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Être n'est pas de l'empire du langage, mais de celui des actes.”
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Ce métier m’a permis de voler, de piloter des avions, d’être pilote de
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Discours Adieu aux armes du Gal de Romemont

  1. 1. 1 Les Adieux aux armes c’ est comme les mariages Adieu aux armes pluvieux adieu heureux , Mon général, Cher Gratien, Messieurs les officiers généraux, Madame, Messieurs les directeurs, Officiers, sous-officiers, officiers mariniers, militaires du rang, de l’ EMIA FE , Mesdames, Messieurs, Chers tous , et vous me permettrez d’inclure dans ce tous collectif , mon épouse, ma fille, ma mère qui me font l’honneur de leur présence ainsi que certains de mes frères, oncles, cousins, des amis, des camarades de promotion, celle de la 79 capitaine Karoff de Kervezec, la promo Voltaire de l’école de l’air pour reprendre les termes du gal Mercier, des camarades de la 59ème session de l’IHEDN, la promo voltaire de l’IH diront certains pour continuer dans les parallèles avec des personnes qui ne nous regardent pas, des collègues ou plutôt des frères d’armes avec qui j’ai eu le plaisir de travailler pendant ces 36 années de service et que je suis sincèrement très heureux de revoir aujourd’ hui . Je ne peux tous vous saluer nominativement mais permettez moi d’avoir juste un mot tout particulier pour le major général Yvan Jones ancien commandant du JFHQ, un grand professionnel et un grand leader, avec qui j’ai eu un immense plaisir de porter l’aventure CJEF, et notamment Griffin Rise. I sincerely appreciate, Yvan, that you find the time in your busy agenda to cross the channel. And please pass our congratulations to Peter Cameron for the birth of the young bertie, alias Robert Cameron; for the translation please refer to Steve Tomkins que je salue aussi . Sehr geherte general POth, danke auch fur deine prazenz, sehr wichtig fur mich. Und du weiss warum.
  2. 2. 2 Être n'est pas de l'empire du langage, mais de celui des actes.” écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans Pilote de guerre, les aviateurs aiment se référer à St Ex. Alors, je vais essayer d’aller au fait, à l’essence de ce qui doit être dit. Car l’acte qui compte aujourd’hui ce n’est pas que vous écoutiez des généraux parler mais de mettre la main sur un verre, de partager ensemble comme le disait souvent le général Ricour le pain et le sel. S’il y a bien en effet une vertu à ce genre de manifestation, ce n ‘est pas de mettre en valeur un individu plus au moins traumatisé par ce que certains appellent un retour à la vie civile, === comme si nous quittions la monde régulier pour revenir de nouveau dans le monde séculier ===, mais bien de rassembler des amis, des camarades rencontrés au cours de ce chemin parcouru dans l’armée de l’air, dans les armées, au service de la République pour résumer. Et j’ai eu la chance d’en rencontrer beaucoup, des personnes engagées, fabuleuses, riches, qui m’ont fait grandir, m’ont tirées vers le haut, j’y reviendrai. La vertu de ces rassemblements c’est aussi de mieux nous faire connaître, nous les miloufs pour reprendre l’ expression de Michel Miraillet ex Directeur des affaires stratégiques et actuel ambassadeur de France aux EAU, des militaires professionalisés et professionnels que la société civile ne connaît pas toujours bien, des militaires qui sont des êtres comme les autres, confrontés aux mêmes défis, ceux de la vie, avec l’ ambition de vivre le plus pleinement possible, des militaires qui n’en restent pas moins astreints parfois à composer avec des contraintes fortes, parfois plus fortes que dans le monde civil, dans des cadres nationaux et multinationaux complexes inconnus du grand public. Ces contraintes, nous y répondons avec ce que certains peuvent appeler du dévouement, en tout cas avec des niveaux d’engagement personnel élevés, que seule la fraternité d’armes, la camaraderie, l’esprit de corps comme disent nos amis américains, le respect
