Frederic lacave-aetos

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Frederic lacave-aetos

  1. 1. Mensuel 01.2012 n°4 De l’élasticité du temps L e constat est connu : notre environnement de travail a une influence profonde sur notre rapport au temps. Ce que résume Joao Ciaco, vice-président marketing de Fiat Amérique du Sud et président de l’Association des annonceurs du Brésil : avec l’avènement du numérique, « la vitesse et le planning sont absolument différents. Tout est accéléré. Avant l’ère digitale, la définition de nos plans marketing prenait plus de temps et était beaucoup plus détaillée. Aujourd’hui, nous devons prendre des décisions immédiates. Et prendre des risques. Donc, nous prenons les risques qui accompagnent des décisions beaucoup plus rapides. » Mais la technique n’est pas seule en cause. La perception du temps varie selon les âges (les rythmes biologiques), les émotions et situations vécues (traumatisme, mélancolie, angoisse, etc.) ainsi que les éventuelles pathologies affectant les mécanismes cognitifs (mémoire, attention). Un colloque scientifique s’est tenu à ce sujet le 16 décembre 2011 à l’Université de Rennes-I, s’attachant à étudier et expliquer les différentes variations de notre rapport au temps. Parmi de nombreuses contributions de qualité, dont celle du professeur John Wearden, de l’université de Keele (Angleterre), « un psychologue dont les travaux ont transformé la notion de perception du temps chez l’homme à la fin des années 1980 », le mot le plus juste revient peut-être au professeur Yvan Touitou, Vice- Président de la Société Internationale de Chronobiologie : « Notre organisme comporte de nombreuses horloges biologiques. Je ne sais pas où est le chef d’orchestre, mais je ne peux pas imaginer qu’elles ne soient pas coordonnées entre elles. » Sans doute revient-il à chacun d’entre nous, par souci de bien-être ou d’efficacité, de commencer par veiller à cette « harmonie entre le temps biologique, le temps mesuré, le temps vécu ». Sources : « Internet modifie la prise de décision », interview de Joao Ciaco pour Challenges n°1654, 10/11/2011 ; « Le temps passe plus ou moins vite selon l’âge », par Damien Mascret, Le Figaro, 20/12/2011 ; Colloque « Temps et Temporalité : Importance de la rythmicité dans l’organisation psychique », www.temps-rythmicite.com. L’INVITÉ DU MOIS : FRÉDÉRIC LACAVEDans la mythologie grecque, Auditeur de l’INHES, diplômé de 3e cycle universitaire en économie (Paris-IXl’aigle ( , AETOS) est Dauphine), ainsi qu’en économie et administration publique (Lille-I), Frédéric Lacavel’un des attributs de Zeus.Emblème solaire, expression a un parcours aussi riche qu’atypique. Après avoir débuté sa carrière dans l’entreprise,de combativité et de victoire, au sein du groupe Dumez France, il choisit le service public. Il y exerce de nombreusesmaître des airs et du temps, responsabilités, notamment auprès du Président de la Maison de l’Europe de Paris, duil voit « plus haut, plus vite, Secrétaire Général du Conseil de Paris ou de parlementaires, maires d’arrondissement,plus loin » et incarne ainsi mais aussi sur l’Ile de Saint-Barthélemy, dans les départements français d’Amérique.les atouts de la puissance En 1999, il est promu délégué à la Coopération internationale et aux organisationsaérienne. internationales de la Mairie de Paris puis, en 2002, Chef-adjoint de cabinet puis conseillerCette publication du CESA auprès du Président du Sénat pour les questions de sécurité, de défense et du mondea pour vocation de susciter combattant. En 2006, il est nommé Sous-préfet, Directeur de cabinet du Préfet du Cherdes échanges et tendre despasserelles entre les aviateurs, puis Chef de cabinet du Préfet de la région d’Ile-de-France, Préfet de Paris.et plus généralement les Aujourd’hui il pilote le Service de coordination à l’intelligence économique (SCIE)personnels de la Défense, et des ministères économique et financier, à Bercy. Frédéric Lacave est Chevalier deles décideurs de tous horizons l’ordre national du Mérite, des Arts et des Lettres, des palmes académiques et du mérite- publics et privés. agricole. Colonel (rc) de l’armée de l’air, il est par ailleurs Président délégué de l’Institutwww.cesa.air.defense.gouv.fr Méditerranéen de Coopération et administrateur de l’association Atouts Légion. ● « Agir librement, c’est reprendre possession de soi, c’est se replacer dans la pure durée » Henri Bergson
