Histoire	de	la	langue	française
Le	français	du	Québec
Jia	Rong	Shao
1
2
2
4
6
Introduction
PARTIE	I	:	LA	FRANCE
Grand	Siècle	(1594-1715)
Siècle	des	Lumières	(1715-1789)
Révolution	française	...
1
Introduction	
		
L'image	la	plus	exacte	de	l'esprit	français	est	la	langue	française
elle-même.	
—	Jean	Marie	Napoléon	D...
2
Partie	I	:	La	France
Grand	Siècle	(1594-1715)
Je	défendrai	jusqu'à	la	mort	la	pureté	de	la	langue	française.
—	François	...
3
L'Académie	française	et	le	Dictionnaire	
Le	cardinal	de	Richelieu,	premier	ministre	sous	le	règne	de	Louis	XIII	(roi
de	...
4
couramment	 le	 français	 aristocratique.	 Avec	 le	 temps,	 le	 français	 devient
peu	 à	 peu	 une	 langue	 littéraire,...
5
anglaise	;	la	France	afficha	une	plus	grande	ouverture	d'esprit.	Par	contre,
les	 dirigeants	 du	 royaume	 français	 ne	...
6
Français.	 À	 cette	 époque,	 les	 grands	 penseurs	 et	 hommes	 d'influences
voyageaient	jusqu'en	Angleterre,	puis	ils	...
7
À	partir	de	1793,	les	locuteurs	de	toute	langue	qui	n'est	pas	le	français	(soit
des	 idiomes	 féodaux)	 furent	 pourchas...
8
Partie	II	:	Le	Québec
Régime	français	(1608-1760)
		
Avec	la	mer,	le	lac,	la	forêt,	la	rivière
Et	la	neige	des	infinis
L...
9
La	provenance	des	colons
Selon	 une	 recherche	 menée	 par	 le	 PRDH	 (Programme	 de	 Recherche	 en
Démographie	Historiq...
10
du	 même	 groupe	 linguistique	 (langue	 véhiculaire	 de	 la	 région	 urbaine	 de
Paris).	 Philippe	 Barbaud,	 lui,	 pe...
11
françaises	et	s'identifiaient	plus	avec	le	personnage	canadien	(coureur	des
bois,	 sentiment	 de	 liberté,	 lien	 avec	...
12
conservé	leurs	droits	civils	et	religieux,	ainsi	que	la	permission	de	parler	la
langue	française.
Le	Traité	de	Paris	(1...
13
L'Acte	de	Québec	(1774),	un	acte	de	compromis
Rédigé	 par	 le	 gouverneur	 Guy	 Carleton,	 ce	 document	 fut	 accepté	 ...
14
Canada-Ouest	 (majoritairement	 anglophone)	 avait	 une	 population	 de	 400
000.	 76	 %	 de	 la	 population	 du	 Bas-C...
15
Montréal.	Dans	les	années	qui	suivirent,	il	eut	de	plus	en	plus	d'échanges	et
de	communications	entre	le	Bas-Canada	et	...
16
L'essor	de	l'Église
Jusqu'en	1940,	l'image	du	Canadien	français	se	résumait	en	quatre	points	:	il
est	 francophone,	 ca...
17
l'Église	perdit	rapidement	son	pouvoir	et	le	Québec	fut	boulversé	par	des
changements	 colossaux.	 C'est	 la	 fin	 des	...
18
fortement	 contaminé	 par	 l'anglais,	 utilisé	 au	 Québec	 »	 .	 Malgré	 sa	 con-
notation	 péjorative	 (le	 mot	 cont...
19
L'avenir	de	la	langue	au	Québec
		
L'avenir	de	la	littérature	québécoise	et	de	son	histoire	d'amour	avec	la
langue	est	...
20
Le	 Québec	 est	 une	 province	 qui	 a	 connu	 énormément	 de	 boulversements
aux	 niveaux	 social,	 politique	 et	 lin...
Défendre	le	français	au	Québec,	ne
serait-ce	pas	équivalent	à	la	protection
de	son	identité	?
Histoire de la langue française - le français du Québec
Histoire de la langue française - le français du Québec
Histoire de la langue française - le français du Québec
Histoire de la langue française - le français du Québec
Histoire de la langue française - le français du Québec
Histoire de la langue française - le français du Québec
Histoire de la langue française - le français du Québec
Histoire de la langue française - le français du Québec
Histoire de la langue française - le français du Québec
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Histoire de la langue française - le français du Québec

12 vues

Publié le

0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
12
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
2
Actions
Partages
0
Téléchargements
1
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Histoire de la langue française - le français du Québec

  1. 1. Histoire de la langue française Le français du Québec Jia Rong Shao
  2. 2. 1 2 2 4 6 Introduction PARTIE I : LA FRANCE Grand Siècle (1594-1715) Siècle des Lumières (1715-1789) Révolution française (1789-1799) PARTIE II : LE QUÉBEC Régime français (1608-1760) régime britannique (1760-1840) Canada-Uni et Confédération de 1867 (1840-1960) Révolution tranquille (1960-1970) L'avenir de la langue au Québec Histoire de la langue française : le français du Québec Jia Rong Shao Table des matières 8 8 11 13 16 19
  3. 3. 1 Introduction L'image la plus exacte de l'esprit français est la langue française elle-même. — Jean Marie Napoléon Désiré Nisard Lorsqu'on parle de la langue, le mot « culture » nous vient à l'esprit. Malgré que ces deux semblent ne rien avoir en commun, elles sont des éléments importants de l'identité d'un individu. Dans le cas de la sociologie et des sciences humaines, la culture assure une fonction de différenciation et permet à l'individu de se définir comme membre d'un groupe à l'exclusion de tout autre. De l'autre côté, l'aspect patrimonial de la culture nous dicte que cette dernière fait partie de notre identité, de qui nous sommes. La langue, elle, est un facteur d'organisation de la pensée et d'intégration sociale. Ce phénomène révolutionnaire de la communication dépasse l'expression de ses besoins, mais s'étend plutôt vers la manifestation de ses pensées et de ses désirs. Voilà justement ce qui différencie la race humaine des animaux ! Dans le même ordre d'idées, la division d'une société réflète l'image de la langue. Plus une communauté est diversifiée, plus le nombre de sous- cultures et de différences linguistiques augmente ; d'autre part, si la division du travail se faisait de manière minimale et les membres de la société vivaient dans des conditions socio-économiques similaires, la culture et l'idiome populaires seraient extrêmement répandus. Le français à l'aube de l'Histoire du Canada était un dialecte étrange ; la disparité sociale du royaume de France, ainsi que la division de la langue, ont fait en sorte que les colons français ne s'entendaient qu'à moitié. Avec le temps, la langue française, qui, autrefois, était si maladroite, s'épanouit et se normalise. Malheureusement, la fin du Régime français indique le déclin du statut de la langue. Les Canadiens, victimes d'assimilation, durent survivre plus de 200 ans sous la domination britannique. Ceci ne fait que renforcer le sentiment de protection de l'identité. Aujoud'hui encore, la langue est un enjeu important sur le territoire québécois ; on l'associe souvent à la culture et à l'identité collective de la nation. Le récit suivant détaille les effets que les aspects sociopolitiques de la vie commune peuvent avoir sur la langue parlée, tout en explorant l'évolution de la langue française en France et au Québec, du XVIe siècle jusqu'aujourd'hui.
