvements indigènes pour la protection de leur territoire.
  22. 22. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 23 - PARTIE 2 : UNE STRATEGIE DE DEFENSE DU TERRITOIRE DEVELOPPEE A PLUSIEURS ECHELLES ET BASEE SUR UN DISCOURS ETHNO-ECOLOGISTE 1. Différentes échelles La défense du territoire implique pour les autochtones la défense de l’identité culturelle, des traditions, de la liberté de vivre comme ils l’entendent. Pour cela, le mouvement indigène est présent à différentes échelles : locale, nationale et parfois internationale. Plusieurs outils de communication permettent de relayer les informations régulièrement et tentent de conserver une unité au sein du mouvement. Il existe une grande variété d’acteurs : organisations régionales (CONFENIAE, COICE, ECUARUNARI), nationales (CONAIE), de nationalités (Fenash, Nashe, Ficsh, Fepnash, Foin, Sapara, Shiwiar...), ONG nationales et internationales (Amazon Watch, Alianza Pachamama, Terra Mater…), institutions internationales (ONU, OIT), organisations légales (INREDH, Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme). Nous allons voir les différents moyens de communication mis en œuvre pour articuler le mouvement à travers les différentes échelles. 1.1. Les différents moyens de communication Les radios communautaires : En 2014, selon le Secrétariat National des Télécommunications, les radios communautaires sont présentes au nombre de 20 en Equateur, Pastaza étant la province en comprenant le plus (sept : radio Wao, Andwa, Sapara, Jatari, Tarimiat, La voz de tuna, La voz de la NAE). Elles représentent « La voix de ceux sans voix »11 et permettent le renforcement de l’identité culturelle des citoyens des communautés marginalisées12 . 11 Alianza País, “Redistribución de frecuencias. El poder de los medios de comunicación en los ciudadanos” [en ligne], [consulté le 9/08/2016], http://www.alianzapais.com.ec/images/documentos/ipp/redistribucion_de_frecuencias_pdf.pdf 12 Ibid
  23. 23. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 24 - Lors d’une sortie terrain le 23 mai 2016 à Sucua dans la province de Morona Santiago, j’ai pu participer à un atelier de communication dans une radio communautaire du peuple Shuar Aruta La voz de las Cascadas. L’objectif de cet atelier était d’obtenir une fréquence pour pouvoir diffuser la radio. Les radios communautaires fonctionnent de la manière suivante : le gouvernement finance une partie en échange de certaines conditions, contrôlées par ARCOTEL, l’Agence (publique) de Régulation et Contrôle des Télécommunications. Pour demander la diffusion de la radio à l’autorité compétente, les intéressés doivent compléter plusieurs documents administratifs. Dans ces documents, il faut développer entre autres, l’objectif général de la radio, sa vision et sa politique. On peut alors se poser la question de la liberté d’expression de ces radios. A quel degré sont-elles vraiment indépendantes ? Le rôle des réseaux sociaux : Les réseaux sociaux sont fortement utilisés pour la lutte. Ils permettent de relayer les informations du niveau local au niveau international. Chaque organisation indigène a sa page Facebook et Twitter, ainsi que les dirigeants, qui partagent régulièrement les actualités sur les thèmes de la culture, l’éducation, la politique, l’extraction des ressources et les territoires. Au niveau de la ville de Puyo, des panneaux illustrés dénonçant les dommages causés par l’exploitation pétrolière circulent dans différents endroits afin d’informer les passants. Ces panneaux sont l’initiative de Margoth Escobar, une activiste politique célèbre à Puyo, fortement engagée dans la défense des territoires indigènes et de la forêt amazonienne. 1.2. La stratégie politique de la CONAIE La CONAIE cultive des alliances diverses avec des acteurs politiques non indigènes de la classe moyenne, notamment le parti travailleur, partenaire politique depuis le début de l’histoire politique indigène avec lequel elle partage une position anti impérialiste. Les ONG internationales permettent à la CONAIE d’avoir un support institutionnel et d’asseoir sa vision politique d’un état plurinational en évitant l’isolement des indigènes du reste de la société. Le maintien d’alliances politiques avec des réseaux de plaidoyer transnationaux et des ONG est un élément stratégique clé pour faciliter le lien entre les organisations autochtones et les luttes globales comme la protection de l’environnement et des droits de l’Homme.
  24. 24. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 25 - Les marches : outil historique de protestation des peuples indigènes : Les marches sont depuis la conquête espagnole un moyen de demander le respect des droits des peuples autochtones, la reconnaissance de leur culture et la restitution ou légalisation de leurs territoires. Le 4 juin 1990, la CONAIE lance un levantamiento (ou soulèvement) national qui bloque les rues afin de paralyser le système de transports et couper l’approvisionnement des villes pendant une semaine. Il s’agit du premier soulèvement indigène du 20ème siècle en Amérique du Sud. Pourquoi un tel soulèvement ? Dans un premier temps, la politique néolibérale imposée par le gouvernement de Rodrigo Borja avait appauvri une grande partie du pays. Dans un deuxième temps, les discussions avec le gouvernement au sujet de l’éducation bilingue, la réforme agraire, les territoires et la reconnaissance de l’Etat plurinational stagnaient. Ainsi la CONAIE cherche à forcer le gouvernement à négocier leurs demandes. Lors de cette marche, divers affrontements avec les forces de l’ordre entrainent la détention de plusieurs leaders indigènes et la mort de l‘un d’eux. Cette marche a été un événement important dans le sens où elle a impulsé une décennie d’activisme indigène fort. Cependant, il aura fallu attendre deux années de plus pour avoir un résultat du côté du gouvernement. En avril 1992, 2000 indigènes kichwa, shuar et achuar marchent sur 240 kilomètres, de Puyo jusqu’à Quito, pendant 13 jours. La demande, à l’origine de l’OPIP (Organizacion de los Pueblos Indigenas de Pastaza), est la suivante : les peuples de l’Amazonie veulent « la légalisation des territoires où ils vivent ainsi qu’une réforme de la Constitution afin qu’elle reflète la réalité plurinationale et multiculturelle d’Equateur »13 . Cette légalisation passerait par « la protection de la forêt de l’irrationnelle exploitation des ressources pétrolières et la garantie du développement de la culture, de la langue et des lois »14 . Cette marche est une semi réussite : le gouvernement refuse la légalisation des territoires ancestraux et la reconnaissance de l’état plurinational. Cependant, il octroie 1 115 000 Hectares à 48 communautés. Que pense l’Etat de ces revendications ? De manière générale, l’autorité nationale s’est toujours méfié des demandes liées à l’auto détermination et à la plurinationalité. Le ministre de l’agriculture de l’époque, Mariano 13 BECKER Marc, Indians and leftists in the making of Ecuador’s indigenous movements, Durham & London, Duke University Press, 2008, p181, traduit de l’anglais par Emmanuelle Gernez 14 Ibid