  2. 2. L’INVITÉ DU MOISEntretien avec Frédéric Lacave« Le monde a déjà changé : il est temps de faire coïnciderle temps de l’administration avec celui de l’entreprise ! » Comment une administration comme Bercy s’adapte- l’autre concept que je me propose de mettre en oeuvre : celuit-elle aux temps de crise que nous traversons ? Quel est des 4 P - pour « partenariat patriotique public privé ».précisément votre rôle à la tête du Service de coordination Le monde n’est pas en train de changer : il a déjà changé.à l’intelligence économique (SCIE) ? Il est temps de rassembler nos forces, de mobiliser davantage le Le SCIE est un service d’ingénierie transversal d’adminis- secteur public au profit de l’initiative privée, et notamment detration centrale, ouvert et disposant de capteurs et de relais faire coïncider le temps de l’administration avec celui de l’en-territoriaux opérationnels : nous sommes avant tout une ad- treprise. Il faut une prise en compte plus immédiate, et plusministration prestataire de services. Nos clients sont, d’une cohérente, entre le temps réel, qui est celui de l’entreprise, etpart, la trentaine de directions générales et services des minis- l’accompagnement de cette dynamique par l’administration.tères économique et financier, en vue de mutualiser et d’opti- Mais attention : s’adapter au terrain signifie en premiermiser l’information utile à la prise de décision stratégique, et lieu s’adapter aux rites, aux coutumes, à « l’écosystème cultu-d’autre part les entreprises françaises. J’inscris ici mon action rel » de l’autre. C’est le troisième axe que nous mettons endans la stratégie fixée par le Gouvernement : l’industrialisa- oeuvre au SCIE : celui d’« intelligence culturelle », qui est aution - ou la réindustrialisation - du tissu économique français, coeur de notre mission. Il s’agit notamment de développer despar la détection d’entreprises innovantes et l’accompagne- partenariats « gagnants-gagnants » avec les pays émergents, enment de leur développement économique, pour les aider à particulier, et d’accompagner l’acculturation des entreprises àatteindre la taille critique nécessaire à une projection efficace la complexité de leurs marchés.à l’international. Ce dernier point est essentiel. Le rapport entre la taille et L’emploi d’un vocabulaire martial n’est-t-il pas antino-le développement international est mécanique : l’Angleterre mique avec cet objectif plus « subtil » ?dispose de 2,5 fois plus d’entreprises intermédiaires que la Je ne le crois pas. Nous sommes ici dans le domaine desFrance, et fait 2,5 voire 3 fois mieux que nous en matière de stratégies d’influence, qui imposent une manoeuvre, souplecommerce extérieur. Quant à l’Allemagne, c’est 4 fois plus sur mais déterminée, sur l’environnement global de la cible. Laces deux critères ! L’objectif est donc clair : il faut réindustria- priorité est de rompre avec notre « technoculture » parfoisliser le pays, renforcer notre tissu intermédiaire pour permettre très arrogante : le TGV est certes le meilleur train du monde,l’éclosion d’ETI (établissements de taille intermédiaire, de 250 mais l’argument n’est pas suffisant pour le vendre à l’Arabieà 5 000 salariés) et être ainsi meilleur à l’exportation. Saoudite ! Le résultat de ces postures, ce sont des échecs com- Lorsque nous sommes dans une zone de croissance faible, merciaux. Cette arrogance vient de loin : elle puise ses racinesvoire négative, nous n’avons pas le choix. Il faut anticiper les dans un esprit de corps qui habite encore trop souvent l’élitemutations économiques et re- administrative et économiquetrouver l’esprit de conquête. « Il faut retrouver l’esprit de conquête, de notre pays. Les difficultés,C’est-à-dire donner, par l’éco- purement bureaucratiques, quenomie de la connaissance, des c’est-à-dire la capacité à conquérir ‘les j’ai dû surmonter pour recruteravantages compétitifs à nos coeurs et les esprits’ pour s’implanter le général (2S) Dominique Gé-entreprises pour s’implanter sur de nouveaux TOE : les théâtres rard comme chef du départe-efficacement sur de nouveaux ment de l’intelligence culturellethéâtres d’opérations écono- d’opérations économiques. » et de la recherche de l’informa-miques (TOE). C’est dans les tion économique, illustrent lespériodes difficiles qu’il faut faire preuve de courage et explorer efforts restant à accomplir en matière de circulation des élites,tous les champs du possible. Avec mes équipes, notre rôle est entre sphères civiles et militaires, ainsi qu’entre public et privé.de détecter les pépites qui ont vocation à