  4. 4. 2 Partie I : La France Grand Siècle (1594-1715) Je défendrai jusqu'à la mort la pureté de la langue française. — François De Malherbe Le Grand Siècle, surnommé ainsi en raison de la prospérité du royaume français, est une période de stabilité sociale et économique. C'est aussi à cette époque que naît la langue française moderne. Henri IV (1553-1610) Roi de France de 1589 à 1610, la langue maternelle d'Henri IV fut l'anglais. Par contre, il a toujours possédé un amour pour la langue française. En ce qui concerne la politique du royaume, c'est Henri IV qui entama l'imposition de l'absolutisme monarchique, un système où le souverain possède tout le pouvoir, soit l'autorité absolue. Ce régime politique devient caractéristique de la France jusqu'à la prise des Tuileries (insurrection du 10 août 1792 annonçant la chute de la monarchie). Dans la seconde moitié du XVIe siècle, le conflit religieux entre les catholiques et les protestants a mené à une terrible guerre civile dans le royaume de France ; les nouvelles idées n'étaient pas tolérées par les catholiques. Cette grande dispute a déchiré l'État, et l'incertitude du pouvoir royal entre la répression et la tolérance religieuse n'a qu'aggravé les tensions entre les deux groupes. La guerre de religion ne s'achèva qu'avec la promulgation de l'Édit de Nantes par Henri IV. Signé en 1598, ce décret promut la liberté de religion. Enfin, c'est grâce à Henri IV que le royaume de France atteint son apogée au XVIIe siècle. En effet, lors de l'Ancien Régime, l'héritage d'Henri le Grand et la stabilité politique qu'il a apportée au royaume ont permis à ses descendants, les futurs rois de France, et leurs bras droits (Richelieu, Colbert) d'encadrer le pays au niveau politique et linguistique.
  5. 5. 3 L'Académie française et le Dictionnaire Le cardinal de Richelieu, premier ministre sous le règne de Louis XIII (roi de France et de Navarre entre 1610 et 1643), fut un homme d'État français qui s'est battu pour renforcer le pouvoir royal, et ainsi mettre en place un régime absolutiste en France. Avec la permission de son roi, il fonde l'Académie française en 1634, dont l'objectif était d'épurer la langue française et de lui donner des règles. Pour ce faire, l'Académie composa un dictionnaire qui servirait de référence pour toutes les questions portant sur la langue française, le Dictionnaire de l'Académie française. Cependant, les sujets et le registre de langue traités dans cet ouvrage se retrouvaient rarement dans le discours familier ; le dictionnaire de l'Académie était peu populaire par rapport à celui de ses concurrents. Nonobstant, son futur rôle dans l'authentification de la langue française dans ses colonies américaines est très important... Colbert et la langue Sous le règne de Louis XIV, le ministre Jean-Baptiste Colbert était connu pour sa politique de mercantilisme et sa contribution à l'enrichissement de l'industrie française. Au niveau linguistique, il imposait la langue française de manière assez impérialiste et dénigrait quasiment les langues régionales de France ; en effet, ces patois perdirent momentanément leur prestige dans les provinces nordiques proches d'Île-de-France, sans pour autant disparaître. Malheureusement, Colbert n'eut pas les résultats désirés, car les langues régionales survécurent à l'attaque. De plus, la révocation de l'Édit de Nantes (1685) a porté un coup brutal au nombre de francophones et de travailleurs en France ; la fuite des cerveaux se résuma alors au départ de 300 000 commerçants, hommes d'affaires et intellectuels huguenots. Cependant, le départ de ces gens instruits permettait aussi la diffusion du français dans les pays où ceux-ci immigrent, comme dans le cas de la Suisse romande. Cette émigration appauvrissait le royaume de France, et enrichissait les pays d'accueil. La langue du royaume de 1643 à 1715 Au début de l'époque de Louis XIV, la langue parlée ne définissait pas encore la classe sociale du locuteur. En France, moins d'un million d'habitants sur une population totale de vingt millions comprennent la langue officielle, dont environ 4000 individus de rang noble qui parlent couramment
  6. 6. 4 couramment le français aristocratique. Avec le temps, le français devient peu à peu une langue littéraire, synonyme de noblesse, de richesse et d'importance. Chez les nobles, le purisme linguistique domine la phrase ; les emprunts aux langues étrangères sont rares. En outre, les tendances protectionnistes des classes aisées servent à expliquer l'appauvrissement relatif du vocabulaire et le nombre négligeable de locuteurs. Enfin, l'élitisme linguistique manifesté par les nobles contribua négativement à la situation linguistique de la France. La langue parlée — le français du Roy — n'arrivait pas à prendre la place du français populaire pour plusieurs raisons. D'abord, le taux d'analphabétisme était d'environ 99 % partout en Europe, tout comme en France. Les gens du peuple cultivaient la terre et n'avaient pas besoin d'apprendre le français parlé par l'élite. L'enseignement religieux ne se faisait qu'en latin d'Église ou en patois. Les écoles enseignaient ni l'orthographe ni la grammaire, et seule une minorité de la population y assiste ; l'apprentissage de la langue parlée se faisait surtout à l'oral. La position géographique par rapport à la capitale française jouait aussi un rôle important dans la situation linguistique, car moins il y a de nobles ou de bourgeois dans son entourage, moins la langue serait influencée par l'autre classe sociale. Siècle des Lumières (1715-1789) C'est Paris qui fait les Français. — Charles De Montesquieu Le décès du roi Louis XIV en 1715 annonça le début du siècle des Lumières. C'était le début de la prépondérance anglaise et de l'anglomanie, ainsi que la fin de la domination française. Lors de cette période, les penseurs européens remettaient en question la religion et émettaient des idées nouvelles axées sur la raison. Cette époque de réflexion philosophique entraîna ainsi la mise en cause de la monarchie et l'affaiblissement de celle-ci en Europe. Expansion routière et expansion du français Au XVIIIe siècle, la langue française changea au niveau de la prononciation. Le vocabulaire s'enrichit en empruntant plusieurs éléments de la langue anglaise ; la France afficha une plus grande ouverture d'esprit. Par contre, les dirigeants du royaume français ne se préoccupaient guère de l'enseignement de la langue nationale, mais plutôt de ses difficultés financières croissantes. À cette époque, on pouvait dénombrer vingt-cinq
