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Le Français Québécois et la Lutte pour Gr...
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LE FRANÇAIS QUÉBÉCOIS ET LA LUTTE POUR GRAVER EN PIERRE
UNE VARIÉTÉ LINGUISTIQUE
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Katherine G. Ba...
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Résumé
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Acknowledgments
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Introduction
Je me souviens de pourquoi j'ai choisi d'apprendre le français. Tout comme des
autres enfants américains,...
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utile, et quelque chose qui devrait être une priorité plus urgente dans ce pays où
l'ignorance culturelle et la paress...
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La francophonie : C'est un terme qui est apparu à la fin du XIXe siècle, qui,
comme dans l'usage de Senghor (avec un «...
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contient elle aussi des variatio...
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Le Franglais- Le franglais est un terme qui est utilisé souvent quand les gens
(anglophones et francophones) parlent d...
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qui transportent des idées et des pensées. Ensuite, nous avons la partie qui comprend
l'élocution : « La partie psychi...
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période, qui ont été mis en place avec des objectifs similaires. Il n'est pas souvent
indiqué, mais les objectifs de c...
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J'ai choisi d'étudier la variété de la langue française parlée par les gens du Québec
et comment il existe en concurr...
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principales forces derrière la prévalence de la langue française. Le premier chapitre
décrira des différentes lois et...
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Chapitre 1 : Le français d’ici
I. Qu’est ce que le québécois ?
Quand il s'agit de grandes langues du monde, il faut s...
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Bretagne, mais même après, leur influence s'est répandue au Canada et certaines parties
de l'est des États-Unis (Morr...
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Ces deux langues mondiales ont continué à se faire convergence, et les deux
parties ont fait des efforts afin de mini...
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l’usage populaire de la langue (le joual) et les promoteurs du français européen (français
dit standard ou internatio...
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doivent être pris en compte. Selon Pierre Martel et Hélène Cajolet-Laganière, professeurs
et linguistes québécois, qu...
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/ɛt.se.te.ʁa/, et la prononciation anglaise diffère peu. Au Québec, j'ai entendu à plusieurs
reprises une différence ...
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voyelle [a]. De mention particulière sont les voyelles nasales. Comparativement à d'autres
aspects de la parole du fr...
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provinces du Canada peut aussi avoir une politique linguistique distincte. Parmi les dix
provinces, il n'existe que d...
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Tranquille a perdu son dynamisme dans les années 1980, mais depuis ses débuts, les
Québécois ont continué à se battre...
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et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des
affaires ».
Ensuite, le préambule...
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la loi 101 définit clairement la langue française comme la langue officielle du Québec.
Cependant, la Charte « ne dit...
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moindre mesure ; alors des organisations de ce type n'étaient pas aussi puissantes. La
Charte a été une véritable ext...
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Il est clair que la langue française est mise au premier plan au Québec, ce qui
montre sa valeur aux yeux des Québéco...
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corriger les anglicismes présents dans la langue française. Un autre œuvre, le
Dictionnaire des proverbes, dictions e...
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Chapitre 2: L’enfant québécois – Chargé de la francophonie
I. La langue de l’éducation
Au Québec, l'éducation linguis...
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Québec, a défini le français comme la langue d'enseignement, ce qui a permis aux
Québécois de créer un système scolai...
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études secondaires. Tous ces enfants qui fréquentent l'école française sont également
obligés d'apprendre l'anglais c...
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l'utilisation de la langue française, quand il s'agit de l'éducation, augmente. Pendant les
années 1971 et 1972, parm...
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mettront pas en péril le pouvoir de la langue française. Il est de la plus haute importance
de permettre à leurs fran...
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fonctionnement repose sur l'engagement bénévole de ses membres » (AQPF).
L'association est certainement un bon représ...
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éminemment engagé; une prise de position pour un Québec francophone à la parole
maitrisée et libérée, en plein contrô...
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Micro Bytes, selon le panneau (voir figure 1).
Figure 1. Photo du magasin Micro Bytes. Montréal, 2013.
D'après la loi...
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l'Office. Je me suis demandée si quelqu'un l'avait jamais signalé à l'Office québécois de la
langue française.
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professeurs de français mais ceux qui étaient peut-être moins expérimentées dans
l'enseignement. En arrivant à l'hôte...
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national. Dans des moments comme cela, j'ai vu aussi comment l'éducation et la politique
sont intimement liées au Qué...
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développement de leurs compétences linguistiques quand ils apprennent plus qu'une
langue. Elle a présenté le multilin...
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après avoir déjà maîtrisé une première. Elle dit qu'une personne peut posséder des
qualités des deux types si l'on ap...
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électronique [Secondaire]. » Cette présentation était moins pertinente, mais c’était tout
aussi intéressant que les a...
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Chapitre 3: Culture Populaire, discours de tous les jours
I. Le discours de tous les jours
Le bilinguisme est souve...
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les compétences linguistiques des Québécois, ce qui se sont véritablement tissées dans
leur l'identité. Si le niveau ...
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qu'elle ait dit bonjour d'abord. Dans un endroit avec un tel niveau de bilinguisme, même
l'ordre des langues a une si...
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quelle que soit leur langue, les arts et en particulier les diverses formes de médias et de
divertissement influencen...
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III. Les animateurs radio et la norme du québécois
Je tiens à souligner que les médias, technologique ou en direct, r...
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Comme l'anglais américain et l'anglais britannique, le français de France et le
français du Canada possèdent des norm...
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norme mais aussi la première norme du québécois (orale) largement acceptée. Même si la
publication d'ouvrages qui déc...
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Une telle exigence n'existe pas au Québec, mais la politique 1.1.4 de la CBC /
Radio-Canada respecte les exigences li...
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Même si elle a depuis lors chanté beaucoup de chansons des deux langues, elle est
aperçue par beaucoup comme une inca...
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québécois et l'accent parisien quand j'ai appris la chanson. Pour cette raison, cette
chanson m'a menée à croire!pend...
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Y Fait Chaud lyrics, Kraft Dinner, et Aujourd'hui Ma Vie C'est D'la Marde. Lors de la
première écoute de ses chansons...
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Ensuite, il y a différentes formes d'anglais :
1. L’anglais standard nord-américain
2. L’anglais vernaculaire des Afr...
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reçu récemment le même type de succès, en particulier dans leur chanson Africain. Un
groupe de rap montréalais appelé...
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culture populaire que la culture intellectuelle, mais il faut certainement la considérer
comme une force majeure qui ...
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Le Français Québécois et la Lutte pour Graver en Pierre une Varié

  1. 1. The College of Wooster Libraries Open Works Senior Independent Study Theses 2014 Le Français Québécois et la Lutte pour Graver en Pierre une Variété Linguistique Katherine G. Baker The College of Wooster, kbaker14@wooster.edu Follow this and additional works at: http://openworks.wooster.edu/independentstudy This Senior Independent Study Thesis is brought to you by Open Works, a service of The College of Wooster Libraries. It has been accepted for inclusion in Senior Independent Study Theses by an authorized administrator of Open Works. For more information, please contact openworks@wooster.edu. © Copyright 2014 Katherine G. Baker Recommended Citation Baker, Katherine G., "Le Français Québécois et la Lutte pour Graver en Pierre une Variété Linguistique" (2014). Senior Independent Study Theses. Paper 5993. http://openworks.wooster.edu/independentstudy/5993
  2. 2. The College of Wooster LE FRANÇAIS QUÉBÉCOIS ET LA LUTTE POUR GRAVER EN PIERRE UNE VARIÉTÉ LINGUISTIQUE By Katherine G. Baker Presented in Partial Fulfillment Of the Requirement of Independent Study French 451 452 Supervised by Carolyn Durham March 23, 2014
  3. 3. ! ! Résumé The!Québécois!demonstrate!the!solidarity!of!the!French7speaking!world,!but! also!maintain!independence!from!France.!As!the!world!leader!of!la!francophonie,!the! Québécois!have!struggled!to!develop!their!cultural!identity!without!further! distancing!from!each!other!their!anglophones!and!francophones,!the!so7called!two$ solitudes.!The!Québécois!have!been!compelled!to!define!a!written!and!oral!linguistic! norm!for!their!ever7evolving!variety!of!French,!but!still!struggle!with!linguistic! insecurity.!Drawing!from!my!research!and!observations!in!Montréal!and!at!the!2013! Congress!of!l’Association!québécoise!des!professeurs!de!français,!I!describe!in!my! independent!study!the!difficulty!and!impossibility!of!creating!a!norm!for!their! variety!of!French,!and!advocate!the!recognition!of!a!less!concrete!linguistic!standard.!!
  4. 4. ! ! Acknowledgments First and foremost, I would like to thank my Independent Study advisor Carolyn Durham, who consistently challenged me to stay on track with writing and research and assisted me substantially in finding sources. Her support in my request to advance my research in Québec was crucial to the realization of my project. I would like to express my thanks to the College of Wooster, where I have spent three valuable years both channeling and discovering my interests and abilities. Also thanks to the College and to the aid provided to me by the McSweeney Fund, I was able to study off campus in Paris for one academic year, which provided much of the context for my Independent Study. I also greatly appreciate the assistance of the board of trustees for the Henry J. Copeland Fund for Independent Study, who granted me the funds necessary to travel to Québec. This trip allowed me to attend the 2013 Congrès of the Association québécoise des professeurs de français, an opportunity that proved to be central to my thesis. Interviews and insight given by Corina Borri-Anadon, Sebastian Marx, and the many French professors at the Congrès have provided me with a thorough framework for my research, for which I am extremely grateful.
  5. 5. ! 3 Introduction Je me souviens de pourquoi j'ai choisi d'apprendre le français. Tout comme des autres enfants américains, j’avais l'occasion de commencer à apprendre une langue étrangère alors que j'avais à peine maîtrisé ma première langue. Certaines écoles commencent à proposer des cours de langues étrangères au lycée, d'autres, comme la mienne, encouragent les élèves à commencer au collège, et ceux parmi les privilégiés qui vont aux écoles privées sont souvent en mesure de commencer les cours de langues étrangères à l'école primaire. Comme beaucoup d'autres étudiants américains, à un certain moment de mon éducation élémentaire, on m'a présenté le choix. Je pouvais soit prendre des cours d'espagnol, soit prendre des cours de français. A ce moment, enfant de onze ans, j’étais impartiale. Beaucoup de mes camarades de classe ont choisi l'espagnol, parce que leurs parents leur ont dit que c'était beaucoup plus utile. Ceux d'entre nous qui avaient le droit de faire nos propres choix ont fini par choisir une langue pour des motifs tout aussi mal informés. J'ai rapidement décidé que je voulais apprendre le français, parce que je pouvais compter jusqu'à douze en français, deux chiffres plus élevés que diez. Aux Etats-Unis, en tant qu'enfant anglophone de onze ans, j’avais déjà la main heureuse. Être parmi la majorité anglophone aux États-Unis est un net avantage. Il existe aussi bien sûr une minorité hispanophone aux Etats-Unis, dont la population continue à croître, mais afin d’avoir la possibilité de réussir, et donc d'appartenir au courant dominant de la société américaine, il faut maîtriser la langue anglaise comme c’est toujours la langue qui domine le marché du travail. Au lieu d'avoir l’occasion d’apprendre une langue, pour les hispanophones et pour des locuteurs d'autres langues, c’est une nécessité. Pourtant, il ne fait aucun doute que le multilinguisme est une capacité
  6. 6. ! 4 utile, et quelque chose qui devrait être une priorité plus urgente dans ce pays où l'ignorance culturelle et la paresse linguistique sont des stéréotypes communs. Pour cette raison, je voudrais examiner la situation linguistique d’un lieu avec lequel nous avons une frontière commune, mais dont les barrières linguistiques nous séparent de manière drastique, et ce n'est pas le Mexique. C'est au Québec où des enfants de onze ans basculent de l'anglais au français quotidiennement, et pas seulement à cause de leur cursus scolaire. C'est là un contraste frappant avec l'apathie linguistique de la plupart des Américains des Etats-Unis. Les francophones des quatre coins du monde semblent favoriser un sentiment d'appartenance et d'intégralité avec d'autres gens qui partagent leur langue, et pour cette raison, il est possible de comprendre la culture et l'histoire de Québec par la voie des études des linguistes, ainsi que des historiens. Léopold Sédar Senghor, dont la culture originaire du Sénégal a subi une rupture culturelle à cause des Français, a dit que « La francophonie, c’est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre » (Hagège 11). Cela peut être considéré comme une conséquence de la politique d'assimilation typiquement française, mais est-ce que la langue française assimile vraiment ses locuteurs? Il est nécessaire d'expliquer en détail ce phénomène, pour éviter des malentendus, ainsi que d'autres concepts dont les définitions sont contestées ou mal comprises. Afin de s'attaquer aux problèmes présents dans la société québécoise, et afin de présenter les variables que j'analyse dans cette étude, il faut comprendre la terminologie linguistique, qui est souvent la terminologie générale utilisée dans la description des conflits, des lois linguistiques et des dialogues importants au Québec d'aujourd'hui.