devenir les cham- Alors que nous avons tous - tellement - à y gagner !pions nationaux de demain, et de leur offrir un accueil privi- S’agissant de nos capacités de projection à l’internatio-légié, une capacité de décloisonnement et de mobilisation des nal, je suis persuadé que nous pouvons être collectivementdifférents outils administratifs, ainsi qu’un accompagnement beaucoup plus efficaces en réorganisant au plus vite les trop« cousu main ». Pour ces entreprises, nous sommes à la fois nombreux services dédiés à cette mission de l’Etat, qui fonc-des chargés d’affaire et des facilitateurs. tionnent de façon incohérente, voire contradictoire. Et en utilisant d’autres méthodes de persuasion, d’autres manières Vous employez une terminologie - les TOE - qui ren- de promouvoir nos produits et nos services, de suggérer leurvoie à la culture militaire... avantage comparatif. Ce différentiel de valeur ajoutée, c’est la A dessein, bien sûr. Qui mieux qu’un militaire peut « french touch », qui est une nouvelle gouvernance relation-s’adapter au terrain et aux espaces d’affrontement ? Il s’agit nelle, d’égal à égal, dans le domaine commercial. Elle supposeen effet de se projeter sur ces théâtres d’opérations extérieurs, de respecter et de valoriser les cultures des peuples, de s’y in-qui sont aujourd’hui économiques. Car c’est dans le champ téresser réellement pour apprendre à les connaître et disposerde l’économie que se jouent les rapports de force, de puis- in fine d’un angle d’attaque beaucoup plus acceptable - et ef-sance mais aussi d’influence. C’est ici que se déploie au mieux ficace. La diversité culturelle est une richesse extraordinaire2 AETOS mensuel n°4 - janvier 2012 - www.cesa.air.defense.gouv.fr
  3. 3. L’INVITÉ DU MOISque les Français sont parmi les mieux à même de comprendre tront d’ouvrir de nombreuses portes. Ce qui nécessite d’êtreet d’apprécier. Le savoir-faire est certes indispensable, et doit en mesure de traiter les personnes, pas seulement en fonctionêtre renforcé en permanence pour que nos produits soient de leurs titres ou de leurs responsabilités officielles, mais deles plus compétitifs possibles. Mais la compétence ou même leurs capacités décisionnaires, de leur influence réelle dans lesl’innovation ne suffisent pas si notre démarche est un simple rouages de décision. Nous sommes loin de la morgue de castecopier-coller aseptisé de ce que font nos concurrents. La dif- propre à certains corps que j’évoquais précédemment, maisférence se cultive dans le savoir-être, une autre façon de faire, plus proche de cette humilité qui est aussi l’une des vertusd’aborder les marchés. Car cette intelligence culturelle est au cardinales des aviateurs.service de la compétitivité denos entreprises. Que vous inspire juste- ment la volonté de l’armée L’intelligence culturelle de l’air de s’ouvrir davan-est aussi l’un des piliers tage à la société civile ?de la stratégie d’influence Je reconnais et salueaméricaine, aux côtés de la tout à la fois l’audace et lapuissance économique et ténacité qui caractérisentmilitaire. Quelle est ici la l’armée de l’air. La ténacité,différence ? Quel est l’état parce que je perçois dansdu jeu concurrentiel dans cette initiative le prolonge-ce domaine ? ment de l’impulsion donnée La France n’est pas dans par le précédent chef d’état-une logique de nature im- major de l’armée de l’air, lepérialiste, voire néocolonia- général Stéphane Abrial. J’ailiste, qui viserait à préempter eu l’honneur de connaîtretoutes les ressources ou do- Frédéric Lacave reçoit le colonel Olivier Erschens ce grand soldat, qui est unminer des zones géographiques dans son bureau à Bercy, le 19 décembre 2011 chef et un visionnaire, qui aentières, mais bien au contraire su inscrire son action dansdans une relation partenariale, d’égal à égal. C’est ce qui l’époque, en tendant la main à la société civile, au-delà deschange totalement la donne. La relation que je vais avoir avec réseaux connus comme l’IHEDN, vers les forces vives, éco-un nouveau pays émergent du Maghreb, par exemple, sera nomiques, de la Nation. Et c’est audacieux de faire le choixà la fois respectueuse et décomplexée. Il est impératif de dé- de ne pas rester isolé dans son microcosme confortable, ras-complexer nos relations en direction des pays avec lesquels surant. Quand on reste entre soi, on est comme en famille :nous partageons une histoire. Notamment avec l’Afrique, on se connaît et on se complaît. Mais « la richesse, c’est lesqui sera le dernier