  7. 7. 5 anglaise ; la France afficha une plus grande ouverture d'esprit. Par contre, les dirigeants du royaume français ne se préoccupaient guère de l'enseignement de la langue nationale, mais plutôt de ses difficultés financières croissantes. À cette époque, on pouvait dénombrer vingt-cinq millions de Français sur le territoire, dont moins de trois millions qui pouvaient comprendre le français du Roy. Même parmi cette population francisante, leur français n'était qu'une variante populaire et était caractérisé par la présence de provincialismes et d'argots. En observant les chiffres, nous pouvons conclure que, par rapport au 4 % francophone du siècle passé dont 0.4 % était noble, il y a de plus en plus de francisants, soit 12 % de la population totale. La popularité croissante du dialecte s'explique par l'amélioration du réseau routier ; les communications entre les villages étaient facilitées et les gens côtoyaient des habitants d'autres provinces, provoquant ainsi une standardisation de la langue. De plus, avec l'avènement du règne de la bourgeoisie, l'idéal social de l'- « honnête homme » ne s'appliquait plus : le « bon langage » n'était plus celui de l'élite noble, mais plutôt un français populaire parlé par la bourgeoisie parisienne et répandue partout dans le nord de la France. L'école, ennemie de la connaissance Malgré les progrès qui ont été faits au XVIIIe siècle, l'école demeurait l'un des enjeux les plus problématiques en ce qui concerne la diffusion de la langue française. L'éducation était controlée par l'État et l'Église ; ces deux groupes essayaient à tout prix d'empêcher la diffusion des connaissances. En 1782, un intendant de Provence justifia cette décision en déclarant : « Non seulement le peuple n'en a pas besoin, mais j'ai toujours trouvé qu'il n'y en eut point dans les villages. Un paysan qui sait lire et écrire quitte l'agriculture sans apprendre un métier ou pour devenir un praticien, ce qui est un très grand mal ! » Selon l'Église, les enseignements religieux devaient se faire en latin ou en patois, car ces deux langues étaient familières aux gens du peuple. Par conséquent, le français est laissé de côté. L'apogée britannique Au milieu du XVIIIe siècle, les changements qui ont eu lieu dans la séparation des pouvoirs en Angleterre ont éveillé la curiosité des Européens ; le parlementarisme anglais était si différent du système monarchique et absolu, et un pouvoir royal limité semblait impossible aux Français. À cette époque, les grands penseurs et hommes d'influences voyageaient jusqu'en Angleterre, puis ils adoptaient des mots anglais et les diffusaient dans leur pays d'origine. C'est ainsi que la France acquiert une soixantaine d'ajouts lexicaux dans ses dictionnaires (5e édition du
  8. 8. 6 Français. À cette époque, les grands penseurs et hommes d'influences voyageaient jusqu'en Angleterre, puis ils adoptaient des mots anglais et les diffusaient dans leur pays d'origine. C'est ainsi que la France acquit une soixantaine d'ajouts lexicaux dans ses dictionnaires (5e édition du Dictionnaire de l'Académie française). L'anglomanie s'est emparée du continent européen : la langue anglaise et la culture britannique sont mises sur un piédestal, alors que la France se fait très vite oublier. Révolution française (1789-1799) La Révolution française fut une révolution du verbe. Les mots sont des armes. — Denis Guedj L'ouverture des États généraux (mai 1789) marque le début d'une période de trouble dans l'histoire de la France. À la veille de la Révolution, la répartition inégale des classes et des richesses causait le mécontentement de 80 % de la population. Le peuple payait la grande partie des impôts, alors que les nobles et l'Église remplissaient leurs poches. La bourgeoisie financière, elle, n'était pas du tout satisfaite, car elle se voit refuser à plusieurs reprises le pouvoir politique. Finalement, la révolte éclate et la France se livre à un conflit sanglant qui perdure encore bien après la fin de la Révolution française. Le nationalisme linguistique Avant 1789, la langue ne symbolisait que le statut social du locuteur. Puis, au début de la Révolution, le mouvement patriotique commençait à associer la langue française avec l'appartenance à la nation française : l'idée d'une « République unie et indivisible » s'est étendue jusqu'au domaine linguistique. Cette nouvelle idéologie ne touchait pas encore les dialectes de la France, mais au moment où les parlers régionaux sont devenus des obstacles à la diffusion du français, la chasse au patois fut déclarée. « La monarchie avait des raisons de ressembler à la tour de Babel ; dans la démocratie, laisser les citoyens ignorants de la langue nationale, incapables de contrôler le pouvoir, c'est trahir la patrie... Chez un peuple libre, la langue doit être une et la même pour tous. » — Bertrand Barère (1755-1841)