  25. 25. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 26 - Gonzalez, affirme en février 1993 que l’Etat fait face à une menace raciste et que les organisations indigènes sont utilisées pour la désintégration nationale. Des peuples indigènes aux nationalités indigènes : Le concept de nationalité a été introduit dans les années 1930 par le PCE (Parti Communiste Equatorien) qui affirmait que les peuples indigènes possédaient des éléments nationaux. En 1979, Ileana Almeida, philologue et auteur de l’Estado Plurinacional, argumente que posséder une histoire, une économie, une culture et un langage communs signifie que les indigènes forment une véritable nationalité. Peut-on dire qu’on a en Equateur deux constructions différentes de la nationalité ? L’une représentant une influence homogénéisante émanant des classes dominantes, et l’autre représentant un mouvement anti colonial ayant émergé des indigènes et promouvant la diversité culturelle. Suite à la publication de son essai sur l’Etat Plurinational, plusieurs gauchistes commencèrent à utiliser le concept de nationalités opprimées au sein d’un Etat. Alfredo Viteri, ancien dirigeant de Sarayaku, appréhende le terme de nationalité comme une catégorie permettant d’inclure tous les différents groupes indigènes. En 1988, la CONFENIAE conceptualise officiellement le terme de nationalité indigène à la Commission des Affaires Indigènes du Congrès National en déclarant que la République d’Equateur est un état plurinational et que par conséquent, le gouvernement doit reconnaitre la territorialité, organisation, éducation, culture, médecine et systèmes judiciaires indigènes. Cette conceptualisation avait deux objectifs : la reconnaissance des différentes cultures nationales et le rétablissement d’une égalité sociale, politique et économique. Ces objectifs sont clairement une demande de respect de la culture indigène. Mais n’est-ce pas également une étape nécessaire vers l’autonomie et l’autodétermination ? Les objectifs de la conceptualisation du terme de nationalité indigène ont-ils été atteints ? Bien que la Constitution de 1998 reconnaisse la nature « pluriculturelle » et « multiethnique » de l’Equateur, l’état ne parle toujours pas de plurinationalité. Cependant, ce discours de nationalité a servi d’outil organisatif dans le sens où il a permis à la CONAIE de construire des sujets politiques actifs, de mobiliser de nombreux indigènes du pays et d’obtenir une meilleure unité nationale du mouvement jusqu’à obtenir la reconnaissance de l’Equateur comme un pays plurinational dans la Constitution de 200815 . 15 Ibid
  26. 26. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 27 - Cette reconnaissance a donc institutionnalisé l’existence des groupes indigènes comme nationalités. A-t-elle uni plus qu’elle n’a divisé les différentes nationalités ? 1.3. La question du territoire D’après l’anthropologue Lynn Meisch, la question du territoire est « la glue qui tient le mouvement indigène »16 . De plus, Luis Macas, ancien président de la CONAIE, dit que « Il n’y aura pas de solution au problème indigène à moins qu’il n’y ait une solution au problème de territoire »17 . Autrement dit, la question de territoire est centrale dans la lutte indigène en Equateur puisque le territoire est une base fondamentale de la culture et de la vie. En géographie, « La territorialité exprime, outre un contenu juridique d'appropriation, un sentiment d'appartenance, mais aussi d'exclusion, et un mode de comportement au sein d'une entité, quelle qu’en soit l'étendue, quel que soit le groupe social qui le gère. Les territoires sont l'objet d'affects collectifs et individuels »18 . On peut dire dans le cas présent que la territorialité implique un fort sentiment d’appartenance pour les membres de la communauté. Agustín, président de la NAE (Nationalité Achuar d’Equateur) dit que : « L’argent ne nous intéresse pas, le territoire est plus important car jamais il ne va disparaitre »19. La temporalité est indiscutablement un facteur clé dans les arguments de défense territoriale puisqu’ils ont une vision qui est plus axée sur le long terme que sur le court terme comme en Occident, où la nécessité de générer un maximum de profits en un temps minimum domine le rythme des sociétés. Le peuple kichwa de Sarayaku défend son territoire depuis plusieurs décennies. Il utilise une stratégie multi scalaire en luttant au nom du changement climatique et de la protection des droits de l’Homme, comme en témoigne Patricia, chargée des relations internationales à Sarayaku : « Nous résistons localement en utilisant les dénonciations aux niveaux national et international, et la loi : l’accord C 169 de l’OIT a été une des armes les plus fortes. Il nous a 16 Marc Becker, Indians and leftists in the making of Ecuador’s indigenous movements, Durham & London, Duke University Press, 2008, p177, traduit de l’anglais par Emmanuelle Gernez 17 Ibid 18 Géoconfluences, « territoires, territorialisation, territorialité » [en ligne], 07/2005, [consulté le 8/07/2016], Http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/territoires-territorialisation-territorialite 19 Entretien réalisé avec Agustin, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez
  27. 27. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 28 - permis d’accéder à la Cour américaine et les jurisprudences comme dans les cas de Awas Tigni, Saramaca de la Cour Interaméricaine, et nous avons réussi à mener un processus qui a terminé avec la sentence de l’Etat Equatorien »20. En effet, Sarayaku a utilisé l’Article 18 de la Convention C169 relative aux peuples indigènes et tribaux (1989) pour poursuivre l’Etat en justice : « La loi doit prévoir des sanctions adéquates pour toute entrée non autorisée sur les terres des peuples intéressés, ou toute utilisation non autorisée de ces terres, et les gouvernements doivent prendre des mesures pour empêcher ces infractions. »21 Au niveau des alliances à l’étranger, ils ont des avocats en Equateur comme aux Etats-Unis : « Nous avons des alliés qui nous écoutent, des organisations qui soutiennent la protection de l’Amazonie de l’Allemagne, de la Belgique, des Etats-Unis…Amnesty International par exemple. Nous avons aussi le soutien de peuples indigènes d’autres pays. Nous sommes actuellement en train de chercher la possibilité de nous soutenir au niveau continental »22. On comprend grâce à ce discours que la stratégie de défense du territoire de la communauté de Sarayaku consiste à construire des alliances avec une grande diversité d’acteurs Equatoriens mais surtout étrangers, en faisant de la défense de l’Amazonie un argument majeur pour la défense de leur territoire. Sarayaku est-il un cas unique dans la climatisation ou écologisation de leur lutte ? A l’échelle nationale, la lutte indigène a eu des difficultés à s’affirmer et à obtenir gain de cause, malgré de nombreux soulèvements. Les législations et organisations partenaires internationales ont fortement contribué au mouvement pour atteindre ses objectifs, comme dans le cas de la communauté de Sarayaku. Au niveau local, les radios communautaires, bien qu’elles soient aujourd’hui peu nombreuses, contribuent à maintenir une certaine unité au sein de chaque nationalité ainsi que de maintenir des valeurs et éléments culturels comme la musique. Les réseaux sociaux sont un outil de communication fort qui sert de socle d’unité dans la lutte à travers les différentes régions du pays, voire le monde. L’argument du territoire « millénaire » permet-t-il une certaine légitimation dans un contexte où les priorités de l’état reposent sur l’exploitation des ressources naturelles ? Quant au terme de nationalité, la généralisation de son 20 Entretien réalisé avec Patricia, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez 21 Organisation Internationale du Travail (OIT), C169 – Convention n°169 relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989 22 Entretien réalisé avec Patricia, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez
  28. 28. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 29 - usage pour désigner les peuples autochtones a graduellement permis d’atteindre l’objectif principal du mouvement : la reconnaissance de l’Equateur comme un état plurinational. Dans le contexte d’une lutte multi scalaire, quels types d’arguments le mouvement indigène utilise- t-il et à quels niveaux ? 2. Climatisation et globalisation de la lutte Le mouvement indigène en Equateur entretient des liens étroits avec les mouvements écologistes. En effet, leur lutte rejoint certaines problématiques environnementales globales. Quels sont les liens entre l’Amazonie, le changement climatique et le mouvement indigène en Equateur ? 2.1. Les enjeux socio-environnementaux en Amazonie d’Equateur La forêt amazonienne a une superficie de 5,5 millions de kilomètres carrés, elle englobe 40% du territoire de l’Amérique Latine et des Caraïbes : le Brésil, la Colombie, Venezuela, Suriname, Pérou, Guyane, Bolivie et Equateur. En Equateur, la région Amazonienne représente presque la moitié du territoire (48%), elle est pourtant la moins peuplée (5% de la population)23 (voir Figure 4). 23 Ecociencia, (2016), Amazonia Ecuatoriana bajo presión [Présentation PowerPoint]
  29. 29. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 30 - Figure 4 : Limites politico-administratives et biogéographiques de l’Amazonie d’Equateur Source : Ecociencia, 2016
  30. 30. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 31 - L’Amazonie est aujourd’hui menacée par plusieurs facteurs, à des niveaux différents selon les pays : la déforestation est la menace principale. Elle est principalement causée par les activités extractives comme le pétrole et l’exploitation minière, l’agriculture intensive, l’élevage et la construction des routes. La forêt amazonienne renferme également une immense réserve de carbone (environ 100 milliards de tonnes24 ), gaz permettant de stocker le CO2, en partie responsable du réchauffement climatique. En d’autres termes, sa déforestation précipitée pourrait accélérer considérablement le changement climatique. Les principales menaces pesant sur l’Amazonie équatorienne sont l’extraction pétrolière et minière puisqu’elles sont les principales sources de revenus de l’Etat. Au sein de cette forêt primaire vivent un dixième des espèces animales de la Terre ainsi que plusieurs milliers d’indigènes. En Equateur, on compte sept nationalités indigènes dans la région Amazonienne, dont une partie vit de manière plus ou moins traditionnelle dans la forêt. Plus ou moins, car l’expansion de la mondialisation et du capitalisme, ainsi que la modernisation n’ont pas épargné les communautés isolées. Les populations indigènes vivant dans la forêt entretiennent une relation forte avec la nature. La forêt fait en effet partie de leur vie de tous les jours puisqu’elle leur permet de se nourrir (chasse, pêche, agriculture), de se loger (maisons traditionnelles en matériaux naturels comme le bois), et de pratiquer leurs traditions ancestrales (ils possèdent une sorte de syncrétisme religieux mêlant catholicisme et croyances de l’époque pré coloniale). Néanmoins, cette vie en harmonie avec la nature a aujourd’hui tendance à s’essouffler car de nombreuses communautés s’ouvrent aux villes grâce à la construction de routes qui leur apporte à la fois des opportunités de travail et un mode de vie complètement différent. Ces changements sont souvent à l’origine de pertes culturelles et parfois à un rejet de l’identité indigène en raison du racisme existant dans le pays. J’ai en effet pu remarquer que les communautés n’ayant pas accès à la voie routière conservent mieux leurs traditions. L’opinion sur les routes (et donc l’accès à la ville) est différente selon les personnes. Pour certains, elle est synonyme d’opportunités (étudier à l’université, trouver un travail, gagner en confort matériel), pour d’autres, elle représente une menace pour leur communauté. La perte de la culture et des valeurs traditionnelles par la pression de la culture majoritaire, la déstructuration du modèle communautaire par l’influence des valeurs individualistes sont les arguments principaux. Par exemple, Narcisa, une personne âgée de Sarayaku avec laquelle je 24 WWF, « Amazonie, menaces et actions du WWF » [en ligne], [consulté le 25/06/2016], http://www.wwf.be/fr/que-faisons-nous/regions-menacees/l-amazonie/menaces-et-actions-du-wwf/698
  31. 31. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 32 - partageais le logement, regrette l’époque du troc. Elle raconte qu’avant l’arrivée de l’argent dans sa communauté, les relations entre les familles étaient bien plus solidaires et qu’aujourd’hui l’argent a pris le dessus sur les relations, même entre membres d’une même famille. L’accès à la route et à la ville n’est-elle pas néanmoins nécessaire au développement de la communauté ? Cela dépend ce qu’on entend par « développement ». Les communautés comme Sarayaku, dans leur culture originelle et dans leur langue kichwa, ne connaissent pas ce mot (nous reviendrons sur ce sujet plus loin). Au cours des dernières décennies, la protection de la nature et plus récemment le paradigme du développement durable ont pris une ampleur de plus en plus large dans le monde. A l'origine de ce paradigme se trouve une considération croissante du développement des peuples autochtones qui, combinée aux préoccupations environnementales, donne naissance au terme de développement durable en 1987 dans le rapport Brundtland. La Conférence de Rio en 1992 vient alors démocratiser le développement durable dans le monde entier, formalisant une volonté d'intégration des enjeux environnementaux, économiques et sociaux dans un même objectif de durabilité au profit des générations futures. C’est autour de ce paradigme que les peuples autochtones ont trouvé une certaine légitimité pour défendre leurs territoires. 2.2. L’institutionnalisation et la généralisation du discours écologiste Depuis plus de vingt ans, le mouvement écologiste équatorien a considérablement été influencé par les conflits liés aux activités pétrolières. L´importance de ces pratiques pour l´économie nationale et l´extraordinaire diversité biologique et culturelle caractérisant la région amazonienne, ajoutés au déficit de gouvernabilité qui affecte le pays font de la pollution et de la déforestation des points de divergence voire des crises sévères. Le mouvement écologiste a joué un rôle historique face aux problèmes de gouvernance énergétique. Dans un premier temps, ce mouvement s’est chargé d’alerter l´opinion publique nationale mais aussi internationale sur les risques sociaux et environnementaux associés aux activités extractives. Jusqu´au milieu des années 1980, seuls les spécialistes en gestion de l’environnement connaissaient ces effets, les populations affectées n´ayant qu´une faible connaissance des risques d´accidents industriels ou des effets de la pollution sur la santé et l´environnement. Dans un deuxième temps, le mouvement écologiste est à l´origine des