continent émergent, et que nous sommes autres ». Sachant que ce n’est pas si facile d’aller vers l’autre,mieux fondés à accompagner que d’autres. de s’ouvrir au monde dans lequel nous vivons. Ce courage Nous devons comprendre ces peuples, l’orientation stra- est pourtant, aujourd’hui, indispensable. Pour paraphraser letégique de ces pays, et voir comment jeter des passerelles, président Mao, je dirais que l’armée doit être au sein de la Na-voire bâtir des ponts, à partir de l’identification des points tion « comme un poisson dans l’eau ». Non pour la subvertirde convergence entre nos cultures. La politique publique évidemment, mais pour réellement s’y plonger, sentir ses flux,d’intelligence économique y participer et rayonner plusy contribue, en développant efficacement.une ingénierie de coopéra- « Je salue l’audace et la ténacité de l’armée C’est là encore de l’in-tion internationale dans ce de l’air. La ténacité dans la main tendue telligence culturelle : unedomaine, qui nous permet meilleure connaissance dede mieux apprécier les pers- vers la société civile. L’audace de s’ouvrir la société et de ses évolu-pectives de développement au monde dans lequel nous vivons, et de s’y tions constitue un atout dé-économique de ces payspartenaires, tout en faisant plonger ‘comme un poisson dans l’eau’. » cisif. Car disposer de relais au sein d’un réseau permetbénéficier ces derniers de d’anticiper les besoins et lesnotre expertise. Cet effort s’inscrit dans la durée, notamment attentes, et de mieux y répondre. Cela passe par l’acquisitions’agissant de la connaissance et de la maîtrise des langues, qui de cette vision d’ensemble, de ce « radar à 360° ». C’est unconstituent une forme de confiance, puis de connivence. point commun entre l’initiative portée par l’armée de l’air, A rebours des méthodes anglo-saxonnes, les Allemands et telle que je la perçois à travers la revue AETOS, et ce que nousles Chinois me semblent développer l’intelligence culturelle faisons à Bercy : décloisonner, désenclaver, mutualiser, pouravec une grande pertinence. Dans les deux cas, on a une lan- se projeter plus forts dans un ailleurs qui est source d’interro-gue particulièrement ardue, peu universelle, qui ne peut donc gations, mais aussi de richesses.être utilisée comme vecteur. Leur force est ici dans le rituel, Un autre point commun tient à l’importance accordéec’est-à-dire la culture, cette capacité à s’appuyer sur une « fa- au facteur temps. Pour ma part, sa maîtrise me semble biençon d’être au monde » et à l’assumer de façon visible, presque ambitieuse : le temps nous échappe un peu, à chaque instant.sous forme de cérémonial. Allemands et Chinois ont en com- J’essaie à mon niveau de l’accompagner, de valoriser le mieuxmun le respect de l’autre dans son altérité profonde, sa sin- possible les différents espaces-temps des acteurs économiques.cérité, et la capacité à identifier les « mots-clés » qui permet- Et c’est déjà un combat titanesque ! ● 3 AETOS mensuel n°4 - janvier 2012 - www.cesa.air.defense.gouv.fr
  4. 4. ANALYSES & PERSPECTIVES L’exemplarité de l’espace « made in France » Le 19 décembre 1961 était créé le Centre national d’études spatiales (CNES), qui tenait son Un attelage premier conseil d’administration le 27 février 1962. 50 ans d’espace « made in France » qui at- testent d’une incontestable réussite. Dès le 26 novembre 1965, la France devient la troisième qui va faire puissance spatiale, grâce à un lanceur Diamant qui envoie son premier satellite. La même année, ses preuves : deux appareils scientifiques sont mis en orbite. « Avec la mise en service des premiers satellites de té- des militaires lécommunication, tout le monde pressent que le proche espace circumterrestre est un enjeu stratégique. » Dès l’origine, le secteur spatial hexagonal repose sur un attelage apparemment improbable, mais « venus du qui va faire ses preuves : des militaires, venus des premières bases de lancement au Sahara, qui, Sahara » et en charge de l’opérationnel, travaillent au quotidien avec « de jeunes ingénieurs aux dents longues tentant d’industrialiser la filière. » En 1974, « l’Europe signe un accord historique. La construction « de jeunes d’un nouveau lanceur sous la maîtrise d’oeuvre d’un seul architecte : le CNES. » Ce sera Ariane, dont ingénieurs aux le succès commercial s’affirme à partir de 1986, quand elle met sur orbite le premier satellite dents longues ». d’observation de la Terre (Spot 1), tandis que la navette Challenger explose en plein