  9. 9. 7 À partir de 1793, les locuteurs de toute langue qui n'est pas le français (soit des idiomes féodaux) furent pourchassés. Robespierre, président de la République, signa le décret du 2 thermidor, an II, le 20 juillet 1794. Il annonça le début de la terreur linguistique. Huit jours après avoir sanctionné cet acte, Maximilien Robespierre fut exécuté sans procès. L'école, adjuvant de la francisation Durant le siècle des Lumières, l'éducation du peuple demeurait au bas de l'échelle des priorités de l'État. Par contre, lors de la Révolution, la bourgeoisie parisienne prit le dessus sur les nobles, imposant ainsi sa variété de français sur le peuple. Pour diffuser leur langue (soit un dialecte qui se rapproche du français du Roy), la nouvelle élite mit l'accent sur l'enseignement du français et mit l'instruction publique à l'ordre du jour. À l'Assemblée nationale de 1791, l'homme politique Talleyrand (1754-1838) proposa une politique d'unification linguistique : « Une singularité frappante de l'état dont nous nous sommes affranchis, est sans doute que la langue nationale, qui chaque jour étendait ses conquêtes au-delà des limites de la France, soit restée au milieu de nous comme inaccessible à un si grand nombre de ses habitants [...]. Les Écoles primaires vont mettre fin à cette étrange inégalité : la langue de la Constitution et des lois y sera enseignée à tous ; et cette foule de dialectes corrompus, derniers restes de la féodalité, sera contrainte de disparaître : la force des choses le commande. » Dorénavant, le français perdit sa politesse aristocratique et évolua en parallèle avec la bourgeoisie de l'époque pour devenir la langue que l'on connaît aujourd'hui en France.
  10. 10. 8 Partie II : Le Québec Régime français (1608-1760) Avec la mer, le lac, la forêt, la rivière Et la neige des infinis Les racines qui font éclater jusqu'aux pierres Et du silence font un bruit Nous serons gardiens de la terre Chacun de nous sera ce peuple et ce pays. — Gilles Vigneault Nommé par François 1er de France (1494-1547) à la tête de l'expédition de 1534, Jacques Cartier pris possession du territoire nordique sur les côtes septentrionales du continent américain au nom de son roi. Durant les décennies suivantes, les expéditions ont permis aux Français de découvrir des richesses inestimables sur le territoire du Canada. Malencon- treusement, les projets de colonisation furent des échecs, car la France se préoccupait plutôt des guerres de religion et du désarroi que ceux-ci causaient. Les modestes débuts de la colonisation française À l'époque, les termes Canada et Nouvelle-France possédaient deux définitions différentes : la Nouvelle-France englobait la vallée du St-Laurent (le Canada), ainsi que la colonie de l'Acadie, de Plaisance (Terre Neuve), de la Baie d'Hudson, des Pays-d'en-Haut, du Pays des Illinois et de la Louisianne. L'histoire de l'arrivée des premiers explorateurs en Amérique précède l'histoire du français au Canada. Cette dernière n'a commencé qu'en 1608, après la fondation de la ville de Québec par le navigateur français Samuel de Champlain (1574-1635). C'est aussi à cette époque que débuta la véritable colonisation du territoire nouvellement acquis. Enfin, on doit à Samuel de Champlain un grand nombre des toponymes français présents dans le vocabulaire des premiers colons. Sinon, les autres éléments du vocabulaire de l'époque tirent leurs origines des différents registres linguistiques des immigrants.
  11. 11. 9 La provenance des colons Selon une recherche menée par le PRDH (Programme de Recherche en Démographie Historique) en 1991, la plupart des colons étaient originaires des provinces de la Normandie (19,6%) et de l'Île-de-France (17.8%). Au XVIIe siècle, la majorité de la population française (plus de 80%) habitait les régions rurales ; ce pourcentage correspond à la proportion qui ne connaissait aucun mot du français du Roy, et vient prouver que les petits villages situés loin des grands centres d'échange linguistique ne connaissent que leur propre dialecte. Une grande partie des émigrants furent des citadins de régions côtières. Ceci pourrait être expliqué par le fait que les grandes agglomérations se situaient près des ports de mer. Les langues parlées par chaque groupe d'émigrants différaient énormément les unes des autres, compte tenu de la situation de fragmentation linguistique en France. Ainsi, on déduit que, lorsque ces groupes sont arrivés au Canada, il y a eu un choc des langues (choc des patois). En ce qui concerne les premiers habitants du continent américain, soit les Premières Nations, les Français ont souvent essayé d'assimiler les Amérindiens, c'est-à-dire de les convertir au catholicisme et changer leur mode de vie pour que celle-ci ressemble à la culture européenne. Samuel de Champlin, ainsi que les Jésuites, encouragaient le mariage mixte entre colons européens et filles indigènes, car leur objectif était de produire des enfants français. Enfin, l'intégration des Amérindiens à leur colonie était une stratégie de peuplement. Sinon, les deux-cents colons étrangers (c'est-à-dire non-français) qui se sont installés sur le territoire ont reçu la permission du roi Louis XIV pour immigrer en Nouvelle-France car, selon Sa Majesté, ils étaient des catholiques fidèles. Ceux-ci se sont rapidement francisés et se sont intégrés à la colonie. Le choc des patois Le choc des patois est le nom donnée au phénomène de fusion des dialectes régionnaux et d'unification de la langue française après l'arrivée des premiers colons français au Canada. Les linguistes et les sociologues ont longtemps débattu ce sujet ; Henri Wittmann et Philippe Barbaud (tous deux des linguistes québécois) ont relevé les théories les plus populaires. Selon l'étude de classification des dialectes de Wittmann, la genèse du français s'explique par le fait que les émigrants parlaient tous des dialectes du même groupe linguistique (langue véhiculaire de la région urbaine de Paris).
