S.O.W Magazine ( Some Other Way )

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Un magazine réalisé dans le cadre d'études en information et communication (université Lyon 2) avec Karim Abdou, Lisa Della Corte et Laura Guillet.

Notre ambition ? Offrir une ouverture d'esprit sur les possibilités nouvelles qui nous entourent, les cultures d'ici et d'ailleurs, la remise en question de nos habitudes. Lyonnais d'origine ou d'adoption, nous voulions montrer que notre ville bouge, mais qu'elle est le reflet de mouvements plus globaux. En bref que les lecteurs aient à leur tour envie de partager avec leur entourage ce qu'ils auront découvert au fil des pages !

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S.O.W Magazine ( Some Other Way )

  1. 1. SOME OTHER WAY EXPLORATEUR D’ALTERNATIVES LYONNAIS BIERISTAN Trinquer à la bière locale DRAGKINGS À la découverte de l’autre genre Coopératifs, mobiles, flottants : des logements qui sortent de l’ordinaire HABITAT DOSSIER L16045-59-F:prixlibre-RD HOLI Un festival qui perd en couleurs #1HIVER 2016
  2. 2. 3 ÉDITØpar Lisa della Corte À l’origine de ce projet, j’ai eu la chance de croiser sur ma route d’étudiante ceux que j’aime aujourd’hui à appeler mes associés : Karim, Laura et Félix. Dix ans après, et alors que nos vies ont pris cha- cune leur tournant, nous nous retrouvons autour d’une envie commune : l’édition d’un magazine trimestriel. Le concept ? Parler de tout, mais en parler autrement. In some other way, comme on dit en anglais. Ce bel objet met en lumière celles et ceux qui expérimentent, vont à contre-courant, font bouger les lignes. Il veut aussi apporter un regard nouveau sur des sujets d’actualité, un regard curieux, comme celui d’un enfant espiègle qui vous questionne. Notre équipe ayant élu domicile dans la cité des gones, c’est naturellement que nous nous attarderons sur cette ville et sa région, qui voient naître chaque jour de nouvelles initiatives. Mais Lyon est à la croisée de plusieurs courants, alors on remontera parfois les fleuves pour aller voir un peu de pays ! Après des mois de travail et de nombreuses nuits sans sommeil, nous y sommes : le bébé est né et vous le tenez entre vos mains. Et parce que celui-ci n’aurait jamais pu voir le jour sans vous, les centaines d’internautes et de petites mains invisibles qui nous ont soutenu par le financement participatif, nous tenions à vous remercier : merci d’avoir répondu massivement à l’appel de soutien d’un journalisme libre et indépendant ; merci de nous prouver que la création de ce magazine était attendue et nécessaire ! Au fil des pages, vous croiserez entre autres des maisons pas comme les autres, des fous de la basket qui boivent de la bière locale, de la mode qui roule en vélo ou fauteuil, et même Benzema qui prend le téléphérique pour aller faire son compost à Sans-Souci. Have a nice trip on this øther way! S.Ø.W 78, rue Paul Bert 69003 Lyon redaction@sow.fr www.sow.magazine.fr rédactrice en chef Lisa della Corte ldellacorte@sow.fr directeur artistique et conception graphique Karim Abdou kabdou@sow.fr rédactrice en chef adjointe Laura Guillet lguillet@sow.fr responsable publicité et marketing Félix Vourlat fvourlat@sow.fr distribution distribution@sow.fr impression GRAPHI.TY, Bron. directeur de la publication Alain Girod N° de commission paritaire : 0906 T 69280 Dépot légal à parution - ISSN 1254-7298 S.Ø.W est édité par ICOM éditions Société Anonyme au capital de 110 000€ dont les principaux actionnaires sont Damien Obrier et Arnaud Noblet. 5, av.Pierre Mendès France, 69676 Bron 04 78 77 24 83 04 A player, Kate T. Parker (portrait extrait de la série Strong is the new pretty). «Toute reproduction ou représen- tation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages ou images publiées dans la présente publication, faite sans l’autorisation écrite de l’éditeur est illicite et constitue une contre- façon». (Loi du 11 mars 1957, art.40 et art. 41 et Code pénal art. 425)
  3. 3. 4 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 6. Sneakerness 10. Bieristan 14. Gonette 16. Économie collaborative 18. Métrocâble 20. Les compostiers 28. Le Tubà 30. Fablab 32. Nixnas 34. Constant & Zoé 36. Drag Kings 38. Benzema 40. Holi 22. DOSSIER HABITAT ÉCONOMIE URBAIN INNOVATION MODE SOCIÉTÉ SØWMAIRE « LES CHEMINS SE CROISENT ET SE SÉPARENT, NAIF EST CELUI QUI NE SAIT PAS » JAZZY BAZZ CULTURE 44. Yelle ZOOM SUR
  4. 4. 5
  5. 5. 6 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 S ortez votre meilleure paire, au- jourd’hui c’est jour de fête... Ah bon et où allons nous ? Direc- tion le monde enchanté des baskets mes amis : Sneakerness ! Plus sérieusement, le Sneakerness s’est imposé comme étant la convention la plus populaire d’Europe : l’événement réunit influences et influen- ceurs autour des cultures et tendances urbaines ainsi que des marques qui le composent. Pump, Jordan, Stan Smith en passant par Yohji Yamamoto et ses Y-3, toutes les marques et tous les modèles sont représentés, pourvu qu’ils soient pimpants. Après être passé par Cologne, Varsovie et Amsterdam, le concept Sneakerness a investi le temps d’un week-end le Cent- quatre, espace dédié aux artistes du monde entier et situé dans le 19ème arron- dissement de la capitale. L’occasion de sortir de Lyon, et de voir ce qu’il se passe du côté de chez nous… On a parlé basket, on a parlé anglais accessoirement, mais on a aussi parlé musique, art, mode (cus- tomisation, collections spéciales). Pour nous mettre dans l’ambiance, DJ Suppa, Uncle Tex et les Cousins Kashmiri se sont chargés de faire chauffer les platines et pour régaler nos papilles, le foodtruck Le Réfectoire était présent avec leurs burgers façon pâtée de crabe (pour ne pas nommer l’illustre SpongeBob). Petit retour sur un événement qui aura marqué cette année 2015 et qui, on l’espère, débarquera bien- tôt à Lyon ! Legoooo* ! * let’s go ! La sélection 2015 des plus belles photos Instagram de sneakers head. Entre deux paires et une barbe de hipster, frayez-vous un chemin et peut-être trouverez vous le saint Graal, la paire de vos rêves, qui vous at- tend sagement sur un stand tenu par Siegried ou Malcom (parce que oui, même les prénoms des vendeurs en jettent !).
  6. 6. 8 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 LA NAISSANCE Le concept est à l’origine allemand : fortement inspirée par nos amis d’outre-Atlantiques, l’Allemagne s’inscrit parfaitement dans cette dynamique qui met en avant la street culture. « Le culte de la basket » a débuté dans les années 70 avec l’essor du mouvement hip hop aux États-Unis, qui les a propulsé aux rangs de véritables accessoires de mode. Les baskets deviennent les reflets de notre per- sonnalité, elles sont choyées, bichonnées. Par la suite tout s’accélère : la sneaker dépasse les frontières du hip hop pour devenir un élé- ment indispensable du “lifestyle”. Athlètes, artistes, acteurs, bons vivants, publicitaires et annonceurs, chefs d’entreprise, musiciens et bien d’autres jouent un rôle prépondérant dans l’histoire de la sneaker et en font une des sagas les plus extraordinaires et symp- tomatiques de ces trente dernières années. Les codes ont totalement été modifiés : les grandes maisons se mettent à créer de la basket, les runnings sont aux pieds de non-sportifs, elles sont accordées à un smoking ou même à une robe griffée. Tout n’est pas bon à prendre, mais l’effervescence nous oblige à creuser davantage. MON ROYAUME POUR UNE PAIRE 1 000 € la paire de Jordan collector , presque 50 000 € pour la Nike Air Mag que porte Michael J.Fox dans Retour vers le futur 2, (mais si rappelez-vous, la paire complétement dingue qui se lace toute seule !). Les valeurs fluctuent un peu comme les valeurs bour- sières. Si bien que certains sneakers addicts se prennent pour de véritables loups de Wall Street en attendant que leurs paires de basket prennent de la valeur avec le temps pour les revendre 3, 4 ou même 10 fois plus chères que leur prix d’achat. Il n’est pas rare d’acheter même 4 ou 5 fois la même paire dans le but de la revendre ensuite. « C’est devenu un métier, et certains en vivent » nous confie Malcom, sneakers addict depuis son plus jeune âge. Une attitude dommageable, certes, car on est bien loin des notions de partage et d’échange. Mais finalement, pas si surprenante que cela, c’est un peu la suite logique d’une telle émulation. Des milliers de paires, une multitude de styles et de couleurs. 2e event en france 16,394,000$la paire de nike air yeezy 2 red october, la plus chère jamais vendue 52,000participants
  7. 7. 9 ZOOM SUR A LYON, LE KICKS’N COFFEE Malheureusement, pas de sneakerness à Lyon... La vie est dure... Pas grave, la cité des lu- mières accueille des événements similaires et tout aussi ludiques. C’est dans cette dyna- mique que le Kicks’N Coffee - baskets et café pour les franglouches - a débarqué à Lyon. Il n’est absolument pas question de café mais de sneakers, en long, en large et en quadri color (dédicasse à toi Bruno Vandelli). C’est plutôt l’ambiance détente, « lounge » que l’on a vou- lu attribuer à cet événement. On partage une passion commune, on échange, on critique, on chine... Pour ne rien changer, c’est égale- ment un concept allemand (Stuttgart), comme quoi le culte de la basket est omniprésent en Allemagne, contrairement aux idées reçues. La dernière édition du Kicks’N Coffee made in Lyon a eu lieu (vous noterez l’allitération en L) à l’espace culturel Le Sucre. Plus récemment, le Ninkimag - webzine lyon- nais qui traite, entre autres, de street culture - a présenté la toute première édition de son événement « La ligue shop ses sneakers » en partenariat avec la Maison M. Dans la li- gnée d’un Sneakerness, toute proportion gar- dée bien évidemment, on salue cette iniative 100 % lyonnaise qui met également en avant des acteurs locaux. On ne peut que soutenir et toute l’équipe S.Ø.W sera présente pour la seconde édition à venir. K.A. POUR LES SNEAKERS ADDICTS DE LYON, LA RÉFÉRENCE C’EST LA BOUTIQUE SHOEZ GALLERY 15 BIS RUE D’ALGÉRIE, 69001. À PARIS, STARCOW, 62 RUE SAINT-HONORÉ, 75001 PARIS. POUR LES ADDICTS ALL AROUND THE WORLD, LE SITE ET LES BOUTIQUES KITH NYC / WWW.KITHNYC.COM si vous voulez faire un peu de lecture, on vous conseille ce livre de ugly mely, une sommité dans le milieu.
