Jérôme AMIOT     1
PREFACEPetit, jétais bien tranquille, bien gentil, tout mignon... Et jai grandi, peut-être tropvite... "Ainsi va la vie", ...
LE FACTEUR NE PASSE QU’UNE FOIS…Un grand coup de klaxon et j’ouvre les yeux. Quelle heure est-il ? Je m’extirpepéniblement...
Pendant mes vacances forcées, mon appart avait servi de squatt à tout une flopé depauvres lascars, défoncés du matin au so...
Quand je suis assis sur mon canapé et que je regarde autour de moi, en fait, je nesuis pas trop dépaysé de la taule. Mon s...
Je me lève et entre dans la chambre. Ce qui était paradoxale, c’est que malgré le faitqu’il se dépouille la tête à l’alcoo...
Coup d’œil par la fenêtre et là, ho joie !!! Je vois enfin le vélo du facteur. C’est bonça. Dans quelques minutes, ça va f...
Et la journée passe. J’ai vu quelques potes, j’ai acheté du shit, un peu de came,picolé des bières, du rouge, du whisky… U...
Aussitôt, son attitude changea. Son comportement devient tout de suite agressif et iltapa d’un grand coup de poing sur la ...
pas car la famille qu’avait maudite Soso ce fameux soir, chez moi, c’était lui et J-C, son père. Alors, Jo me dit de faire...
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Le gout du_laguiole_chapitre_01

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  • Merci pour les retours ^^ c'est très encourageant pour la suite...
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  • bonjour je suis la cherie de fab j ai lue tes premiers chapitres je te connait pas mais franchement ton bouquin va faire un malheur en tous cas moi je vais l acheter et le lire en une seule fois sa ma interpeller sa ma laisser sans voix merci pour sa car je ne connait rien de toute ses chose que tu a vecu car moi j ai eu une plus calme mais il et tro cool ton livre sa je le sais merci pour se moment de frisson et peut etre que je te rencontrer un jour bis
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  • Je n'ai qu'une seule envie !!! lire le reste.... Purée ça prends les tripes et je sais par avance que ces un livre que je lirais d''une seule traite ... Chapeau !!!
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Le gout du_laguiole_chapitre_01

  1. 1. Jérôme AMIOT 1
  2. 2. PREFACEPetit, jétais bien tranquille, bien gentil, tout mignon... Et jai grandi, peut-être tropvite... "Ainsi va la vie", comme dirait mon ami rappeur et artiste Komo Sarcani…Jai avancé, déambulé dans une voie chaotique, alcoolique, narcotique... Jai naviguédu côté obscure, jai traversé le néant, jai touché le fond et jy suis restélongtemps...Javais arrêté le temps, cétait bon, cétait tripant...Je vivais au jour le jour, cherchant désespérément une sortie, une porte, uneéchappatoire pour fuir cette putain de vie...Jétais marié avec ma bouteille de sky et la came était ma maitresse. Quelles bellessalopes ces deux-là !!! Jaurais pu tuer pour elles tellement je les avais dans la peau,dans mon corps et dans mon cœur... Mais voilà, un jour, elles mont trompé etquand jai ouvert les yeux, quand jai eu compris, il était déjà trop tard...Le temps avait passé et ce qui était fait, ne pouvait plus seffacer...On peut changer mais on ne peut pas oublier. Surtout pas !!! Ce serait trop facile,trop aisé. Non, ça reste et ça doit rester...Pour changer sa voie, redevenir quelquun, reprendre goût à la vie, cest unesouffrance, une douleur indescriptible, qui dure pendant des années, laissant unecicatrice qui ne peut se refermer, comme pour nous rappeler les fautes, les erreurs,le mal que lon a pu faire à ses parents, à ses amis, à ceux qui nous faisaientconfiance mais que lon nhésitait pas à baiser...Certains ne se sont pas relevés, laissant derrière eux des pleurs, du chagrin et de lapeine... Je ne les oublies pas et ne les oublierais jamais, ils font partie de moi...Ce livre est une partie de mon journal, de ma vie, de mes combats, de mes joies etmes peines. C’est du vrai, c’est du vécu. C’est mon cœur qui se livre à vous, le bienet le mal, car l’un ne va pas sans l’autre…Merci à ma mère, Alain, José, Bertrand et Babeth !!! Vous êtes parties trop tôt maisvous serez toujours là, en moi !!! Et si maintenant, je suis bien dans ma vie, cestgrâce à vous. Oui, grâce à vous si je suis ce que je suis aujourdhui...Merci à ceux qui me comprenne, ceux qui savent mais ne disent rien. Merci à monpère de toujours être là pour moi. Papa, je t’aime.Merci à mon p’tit cœur, Chantal, celle qui m’a accrochée et qui donne un sens à mavie aujourd’hui. Je t’aime !!!Voilà, cest dit, cest comme ça, cest la vie. On continue, ça serait vraiment trop conde ne pas continuer... Meslay-du-Maine, Février 2012 2