  32. 32. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 33 - réformes institutionnelles et légales effectuées depuis la fin des années 1990, notamment après la réforme constitutionnelle de 1998. L´institutionnalisation du mouvement à trois niveaux a permis cette double influence sur la gouvernance environnementale. D’une part, le cœur du mouvement se compose d´ONG s’employant au lobbying, à la création d´opinion publique ainsi qu´au conseil technique. D’autre part, au niveau de l´exécutif, la création du Ministère de l´Environnement par le président Abdala Bucarám (1996-1997) a permis aux écologistes de participer à des politiques publiques en exerçant des responsabilités directes au sein de l´Etat. Enfin, au niveau du législatif, le mouvement écologiste s´est affirmé comme un acteur crucial dans les deux derniers processus de réformes constitutionnelles (1997-1998 et 2007-2008)25 . Il a ainsi contribué à situer les préoccupations pour l´environnement au plus haut niveau de la hiérarchie juridique. Le concept de nature s’est ainsi politisé, conduisant à un changement de la conception des relations entre nature et culture. Le mouvement écologiste est considéré comme une partie des mouvements sociaux qui ont tendance à s’opposer à la globalisation. Dans ce contexte, les mouvements indigènes d’Amérique latine se saisissent du discours environnementaliste pour faire face à un colonialisme écologique. La convergence entre ces deux discours est ainsi une stratégie politique dans le sens où elle conduit à l’élaboration de la figure du natif écologique en réponse à la menace que représentent les projets industriels. Cependant, la globalisation n’est-elle pas aussi un précieux allié de la lutte des indigènes ? Dans le cas de Sarayaku, Patricia, chargée des relations internationales de la communauté souligne que la protection de l’Amazonie concerne ses habitants (les communautés indigènes) mais aussi n’importe quel être humain : « Il ne s’agit pas seulement de notre responsabilité, c’est aussi votre responsabilité, c’est pour que toi tu puisses respirer, pour que tu puisses vivre »26. Le fait même que Sarayaku nomme une personne qui soit chargée des relations extérieures montre bien la nécessité de l’alliance avec des acteurs d’autres pays dans la lutte territoriale. Dans le contexte équatorien, on constate une tension nécessaire entre les enjeux environnementaux et ethniques et l’exploitation des ressources naturelles. Alors que l’argument le plus courant pour justifier la valorisation économique de l’environnement dans les pays du 25 Guillaume Fontaine, Un nationalisme anticapitaliste, Institut de Recherche et débat sur la Gouvernance, Février 2009, 11p 26 Entretien avec Patricia, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez
  33. 33. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 34 - sud est de permettre le développement économique et de lutter contre la pauvreté, les mouvements indigènes, eux, souhaitent un modèle de développement alternatif et durable. La convergence entre ethnicité et écologisme paraît alors instrumentale, les mouvements indigènes profitant du soutien d’organisations disposant de moyens financiers importants et les mouvements écologistes récupérant une forme de légitimité en tant que défenseurs de l’Amazonie. Dans certains cas, les arguments écologistes servent à empêcher la perte de souveraineté de leur territoire, dans d’autres cas ils sont utilisés pour répondre à une injustice commise à leur encontre. Luis, dirigeant kichwa de la CASCOMI (Comunidad Amazonica de Accion Social Cordillera del Condor Mirador), raconte son combat pour la défense de l’Amazonie après que sa communauté ait été détruite pour l’installation du mégaprojet d’extraction minière à ciel ouvert Mirador, situé dans la province de Zamora Chinchipe. Il confie que malgré ce drame, la lutte continue. Ou plutôt, elle commence, et se serait convertie en cause, protéger une partie du bassin amazonien : « Nous, les peuples indigènes, nous protégeons cela en vivant dans ces territoires. Puisque nous purifions l’air en maintenant ces forêts, nous nous sommes dit que ça vaut le coup de lutter »27. Luis cite quatre actions prévues pour faire face au projet Mirador. Ils veulent dans un premier temps chercher des indemnisations (qu’ils n’ont pas reçues à ce jour), exiger un relogement (bien qu’il sera difficile d’être relogé au même titre qu’avant – avec un territoire de 50 hectares) et la réparation intégrale des dégâts causés aux familles ainsi qu’à l’environnement. Enfin, ils souhaiteraient l’annulation du projet Mirador et la restitution de leurs territoires. Le problème est que le projet est aujourd’hui bien entamé…Ils tentent néanmoins de diffuser ces alternatives dans le pays et dans le monde afin d’obtenir la solidarité et la conscientisation des gens sur la lutte pour la protection de la forêt et de cette grande source d’eau qu’est l’Amazone, « qui donnent vie à tout le monde »28. A partir de cette proposition, ils ont commencé un travail pour « renforcer des réseaux d’alliances aux niveaux national et international pour appuyer la lutte »29. Ces réseaux seraient composés de communautés de l’ensemble des pays amazoniens concernées par les mêmes questions. Le Red Ecclesial de Paises Amazonicos a été créé dans le but de renforcer leur identité, leur vision en tant que 27 Entretien avec Luis, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez 28 Ibid 29 Ibid
  34. 34. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 35 - peuples indigènes et d’être accompagnés dans les procédures juridiques devant la Cour de justice nationale et la Cour Interaméricaine. Certains indigènes s’allient à des partenaires qui œuvrent dans le domaine de l’environnement sans pour autant être personnellement impliqués dans ce thème. C’est le cas d’Agustin, dirigeant achuar que j’ai eu l’occasion de rencontrer à Puyo. Terra Mater est une ONG de défense de l’Amazonie basée à Quito qui les soutient. Ils ont également l’appui international d’une ONG allemande, Indio-Hilfe, qui travaille sur des projets de renforcement des peuples indigènes. Au niveau local, ils ont des alliances avec d’autres communautés, ainsi que des accords avec la NAE. Enfin, la communauté Sharamentsa travaille avec un centre de tourisme communautaire : le Kapawi Lodge dans lequel ils accueillent des touristes du monde entier. Les observations effectuées sur le terrain, les diverses discussions entretenues avec des acteurs locaux ainsi que des lectures sur le thème indiquent que la question de la protection de l’Amazonie et du changement climatique est fortement présente en Equateur de par sa géographie et sa politique fortement basée sur l’extraction des ressources naturelles. Le mouvement indigène connait ainsi une écologisation et une climatisation de sa lutte pour la protection du territoire, ce qui constitue une des stratégies centrales pour atteindre ses objectifs. 3. Le rôle de l’indianité En plus des arguments écologistes, le discours ethnologique est une stratégie couramment utilisée par les communautés rurales indigènes Latino-Américaines pour s’opposer aux mégaprojets miniers et/ou pétroliers en partenariat avec les ONG. Les peuples autochtones sont parfois perçus comme espoirs de l’humanité, êtres purs, défenseurs de la forêt. Cette image de l’indien écologique alimente les fantasmes occidentaux, mais elle n’est en réalité qu’un mythe. Je suis moi-même partie en Equateur avec cette idée, mais j’ai vite été confrontée aux réalités du terrain : dans le mouvement indigène, il existe de nombreuses personnes qui ont quitté leur communauté pour vivre en ville et qui par la même occasion ont abandonné leur culture, d’autres qui travaillent dans le domaine de l’extraction pétrolière et minière. Même à Sarayaku, communauté pourtant férocement opposée à l’extractivisme depuis plusieurs décennies, certains dirigeants ont travaillé avec des compagnies pétrolières.