  3. 3. 3 mutuel, l’obéissance d’amitié, ….peuvent compenser : autant d’ expressions pour qualifier la force des relations humaines, la force de ces collectifs en mouvement, pour qualifier ce qui nous permet de répondre en temps et en heure, avec précision et sans prendre de risques inutiles aux exigences du métier des armes, de ces multiples métiers que nous exerçons les uns et les autres. Comme je vais, non pas retourner à la vie civile, mais la découvrir, je ne peux me permettre d’en parler. Mais je ne peux par contre taire que cette qualité de relations à laquelle j’ai pu gouter pendant 36 ans entre des êtres humains rassemblés pour le bien du service et le succès des armes de la France, comme le veut l’expression consacrée, == on pourrait rajouter de l’Europe, de l’OTAN et du monde d’ailleurs == cette qualité dans les relations humaines me manquera. A cet égard, je souhaite souligner la joie et la fierté que j’ai eu de commander l’Etat major interarmées de force et d’entrainement pendant ces quatre dernières années et de finir ma carrière militaire cet après midi devant cette unité qui magnifie plus que tout autre la force du collectif, une perle, pour reprendre ton expression Didier, qui sait produire de l’intelligence collective, tirant sa force des multiples compétences qui la composent. Individuellement, ces compétences ne peuvent rien, ou peu. Collectivement orchestrées, elles peuvent tout. Elles savent faire la différence, transformer la parole stratégique en actes concrets et efficaces, ce qui est le rôle premier de l’EMIA FE. Alors Officiers, officiers mariniers, sous officiers et militaires du rang de l’EMIA FE, cette cérémonie c’est surtout la votre. Cet adieu aux armes sur le site de l’école militaire, == et je remercie mes autorités qui m’ont permis de le faire et je te remercie personnellement Gratien d’ avoir accepté de le présider == , c’est avant toute chose l’adieu aux armes du commandant de l’EMIA FE . Cette cérémonie, c’est une occasion pour mettre en valeur cette magnifique unité à laquelle vous appartenez, et qui n’est pas encore
  4. 4. 4 assez connue ou valorisée, une unité orfèvre de l’art opératif, une sorte de couteau suisse des armées françaises, capable d’aller partout sur notre planète, de vous régler n’ importe quel type de crise et d’apporter une contribution déterminante à la gestion du tragique de notre monde. Avec vous, j’ai acquis la conviction qu’un collectif bien huilé pouvait soulever des montagnes et je crois qu’à certains égards c’est ce que nous avons fait. Je profite aussi de cette introduction finissante pour souligner que l’ EMIA FE aura maintenant la chance d’être commandé par l’amiral Laurent Isnard à qui je souhaite bonne chance, bon vent et bonne mer comme aux marins. Laurent, je te fais confiance, tu sauras, avec ton adjoint le colonel Germain Barrau dont je salue publiquement le travail effectué dans ses fonctions de chef d’ état major pendant ces trois dernières années, faire bonifier la valeur opérationnelle de l’EMIA FE. Tu sauras faire évoluer cet état major maintenant écartelé entre plusieurs sites, Creil, l’ilot st Germain, Balard quand ce n’est pas le Mont Valérien que nous avons occupé cette année presque plus de deux mois. Je te souhaite en tout cas de trouver les moyens de jongler entre ces sites avec voiture, train, RER, vélo, cheval, trottinette, zodiac, segway ou pourquoi pas kayak pliable. Moi je n’y suis jamais arrivé, mais toi tu sais naviguer sous la mer. Un conseil, si jamais il te prend l’idée de penser reconversion dans le civil, ne penses pas que tu auras le temps de t’y préparer. Bonne chance en tout cas à toi, à l’EMIA FE, à cet état major à taille humaine où il fait bon vivre et travailler. Alors, après avoir dit cela, vous allez vous dire que je suis passé directement de l’introduction à la conclusion du discours, que j’ ai esquivé les traditionnels remerciements et autres évocations de moments forts, et que, chouette, nous allons tous pouvoir nous diriger vers le buffet. Je serai tenté par une telle pirouette, mais prenant la parole publiquement pour la dernière fois en service actif, et ayant préparé de nombreux discours, je ne vais pas me dérober, et vais essayer en quelques phrases de vous parler, avec le regard de l’
