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Conclusion
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Bibliographie
Boismenu, Gérard, Pascale Dufour, et Alain Noël, La pratique de la contrepartie pour les
personnes exclu...
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Morel, Sylvie, « Modèle du workfare ou modèle de l’insertion? La transformation de l’assistance
sociale au Canada et a...
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Brève analytique du programme d'aide et d'accompagnement social PAAS Action

  1. 1. Brève analyse du programme d’aide et d’accompagnement social « Action » Auteure : Karine Perron, étudiante à la maitrise en sociologie Superviseure du travail: Deena White, PhD Université de Montréal Avril 2015
  2. 2. 2 Introduction Au cours d’une expérience bénévole au sein d’un organisme de sécurité alimentaire du Centre- du-Québec, j’ai appris que nombre de ceux que je croyaient être d’autres bénévoles travaillant dans l’organisme avaient débuté leur expérience là-bas en tant que participants à un programme de soutien du revenu d’Emploi-Québec pour les prestataires d’aide sociale éloignés du marché du travail ayant pour but de les faire cheminer vers une mesure active d’aide à l’emploi. Usagers du service d’aide alimentaire, c’était la personne responsable de leur dossier qui les avait référé au Centre local d’emploi pour potentiellement participer au programme. Alors que certains étaient en cours de participation à cette mesure, d’autres avaient continué comme bénévoles lorsque le programme avait pris fin, mais étaient toujours prestataires de l’aide sociale. De là dérivent un intérêt et des questionnements quant aux programmes d’activation des personnes prestataires de l’aide sociale. Le présent travail portera sur l’un des Programmes d’aide et d’accompagnement social orchestrés par Emploi-Québec, le Programme « Action », ciblant spécifiquement les personnes qualifiées d’éloignées du marché du travail. Comme les programmes d’aide et d’accompagnement social s’inscrivent dans une série de mesures et de politiques sociales dites d’activation, nous débuterons par une présentation de ce type de politiques dans un contexte global afin de mieux comprendre le cadre idéologique dans lequel s’inscrivent les politiques d’activation des prestataires d’assistance sociale au Québec. Par la suite, nous procèderons à une description du Programme « Action » à partir des publications officielles d’Emploi-Québec, organisme responsable des services publics d’emploi et de solidarité sociale (Emploi-Québec, 2015). Enfin, afin de faire relever certaines des implications idéologiques de politiques d’activation visant les personnes éloignées du marché du travail, le PAAS Action sera analysé sous l’angle de la définition du problème auquel ce programme se veut une solution, et plus spécialement en s’intéressant aux Idées qui façonnent la définition des problèmes sociaux et, par conséquent, les solutions apportées. En effet, si le Québec a su se démarquer positivement au sein du Canada dans les dernières décennies sur le plan des stratégies d’activation qui peuvent être catégorisées comme visant l’intégration sociale et économique personnes exclues du marché
  3. 3. 3 (Dufour & Boismenu, 2001; Roy, Fréchette & Savard, 2008; White, 2008), nous argumenterons que certains éléments qui persistent dans des programmes comme le PAAS Action contribuent à l’exclusion sociale et économique des personnes visées, entravant du coup les efforts déployés par les intervenants. Les éléments en question tiennent, selon l’analyse présentée ultérieurement, à la manière dont est définit le problème auquel le PAAS Action et les autres programmes d’activation des prestataires d’assistance sociale se veulent une solution.