  8. 8. 10 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 ÉCONOMIE Voyage en Bieristan Territoire des microbrasseries
  9. 9. 11 ÉCONOMIE La légende raconte qu’en 10 000 environ après la découverte de la Bière, un groupe de militants gastronomiques, résistants contre l’empire interplanétaire de Carlskrokenbud, décida de faire sécession et de fon- der un pays libre, où les petits artisans et brasseurs indépendants pourraient donner libre cours à leur savoir-faire.Au cours d’un voyage au pays des Gratte Ciel,etalorsqu’ilsobservaientl’étoiledubrasseur,un animal onirique, mi kangourou, mi loutre, courut vers eux. Il les attira vers un endroit secret, situé sur les ruines d’une usine en manque d’affection. Ce serait l’endroit idéal pour y ériger les bases d’une cité à la hauteur de leur nation utopique : le Bieristan.
  10. 10. 12 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 ÉCONOMIE Ouvert en Mars 2014, le Bieristan est un bar restaurant-jardin spécialisé dans les microbrasseries régionales, situé dans le quartier des Gratte-Ciel, à Villeurbanne. Plongée au pays du houblon et du peuple Bieri. S i ce paradis des amoureux du local et de la bière a pu voir le jour, c’est d’abord grâce à l’équipe de passionnés du Court-Circuit : un café restaurant coopératif du quartier de la Guillotière, qui a fait le pari de proposer une offre de produits à la fois bio, locaux et entièrement faits maison. Ouvert en 2010, le Court-Circuit fait définitivement partie des bars incontournables du 7ème arrondissement. MICROBRASSERIES LOCALES Fort de ce premier grand succès, l’équipe décide d’élargir ses horizons et se fixe un nouveau défi : le projet Bieristan était né. Il s’agit d’un bier- garten à l’allemande, qui incarne une sorte de pays imaginaire de la bière artisanale, mettant en avant les microbrasseries de la région Rhône-Alpes. Celui-ci a pris forme dans une ancienne usine textile desaffectée de plus de 600 m2 . Avec plus de dix bières pression et une cinquan- taine de références en bouteilles, le Bieristan est le premier bar à bières en France spécialisé dans les microbrasseries régionales, issues d’un rayon de 200 km autour de Lyon. Des références comme la Grihète ou la Voie Maltée côtoient ainsi des joyaux plus rares comme la Quinarelle (une bière stéphanoise ambrée), l’Avalanche ou encore l’Agrivoise. Aux boissons houblonnées vient s’ajouter une offre de restauration de saison le midi, mais également de flammenkueches au feu de bois le soir.
  11. 11. INNOVANT & ÉCORESPONSABLE Le Bieristan s’est donné la belle et ambitieuse mission de respecter l’environnement, et ce jusqu’au bout : optimisation énergétique, mise en place d’un compost neutre, mur végétal, etc. En faisant le choix d’une offre composée exclusivement de produits ar- tisanaux et/ou bio en circuits courts, le Bieristan et son équipe composent un écosystème soucieux de l’environnement, des producteurs et de ses clients. SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE ET PARTICIPATIVE La structure a choisi le statut de Société Coopéra- tive et Participative (S.C.O.P) qui place les salariés sur un pied d’égalité et permet une gouvernance démocratique : le pouvoir de vote n’est pas propor- tionnel au capital détenu (une personne = une voix) et ce sont les salariés qui décident de tout. Les bé- néfices sont réinvestis à 50% dans l’entreprise et les 50% restants sont distribués équitablement aux salariés en fonction de leur temps de travail. Le lieu est également tourné vers la coopération avec d’autres structures, comme par exemple La Marmite Urbaine, avec laquelle ils expérimentent le coworking encuisine,ainsiquel’associationVRAC,àquiilslouent des bureaux et des espaces de stockage. L.D.C. TENTÉS PAR UNE VISITE EN RÉPUBLIQUE DU BIERISTAN? Bieristan SCOP-SARL 14, rue Paul Lafargue 69100 Villeurbanne 09 83 69 11 05 Ouvert du lundi au vendredi de 12h à 1h, le samedi de 15 à 1h. À une minute à pied du métro Arrêt Gratte Ciel
  12. 12. 14 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 ÉCONOMIE POUR UNE POIGNÉE DE GONETTES Le 7 novembre 2015, la Gonette lyonnaise est devenue la 31ème monnaie locale en France. Destinées à circuler sur un territoire limité, elles n’ont pas vocation à remplacer l’euro, mais à le compléter. Der- rière ces initiatives, on trouve la volonté de repenser le rôle de la monnaie et de remettre en valeur l’économie locale. I ci, vous pouvez aussi payer en Gonettes ! , lit- on désormais dans certaines boutiques de la Métropole de Lyon. Les clients peuvent alors sor- tir d’étranges billets de leur portefeuille pour régler leurs courses. Cependant, la conversion est très simple : 1 Gonette = 1€. Mais alors, qu’apporte la Gonette ? DONNER DU SENS À LA CONSOMMATION Le projet de la Gonette a mûri dans la tête de jeunes Lyon- nais depuis quatre ans. Il s’est construit grâce au soutien de la région Rhône-Alpes et d’une campagne de finan- cement participatif. Son but premier est de redonner à la monnaie sa fonction première : l’échange. Dans notre société, la grande majorité des transactions financières s’effectuent sur les places boursières. La Gonette ne peut, elle, que circuler dans l’économie réelle, hors de toute spéculation. Les lieux de l’échange ont également leur importance : les partenaires qui acceptent cette monnaie locale sont sélectionnés selon certaines valeurs. Les cri- tères retenus sont par exemple la production locale (autant que possible), le respect de l’environnement, l’éthique, etc. La consommation prend alors un autre sens : il ne s’agit pas uniquement de satisfaire ses envies, mais d’en- courager des projets dont les valeurs nous correspondent.