  7. 7. ! 5 La francophonie : C'est un terme qui est apparu à la fin du XIXe siècle, qui, comme dans l'usage de Senghor (avec un « f » minuscule), signifie le phénomène de la langue française telle qu'elle est utilisée par ses locuteurs. La signification plus moderne du mot a débuté en 1970 avec la création de l’Organisation internationale de la Francophonie. Selon le site internet officiel de l’organisation, « On parle désormais de francophonie avec un ‹ f › minuscule pour désigner les locuteurs de français et de Francophonie avec un ‹ F › majuscule pour figurer le dispositif institutionnel organisant les relations entre les pays francophones » (« Qu'est-ce que la Francophonie? »). Selon cette définition, la Francophonie (avec un ‹ F › majuscule) se réfère à l'Organisation internationale de la Francophonie. Les objectifs de la Francophonie comprennent la promotion de la langue française et aussi des objectifs plus particuliers qui sont associés avec la politique et les objectifs de la France, tels que le « développement de la démocratie », la promotion des objectifs académiques comme « l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche, » et le « rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle » (« Qu'est-ce que la Francophonie? »). Selon cette perspective, la francophonie n'est pas seulement un outil, mais aussi une culture en soi qui contribue au rapprochement des peuples autour du monde. Le Québécois- La définition populaire du québécois n'est pas toujours claire, surtout si on prend du temps à étudier plusieurs définitions. Ce problème peut être résolu rapidement quand on sait que pour les Québécois, il y a plus d'une définition. Bien que le québécois (qui ne diffère pas du français québécois) ne soit pas populairement considéré comme une langue à part entière, il existe des personnes qui le décrivent à tort comme une langue à part entière. Une définition assez stable du québécois dit que c'est une
  8. 8. ! 6 variété de la langue française qu'on parle dans la province canadienne du Québec, qui contient elle aussi des variations (voir le joual). Comme d'autres variations de langues standard, comme l'anglais américain, beaucoup des différences sont seulement perceptibles à l'oral. À l'écrit, les différences disparaissent. Le linguiste québécois, Jean- Claude Corbeil, a noté que dans la variation québécoise, en comparaison au français standard, « il ne s'agit pas d'une autre langue, mais d'une même langue, qui prend une coloration particulière. Le noter est d'autant plus important qu'on oublie cette réalité fondamentale en concentrant l'attention sur les différences. À examiner un arbre, on oublie la forêt » (Corbeil 837). C'est une philosophie particulièrement intéressante, puisqu'elle peut encore être appliquée aux débats linguistiques qui existent au Québec. Ce terme peut bien sûr être utilisé pour identifier une personne qui vit au Québec (bien que dans ce cas, comme dans celui du Parisien ou celui du Libérien, il nécessite une majuscule), peu importe s'il parle français, anglais ou toute autre langue. Le Joual- Ce terme est souvent utilisé pour faire référence à la parole des Québécois de Montréal. Il a généralement une connotation négative, et il est caractérisé par une abondance de franglais et un vocabulaire décontracté et d'une mauvaise qualité, par rapport à la norme parisienne de la langue française. Le terme dérive de l'expression « parler cheval », ce qui signifie parler d'une manière non raffinée (Kircher 347). En tant que déformation du mot cheval, « joual » est en fait un bon exemple de joual. Le mot a identifié le discours des Québécois de Montréal, bien qu'aujourd'hui le terme soit un peu dépassé. Il existe aussi des Québécois qui ont essayé de rétablir le mot, et ils l'utilisent de façon favorable comme un moyen de prouver l'idée que bien qu'ils ne soient pas « français-français », leur langue n'est pas moins authentique (Corbeil 838).
  9. 9. ! 7 Le Franglais- Le franglais est un terme qui est utilisé souvent quand les gens (anglophones et francophones) parlent de la relation entre les langues française et anglaise, mais dont l'usage commun a changé beaucoup de son sens originel. Ce n'est pas un problème sérieux, puisque la première apparition du mot était dans le livre de René Étiemble, Parlez-vous franglais?, dans lequel il présente une caricature cynique de la langue française et de l'usage des termes l'ensemble et des mots anglais et américains. J'emploierai le sens originel d’Étiemble du mot franglais. Il s’agit des mots et des phrases qui sont présents dans la langue française, qui ont été empruntés de la langue anglaise et qui sont toujours reconnus comme d'origine anglaise (comme « business, » « quick lunch, » et « leadership »). De la même manière qu’en anglais, où « joie de vivre » est considéré comme un mot emprunté à la langue française, les mots franglais ne sont pas assez intégrés dans la langue française pour être considérés comme français, souvent parce que leurs connotations sont liées à leur pays d'origine ou parce que leurs orthographes et leurs qualités syntactiques sont perçus comme étrangers à la langue française (Thody 1). Le franglais n'est pas constitué des anglicismes ordinaires, qui sont pleinement intégrés dans la langue française (comme « nominé », « opportunité, » et « en charge de ») (« Dire, Ne Pas Dire »). En plus de ces termes, il faut distinguer trois mots dont les significations sont souvent confuses ou combinées. Même Ferdinand de Saussure, le célèbre linguiste suisse, n'a pas défini ces trois mots concrètement. Ces termes sont le langage, la langue, et la parole. Premièrement, dans son célèbre livre Cours de linguistique générale, Saussure classe le langage comme la plus grande catégorie parmi les trois, et en elle se situent la langue et la parole. Il exprime le fait que le langage est le plus grand système de signes
  10. 10. ! 8 qui transportent des idées et des pensées. Ensuite, nous avons la partie qui comprend l'élocution : « La partie psychique n’est pas non plus tout entière en jeu : le côté exécutif reste hors de cause, car l’exécution n’est jamais faite par la masse ; elle est toujours individuelle, et l’individu en est toujours le maître ; nous l’appellerons la parole » (30). Enfin, la troisième partie de cette équation est la langue : « La langue est pour nous le langage moins la parole. Elle est l'ensemble des habitudes linguistiques qui permettent à un sujet de comprendre et de se faire comprendre » (112). Selon Saussure, le langage est l'outil qui nous permet de communiquer avec des l'autres personnes : « Elle [la langue] est la partie sociale du langage, extérieure à l’individu, qui à lui seul ne peut ni la créer ni la modifier » (31). Afin d'analyser le langage au Québec, il est nécessaire de comprendre comment il est devenu ce qu'il est aujourd'hui et comment il s'est maintenu. Le gouvernement du Québec défend la langue française à travers des restrictions linguistiques strictes qui sont appliquées et mises en place par l'Office québécois de la langue française. Pendant les années 1960, il y a eu une révolution linguistique au Québec qu’on appelle la Révolution tranquille. Elle s'est caractérisée par la réorganisation des institutions et des identités québécoises vers un nationalisme aligné avec la francophonie (Mallea 5). Pendant les années qui ont précédé cette révolution, il existait une tension entre les anglophones et les francophones du Québec, et comme les a décrit Hugh MacLennan dans son livre célèbre du même titre, les deux groupes étaient considérés comme Deux Solitudes. Au cours de cette révolution, plusieurs lois strictes ont été adoptées, qui ont encore renforcé l'importance de la langue française au Québec. Les institutions francophones les plus importantes au Québec ont également été créées durant cette
  11. 11. ! 9 période, qui ont été mis en place avec des objectifs similaires. Il n'est pas souvent indiqué, mais les objectifs de ces mesures législatives étaient également de restreindre l'utilisation de l'anglais, afin de donner le pouvoir à la majorité francophone. Tout aussi important était la réorganisation du travail et des institutions éducatives autour de la langue française (Mallea 10-12). Ces changements lents et subtils ont eu un impact profond et durable sur l'usage public et quotidien des langues au Québec. Je tiens à souligner que le Québec se distingue des autres endroits dans le monde où il existe des conflits entre les gens de langues différentes. Même parmi les Français, qui partagent avec les Québécois un certain niveau de défaveur en face de la domination globale de la langue anglaise, le souci de la langue est au premier plan au Québec d'une manière qui est plus dramatique qu'en France. La plupart des francophones au Québec seraient probablement d'accord avec la déclaration généreuse de Senghor, que la francophonie réunit les gens, mais les anglophones de la grande province pourraient avoir une réaction différente. Bien que ce soit un objectif populaire parmi les anglophones, et parmi certains des francophones, de lutter pour un environnement plus accueillant pour les Québécois anglophones (et les Québécois d'autres langues), cela crée une contradiction avec les efforts de francisation qui s'affirment de manière encore plus dynamique. Avec une vision non biaisée, je cherche à comprendre les problèmes entre les anglophones et les francophones du Québec, et à découvrir des solutions au problème suivant. Est-il possible de parvenir à une fusion harmonieuse des aspirations communes de ces deux groupes, dont la compréhension bilingue les rejoint, ou une synthèse de ces deux solitudes serait-elle trop idéaliste? Au Québec, il existe peut-être déjà autant de synthèse que possible, avec une situation linguistique qui est si particulière.
  12. 12. ! 10 J'ai choisi d'étudier la variété de la langue française parlée par les gens du Québec et comment il existe en concurrence et en harmonie occasionnelle avec la langue anglaise. Cela servira comme un moyen de révéler les particularités d’une variété de la langue française et de ceux qui la parlent. Au lieu d'étudier toutes les différentes variétés de la langue française, dans cette étude j'insisterai sur les particularités du Québec, où la fierté linguistique dans la langue française rivalise celle des Français. Discuter des sujets sociolinguistiques est un exercice délicat et c'est souvent un bon choix d'accepter et de s’adapter aux concepts linguistiques des usagers originaires d'une langue, car ils ont une relation de proximité. Il est logique que de nombreuses études culturelles de bonne réputation ont tendance à être fondées sur des informations proposées par des personnes avec un point de vue intérieur vers le sujet, ou ceux qui appartiennent à la culture étudiée. Toutefois, au Québec, où il y a un état permanent de dispute au sujet de la langue, les critiques québécois ont parfois tendance à adopter une position défensive par rapport à leur langue préférée. C’est donc mon objectif de proposer une analyse équilibrée, fondée sur mes propres observations au Québec, ainsi qu’une interprétation aussi bien développée que possible des débats importants qui le concernent. L'étude des langues, comme celle d'autres disciplines, peut profiter des perspectives multiculturelles. Afin d'englober la manière dont la langue française est présente au Québec, ainsi que sa relation à la langue anglaise et aux autres communautés francophones à travers le monde, cette étude sera divisée en quatre grandes parties. Tout d'abord, je fournirai la base de cette étude avec le contexte historique de la langue française au Québec (et au reste du Canada), et des interprétations du québécois, ainsi qu’une description des institutions linguistiques qui existent aujourd’hui au Québec, en tant que l'une des
  13. 13. ! 11 principales forces derrière la prévalence de la langue française. Le premier chapitre décrira des différentes lois et des droits des gens au Québec qui décrivent la langue française comme la seule langue officielle de la province, dans le pays bilingue du Canada. Dans la deuxième partie de cette étude, je décrirai l'autre force majeure derrière la prévalence de la langue française au Québec, qui est l'éducation. Afin de mieux mener des recherches primaires pour cette étude, la recherche dans cette section sera tirée de mes observations et de mes expériences au congrès de 2013 de l’Association Québécoise des Professeurs de Français. Cet événement m’a permis de visiter et de faire l'expérience du pays du Canada pour la première fois, et aussi de mieux comprendre la culture et le pays que j'étudie. Dans cette section, j’étudierai la façon dont l'éducation au Québec est une extension du renforcement de la langue française. Ensuite, le troisième chapitre portera sur l’effet que l'éducation et la loi ont sur la culture populaire au Québec et aussi sur le langage de tous les jours. Je soutiendrai mon analyse de l'influence de l'éducation et des lois et des règles (sociaux et politiques) en montrant leur influence immédiate sur des médias, comme la radio, la télévision, le cinéma et la musique, et aussi à travers la comédie. Cette partie montrera et expliquera la façon dont ces expressions publiques de la langue se manifeste tous les jours. Enfin, je terminerai mon étude avec une analyse des solutions et des objectifs proposés par les enseignants et par les futurs projets législatifs, en ce qui concerne la langue française au Québec. Je tenterai de les considérer en convergence avec ma propre solution, à la suite des leçons tirées du congrès de 2013 et du reste de mes recherches.
