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Grille de lecture des attentats du 13 novembre 2015 à Paris

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Approche systémique des attentats du 13 novembre 2015 à Paris

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Grille de lecture des attentats du 13 novembre 2015 à Paris

  1. 1. 26/11/2015 1 Grille de lecture des attentats du 13 novembre 2015 Introduction L’analyse des attentats de novembre se basera essentiellement sur le modèle de la Spirale Dynamique, même si d’autres champs de connaissance pourront être utilisés (philosophie, sociologie…) Les attaques commises par l’organisation criminelle internationale « Daech » au cœur de Paris le 13 novembre dernier nous rappellent la fragilité de nos sociétés dans un monde devenu complexe et chaotique. Face à ce tragique évènement la réponse des autorités, presque instinctive, a été l’emploi de la force armée dans le cadre d’une « guerre », en bombardant les positions de l’EI sur le sol Syrien. Cette riposte, naturelle, ne pourra à elle seule répondre aux défis posés à notre société suite à ces actes d’agression. Un deuxième angle d’appréhension de la question a consisté à dire que l’EI agissait dans le cadre d’une guerre de civilisations, ou de religions, l’organisation entretenant à escient la confusion afin de semer le trouble en occident et créer un processus d’adhésion à ces valeurs et à sa vision de la « juste » société. Cependant ces deux approches du phénomène, qui ont sûrement chacune leur part de vérité, demeurent insuffisantes pour penser l’acte d’agression dans un environnent donné. La naissance de l’EI L’EI, que je qualifie d’organisation criminelle internationale, s’est développé ces dernières années sur des portions du territoire mondial fortement fragilisées. Les raisons de ces fragilités sont multiples, j’en citerai les principales : - Enrôlement d’une population vivant dans la misère et exclue d’un régime autoritaire et répressif en Syrie ; - Etats africains marqués par une forte instabilité politique suite à une intervention extérieure, qui bouleverse l’équilibre général d’un système, comme au Mali ; - Chute de régimes dictatoriaux en Libye et en Irak, ayant entraîné une déstabilisation des régions concernées et une prise de contrôle de certaines portions des territoires par l’EI. Le développement de l’EI Profitant de ces fragilités, les personnes à la tête de cette organisation, fortement structurée et implantée dans plusieurs Etats, ont mis en place une structure sociale, une communauté sociale, qui assoit sa légitimité sur un socle de valeurs, notamment une vision rigoriste de l’islam, visant à lutter contre toute forme de décadence. Sur l’échelle de la Spirale Dynamique, l’EI a érigé un système organisationnel centré en DQ-Bleu, cherchant à imposer sa « Vérité-Ultime » qui est celle de dire que toute société ne pratiquant un islam rigoriste est considérée comme ennemie.
  2. 2. 26/11/2015 2 Cette référence à l’ennemi, basée sur le phénomène inclusion-exclusion, rappelle en ce sens les propos de l’ancien Président américain Bush sur « l’axe du mal ». Ce besoin d’ordre de la part des leaders de l’EI permet de contenir les excès de violence qu’une partie de la population de ces pays pourrait exercer à l’encontre des puissances occidentales, notamment en favorisant le passage d’un modèle CP-Rouge à DQ-Bleu. Le processus d’endoctrinement Une organisation centrée en DQ-Bleu a pour maxime « Sacrifier le soi maintenant pour obtenir une récompense plus tard ». Afin d’aboutir à un tel résultat de la part de ses membres un travail d’endoctrinement a été entrepris de la part de « Daech » qui compte parmi ses rangs deux catégories de personnes : - Celles disposant d’un niveau social plutôt élevé (médecins, ingénieurs, informaticiens…) servant de support à l’organisation et qui n’hésitent pas à user de procédés et de moyens de communication propres à une société tournée en ER-Orange (« exprimer le soi de manière calculée de façon à ne pas déclencher l’agressivité des autres ») On pense notamment au travail de séduction qui a lieu sur les réseaux sociaux visant à faire croire à certaines personnes fragiles la promesse d’un monde meilleur ; - La deuxième catégorie est constituée de personnes fragiles, exclues, rejetées par la société, par leur famille ou bien par les deux. Il est à noter que les recrutements se font aussi bien sur leur propre sol que dans des pays occidentaux grâce aux nouveaux moyens de communications, qui ont rajouté de la complexité et du désordre à un système actuel déjà fragile. « Daech », qui peut s’apparenter à une organisation de type sectaire, use d’un processus d’endoctrinement qui passe par plusieurs phases bien connues : repérage de la personne fragile, séduction, isolement, endoctrinement, entraînement et enfin passage à l’acte, phase la plus visible par l’opinion publique. On le voit, « Daech » est une organisation qui exploite les failles d’un système à la fois pour se développer mais également pour commettre des attentats dans des pays qui étaient considérés jusqu’à présent comme protégés par de telles menaces. Enfin de comprendre ce basculement il convient d’analyser la situation de la France au regard de la Spirale Dynamique. La situation de la France au regard de la Spirale Dynamique Au regard de la Spirale Dynamique la France se situe aujourd’hui à deux niveaux d’échelle.  DQ-Bleu tout d’abord. Son système politique et social, centré sur ce niveau, repose sur des règles essentiellement écrites, notamment la Constitution de 1958 qui proclame que « La République est une et indivisible ». Tout notre système de valeurs est fondé sur ce principe. Néanmoins ce modèle, centré en DQ-Bleu, est fortement mis à mal, et ce depuis de nombreuses décennies. Je me bornerai à une description sommaire de ces phénomènes.