  12. 12. 10 du même groupe linguistique (langue véhiculaire de la région urbaine de Paris). Philippe Barbaud, lui, pense que le facteur d'influence le plus important est la venue des 900 filles du Roy entre 1665 et 1673, sous l'ordre de l'intendant Jean Talon ; la majorité d'entre elles parlaient un français similaire à celui du roi (français populaire), et l'ont enseigné à la prochaine génération de Canadiens. Ces orphelines ont été recrutées dans les régions à l'ouest et au nord du pays. En fait, près de la moitié d'entre elles vennaient de la région parisienne. Sinon, les autres sont originaires de la Normandie (16,4%) et de la Loire (5,5%). Il y avait aussi une fille de l'Allemagne, deux de Belgique, une de Suisse et une Brézilienne arrivée du Portugal. Finalement, après avoir comparé ces faits avec les données démographiques de l'émigration française vers le Canada, on peut conclure qu'une grande majorité des colons parlaient un français similaire à celui de l'élite française. Plusieurs témoignages de voyageurs viennent prouver cette constatation, dont le suivant : « J'avais peine à comprendre ce que me disoit un jour un grand homme d'esprit sur le point de mon départ pour le Canada, où il avait fait séjour et rétabli les Missions des Recollets (c'est le Reverendissime Pere Germain Allart, depuis Evesque de Vemces) que je serois surpris d'y trouver d'aussi honnestes gens, que j'en trouverois ; [...] il nous assuroit que nous y trouverions mème un langage plus poli, une énonciation nette & pure, une prononciation sans accent. » — Costes, Charles, 1935, p. 31 Au fil du temps, grâce aux échanges et au partage d'information entre les colons, on assiste à une homogénéisation de la langue parlée au Canada. La diffusion difficile de la langue Pendant de nombreuses générations, l'instruction était limitée et l'impri- merie, interdite jusqu'à la fin du Régime français ; la transmission orale du vocabulaire était tout sauf facile. On assiste alors à l'appauvrissement relatif du vocabulaire québécois, malgré les nouveaux apports amérindiens à la langue. Le patriotisme canadien Lorsqu'on parle de langue, on parle aussi d'identité. En effet, vers la fin du Régime français au Canada, les colons ont laissé de côté leurs origines françaises et s'identifiaient plus avec le personnage canadien (coureur des bois, sentiment de liberté, lien avec la nature, échanges avec les peuples amérendiens, etc.) ; on aperçoit une plus grande distance culturelle entre la colonie et son pays d'origine.
  13. 13. 11 françaises et s'identifiaient plus avec le personnage canadien (coureur des bois, sentiment de liberté, lien avec la nature, échanges avec les peuples amérendiens, etc.) ; on aperçoit une plus grande distance culturelle entre la colonie et son pays d'origine. Régime britannique (1760-1840) C'est de l'identité qu'est née la différence. — Heinz Pagels Au XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne fit un effort colossal pour améliorer leurs flottes militaire. Ainsi, elle maîtrisa la navigation en mer et devint le leader européen du combat naval. La Grande-Bretagne voulait à tout prix prendre possession des territoires de l'Amérique du Nord pour exploiter les richesses qui s'y retrouvent : cependant, le territoire canadien au nord des Treizes Colonies empêchait l'expansion territoriale. En 1754, les tensions entre le Canada et les Treizes Colonies ont atteint le point culminant : la Guerre de la Conquête (1754-1760) fut déclarée. Les Britanniques connaissaient exactement le potentiel économique des territoires et colonies en Amériques ; les Fran- çais, en revanche, ont sous-estimé le pouvoir géographique que leur accorderait la colonie canadienne. Ces derniers ne se fixaient que sur la guerre en Europe (Guerre de Sept Ans, 1756-1763) et négligeaient les besoins militaires des Canadiens. Défaite française en Amérique Lors de la Guerre de la Conquête, le Canada vit périr un dixième de sa population, soit 7 000 personnes. Dans les années qui suivent, 3 000 cadavres se sont ajoutés à la liste de décédés en raison de la famine et de la maladie ; environ 10 000 francophones ont perdu la vie lors de cette période de 6 ans ! Après la victoire de la Grande-Bretagne au Canada, un pouvoir temporaire, soit le Régime militaire britannique (1760-1763), s'installa dans la vallée du Saint-Laurent. Puisque les Anglais ne formaient que 0.3 % de la population, il serait peu avantageux de pratiquer une politique colonisatrice trop radicale. Cela dit, les politiques d'assimilation qui ont vu le jour au début du Régime britannique ne rencontrèrent que peu de succès ; les Canadiens ont conservé leurs droits civils et religieux, ainsi que la permission de parler la langue française.