  35. 35. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 36 - 3.1. L’indianité dans la politique En Amérique Latine, certains gouvernements sont arrivés au pouvoir grâce à des discours indianistes, comme cela a été le cas pour Hugo Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie et Rafael Correa en Equateur30 . Ces dirigeants ont utilisé des arguments forts de révolution sociale, de multiculturalisme et de mise en valeur des traditions indigènes. Ainsi lors des élections, on enregistrait un fort taux de participation du côté des peuples autochtones. L’ensemble des pays d’Amérique Latine possède depuis les années 1990 des politiques multiculturelles. Néanmoins, ça ne signifie pas que les droits des peuples indigènes soient respectés ou que ces derniers aient un vrai poids politique. Cette même époque est marquée par l’instauration de changements constitutionnels fondés sur la reconnaissance de l’altérité et des groupes minoritaires. Comment ces objectifs ont-ils pu être atteints ? Selon Virginie Laurent, docteure en sociologie, l’indianité serait un argument électoral à part entière en Amérique du Sud31 . Qu’est-ce que l’indianité ? C’est le fait de se considérer et d’être considéré indien. En premier lieu, l’indianité se fait ressentir dans les discours des indigènes. Le thème des racines culturelles et traditions est omniprésent dans les discours des dirigeants : « Nous ne voulions pas quitter ce lieu car il s’agit d’un territoire millénaire de la nation Shuar »32. On voit bien dans le discours de Luis, Président CASCOMI (Comunidad Amazonica de Accion Social Cordillera del Condor Mirador), que j’ai interrogé au sujet du projet minier Mirador, que la dimension temporelle joue un rôle important dans la légitimation de la lutte pour conserver les territoires. Il ajoute que « Le gouvernement ne reconnait pas l’identité indigène, notre vision, notre vécu, notre cosmovision et notre droit à vivre dans notre territoire ancestral Shuar ». Les thèmes qu’il cite font partie de ce que se représente l’imaginaire collectif dont parle Virginie Laurent sur la culture indigène comme un peuple « millénaire » respectueux de la nature, possédant un fort tissu communautaire. En second lieu, plusieurs signes extérieurs d’appartenance culturelle permettent aux dirigeants indigènes d’avoir une 30 Jean-Loup Amselle, Le retour de l’indigène, L'Homme, 2/2010 (n° 194), p. 131-138 31 Virginie Laurent, Indianité et politique en Amérique Latine, Transcontinentales, document 4, 2007 32 Entretien avec Luis, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez
  36. 36. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 37 - certaine visibilité. Par exemple, avoir les cheveux longs pour les hommes est un signe de résistance face à la culture occidentale majoritaire. Les chapeaux, ponchos et bijoux ethniques viennent compléter la panoplie. En parallèle, chaque événement indigène auquel j’ai assisté commençait avec une cérémonie traditionnelle que les dirigeants ne manquaient pas de diffuser sur les réseaux sociaux pour montrer l’importance de la place de la culture pour les peuples indigènes. Par exemple, lors de la cérémonie d’ouverture de l’Assemblée régionale des jeunes le 15 juillet 2016, une femme chamane était présente et proposait à qui le voulait trois « remèdes » traditionnels, connus dans la coutume pour donner de la force (psychologiquement et physiquement) et purifier : le tabac frais (infusé dans de l’eau, à aspirer par le nez), le piment (placé dans les yeux, en résulte une forte douleur et l’expulsion par des larmes) et l’ayahuasca (célèbre plante médicinale, qui, d’après les habitants de l’Amazonie, possède des vertus purificatrices de l’estomac et de l’esprit, prise dans le cas présent en très petite quantité donc sans les effets hallucinogènes). Les jeunes dirigeants et futur dirigeant devaient prendre les trois ingrédients avant les autres, comme une sorte de rite traditionnel pour leur donner la force pour les deux jours à venir (voir figure 5). Figure 5 : Femme « yachak » ou chaman déposant du piment dans les yeux d’un jeune dirigeant pour une cérémonie Source : Emmanuelle Gernez, 2016
  37. 37. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 38 - 3.2. Le tourisme mystique Dans un contexte de renforcement de l’indianité, le tourisme mystique (ou chamanique) s’est fortement développé en Amérique Latine au cours des dernières années. Il est aujourd’hui un symbole à part entière de la culture indigène. En effet ces pays sont connus dans le monde du tourisme pour la présence de nombreuses « drogues » et autres plantes psychotropes et médicinales. L’Amazonie en est spécialement riche, il existe un réel commerce autour de ces types de plantes qui attire de nombreux touristes chaque année. Etant un domaine particulièrement fructueux (une séance d’ayahuasca peut être facturée jusqu’à une centaine de dollars), certains n’hésitent pas à s’autoproclamer chaman (ou « yachak » en kichwa) alors qu’ils ont des connaissances moindres dans le domaine. Cela peut s’avérer parfois dangereux dans le sens où c’est une plante qui a des effets forts et qui nécessite une grande vigilance de la part de la personne qui l’administre pour assurer la sécurité de ceux qui font l’expérience. Il est intéressant de noter qu’il existe une grande différence de perception sur cette plante selon les personnes (et un si grand nombre d’avis sur la question, que je ne détaillerai pas ici) : les indigènes la considèrent comme un remède sacré au puissant pouvoir de guérir les maux du corps et de l’esprit, ils vont parfois jusqu’à la personnifier et lui confèrent un grand respect, voire une certaine crainte. Cette plante est illégale dans le monde occidental car elle est considérée comme une drogue. Peut-être cela explique-t-il le fait que les occidentaux la voient comme une plante hallucinogène et la prennent souvent en quête de sensations nouvelles ? Son interdiction provoquerait alors une certaine fantasmatisation ? On m’a fréquemment proposé d’essayer, nombreux sont les indigènes qui me le conseillaient. J’ai eu l’opportunité de me faire ma propre expérience « mystique » lorsque j’ai rencontré Didier, un anthropologue français basé à Puyo qui encadre ponctuellement des cérémonies d’ayahuasca dans son centre Sacha Warmi dédié à l’éducation interculturelle entre la médecine occidentale et la médecine traditionnelle locale. Il s’est formé pendant plus de dix ans et est aujourd’hui reconnu comme l’unique yachak occidental de la région, bien qu’il effectue cette activité de manière discrète ne souhaitant pas entrer dans la case du tourisme chamanique. J’ai donc décidé de me lancer, prise d’une curiosité irrépressible accompagnée d’une certaine appréhension. Le sujet n’étant pas l’objet de cette étude, je la commenterai par une remarque que je me suis faite. Parmi les témoignages et avis que j’avais eu sur cette plante, tous étaient d’accord sur le fait que la Source : Emmanuelle Gernez
