DIVORCE À LA
JAPONAISECes cérémonies deviennent courantes au Japon, avec un scénario précis, des
vœux de divorce et l’enta...
(1) Sunao et Risa saluent M. Terai,
l’organisateur de la cérémonie.
(2) Joyeuse atmosphère quand
les acteurs de kabuki fon...
(1) Les ex-époux sont assis côte
à côte pour leur déjeuner de
divorce, mais échangent peu de
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VSD-Final_JAPON-18_02_2016

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VSD-Final_JAPON-18_02_2016

  1. 1. DIVORCE À LA JAPONAISECes cérémonies deviennent courantes au Japon, avec un scénario précis, des vœux de divorce et l’entartage de celui qui a voulu la rupture. Nous avons suivi, à Tokyo, la folle journée de Sunao, Risa et leurs invités. PAR KATIE BREEN. PHOTOS : ALBERT BONSFILLSSunao Kumura et Risa, qui sera tout à l’heure son ex-femme, s’apprêtent à lancer aux invités le bouquet des divorcés. MONDE REPORTAGE
  2. 2. (1) Sunao et Risa saluent M. Terai, l’organisateur de la cérémonie. (2) Joyeuse atmosphère quand les acteurs de kabuki font leur show. (3) Risa enlève l’alliance de l’annulaire de son ex-mari. (4) Ils détruisent l’anneau, Sunao revendra le métal précieux. (5) Un des amis de Sunao reçoit le bouquet des divorcés. (6) Le temps du bonheur : on se repasse le film du mariage. 1 2 3 4 5 6 F aut-il l’appeler «  démarieur  » ou « ­divorceur » ?HirokiTerai,unancien employé de commerce, a su plonger danslestourmentsdel’âmejaponaise et répondre au mal-être de couples qui volent en éclats. C’était en 2009. Pour deux de ses amis qui se séparaient, il a eu un coup de génie et créé de toutes pièces un rituel : le « ­rikonshiki », la cérémonie de divorce. Depuis cette date, il a « divorcé » trois cent cinquante couples, de la région de ­Tokyo principalement. Aujourd’hui, c’est avec un bouquet de fleurs jaunes qu’Hiroki Terai accueille Sunao Kumura, 38 ans, ­costume noir et cravate, et Risa Kumura, sa femme pourquelquesheuresencore.AuJapon,leschrysan- thèmesnesontpasunsignededeuil,cesontdesfleurs sacrées, et le jaune est un symbole de noblesse et de réussite. Sunao et Risa sont ici pour ­réussir leur ­divorce.ParentsetamisarriventauFaro,unimmeuble de bureaux de Tokyo à l’architecture originale, et ­rejoignentlasallederéception.Enattendantledébut de la cérémonie, Risa enfouit son visage dans ses mains, elle ne pleure pas, ce serait honteux de mani- fester ses sentiments en public, mais il est visible qu’elle se sent mal : c’est son mari qui a demandé le divorce. Dans un instant, M. Terai prendra la parole pourexpliqueràl’assembléelesraisonsquipoussent le couple à se séparer. Sunao et Risa déclareront ­ensuiteleurvolontéderepartirdezéro.Desvœuxde divorce, en quelque sorte. Ils sont alors invités à joindre leurs mains une dernière fois pour détruire ensemble l’alliance de l’époux avec un petit marteau en forme de grenouille. Ils frappent jusqu’à ce que l’anneau ne soit plus qu’un déchet. Cependant, d’au- cuns­attachentlesmorceauxàunepierre,qu’ilsjettent ensuite dans la rivière en se jurant amitié éternelle. Sunao,lui,vendralemétalmalmené.Furieuse,Risaa déjà récupéré des yens de sa propre bague. Tousdeuxsesontrencontrésilyadixansdansl’en- treprised’informatiqueoùilstravaillaient;elleavait 20 ans, c’était son premier emploi et elle a été rapi- dement séduite par la stature et les manières élé- gantes de cet homme de huit ans son aîné. « Ce fut uncoupdefoudre »,confie-t-elle.Lemariageeutlieu quatre ans plus tard. Risa quitta alors son emploi et donna naissance à trois enfants. Comme le disait Tristan­Bernard :« Deuxpigeonss’aimaientd’amour tendre. Moralité : l’un d’eux s’ennuyait au logis. » Après six ans de vie commune, Sunao voulait du