  4. 4. 4 Mise en contexte Les politiques d’activation peuvent être comprises dans un contexte de changement de paradigme de l’État-Providence moderne, soit passant de l’État social traditionnel d’après-guerre à l’État social actif (Cassiers, Pochet & Vielle, 2005). Ce changement s’est produit graduellement depuis les années 1990 dans nombre de pays de l’OCDE, notamment suite à des recommandations de l’OCDE en 1993 et dans le sillon du développement de la « troisième voie » proposée par le gouvernement Blair au Royaume-Uni. Le terme « État actif » implique un passage de la prise en charge étatique de la population à une population active et autonome (Cassiers, Pochet & Vielle, 2005) (Eichhorst, Kaufmann, Konle-Seidl, 2008). Au Québec, l’adhérence de cette idée d’État social actif et l’adoption de politiques d’activation est explicite dans divers documents officiels, dont cet extrait tiré de l’énoncé de mission d’Emploi-Québec : « L'intervention d'Emploi-Québec s'inscrit dans la perspective selon laquelle le travail est le premier moyen de réduire la pauvreté et d'assurer l'autonomie financière ainsi que l'insertion sociale des personnes aptes au travail. Emploi-Québec estime que la participation au marché du travail du plus grand nombre de ces personnes s'avère essentielle pour permettre au Québec de relever avec succès le défi que posent la faible croissance et le vieillissement de la population à l'égard du développement économique et, par conséquent, du niveau de vie des Québécoises et des Québécois. » (Emploi-Québec, 2015) Les politiques d’activation consistent donc en un ensemble de mesures, qui peuvent être incitatives ou répressives, visant à diminuer le pourcentage de la population inactive au profit de la population active (Eichhorst, Kaufmann, Konle-Seidl, 2008). Puisqu’il d’agit là d’un objectif très large, nous nous concentrerons sur les mesures de politiques d’activation visant les prestataires d’aide sociale. Ces mesures, qui s’adressent généralement directement aux individus, diffèrent selon les pays et peuvent avoir des orientations très différentes d’un endroit à l’autre. Si leur but est de faire en sorte que le travail soit toujours l’option la plus intéressante économiquement, on identifie généralement deux conceptions des politiques d’activation : les politiques de type « work first », dont le but premier est qu’une personne obtienne un emploi, quel qu’il soit, aussi rapidement que possible, et les politiques visant une intégration à long terme de l’individu au sein de la société et du marché du travail (Eichhorst, Kaufmann, Konle-Seidl, 2008). Les stratégies identifiées à chaque conception sont elles aussi différentes. La première implique souvent des mesures telles que l’obligation de travailler afin de recevoir des prestations d’aide sociale, l’obligation de participer à des formations, et une diminution considérable des prestations d’aide sociale, par exemple, tandis que la seconde favorise les primes au travail, les
  5. 5. 5 programmes de développement de l’employabilité, de l’aide à la recherche d’emploi, etc (Eichhorst, Kaufmann, Konle-Seidl, 2008). Au Québec, le discours institutionnel prétend que c’est l’intégration à long terme des personnes à la société et au milieu du travail qui prévaut, et, nous le verrons, les programmes d’aide et d’accompagnement social, dont fait partie le PAAS Action, s’inscrivent en effet parmi les mesures d’activation qui combinent le développement de l’employabilité et une contrepartie aux prestations d’assistance sociale (Roy, Fréchette & Savard, 2008). Plusieurs raisonnements, implicites et explicites, sous-tendent les politiques d’activation destinées aux prestataires d’assistance sociale. D’abord, et cela concerne les politiques d’activation en général, il y a la supposition selon laquelle les programmes sociaux généreux peuvent eux-mêmes être une cause du non-emploi et de la dépendance des personnes envers l’État, et par conséquent de la perpétuation de la pauvreté et de l’inactivité (Dufour, Noël & Boismenu, 2001) (Dang & Zajdela, 2009). On cherche donc à favoriser la responsabilisation des individus et leur autonomie économique et sociale en rendant plus conditionnelle cette aide collective et en exigeant des efforts, sous diverses formes, de la part des prestataires. De ceci découle également une logique qui n’est pas née d’hier, c’est-à-dire celle qui veut qu’il y ait une distinction entre les « bons » et les « mauvais » pauvres, entre ceux qui cherchent à devenir actifs et indépendants, et les autres qui ne font pas d’efforts pour contribuer à la société (Dang & Zajdela, 2009). Nous verrons que cette logique de nécessité d’une contrepartie à l’aide fournie par l’État aux plus démunis persiste aussi dans les programmes d’aide et d’accompagnement social qui, si elles ne peuvent être catégorisés parmi les politiques de type « work first », définissent le problème d’une manière assez similaire à ces dernières. Présentation du PAAS Action Le programme d’aide et d’accompagnement social « Action » (PAAS Action) est organisé par Emploi-Québec, sous la direction du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Il fait partie des éléments de la Politique de soutien du revenu. Le but de la Politique de soutien du revenu et de tous les programmes qu’elle inclus est de « […] permettre à l’individu d’améliorer son employabilité, d’intégrer ou de réintégrer le plus rapidement le marché du travail ou encore de s’y maintenir […] » (Emploi-Québec, 2014 : 4.0, p.7)