  14. 14. ! 12 Chapitre 1 : Le français d’ici I. Qu’est ce que le québécois ? Quand il s'agit de grandes langues du monde, il faut s'attendre à ce qu'elles interagissent en quelque sorte. Il ne serait pas exact de prétendre que la bataille de force entre la langue française et la langue anglaise n'a pas été observée entre d'autres grandes langues dans le passé. Ces deux langues ont lutté pendant des siècles, elles s'influencent, et elles continueront d'exister côte à côte pendant une durée imprévisible. C'est un défi de taille d'essayer de comprendre la relation entre ces deux langues ainsi que leurs locuteurs, mais quand on étudie un peu plus où ils se croisent, les réponses à de nombreuses questions se précisent. Le Québec est l'endroit le plus évident à étudier. Même s'il est loin du lieu originaire de cette langue, le Québec est devenu une force dominante de la francophonie aujourd'hui, sinon la principale force, mais ses liens avec le monde anglophone sont également visibles. Au cours des années, les langues anglaise et française ont été en contact de diverses manières. Les enjeux linguistiques actuels au Québec montrent comment ces questions sont encore en évolution, mais ces questions d'aujourd'hui peuvent être considérées comme des suites d'une rivalité persistante. Pendant la période colonialiste des Européens aux Amériques, la langue française et la langue anglaise ont été implantées pratiquement au même moment. La première colonie a été établie par les explorateurs français en 1605, à Port-Royal, et rapidement après au Québec en 1608. Ce domaine s'est élargi et a rapidement été connu sous le nom de la Nouvelle-France. Même pendant cette période, le pouvoir dominant franco-canadien peut être observé. Quelque 150 ans se sont écoulés avant que les Français aient perdu cette colonie à la Grande-
  15. 15. ! 13 Bretagne, mais même après, leur influence s'est répandue au Canada et certaines parties de l'est des États-Unis (Morris 27). La résilience dévouée des Canadiens francophones face aux influences des autres langues résonne au Canada d'aujourd'hui, et à un niveau encore plus impressionnant. Depuis leur première rencontre au Canada, la plupart des conflits entre les Canadiens d'origine française et les Canadiens d'origine britannique a été centrée autour de la religion. Souvent, la question protestante ou catholique a été plus pressante que celle de leur identité franco-canadienne ou canado-britannique, mais cela a changé. Aux vingtième et vingt-un-unième siècles, les francophones du Canada ont commencé à établir des priorités différentes, et le débat est passé de la religion à la langue et son statut. Un esprit national s’est bien formé, et par la suite, des institutions sociales importantes ont été établies. Même les journaux ont montré le caractère distinctif des deux religions et leurs langues respectives, comme le montre le journal québécois proéminent, L'Action catholique, et ses équivalents protestants (Morris 29). Peu de temps après, la langue a rapidement dépassé la religion comme indicateur social primaire. Sans surprise, les conflits ont continué à se produire quand il s'agit de la parole des Canadiens, et c'est sans prendre en compte les langues des peuples autochtones de la région. Avant le règlement britannique et français du Canada, le pays n'a pas été influencé par des langages externes du tout. Pendant des milliers d'années, les langues autochtones ont dominé. Les langues des Canadiens autochtones, qui sont utilisées à un taux fractionnaire par rapport à leur domination précédente, sont minées par la politique linguistique du Canada, et cela ajoute des tensions supplémentaires au conflit.
  16. 16. ! 14 Ces deux langues mondiales ont continué à se faire convergence, et les deux parties ont fait des efforts afin de minimiser l'influence de l'autre. A partir du dix- neuvième siècle, les Canadiens francophones ont été visiblement marginalisés, au niveau publique et national, et un facteur contributif a été l'interdiction de l'enseignement de la langue française dans les écoles publiques (des territoires britanniques) au cours de la première moitié du XXe siècle (Morris 31). Cependant, après la Deuxième Guerre mondiale, le désir croissant d'une identité nationale distincte des influences extérieures s'est révélée comme une force positive pour la langue française. En partenariat avec cet esprit national, les Canadiens ont commencé à revendiquer leurs langues comme leur propriété, au lieu d'un marqueur identitaire de la Grande-Bretagne ou de la France. Les anglophones du Canada ont commencé à apprécier le français, et les provinces anglophones ont retiré beaucoup de leurs législations qui limitaient l'usage de la langue française. La notion du québécois est née. En plus de la volonté de former une identité unifiée, l'usage de la langue française a été considéré comme un outil stratégique contre l'influence croissante de la culture et des médias des Etats-Unis. Avec le reste du continent nord-américain, les années soixante ont été une décennie révolutionnaire au Québec, avec un grand nombre de changements moraux, politiques et sociaux qui se déroulaient, mais au Québec, la langue était également au premier plan, contrairement à ses environs. Après ces dix ans marquants, presque tous les établissements du Québec dans les domaines de la religion, de l'éducation et du gouvernement ont subi une transformation (Mallea 5). C'était aussi une période pendant laquelle il y avait beaucoup de débats sur la question d'une langue standardisée. Cette « querelle du joual » a été caractérisée par des discussions entre « les défenseurs de
  17. 17. ! 15 l’usage populaire de la langue (le joual) et les promoteurs du français européen (français dit standard ou international) » (Mallea 13). Comme il existe une différence entre la norme parisienne de la langue française, et la variation de français qu'on parle au Québec, cela provoque un certain niveau d'insécurité linguistique. Ce débat a également ouvert la voie à de nombreuses actions législatives, qui ont précisé la définition de la langue et comment elle doit être utilisée dans la province du Québec. Il n'y a aucun doute que la variété de français que parlent les Québécois est différente de celle d'un Parisien moyen. Avant mon séjour au Canada, je ne m'attendais pas à comprendre beaucoup, mais au contraire, à Montréal et à Ottowa, le français était tout à fait facile à comprendre. Cela m'a fait penser à la grande quantité d'analyses au sujet de l'état et de la situation de cette variété de français par rapport au standard français. Il est logique que les Québécois soient enclins à chercher des définitions pour leur parole, parce que le reste du monde francophone a tendance à les mépriser. Pourtant, cette réaction n’est peut-être pas nécessaire du tout, parce que dans la plupart des cas, leur discours est incroyablement facile à comprendre. Il est intéressant que quelqu'un qui n'est pas de langue maternelle française, comme moi, puisse encore le comprendre, ce qui réfute un peu l'affirmation que les Québécois doivent standardiser afin d'assurer une compréhension mutuelle avec le reste du monde francophone. Il est pourtant important de souligner certaines des principales distinctions de la variété française que l'on parle au Québec, car elle est une force déterminante de la francophonie. En décrivant la langue d'un peuple ou d'un lieu, il est nécessaire d'identifier les différences qui existent entre les différents types de langage. Pour tenter de décrire la norme d'une langue (ou d'un dialecte ou d’une variété), tous les types de communication
  18. 18. ! 16 doivent être pris en compte. Selon Pierre Martel et Hélène Cajolet-Laganière, professeurs et linguistes québécois, quatre domaines de la langue doivent être étudiés afin de décrire la norme. Ces quatre domaines sont les suivants: 1. La langue de l’État et de ses organismes publics et parapublics a travers leurs communications institutionnalisées 2. La langue écrite, sous toutes ses formes, notamment grâce aux nombreux textes littéraires 3. La langue parlée « soignée » de la radio et de la télévision 4. La langue enseignée qui, en principe, valorise le français québécois standard (76) Ces distinctions sont tout à fait logiques, et j'ai choisi d'étudier la première et la quatrième de ces sphères comme les principales forces de la norme du français qu’on parle au Québec. Je vois la troisième comme un résultat secondaire, et la deuxième est omise puisque le Québec a tout récemment formé son identité sans influence externe. C'est-à- dire que puisque son identité en tant qu'unité développée a commencé à se solidifier au cours de la révolution des médias, sa littérature majeure relève de la troisième catégorie. La littérature québécoise classique a beaucoup emprunté à la norme parisienne, qui a été représentée dans les ouvrages de littérature française. Il est plus utile d'étudier son évolution au moyen des nouvelles technologies et des moyens de communication. Dans les trois chapitres suivants, j'étudierai ces sphères en détail. Quand il s'agit du québécois parlé, il existe plusieurs distinctions dignes de mention par rapport à la norme parisienne. Lors de ma visite au Canada, une distinction courante dans la prononciation, quand il s’agit de la prononciation des phrases, était celle de l'expression « et cetera ». En français standard, la phrase est prononcée comme
  19. 19. ! 17 /ɛt.se.te.ʁa/, et la prononciation anglaise diffère peu. Au Québec, j'ai entendu à plusieurs reprises une différence dans la deuxième syllabe de la phrase, où il était plus proche de /ɛt.ʃe.te.ʁa/. Cette syllabe a utilisé le premier phonème du mot « chat » ou dans certains cas du mot « Tchaïkovski. » Martel et Cajolet-Laganière décrivent en beaucoup plus de détail les autres différences importantes de prononciation, qui comprennent les différences prosodiques. Une de ces différences est la tendance à prononcer avec moins d'accent les syllabes au milieu des mots. Il y a aussi quelques différences quand il s'agit de l'articulation des voyelles. Par exemple en français québécois, dans la prononciation des mots avec /un/, comme lundi, cette voyelle est nettement différente du /in/, comme dans fin (90-91). Une des grandes différences dans la prononciation des consonnes est l'utilisation de /ts/ et /dz/ en français québécois devant les voyelles fermées /i/ et /u/ (petit, dimanche, endurer, etc.). Suite à mon affirmation que la littérature québécoise influence très peu la norme, Martel et Cajolet-Laganière font écho à mon opinion. Après avoir passé quelques pages à décrire les distinctions orales du québécois, quand il s'agit de la norme écrite, ils déclarent en une courte phrase : « À l’écrit, il existe aussi un modèle québécois, mais il n’a pas encore été décrit » (92). Bien que la norme écrite soit décrite par des linguistes, elle ne vient pas d'un vieux document national, ni à partir d'une littérature classique. Un autre trait caractéristique du français québécois est la variation de la prononciation de voyelles. Il y a beaucoup de différences entre la prononciation des voyelles en français standard et en française québécois, comme les différences dans la diphtongaison des voyelles longues, dans la fusion des voyelles, et dans différentes prononciations situationnels de chaque voyelle, en particulier les voyelles nasales, et la
  20. 20. ! 18 voyelle [a]. De mention particulière sont les voyelles nasales. Comparativement à d'autres aspects de la parole du français québécois, c'est un élément qui n'est pas aussi méprisé du point de vue sociolinguistique que d'autres aspects du parole du français québécois (Ostiguy et Tousignant 112-114). Il y a quatre voyelles nasales en français standard et aussi en français québécois. Cependant, en français standard, le phonème [œ̃], qui, en français standard, est prononcé comme le mot « un », perd souvent la nasalité (110). En dehors de ces différences orales, il existe aussi de nombreuses variantes dans l'orthographe, dont beaucoup sont influencées par l'orthographe de l'anglais (ou plutôt de l'anglais américain et anglo-canadienne). Il y a aussi de nombreuses différences typographiques, notamment avec l'écriture en majuscules. En outre, certains mots ont des significations très différentes au Québec, comparativement à la France. Il est impossible de citer chaque différence, puisqu'il s'agit d'une variété, comme le standard, qui continue à évoluer. Depuis son arrivée au Canada il y a des siècles, la langue française a évolué d'une manière différente de la langue française de France, un peu comme l'anglais l’a fait en Amérique du Nord. Cependant, en dépit de l'énorme quantité de différences, il est révélateur qu'il existe encore un bon niveau d'intelligibilité mutuelle. II. Une langue gravée dans la pierre Sans prendre trop de temps à expliquer la situation des langues au Canada, parce que c'est une histoire diverse et longue, je vais l’expliquer brièvement. Le Canada a deux langues officielles qui sont le français et l'anglais. C'était déclaré par le gouvernement fédéral avec le Loi sur les langues officielles de 1969 (Morris 8). Cela signifie que le Canada est un pays officiellement bilingue, mais l'influence de la loi ne s'applique qu'aux questions relevant de la compétence fédérale. Pour cette raison, chacune des dix