temps, rêvait de découvrir le monde ; Risa aspirait à latranquillitéauprèsdesesenfants.Toutediscussion sur les voyages, l’éducation ou l’organisation de la maison virait peu à peu à l’aigre. Sunao décida alors dedemanderle­divorce,uneprocédurerelativement simple au Japon, et proposa à sa femme d’organiser une cérémonie pour, selon lui, « ­terminer cette his- toire proprement ». M.Teraimontrealorsdudoigtlemarteauenformede batracien : « Les grenouilles, affirme-t-il, subissent des transformations jusqu’à leur maturité, un peu comme nous, les humains. En japonais, “kauru” veut dire à la fois grenouille et changement. Et quand une grenouille sautedansvotrevie–commec’estlecaspourcecouple –c’estlemomentdesaisirl’occasiond’évoluer… » Plus d’un mariage sur trois au Japon se termine par undivorce,deuxfoisplusquedanslesannéessoixante- dix,quatrefoisplusquedanslesannéescinquante.Et pourtant le divorce reste mal vu. Aussi, ces cérémo- nies, qui n’ont aucune valeur juridique, constituent- elles une façon acceptable, pour les proches, de for- maliseruneséparation.LesJaponaiscroientqu’ilest importantdecélébrerlafindetoutechoseautantque son début et n’hésitent pas à créer de nouvelles céré- monies,adaptéesaumondemodernemaistrèsimpré- gnées de la culture traditionnelle. Les prix s’échelonnent de 430 à 1 570 €, en fonction SUNAOETRISA DÉTRUISENTENSEMBLE L’ALLIANCEDESUNAO, ÀL’AIDED’UNMARTEAUEN FORMEDEGRENOUILLE
  3. 3. (1) Les ex-époux sont assis côte à côte pour leur déjeuner de divorce, mais échangent peu de paroles. (2) Dernière étape : le temps de la vengeance est arrivé, avec l’entartage de celui qui a demandé la séparation. 1 2 3 8 - N ° 2 0 0 8 du lieu de la cérémonie. En six ans d’acti- vité de son entreprise, Divorce Ceremony, M. Terai a vu quatorze couples pour lesquels cette cérémonie de rupture a été l’occasion de recréer un lien.Lescouplessesontparlé,ontcompristoutcequi les unissait et ont été encouragés par leurs amis à ne pas rompre. Alors, après avoir écrasé leurs alliances, ilssontrepartisàdeux.CeneserapaslecaspourSu- nao et Risa, pas de geste tendre entre eux. Pour leur repas de divorce, ils se tiennent côte à côte, peu de paroles sont échangées et ce n’est pas la soupe végé- tarienne en entrée qui va réchauffer l’ambiance. La journée continuera avec quelques actes symbo- liques : comme à l’occasion d’un mariage, le jeune couple, les parents et les amis vont assister à une ­représentation de kabuki. Les enfants, trop jeunes, sont restés à la maison. On repassera des films de la journée du mariage, on entendra quelques discours qui déchaîneront les rires, puis le bouquet des ­divorcés sera lancé : celui qui le recevra sera le ­premier à… ­divorcer. Joyeux présage. Enfin, point d’orgue de cette journée : la punition de celui qui a demandé le divorce. Risa se lève, saisit un plat de chantilly, le lance en direction de Sunao, puis elle recommence avec un autre. Face à son ex-époux, le visage recouvert de crème, la jeune femme finit par rire. Cela fait partie du scénario : Sunao devra rester dix longues minutes dans cette situation ridicule, la crème gouttant sur son costume de cérémonie. Risa se sent « soulagée, un peu plus heureuse et prête à ­entamer un autre chapitre de [sa] vie ». Comme le commente M. Terai : « Qu’on ne s’y trompe pas, le ­divorce est un processus triste et douloureux. Mais je crois que déclarer publiquement votre détermination àdémarrerunenouvellevievousrenforceraémotion- nellement. »Etsitoutcelanesuffitpas,onpeutencore « renouveler ses vœux de divorce » se jurant devant parents et amis une haine éternelle. K. B. DÉCLARERSONDÉSIR D’UNENOUVELLEVIEESTUNE DÉMARCHEPOSITIVE

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