  6. 6. 6 Reconnaissant que tous les citoyens n’ont pas les mêmes besoins en terme d’aide pour attendre cet objectif, un programme spécifique de préemployabilité axé sur la progression socioprofessionnelle existe pour les personnes prestataires de l’aide sociale que l’on considère comme éloignées du marché du travail. Le PAAS Action exclu toutefois les ressortissants étrangers demandeurs d’asile, les personnes ayant un permis de travail temporaire, et les personnes en attente d’une décision quant à la résidence permanente. (Emploi-Québec, 2014 : 5.13.1). On définit la distance qui sépare une personne de son intégration au marché du travail à partir de trois éléments, soit les caractéristiques de l’emploi recherché, la nature des emplois disponibles dans le milieu de la personne, ainsi que les caractéristiques sociales et personnelles de cette personne (Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, 2008). Ainsi, le PAAS Action s’adresse spécifiquement aux personnes qui correspondent à cette description et qui désirent devenir actifs et développer leurs intérêts et leurs capacités. Vu le profil des participants, le programme n’est pas conçu de manière à viser une productivité immédiate, mais plutôt un processus hautement personnalisé et une progression de longue durée. Essentiellement, le PAAS consiste en une entente entre le Centre local d’emploi (CLE), le prestataire d’aide sociale, et un organisme à but non-lucratif au sein duquel le participant aura l’occasion d’effectuer des activités lui permettant d’apprendre à se connaitre lui-même et ses intérêts, ainsi que de développer des aptitudes de bases telles que la gestion du stress, la lecture, l’écriture, les maths, l’utilisation d’un ordinateur, etc (Emploi-Québec, 2014 : 5.13.1). Éventuellement, on souhaite que le programme prépare les participants à une mesure active d’emploi et, ultimement, à leur intégration au marché du travail. Le processus impliquant les participantes/participants et le Centre local d’emploi Les étapes du PAAS Action sont simples. D’abord, la personne est généralement référée au Centre local d’emploi directement par un organisme à but non lucratif, ce qui semblait avoir été le cas pour les personnes avec lesquelles j’avais discuté lors de mon implication dans un organisme de sécurité alimentaire. Puis, une entrevue d’évaluation et d’aide à l’emploi est organisée afin déterminer les besoins de la personne et si le PAAS semble être la mesure la plus appropriée pour elle parmi celles énoncées dans l’Approche d’intervention et le Parcours (AIP)
  7. 7. 7 (Emploi-Québec, 2014 : 5.13.1). Si c’est le cas, une entente de participation contenant les informations concernant le programme et l’organisme qui accueillera le participant, les objectifs personnalisés du participant, ses droits et obligations, ainsi que les modalités du programme, soit sa durée, son intensité, les versements de l’allocation de soutien du revenu et le potentiel remboursement de frais supplémentaires (Emploi-Québec, 2014 : 5.13.1). Typiquement, le programme dure 12 mois et est renouvelable cinq fois, après quoi il faut un délai de deux ans entre les participations. Pour les participants, une allocation de 130$ par mois leur est offerte en plus de la prestation de base de l’aide sociale pour une participation de 20 heures par semaine, et le remboursement de frais supplémentaires générés par leur participation au PAAS Action est possible. Les objectifs sont quant à eux déterminés communément par l’agent d’aide à l’emploi du CLE et par le participant, et doivent être à la fois mesurables et adaptés à la situation particulière de la personne. Finalement, en plus des évaluations du cheminement en cours du programme (aux 6 mois), une évaluation est prévue en fin de participation dans le but de déterminer s’il y a atteinte des objectifs et si la personne est prête à être référée pour une mesure active des services publics d’emploi, ou s’il est préférable de renouveler le PAAS Action et de fixer de nouveaux objectifs (Emploi-Québec, 2014 : 5.13.1). Le processus impliquant Emploi-Québec et les organismes à but non lucratif Emploi-Québec conclue des ententes de services avec divers organismes à but non lucratifs qui sont mis à contribution dans le PAAS Action en accueillant les participants au programme et en leur fournissant un cadre au sein duquel ceux-ci peuvent effectuer des activités d’apprentissage conformes aux visées du PAAS Action. Idéalement, les organismes à but non lucratif sont préférés, mais ils peuvent également être de type différent : organisme communautaire, entreprise d’économie sociale, fondations, municipalités, écoles et commissions scolaire, etc. Les organismes doivent avant tout pouvoir offrir un encadrement aux participants en assurant une présence constante de responsables dans les locaux, de connaitre certaines méthodes d’intervention auprès de personnes ayant des difficultés d’intégration socioprofessionnelles, en étant disposé à faire un suivi et une évaluation du cheminement des participants de façon régulière, et bien sûr en respectant toutes les lois du Québec. Au final, c’est Emploi-Québec qui détermine si un organisme est admissible à l’entente de service PAAS Action (Emploi-Québec, 2014 : 5.13.1).