  14. 14. 12 conservé leurs droits civils et religieux, ainsi que la permission de parler la langue française. Le Traité de Paris (10 février 1763) L'empire britannique prend officiellement possession des colonies fran- çaises en Amérique, sans compter la Louisianne qui, elle, est devenue espagnole. Malgré que Louis XV aurait pû insérer des conditions à l'égard de la langue française dans le traité, la France n'a fait aucun geste pour protéger sa colonie, hormis ce qui concerne la religion. La Proclamation royale (1763-1774) Le début du Régime britannique et les politiques assimilatrices de la Proclamation royale annoncèrent la détérioration du statut de la langue française au Canada. Par contre, les Canadiens ont eu droit à l'imprimerie (apparition de journaux français, consultation de documents à une bibliothèque publique), un privilège qui ne leur est pas accordé lors du Régime français. Ironiquement, l'accès aux livres et aux écrits, ainsi que la tolérance religieuse envers le clergé catholique, permettront à la langue française de survivre. Suite à la Proclamation royale, les frontières de la province du Québec sont limitées à la vallée du Saint-Laurent. De plus, à partir de la fin de la guerre de la Conquête, l'immigration française fut interdite et fit place à une immigration anglaise. Malgré la tolérance religieuse envers les catholiques, tout employé de l'État doit renier la foi catholique en prêtant le serment du test (Test Oath) ; les Canadiens, fidèles à l'Église (la religion était très importante à cette époque), sont automatiquement exclus de la vie politique, administrative et juridique. Étant donnée que ce sont les Britanniques qui détenaient le pouvoir, ils géraient les budgets, incluant ceux accordés à l'éducation. La première école anglo-protestance fut créée en 1766. Avec le temps, une trentaine d'écoles primaires ont ouvert leurs portes dans les grands centres urbains. Les écoles francophones ne purent se développer au même rythme : il n'y avait pas d'enseignants et les manuels scolaires étaient pratiquement nonexistants. En effet, les livres provenant de France sont interdits depuis 1763.
  15. 15. 13 L'Acte de Québec (1774), un acte de compromis Rédigé par le gouverneur Guy Carleton, ce document fut accepté par Londres dans le but de conserver la loyauté de ses sujets francophones et catholiques. Pour atteindre leur objectif, l'Acte de Québec abolit le serment du test et rétablit les lois civiles françaises. Ceci dit, la langue française reçut un statut pseudo-officiel. La Guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783) Lors du conflit, la menace d'invasion américaine au Canada devint une réalité troublante. En juin 1776, la Grande-Bretagne envoya une armée de défence composée de 10 000 hommes, dont 4 800 mercenaires allemands. Parmi cette cohorte, 1 400 se sont établis dans la province de Québec et s'assimilèrent en épousant des francophones. Canada-Uni et Confédération de 1867 (1840-1960) La langue française n'est point fixée et ne se fixera point. — Victor Hugo Suite à la Rébellion des Patriotes en 1837 et en 1838, le 1er comte de Durham (lord Durham) rédigea un rapport qui recommande l'union des deux Canadas (Haut-Canada et Bas-Canada). Le gouvernement britan- nique agit en conséquence, après avoir écouté les remarques de l'enquêteur Durham. Cette décision, quoique favorable à l'égard des anglophones, éveilla la colère des Canadiens français, car ceux-ci feront partie du groupe minoritaire sous l'Acte d'Union. De plus, six autres provinces majoritairement anglophones s'ajoutèrent au Canada-Uni avec la promulgation de l'Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1867. Exclus des affaires socioéconomiques, les Canadiens français sont forcés à rester dans le domaine de l'agriculture. Malgré qu'ils n'ont aucun contrôle sur leur situation, ils essaient à tout prix de protéger leur langue et leur religion. L'Acte d'Union (1840-1867) La veille de la promulgation de cet acte, le Canada-Est (majoritairement francophone) avait une population de 650 000 habitants, alors que le Canada-Ouest (majoritairement anglophone) avait une population de 400 000. 76 % de la population du Bas-Canada était francophone, mais au lendemain l'union des deux Canadas, ce groupe est passé à une proportion de 58 % . Ce pourcentage ne fait que diminuer en raison de l'émigration
  16. 16. 14 Canada-Ouest (majoritairement anglophone) avait une population de 400 000. 76 % de la population du Bas-Canada était francophone, mais au lendemain l'union des deux Canadas, ce groupe est passé à une proportion de 58 % . Ce pourcentage ne fait que diminuer en raison de l'émigration française (p. ex. l'exode vers les États-Unis) et de l'immigration anglaise. Malgré cela, le coup dur de l'Acte d'Union ne fut pas les changements apportés à la démographie, mais plutôt la légifération de l'article 41 ; la langue anglaise devint la seule langue officielle du Canada. Les intentions assimilatrices de la Grande-Bretagne furent évidentes. Cependant, il était pratiquement impossible d'interdire l'usage du français, car la plupart des citoyens du Bas-Canada ne connaissaient que cette langue. Le 14 août 1848, le gouvernement britannique abrogea l'article 41 ; ce fut le retour officiel du bilinguisme. L'instruction publique La langue française, ranimée, souhaitait faire connaître sa présence dans la Chambre d'Assemblée. Cependant, elle était considérée comme une langue de traduction et non comme une langue officielle, car la vie politique se déroulait en anglais. Alors, pour se réintroduire dans la société, elle devait d'abord se préoccuper de l'instruction des jeunes. C'est ainsi que, en septembre 1841, la Loi établissant des écoles publiques pour toute la province fut établie. Parallèlement, à cette époque, l'Église catholique avait pour but de s'emparer de l'instruction publique. Malgré qu'elle ait perdu son statut juridique en 1791, elle a fait preuve de loyauté envers les Britanniques lors de la Rébellion de 1837-1838. Ainsi, elle regagna son statut légal en 1840 et obtint le droit à l'instruction en 1841. En 1860, le taux d'alphabétisation en ville aurait augmenté d'au moins 20 % depuis 1850 selon une étude statistique menée par Michel Verrette (L’alphabétisation au Québec ; 1660-1900). La Capricieuse En 1855, un navire de France remontait le Saint-Laurent pour la première fois depuis la fin du Régime français ; les tensions entre la France et la Grande-Bretagne appartenaient au passé. Cette flotte, surnommée La Capricieuse, symbolisait le début des relations franco-québécoises pour les Canadiens français ; toutefois, la politique étrangère de Napoléon III priorisait plutôt les rapports avec la Grande-Bretagne. Néanmoins, la visite de La Capricieuse a permis la création d'un consulat à Québec et à Montréal. Dans les années qui suivirent, il eut de plus en plus d'échanges et de communications entre le Bas-Canada et la France.