  21. 21. ! 19 provinces du Canada peut aussi avoir une politique linguistique distincte. Parmi les dix provinces, il n'existe que deux d'entre eux qui identifient la langue française comme la langue officielle de la province. Le Nouveau-Brunswick accorde au français et à l'anglais un statut égal, et le Québec identifie la langue française comme la langue officielle de la province (Razafimandimbimanana 35). Donc même si le Canada est considéré comme un pays bilingue, avec deux langues officielles, un seul de ses provinces donne aux deux langues officielles un statut égal à l'intérieur des limites de ces immenses provinces. La liaison de la langue anglaise attache ensemble neuf de ces dix provinces du Canada, et il devient clair pourquoi la seule province explicitement francophone du Canada doit prendre des mesures pour protéger la langue française de l'anglais. Il faut comprendre l'histoire plus lointaine du Québec, mais ce sont les années soixante et les années suivantes qui révéleront le plus quand il s'agit de questions de la langue française en ce qui concerne les Québécois et leur identité. Cette révolution dite « tranquille » a profondément changé l'ensemble de la société québécoise en ce qui concerne l’espoir et des exigences du peuple québécois, qui était en grande partie une communauté entièrement francophone qui voulait le rester. Les bases du mouvement étaient « la radicalisation du discours nationaliste, par le recours fréquent dans les productions culturelles à un langage populaire provocant… » On appelle ce langage populaire le joual, qui est « devenu symbole de libération, par des secousses politiques (crise d'Octobre en 1970, élection du Parti québécois en 1976, Referendum de 1980) et par une succession de lois linguistiques » (Poirier 912). Depuis le début de cette décennie révolutionnaire, jusqu'en 1966, le premier ministre du Québec était Jean Lesage. Son administration a dirigé l'initiative publique à franciser le Québec. La Révolution
  22. 22. ! 20 Tranquille a perdu son dynamisme dans les années 1980, mais depuis ses débuts, les Québécois ont continué à se battre pour leur langue, et à lutter simultanément contre l'influence de la langue anglaise au sein de leur société (Poirier 912). Tous ces changements, institutions, lois, et mouvements linguistiques réalisés pour promouvoir la langue française ont clairement indiqué que la langue française était parmi les plus hautes préoccupations des Québécois. Afin de comprendre les institutions et le reste des lois qui touchent à la langue au Québec, il est nécessaire de présenter la charte qui définit le français comme la langue officielle du Québec. Elle constitue la base à partir de laquelle toutes les préoccupations peuvent être abordés ; elle s’intitule la loi 101, ou officiellement, la Charte de la langue française. Comme dans d'autres documents gouvernementaux, le préambule peut être considéré comme la partie la moins technique, mais avec une importance unique. Tout d'abord, le préambule de la charte exprime le fait que le français est plus qu'une langue ; c'est aussi une identité : « Langue distinctive d'un peuple majoritairement francophone, la langue française permet au peuple québécois d'exprimer son identité. » Cette brève déclaration montre que les Québécois reconnaissent la langue française comme une langue à l'intérieur et à l'extérieur de leur province. Cette langue leur permet de s'exprimer et de solidifier une identité unique, donc c'est un autre raisonnement pour la mise en place du français comme langue officielle, et aussi la langue désignée pour toutes les sphères de la vie dans la province : « L'Assemblée nationale reconnaît la volonté des Québécois d'assurer la qualité et le rayonnement de la langue française. Elle est donc résolue à faire du français la langue de l'État et de la Loi aussi bien que la langue normale
  23. 23. ! 21 et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires ». Ensuite, le préambule se présente sous un angle différent, celui de l'inclusivité. Bien que la Charte vise à promouvoir la langue française, la charte mentionne ensuite son intention de respecter la communauté anglophone du Québec, ainsi que les autres groupes : « L'Assemblée nationale entend poursuivre cet objectif dans un esprit de justice et d'ouverture, dans le respect des institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise et celui des minorités ethniques, dont elle reconnaît l'apport précieux au développement du Québec. » Le préambule déclare alors la reconnaissance des droits linguistiques et culturels des Inuits du Québec, en tant que « premiers habitants du pays ». La charte comporte ensuite la déclaration que le document fait partie d'un schéma global de la compréhension multiculturelle : « Ces principes s'inscrivent dans le mouvement universel de revalorisation des cultures nationales qui confère à chaque peuple l'obligation d'apporter une contribution particulière à la communauté internationale. » Finalement, le préambule de la charte se termine par un rappel intéressant de la présence durable de l'influence anglaise dans leur province et leur pays, le sceau d'approbation de la reine : « SA MAJESTÉ, de l'avis et du consentement de l'Assemblée nationale du Québec décrète ce qui suit: » Ce document est considéré comme la pièce la plus essentielle de la législation concernant l'utilisation de la langue au Québec. Tout en promouvant la langue française, la charte affirme également la domination du français sur l'anglais. Même dans le préambule, cependant, la charte affirme la suprématie de la langue française sur les autres langues, y compris celles des peuples autochtones de la province. Comme citée ci-dessus,
  24. 24. ! 22 la loi 101 définit clairement la langue française comme la langue officielle du Québec. Cependant, la Charte « ne dit pas de quel français il s’agit » (Martel et Cajolet-Laganière 14). Ce trou dans la charte a ouvert de nombreux débats et a suscité des préoccupations concernant la nécessité d'utiliser le standard ou de reconnaître la possibilité de multiples normes à l'intérieur de la langue française. Après la Révolution tranquille, les Québécois ont commencé à se rassembler pour la standardisation de leur langue. C'était l'Association québécoise des professeurs de français, dont j'ai maintenant une connaissance directe, qui a créé un terme très important quand il s'agit du règlement des débats linguistiques. L’Association québécoise de professeurs de français a déclaré qu'il faut que les écoles du Québec enseignent à leurs étudiants « le français standard d’ici ». Depuis ce moment, l'insécurité linguistique au Québec s'est calmée dans une certaine mesure, car un bon nombre de Québécois ont accepté « le standard d'ici », qui est l'usage formel du français des Québécois, comme une variété de la langue française qui est unique, mais qui n’est pas séparée de ses racines (Kircher 346). D'une certaine manière la loi 101 a posé et a résolu une question très importante dans l'histoire de la langue française. Elle a posé le problème de la description un peu ambiguë de cette variété de français utilisé au Québec, et a également inspiré un groupe d'enseignants (qui peut également être décrit comme leaders de la francophonie) à fixer la définition publique de leur standard. Au cours des cinquante dernières années, les Québécois ont acquis plus de confiance dans leur langue. Comme l'Association québécoise des professeurs de français, d'autres organismes québécois ont tendance à s’occuper sur la langue en quelque sorte. Cependant avant la Révolution tranquille et la Charte, la politique linguistique existait au Québec dans une
  25. 25. ! 23 moindre mesure ; alors des organisations de ce type n'étaient pas aussi puissantes. La Charte a été une véritable extension des objectifs linguistiques inexprimés de son peuple avant son adoption. Elle a été vraiment révolutionnaire et elle est toujours essentielle aujourd'hui dans la société québécoise. Parallèlement à l'adoption de la Charte était la formation de plusieurs organisations linguistiques importantes soutenues par le gouvernement québécois. L’organisation la plus importante est l'Office québécois de la langue française (OQLF), dont le rôle est de franciser (de faire respecter l'utilisation de la langue française) les entreprises et la politique au Québec selon les règles de la charte 101. Les trois autres principales postes linguistiques qui soutiennent la Charte et qui traitent du sujet de la langue française au Québec sont les suivantes : 1. La Commission de toponymie (CT), qui « fournit des avis à la ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française sur les questions que celle-ci lui soumet et la saisit de questions qui appellent l’action ou l’attention du gouvernement » 2. Le Conseil supérieur de la langue française (CSLF), qui est « responsable de l’inventaire, de la conservation, du traitement, de l’officialisation et de la diffusion des noms géographique du Québec » 3. Le Secrétariat à la politique linguistique (SPL) qui « assiste la ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française et coordonne la mise en œuvre de la politique linguistique québécoise, en supervise les modifications et assure la cohérence des interventions gouvernementales en matière linguistique » (« Plan Stratégique 7 »)
  26. 26. ! 24 Il est clair que la langue française est mise au premier plan au Québec, ce qui montre sa valeur aux yeux des Québécois, et certainement à un niveau plus élevé aux yeux des francophones du Québec. Bien que la majorité des Québécois soient fiers de leur français « standard d’ici », il existe un genre conservateur de la littérature linguistique qui domine au Québec et qui démontre qu’un degré d'insécurité linguistique existe encore chez les Québécois. Ces types d'ouvrages peuvent être appelés « correctifs. » Selon Martel et Cajolet-Laganière, ce genre, qui vise à purifier le français d’ici, est un problème parce que par conséquent, le français québécois est « infériorisé » (47). Bien que leur livre, Le Français québécois, possède une mine d'informations utiles, il est intéressant de noter que ces réclamations sont faites dans un ouvrage qui ne s'éloigne pas loin de ce genre. Ils affirment que ce genre peut même être considéré comme un genre national du Québec, et que « La quantité d’ouvrages normatifs répond à un besoin des Québécois et Québécoises et est la conséquence d’un fort sentiment d’insécurité linguistique » (47). Ils mentionnent que sa dévalorisation est considérée par rapport à la langue anglaise ainsi que la norme parisienne. Cependant, je ne partage pas cette opinion. En écrivant des livres correctifs, ils ne dévaluent pas le français québécois, car ils ne cherchent pas à revenir au standard parisien, mais plutôt à solidifier les règlements de leur variété de la langue. La publication de livres concernant le français « impur » n'est pas uniquement une tendance au Québec. C'est une tendance chez les francophones de France aussi bien. Il semble être le cas qu'ils ne prennent pas une position de défense de leur langue, mais plutôt celle d'une offensive contre l’influence croissante du monde anglophone. Un exemple de ceci est le célèbre livre de René Étiemble, Parlez-vous franglais. Il vise à
  27. 27. ! 25 corriger les anglicismes présents dans la langue française. Un autre œuvre, le Dictionnaire des proverbes, dictions et adages québécois de Pierre DesRuisseaux, est un contraste curieux. La partie intéressante est son sous-titre, « avec les équivalents français et anglais. » Ce livre peut sembler un livre sur la défensive, mais il sert à affirmer le caractère standard de la variété québécoise, car il doit être traduit en anglais ainsi qu'en français. ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