  8. 8. 8 Les organismes trouvent dans ce partenariat avec Emploi-Québec un intérêt financier certain. En effet, ces ententes de service, d’une durée maximale de douze mois, allouent aux organismes partenaires un montant de 150$ par mois, par participant pris en charge (sauf pour les organismes publics et parapublics, qui ne peuvent recevoir d’allocation). Des frais supplémentaires allant jusqu’à 25$ par participant peuvent également être remboursés dans le cas d’activités d’alphabétisation (Emploi-Québec, 2014 : 5.13.1). Comme pour l’entente entre Emploi-Québec et les prestataires participants, une entente de service entre Emploi-Québec et les organismes partenaires est préparée et signée, comprenant les informations sur les modalités de collaboration et de partage des informations, la durée de l’entente, le type d’activités offertes, et plus. Un suivi est également fait à une fréquence déterminée selon les besoins, et la fin de l’entente marque son évaluation finale et sa potentielle reconduction (Emploi-Québec, 2014 : 5.13.1). Analyse Le PAAS Action étant une mesure qui s’inscrit, comme présenté précédemment, dans le sillon des politiques d’activation des personnes dites éloignées du marché du travail, on comprend que l’inactivité économique de ces personnes est identifiée comme étant la problématique à résoudre et que le PAAS Action fait partie des solutions. Cependant, il est bon de se questionner quant aux idées-reçues inhérentes à la définition du problème de non-emploi des prestataires d’assistance sociale dits éloignés du marché du travail afin de comprendre la manière dont celle-ci influe sur l’élaboration de politiques telles le PAAS Action. L’idéologie d’un État est d’une importance cruciale dans la manière dont les problèmes sociaux sont définis, de même que « les politiques publiques, et en particulier les politiques sociales, ne sont pas neutres et véhiculent des normes institutionnelles ou culturelles susceptibles d’induire des images et des statuts dépréciatifs pour certains groupes; il existe aussi des enjeux en termes de reconnaissance » (Dang & Zajdela, 2009: 339) Selon la typologie des États-Providence d’Esping-Anderson, le Canada fait partie des États de type libéral (Esping-Anderson, 1999), et les valeurs les plus importantes de l’idéologie de ce type d’État sont la liberté et la responsabilité individuelle. L’unité de base de la société y est
  9. 9. 9 l’individu, et chaque individu est considéré comme responsable de ses propres choix rationnels et des conséquences de ses choix (Dang & Zajdela, 2009). Appliqué à la situation d’une personne prestataire d’assistance sociale et dite éloignée du marché du travail, telles que le sont les citoyens auxquels le PAAS Action est adressé, la logique de responsabilité individuelle implique la supposition que cette personne a dû, à un moment ou à un autre, faire de mauvais choix qui l’ont conduit à cette situation. Cette personne peut avoir opté pour le décrochage plutôt que pour la persévérance scolaire, ou peut-être a t’elle une préférence trop marquée pour l’oisiveté plutôt que pour le travail, ou encore peut-être a t’elle détérioré sa santé en fumant, en buvant, et en s’alimentant mal. Quel qu’il en soit, ce sont les choix de l’individu qui l’ont mené à cette situation d’éloignement du marché du travail et de dépendance à l’État. Comme la responsabilité individuelle est une valeur centrale de l’idéologie libérale, le problème est en effet définit comme étant d’avoir échoué à atteindre et à conserver l’autonomie à laquelle on s’attend de la part des individus responsables d’eux-mêmes (Dang & Zajdela, 2009). Le problème n’est pas uniquement la misère dans laquelle se retrouve l’individu et qu’il incombe à la société de soulager; c’est aussi, et peut-être avant tout, la dépendance de l’individu envers l’État. C’est son échec personnel à se conformer à la valeur première de l’idéologie libérale : la responsabilité individuelle. À partir de ce constat, il est possible d’analyser le PAAS Action sous un autre jour que celui présenté dans les publications officielles et possiblement d’expliquer, ou du moins de comprendre, certaines incohérences entre les objectifs énoncés et la mise en œuvre de cette mesure. On comprend que, comme la dépendance du prestataire d’assistance sociale