  17. 17. 15 Montréal. Dans les années qui suivirent, il eut de plus en plus d'échanges et de communications entre le Bas-Canada et la France. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique (1867—aujourd'hui) Les premières négociations du projet d'union fédéral (Conférence de Charlottetown) s'amorcèrent en 1864. Parmi les résolutions adoptées à la deuxième conférence (Conférence de Québec), une seule concernait la langue, soit la 46e Résolution qui officialise l'utilisation du bilinguisme au fédéral. On s'éloigne alors de la mentalité pessimiste du XIXe siècle qui cite le bilinguisme comme étant un élément nuisible à la survie du français. Trois ans plus tard, l'article 133 de la Constitution canadienne de 1867 fut adopté ; il oblige l'utilisation des deux langues lors de la rédaction des registres, des procès-verbaux et des lois dans les chambres du parlement du Dominion of Canada et les chambres de la législature de Québec. Malheureusement, cette égalité des langue n'existait qu'en théorie ; le français demeura la langue de traduction et, en l'absence de traduction instantanée, les députés francophones durent communiquer en anglais pour être compris. Juridiquement, le combat pour la préservation du français a été extrêmement difficile. En 1910, l'Assemblée législative du Québec adopte une loi sur le bilinguisme obligatoire dans les services publics ; bref, quiconque pourrait demander à une entreprise de communiquer en français. Le bilinguisme obligatoire dans les services publics n'est qu'un premier pas vers la protection de la langue française au Québec ; on pourrait même dire que ce projet de loi est le prédécesseur de la Loi concernant le statut et l’usage des langues officielles du Canada (1969). Un changement démographique Vers 1871, les anglophones étaient toujours les plus nombreux dans les provinces du Canada. Pourtant, dans les Cantons-de-l'Est, la majorité anglophone commença à basculer : les francophones, aidés par leur haut taux de natalité, surpassaient les anglophones en nombre vers la fin du XIXe siècle. De plus, en raison des différences de religion, les conflits entre protestants et catholiques incitèrent les anglophones à quitter les Cantons- de-l'Est pour s'installer à Montréal ou dans l'Ouest canadien, où la langue anglaise est plus présente.
  18. 18. 16 L'essor de l'Église Jusqu'en 1940, l'image du Canadien français se résumait en quatre points : il est francophone, catholique, pauvre et minoritaire. Le gouvernement du Québec détenait le pouvoir, mais n'avait aucune influence réelle sur le peuple ; c'est à cette époque que la domination de l'Église catholique s'amplifia. En effet, l'Église contrôlait l'éducation du peuple. Celle-ci avait « un projet de société centré sur un Canada biculturel, un Québec transformé en une chrétienté hiérarchisée suivant l'ordre naturel des choses, où un peuple composé d'une majorité d'agriculteurs s'épanouirait dans la ligne de son destin catholique et français [...] » (Jean Hamelin, Jean Provencher). De plus, le clergé associait la survivance linguistique à la survivance religieuse : Mgr Paul-Émile Gosselin affirma que « la langue française est chez nous gardienne de la foi » . Cela dit, la protection du français se faisait de manière traditionaliste. On s'inspirait du français du Roy du XVIIe siècle et on restait loin des écrits de la Révolution de 1789. Le déclin de l'Église Cependant, vers la fin des années 30, le mode de vie rural ne correspondait plus à la réalité des Canadiens français. En 1939, la Seconde Guerre mondiale fut déclarée. Ce conflit à grande échelle a permis l'accélération de l'industrialisation, une rentabilité renouvellée des terres agricoles, et la prospérité des chantiers forestiers au Québec. L'exode rural vida les campagnes et les agriculteurs devinrent des employés dans des usines appartenant aux anglophones. Malgré le retard industriel du Québec au début du XXe siècle, la province a commencé à se rattraper dès 1940. Révolution tranquille (1960-1970) C'est le temps que ça change. — Jean Lesage Suite à la mort du premier ministre québécois Maurice Duplessis (1890-1959), le processus de modernisation accélérée entama au Québec ; l'Église perdit rapidement son pouvoir et le Québec fut boulversé par des changements colossaux. C'est la fin des politiques conservatrices de la Grande Noirceur et le début de la Révolution tranquille.
  19. 19. 17 l'Église perdit rapidement son pouvoir et le Québec fut boulversé par des changements colossaux. C'est la fin des politiques conservatrices de la Grande Noirceur et le début de la Révolution tranquille. Jean Lesage (1912-1980) En 1965, le Parti libéral du Québec gagna les élections provinciales. L'État a alors employé un corps de spécialistes pour gérer le rattrapage social et économique. On priorisait l'éducation qui, à l'époque, devenait de plus en plus laïque. Ainsi, lors de la Révolution tranquille, on assista à la création du ministère de l'Éducation et des cégeps ; le taux de scolarisation des jeunes monta en flèche. L'identité québécoise La domination socio-économique de l'anglais a longtemps menacé la présence du français au Québec. En effet, la langue des Québécois, ainsi que leur identité, ont souvent été attaquées par des autorités assimilatrices. En outre, à l'ère de la Révolution tranquille, même les Québécois étaient critiques du langage qu'ils utilisaient : « Trois grands périls menacent l'intégrité du français au Canada : la moellesse de la prononciation, l'indigence du vocabulaire et l'anglicisme sous toutes ses formes » — Jean-Marie Laurence, grammairien québécois Le français québécois était jugé « mauvais » , caractérisé par une forte articulation des voyelles semblable à l'habitude de l'élite de la France prérévolution, tandis que l'accent en France était plutôt caractérisé par une prononciation forte des consonnes. Par contre, au lieu d'abandonner la langue stigmatisée ou de retourner à leurs sources (prendre comme exemple la France), les francophones du Canada ont décidé de restaurer leur culture de l'intérieur pour se débarasser du stigmate. Cette démarche repose sur le sentiment de fierté du peuple québécois : on assiste à la création de l'Office québécois de la langue française (OQLF) en 1961, la première institution née de la Révolution tranquille ; les artistes, les intellectuels et les écrivains rejetaient la référence culturelle parisienne ; on défendait les canadianismes et les archaïsmes. C'est aussi à cette époque qu'apparut le joual. Selon le dictionnaire français Larousse en ligne, le joual est un « parler populaire à base de français fortement contaminé par l'anglais, utilisé au Québec » . Malgré sa connotation péjorative (le mot contaminé exprime un grand sentiment de dédain), la définition est juste ; le joual est souvent associé à la classe ouvrière et au « mauvais » français. Enfin, c'est dans la décennie 1960 que
  20. 20. 18 fortement contaminé par l'anglais, utilisé au Québec » . Malgré sa con- notation péjorative (le mot contaminé exprime un grand sentiment de dédain), la définition est juste ; le joual est souvent associé à la classe ouvrière et au « mauvais » français. Enfin, c'est dans la décennie 1960 que les francophones du Québec ont décidé de se débarasser de ce préjugé et ont commencé à s'assumer en utilisant le joual dans la littérature et le cinéma.