  13. 13. 15 Biocoop : les six magasins du Grand Lyon La Fourmillière Bar / Concerts 15, rue Salomon Reinach 69007 Lyon Le KoToPo Espace culturel international et cours de langues 14, rue René Leynaud 69001 Lyon Même pas en rêve Magasin de jouet 59, montée de la Grande Côte, 69001 Lyon Garage Deguillien Garage auto – Pièces détachées 208, grande rue de la Guillotière 69007 Lyon Retrouvez la liste complète sur le site www.lagonette.org CHANGER SES EUROS EN GONETTES Il faut d’abord adhérer à l’association pour un coût de cinq euros. Les adhérents peuvent ensuite échanger leurs euros à la permanence de l’association ou dans certains commerces partenaires. Les euros ainsi récoltés par l’association sont confiés au Crédit coopératif, une banque qui soutient des projets correspondant aux valeurs de l’économie sociale et solidaire. Gonettes en poches, les adhérents peuvent les utiliser chez les partenaires, qui sont aujourd’hui une quarantaine. Ils couvrent différents domaines, du magasin bio à la pizzeria en passant par la mode éthique et même l’expert-comptable. Pour ces parte- naires, la Gonette peut apparaitre comme une sorte de label éthique, qui attirera une clientèle nouvelle et confiante. DES DÉFIS À RELEVER Les fondateurs sont conscients que la Gonette n’a pas vocation à se répandre dans toute la Métropole car elle ne correspond pas aux besoins de tous. Au-delà de ce constat, des questions de fond se posent : la Gonette va- t-elle vraiment permettre à certains de changer leur mode de consommation et découvrir de nouveaux magasins ? Ou bien va-t-elle rester dans un milieu restreint de Lyon- nais déjà habitués des magasins bios et brasseries locales ? La démocratisation de la Gonette parait difficile. Ces interrogations sont aussi valables du côté des par- tenaires : au vu des critères de sélection, ils ne repré- sentent qu’une petite partie des commerçants et pres- tataires lyonnais. Ceux qui se décident à participer au projet le font le plus souvent par conviction personnelle ; ils risquent cependant d’avoir des difficultés à remettre en circulation les Gonettes qui arrivent dans leur caisse. Ils peuvent rendre la monnaie aux utilisateurs qui payent eux-mêmes en Gonettes ou les utiliser auprès du pe- tit nombre de fournisseurs qui acceptent cette mon- naie. Ils peuvent sinon les changer en euros, moyen- nant cependant une commission. Ces difficultés peuvent donc être décourageantes pour les petites structures. Les autres projets de monnaies locales connaissent bien ces problèmes. Ils essayent alors de dialoguer entre eux pour échanger les bonnes pratiques et réfléchir ensemble à des solutions. Pour la Gonette, il est néanmoins trop tôt pour dresser un bilan de l’expérience. On lui souhaite le même succès que la Sol Violette, sa cousine toulou- saine dont elle s’est beaucoup inspirée. L.G. Quelques adresses pour dépenser ses Gonettes Le poussin Gone, égérie de la Gonette ÉCONOMIE
  14. 14. 16 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 ÉCONOMIE L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE : Des milliers d’initiatives participent au développement d’un modèle économique alternatif nommé « économie collaborative ». Ces possibilités nouvelles constituent une réelle rupture dans le paysage économique classique et dans nos façons de consommer. L ’économie collaborative repose sur l’échange, le partage, le troc entre particuliers, à l’aide de plateformes informatiques pour la plupart gratuites et libres d’accès. Airbnb, Ebay ou encore Blablacar font partie des grands noms qui ont réussi à s’imposer comme leaders et dont vous connaissez probablement déjà l’existence.Vous faites d’ailleurs peut être partie des 75% de Français ayant déjà acheté ou loué un bien ou un service sur Internet à un par- ticulier (Observatoire de l’Economie Collaborative 2014, A Little/Ifop). Ce phénomène de société n’a rien d’un feu de paille conjoncturel et se trouve à présent fortement ancré dans nos habitudes de consommation.Aux yeux des Français, les avantages sont bien réels, à commencer par un gain de pouvoir d’achat pour 74% d’entre eux. La négociation de particulier à particulier bouleverse la consom- mation, bien au-delà du simple gain de pouvoir d’achat : la proximité, la convivialité et le respect de l’en- vironnement sont également plébis- cités. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le transport ou encore l’hébergement ne constituent qu’une infime partie des activités de ce mo- dèle économique. Les possibilités sont pour ainsi dire infinies. Les idées les plus folles et les plus originales peuvent faire l’objet de transaction entre particuliers et vous seriez sur- pris de découvrir l’étendue des possi- bilités. Pour vous donner un premier aperçu de cet univers collaboratif, nous vous avons concocté une liste de cinq plateformes qui auront le mérite d’être ingénieuses et qui, nous l’espérons, vous séduiront autant qu’elles nous ont séduit. F.V.
  15. 15. 17 UN POTENTIEL INSOUPÇONNÉ  5plateformes coup de coeur DEMOOZ.COM Vous permet d’essayer un produit avant de l’ache- ter à un particulier proche de chez vous qui le possède déjà. Tester avant d’acheter vous permet ainsi de vous faire un véritable avis sur un objet dans des conditions réelles d’utilisation, tout en fai- sant par la même occasion de nouvelles rencontres. ETSY.COM Vous permet d’acheter et de vendre des articles faits main à des personnes dans le monde entier. Son objectif est de valoriser la fabrication manuelle réalisée par des créateurs indépendants, mais également de contribuer à sortir l’économie mondiale de son anonymat en créant des liens étroits entre les créateurs et les consommateurs. JESTOCKE.COM Vous met en relation avec des propriétaires ayant de la place chez eux pour stocker vos affaires encombrantes. Superficie, proximité géogra- phique, sécurité et facilité d’accès : vous sélec- tionnez, selon vos critères, l’espace de stockage qui convient le mieux à vos besoins et vos envies. BOOKCROSSING.COM Faire circuler des livres dans la nature ou à l’aide de « boîtes de livres service» afin qu’ils puissent être retrouvés et lus par d’autres personnes, qui les échangeront à leur tour, voilà le concept du bookcrossing. Rendez-vous Place Guichard pour expérimenter ce nouveau concept de lecture. ZENPARK.COM Vous permet de trouver une place de parking auprès de propriétaires n’utilisant pas les leurs. Une solution pratique et précieuse pour les per- sonnes qui souhaitent se garer en toute sérénité en réservant une place à tarif très compétitif. ÉCONOMIE
  16. 16. 18 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 Pôles technologiques, nouveaux quartiers d’habitation : Grenoble voit naitre différents projets dans son agglomération La question de la liaison entre ces différentes zones de la vallée greno- bloise se pose. Une solution originale a été proposée : la construction d’un téléphérique urbain. Car le téléphérique, ce n’est pas que pour aller skier ! LE TÉLÉPHÉRIQUE S’INSTALLE EN VILLE Les cabines « bulles » du téléphérique de Grenoble Bastille.
  17. 17. 19 URBAIN M étrocâble, boulot, dodo : voilà ce à quoi pourrait ressembler le quotidien des certains habitants de Grenoble. Afin d’éviter une circulation automobile trop importante dans le Nord-Ouest de l’agglo- mération en pleine expansion, la métropole a opté pour le projet du Métrocâble. Une alter- native effectivement astucieuse dans cette zone où un transport terrestre se heurte à la traversée de deux rivières, deux autoroutes et une voie ferrée. Ce mode de transport présente l’avantage d’être éco- nomique, puisqu’il ne nécessite pas de grands aména- gements des voies de circulation. Autre argument cher à la métropole dirigée par un maire Europe Écologie Les Verts : il est écologique et ne rejette pas de CO2. Si cer- tains ne se sentent peut-être pas à l’aise à l’idée d’être suspendus dans les airs, qu’ils se rassurent : le téléphé- rique est l’un des modes de transport les plus sûrs ! Sa mise en service est prévue pour 2021 : avec un passage toutes les 24 secondes en station, les cabines devraient pouvoir transporter, selon les prévisions, jusqu’à 8 500 personnes par jour en 2030. Le design des cabines, d’une capacité de 10 personnes, n’est pas encore connu. Le téléphérique n’est pas un mode de transport inconnu à Grenoble : celui de Grenoble Bastille, permettant d’al- ler admirer la vue qu’offrent les hauteurs de la ville, a été construit en 1934. Il s’agit néanmoins d’un dispositif essentiellement tourné vers le tourisme. En revanche, la métropole avait déjà proposé un projet de métrocâble en 2012, qui devait relier la ville aux monts du Ver- cors. Celui-ci s’est cependant heurté au refus des ha- bitants. La construction d’une telle structure suscite en effet des inquiétudes. Le bruit occasionné, l’enlaidis- sement du paysage, l’intrusion visuelle chez les habi- tants proches des câbles, mais aussi l’aspect environ- nemental avec le risque de collision pour les oiseaux sont autant d’éléments ayant freiné sa réalisation. C’est pourquoi la métropole a organisé en novembre une concertation publique, pour présenter le projet, ré- pondre aux questions des riverains, et ainsi les rassurer. Si le transport urbain par câble est en réalité assez répan- du à travers le monde (Londres, New-York, Bogota…), il reste plus inédit en France. La ville de Brest est la première à avoir commencé les travaux pour un projet semblable, en septembre dernier. Grenoble est sur le point de lui em- boîter le pas en validant son projet en 2016. L.G. Le téléphérique Emirates Air Line à Londres, qui permet de franchir la Tamise.