  28. 28. ! 26 Chapitre 2: L’enfant québécois – Chargé de la francophonie I. La langue de l’éducation Au Québec, l'éducation linguistique des jeunes est une partie essentielle de leur culture multilingue. Comme dans d'autres domaines de la vie dans la province, il y avait beaucoup de changements dans l'éducation au cours des années 1960. Ces changements ont été radicaux quand on étudie les pratiques d'enseignement qui existaient avant la Révolution tranquille. Il y avait une division notable entre les anglophones et les francophones du Québec, qui existe à un degré moindre aujourd'hui. Celle-ci comprenait les divisions dans les programmes scolaires. En effet, jusqu'à l'époque révolutionnaire, les écoles francophones et anglophones enseignaient différemment, notamment quand il s’agissait de l’histoire. Dans son étude sur la division français-anglais, Paul Zanazanian, professeur à l'Université McGill, note que les écoles francophones ont appris à leurs élèves leur patrimoine catholique français. Parallèlement, les écoles anglophones ont appris à leurs élèves les gloires et les exploits de l'empire britannique (110). Cette méthode d'enseignement a continué d'éloigner les gens du Québec. Puisque ces deux groupes croyaient en (ou voulaient faire respecter) deux histoires différentes, il n'a pas été facile de combiner les patrimoines des Québécois francophones et anglophones, ce qui n’est pas surprenant. Les Québécois francophones ont cherché un moyen de s'attaquer au problème des avantages anglophones au Canada, et ils croyaient que c’était nécessaire de combiner les deux méthodes incompatibles d'enseignement, en matière de l'histoire et d'autres sujets. Au cours de la Révolution tranquille, les préoccupations au sujet de cette dualité ont augmenté. Enfin en 1977, la charte de la langue française, la loi la plus fondamentale quand il s'agit de la langue au
  29. 29. ! 27 Québec, a défini le français comme la langue d'enseignement, ce qui a permis aux Québécois de créer un système scolaire plus unifié (« Charte de la langue française »). De tels changements montrent comment les francophones du Québec voulaient renforcer la francophonie et aussi unifier tous les gens de Québec par voie de l'unification du système éducatif. A bien des égards, cette façon de résoudre le manque de cohérence dans le système scolaire a éliminée des dualités gênantes qui séparaient les francophones des anglophones. Dans ce cas où même les gens de langues différentes sont fiers dans leur identité commune, ce phénomène surprenant facilite l'argument de la Francophonie selon lequel la langue française est une force accueillante qui est en mesure d'étendre ses effets au-delà des francophones. C'est un effet qui n’était constaté publiquement par chaque côté, que récemment, car chaque côté a lutté pour ses droits à eux seulement. C'est toujours le cas, mais il y a maintenant une compréhension commune au Québec qu’afin de faire des progrès, il faut un consensus entre les deux groupes linguistiques les plus peuplés. Dans le vaste texte de la Charte de la langue française, la première section majeure du document, ou comme l’appelle l’Éditeur officiel du Québec « Titre I », comporte d'autres subdivisions, appelées des « chapitres ». Le huitième chapitre, qui est lui-même subdivisé en deux grandes parties, est la partie de la loi qui est appelée « la langue de l'Enseignement ». La première clause du Chapitre VIII est la suivante : « L'enseignement se donne en français dans les classes maternelles, dans les écoles primaires et secondaires sous réserve des exceptions prévues au présent chapitre. » Cela signifie que l'instructeur doit s'adresser aux élèves en français, qui ont déjà une connaissance de la langue française, ou l’auraient avant qu'ils obtiennent leur diplôme des
  30. 30. ! 28 études secondaires. Tous ces enfants qui fréquentent l'école française sont également obligés d'apprendre l'anglais comme deuxième langue. Les comités de chaque école peuvent déterminer les méthodes d'introduction du français et de l'anglais comme langues d'enseignement. Comme le mentionne la clause, il y a des exceptions. Le document énumère les cas spéciaux, par lesquels l'enfant est autorisé à fréquenter l'école anglophone. Fait intéressant, la liste de ces cas est numérotée d’un à cinq, mais les trois dernières exemptions sont marquées « abrogé [es] ». Les deux exemptions qui n'ont pas été supprimées de la loi sont les suivantes : 1° les enfants dont le père ou la mère est citoyen canadien et a reçu un enseignement primaire en anglais au Canada, pourvu que cet enseignement constitue la majeure partie de l'enseignement primaire reçu au Canada; 2° les enfants dont le père ou la mère est citoyen canadien et qui ont reçu ou reçoivent un enseignement primaire ou secondaire en anglais au Canada, de même que leurs frères et soeurs, pourvu que cet enseignement constitue la majeure partie de l'enseignement primaire ou secondaire reçu au Canada Il est important d'aborder ces cas, car ils représentent beaucoup d'enfants au Québec, mais j'insisterai sur les questions des enfants qui étudient le français. Il y a beaucoup de gens qui croient que la langue anglaise a une influence négative sur la langue au Québec, à cause des influences telles que la culture populaire anglophone (des États-Unis et du reste du Canada). Cependant, il faut prendre en compte les statistiques éducatives de langue si l'on souhaite évaluer avec précision cette hypothèse, car ils reflètent mieux le niveau auquel une langue est utilisée. Les statistiques éducatives publiées par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec montrent que
  31. 31. ! 29 l'utilisation de la langue française, quand il s'agit de l'éducation, augmente. Pendant les années 1971 et 1972, parmi tous les élèves québécois inscrits dans l'école préscolaire, primaire et secondaire, 84,3 % étudiaient en français. Cependant, en 2010 et 2011, le chiffre est passé à 89,3%. Ce niveau de croissance a été encore plus dramatique dans le centre culturel du Québec. À Montréal, au cours des mêmes années, le pourcentage est passé de 63,8% à 76,7 (« Indicateurs linguistiques »). Si ces taux continuent à la même vitesse (linéairement) dans les années suivantes, par rapport à leur taux de croissance entre 1972 et 2011, en 2050, le pourcentage d'étudiants qui étudient à l'école française à Montréal sera 92,2%, et dans la province de Québec le total sera 94,6%. Il est impossible de dire avec certitude que le taux de croissance va continuer à augmenter comme dans les quarante dernières années, mais il est intéressant de prévoir un avenir très possible pour la langue d'enseignement au Québec. Ce niveau de croissance pourrait déplaire à certains anglophones du Québec, mais aujourd'hui, bien que tous les Québécois anglophones n’acceptent pas le titre d’un Québécois, il y a certainement moins de tension quand il s'agit de l'identité des Québécois. Il est intéressant de noter que ceci est grâce à la Loi 101, qui favorise la langue française. Pourtant, depuis l’apparition des textes législatifs pour habiliter la langue française, telles que l'obligation de l'éducation francophone, le public et les médias anglophones ont généralement tendance à dire que ces lois sont un mécanisme de défense, contre la langue anglaise, de la part des francophones. Le consensus parmi les francophones est que leurs textes législatifs ne sont pas défensifs, mais un moyen d'autonomisation (Nadeau 392). Il reste certainement une division entre les anglophones et les francophones du Québec, mais il est clair que les francophones Québécois ne
  32. 32. ! 30 mettront pas en péril le pouvoir de la langue française. Il est de la plus haute importance de permettre à leurs francophones de rester francophone, et la politique de la langue d'enseignement assure cela. II. Je me souviens de Québec Afin de passer à mon expérience au congrès de l'Association québécoise des professeurs de français, je vous fournis quelques informations contextuelles à l'égard de l’événement. L'Association québécoise des professeurs de français a été fondée au moment culminant de la révolution linguistique, en 1967. L'association est un groupement principalement de professeurs de français, mais aussi de personnes qui s’intéressent à leur mission et à l'enseignement de la langue française (AQPF). Chaque année, l'Association organise un congrès sous un thème spécifique, et par rapport à ce thème, des professeurs québécois (et aussi des professeurs canadiens des autres provinces) de français viennent présenter. Le congrès est également l'événement au cours duquel l'AQPF distribue des prix littéraires en partenariat avec l'ANEL (l'Association nationale des éditeurs de livres) Au cours du congrès, il y a aussi d'autres types de passe- temps, comme des concerts, des lectures et des spectacles. Selon l'énoncé de mission sur le site Web de l'AQPF, « L'AQPF veut permettre un regroupement de tous les intervenants dans l'enseignement du français, du préscolaire à l'université. » Cet énoncé exprime le souci d'améliorer des méthodes d'enseignement ainsi que « la qualité » du français parlé et écrit au Québec. L'AQPF est audacieux dans sa déclaration de promettre de protéger la langue « socialement et politiquement », mais il est également précisé que les membres de cette association ne sont pas liés à la politique : « L'AQPF est une association indépendante qui n'est liée à aucune instance politique; son
  33. 33. ! 31 fonctionnement repose sur l'engagement bénévole de ses membres » (AQPF). L'association est certainement un bon représentant de la passion des enseignants de français au Québec, et également du soutien qu'ils reçoivent du gouvernement du Québec. La localité du congrès varie d'année en année. L'Association a déjà annoncé que le congrès de 2014 aura lieu en Octobre à Sherbrooke sous le thématique Le français, voie de communication, et le congrès de l'an dernier, auquel j'ai eu le plaisir d'assister, a été organisé à Montréal, qui est aussi la ville où l'AQPF a été fondée. Le thème du congrès de 2013 était Délier la langue. Pour l'Association, ce thème vise à inspirer les conférenciers d'appliquer ce sujet à l'enseignement du français, avec une tonalité sous- jacente de protestation. Pour eux, une langue déliée est « fière et rebelle, qui sait rire et qui sait mordre. » La description du thème propose également l'importance du rôle d'enseignant comme celui qui fournit une bonne éducation ainsi qu'un sentiment de fierté dans la langue : « pour qu'elle reste bien en vie, il faut convaincre nos élèves et nos étudiants de sa valeur » (AQPF). Il va de soi que la variété québécoise diffère de la norme parisienne, ce qui est démontré dans la description par un faux ami, user (à la place d'utiliser), qui a atteint le statut d’anglicisme. L'explication du thème exprime quand même la responsabilité particulière des enseignants Québécois : « Le thème choisi reflète notre responsabilité à titre d'enseignants de français au Québec d'offrir à nos élèves et à nos étudiants les conditions propices à la maîtrise de leur langue, afin qu'ils puissent en user chaque jour avec plus de verve et de force que jamais. » Pour eux, la qualité de l'enseignement de la langue française au Québec est prise au sérieux : « enseigner le français est un acte
  34. 34. ! 32 éminemment engagé; une prise de position pour un Québec francophone à la parole maitrisée et libérée, en plein contrôle de son présent et de son avenir » (AQPF). Lors de mon arrivée au Québec, et même avant, pendant que j'attendais à monter à bord de l'avion à destination de Montréal, j'ai entendu le québécois pour la première fois. Il était beaucoup plus facile à comprendre que je ne l’avais prévu, moi qui avais des attentes basées sur les informations des Américains ainsi que des Français. J’ai l’ai toujours trouvé drôle d'entendre le français, de n'importe quelle variété, à Minneapolis. Je me suis laissé emporter et j'ai commencé à me demander si, pour les Français, l’accent québécois est semblable à un accent de Minneapolis, aux oreilles de ceux qui parlent la norme américaine? J'ai rejeté rapidement cette idée après avoir réfléchi à la norme américaine et à ses accents régionaux. Dès mon arrivée à Montréal, j'ai voulu aller au centre ville et me promener pour entendre parler les gens, écouter de la musique, et tenter de trouver des affichages ou des panneaux de magasins en anglais. Ensuite, j'ai voulu trouver l'adresse de l'Office québécois de la langue française. J'ai passé devant des panneaux des magasins qui annonçaient des Sapins de Noël, et un panneau en particulier m'a fait arrêter et réfléchir pour un moment. Deux panneaux identiques ont été montés au-dessus de deux portes en verre. Cet endroit semblait être un magasin ou une entreprise de l'informatique ou tout autre magasin technologique, mais ce n'est pas ce qui m'intéressait. Le magasin s'appelait