  5. 5. 5 old man limite vieuxconnisant, du plus important, de l’essentiel, de ce qui reste à la fin quand, comme l’a dit André Malraux un autre grand aviateur, on pense avoir réussi à transformer l’ expérience en conscience. St Exupéry a écrit dans un merveilleux petit essai qui a pour nom le Pilote et qui m’a été offert par Patricia Lewin collègue de l’épopée Livre Blanc et ici présente, essai qui va avec un autre qui a pour titre on peut croire aux hommes: « Ce que l’avion enseigne d’essentiel à l’homme qui en fait son métier ne se remplace pas par une collection de cartes postales ni par un manuel technique. … L’essentiel n’est pas le jeu des manettes, et la succession des détails techniques mais ce qui s’inscrit en moi » Alors voilà, je vais vous parler en quelques phrases rassurez vous, de ce qui s’est inscrit en moi au cours de ces années, des quelques convictions acquises au fil du temps, de ces quelques idées qui ont structuré la vision que je me faisais des choses avant d’aborder chacun de mes postes, ces idées par lesquelles les choses arrivent, pour paraphraser Chateaubriand. Et je le ferais en évoquant trois thèmes, en vous parlant respectivement en rapport de transmission, de changement, et de mécanique humaine. Transmission tout d’abord, mot fondamental qui cimente la vie et la l’évolution de nos organisations, qui détermine leur efficacité. C’est parce que nous savons transmettre de génération en génération notre savoir faire, que nous le faisons sans tomber dans le piège d’une fonctionnement à la reproduction, que nous savons progresser, gagner en efficacité. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine aéronautique et ce n’est pas Michel Polacco, grand expert de ces questions, ou André Georges Laffite, détenteur de plusieurs records du monde en ULM qui me font l’amitié de leur présence aujourd’hui, qui me contrediront.
  6. 6. 6 De mes anciens, de mes chefs, j’ai appris beaucoup, énormément, et ces moments d’apprentissage ont été souvent vécus avec intensité et avec une telle acuité qu’ils resteront gravés à vie dans ma mémoire. Toutes ces personnes ont su me tirer vers le haut, même si ce ne fut pas toujours facile tant le rebelle boulimique et libertaire, le général Vinchon appreciera, qui sommeillait en moi avait tendance à faire quelques rechutes. Mais ils y sont arrivés malgré tout, un peu à l’insu de mon plein gré, diraient certains. Je souhaite les remercier publiquement en évoquant tout d’abord la mémoire de deux chefs de guerre aujourd’hui décédés le général jean Romuald Robert, le lieutenant colonel Roland Tatard et de mon instructeur sur mirage III Alain Amiot, décédé cette année dans un accident incompréhensible sur CAP 10. Je ne pourrais ici nommer toutes les personnes dont j’ai appris, qu’elles aient été mes supérieurs, mes alter égo ou mes subordonnés d’ailleurs, car on apprend aussi énormément de ses subordonnés. Je me permettrai juste de citer dans un ordre purement chronologique, et comme certains sont aujourd’hui présents, ils comprendront, • le général Gaviard qui m’a accueilli à Strasbourg au 3/ 33 et qui ensuite, quittant cet escadron, m’a lancé le défi de la coupe comète, le capitaine Casadebaig, • Les capitaines , à l’époque, Rheinbuchler, Alain Robert, que je les salue tous les deux • le colonel Laulhère, le professeur jean christophe Romer • le général Martel • feu Isabelle Delfaut, monsieur Perrin de Brichambaut, directeur des affaires stratégiques et son adjoint à l’époque le général Bentegeat, • les généraux Bruno Clermont et Pierre Bourlot, • Guillaume Schlumberger, • le général Pascal Vinchon, le général Ricour,