  3. 3. 26/11/2015 3 Tout d’abord la crise économique, qui a véritablement pris de l’ampleur à partir des années 80, a entraîné une paupérisation, une précarisation et un accroissement des inégalités qui a eu pour effet de mettre au ban de la société une partie de la population : ouvriers, classes moyennes, populations des « banlieues » (terme impropre à mon sens) Ces catégories sociales ont très mal vécues ce phénomène d’exclusion, dont le point culminant en termes de violences furent les émeutes de 2005, manifestant un retour en CP-Rouge sur l’échelle de la Spirale Dynamique (logique d’affrontement au système dans une volonté de manifester sa propre identité) Sur un plan institutionnel, les grandes lois de décentralisation du début des années 80, en donnant une autonomie de décision à des structures impersonnelles, notamment les Conseils régionaux et les Conseils départementaux, ont contribué à fragmenter la société, à la diviser. L’excès de réglementations, de normes qui en découlent met à mal notre modèle social et économique, en créant une fracture entre ceux du dedans et ceux du dehors. Les personnes ne disposant pas des ressources nécessaires pour s’insérer à ce nouveau système, complexe, en sont automatiquement exclues, renforçant chez elles un sentiment de frustration qui perdure dans le temps. Sur le plan psychologique, de la rancœur s’accumule, et le moindre alibi (deux jeunes électrocutés en 2005) est saisi pour passer à l’acte violent. Il me semble important de souligner une autre conséquence de la mise en place de telles structures : une forme de déshumanisation des rapports sociaux, les individus devenant de simples rouages d’un système qui les englobe. Le parallèle avec la théorie de la « banalité du mal » d’Hannah Arendt n’est pas fortuit, dans la mesure où cette technicisation des rapports sociaux (cette « stupidité fonctionnelle » en terme organisationnel), ne peut qu’engendrer incompréhension et frustration de la part de ceux qui en sont exclus. Parallèlement à ce mouvement décentralisateur, la crise économique a entraîné un phénomène de repli sur soi avec un accroissement des revendications régionales (basques, bretons, corses…) propices à fragiliser encore plus la Nation dans son ensemble. Récemment un autre phénomène est apparu, tendant à fragiliser encore plus notre société, à savoir « l’ubérisation » de l’économie qui met à mal notre modèle économique et social. Ce nouveau modèle économique, centré en ER-Orange sur l’échelle de la Spirale Dynamique dans le cadre d’une économie mondialisée, tend à déstabiliser encore plus le système dans son ensemble.  A côté de ce modèle, centré en DQ-Bleu, la société civile et une partie de l’économie française sont passées au modèle suivant, à savoir ER-Orange, dans le cadre d’une concurrence libre et non faussée. Ainsi, dans le secteur privé, TPE, PME et grandes entreprises réclament depuis des années un allégement administratif, difficile à mettre en place car cela supposerait des réformes structurelles. A travers ces différents exemples on peut en déduire que le pays France n’a jamais été autant en situation de fragilité. Cette situation est inédite et provient de la conjonction de nombreux facteurs : crise économique, morcellement institutionnel, perte de « l’identité nationale », débat qu’avait essayé de lancer l’ancien Président de la République. En osant une métaphore, et conformément aux lois de la nature, on peut comparer la France à une fleur qui éprouve des difficultés à se développer en raison de mauvaises herbes qui l’étouffent. Cette fragilité la rend vulnérable vis-à-vis du monde extérieur, comme l’attestent les actes d’agression du 13 novembre.