  35. 35. ! 33 Micro Bytes, selon le panneau (voir figure 1). Figure 1. Photo du magasin Micro Bytes. Montréal, 2013. D'après la loi 101, le français est la langue du commerce et des affaires, y compris pour les panneaux vitrine, et l'Office est strictement contre des affichages en anglais. La conformité est une obligation, bien que il y ait certaines entreprises qui rusent avec leurs termes ou ont déjà un nom bien établi. Micro Bytes est clairement un anglicisme, se référant à un byte, une petite unité d'information en informatique. Vous voyez peut-être déjà le problème. Si l'on dit le nom du magasin en anglais, c'est agréable à cause de l'assonance du i en Micro et l'y en Bytes. Cependant, en supposant que le même effet d'assonance est utilisé et prononcée en cohérence avec les phonèmes du français, ainsi que du français québécois, le magasin assume une toute nouvelle signification, et c'est le moins qu'on puisse dire. Il serait un peu choquant qu'un magasin de technologies, bien que sa clientèle soit adulte, ait voulu afficher un tel nom du magasin. Je suis arrivée à la conclusion que ce magasin a réussi à faire un panneau anglais et à éviter les règles de
  36. 36. ! 34 l'Office. Je me suis demandée si quelqu'un l'avait jamais signalé à l'Office québécois de la langue française. Il faisait excessivement froid, alors j'ai décidé de trouver une bibliothèque au lieu de l’OQPF, puisqu’en tant qu’organisation gouvernementale, l’Office n'est pas destinée à accueillir des touristes. Je suis allé à la Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ), dont la Grande Bibliothèque elle est la bibliothèque publique le plus visitée de la Francophonie et de toute l’Amérique du Nord (« La plus fréquentée de la Francophonie »). Bien que ce ne soit pas un bon endroit pour écouter le discours des Québécois,!il y avait une abondance de documents matériels ainsi que des ressources accessibles en ligne. Après avoir visité une deuxième bibliothèque, celle de l'Université de Montréal, j'ai décidé de retourner à l'appartement. Sur le chemin du retour j'ai quand même vu beaucoup de la ville grâce à la perte de mon plan, et j'ai écouté les voix de ses habitants dans la Place des Arts, y compris celles des chanteurs au concert de nuit. J'ai profité de ce rencontre, et je suis restée dans la foule pour écouter les « Hey man, » les « J’comprends pas-là, » et j'ai même entendu « Là là » comme une phrase complète et apparemment une question, parce qu'un autre homme a répondu par l’affirmative. III. Le congrès 2013 de l'AQPF Après avoir assisté au Congrès, qui a eu lieu à l'énorme Hôtel Fairmont Le Reine Élizabeth, je le recommande à toute personne qui veut enseigner le français (au Canada ou ailleurs) ou à ceux qui s’intéressent à la langue française. Ce qui m'intéressait le plus était d'assister aux présentations au Congrès qui ont été proposées par des professeurs de français à tous les niveaux. La plupart des participants semblaient aussi être des
  37. 37. ! 35 professeurs de français mais ceux qui étaient peut-être moins expérimentées dans l'enseignement. En arrivant à l'hôtel, il y avait plusieurs assistants en uniforme qui ont guidé les visiteurs au premier étage. Les membres de l'AQPF ainsi que les non-membres ont reçu un porte-nom et un dossier préfabriqué avec les emplacements précis de chacune de leurs sessions enregistrées. On nous a ensuite guidé au niveau supérieur où attendaient un joli buffet, de la musique et des conversations ouvertes. Pour chaque jour sur trois du Congrès, les visiteurs peuvent choisir à l'avance une présentation pour chaque intervalle de temps souhaitée. Je me suis inscrite à trois séances, une pour chaque étape scolaire. La première s’appelait « Harmoniser les pratiques d’évaluation du français écrit : périlleux, mais équitable et bénéfique [Collégial]. » Les deux instructeurs de cette session, M. Guillaume Lachapelle et Mme Julie Pelletier étaient deux professeurs du département de français du Cégep (collège d'enseignement général et professionnel) de Sherbrooke. Ils ont insisté sur l'importance de l'évaluation de la qualité du français afin de transformer leurs étudiants en écrivains compétents. De chacune des trois séances auxquelles j'ai assisté, dans celle-ci il y avait le plus de commentaires par des spectateurs. Dans leur présentation, ils ont parlé de la nécessité de créer un système commun de la correction des épreuves dans leur école, mais pas nécessairement dans d'autres écoles. Ce sentiment me rappelle quand même la francisation de l'ensemble du système d'éducation du Québec, et il est intéressant de noter que des efforts sont encore déployés pour améliorer la qualité de la langue française par la conformité des méthodes des enseignants. Plus d'une fois, les présentateurs ont mentionné « la question référendique » lorsqu'ils parlaient des problèmes avec la coordination des notes à un niveau plus
  38. 38. ! 36 national. Dans des moments comme cela, j'ai vu aussi comment l'éducation et la politique sont intimement liées au Québec. Ce qui m'a également frappé, c'est la façon dont leur proposition semblait être un pas vers la francisation, à la méthodologie plus stricte. Comme l’a dit Mme Pelletier pendant la présentation, « Ce qui est important, c’est d’être systématique. » Après la présentation, j'ai discuté un peu avec les professeurs à ma table des idées présentées, et chacun d'eux semblait être d'accord qu’une méthodologie de correction plus stricte serait bénéfique pour leurs élèves. Ils ont discuté des moyens par lesquels ces tactiques pourraient être appliqués en classe, et moi, la seule étudiante parmi eux, étais heureuse de les écouter. À un certain moment au cours de cette discussion, les professeurs ont commencé à discuter comment ils pouvaient mieux corriger les faux. Ce mot me semblait étrange, car ils discutaient des erreurs dans une rédaction, pas des questions de type vrai ou faux. Je savais que cet usage n'était pas comme celui des Français.!Toutefois, la différence n'était pas le mot, mais la prononciation. Ils ont omis la t aspirée que je connais dans le mot fautes. Ensuite, j'ai assisté à la conférence de l’animatrice Mme Corina Borri-Anadon, une professeure au département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Selon la description sur le site de l’AQPF, elle est : « orthophoniste de formation et s’intéresse particulièrement au développement du langage en contexte multiculturel et multilingue ainsi qu'à l'instauration de pratiques éducatives inclusives. » Sa présentation, qui a été la présentation la plus utile et la plus intéressante pour moi, a été appelé « Élèves exposés à plusieurs langues : une richesse à reconnaitre et des défis à relever! [Primaire] » Elle a discuté les jeunes enfants et le
  39. 39. ! 37 développement de leurs compétences linguistiques quand ils apprennent plus qu'une langue. Elle a présenté le multilinguisme comme un trait qui doit être encouragé non seulement pour la société, mais aussi pour l'enfant à cause des nombreux avantages de parler plus qu'une langue. Elle a également évoqué l'importance d'avoir et de maîtriser complètement une langue maternelle. La présentation de Mme Borri-Anadon a été composée de plusieurs grands mythes, qu'elle a ensuite remis en cause. Je citerai et discuterai ceux que j'ai trouvé pertinents. 1. Mythe : « Le fait d’être bilingue est une exception » Elle a affirmé qu'en réalité, l'unilinguisme commence à être l'exception. Cela est certainement vrai au Québec, et peut-être dans le reste du Canada, puisque la plupart de ses habitants parlent avec compétence sinon couramment l'anglais et le français. Aux États-Unis, ce mythe est malheureusement plus proche d'une vérité. 2. Mythe : « Il vaut mieux apprendre une deuxième langue lorsqu’on maitrise bien la première » Afin de débattre si c'est vraiment un mythe, je pense qu’il faut préciser clairement la définition d'une langue bien maitrisée. J'ai écouté et contribué à de nombreuses discussions sur le bilinguisme au long de ma vie, et par conséquent, je crois que la façon dont les gens classent la maîtrise varie considérablement. Mme Borri- Anadon a décrit deux types de bilinguisme. Le premier type est le bilinguisme simultané, qui se retrouve chez les personnes qui ont été exposés à deux langues en même temps et ont appris à dissocier les deux. L'autre type est le bilinguisme successif, qui se produit lorsque la personne est exposée à la deuxième langue
  40. 40. ! 38 après avoir déjà maîtrisé une première. Elle dit qu'une personne peut posséder des qualités des deux types si l'on apprend une troisième langue. Bien que Mme Borri-Anadon ait déclaré que les deux types sont considérés comme le bilinguisme, elle note que les personnes appartenant au second type ont tendance à faire des erreurs et des transferts. Dans un sens, cela réfute son argument. 3. « Le fait d’apprendre plusieurs langues en même temps engendre une confusion dans les apprentissages » Certes, il y a des moments où les enfants et les adultes bilingues pourraient faire des transferts. L'animatrice conteste le mythe en affirmant le fait que, généralement, les enfants bilingues possèdent une vocabulaire plus vaste (dans les deux langues) que les enfants unilingues. Dans ce cas le Québec doit avoir un vocabulaire collectif impressionnant. Après la session, l'animatrice a gentiment répondu aux questions et aux commentaires de son public. Je lui ai dit que c'était mon impression à partir de sa présentation que le bilinguisme est incorporé directement à l'identité québécoise. Elle a convenu et a ajouté qu'il y a des « avantages culturels » du bilinguisme en général ainsi que des avantages « psycho-identitaires. » Elle a ajouté que le bilinguisme au Québec pourrait aider à démystifier l'autre mythe qu'on ne peut pas avoir plus qu’une seule langue maternelle : « Une personne peut avoir plus d’une langue maternelle. » La troisième et dernière des présentations auxquelles j'ai assisté a été fait par M. Pascal Grégoire et M. Marie-Claude Gauthier, professeurs de français qui se spécialisent dans la psychopathologie, et par Mme Julie Cloutier qui enseigne le français aussi au niveau collégial. Cette séance s’appelait « L’écriture, entre traitement et tablette
  41. 41. ! 39 électronique [Secondaire]. » Cette présentation était moins pertinente, mais c’était tout aussi intéressant que les autres. Ils ont discuté l'impact de l'importance d'appareils électroniques pendant la dernière décennie, et comment la technologie moderne influence l'écriture des jeunes. Ils ont également parlé de l'utilisation des tablettes électroniques et des ordinateurs portables en classe, et comment cela pourrait influer sur l'enseignement et l'apprentissage. Ils ont présenté les éléments positifs et négatifs de ces appareils dans une salle de classe. Pendant la présentation les conférenciers ont interviewé un étudiant par vidéo en direct, et elle a partagé ses idées sur le sujet. Ils ont convenu que la technologie continuera à avoir un impact profond sur l'enseignement et l'apprentissage. Au cours de cette session, j'ai été ravie d'entendre le verbe « skyper », ce qui démontre l'influence de la technologie moderne sur la langue française. Avant le congrès j'avais hâte d’écouter des conversations privées des Québécois, et j'espérais que je pourrais entendre des bavardages à propos de leur combat contre la langue anglaise. Cependant, ce que j'ai appris était plus intéressant. J'ai eu l'impression que les Québécois sont beaucoup moins préoccupés par la langue anglaise que je m'y attendais. Je ne me souviens pas d’une seule mention de la langue anglaise au cours du congrès, et c'est peut-être parce qu'il n'est pas nécessaire de la discuter. Ils ne se méfient pas du multilinguisme, mais cela ne signifie pas qu'ils ne sont pas intéressés par l'amélioration de la qualité de la langue française au Québec.!Il est clair que même si les Québécois sont certainement fiers de leur langue, le Québec et ses écoles sont richement divers en langues et son appréciation pour les langues peut être vue dans son système d'éducation.