vol, « brisant net les rêves hégémoniques de la Nasa ». Et c’est aujourd’hui avec la Russie que « l’Europe spatiale » collabore le plus activement : fin octobre 2011, une fusée Soyouz décollait de Kourou avec à son bord deux satellites de la constellation Galileo, le futur système de navigation européen concurrent du GPS américain, et une autre lançait le 16 décembre un nouveau satellite d’observation civil Seuls les Etats- et militaire, Pleiades 1, ainsi que quatre petits satellites Elisa. Réalisés par Astrium et Thales, ces derniers forment un démonstrateur technologique d’une importance capitale. Destiné à traiter le Unis, la Russie, renseignement d’origine électromagnétique, il permet à la France d’être le « premier pays européen et peut-être la à se doter d’une capacité d’écoute spatiale. » Comme le résume le général de l’armée de l’air Yves Chine disposent Arnaud, du Commandement Interarmées de l’Espace, le système Ceres qui devrait en découler « permettra de reconstituer l’architecture d’un réseau de téléphonie ou de radio, donc d’établir l’organi- de la capacité sation d’un état-major, mais aussi de mesurer son niveau d’activité, c’est-à-dire d’anticiper l’action d’un d’écoute adversaire. » Seuls les Etats-Unis, la Russie et, peut-être, la Chine disposent d’une telle capacité. Cette excellence française est d’autant plus essentielle que, comme le note le directeur de spatiale l’Ecole supérieure de commerce de Grenoble, Jean-François Fiorina, « le spatial est à la fois un poursuivie territoire de puissance et de développement commercial. » Au delà du prestige et de la suprématie aujourd’hui par militaire, les enjeux commerciaux sont colossaux : « le développement du secteur spatial engendre des retombées pour l’innovation et contribue fortement à la compétitivité d’entreprises à forte valeur la France. ajoutée. » Les pionniers de l’espace sont donc aussi les défricheurs de temps nouveaux : ceux d’une nécessaire collaboration, étroite et vertueuse, entre les mondes civils et militaires. ● Sources : « Le CNES, cinquante ans d’espace ‘made in France’ », par Alain Perez, Les Echos, 19/12/2011 ; « La France, premier pays européen à sa doter d’une capacité d’écoute spatiale », par Nathalie Guibert, Le Monde, 18/12/2011 ; « Géopolitique de l’espace : entre volonté de puissance et applications commerciales », par Jean- François Fiorina, note CLES n°45, ESC Grenoble, 1/12/2011. Extraits « Les systèmes antimissiles se développent, avec des radars adaptés. Tous les grands pays ont besoin de capteurs supplémentaires pour connaître la défense des autres et, ainsi, bien calibrer leurs moyens d’attaque, mesurer leur pertinence. C’est donc pour la France une étape importante en matière de crédibilisation de la dissuasion. » (Xavier Pasco, expert à la Fondation pour la recherche stratégique AETOS - FRS, cité par Nathalie Guibert, Le Monde, op. cit.). Une publication du CESA « L’industrie de production et de services spatiaux est en pleine expansion et irrigue de nombreux Centre d’études stratégiques aérospatiales secteurs économiques. Comme le soulève un rapport de l’OCDE, les populations sont pourtant peu 1 place Joffre conscientes de la contribution réelle que le spatial apporte à leurs sociétés. Et pourtant ! Jean-Luc 75700 Paris SP 07 - BP 43 Lefebvre, responsable de programme à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), www.cesa.air.defense.gouv.fr rappelle qu’une journée sans satellite perturberait grandement le fonctionnement des sociétés à l’économie Directeur de publication : avancée. Les télécommunications, la météorologie, la gestion des ressources naturelles et des risques, la colonel Olivier Erschens navigation-localisation : toutes ces activités dépendent directement de quelque 750 satellites civils, Contact : gouvernementaux et commerciaux. En Europe, on estime que 7 % du PIB, soit 800 milliards d’euros parolivier.erschens@inet.air.defense.gouv.fr an, est lié à la seule navigation par satellite. En 2009, l’économie du secteur spatial hors budgets étatiques Tél : 01 44 42 83 95 était estimée entre 110 et 150 milliards d’euros. Les télécommunications sont le principal marché, devant Recevoir AETOS : la géolocalisation, l’observation de la Terre ou encore l’industrie de lancement : elles génèrent quelques 11c2.ds.cesa@inet.air.defense.gouv.fr milliards d’euros de revenus annuels. » (Jean-François Fiorina, « Géopolitique de l’espace », op. cit.) ● 4

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