  4. 4. 26/11/2015 4 Le passage à l’acte A travers cette brève description des acteurs en présence, il est maintenant aisé de comprendre le processus de passage à l’acte de l’EI. Celui-ci est la conséquence directe : - d’une situation de grande fragilité d’un Etat incapable de se réformer de l’intérieur depuis maintenant de nombreuses années, et en proie à la menace extérieure ; - d’un contexte international particulièrement instable, marqué par la présence de troupes françaises sur différents théâtres d’opérations. Les attaques françaises en Syrie, mais également au Mali ont été vécues par les membres de l’organisation EI comme une véritable agression à leur encontre. Elles ont été interprétées comme cherchant à remettre en cause leur système de valeur, et a entrainé en conséquence une riposte à la mesure du sentiment d’agression qu’ils ont subi. Les actes de barbarie commis sur le sol français manifestent une régression en CP-Rouge de l’organisation. Dans ce cadre un rapport de force s’instaure. Les personnes placées dans ce modèle, bras-armés de l’organisation, ont été préparés physiquement et psychologiquement au combat. Elles n’éprouvent aucun remord ou aucune culpabilité dans la mesure où elles agissent au nom d’une « vérité supérieure » qui les transcende. La maxime du CP-Rouge est : « exprimer le soi sans culpabilité pour satisfaire immédiatement ses impulsions ». Cette brève grille de lecture des attentats du 13 novembre à Paris laisse déjà entrevoir quelques pistes pour sortir de cette situation de blocage. Quelques pistes de réflexion  Sur un plan militaire il est nécessaire d’envisager un calendrier de sortie des territoires sur les lesquels les troupes françaises sont engagées, notamment en Syrie et au Mali (plus généralement partout où l’EI est présent) En effet, comme cela a été décrit précédemment, l’EI, s’étant senti agressé lors des premières interventions de la France en Syrie, a régressé impulsivement sur l’échelle des valeurs en CP-Rouge. Or, comme le souligne la Spirale Dynamique il est difficile pour une société située à un niveau supérieur de rentrer en relation avec une organisation repliée en CP-Rouge. Dans ce cadre répondre par un conflit armé à une organisation qui a son propre mode de fonctionnement à la fois mental et psychologique ne peut qu’entraîner une situation de blocage et une escalade de la violence symbolisée par la commission de nouveaux attentats. Par ailleurs la riposte par la force va avoir pour effet mécanique de souder la communauté sociale qui s’est formée autour des leaders, tendant à renforcer davantage leur légitimité. Afin de dissiper cet état de tension il est nécessaire de se retirer de la zone, afin que l’organisation retrouve une forme d’homéostasie qui lui est propre.  Une autre démarche intéressante serait d’envisager, une fois la situation apaisée sur ces territoires, l’envoi de missionnaires chargés de répandre la voie d’un islam modéré et d’ouverture aux personnes fragiles engagées dans un processus de rapport de force de type binaire (le bien/le mal). Il s’agit de les faire passer d’une logique CP-Rouge à une logique DQ-Bleu facteur d’intégration.
  5. 5. 26/11/2015 5  Une fois le retrait militaire opéré il est nécessaire d’entreprendre une action de grande envergure sur le territoire national. La première démarche se situe sur le plan sécuritaire, ce qui est en train d’être fait : démantèlement des cellules djihadistes, localisation et renvoi des personnes appelant au conflit ou à l’affrontement (par ex. imams répandant un discours haineux…), renforcement des contrôles dans les lieux de fluidité (ports, aéroports, gares…) La deuxième démarche est le véritable grand chantier à entreprendre pour redonner à la France le second souffle dont elle a besoin. Il s’agit de repenser la structure même de notre modèle politique, économique et social. A ce stade deux options sont envisageables : Procéder à une réforme horizontale visant à conserver le modèle social centré en DQ-Bleu selon lequel la France est une République laïque, une et indivisible ou bien opérer un changement vertical progressif de DQ-Bleu vers ER-Orange. A mon sens la solution la moins complexe à mettre en œuvre est de procéder à une réforme horizontale de notre modèle politique et social, le changement intervenant uniquement au niveau des valeurs de surface. Les réformes de structure entreprises auraient pour finalité de décomplexifier et de fluidifier le système dans son ensemble. Il s’agit aussi d’adopter de nouveaux comportements et de nouveaux processus de pensée plus en phase avec le monde tel qu’il est. Je ne rentrerai pas ici dans les détails, une telle entreprise ne pouvant être décrite en 4 ou 5 pages. Je citerai cependant un exemple, la démarche entreprise par le ministre de l’Economie E. Macron visant à instiller un peu de fluidité au sein des professions réglementées, notamment chez les avocats. En réponse à ces mesures, la corporation des avocats (centrée en DQ-Bleu) a manifesté un blocage, ce qui s’est traduit par de grandes tensions synonymes d’un repli en CP-Rouge (on se souvient des affrontements entre avocats et CRS) Ce blocage vient du fait qu’une telle réforme, pour être admise, doit s’inscrire dans un cadre permettant aux mentalités d’évoluer, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Conclusion Les évènements tragiques du 13 novembre nous ont fait comprendre à quel point notre société était devenue fragile face aux menaces extérieures. Les Etats-Unis, également engagés sur des théâtres d’opérations extérieurs, n’ont pas connu d’attentas de grande ampleur sur leur sol au cours de ces dernières années. Il convient de s’interroger sur cet état de fait. Aujourd’hui les dirigeants de notre pays sont face à un dilemme : continuer dans la voie de la complexification de notre système ou bien adopter une posture de courage visant à entreprendre les réformes structurelles dont le pays a besoin. Une vision à long terme, qui fait défaut aujourd’hui, est nécessaire si l’on veut que les générations futures vivent mieux. Florian Siarre -----------------

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