envers l’État est identifié comme étant le problème à résoudre, problème occasionné par les mauvais choix de l’individu, une mesure d’activation telle que le PAAS Action cherche ultimement à améliorer la capacité de responsabilité individuelle de ce prestataire. Et puisque les décideurs affirment que l’emploi est le meilleur rempart contre la pauvreté, c’est l’employabilité de la personne en question qui doit être développée (Eichhorst & al., 2008; Emploi-Québec, 2015). L’objectif des politiques d’activation, et spécifiquement du PAAS Action, qui est de mettre en mouvement et d’améliorer l’employabilité des participants implique plusieurs suppositions intrinsèques à la définition du problème que le PAAS Action doit résoudre (Emploi-Québec, 2014).
  10. 10. 10 Activer qui? D’abord, il semble important de mentionner, puisque cela est très significatif de la portée de la logique d’État social actif et de responsabilisation des individus dans les dernières décennies, que les prestataires d’assistance sociale dits éloignés du marché du travail n’étaient pas considérés, il y a moins de trente ans, comme faisant potentiellement partie de la population active (Sotelo- Rico & White, 2011). Aujourd’hui, ces personnes sont considérées comme étant aptes au travail et sont largement visées par les politiques d’activation, si ce n’est que l’on considère qu’elles nécessitent un encadrement plus serré (Emploi-Québec, 2014). Les prestataires d’aide sociale sont donc officiellement séparés entre ceux ayant des contraintes sévères au travail et ceux n’en ayant pas, mais comprennent aussi une sous-catégorie parmi cette dernière qui, si elle est prise en compte dans les programmes offerts aux prestataires d’assistance sociale, est invisible dans la rhétorique présentée à la population. D’autres ont travaillé sur les importantes limites de la définition des contraintes sévères à l’emploi et sur la division des prestataires, et la différence du montant des prestations accordée selon cette définition (Couturier & Gignac, 2012). Mentionnons simplement, puisque l’objet de cette analyse est la définition du problème auquel le PAAS Action se veut une solution, que la catégorisation sans nuances des prestataires d’assistance sociale dits éloignés du marché du travail comme aptes au travail et sans contraintes sévères à l’emploi contribue à placer le blâme sur les personnes en difficulté pour la situation dans laquelle elles se trouvent et ainsi à les stigmatiser encore davantage. Devenir « employable » Ainsi, inhérente au PAAS Action est l’idée selon laquelle les prestataires d’aide sociale, et encore davantage ceux qui sont dits éloignés du marché du travail, ne sont pas suffisamment « employables » précédemment leur participation au programme, et que c’est pour cette raison qu’ils n’ont pas d’emploi. D’une part, cette supposition obnubile largement les causes structurelles du non-emploi, telles que la stagnation économique du pays, la précarisation de l’emploi, et la surqualification professionnelle, causes qui sont de plus en plus responsables des difficultés d’intégration au marché du travail pour de larges tranches de population (Déniger, 1996; Fligstein, 1997). Ces causes structurelles du non-emploi chronique sont par ailleurs d’autant plus importantes à mentionner lorsque l’on s’intéresse aux programmes d’aide et d’accompagnement social, puisque des études indiquent que bon nombre de participants à ces
  11. 11. 11 derniers se retrouvent coincés dans un cercle de mesures d’activation, obtention d’un emploi précaire et à faible salaire, et retour à l’aide sociale (Déniger, 1996; White, 2011). Bref, il est certainement questionnable qu’une mesure d’activation telle le PAAS Action ne fasse nullement mention dans son document descriptif de ces causes de non-emploi hors du contrôle des personnes visées par ce programme, tout en insistant sur les lacunes du profil socioprofessionnel de ces personnes. Il semble que la définition du problème, c’est-à-dire la dépendance des prestataires d’assistance sociale envers l’État, définition qui, nous l’avons vu, est fortement influencée par les valeurs principales de l’État libéral que sont la responsabilité individuelle et l’autonomie (Esping-Anderson, 1999; Dang & Zajdela, 2009), compromet une compréhension complète du