  18. 18. COMPOSTONS EN PLEIN LYON
  19. 19. 21 Depuis 2009, les composteurs collectifs fleurissent aux quatre coins de l’agglomération lyonnaise. À l’origine de ce projet, l’association Les Compostiers, qui défend cette idée simple : le compostage peut se pratiquer partout, même en ville, à partir du moment où il y a des per- sonnes impliquées et motivées ! D ouze décembre 2015, dans le quartier de Saint Rambert, à Lyon 9ème . Sous un soleil radieux, le maire, des élus, des membres du conseil de quartier et de nombreux rive- rains sont venus inaugurer trois grands conteneurs en bois flambant neufs : des composteurs collectifs ! Accessibles à tout le quartier, chaque habitant peut désormais y déposer ses épluchures, ses restes de repas, etc. UN TERREAU LYONNAIS À l’initiative de ce projet, on trouve l’association Les Compostiers, qui vise à démocratiser le compostage collectif en ville et à favoriser une démarche éco-citoyenne : « l’idée est d’allier écologie et création de lien social autour du recyclage et des déchets ménagers », explique Elise Ladevèze, coprésidente de l’asso- ciation. Ces composts fonctionnent grâce à l’implication d’un groupe d’usagers organisés autour de référents formés à la pratique du compostage. Car le compost est un art délicat… et qui s’apprend : réunions d’informations, forma- tions pour réaliser un bon com- post et l’entretenir sont autant d’actions réalisées par l’association. À Lyon, on compte pas moins d’une cinquantaine de composteurs collec- tifs : 1 300 foyers les utilisent et les demandessontenforteaugmentation. RÉDUISONS VITE NOS DÉCHETS, ÇA DÉBORDE C’est plus de 515 000 tonnes de déchets ménagers qui sont traités chaque année à Lyon. Loin d’être une utopie d’écolo enragé, compos- ter en ville s’avère en fait être un enjeu conséquent pour la Métropole. Depuis 2007, celle-ci s’est enga- gée dans un plan de réduction des déchets visant à diminuer la quan- tité d’ordures ménagères de 7% (soit -23kg par habitant). Le compostage est une des solutions car 30% de nos déchets domestiques sont biodégra- dables : « c’est là-dessus qu’on peut gagner le plus en terme de réduction des déchets », expliquait Thierry Philip en 2013 à Rue89, alors vice-président PS du Grand Lyon en charge de la propreté. LE COMPOST, CRÉATEUR DE LIEN SOCIAL Si le compostage collectif est d’abord écologique, c’est égale- ment un projet humain, générateur de lien social : « les gens veulent participer à un projet collectif avec leur co-propriété ou leur quartier, rencontrer leurs voisins », rajoute Bastien Copetti, co-fondateur des Compostiers. Ainsi, l’association or- ganisechaquemoisdesapérosdecom- postiers afin de réunir les différentes personnes impliquées dans le projet. Alors, prêts à composter ? L.D.C. URBAIN La construction du composteur collectif du quartier de Sans-Souci, à Lyon 3ème.
  20. 20. 23 DOSSIER PENSER L’HABITAT AUTREMENT Depuis des millénaires, l’Homme cherche à se mettre un toit au-dessus de la tête. Aujourd’hui, beaucoup ont encore du mal à se trouver cet espace personnel et protecteur : son chez-soi. L’urbanisation n’aide pas : dans les grandes villes, le logement reste problématique pour la plupart. Trop cher, trop sale, trop standardisé, trop déshumanisé… À Lyon, plusieurs initiatives cherchent d’autres so- lutions : un immeuble à l’esprit de village, des blocs d’acier reconvertis en habitations modernes, des ba- teaux qui se sédentarisent… L’équipe S.Ø.W vous pré- sente trois façons originales d’aborder le problème, et peut-être de le résoudre pour certains ! LE VILLAGE VERTICAL UN LOGEMENT QUI DÉBOÎTE ? HABITER LE FLEUVE
  21. 21. 24 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 LE PARTAGE À TOUS LES ÉTAGES Construit en 2011, « le Village Vertical » apporte la preuve qu’un autre modèle économique et social est possible en matière de logement. Un lieu qui renoue avec la convivialité et qui rompt avec la spéculation. LA COOPÉRATIVE D’HABITANT : QUÉSACO ? En 1971 et pour la première fois en France, un habitat coopé- ratif a vu le jour à Villeurbanne, 13 rue Raymond Terracher. Le principe est simple : la coopérative permet à des personnes de mutualiser leurs ressources pour concevoir, construire et gérer collectivement leurs logements. Les habitants sont tous proprié- taires de l’immeuble, mais ne sont pas pour autant propriétaires de leur propre logement, et paient chacun un loyer à cette même société coopérative en fonction de la taille de leur appartement. « On ne peut pas revendre son logement, seulement ses parts. Ce qui ne peut donner lieu à aucune plus-value », explique Jean-Paul Sauzède, secrétaire adjoint de l’association Habi- coop qui a accompagné ce projet. Réel barrage à la spécula- tion immobilière, cet habitat pose un cadre juridique qui privi- légie l’usage sur l’avoir. En pleine crise du logement, ce lieu de vie d’un nouveau genre propose une réelle alternative face aux questions de propriété et de spéculations immobilières. En achetant des parts sociales de la coopérative, les habi- tants disposent d’un droit de vote sur toutes les décisions concernant le bâtiment selon le principe « une personne, une voix ». Le Village impose une réunion obligatoire par tri- mestre et des réunions facultatives toutes les semaines : pas de doute, au Village Vertical, la démocratie directe, ça se vit ! « La coopérative d’habitants est un projet social, écologique, ouvert sur le quartier, un projet où l’on décide au consensus et où il faut travailler. » Antoine Limouzin, 44 ans
  22. 22. 25 DOSSIER C es « villageois » ont pu participer directement à la conception de leur bâtiment, des choix architecturaux à celui des matériaux : « nous n’étions pas des professionnels : pour se poser en interlocuteurs crédibles face à des experts et leur dire ‘on va faire au- trement‘, ça n’a pas toujours été facile ! », explique Antoine Limou- zin, un habitant à l’origine de ce projet. Il leur a donc fallu travail- ler dur pour se former sur le tas et réussir à imposer leurs idées. « Le groupe est devenu costaud », com- mente l’architecte Marine Morain. Ils ont alors été en mesure de créer un immeuble à leur image : éco- logique et, qui plus est, convivial. En plus de disposer d’une citerne de 7 000 litres d’eau de pluie, d’un toit photovoltaïque et d’un système de pompe à chaleur, le Village Ver- tical détient de nombreux espaces communs favorisant le vivre en- semble. À chaque étage se trouve une terrasse ouverte et exposée plein sud entre les deux apparte- ments de palier. Au rez-de-chaus- sée, on trouve une buanderie avec quatre lave-linge, quatre chambres d’amis, une grande salle de réception pour accueillir fêtes ou initiatives, et un jardin planté en comestibles. Plus qu’une manière de faire barrage à la spéculation immobilière, ce type d’habitat est donc le moyen idéal pour troquer le droit de propriété classique pour des liens de voisinage renforcés et solidaires. « Là où j’ha- bitais auparavant, tout était fait pour qu’on se croise le moins possible. Ici, au contraire, l’architecture favorise la rencontre entre voisins », s’en- thousiasme Cécile Cubizol, 42 ans, la dernière à avoir rejoint le projet. Ce Village Vertical à l’organisation horizontale, qui passera probable- ment pour l’acte fondateur de l’ha- bitat participatif en France, aura néanmoins nécessité quatre années d’efforts et de négociations auprès de la métropole de Lyon. Si plusieurs membres du groupe évoquent une heureuse conjonction pour expli- quer la réussite de leur projet, il ne faut pas négliger l’investissement personnel de chacun des membres. Force de détermination, ces « villa- geois » ont procédé à une réelle sub- version douce pour un modèle qui redonne du pouvoir aux citoyens. Le 1er aout 2015, la loi ALUR est adoptée. Elle vise à encadrer juridi- quement ce type de projet et favori- ser leur démultiplication. F.V.
  23. 23. 26 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 DOSSIER UN LOGEMENT QUI DÉBOÎTE ? Un concept étrange, et qui pourtant séduit de plus en plus. Ces habitations modulables bousculent nos façons de concevoir l’habitat jusqu’à devenir peut-être, un jour, un lieu de vie ordinaire. A près quinze ans de bons et loyaux services, ils échouent dans des ports, sont stockés à vide dans des hangars ou abandonnés dans des décharges sans lendemain. Les conteneurs maritimes en fin de vie sont un véritable casse-tête pour l’environnement. La solution ? Mé- tamorphoser ces derniers en garages, en bureaux ou même en logements ! Une idée qui a germée il y a mainte- nant plus de dix ans dans la tête de certains architectes et qui s’est vue concrétisée pour la première fois en France en 2006. Catherine Rannou propose alors le premier assemblage CHK : « une maison en conteneurs ne se légitime que s’il s’agit de recyclage et de choix personnels. J’ai répondu à la demande d’un couple, qui avait un petit budget et qui souhaitait au- to-construire, à partir de la réflexion que j’apportai », explique-t-elle. Depuis, de nombreuses initiatives ont vu le jour un peu partout en France. Si l’apparence à priori austère d’un conteneur maritime vous inspire peu, cette habitation d’un nouveau genre propose pourtant une multitude d’avantages qui ne sauraient vous déplaire, à commencer par le prix, la rapidité de construction, le niveau de résistance ou la modularité. Ces blocs d’acier, que vous pouvez em- boîter de manière à créer le « chez vous » dont vous rêvez, ont égale- ment l’avantage d’être déplaçables. Enfin, l’intégration dans le paysage peut être discrète, si vous l’habillez avec une façade en bois ou encore un toit végétalisé : à vous d’en faire une maison qui vous ressemble. « Le conteneur serait une vraie ré- ponse à l’habitat d’urgence. C’est un lieu sécurisant, beaucoup plus qu’une tente ! », explique Françoise Raynaud, architecte de renom. Ce- pendant, lorsque les entreprises dé- marchent les associations de soutien aux sans-abri, la réponse qui leur par- vient est souvent négative. Habiter un conteneur serait trop stigmatisant. Le constat est flagrant : la société ne semble pas encore complètement prête pour cette « maison solution », qui se heurte encore à l’image froide et vétuste qu’elle renvoie au premier abord. À Lyon, l’association « Habi- tat et Humanisme » aura finalement franchi le pas en proposant neuf de ces conteneurs recyclés à des per- sonnes en difficultés : un programme baptisé « Passerelles », inauguré le 15 septembre 2015 à Gerland, qui aura le mérite d’ouvrir une première brèche dans cette voie et rompre avec certaines idées reçues. F.V.