  7. 7. 7 • mr Pierre Levy qui m’a accueilli au Centre d’analyse et de prévision du Ministère des affaires étrangères qu’il dirigeait, • Jean Claude Mallet dans ses fonctions de président de la commission chargée de la rédaction du Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, • Nicolas Baverez, membre émérite de cette même commission avec le très regretté Olivier Debouzy et qui dirigeait le GT 3 capacités que j’ai animé avec Paul Serre, et je salue leur présence à tous les deux • Michel Miraillet en tant que directeur des affaires stratégiques, ses adjoints les généraux Bazin et Duquesne • et enfin le général Didier Castres, sous chef opérations à l’Etat major des armées, sous les ordres duquel j’ai eu la chance de servir pendant ces quatre dernières années en tant que commandant de l’ EMIA FE et auprès de qui j’ai énormément appris, et ce dans une relation de confiance. De cela Didier, et m’adressant à mon dernier chef, tu me permettras ce mot un peu plus personnel, je t’en remercie. Sous ton leadership, obéir d’amitié est une chose facile et qui fait progresser. Progresser, se remettre en question, s’adapter aux techniques qui évoluent, aux tactiques qui changent, aux organisations nationales, internationales qui se transforment, c’est en effet une constante de ce que nous appelons le métier des armes. Ce métier je l’ai vécu personnellement comme un apprentissage permanent, un apprentissage pour soi mais aussi au profit des autres. Car les savoirs reçus auprès des plus anciens resteraient stériles s’ils n’étaient ensuite pas transmis aux plus jeunes. Alors, je le reconnais, ce souci de transmettre aurait été l’un des mes principaux moteurs dans mon parcours de militaire, tant dans la partie aéronaute samourai, que dans les parties plus jacobines, en administration centrale comme nous disons, et pour finir en Picardie dans une approche plus girondine. Il aura été l’un des fondements de
  8. 8. 8 mon exigence professionnelle, convaincu notamment que, dans nos métiers, • « vivre en surface nous punira d’avoir ignoré l’avenir qui toujours hérite » pour reprendre une expression chère au général Georgelin, • que tout doit être fait pour éviter l’erreur, • que cette erreur peut avoir des conséquences dramatiques, • et que c’est bien souvent l’homme qui en est la cause, qu’il faut donc travailler sur l’humain, sur soi et aider les autres à le faire. Fort du legs reçu, j’ai été exigeant, avec moi même, avec mes subordonnés dont certains me font l’amitié d’être présents aujourd’hui, peut être un peu trop, et mon entourage en aura parfois souffert j’en suis conscient, mais n’est ce pas le devoir d’un supérieur, de celui qui exerce une autorité, que de chercher à ajouter, à apporter de la plus value. N’ est ce pas comme cela que ce terme a été jadis pensé en Grec, auctoritas ou en latin, augeo ; S’agissant toujours de transmission, j’ai été aussi exigeant, je l’avoue, avec les étudiants du Master Sécurité extérieure Sécurité Intérieure de l’institut d’études politiques de Strasbourg où j’enseigne depuis plus de 6 ans maintenant aux cotés du Général Thonier, de Jean Christophe Romer sous la houlette d’ Alexis Vahlas, des étudiants dont quelques uns sont présents ce soir, et qui pour certains d’entre eux, ont pu trouver des débouchés à la DRM, dans des think tank traitant des questions de défense et de sécurité et parfois occupé des fonctions de baby polad. En matière de transmission j’aurais aussi une pensée pour le jeune James Mahonnay 8 ans tout rond, qui me fait l’amitié de sa présence et avec qui je partage l’amour des bandes dessinées et qui pourrait un jour plus tard devenir pourquoi pas aviateur ou peut être même marsouin. Jusqu’ au bout j’aurais donc failloté comme tu le constates Didier.