problème de non-emploi de ceux-ci. On pointe plutôt sur les individus la responsabilité de leur situation en leur offrant de les aider à développer leur employabilité, ce qui peut effectivement s’avérer efficace dans le cadre du PAAS Action, mais ne touche pas à la racine du problème et contribue à stigmatiser davantage cette population. Inciter, motiver, mobiliser Un autre élément à considérer parmi les effets que peuvent avoir la définition du problème auquel le PAAS Action doit répondre comme étant la dépendance des prestataires envers l’État, dépendance que l’on conceptualise comme étant due aux lacunes des prestataires en matière de responsabilité individuelle, est que de cette définition conduit à l’objectif de mobiliser, d’inciter les prestataires à entreprendre une démarche vers l’emploi (Emploi-Québec, 2015; Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, 2009). Il y a là supposition que ces personnes sont inactives et ne possèdent possiblement pas le « sens du travail », qu’elles n’ont pas assimilé la valeur sociétale qu’est le travail. Ce faisant, on ajoute à leur exclusion du marché du travail une exclusion sociale et morale, les stigmatisant au yeux de la population « vaillante » (Dang & Zajdela, 2009). Cette définition du problème, en mettant la faute sur les prestataires d’assistance sociale, vient inévitablement contrecarrer les efforts déployés pour atteindre l’objectif d’intégration sociale et professionnelle à long terme des participants (Boismenu, Dufour & Noël, 2001). On cherche à favoriser leur intégration, mais on les désigne dès le départ comme inemployables, et l’on nourri les préjugés envers ces personnes en insinuant que les valeurs mêmes de la société libérale (éthique de travail, responsabilité individuelle) leur font défaut
  12. 12. 12 (Dang & Zajdela, 2009). On crée un programme visant à les intégrer, mais ce même programme les définit comme méritant leur exclusion. Cette idée-reçue selon laquelle les prestataires d’assistance sociale manquent de motivation à travailler, idée qui date de plusieurs décennies (Relais-Femmes, 1985), n’est pas explicite dans les documents du PAAS Action. Cependant, elle semble responsable de l’introduction d’un incitatif financier dans le programme. En effet, l’incitatif financier associé à la participation au PAAS Action, si faible le montant soit-il, insinue que l’on considère que la motivation de travailler manque à ces personnes. Il s’agit là d’un élément de que de Morel (2002) nomme la « coutume du mérite », qui consiste à faire une distinction institutionnelle et morale entre les prestataires d’aide sociale. Au Québec, cette coutume existe entres autres dans la distinction qui est faite entre les personnes déclarées inaptes au travail, qui ont droit à une prestation plus généreuse que ceux qui sont dits aptes au travail (Morel, 2002). De la même manière, les prestataires d’assistance sociale qui participent aux mesures d’activation comme le PAAS Action ont droit à une allocation supplémentaire parce que l’on en considère qu’ils font des efforts que d’autres choisissent de ne pas faire. Le concept « d’éloignement du marché du travail » Au Québec, le « sujet-citoyen » de l’assistance est conceptualisé à la fois comme « exclu » et comme « dépendant » de la société, selon une étude de Sylvie Morel (2002). Il y a peut-être lieu de croire que la situation s’est dépréciée depuis le tournant du millénaire, puisque la rhétorique officielle ne parle plus d’exclusion concernant les prestataires d’assistance sociale aptes au travail, ni même dans le cas des personnes dites éloignées du marché du travail (Emploi-Québec, 2015). Ce dénominatif lui-même est parlant : « éloignées » du marché du travail n’a pas du tout la même signification qu’ « exclues » du marché du travail, ou même exclues socialement. La notion d’éloignement du marché du travail, dans la manière dont elle est définie par une incohérence entre les caractéristiques de l’emploi recherché, la nature des emplois disponibles dans le milieu de la personne, ainsi que les caractéristiques sociales et personnelles de cette personne (Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, 2008), rend l’individu responsable de sa situation. En effet, selon une étude concernant les motifs de participation et de non- participation de prestataires éloignés du marché du travail aux mesures d’Emploi-Québec, les