  24. 24. 27 RUBRIQUE HABITER LE FLEUVE La péniche est souvent perçue comme un sym- bole de liberté et de bohème. Certains citadins décident de se lancer dans cette aventure, qui semble offrir un air de vacances au quotidien dans les grandes villes. Mais cette démarche n’a pas forcément tout d’un long fleuve tranquille. E n France, on trouve entre 1 500 et 2 000 bateaux-habitations sur les voies fluviales. Les péniches apportent un certain confort, mais peuvent aussi constituer un logement alternatif dans les grandes villes, où les prix de l’immobilier flambent. En effet,leprixaum²estsouventplusattractifqueceluid’un appartement. Toutefois, attention : lors de l’achat, il y a tant de détails techniques à vérifier qu’il vaut mieux faire appel à un marinier professionnel pour vous aider. Mais affirmerqu’ils’agitd’unesolutionvraimentéconomique est discutable : de nombreux autres coûts sont à prévoir. Prendre soin de sa péniche nécessite en effet de l’in- vestissement, et pas seulement financier ! La coque est à repeindre tous les trois ans et il est conseil- lé d’amener son bateau en « révision » tous les cinq ans en chantier naval. Il faut aussi veiller au quoti- dien à la propreté de la coque, par exemple enlever les algues et autres déchets qui peuvent venir s’y agglutiner. Aux frais d’entretien s’ajoutent la taxe de stationnement, qui varie selon les régions ; les péages si l’on souhaite naviguer ; et les assurances plus élevées que la moyenne. Côté administratif, mieux vaut avoir les nerfs solides. Il n’est effectivement pas possible de s’amarrer partout, et la législation est un peu floue dans ce domaine. À Lyon, le Rhône relève de la Métropole, mais la Saône est gérée par les Voies Navigables de France (VNF). Sur le fleuve, il est bien difficile d’obtenir un emplacement, puisqu’ils ne sont pas attribués aux bateaux mais aux propriétaires. Il vaut donc mieux se tourner vers son affluent, et vous pro- mener sur les bords de Saône pour demander conseil aux pénichiers : ils sauront sûrement si une place est libre, ou si une péniche est à vendre dans les environs. En effet, les ha- bitants du fleuve ont un esprit de communauté, et partagent souvent les informations, bonnes pratiques et conseils. Une autre spécificité des péniches est leur mobilité, mais en réalité, la majorité des habitants restent sur leur emplacement. Un permis péniche n’est pas obliga- toire quand on est propriétaire, et l’on peut faire appel à un professionnel si l’on souhaite larguer les amarres. Si vous avez un esprit bricoleur et l’envie d’un logement original, les péniches pourraient vous convenir. Sortez d’abord votre calculette pour évaluer les frais, puis ar- mez-vous de patience et de détermination. L.G. Une péniche dans le quartier de la Confluence à Lyon.
  25. 25. 28 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 INNOVATION LE TUBÀ S’agit-il d’un nouveau club de plongée ? D’une école de musique? Bien tenté, mais vous faites fausse route. Cet acronyme astucieux désigne en fait ce que ses concepteurs ont appelé « le tube à expéri- mentations urbaines » : véritable laboratoire vivant, il s’agit d’un espace unique en France où start-up et entreprises testent et développent de nouvelles idées. INVENTE LA VILLE DE DEMAIN
  26. 26. 29 INNOVATION LE TUBÀ 1, place C. Béraudier 69003 Lyon Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h Ligne B arrêt Gare Part Dieu Lieu d’échanges et de distri- butions de flux traversé par 1 million de personnes par jour, La Part Dieu est le quartier central des affaires de Lyon. C réé en partenariat avec de grandes entreprises privées et les collectivités locales, le TUBÀ est un « tube à expérimentations dédié aux nou- veaux services urbains », explique sa présidente Léthicia Rancutel, également directrice de l’asso- ciation Lyon Urban Data, à l’origine de ce projet. Celle-ci réunit un ensemble d’acteurs, aussi bien publics que privés, qui souhaitent créer une dyna- mique autour de la thématique de la « ville intelligente ». LABORATOIRE URBAIN D’INNOVATION D’une surface totale de 600 m2 , l’endroit se divise en deux étages : au premier, on trouve le TUBÀ Mix, un espace de coworking réservé aux entreprises, au sein du- quel des grands groupes, des start-up ainsi que des étu- diants développent leurs projets et de nouveaux services susceptibles de rendre la vie des Lyonnais et des touristes plus facile. On y trouve notamment Onlymoov, l’appli- cation qui renseigne en temps réel sur les bouchons dans l’agglomération lyonnaise. Le point commun entre toutes les applications présentes ? Le big data, ces immenses quantités de données disponibles (démographie, trans- port, énergie, etc.) que les applications de demain essaye- ront d’exploiter pour développer de nouveaux usages. UNE DÉMARCHE ORIENTÉE UTILISATEURS Le rez-de-chaussée abrite quant à lui le TUBÀ Lab : ou- vert au public, il s’agit d’un espace d’expérimentations et d’échanges qui permet au citoyen de tester les nouveaux projets et de dire ce qu’il en pense. « L’objectif, c’est de faire rentrer très tôt les ci- toyens dans le processus d’innovation », précise la directrice. Avec près de 500.000 personnes qui sillonnent chaque jour le quartier d’affaires de la Part Dieu et qui sont autant de cobayes potentiels, cet espace est, pour les créateurs de projets, une formidable occasion de se confronter à un public varié et de véri- fier le bon fonctionnement de leurs produits ou services. Ouvert à tous, la véritable ambition du TUBÀ est ainsi de replacer le citoyen, utilisateur final, au cœur du pro- cessus de création. Celui-ci est donc considéré comme force de proposition, qu’il s’agisse de transports, de santé, de culture ou d’aménagement du territoire. « L’idée, c’est vraiment de bien vivre la ville de demain en créant des services utiles aux gens dans leur quotidien », préciseLéthiciaRancurel.Si,commenous,vousêtestentés par l’expérience ou tout simplement curieux, rendez-vous sur le parvis de la gare de Lyon Part Dieu. L.D.C. Le Tubà Mix, l’espace de coworking pour les entreprises innovantes.
  27. 27. 30 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 INNOVATION L’imprimante 3D à dépôt de fil chaud, la fraiseuse numérique à découpe laser ou encore le scanner 3D sont des objets qui vous sont inconnus et dont vous ignorez l’utilité ? Dans ce cas, venez découvrir le Fablab, situé 16 Allée Gaillard Romanet, à Bron. Appelé aussi « fabrique d’objets libres », ce lieu de création unique est ouvert à tous les curieux avides de découverte. P our qu’un Fablab en soit un, il faut qu’il permette au plus grand nombre d’usa- gers d’utiliser eux-mêmes les ma- chines. Dans un FabLab, on ne fait pas faire, on fait soi-même. En plus de permettre à tous de s’approprier le matériel, il est aussi un lieu de vie communautaire. Vous y trou- vez de quoi faire du café, un espace de détente et la possibilité de venir échanger avec d’autres « makers ». Vous pouvez participer à la vie de l’association, proposer des projets et participer aux nombreux événements. Cette vie communautaire est le cœur du Fablab, là où l’entraide se crée. Des temps spécifiques sont dédiés à la rencontre, tels que « les temps libres » par exemple, qui sont des moments de partage et de réalisation encadrés par des responsables. Vous utilisez vous-même les machines, profitant ainsi d’un transfert de compétences et non pas simplement de la réalisation d’une prestation. Il ne s’agit pas seulement d’un re- paire de geeks ni d’un club de brico- leurs passionnés : ce Fablab tient à rester ancré dans la société et à être utile. Tous les 15 jours, des réunions nommées « laboratoire d’obsoles- cence déprogrammée » (LOD) sont organisées. Ici, on ramène ses ob- jets électroménagers cassés ou ob- solètes, on les répare et, surtout, on les transforme au lieu de les jeter. Une « ressourcerie » permet de stoc- ker les trésors et pièces détachées. Ce Fablab s’équipe petit à petit mais il a déjà de quoi occuper les ama- teurs en électronique et les curieux du bricolage. Les réalisations ne manquent pas, mais le mieux c’est encore de vous y rendre pour vous faire un avis sur la chose et, qui sait, peut-être participer activement et du- rablement à l’aventure ! F.V. FABLAB : UN LIEU DE CRÉATION O
  28. 28. INNOVATION N OUVERT À TOUS
  29. 29. 32 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 MODE LES CYCLISTES PEUVENT ALLER SE RHABILLER Rares sont les courageux à s’aventurer à vélo sous la pluie, et pour cause : finir trempé de la tête aux pieds après quatre coups de pédales se révèle souvent dissuasif. Nixnas aura finalement eu raison de cette contrainte en proposant un vêtement de pluie à toute épreuve ! L e concept est simple : équiper les cyclistes ur- bains pour rouler bien habillés par tous les temps, en toutes circonstances, en toute sécurité et ce, en alliant le pratique à l’esthétique. La marque, née en Rhône-Alpes en 2013, souhaite créer une al- ternative à la production de masse des vêtements de vélo bon marché et peu fiables. Une collection de vê- tements faite par une cycliste, pour les cyclistes ! Ces manteaux pour sportifs permettent à l’humi- dité de rester là où elle ne gêne pas, grâce à des ma- tières performantes et résistantes. Toutes les cou- tures sont étanches, garantissant une imperméabilité fiable et efficace, Les tissus, pour leur part, assurent un transfert actif et efficace de la sueur de l’inté- rieur vers l’extérieur, et ainsi, un séchage ultra-rapide permettant de rester au sec pendant et après l’effort, quelles que soient les conditions météorologiques. Sécurité garantie avec ces manteaux équipés de bandes réfléchissantes tout autour de l’épaule, mais aussi sur les manchons des poignets servant de cli- gnotants et permettant ainsi de rendre le cycliste par- faitement visible la nuit et de loin. Chaque cycliste peut adapter son manteau selon ses goûts, ses envies et ses besoins. Un choix possible entre plusieurs dou- blures fantaisies donne à ces vêtements de pluie un caractère unique et de multiples pièces (polaire, cape, sur-chaussure, pantalon) peuvent s’ajouter sur le man- teau initial pour améliorer la polyvalence du produit. Gudrun Müller, créatrice du vêtement, a pédalé toute sa vie et a toujours entendu dire : « il n’y pas de mau- vais temps, il n’y a que des vêtements inadaptés ». En se déplaçant avec son vélo de service en tant que com- merciale, elle rêvait de vêtements pour vélo pratiques et esthétiques à la fois : la tenue idéale pour cycliste. NixNas est née de ces héritages et de la volonté d’ap- porter un véritable confort et une sécurité rassurante aux cyclistes. Gudrun l’a baptisé NixNas, qui signifie, dans sa langue natale allemande : rien de mouillé ! NixNas ne se contente pas seulement de produire des manteaux pour cyclistes mais encourage égale- ment toutes formes d’initiatives nouvelles liées à cette pratique sportive. En 2015, elle aura par exemple contribué à équiper l’ensemble des participants de l’expédition « New ecologic mind », qui avait pour objectif de sillonner la Nouvelle-Zélande en tan- dem à la découverte de nouveaux sites d’énergies renouvelables (découvrez leurs aventures sur leur blog newecologicmind.over-blog.com). F.V.
