Emmanuel Goffi - Résumé thèse

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Emmanuel Goffi - Résumé thèse

  1. 1. Emmanuel R. GOFFI LE SACRIFICE SUPREME : UNE APPROCHE CRITIQUE DE LA CONSTRUCTION D’UN MYTHE Les officiers français et la mort pro patria dans le contexte du conflit en Afghanistan Thèse conduite sous la direction de Monsieur Ariel COLONOMOS RESUME « L'état militaire exige en toute circonstance esprit de sacrifice, pouvant aller jusqu'au sacrifice suprême, discipline, disponibilité, loyalisme et neutralité. Les devoirs qu'il comporte et les sujétions qu'il implique méritent le respect des citoyens et la considération de la Nation. »1 En 2005 le Statut général des militaires subissait une modification de son article 1er inscrivant le consentement au sacrifice suprême dans un texte normatif. Si ce consentement au don de soi pour la nation paraît justifié par l’état de militaire, il nous a semblé surprenant de l’imposer réglementairement et de transformer une sujétion relevant, au moins théoriquement, de la seule décision des intéressés en exigence normative. Certes, le sacrifice suprême était déjà une sujétion de l’état de militaire. Cependant, elle relevait de la norme informelle. Sa portée qui engage la vie humaine, ne peut selon nous faire l’objet d’une contrainte de droit positif. C’est cette modification, selon nous importante et questionnable, qui est à l’origine de cette thèse. L’évolution des formes de conflictualité, les évolutions technologiques dans le domaine militaire, mais également l’évolution du rapport à la mort dans les sociétés occidentales offrent un contexte dans lequel il est malaisé d’envisager une telle obligation. Si les sacrifices attachés au métier des armes peuvent être imposés par l’institution aux membres des armées au nom de la défense des intérêts supérieurs de la nation, l’exigence du consentement au sacrifice suprême est selon nous une erreur à plusieurs titres. Tout d’abord parce 1 Article 1 de la Loi No. 2005-270 du 24 mars 2005 portant statut général des militaires (Article L4111-1 du Code de la défense).
  2. 2. qu’il sous-entend que ce consentement ne va pas de soi alors même qu’il est au fondement du métier de militaire et que nombres d’entre eux y ont consenti sans qu’il fasse l’objet d’une formalisation normative. Ensuite, il nous parait contestable d’exiger d’un individu, quel qu’il soit, qu’il donne sa vie pour quelle que raison que ce soit. Enfin, l’ajout du sacrifice suprême à la liste des sujétions de l’état militaire renvoi le don de soi à une simple caractéristique d’un métier singulier devenue profession, et fait perdre sa valeur à un acte relevant traditionnellement d’un choix personnel. En tout état de cause les motivations ayant présidé à la modification de l’article 1er du nouveau SGM restent obscures même si selon certains commentateurs, l’adjonction de l’exigence du consentement au sacrifice suprême procède d’une volonté des militaires eux-mêmes. Selon nous cette modification majeure procède d’une longue construction entourant le sacrifice suprême et l’élevant au rang d’acte louable si ce n’est désirable. Bâtie sur un socle religieux, le sacrifice qui vise à rendre sacré, a évolué à la faveur du glissement de la religion spirituelle vers la religion temporelle, pour devenir une norme associée à l’exercice du métier des armées. En substituant, le dieu-nation à Dieu, la religion civile a permis d’inscrire le sacrifice suprême au premier rang des sujétions de l’état de militaire. Pour autant, l’affaiblissement de la religion civile à la française, la sécularisation de la société, l’évolution des conflits, notamment marqués par de nombreuses avancées technologiques, ont conduit à une perte de sens de l’activité militaire et plus particulièrement du consentement au risque létal qui y est attaché. Dans le même temps, les modifications survenues dans le rapport que les sociétés occidentales entretiennent avec la mort a abouti à une évolution du rapport à la guerre. Cette évolution s’est doublée depuis la fin des années quatre-vingt-dix en France, d’un mouvement rapide vers la professionnalisation des armées qui a contribué à distendre et affaiblir le lien armée- nation. Cette rupture spirituelle entre l’armée et la nation a eu pour conséquence un déni de reconnaissance par les Français des sacrifices consentis par leurs militaires. L’indifférence, parfois qualifiée de bienveillante, qui s’est installée entre la nation et ceux qui doivent mourir pour sa défense, s’est lentement transforme en ignorance méprisante. Loin de consentir au sacrifice suprême les officiers français, seule catégorie de militaire à être qualifiée sociologiquement de professionnelle, sont désormais l’objet d’une incitation au suicide altruiste institutionnalisée. L’institutionnalisation de cette pratique est par ailleurs rendue possible par l’instrumentalisation des armées par le pouvoir politique et la mise à l’écart du
  3. 3. Parlement qui ne joue plus son rôle de contrôle a priori en matière d’engagement des forces françaises. Au travers d’une réflexion sur les origines religieuses et anthropologiques du sacrifice suprême reposant notamment sur les travaux d’Henri Hubert et Marcel Mauss, et en s’appuyant sur la sociologie de Durkheim, ce travail vise à démontrer que le consentement au sacrifice suprême est devenu un suicide altruiste rendu obligatoire normativement. La sociologie des professions de Samuel Huntington, Charles Moskos, Talcott Parsons, Everett Hughes ou Julia Evetts, nous démontrerons que le professionnalisme appliqué aux officiers est un artifice discursif visant à pallier l’absence d’extériorité constitutive donnant sens à la mort pro patria et à assure leur contrôle civile objectif. Ce travail repose en outre sur l’approche constructiviste de Peter Berger et Thomas Luckmann, Nicholas Onuf, James March et Johan Olsen ou encore de l’Ecole de Copenhague, qui nous permet de déterminer comment l’édification du sacrifice suprême en norme a été rendue possible par les interactions entre les trois niveaux d’analyses traditionnellement utilisés en relations internationales, à savoir les individus, l’Etat, et la structure internationale. Le conflit en Afghanistan, auquel la France a participé de décembre 2001 à décembre 2014, offre un terrain d’étude privilégié pour tester l’ensemble de ces réflexions théoriques, reposant par ailleurs sur de nombreux témoignages, écrits et oraux. Dans le cas afghan, l’idéalité du sacrifice suprême a été clairement entretenue à des fins instrumentales par le pouvoir politique. Idéalité qui s’est violemment heurtée à la réalité lors de l’embuscade d’Uzbin qui, en août 2008, a coûté la vie à dix militaires français et durant laquelle vingt et un autres ont été blessés. A l’issue de ce travail il apparait clairement que l’inclusion du consentement au sacrifice suprême a été une erreur, dans la limite où ne bénéficiant pas de la reconnaissance nationale, les militaires sont désormais au mieux sacrifiés par la nation et au pire incités au suicide altruiste. Il apparait également que l’inscription de la réflexion polémologique dans l’histoire obère toute pensée inédite et que de fait des schémas de pensée dépassés enferment l’activité militaire dans une idéalité déconnectée de la réalité. A ce titre, il est essentiel d’envisager la fin du modèle d’armée professionnel traditionnel composé d’hommes et femmes en uniforme, pour envisager un modèle adapté aux nouvelles et futures formes de confrontations.

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