  9. 9. 9 Deuxième thématique, mon aspiration viscérale au changement, qui elle aussi à « driver » comme disent nos amis anglosaxons, mon exigence professionnelle, et avec laquelle certains de mes collègues, subordonnés, et même de mes chefs ont du composer, cette volonté de « ne pas subir » pour reprendre l’expression du Maréchal de Lattre de Tassigny, de prétendre, quand on peut le faire, quand on a pu gouter à la force de l’écrit notamment, changer le cours des choses. Quand j’ai pris mes fonctions de commandant de base à Dijon, l’un des maires de la communauté d’agglomération m’a écrit sur un carton ses seuls mots, « IL est du pouvoir des hommes de changer le cours des choses ». Empruntée à un penseur politique du début de XX ème siècle, cette phrase m’est toujours restée en mémoire. Mon vécu familial a certainement joué dans tout cela : un grand père gazé et abimé comme nombre de ses cousins lorrains lors de la première guerre mondiale au point d’en devenir pacifiste, et de s’opposer à son fils qui, servant dans l’infanterie coloniale, marsouin donc, a été engagé dans les guerres d’ Indochine puis d’Algérie, dans des conditions bien particulières comme ce fut le cas pour beaucoup de soldats français, et notamment pour l’ un de ses plus proches camarades de la promotion Général Leclerc, ici présent, le colonel Roger Claisse, que je salue. Mais je suis aussi le fils d’une génération, celle qui a suivi mai 68. J’ai gardé une mémoire très précise des débats parfois vifs, des manifs dans lesquelles étaient engagées de nombreux collègues du lycée charlemagne à Paris : Comme s’il appartenait finalement à notre génération de faire la transition entre conservatisme d’une part et volonté de changement d’autre part, entre respect des traditions et adaptation aux temps modernes. Car ne pas s’adapter, de ne pas évoluer c’est se condamner à terme à perdre, et je vous renvoie sur ce sujet à l’article qui va paraître dans quelques semaines dans la revue de la défense nationale et qui a pour titre penser l’ennemi. A l’opposé, vouloir tout révolutionner, c’est
  10. 10. 10 souvent remettre en cause des fondations solides, un habitus construit au fil des ans et qui fait la solidité de nos armées et en garantit la cohésion. En l’occurrence, dans le monde des forces conventionnelles, nous, français, nous étions à mon sens en retard, pas assez proactifs, en tout cas de 1980 à la première guerre du Golfe en 1991, sans doute parce que le monde de la dissuasion nucléaire drainait une grosse partie de nos ressources, parce que nous étions dans une pensée majoritairement défensive. Or dans le monde de l’aéronautique militaire, dans le monde militaire tout court, techniques et adversaires nous contraignent sans cesse à évoluer, à bousculer le confort de nos pensées, à faire preuve de créativité. Et sur ce point, je ne peux que me référer aux propos que tient régulièrement le général Denis Mercier dans ses fonctions de Chef d’état major de l’armée de l’air et notamment ceux qu’il a prononcé mercredi dernier à Villacoublay. Tout aviateur, tout militaire, tout soldat a quelque part un devoir de créativité, tant les choses bougent, évoluent autour de nous. Dans les années 90, Christian Poiret, camarade de promo que je retrouve aujourd’hui avec plaisir et commissaire à l’époque de la base de Strasbourg, m’avait remis un article du professeur Dabezies qui avait pour titre « Gérer le changement » et qui m’a fortement influencé. Il m’a en tout cas convaincu que le rôle d’un officier en situation de responsabilité, c’est avant toute chose de porter ces changements, de veiller à la bonne adaptation de nos capacités avec « l’air du temps » pour faire court. Alors, oui, je le reconnais, je fus animé, == mais cela s’arrête ce soir rassurez vous, en tout cas pour quelques jours ou semaines , on verra == de cette pulsion prétentieuse du bâtisseur, de cette volonté de contribuer aux changements que devaient connaître nos institutions de défense, monstres parfois froids qui évoluent par petites touches successives, de contribuer à penser ces changements, à les formaliser, et surtout à les mettre en œuvre. Et si on veut que les