  13. 13. 13 aspects négatifs du dernier emploi occupé par les participants concernaient la faible rémunération (le salaire minimum), les mauvaises conditions de travail (stress, inconfort, risque de blessures, etc.), et le manque de respect de la part de l’employeur (Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, 2009). Comme plusieurs études indiquent que les emplois qui découlent généralement des programmes d’employabilité tels le PAAS Action sont également des emplois atypiques ou précaires à faible salaire (Déniger, 1996; Otis, 2000; White, 2009), il semble qu’un programme comme le PAAS Action contribue à indiquer aux participants que les caractéristiques de l’emploi qu’ils recherchent et la nature des emplois disponibles pour les personnes ayant leur profil social et personnel ne sont pas en adéquation. Bref, ces personnes sont définies comme ayant des attentes trop élevées envers l’emploi par rapport à la valeur qui leur est attribuée sur le marché du travail. Il s’agit là, par ailleurs, de l’un des objectifs de l’État social actif que de modifier les attentes des personnes envers l’État et envers le marché du travail (Cassiers, Pochet &Vielle, 2005). Le concept d’éloignement du marché du travail peut donc être considéré comme faisant partie des éléments du PAAS Action qui découlent de la définition du problème que l’on cherche à résoudre au moyen du programme et qui, en fait, participe à la stigmatisation persistante de cette population vulnérable.
  14. 14. 14 Conclusion Cet essai avait pour objet la présentation et l’analyse du PAAS Action, programme s’inscrivant dans un ensemble de politiques sociales dites d’activation actuellement en place au Québec. Il fut possible de constater l’influence de l’idéologie largement libérale sur l’appropriation québécoise des politiques d’activation visant les prestataires d’assistance sociale dits éloignés du marché du travail et spécialement la manière dont les valeurs de responsabilité individuelle et d’autonomie économique si chères à cette idéologie peuvent avoir identifié la dépendance économique des personnes sans-emploi envers l’État comme étant le problème à résoudre plutôt que la pauvreté et l’exclusion sociale vécues par celles-ci. Suite au constat selon lequel le problème est bel et bien conceptualisé comme étant la dépendance des personnes envers l’État, l’analyse du PAAS Action a permis d’identifier plusieurs éléments de la politique qui semblent incohérents avec une visée d’intégration économique et sociale à long terme des prestataires d’assistance sociale éloignés du marché du travail, et qui émanent de l’identification du problème de la dépendance de ces individus envers l’État. L’idée même de chercher à « activer » une population qui, du propre aveu des publications officielles, fait face à des obstacles plus importants que la majorité des personnes aptes au travail, le concept de développement de l’employabilité comme solution au non-emploi de ces personnes, l’idée selon laquelle il faut trouver une manière d’inciter, de motiver, les participants à vouloir travailler, ainsi que, finalement, la notion même d’éloignement du marché du travail furent questionnés et analysés. Force est de remarquer que chacun de ces éléments, présent dans le PAAS Action en raison de la définition du problème de la dépendance des personnes envers l’État, a un effet néfaste sur la façon dont sont stéréotypés les prestataires d’assistance sociale les plus vulnérables. Dans un contexte économique difficile pour lequel les solutions adoptées par le gouvernement Libéral sont celles des coupes dans les programmes sociaux visant spécialement la classe moyenne et les travailleurs pauvres, il est particulièrement important de faire preuve d’un excès de prudence dans la manière dont les groupes les plus vulnérables sont dépeints au reste de la population. Les opinions véhiculées dans la sphère médiatique par les commentateurs et les entrepreneurs-showbiz ne reflétant que rarement la réalité, mais ayant une importance majeure