  21. 21. 19 L'avenir de la langue au Québec L'avenir de la littérature québécoise et de son histoire d'amour avec la langue est lié au destin du peuple et de la culture qui les portent. — Gaston Miron Dès le début de Régime français, la conservation de la langue fut ardue en raison du désintérêt de la France envers sa colonie. Les rapports difficiles des Canadiens français avec leur langue ne se sont qu'intensifiés depuis 1760, et encore plus en 1867. Ceux-ci illustrent parfaitement le rôle de la culture et des conditions sociopolitiques dans les mutations de l'identité collective. Au début du Régime britannique en 1763, les Canadiens, caractérisés par leur usage de la langue française et leur fidélité envers la religion catholique, étaient la personnification même de la différence par rapport aux Britanniques, qui parlaient anglais et étaient protestants. Cependant, étant donné qu'ils étaient plus nombreux que les anglophones jusqu'en 1852, les intentions assimilatrices des Britanniques n'étaient pas trop agressives. Malgré tout, le début du Régime britannique a engendré une peur de l'assimilation ; pour contrer l'envahissement du français par la langue anglaise, les Canadiens mettaient de plus en plus d'emphase sur la pureté linguistique de leur idiome. Cependant, l'omniprésence de l'anglais en Amérique, ainsi que la nouvelle tendance anglomane qui fait rage à travers le monde, ont rendu la protection de la langue française beaucoup plus difficile pour les francophones. En effet, l'insécurité linguistique est un phénomène qu'on retrouve non seulement au Québec, mais aussi dans d'autres sociétés plurilinguistes telles l'Algérie et la Belgique. Avec le temps, la détérioration de l'image que les Canadiens français ont d'eux-mêmes et de leur culture mène à un profond sentiment d'insécurité linguistique. L'idée du « bon » français, soutenu par les puristes qui dénigrent la langue parlée par les francophones québécois, est souvent associée à l'intelligence ; ce n'est pourtant pas la première fois que le registre de langue est utilisé comme préjugé... Les débats centrés sur l'authenticité de la langue étaient omniprésents. Il ne faut surtout pas sous-estimer l'importance du rôle que joue le dictionnaire dans la vérification de la légitimité linguistique d'un mot ou d'une expression, car il est considéré comme une référence infaillible : « [...] un mot qui n'y figure pas 'n'existe pas' ou 'n'est pas français'. » — Chantal Bouchard, La langue et le nombril, p. 280
  22. 22. 20 Le Québec est une province qui a connu énormément de boulversements aux niveaux social, politique et linguistique ; ces cicatrices sont surtout perceptibles à l'oral, où l'insécurité linguistique envahit et les fautes de syntaxe les plus banaux se font entendre. Pour réaffirmer son identité et permettre la survie de la communauté, les francophones québécois combattent les menaces exercées contre l'élément identitaire lors de la Révolution tranquille. On assiste entre autres à l'apparition du joual et du nationalisme québécois. Ironiquement, c'est aussi à cette époque que l'autorité du clergé commence à être contesté ; le gouvernement québécois devient de plus en plus laïc. Lors de cette période, la taux de natalité diminue suite à la naissance de la première pilule contraceptive. Puis, dans les décennies qui suivent, l'immigration se fait de plus en plus intense ; le nombre d'anglophones et d'allophones croît, tandis que le nombre de francophones reste stagnant. Au niveau juridique, plusieurs lois ont été mises en place pour permettre la protection et la diffusion du français. Le 31 juillet 1974, Robert Bourassa fait adopter la loi 22, le premier code qui porte sur la langue officielle du Québec. Trois ans plus tard, la fameuse Charte de la langue française est adoptée sous le gouvernement péquiste de René Lévesque ; le français devient la seule langue officielle du Québec. Aujourd'hui encore, les chefs politiques de la province de Québec souhaitent protéger et diffuser le français ; le gouvernement Marois a tenté de faire adopter le projet de loi 14, et les libéraux du gouvernement Couillard favorisent la francisation des entreprises. Enfin, après 400 de changement perpétuel, la langue française se fait encore entendre sur le territoire du Québec. Lors du Régime français, la langue conservait le caractère traditionnel du français du Roy. Puis, suite à la défaite de la France en Amérique, la Grande-Bretagne prend le dessus et dirige la colonie francophone, changeant à tout jamais la langue des premiers colons. Les tentatives d'assimilation ont persisté, mais la langue française a perduré. De nos jours, certaines personnes prétendent que la langue française n'a pas sa place dans un pays où l'anglais domine. Par contre, les Québécois ont un certain mot à dire là-dedans. Non seulement ils habitent la province, ils sont aussi les descendants des premiers colons européens qui se sont installés dans la vallée du Saint-Laurent ; leur culture leur appartient, ils sont les fiers héritants de la langue française.
  23. 23. Défendre le français au Québec, ne serait-ce pas équivalent à la protection de son identité ?

×