  11. 11. 11 lignes bougent vraiment, mon expérience en la matière, c’est que la fonction mise en œuvre est bien plus exigeante et plus consommatrice d’énergie que tout. On le perçoit très nettement quand on travaille au niveau opératif. A cet égard, je suis très heureux d’avoir participé à plusieurs projets majeurs : Commandement européen du transport aérien, Collège européen de sécurité de défense, suites du fameux traité de Saint Malo, création du prix René Mouchotte, montée en puissance des TOP dans l’armée de l’air, top c’est pour être au top mais c’est surtout pour techniques d’optimisation du potentiel, reforme de l’enseignement militaire supérieur, Livre blanc de 2008, montée en puissance de l’EMIA FE Nouvelle génération. De manière plus générale, je suis très heureux d’avoir fait partie de ceux qui, comme beaucoup de ma génération, ont œuvré avec persévérance pour élever le niveau opérationnel de nos forces armées, qui ont œuvré à renforcer la capacité de notre pays à peser dans les affaires du monde, à mieux prévenir et gérer les crises qu’il connaît et s’apprête à connaître, à renforcer la capacité de notre pays à y apporter de la paix et de la stabilité, clin d’œil aux 68art qui pourraient sommeiller ou grommeler dans la salle, et façon de rappeler que c’est bien là que se situe la finalité du métier militaire. Je pense en tout cas que notre génération peut quitter l’institution confiante. Non seulement la relève est assurée mais jamais le niveau opérationnel n’a sans doute été aussi élevé. J’en suis intimement convaincu et pour avoir un peu globe trotté ces dernières années j’ai pu le constater de visu. Partout dans le monde, nos forces armées sont en mesure de faire la différence comme peu d’armées savent le faire, petit message à l’adresse de nos camarades citoyens qui se trouvent dans la salle et qui, qu’ils soient des générations 68, 69 , X ou Y, comme nous, paient l’impôt, le clin d’œil à la génération 69 étant pour un ancien marqueur du ½ cigognes , qui devenu journaliste a écrit un livre sur le sujet. Merci de ta présence Nicolas.
  12. 12. 12 Pour faire le lien entre ces deux parties, je dirais donc que j’ai eu l’ambition de transmettre à ces générations qui me suivent un gout et une certaine aptitude administrative, stratégique, tactique, opérative, en tout cas opérationnelle pour le changement. J’espère y être arrivé un peu, convaincu que le monde militaire maitrise la science du changement à un niveau que beaucoup pourraient nous envier. Certains pourraient voir dans ce propos le message d’un général à l’attention de potentiels recruteurs. S’ils pensent qu’ils ont tort, qu’ils se détrompent,; c’ est tout à fait cela et je précise à cet égard que mon numéro de téléphone reste inchangé. Il y a un domaine toutefois que j’aurais aimé approfondir plus et que je souhaite évoquer dans une sorte de conclusion, il s’agit de la mécanique humaine. Platon disait : « La vertu d'un homme consiste à être capable d'agir dans les affaires de sa cité et, grâce à cette activité, de faire du bien à ses amis, du mal à ses ennemis, tout en se préservant soi-même de rien subir de mal ». Sur ce dernier point, je ne saurais taire que cela n’a pas forcément très bien gazé, doux euphémisme pour dire que les 3000 heures de vol et plus effectuées sur des avions chacun plus exigeants que les autres ont laissé quelque trace. Certes je n’ai pas le morphotype le plus adapté pour évoluer dans des avions étroits, ma pression artérielle est plus celle d’un triathlète que celle d’un haltérophile. Et pourtant les moniteurs de sport qui sont dans cette salle, mes coachs à l’époque en pentathlon aéronautique, savent que j’avais la caisse, comme le disait mon ami Benoit Royal. Mais je ne pense pas être le seul à avoir subi sur le long terme les conséquences de l’ engagement physique qu’ exige le pilotage de nos « aéronefs blindés », l’ expression est de Jacques Higelin et non de st Ex, engagement qui peut parfois être traumatisant. Je n’ignore pas que les choses se sont améliorées, que les casques se sont fait plus légers, que l’on prend moins de G avec nos missiles à longue portée.