  42. 42. ! 40 ! Chapitre 3: Culture Populaire, discours de tous les jours I. Le discours de tous les jours Le bilinguisme est souvent considéré comme la capacité de parler couramment deux langues distinctes, mais les gens ne considèrent pas souvent les moyens par lesquels ils entrent en collision. L’alternance de code linguistique, un phénomène chez les personnes multilingues qui se produit quand ils alternent de langue, révèle la manière dont cette perception du bilinguisme est exacte, mais aussi à quel point elle est complexe. Comme le soulignent Sarkar et Winer, c’est un terme qui est assez difficile à définir, car elle peut se référer aux changements de langue à l'intérieur d'une seule phrase, tous les deux phrases, ou moins fréquemment (178). Dans une conversation, l'alternance de code se passe quand des gens qui parlent couramment des mêmes langues passent d’un code à l’autre, sans s'éloigner de l’usage correct de chaque langue. Malgré les apparences de ce type d'interaction, le changement de code ne reflète pas une mauvaise compréhension mutuelle des polyglottes qui l’utilisent. Pourtant, il peut y avoir des problèmes avec l'alternance de code. La capacité de passer sans faille entre les langues peut montrer l'étendue de la maîtrise des locuteurs, mais il y a certainement des problèmes avec l'alternance de code qui surgissent lorsque les gens la relient au déséquilibre linguistique. Au Québec, où il y a beaucoup d'insécurité linguistique, on la considère parfois comme quelque chose qui endommage la « pureté » de la langue. C’est cependant un phénomène naturel au Québec, et beaucoup de gens la reconnaissent comme un phénomène culturel positif. (Roy et Galiev 366-367). D’une part, l'alternance de code est le résultat d'une société diversifiée, mais elle est aussi le résultat d'un peuple divisé en deux. De toute façon, l’alternance de code entre l’anglais et le français montre
  43. 43. ! 41 les compétences linguistiques des Québécois, ce qui se sont véritablement tissées dans leur l'identité. Si le niveau de bilinguisme au Québec reste fort, l'alternance de code sera probablement inévitable. L’alternance de code est un phénomène que j'ai noté plus fréquemment que je m'attendais quand j'ai visité le Québec. Je pouvais l'observer presque partout, sauf au congrès, mais cela ne signifie pas que les personnes présentes à l'événement n’utilisent pas l’alternance de code dans d'autres occasions. Cela pourrait être une combinaison du fait que le congrès a été consacré à l'amélioration de la langue française et que l'alternance de code est apparemment plus fréquemment employée par des personnes de moins de trente ans. Un café en particulier, où je suis entrée, semblait être le sein de l'échange linguistique. Comme je faisais la queue pour acheter une boisson fascinante d'aloès, deux hommes qui y travaillaient avaient une conversation tout à fait étonnante. Au début, un homme a parlé uniquement en français, tandis que l'autre a répondu en anglais. Heureusement pour moi, la queue a été assez longue, donc je pouvais les écouter parler pendant quelques minutes. Puis, quand le sujet a changé, j’ai noté qu’ils s'exprimaient uniquement en français. J'étais déjà impressionnée, mais quand je les écoutais un peu plus tard, j'ai remarqué qu’ils ont commencé à alterner de code avec les deux langues à l'intérieur de leurs phrases. Quand ils ont parlé en français, ils ont utilisé le franglais aussi. Dans un cas, l'un des hommes a dit « les shakes »,!et dans la même conversation les deux ont dit « il était chicken. » À ce moment, j'ai du me détourner afin de ne pas rire. Je suis finalement arrivée à la caisse et la femme m'a accueillie avec le familier « Bonjour, hello ! » Comme le Québec est principalement francophone, il est logique
  44. 44. ! 42 qu'elle ait dit bonjour d'abord. Dans un endroit avec un tel niveau de bilinguisme, même l'ordre des langues a une signification lorsque l'on parle aux personnes qui l'on ne connaît pas. Je n'ai certainement pas pensé à ça avant ma visite au Canada. À bord du train de Québec à Ottowa, l'agent de bord a fait son chemin dans le couloir et a posé la question « Café, coffee? » à chaque passager. À Ottowa, je n'ai entendu que « Hello, bonjour. » L'autre endroit clé pour entendre l’alternance de code ainsi que le franglais était le métro de Montréal. Au cours d'un trajet en particulier, il y avait un groupe de jeunes qui parlaient en français, des lycéens je crois, et il semblait qu'ils utilisaient le mot « fun » dans chaque phrase. J'ai remarqué que, parfois, il ne semblait y avoir aucune raison pour l'utilisation de l'alternance de code, et d'autres fois, l'une des langues a été apparemment préférée en fonction du sujet de la conversation. II. L’art et la québecité Comme je l’ai déjà décrit, le système éducatif et les lois linguistiques au Québec encouragent l'usage du français à l'école primaire jusqu'à l'âge adulte. La charte insiste non seulement pour que le français soit la langue officielle de l’enseignement, mais elle décrit également, avec des demandes très spécifiques, le façon dont le français doit être aussi la langue de la législation et de la justice, de l’administration, des organismes parapublics, du travail, et du commerce et des affaires (comprenant des panneaux de magasins) (Chapitre II – Chapitre VIII.1). Malgré l'exactitude des exigences de la loi, le gouvernement a très peu de contrôle sur la façon dont la langue est utilisée au quotidien, soit à la maison, soit dans le métro. Le gouvernement du Québec donne également le pouvoir d'expression à son peuple dans le domaine très expressif des arts, comme le ferait tout autre gouvernement juste. Tout comme les autres personnes de l'Amérique du nord,
  45. 45. ! 43 quelle que soit leur langue, les arts et en particulier les diverses formes de médias et de divertissement influencent les Québécois fortement. Il est également à noter que ces consommateurs influencent les médias par leurs exigences, donc il est clair que les arts et les médias du Québec sont étroitement liés à l'identité culturelle (et linguistique) de la province, qui s'exprime comme la québecité. Les années soixante ont formé une décennie révolutionnaire au Québec grâce au système éducatif plus unifié, le mouvement marquant pour la langue française, et aussi à l'expansion et l'expression des arts. Pendant cette période, l'identité culturelle du Québec a été révélée au monde à travers ses arts et ses technologies, en complément de leur langue uniquement québécoise. Ces particularités du Québec et de sa culture constituent ce que certains appellent la québecité. C’était l’exposition universelle de 1967 à Montréal, une exposition de beaux-arts, de l'architecture et des technologies québécoises qui a mis en valeur cette idée. Bien sûr, Le Québec et le Canada n'étaient pas les seuls hôtes d'expositions mondiales de ce type pendant cette période, mais eux aussi ont dévoilé à d'autres pays leurs propres marques sociétales à travers ces évènements massifs. Au cours d'une période de six mois, cinquante millions de personnes ont visité l'exposition universelle de Québec. Évidemment cet événement a mis à l'honneur la région, et l'a rendue bien connue à l'échelle mondiale. Cet événement a également montré que les Québécois voulaient être représentés comme une culture unique du reste du Canada, sinon comme un tout autre pays. Ils étaient traités lors de cet événement comme une nation parmi d'autres (Hurley 3). Si il n'y avait pas de distinction entre le Québec et le reste du Canada avant l'exposition, l'expo 67 est l'événement qui l'a créé.
  46. 46. ! 44 III. Les animateurs radio et la norme du québécois Je tiens à souligner que les médias, technologique ou en direct, représentent la culture et les valeurs du Québec. La culture du Québec ne peut pas non plus être séparée de la langue française, bien que le français québécois soit différent de la langue française de France. La France et le Québec ont certainement beaucoup de différences sociétales et on peut dire la même chose à propos de la langue. Puisque la langue est un marqueur culturel important, les Québécois s'efforcent toujours d'améliorer et de consolider les qualités du « québécois » parlé et écrit. Les arts du Québec ont acquis une réputation impressionnante, mais sur le plan international, leur discours n’a pas la même crédibilité. La norme du français québécois écrit est principalement soutenue par son enseignement. La quantité de franglais et d'alternance de code en « québécois » pose un problème quand il s’agit de la définition d'une norme orale. La plupart des Québécois seraient d'accord que la parole québécoise quotidienne n'est pas de qualité souhaitable. Pour cette raison, les Québécois ont trouvé une norme orale formelle où se croisent la politique linguistique et les médias. Ils ont attribué aux annonceurs de Radio-Canada le rôle de gardiens de la norme. Ce modèle correct d'expression orale est appelé le « style radio canadien » (Martel et Cajolet-Laganière 89). Cette norme, selon le linguiste Jean- Denis Gendron, a une position spécifique au sein d'autres normes. Elle peut être décrite comme un mélange de l'ancien modèle du Québec et la norme moderne de l'Europe (France). Gendron exprime comment la radio influence la langue au Québec : « Il ne faut pas oublier ici l’action régulatrice de la radio-télévision de l’État, qui imprime depuis longtemps déjà à la prononciation et au vocabulaire du discours public, à caractère fonctionnel, une orientation normative » (Remysen 89).
  47. 47. ! 45 Comme l'anglais américain et l'anglais britannique, le français de France et le français du Canada possèdent des normes différentes. Il est juste d'affirmer que, généralement, les télédiffuseurs et les animateurs radio sont tenus de s'exprimer avec une grammaire impeccable et un accent favorable, et même une voix agréable. Dans tous les cas, cela signifie que les animateurs radio n'ont pas tendance à s'éloigner trop de la norme linguistique de leur langue ou variété. La reconnaissance répandue de Radio-Canada comme la norme oral principal du Québec, cependant, utilise cette tendance d'une manière plus concrète. Avant ce siècle, on n’a pas réussi à décrire une norme orale, donc on a utilisé la radio comme l’occasion de le faire. Les diffusions sont en fait un excellent choix pour la norme du québécois parce que tandis que la langue de tous les jours change rapidement, le discours des animateurs radio a tendance à rester assez conventionnel, et il est donc facile de différencier les deux. Puisque les diffusions sont beaucoup plus accessibles au grand public qu'une description complexe et vaste dans un manuscrit officiel, cette norme est rendue familière aux oreilles des citoyens. Bien que de nombreux Québécois l'apprennent par leurs enseignants, qui sont les autres responsables de l'application de la norme orale, les diffusions permettent aux Québécois de former la capacité d'imiter le standard si nécessaire. Comme l’indique Wim Remysen, professeur à l’Université de Sherbrooke, « C’est d’ailleurs par la radio et la télévision que le nouveau modèle de langue parlée a le plus de chance d’atteindre les Québécois et de s’imposer à leur conscience linguistique, si ce n’est pas dans l’usage que tous font quotidiennement de la langue » (89). Cette notion est soutenue par l’Association québécoise des professeurs de français, et je soutiens l'argument selon lequel la radio définit la norme. Ce n'est non seulement une nouvelle
  48. 48. ! 46 norme mais aussi la première norme du québécois (orale) largement acceptée. Même si la publication d'ouvrages qui décrivent la norme écrite au Québec est quelque peu obsessionnelle, il semble assez raisonnable de différencier la norme de la prononciation du français oral du Québec de celui de la France. C'est notamment le cas quand il s'agit de la variation que l'on entend dans les voyelles nasales décrites dans le premier chapitre. Les lois linguistiques du Québec sont considérées parmi les plus strictes au monde. Pourtant, les lois qui spécifient les exigences linguistiques de la radio et d'autres émissions s’expriment plus clairement en France. La loi Toubon, bien que son rayonnement soit moins étendu, est l’équivalent français de la Charte de la langue française, en tant que loi qui vise à protéger et à promouvoir la langue. La Charte n'exige pas de division de temps spécifique entre les langues française et anglaise quand il s'agit de la diffusion de télévision, de radio, ou d'autres modes de diffusion. Ceci est peut-être parce que les exigences nationales du CBC (Canadian Broadcasting Corporation / Société Radio-Canada) définissent déjà les termes de diffusion de sorte que la radiodiffusion canadienne est favorisée. Comme la Charte, la loi Toubon de la France (que certains appellent drôlement la loi Allgood comme une traduction de « tout bon ») exige que le français soit utilisé dans les affaires, l'éducation, les congrès et dans les autres services publics. Elle exige également que le français soit la langue des médias. Une autre loi française du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), la Loi n° 94-88 du 1 février 1994, précise les quotas de diffusion. Selon le CSA, « Près de 1300 opérateurs ont alors souscrit de nouveaux engagements de diffusion qui, par paliers successifs, devaient les conduire au seuil minimum de 40 % [de chansons d’expression originale française] » (CSA).