  30. 30. 33 RUBRIQUE
  31. 31. 34 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 MODE LAISSER LE HANDICAP AU PLACARD
  32. 32. 35 MODE Constant & Zoé est une jeune marque lyonnaise de prêt-à-porter et accessoires pas comme les autres : en proposant un habillement à la fois astucieux et esthétique, celle-ci souhaite relever le défi auda- cieux de faciliter le quotidien des personnes en situation de handicap et de leur entourage. D errière la marque Constant et Zoé, on trouve l’ex- périence personnelle de Sarah Da Silva Gomez, la toute jeune fondatrice de la marque. Son frère Constant est infirme moteur cérébral (IMC) depuis la naissance. L’habillement est, pour lui et sa fa- mille, une épreuve laborieuse au quotidien, souvent longue et contraignante. C’est ainsi que, dans le cadre de ses études, la jeune femme s’est décidée à trouver une solu- tion à ce problème rencontré par beaucoup de familles. Et pourquoi Zoé ? « C’est un pré- nom dynamique pour une marque destinée aux filles et aux garçons », explique Sarah. Ces deux prénoms sont importants pour la marque car ils ont chacun une signification forte : Constant signifie « Persévé- rance»enlatinetZoé,engrec,signifie « Vie ». L’association de ces deux mots permet de transmettre un mes- sage qui leur tient à cœur : « persévé- rer et vivre malgré le handicap et tous les chamboulements qu’il implique ». La marque a été officiellement créée en janvier 2015, après deux années de travail. L’équipe a fait appel au financement participatif sur le site de crowdfunding Ulule, ce qui lui a permis de récolter les fonds nécessaires pour se lancer. C&Z développe ainsi des vête- ments intelligents pour facili- ter le quotidien d’enfants et de jeunes adultes en situation de handi- cap et à la morphologie et mobilité différentes, mais sans en oublier le côté esthétique, une dimension qui a longtemps été négligée pour de tels produits. Conçus avec un bureau d’étude, ces vêtements utilisent des tissus adaptés (respirant, élastiques, etc.) et présentent des systèmes d’ou- verture et fermeture ingénieux pour faciliter l’habillage. Écharpe, man- teau, sweat, pantalon, t-shirt, moufles et même poncho, la collection pro- pose une large gamme de vêtements confortables, pratiques et esthé- tiques, déclinés en plusieurs couleurs et à des prix accessibles (comptez entre 30 et 110 euros). L.D.C. Sarah Da Silva Gomez, 26 ans, fondatrice de Constant et Zoé Retrouvez les collections de C&Z sur leur e-shop : www.constantetzoe.fr
  33. 33. 36 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 SOCIÉTÉ ET SI ON FAISAIT GENRE ? Si les Drag Queens sont aujourd’hui connues de tous, leurs frères les Drag Kings beaucoup moins. Pourtant, le phénomène remonte à la fin du XIXème siècle en Angleterre. Il se déve- loppe dans le milieu du théâtre et du cabaret : des femmes se déguisent alors en homme, pour provoquer mais aussi faire rire. L’expé- rience du kinging, le travestissement en homme, s’ouvre aujourd’hui à chacun lors d’ateliers. Mêlant théâtre et réflexion, avec une bonne dose d’humour et de convivialité, ils permettent de prendre du recul sur notre rapport au(x) genre(s). C arl est pompiste dans le fin fond du Nebraska. C’est un grand gars un peu malingre, qui porte des chemises à carreaux trop grandes sur des marcels blancs tâchés d’essence. Carl n’est pas très beau, mais Carl a une gueule. Difficile de lire ses pen- sées sur son visage mal rasé. Il n’a pas beaucoup d’amis, il aime être seul. La nuit, il roule dans le désert, phares éteints. Carl, c’est le king de Clara, 23 ans, étudiante aux cheveux arc-en-ciel. Carl, elle l’a rencontré lors d’un atelier proposé au Forum Gay et Lesbien de Lyon. CommenttrouverleKingquisommeilleaufonddevous? ÊTRE UN VRAI MEC, CORPS… Le travestissement passe d’abord par le déguisement. Plusieurs étapes s’imposent et permettent de faire connaissance avec les autres, en conseils et fous rires. D’abord, le « binding » : on efface sa poitrine à l’aide de bandes de tissus. Pour se sentir homme, il faut aus- si sentir ses attributs masculins. Alors, on se crée un pénis : un préservatif rempli de coton fait l’affaire. Pour la taille, c’est selon les goûts de chacun. Les perfectionnistes peuvent rajouter deux boules de co- ton… Ensuite, on passe au maquillage ! Durcir les traits, dessiner des poches sous les yeux, et enfin, se doter de poils : à l’aide de petits bouts de cheveux pré- levés discrètement sur une volontaire et d’un peu de crème pour les faire tenir, on se fait une barbe de trois jours, une petite moustache. Pour une fois, pas d’in- jonction sur la pilosité, et ça fait du bien. Puis on passe à la garde-robe : vêtements larges, chemise de buche- ron, blouson en cuir, on façonne peu à peu son King. …ET ÂME La virilité, c’est aussi (et surtout) dans la tête. On se crée un rôle, on apprend à être un mec. La voix devient grave, la parole rare. On parle peu, on pèse ses mots. On ne sourit pas. On ne s’excuse pas, on ne s’intéresse pas trop aux autres. On prend une autorité naturelle, on s’accapare l’espace. Et surtout, pas de sourire tout le temps, pour rien. Bref, on s’approprie les codes Un préservatif rempli de coton suffit pour en avoir dans le pantalon !
  34. 34. 37 attribués dans l’imaginaire collectif à la masculini- té. Et puis on se crée un personnage, une histoire, un caractère. On devient l’homme qu’on n’a jamais pu être. EXPÉRIMENTER, DÉCONSTRUIRE, S’ÉPANOUIR Pourquoi utiliser les clichés de la virilité si l’on veut se libérer des stéréotypes ? En fait, par le biais du dé- guisement et du jeu, il s’agit d’explorer les possibi- lités qui ont pu nous être refusées lors de notre édu- cation genrée. Par exemple, découvrir ce que ça fait de ne pas être obligée de sourire, de se tenir droite, de croiser les jambes. Ces ateliers sont donc un « espace d’expérimentation à la déconstruction des genres, dans le respect des identités et du point de confort de chacun(e) », comme le décrit l’associa- tion belge Genrespluriels. Ils permettent de mieux se rendre compte, en les reproduisant à l’extrême et en les tournant en dérision, des normes sociales. Cette dé- marche ludique complète la réflexion intellectuelle. Beaucoup de participantes sont bluffées du résultat. Certaines deviennent méconnaissables dans le personnage de leur King. À la fin de l’atelier, elles disent souvent avoir davantage confiance en elles, en jouant par exemple avec leurs postures, ou leurs voix. Le plus important reste de se sentir bien dans son corps, sans se demander si l’on n’est pas assez féminine, ou trop masculine. Au contraire, on peut associer éléments dits féminins et masculins pour se construire une identité qui nous correspond. Même si on se déma- quille à la fin de l’atelier et qu’on laisse barbe et chemises larges au vestiaire, notre King reste dans un coin de notre tête. Par- fois, Clara est en retard à la fac, et en plus, elle n’a rien préparé pour ce cours.Alors, elle sent la présence de Carl. Lui, il n’est pas stressé, il s’en fiche de ce que pensent les autres, il va où il veut. Il entre dans la salle, il s’assoit, il est tranquille. Clara aussi. L.G. Découvrir ce que ça fait de ne pas être obligée de sourire, de se tenir droite, de croiser les jambes. Les Kings du documentaire Paroles de King ! de Chriss Lagg Pour aller plus loin : le documentaire Parole de King ! de Chriss Lagg (2015), qui traite du mouvement Drag King en France.