  38. 38. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 39 - personne qui la prend plonge dans le monde de la nature, de la forêt, peut avoir des visions d’animaux ou autres éléments naturels. J’ai ressenti cette connexion avec la nature de manière très intense, et je me suis demandée si sur le long terme la tradition de l’ayahuasca participait à construire l’étroite relation que les indigènes vivant dans la forêt ont avec la nature. Ce qui est certain, c’est que le mouvement indigène équatorien profite directement du tourisme mystique car il contribue à promouvoir leur culture et racines ancestrales. Il peut également produire une certaine conscientisation et un respect de la part des occidentaux. Cependant, il faut faire attention aux possibles perversions issues de ces pratiques qui pourraient risquer de fausser les perceptions de la culture indigène. 3.3. Le projet politique ethno-nationaliste de la CONAIE La stratégie d’organisation de la CONAIE est avant tout basée sur un discours ethno- nationaliste. Afin de renforcer l’unité des communautés autochtones d’Equateur, il a donc fallu créer une organisation nationale : la CONAIE. L’argument ethno-nationaliste est omniprésent, bien que le thème de la classe soit également fortement présent dans la stratégie de lutte. En effet les conflits de classes sont aujourd’hui toujours importants en Equateur, et les organisations indigènes s’allient aux mouvements populaires comme le parti travailleur afin de tenter de transformer les structures de la société. Dans les discours, les organisations indigènes combinent des symboles de classe et des symboles ethniques. Par exemple, il n’est pas rare de voir lors de manifestations des panneaux avec écrit « Hasta la victoria siempre », célèbres paroles de liberté et de socialisme du Che Guevara. Ces mêmes structures organisent des événements culturels qui permettent de promouvoir la culture indigène et de faire connaitre leur lutte. Le 13 aout 2016, la CONAIE et la CONFENIAE ont, à l’aide d’autres organisations, conjointement organisé la 6ème édition du festival culturel Amazonia Indomable (Amazonie Indomptable). Cet événement, se déroulant traditionnellement à Puyo, capitale de Pastaza et porte d’entrée de l’Amazonie, s’est cette fois-ci passé dans la capitale du pays, à Quito, afin d’obtenir plus d’ampleur car les années précédentes, ce festival avait remporté un succès mitigé. La promotion de la culture indigène de l’Amazonie et la sensibilisation des citoyens de Quito les problématiques auxquelles sont aujourd’hui confrontés les populations autochtones étaient les deux objectifs majeurs de l’évènement. La date du 13
  39. 39. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 40 - aout ayant été symboliquement choisie pour rendre hommage aux criminalisés de la grève nationale du 13 aout de l’année précédente, la campagne Resistir Es Mi Derecho (Résister est mon droit) marquait la ligne de fond de cet événement. Ainsi, une dizaine de personnes condamnées étaient présentes au festival pour témoigner de leur expérience et dénoncer les injustices de la part du gouvernement. Amazonia Indomable est donc un festival culturel dont la vision politique est clairement diffusée au moyen de divers outils : discours de dirigeants des organisations et des personnes criminalisés, manifestations culturelles traditionnelles telles que les danses shuar et kichwa et groupes de musique, présence de stands informatifs sur les conséquences de la politique extractiviste sur les populations indigènes en Equateur. Bien qu’il s’agisse d’un festival indigène, il y a eu également des artistes non indigènes, comme un célèbre comique équatorien et l’ensemble national de danse. Associer la lutte politique à la culture indigène permet de susciter la curiosité et l’intérêt de l’opinion publique. L’indianité ou l’ethnicisation du mouvement indigène démontre que le retour au premier plan de la culture et des traditions indigènes est un outil permettant de faire reconnaitre leur identité face à l’influence de la culture occidentale majoritaire. En effet, la Constitution de 2008 reconnait officiellement le pays comme un état plurinational. De plus, l’indianité suscite la sympathie voire la solidarité de cette même culture occidentale, attirée par l’image du « bon sauvage » et en soif d’exotisme, et permet ainsi de développer des alliances à l’international. Le mouvement indigène utilise pour la défense du territoire diverses stratégies allant du niveau local au global, en passant par l’échelle régionale. La globalisation et la généralisation du développement durable ainsi que la montée des préoccupations liées au changement climatique ont permis d’obtenir une certaine légitimité sur différentes scènes, l’utilisation de l’indianité et l’ethnicisation de leur image leur servant d’outil pour obtenir l’attention de l’occident, bien que pour des résultats limités (notamment lorsqu’ils sont utilisés par les hommes politiques). Il semblerait que le mouvement possède une double stratégie qui soulève un certain paradoxe : depuis les trente dernières années, il s’est intégré progressivement à l’Etat en s’alliant à la politique nationale et en participant aux processus de décision. Pourtant, il recherche l’autonomie et l’autodétermination (autrement dit la liberté d’exercer son propre mode de vie, sa culture, etc.). Ces deux aspects sont-ils compatibles ?
  40. 40. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 41 - PARTIE 3 : LE GOUVERNEMENT ACTUEL : POLITIQUE EXTRACTIVISTE PROMOUVANT LE BUEN VIVIR 1. Des contradictions entre la législation, les discours et une réalité conflictuelle 1.1. Une législation de la protection de l’environnement et des droits de l’homme renforcée mais peu respectée La législation s´est renforcée au cours de la dernière décennie dans le domaine de l’environnement et de la protection des droits de l’homme. La réforme constitutionnelle de 1998, en partie élaborée par quatre représentants indigènes reconnaissait déjà les droits collectifs et consacrait plusieurs articles à la protection de l´environnement, ainsi qu´à la consultation préalable des peuples indigènes et des communautés locales. Les différents soulèvements populaires qu’a connu le pays depuis 1990 ont conduit au renforcement de ces droits et obligations en proclamant le droit de la nature à être protégée et restaurée des activités anthropiques dans la nouvelle Constitution de 2008. En ce qui concerne la régulation environnementale des activités extractives pétrolières, l´Équateur s´est muni de trois instruments. Tout d’abord, la loi de gestion de l´environnement et le règlement environnemental sur les activités d´hydrocarbures, adoptés en 2000. Ils régissent les procédures liées à l´élaboration des études d´impact et aux plans de gestion. Ensuite, il existe un règlement de consultation et participation pour les activités d´hydrocarbures, adopté en 2002, supposé exprimer les obligations et droits des entreprises à l´égard des peuples indigènes, conformément à la Convention 169 de l´OIT (Organisation Internationale du Travail), ratifiée par l´Equateur en 1998 : Article 15, 2. « Dans les cas où l'Etat conserve la propriété des minéraux ou des ressources du sous-sol ou des droits à d'autres ressources dont sont dotées les terres, les gouvernements doivent établir ou maintenir des procédures pour consulter les peuples intéressés dans le but de déterminer si et dans quelle mesure les intérêts de ces peuples sont menacés avant d'entreprendre ou d'autoriser tout programme de prospection ou d'exploitation des ressources dont sont dotées leurs terres. Les peuples intéressés doivent, chaque fois que c'est possible, participer aux avantages découlant de ces activités et doivent recevoir une