  49. 49. ! 47 Une telle exigence n'existe pas au Québec, mais la politique 1.1.4 de la CBC / Radio-Canada respecte les exigences linguistiques à la radio et à la télévision d'une manière différente, mais avec des effets similaires à la loi française. Cette politique nationale stipule que les stations doivent être utilisées pour la diffusion des émissions des deux langues nationales afin d'accommoder le pays bilingue. Il est évident que ce type de politique canadienne nationale cherche à affirmer l'identité nationale en accordant une importance à la langue française. Les médias au Québec, et surtout la radio, représentent la liberté d'expression. Au lieu de les réprimander de ne pas employer une norme, comme ils ont tendance à faire dans la publicité et au lieu de travail, le gouvernement du Québec compte sur elle pour définir et pour maintenir la norme. IV. La musique québécoise et la fusion culturelle Le Québec est non seulement le leader de la francophonie en général, mais on pourrait dire aussi que quand il s'agit de la musique francophone contemporaine, il rivalise celle de la France. Bien sûr, même beaucoup d'anglophones connaissent la musique ou connaissent les noms d'Edith Piaf et de Claude Debussy, mais quand il s'agit de la musique de renommée internationale francophone contemporaine, il y a moins de choix, autre que les musiciens français dont presque toutes les chansons sont en anglais, tels que Daft Punk et David Guetta. Même ces musiciens contemporains qui profitent de la « branchitude » de l'anglais ne rivalisent pas la renommée internationale de Céline Dion. Bien que sa chanson la plus connue soit probablement « My Heart Will Go On, » la chanson thème du film hollywood Titanic de 1999, elle était déjà une célébrité internationale au moment où elle a enregistré cette chanson, connue pour ses chansons françaises (Hurley 54).
  50. 50. ! 48 Même si elle a depuis lors chanté beaucoup de chansons des deux langues, elle est aperçue par beaucoup comme une incarnation de l'esprit québécois. Elle est saluée par les Québécois pour le maintien de son accent québécois en France, et elle est même considérée comme un symbole national de québecité. Elle a été décrite comme une vraie mère de famille à la québécoise, avec son appréciation du Québec, son ingéniosité, son adaptabilité, et la détermination dans ses travaux (143). Malgré le tour mondial vers de la langue anglaise, les musiciens Québécois francophones tels que Céline Dion démontrent comment la musique québécoise d’aujourd’hui est plus francophone que celle de la France. Il y a quelques années, j'ai commencé à écouter la musique française, et parmi les premiers groupes de musique francophone (auquels une amie française m'a présenté) il y avait Malajube, un groupe québécois. Les paroles suivantes de leur chanson Montréal -40 °C m'ont fournie une idée de la ville et de sa relation avec ses habitants : Oh Montréal T'es tellement froide Un ours polaire dans l'autobus Je m'inspire du pire Pour m'enrichir Et je t'aime tellement que j'hallucine Je passe sous silence ton arrogance Tu gardes le rythme tu me mets en transe (5-12) Bien que le vocabulaire ne soit pas rempli de termes québécois, l'accent québécois est tout à fait détectable. Cependant, je n'ai pas remarqué la distinction entre l'accent
  51. 51. ! 49 québécois et l'accent parisien quand j'ai appris la chanson. Pour cette raison, cette chanson m'a menée à croire!pendant quelque temps que plusieurs mots avec les lettres ai (de ours polaire), tels que maire, étaient prononcés avec l'accent québécois, comme dans d'ailleurs ou aïe. Qu'est-ce que les musiciens contemporains de la France et du Québec ont en commun en dehors de leur langue? C'est la tendance à écrire des chansons en anglais. Certains d'entre eux chantent des chansons uniquement en anglais, certains ont des chansons qui contiennent des paroles en anglais et en français, et certains ont quelques chansons en français et d'autres en anglais. Bien sûr, il y a aussi des artistes qui adhèrent seulement au français, ou à l’anglais. Beaucoup de francophones sont menacés par ce phénomène à cause de son influence sur la musique française et la langue aussi, mais je vois plus d'avantages que d’inconvénients dans cette tendance. Le lien commun de la langue anglaise est quelque chose qui ouvre la porte à un public international et multilingue, ce qui renforce l’importance de la musique francophone. Puisque la musique québécoise, comme l’identité, est à la fois multilingue et française, cela encourage aussi le multilinguisme chez les francophones, les anglophones, et des gens d’autres langues étrangères. Cette influence est un exploit remarquable compte tenu de la taille et de la population de la région. Cette musique présente également au monde l'étendue d'alternance de code et de l’argot dans la région. Une Canadienne francophone, Lisa LeBlanc, qui est d'origine acadienne, démontre ce phénomène à travers les paroles de ses chansons et aussi par l'incorporation des styles de folk très typiques d'Amérique du nord. Même certains titres de chanson de son album Lisa LeBlanc de 2012 le démontrent : Motel, J'pas Un Cowboy,
  52. 52. ! 50 Y Fait Chaud lyrics, Kraft Dinner, et Aujourd'hui Ma Vie C'est D'la Marde. Lors de la première écoute de ses chansons, la transition facile du français à l'anglais a été choquante, mais c'est sûrement tout à fait normal aux oreilles du Québécois moyen. Dans J'pas Un Cowboy, LeBlanc chante : « J’pas un cowboy / Mais j’aime ça prétendre que je l’suis » (1-2). Bien que les Français disent parfois le mot cow-boy, il est à noter que la prononciation de Lisa LeBlanc se conforme à celle de l’anglais nord-américain quand elle dit cow-boy. On pourrait dire la même chose au sujet de sa chanson du charme inattendu, Kraft Dinner, quand elle chante : « Au pire on rira ensemble, on mangera du Kraft Dinner / C’est tout ce qu’on a de besoin » (7-8). De toutes les formes de musique québécoise, le genre qui montre le plus d'alternance de code et de diversité linguistique est le rap. Ce genre ne se limite pas simplement au français et à l’anglais, ce qu’on peut remarquer aussi dans la parole et le langage au Québec en général. Les mêmes auteurs qui décrivent les caractéristiques de l'alternance de code (dans la conversation) le décrivent comme un phénomène qui peut être observé dans la musique aussi. Toutefois, ils soulignent sa différence, par le fait qu'il n'est pas une interaction intime entre les personnes, et qu'il n'est pas spontané (Sarkar et Winer 178). Je suis d'accord qu'il nécessite encore d'analyse. Mela Sarkar et Lise Winer identifient des différentes langues, dialectes, et variétés que l'on peut entendre dans le rap québécois. Tout d'abord il existe des variétés du français : 1. Le français québécois standard, qui comme nous le savons possède des qualités qui ne sont pas présents dans la norme du français international 2. Le français québécois non-standard 3. Le français de l’Europe
  53. 53. ! 51 Ensuite, il y a différentes formes d'anglais : 1. L’anglais standard nord-américain 2. L’anglais vernaculaire des Afro-Américains 3. Des mots-clés de hip-hop (anglophone) Puis ils énumèrent les différentes formes de créoles québécois présents dans le rap, qui est le résultat de l'importante population d'immigrants de ces régions : 1. Le créole haïtien 2. Les créoles des Caraïbes 3. Le créole jamaïcain Enfin, ils mentionnent l'espagnol comme une autre langue que l'on entend dans le rap québécois (182). Dans un article sur le rap de Québec, Christopher M. Jones a étudié en détail le rappeur SP (Sans Pression). Jones attribue à SP, qui utilise l'anglais ainsi que le français québécois (et aussi le créole) dans sa musique, le titre d’instaurateur de rap indépendant du Québec. Dans un entretien, SP semble être d’accord : C’était la première fois que le monde voyait comme quelque chose de gros, rap et puis avec l’accent d’ici. Et puis l’impact a été comme instantané. Et puis ils se voyaient dans ma musique comme ils pouvaient relate là vraiment comme il faut. Je parlais le même langage qu’eux-autres. Ça a comme donné une fierté au Québec de voir que ... ouais, tu peux rapper avec du joual et puis ça peut sonner nice » (183). Ce mélange de créole et du français illustrent la façon dont le genre encourage la langue française sous toutes ses formes. Il est à noter que le groupe français, Sexion d’Assaut, a
  54. 54. ! 52 reçu récemment le même type de succès, en particulier dans leur chanson Africain. Un groupe de rap montréalais appelé Muzion démontre aussi l'utilisation extensive d'alternance de code dans leur chanson « La vi ti neg », qui était une chanson populaire dans la millénaire, et leurs albums ont été bien réussies. Il est intéressant de voir comment ces différentes identités se manifestent par leur relation à la langue, comme quand il dit « Black and proud to be », ce qui peut être considéré comme un exemple d'anglais vernaculaire des Afro-Américains ou des mots-clés de hip-hop (anglophone). C’est une petite leçon d'histoire, d'alternance de code, et du franglais : C’est one love, comme la perle des Antilles mon clan brille En tant que les gens qui ont anéanti le pouvoir d’autrui en 1804 Black & proud to be, j’vise les gens aptes À reconnaitre qu’aujourd’hui c’est camouflé mais faut pas s’soucier Car nous sommes associés, yo tu peux t’accoter sur moi si la charge est lourde Un coup de main aux miens avant le compte à rebours ... [Refrain] Lavi a pa fasil sé pou sa nou rasanble (187) La musique québécoise est un symbole du peuple du Québec et de leur fierté pour la langue et la Francophonie. Elle montre aussi qu'ils ne sont pas vraiment menacés par la diversité, et que leurs arts peuvent profiter de la tension linguistique dans la société. Le rap francophone en particulier semble encourager les gens à soutenir la fierté multinationale et multiculturelle. Plus que toute autre forme d’art, la musique est une représentation idéale de l'identité nationale (ou régionale) d'un peuple et la façon dont ils choisissent de se présenter. La musique populaire comme le rap influence plutôt la
  55. 55. ! 53 culture populaire que la culture intellectuelle, mais il faut certainement la considérer comme une force majeure qui influence les interactions quotidiennes de son public. V. La langue du grand écran Une autre grande influence est le cinéma, mais à un moindre degré, à mon avis. Des films et des émissions de télévision québécoises sont très populaires au Québec, au Canada et partout dans le monde francophone. Au cours de l'année que j'ai passé en France, j’ai vu de nombreux films et d’émissions de télévision d'origine québécoise. Toutefois, la France, le Québec, et les autres endroits francophones ne sont pas les seuls où l'on peut voir des productions québécoises. En fait, beaucoup de séries et de films sur la chaîne de télévision francophone mondiale, TV5 Monde, sont du Québec, mais souvent ils sont traduits en « français-français » à partir du québécois. Cela montre tout de même le respect international des films québécois, et peut-être en quelque sorte de la parole de son peuple. J'ai étudié plusieurs films populaires québécois qui auraient pu être susceptible d'influencer les spectateurs. C.R.A.Z.Y. est un film québécois de 2005 en français. C'est l'histoire d'un garçon qui s'appelle Zac, dont la famille, et notamment le père, a du mal à accepter son homosexualité. C'est une histoire qui se déroule pendant la Révolution tranquille, où des questions de ce genre ont été de plus en plus perceptibles. J’ai cherché des signes de franglais et j'ai observé plusieurs particularités culturelles et linguistiques intéressantes. Tout d'abord le signe le plus évident est le titre qui est un mot anglais, et aussi!fait référence à la chanteuse américaine Patsy Cline et à sa chanson Crazy, qu’on entend à plusieurs reprises dans le film. Cela montre aussi l'influence de la musique anglophone

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