  35. 35. 38 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 SOCIÉTÉ DANS L’OEIL
  36. 36. 39 SOCIÉTÉ 2015, une année sombre pour Karim Benzema. Bad buzz, scandales, la star du Real Madrid et de l’équipe de France risque sa carrière, son avenir en bleu est plus qu’incertain. À l’aube d’une nouvelle année, comment sauver le soldat Benzé’ ? N asri, Menez, Benze- ma, Ben Arfa, Rémy... le point commun entre tous ces joueurs ? Un talent évident, certes, mais plus que ça, ils sont tous nés en 1987. Une année charnière du foot français mettant fin à la « génération Zidane ». Le roi est mort… Vive les rois ! Ils ont tout raflé avec l’équipe de France des moins de 17, ont fait mieux que leurs aînés. Ils ont rejoint les meilleurs clubs au monde dès le berceau : Arsenal, Manchester City, Milan AC, Real… Ils avaient tout, la technique, la rapidité, l’insolence, la fougue, la vision du jeu. Et parmi eux, l’ambassadeur autoproclamé, Karim Benzema, le jeune Lyon for- mé à L’OL : le fleuron de cette géné- ration bénie. On se souvient encore des reins brisés qu’il a laissé sur son sillage un peu partout en France… Puis il part pour Madrid, à tout juste 21 ans. Le Lyon rugit de nouveau : Ligue des champions, Championnat d’Espagne, Coupe du Roi, titres in- dividuels…Tout y passe. Il a beau- coup gagné et il gagnera sans doute encore. Il a beaucoup marqué et il marquera sans doute encore plus de buts... et les mémoires… GÉNÉRATION MAUDITE Autre point commun entre tous ces joueurs ? Leur jeunesse oui, leur im- maturité, certainement, mais surtout une ascension fulgurante à risque. Des sommes astronomiques, des contrats en or, des sponsors de rêves, de l’excès et c’est l’accident. C’est l’arrivée du foot bling bling, des « footeux aux grosses chaines en or », à l’image d’un Jay-Z. Exit la sobrié- té de Zizou, le foot ça rapporte alors on ne s’en prive pas et on le montre. On veut marquer son temps et être à l’opposé des anciens. Les joueurs deviennent des people, ils fré- quentent des représentants de la mode, de la musique, des pseudo stars en quête d’une notoriété per- due ou inexistante. Victimes de leur image de mauvais garçons, d’enfants terribles, ils sont épiés, analysés, même psychanalysés. Bien qu’ils ne prennent que très rarement la parole en public, on leur alloue des discours, des prises de positions, des attitudes antipatriotiques. Se foutent-ils réel- lement de tout ? Sont-ils victimes d’acharnement médiatique ? Autant de questions qu’il est nécessaire de se poser. DE LA COUPE ÉTOILÉE À LA SEXTAPE Les plus réac’ diront que ce n’est qu’un « voyou de quartier et qu’il mérite ce qui lui arrive », d’autres diront qu’il est victime d’une conspi- ration ou d’un délit de faciès. La ré- daction de S.Ø.W s’interroge et fait le constat. Bien sûr que mettre des millions dans les mains de n’importe quelle personne risquerait de lui faire tourner la tête. Un tel succès attise les convoitises de tout bord. Les vau- tours rôdent, ils se nomment conseil- lers en images, chargés de commu- nication, attachés presse, manager ou bien même amis d’enfance. Les centres de formations recrutent des jeunes quasiment à la naissance, plus ils sont jeunes et précoces, mieux c’est. Ils sont coupés de leur famille, isolés, conditionnés à être les meil- leurs pour finalement rentrer chez eux pour la plupart. Pour les heureux élus, le début de carrière est un rêve, entre luxure et notoriété soudaine. Benzema, comme beaucoup d’autres joueurs de son calibre, n’est pas à plaindre, bien évidemment, mais il apparait beaucoup plus complexe que l’image qu’il véhicule, que les médias lui attribuent ou bien même dont son propre entourage témoigne. Prenons l’exemple du scandale à la sextape, pour lequel la présomption d’innocence est impossible à mainte- nir. Et quand bien même il sortirait de cette affaire, lavé de tout soupçon, l’impact financier et humain serait irrévocable. Une mise à l’écart des terrains est justifiée mais le jugement et la mise au bûcher de l’homme sont-ils vraiment nécessaires ? Le cas Benzema est symptomatique du star system instauré dans le foot français et mondial, ce n’est rien de plus qu’un réceptacle. Il est acclamé et idolâtré quand les résultats sont bons, mais au moindre écart, c’est la douche froide. K.A. DU CYCLONE
  37. 37. 40 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 CULTURE LE MOT POUR COMMENCER.. « Bura Na Mano, Holi Hai » en français « Ne soyez pas fâchés, c’est Holi » : voilà ce que vous pourriez entendre si vous décidiez d’aller en Inde au début du printemps le jour de la pleine lune. C’est à cette période que les Indiens fêtent Holi ou Phâlgunotsava (prononcez comme vous voulez). Cette célébration aux mille couleurs dure pendant deux jours consécutifs, voire une semaine dans certains pays et provient de la mythologie hindoue. Elle est dédiée à Krishna dans le nord (divinité suprême en Inde) et à Kâma dans le sud (divinité du désir). La Corée du Sud ou encore le Népal, où une forte popu- lation hindoue est présente, fêtent également Holi. La course Color me Rad est l’adapation française la plus connue. Une course de 5 km qui crée l’evene- ment par effet de mode : à quand l’ obsolescence ?
  38. 38. 41 * Le titre de ce sujet fait référence au roman de Ka- thryn Stockett intitulé « la couleur des sentiments ». Le roman mêle sur plus de 500 pages tension et comédie en pleine période de ségrégation raciale aux États-Unis dans les an- nées 60 et s’organise autour de trois personnages féminins qui se différencient par la couleur de peau, l’âge, la fonc- tion sociale et le langage. Le roman a été adapté au cinéma en 2011, un film poignant à découvrir ou à redécouvrir sans modération.