  13. 13. 13 Mais appelons un chat un chat, il règne sur ce sujet quelque chose qui s’apparente à une certaine loi du silence et je pense que nous pouvons faire mieux, améliorer le dialogue entre médecins et personnel naviguant, entre soignants au sens large et soignés, mettre en place des protocoles pertinents dans la durée. Les choses frémissent, j’en veux pour preuve ce récent article de la SOFRAMAS. Depuis que j’ai commencé d’ailleurs à en parler au gal Palomeros, au Gal Mercier, la blogosphère des PN s’est quelque peu animé. J’ ai reçu beaucoup de messages de jeunes officiers qui exprimaient une attente forte pour que quelque chose de plus structuré se mette en place au profit de la population des navigants qui, pour plus de 70 % d’entre eux, dépensent parfois un peu d’argent pour trouver ou plutôt retrouver un équilibre notamment, l’homeostasie comme disent les pros. Le rafale n’est pas non plus un avion tout confort, la rançon de son agilité, et je ne peux que souhaiter aux pilotes et navigateurs de ce fantastique avion de ne pas se retrouver à 50 ans criqués comme le sont nombre d’anciens pilotes américains de F15 et de F16. Loin de moi de demander une quelconque réparation ou de me faire le porte parole d’une association de gueules cassés, d’abord parce que je n’ai pas 50 ans mais plus, et que j’ai personnellement trouvé les clefs pour vivre avec cela, tard, mais je les ai trouvé. J’ai appris à gérer notamment la posture en travaillant sur l’équilibre pieds, mâchoires et vision, grâce notamment aux cinq tibétains, merci Benoit. Ce que je cherche c’est que l’on se saisisse vraiment et de façon décloisonné du problème, que des études soient lancés notamment sur l’impact des muscles verniers sur la posture, que des personnes comme moi, je suis loin d’ être le seul, puissent témoigner bénévolement auprès de médecins du personnel naviguant, dans les écoles d’ostéopathie, d’éthiopathie, de posturologie, d’opticien posturologue, pour éviter de passer comme moi deux décennies à chercher ces outils dont nous avons tous besoin.
  14. 14. 14 Un podologue du sport me faisait remarquer récemment que 95 % des rugbymen du stade français étaient appareillés, et qu’il trouverait normal que les pN, athlètes de haut niveau eux aussi, compte tenu des contraintes physiques subis sur 15 ans et plus, plus long en tout cas que la carrière d’un rugbyman, fassent aussi l’objet d’un suivi particulier. J’ai parlé de cela à la faculté, au CEMPN, mais devant le peu de réaction, je ne peux que redire, en présence du docteur Roule ici présente, de mon ami le médecin général Belleoud, du docteur Steevens elle aussi présente, devant vous André et Antoine qui allaient quelque part porter les destinées de l’armée de l’air, que je me tiens, avec quelques autres personnes qui m’ont remis sur pied et qui sont pour certains d’entrer eux dans la salle, à la disposition du corps médical et de tous ceux qui travaillent sur le préventif comme sur le curatif. On me dira, chaque cas est différent. Certes. Une chose est sure. Sans l’aide de Jean paul Moureau == ici présent== , d’isabelle Grunner ==ici présent==, de Laurent Sauriat == ici présent==, du professeur Nahmani hospitalisé et pour qui j’ai une pensée particulière, de michael Ghanem == ici présent== sans l’aide de mon épouse, sans toi Régine, jamais, jamais, je n’aurais pu apprendre à composer avec cette hypersensibilité des cervicales que j’ai développé au fil des années ; jamais, jamais, je n’aurais pu vous parler dans cette salle aujourd’hui. Et de cela je leur serais éternellement reconnaissant. Mieux structurer les échanges entre praticiens et practiciens, tel est donc mon message. Je pense en tout cas que nous devons cela aux générations qui suivent. Si la technique permet d’avoir des machines qui dépassent les capacités de l’ homme, tout doit être fait pour que l’homme, pas l’ homme machine du philosophe de la Mettrie, l’homme avec un simple h supporte mieux, pour mieux préserver ce potentiel humain si précieux. Voilà les trois messages sont passés et je vais maintenant pouvoir tourner la page, jouer une autre partition, commencer une autre