  15. 15. 15 sur l’opinion publique, il est essentiel d’éviter que la rhétorique officielle n’encourage de quelque manière la hargne dirigée vers ceux qui sont sans catégorisés « aptes au travail » sans nuances. Tel que Dang & Zajdela (2009) le soulignent avec justesse, « Injustice économique et injustice culturelle interagissent et il est nécessaire d’analyser leur imbrication et le regroupement de leurs effets. Les dénis de reconnaissance s’accompagnent souvent de distribution inique et certaines politiques de redistribution véhiculent des normes, des valeurs et des modèles d’interprétation qui affectent le statut social et l’identité des individus ». (p.340)
  16. 16. 16 Bibliographie Boismenu, Gérard, Pascale Dufour, et Alain Noël, La pratique de la contrepartie pour les personnes exclues du marché du travail: Ici et ailleurs, ISUMA, 2001. Cassiers, Isabelle, Pochet, Philippe & Pascale Vielle, « L’état social actif : Vers un changement de paradigme? », Bruxelles : PIE-Peter Lang, 2005, 357p. Couturier, Eve-lyne, Renaud Gignac, Les prestations d’aide sociale sont-elles trop généreuses?, Institut de recherche et d’informations socio-économiques, Montréal, 10 octobre 2012. Dang, Ai-Thu & Hélène Zajdela, « Fondements normatifs des politiques d’activation : un éclairage à partir des théories de la justice », Recherches économiques de Louvain, 2009, Vol. 75, No. 3, pp. 313-352. Déniger, Marc-André, « Crise de la jeunesse et transformations des politiques sociales en contexte de mutation structurale », Sociologie et Sociétés, 1996, Vol. XXVIII, No. 1 : 73-88. Emploi-Québec, Manuel d’interprétation normative des mesures et des services d’emploi : Accompagnement des personnes éloignées du marché du travail dans le cadre du partenariat avec les organismes spécialisés en employabilité, Québec, Forum national Emploi-Québec, 2015. Emploi-Québec, À propos de nous, Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Gouvernement du Québec, 2015, http://www.emploiquebec.gouv.qc.ca/a-propos-de-nous/. Eichhorst, Werner, Kaufmann, Otto, Konle-Seidl, Regina & H-J Reinhard, “Bringing the Jobless into Work? An Introduction to Activation Policies”, Eichhorst, Werner, Kaufmann, Otto, Konle- Seidl, Regina (dir.), dans Bringing the Jobless into Work? Experiences with Activation Schemes in Europe and the US, Heidelberg : Springer, 2008, pp. 1-16. Fligstein, Neil (1997) Rhétorique et réalités de la "mondialisation", Actes de la recherche en sciences sociales, 119 : 36-47. Fréchette, Guy, Roy, Marie-Renée, et Savard, Frédéric, “Le Québec, à l’avant-garde de la lutte contre la pauvreté au Canada”, Options politiques, 2008. Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Étude qualitative sur les motifs de participation et de non-participation aux mesures d’Emploi-Québec de prestataires éloignés du marché du travail et encore présents sur l’aide sociale, Gouvernement du Québec, Direction de la recherche, DGARES, MESS, 2009. Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, La mobilisation des personnes éloignées du marché du travail : Entrevue avec des spécialistes et recension d’écrits, Gouvernement du Québec, Direction de la recherche, 2008.
  17. 17. 17 Morel, Sylvie, « Modèle du workfare ou modèle de l’insertion? La transformation de l’assistance sociale au Canada et au Québec », Condition féminine Canada, 2002. Otis, D. Évaluation formative de huit mesures actives d’Emploi-Québec : Résultats et effets. Ministère de la Solidarité sociale. Québec, 2000, 143 p. Relais-Femmes, Le Livre blanc sur la fiscalité des particuliers du gouvernement du Québec : explication, évaluation et présentation d'une alternative. Section 3.2.2. 1985. En ligne : http://bv.cdeacf.ca/bvdoc.php?no=2002_17_0114&col=CF&format=htm&ver=old. Sotello, Mariana et Deena, La relation d’aide dans les services d’activation pour les prestataires d’aide sociale au Québec, Québec, Fonds de recherche sur la société et la culture, université de Montréal, 2011. White, Deena, « La Prestation nationale pour enfants du Canada : Politique de famille, de lutte contre la pauvreté ou d’insertion ? », Revue français des affaires sociales, 2008, Vol. 4, pp. 165- 192. White, Deena, « Vers une politique saine d’activation : l’impact sur la santé et bien-être des prestataires d’aide sociale de l’intégration des services de sécurité du revenu et d’employabilité », Rapport de recherche Programme Actions concertées, Université de Montréal, 2011.

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