  39. 39. 42 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 CULTURE C ’est la plus vieille fête hindoue qui date de l’antiquité et qui, à l’origine, est la fête des moissons fructueuses et de la terre fertile, le printemps étant la saison des moussons et des pluies abondantes. Durant le premier jour, des feux de joie sont allu- més dans tout le pays. Ces derniers rappellent la crémation de Holîka, un démon brûlé par Vishnu (divinité protectrice) et symbolisent la destruc- tion du mal. Le deuxième jour, les choses sérieuses com- mencent : c’est ce qu’on appelle Dhuletti. Les gens s’habillent en blanc et se jettent des pig- ments de toutes les couleurs en s’excusant et en criant. Les jours précédant la fête des couleurs, tout le monde s’approvisionne en munitions, des ballons remplis d’eau colorée et poudre tein- tée : Qulal. Les pigments proviennent de plantes séchées et broyées. Les indiens pensent que la poudre embellit la peau et la rend plus douce. Une bonne raison pour se couvrir de couleurs ! La journée est placée sous le signe de l’amuse- ment. Chacun danse et chante sur fond de sonori- tés bollywoodiennes. L’occasion également de se remplir l’estomac avec des spécialités culinaires préparées spécialement pour Holi, comme par exemple le Thandaï, un mélange de lait glacé, d’amandes, d’épices et de cannabis (oui, tout est permis ce jour-là !). Le soir, place à la tranquillité. Visite aux fa- milles et aux amis. C’est un moment d’échange, de vœux et de cadeaux. On en profite également pour partager un repas pour les plus gourmands et veiller toute la nuit pour les plus courageux. Au-delà de la fête et du lancer de couleurs, Holi revêt une signification encore plus poignante pour certains car c’est la seule période de l’an- née où toutes les castes sont au même niveau. Il n’y a aucune différence de religion, d’origine, de sexe ou d’âge. C’est une fête mettant à l’hon- neur le pardon, la joie et la victoire du bien sur le mal ; fait encore plus marquant dans le nord de l’Inde, plus précisément dans l’Uttar Pradesh à Vrindavan, aussi surnommée la ville des veuves. Pendant ces deux jours, plus de 2 000 veuves fêtent Holi alors qu’elles sont habituellement écartées de tout événement et même rejetées par leurs familles. Depuis trois ans, elles sont autorisées à célébrer cette fête avec des milliers d’autres personnes. « LE jour où toutes les castes se mêlent, où le s i devant qui ils ont dû s’incli ne
  40. 40. 43 CULTURE Depuis plusieurs années, le phénomène colo- ré attire les occidentaux. Il se propage comme une traînée de poudre. D’abord repris par les fraternités et sororités des campus américains et canadiens, il est ensuite arrivé en Europe avec le Festival of Colours en 2012, organisé par des Berlinois qui souhaitaient reproduire cette at- mosphère indienne de joie, de partage et d’égali- té. Viennent ensuite le HoliRun, le festival Holi One Color, Holi Powder ou encore Holi Peace pour ne citer qu’eux. Le plus connu, en France, est le Color Run (pré- sente dans 200 villes) qui est une course de 5 km pendant laquelle les participants se font asperger de couleurs. Même concept à Lyon avec Color Me Rad. Cette année, l’événement se déroulera le 8 mai 2016 au Grand Parc de Miribel Jonage. Toujours sous forme de course, les participants vêtus de blanc se retrouvent colorés à la fin du parcours. Le marathon des couleurs est suivi d’un concert, une forme de mini festival : l’an dernier, ce sont près de 20 000 personnes qui ont participé au Color Me Rad. Holi est devenu un phénomène qui ne cesse de grandir au fil des ans et de séduire de nombreux pays. Malheureusement, le caractère premier a disparu de ces différents événements (course, cross, rallye, rave party, etc) repris par des as- sociations caritatives ou non. Les dates ne cor- respondent plus: on peut aussi bien trouver Holi au beau milieu de l’été qu’en plein hiver… Au- cun rapport donc avec la célébration de l’arrivée du printemps. Ce qui faisait la force de Holi, c’est l’acceptation de l’autre, le fait que toutes les castes soient réunies à un même endroit au même moment et sur un même pied d’égalité. En France, on ne retrouve plus cette idée. C’est un rendez-vous plutôt « select » et excluant en termes de représentation socioprofessionnelle. Et qui est malheureusement tombé dans la grosse machine du « dans trois ans vous l’aurez totale- ment oublié ». On est plutôt favorables à une ouverture vers le monde et donc à l’export des coutumes. Mais on déplore la désacralisation du concept. K.A LE SAVIEZ-VOUS ? CHAQUE COULEUR LANCÉE A UNE SIGNIFICATION : LE VERT POUR L’HARMONIE, LE ORANGE POUR L’OPTIMISME, LE BLEU POUR LA VITALITÉ, LE ROUGE POUR LA JOIE ET L’AMOUR. VOILA POUR LES PRINCIPALES COULEURS. le s inférieurs ont le droit d’insulter tous ceux cli ner pendant toute l’année »
  41. 41. 44 - S.Ø.W - NUMÉRO 1 CULTURE
  42. 42. 45 Yelle ? Mais si, un petit effort ! Son tube « Je veux te voir » a fait un carton en 2006. Beat electro-pop et clips colorés ambiance années 80 : c’est la recette originale que Yelle, acronyme féminisé de « You Enjoy Life », ap- plique à la lettre. En découle une musique résolument moderne et atti- rante. Projecteur sur cette artiste ‘complètement folle’. O riginaire de Bretagne, Julie Budet de son vrai nom, a été repérée sur le réseau MySpace en 2005. Dans la foulée, elle sort son premier album Pop Up en 2007, écoulé à 125 000 exemplaires, et influencé par la musique française des années 80, avec le titre À cause des Garçons, reprise phare du groupe épo- nyme. Chanson qui aura lancé le mouvement Tecktonik en France, qu’on s’abstiendra de commenter ici. On retiendra aussi le fabuleux titre Parle à ma main en featuring avec Fatal Bazooka, également populaire à l’époque. NEXT… Mais ouf ! Arrive 2011 : nouvelle année, nouvel album et nouvelles influences musicales avec l’album Safari, aux sonorités plutôt africaines. C’est à ce moment-là que Yelle perd une partie de son public français mais qu’elle fait mouche chez nos amis américains et québecois. L’album est très bien accueilli et le groupe se produit dans 23 villes américaines et 4 villes canadiennes, ce qui, pour une artiste française est plutôt pas mal ! Gros succès donc pour Yelle et ses deux comparses, GrandMarnier et Tepr, en dehors de l’Hexagone. Car c’est cette même année qu’elle est invitée pour la deuxième fois à Coachella (grand festival de musique en Californie et rendez-vous incontournable des « hippies chics »). L’IDOLE DES STARS AMÉRICAINES Depuis, elle connait un succès grandissant aux États- Unis, avec à son actif plus de 350 concerts donnés dans le monde avec ses deux acolytes. Repérée par Katy Perry suite à son remix de Hot N Cold en 2008, elle est invitée par la chanteuse pop sur sa tournée en Angleterre en 2011 pour y faire sa pre- mière partie. Beau coup de pub pour notre française ! La rencontre entre les deux chanteuses n’est finalement pas une si grande surprise quand on voit leurs deux univers. Très pop, très girl power, un peu provoc’et un brin kitsch. Katy Perry n’est pas la seule à avoir remar- qué la bretonne, David Hassel- hof (Alerte à Malibu pour les connais- seurs) ou encore Drew Barrymore sont tombés sous son charme décalé. Autant dire deux grosses stars américaines... ! DE RETOUR EN FRANCE Avec Complètement Fou, son 3ème et dernier album sor- ti en 2014, , Yelle détone une nouvelle fois. Produit par DJ Luke (qui a collaboré avec Pink, Katy Perry, Britney Spears ou encore Kesha) et enregistré à Los Angeles mais avec des textes en référence à des artistes français comme Richard Gotainer ou Etienne Daho en évoquant Ba$$in le fameux Weekend à Rome. Complètement fou, c’est le fruit d’une rencontre déjantée entre un producteur de génie et une artiste délurée, et d’une fraicheur qui fait du bien. Pas une semaine sans qu’il n’y ait un de ses morceaux dans le Top10 US. En 2015, Yelle a signé son grand retour en France avec une tournée dans plusieurs villes, notamment au Casi- no de Paris ou encore à Saint Brieuc, sa ville d’origine. Nous avons eu l’occasion de la voir chez nous à Lyon au Ninkasi en novembre, pour 2 heures de concert. Une prestation scénique au top, de la bonne humeur, de la sim- plicité, de la sauvagerie, et ça on achète ! (Jean-Marc Gé- néreux, sors de ce corps !) K.A. LE SAVIEZ-VOUS ? DEPUIS 2008, YELLE EST SPONSORISÉE PAR REEBOOK. POUR LES 25 ANS DE LA MARQUE, ELLE A SIGNÉ UNE COLLECTION SPÉCIALE. CULTURE
  43. 43. Quatre jeunes étudiants se découvrent un intérêt commun sur les bancs de la fac, celui d’explorer des tendances, pratiques et démarches qui sortent de l’ordinaire. Diplômes en poche, ils débutent respectivement leur car- rière dans différents domaines, mais continuent de passer de longues soi- rées à discuter ensemble de leurs dernières découvertes. Peu à peu nait l’envie de partager ce qui les passionne et les intrigue, puis l’idée d’un magazine. C’est la naissance de S.Ø.W ! Leur ambition ? Offrir une ouverture d’esprit sur les possibilités nouvelles qui nous entourent, les cultures d’ici et d’ailleurs, la remise en question de nos habitudes. Lyonnais d’origine ou d’adoption, ils veulent montrer que leur ville bouge, mais qu’elle est le re- flet de mouvements plus globaux. QUI SØWMES-NOUS ? Dans des bars, chez l’épicier du coin, en pleine rue, dans un musée et pourquoi pas dans une pharmacie ? À l’image de notre magazine, nous avons à cœur d’utiliser des moyens de diffusions inhabituels, et prouver qu’un magazine a sa place à chaque endroit où se trouve un potentiel lec- teur. Laissez-vous tenter et venez dé- couvrir ces points de ventes décalés sur notre site internet ! www.sow.magazine.fr Retrouvez aussi la page du Magazine S.Ø.W sur Facebook ! OÙ NOUS TROUVER ? p.8 : Tom Sanslaville ; p.10-13 : Photos : Brice Robert, Illustrations : Sophie Della Corte ; p.14 : Koreso; p.14-15 : Fanny Goubert; p.16 : Cornell University ; p.18 : Matthieu Riegler ; p.19 : Toby Melville ; p.20 : Lyrebird Compost Project ; p.21 : Le Doua Vert ; p.22-23 : Sophie Della Corte ; p.24-25 : S. Perraud; p.26 : Pascal Faucompré ; p.27 : Thierry Bazin ; p.28 : Brice Robert ; p.29 : Jacques Léone ; p.30 31 : Sam Jenkins ; p.32-33 : Le studio ; p.34-35 : photographies et illustrations : Soumaya Chaambi, Mélanie Ravier ; p.35 : Portrait : LyonMag ; p.36 : Arsène Marquis ; p.37 : Chriss Lagg ; p.38 : Valery Hache ; p.40-41 : Adnan Abidi ; p.44 : Maciek Pozoga CRÉDITS PHOTOS En bref, ils souhaitent que les lecteurs aient à leur tour envie de partager avec leur entourage ce qu’ils auront découvert au fil des pages ! L’AFFRANCHI LE PSYCHORIGIDE LA POINTILLEUSE LA SARCASTIQUE

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