  15. 15. 15 aventure. La vie est une œuvre en soi disait Todorov. La décrire n’a en fait aucun sens. Le seul intérêt, me semble t’il, c’est peut être quand on arrive à ce turning point, à mi vie, d’expliquer le sens des actions menées, de faire comprendre au service de quoi, tout cela s’est fait. En évoquant ces thèmes de la transmission et du changement, j’ai tenté de le faire, avec des mots maladroits, pas suffisamment concis, vous m’en excuserez, pas suffisamment justes mais sincères. Vous l’aurez compris, il y a derrière tout cela une certaine vision des relations humaines, une certaine idée de l’homme, pour me référer à l’expression du général de Gaulle, et de la cause qu’il sert. Cette vision, je l’avais en arrivant à l’école de l’air le 3 septembre 1979 avec mon baluchon. Je l’ai toujours en quittant le service actif ce 16 septembre 2015, mais cette fois ci avec un sac à dos plus moderne, et je crois que je l’aurais jusqu’au bout, je parle à la fois du sac à dos et de la vision. J’aurais conscience ce soir en tombant l’uniforme définitivement, en me dépouillant de l’armure, d’avoir exercer un métier passionnant, qu’on ne peut faire à moitié, où l’on ne peut tricher, exigeant, sans doute l’un des plus exigeants au monde, et mais qui est aussi l’ un des plus riches et les plus complets , un métier qui a quelque chose à voir avec la chevalerie des anciens temps, la vrai chevalerie, un métier qui vous permet de penser en homme d’action, d’agir en homme de pensée, un métier qui parle au corps, à l’esprit et au sentiment, et comment pourrait il en être autrement quand on doit parfois ôter des vies, en protéger et en préserver d’autres ? à cet égard je souhaite évoquer la mémoire de quelques personnes disparues trop tot, mes deux camarades de promotion les lieutenants jean marc Valli et patrick Antoine, le commandant Caroline Aigle qui m’avait laché sur 2000-5, mon ami le comissaire colonel Jean marc Bourdeau et le lieutenant colonel Boris Zelesniak, mon ancien assistant militaire qui vient de nous quitter.
  16. 16. 16 Ce métier m’a permis de voler, de piloter des avions, d’être pilote de chasse et de reconnaissance, de gouter d’en haut à la topographie céleste, une autre expression de st Ex, de piloter des organisations à taille humaine, de piloter des projets, de me faire parfois stratège, de m’ initier à la direction des hommes, des organisations, au leadership, d’y prendre gout, == et à cet égard la formation suivie aux états unis , formation que tu as suivi toi aussi Gratien, a été déterminante ==. Ce métier m’a permis de commander, de commander notamment le plus bel état major de France et de Navarre après l’Etat major des armées bien sur. Il m’a permis de recevoir, de transmettre, de grandir, de parler dans d’autres langues, de découvrir le monde, d’en comprendre quelques ressorts. Il m’a surtout permis d’interagir, d’échanger, de partager sur tous les continents avec des personnes de qualité, dont plusieurs d’entre elles me font l’amitié de leur présence aujourd’hui. Alors pour clôturer ce speech j’ai juste envie de leur dire, de vous dire merci, de vous dire que si le général dit adieu aujourd’ hui à son métier, l’ homme lui dont les cheveux vont peut être se mettre à pousser de façon erratique, voile oblige, vous dit tout simplement au revoir, et n’a qu’un souhait, trinquer avec vous dans quelques instants. Bon vent à tous et merci pour votre patiente attention. .

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