  41. 41. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 42 - indemnisation équitable pour tout dommage qu'ils pourraient subir en raison de telles activités. »33 Sur le thème des territoires, cette convention indique dans un premier temps que les peuples indigènes doivent participer aux avantages tirés des activités extractives. Ce premier principe manque de précision : que signifie participer aux avantages ? Dans l’hypothèse que cela signifierait qu’ils doivent tirer des bénéfices de ces activités, de quels types de bénéfices peut- on parler ? Souvent, les populations se voient offrir par les compagnies extractives des biens matériels, infrastructures de santé, éducation ou directement de l’argent. En échange, ils lèguent une partie de leurs terres qui sera exploitée pour l’activité. Dans la majorité des cas, la zone exploitée sera polluée, ce qui veut dire que la qualité de l’environnement de la communauté sera altérée (perte de biodiversité, pollution des eaux et de l’air…). En fin de compte, dans ce type d’échange, qui en sort réellement gagnant ? Cependant, ce règlement n´a connu qu´une application, lors de la consultation pour l´exploitation des blocs 20 et 29 en 2003, qui fut annulée pour vice de formes. Enfin, des instruments spécifiques ont été mis en place pour les espaces protégés, notamment à travers le statut de « zone intangible » attribué à une partie du parc national Yasuní et de la réserve de Cuyabeno en 199934 . Ni le règlement de consultation et participation, ni la déclaration de zones intangibles n´ont pourtant empêché l’installation de plusieurs blocs pétrolifères dans des espaces naturels protégés et des territoires ancestraux légalisés. Quant au Yasuni, l’abandon en aout 2013 du projet de gel du pétrole en terre montre les limites de la régulation de la gouvernance environnementale face à l´importance stratégique des activités pétrolières pour l´Équateur. Le projet Yasuni ITT consistait pour l’Equateur à s’engager à maintenir inexploitées les réserves de pétrole du champ ITT (Ishpingo, Tambococha-Tiputini) situé dans le Yasuni, estimées équivalentes à 20% des réserves du pays35 . Cette initiative aurait permis d’éviter l’émission de 407 millions de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, principal gaz responsable du changement climatique global36 . En échange de ce sacrifice, l’Etat aurait reçu 33 Organisation Internationale du Travail (OIT), C169 – Convention n°169 relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989 34 Guillaume Fontaine, Un nationalisme anticapitaliste, Institut de Recherche et débat sur la Gouvernance, Février 2009, 11p 35 Michel Damian, Mauvaise nouvelle pour le climat et les peuples de l’Amazonie équatorienne : l’abandon du projet Yasuni-ITT de gel du pétrole en terre, Natures Sciences Sociétés 2013/4 (Vol.21), p428-435 36 Ibid
  42. 42. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 43 - comme compensation de la communauté internationale 50% des ressources que l’Equateur aurait reçues s’il avait choisi d’exploiter cette zone, soit environ 3600 millions de dollars sur un terme de 12 ans37 . Cependant, suite à une campagne internationale menée pour collecter ces fonds en 2013, Rafael Correa annonça l’annulation de l’initiative Yasuni-ITT faute d’avoir réuni les fonds nécessaires. L’échec de ce projet a entraîné d’intenses débats sur la cohérence des politiques de l’Etat face au modèle proposé dans la Constitution et à la fragmentation dans les secteurs sociaux, la répression des défenseurs des droits de l’homme et de la nature. Bien que la Constitution de 2008 ait généré d’importantes avancées en termes de droits de la nature et des peuples indigènes, il y a une distance importante entre le texte constitutionnel et la réalité. Pour quelles raisons ? Le consentement libre, informé et préalable, impulsé par l’ONU dans la Déclaration sur les droits des peuples indigènes en 2007 n’est, à ce jour, pas encore matérialisé dans la législation secondaire, ni institutionnalisé au niveau étatique pour réguler le processus, ni dans le budget public. En outre, l’approbation de la Loi Minière (loi de servitude permettant d’expulser les populations habitant dans un territoire concerné) et de la Loi des Ressources Hydriques sans la consultation des personnes potentiellement affectées par les activités correspondantes entre en contradiction avec les principes mêmes de la Constitution de 2008 et du Sumak Kawsay étant censés garantir la participation des communautés dans les processus de décision d’exploitation des ressources. Qu’est-ce que la consultation ? Pour l’Etat, c’est informer. Mais informer les populations après avoir pris des mesures concrètes dans la réalisation d’un projet va à l’encontre de la Constitution, car il ne s’agit pas de faire participer les peuples concernés dans le processus de décision. Il est important de rappeler que la Convention 169 de l’OIT stipule que les peuples originaires doivent donner leur accord sur tous les projets pouvant affecter leur vie, leur culture et leur milieu naturel. Les racines du conflit résident dans le fait que même si un territoire donné appartient légalement à une communauté, les produits du sous-sol (gisements minéraux et hydrocarbures) « sont de propriété inaliénable, insaisissable et imprescriptible de l’Etat »38 (Art. 408). Ainsi, les communautés indigènes propriétaires de leur territoire se trouvent dans une situation compliquée. Dans quelle mesure ont-ils le droit de s’opposer à l’exploitation des ressources se 37 Joaquin Lopez Abad, La consulta libre, previa e informada en el Ecuador, Centro de Derechos Economicos y Sociales, 2016, 56p 38 Constitucion del Ecuador, 2008, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez
  43. 43. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 44 - trouvant dans leurs terres ? Le fait que le sous-sol appartiennent à l’Etat donne-t-il le droit aux autorités publiques de se saisir de ce territoire ? Le territoire de la communauté de Sarayaku est composé de 135 000 hectares de forêt qui sont propriété collective depuis 1992. Cependant, l’Etat reste propriétaire du sous-sol. Ainsi qu’en 2002 des prospecteurs de la CGC (Compania General de Combustibles) sous escorte militaire pénètrent dans le territoire pour procéder à des explorations. La mobilisation massive des habitants dans un camp de résistance pacifique pendant plusieurs mois, mais surtout une action de recours devant la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme pour non-respect du principe de consultation ont permis à Sarayaku d’obtenir l’obligation de l’Etat de retirer les explosifs de pentolite qui avaient été disposés dans leur territoire pour l’exploration et la promulgation de la législation qui régulera le droit au consentement préalable, libre et informée des peuples indigènes. Aujourd’hui, les explosifs sont toujours présents à Sarayaku, et la communauté reste vigilante et surtout très réticente aux activités pétrolières : « Existe-t-il un exemple d’activité pétrolière qui ait bénéficié aux peuples indigènes en Amazonie ? Qui ait protégé l’environnement ? Qui ait permis un développement durable dans les communautés ? Non je n’en vois aucun » confie Patricia, chargée des relations internationales de la communauté. Face aux nombreuses violations de leurs droits de la part de l’Etat et des compagnies pétrolières et grâce à la médiatisation de conflits similaires qui se produisent dans le monde, les discours de résistance s’intensifient : « Ils ont un objectif très clair : extraire le pétrole pour générer une économie. Et ce non pas pour bénéficier aux citoyens équatoriens et encore moins les peuples indigènes, mais pour enrichir les actionnaires et les grandes entreprises »39. Luis, dirigeant kichwa, ajoute que « Il y a un système qui est imposé, et qu’il faut changer. Le modèle des politiques du gouvernement extractiviste ou progressiste comme le nomment certains disent qu’ils exploitent les sols au nom du développement et de la lutte contre la pauvreté. C’est faux. C’est un faux discours afin de pouvoir pénétrer dans les territoires »40. Le mot compensation suppose que l’activité pétrolière affecte la vie des communautés d’une manière ou d’une autre. Par exemple, elle peut comporter des conséquences environnementales (pollution des eaux et des sols), sociales (augmentation des prix, perte de la culture) et 39 Entretien avec Patricia, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez 40 Entretien avec Luis, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez
  44. 44. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 45 - démographiques (augmentation de la population, migration…). Ces facteurs doivent être connus par la communauté avant que l’Etat remette les concessions à l’entreprise pétrolière. Après avoir informé les communautés concernées par le projet, l’Etat doit consulter ces dernières pour qu’elles donnent leur avis, positif ou négatif. En cas d’acceptation du projet, des moyens de compensation doivent être cherchés à l’aide des études réalisées sur les impacts environnementaux ainsi que des critères de la communauté. Par ailleurs, les possibilités d’accidents dus à une mauvaise gestion des activités ou à des outils défectueux devraient être abordées dans les plans de gestion environnementale afin de garantir une réparation immédiate des dégâts s’il y en a. En pratique, l’Etat en Equateur est totalement absent dans son rôle de médiateur entre les compagnies pétrolières et les communautés41 . Cette absence parait pourtant bien calculée car elle permet aux entreprises d’implanter leurs projets d’extraction facilement. En effet, de nombreuses communautés n’ont pas accès à l’éducation et/ou à la santé. Les entreprises envoient alors des négociateurs en charge de promettre une aide au développement de la communauté. Cela peut être la construction d’une école ou d’un dispensaire de santé ou des biens matériels, ou encore une aide financière. Les communautés se trouvant dans une situation de désavantage, nombreuses sont celles qui acceptent. Mais ne devrait-il pas être le rôle de l’Etat d’appuyer le développement des communautés rurales ? N’est-ce pas paradoxal que ce soient les compagnies pétrolières qui investissent dans la santé des communautés dans lesquelles elles implantent des projets d’extraction ? Les fonds générés par cette activité revenant en partie à l’Etat, pourquoi ne sont-ils pas utilisés pour la santé et l’éducation publique ? Les accords de compensation sont des contrats civils, c’est-à-dire qu’ils ont un caractère contraignant pour chaque partie. Pour que ces contrats soient valables juridiquement, ils doivent remplir quatre conditions : « exprimer la volonté des parties libre de vice, être élaborés sur la base d’une cause licite, que les obligations présentes dans le contrat doivent recouvrir des objets licites et que les parties soient légalement capables de contracter ces dites obligations »42 . 41 CORDERO HEREDIA David, POL ROCA Cristina, VARELA TORRES Rodrigo, Malos negocios: análisis de los convenios de compensación entre comunidades y empresas petroleras, Quito, Comunicaciones INREDH, 2010, 203p, traduit de l’espagnol par Emmanuelle Gernez 42 Ibid
  45. 45. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 46 - Quels types de droits sont mis en jeux dans les accords de compensation avec les compagnies pétrolières ? Dans un premier temps, il y a les droits individuels tels que le droit à la santé, à l’intégrité personnelle, au développement, à la sécurité etc. Dans un deuxième temps, les droits collectifs comme le droit à l’accès à un environnement sain et à l’eau. Enfin, les droits de la nature. Dans la majorité des accords analysés par l’INREDH (au total 13), il existe un renoncement aux demandes judiciaires en rapport à l’affectation des droits des peuples autochtones. La motivation des entreprises pour signer ce type d’accord est d’obtenir le renoncement des communautés à exiger juridiquement ses droits ainsi que les droits de la nature. Le renoncement étant pourtant expressément interdit par la Constitution, ces accords seraient alors faits de forme illicite et seraient par conséquent nuls43 . L’Etat ainsi que l’entreprise pétrolière publique Petroecuador affichent à l’aide de la Constitution une politique irréprochable en la matière. 1.2. Des discours contradictoires de l’entreprise Petroecuador et de l’Etat L’activité pétrolière a été source de certains bénéfices pour l’Equateur. Lorsque le boom de l´industrie pétrolière est amorcé en juin 1972, le discours du président de l´époque Guillermo Rodriguez Lara est clair : le pétrole ne doit pas être la seule ressource économique de l'Equateur et le pays ne peut pas en devenir dépendant. Cependant, au cours des quatre prochaines décennies, les actions des gouvernements vont dans le sens opposé. Selon la Banque Centrale de l´Equateur, en 1972, le pétrole représentait environ 2% du PIB, tandis qu’en 2008, il atteint les 20% du PIB44 . Depuis plus de 40 ans, la dépendance au pétrole est alors évidente dans les périodes des booms pétroliers, mais également pendant les crises. Au cours de ces années, la volatilité des prix du pétrole explique l’alternance entre périodes de stabilité et périodes de crise économique et politique. Autrement dit, lorsque que le prix du baril augmente, le pays entre dans une époque de prospérité. Au contraire, lorsque le prix baisse, le pays entre en crise. 43 Ibid 44 “La historia de Ecuador contada a través del petróleo” [en ligne], El Comercio, 27/06/2012, [consulté le 8/08/2016], http://www.elcomercio.com/actualidad/negocios/historia-de-ecuador-contada-a.html
  46. 46. LES STRATEGIES DE LUTTE DU MOUVEMENT INDIGENE FACE AU GOUVERNEMENT ACTUEL EN EQUATEUR Emmanuelle GERNEZ - 47 - Lorsque les exportations massives de pétrole débutent en 1972, la croissance économique nationale explose et atteint des niveaux record : selon la Banque Centrale, en 1973, le pays enregistre une croissance du PIB de 24%, taux encore jamais enregistré au 20ème siècle45 . L’augmentation des exportations de pétrole brut attire les banques internationales qui décaissent de grandes quantités de prêts, ce qui est également bien reçu du côté des entreprises car cela engendre développement et prospérité sur le long terme. Au cours de la première décennie du 21ème siècle, le prix du pétrole commence à augmenter, ce qui permet une certaine amélioration au niveau de la situation économique nationale. Pendant le mandat de Rafael Correa, le prix du baril de pétrole dépasse les 106 dollars en mai 200846 . Grâce à cet excès budgétaire, le gouvernement réalise un investissement important dans le domaine social et génère dans le même temps des projets de développement dans différents domaines : - Santé : La création d’hôpitaux mobiles permet de fournir des services dans des zones isolées. - Matrice énergétique : La construction de huit centrales hydroélectriques contribue à réduire la dépendance aux combustibles fossiles et permettent d’amorcer la transition énergétique. - Création d'emplois : L'amélioration et la reconstruction du réseau routier national améliore la circulation et les échanges entre les villes, villages et communautés agricoles. - Education : Le gouvernement a ouvert le plus grand programme de bourses de l'histoire du pays pour les études post-licence, doctorales et postdoctorales à l'étranger. L´investissement dans ce programme est d´environ 180 millions de dollars, générant environ 9700 bourses d´études dans l´année 2013, chiffre important comparé avec les années d’avant, qui n’offraient que quelques 250 bourses47 . 45 Ibid 46 Ibid 47 Sam, “Gobierno del Ecuador entrego 9.700 becas a jóvenes para que estudien en el exterior” [en ligne], Agencia Publica de Noticias del Ecuador y Sur América, 18/10/2014, [consulté le 2/08/2016], http://www.andes.info.ec/es/noticias/gobierno-ecuador-entrego-9700-becas-jovenes-estudien-exterior.html

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