  3. 3. LE FACTEUR NE PASSE QU’UNE FOIS…Un grand coup de klaxon et j’ouvre les yeux. Quelle heure est-il ? Je m’extirpepéniblement des couvertures dans lesquelles je suis enroulé. J’ouvre la fenêtre quidonne sur la rue et je pousse les volets, histoire de les coincer, juste pour faire unpeu de lumière. Je referme vite fait, ça caille ce matin. J’attrape le petit réveilmécanique posé sur un tabouret qui fait office de table de nuit. 9h20… J’enfile unpantalon, un tee-shirt, un pull et je sors dans le couloir. Je jette un œil quand mêmepour être sûr que mes voisins ne me voient pas et je vais direct sur le panneau oùsont installés les compteurs EDF. Au-dessus du mien, j’ouvre la petite boite enplastique et je retire mon fusible. Je n’ai plus de courant depuis quelques mois car jen’ai pas payé. Alors, j’ai fabriqué ce fusible avec le reste d’un rouleau de PQ, enrouléd’aluminium. Je replace le capot et je retourne dans mon appartement, je remettraimon truc ce soir…J’ai à peu près 1hoo devant moi. Aujourd’hui est un grand jour. Même doublementun grand jour. 05 Janvier 1998. D’une, c’est mon anniversaire, 28 ans et de deux,c’est le jour du RMI. Voilà pourquoi il ne fallait pas que je me loupe. Le facteurpassant vers 10h30, je ne le raterai pour rien au monde, c’est lui qui m’amène monmandat. 2114 francs en liquide, cash et à domicile. Le seul jour du mois où tout bonalcoolo et toxico se déchire la tête sans penser à autre chose. C’est aussi le seul jourdu mois où je me défonce avec le sourire. Planning du jour, prendre mes thunes,foncer à la pharmacie, acheter des amphétamines et trainer les bars en me torchantjusqu’en fin d’après-midi. Après, j’ai prévu de recevoir quelques potes, histoire defêter mon anniversaire, de délirer, de picoler, de gober, de fumer… et de tomber.Pour demain, on verra bien.J’habite à Rochefort sur Mer, en Charente-Maritime, dans un petit appartementmeublé situé rue Toufaire, un des quartiers le plus bas sur l’échelle sociale, où lamisère sociale transpire sur les trottoirs, sur les murs des bâtiments, remplissant lescaniveaux de bouteilles vides, de boites de médocs et de seringues usagées. Tous lesmatins, je replie mon clic-clac bringuebalant pour avoir un peu de place dans ce 11m². En meubles, pas grand-chose. Une armoire déglinguées où mes fringues sontentassées. Un meuble récupéré quelques mois plus tôt, dans la rue, un soird’encombrants. Posés dessus, une télé, une console Playstation et une petite chaineHi-Fi. Ce sont les seuls trucs à moi ici et les seuls biens que je possède. C’estd’ailleurs plutôt un luxe pour quelqu’un comme moi. Le reste, la table de la cuisine,les chaises, la gazinière et le placard, c’est au proprio. Je suis installé ici depuis 4 ansdéjà. Vraiment classe la première fois que je l’avais visité. Faut dire qu’à l’époque, enétant logé à l’auberge de jeunesse, j’avais plutôt intérêt à vite me trouver un toit,sinon c’était retour direct dans la rue. Et puis, c’était le seul proprio qui acceptait lesdossiers FSL (Fond de Solidarité Logement) et les allocations de logement. Le pauvrevieux, s’il avait su, je pense que ce jour-là, il ne me l’aurait jamais loué. Au toutdébut, il y avait petit frigo aussi, mais je l’avais vendu une misère, juste de quoim’acheter une boite de médoc, un pack de bière et un bout de shit. Aucun scrupule àle vendre, du moment que j’arrivais à me défoncer. Voilà donc mon chez moi toutcrasseux, sans chiotes, depuis que la salle de bain était condamnée, suite à mapremière « visite » en maison d’arrêt en 96. 3
  4. 4. Pendant mes vacances forcées, mon appart avait servi de squatt à tout une flopé depauvres lascars, défoncés du matin au soir et qui n’en avaient rien à foutre de ne pasêtre chez eux et quand j’étais sorti quelques mois plus tard, j’avais récupéré monlogement dans un état plus que pitoyable. Un véritable dépotoir. Des cadavres debouteilles, de piquouzes usagées, de mégots écrasés à même le lino, des journauxdéchirés et des chiotes bouchés à raz la gueule. Immonde. C’est ce jour-là que lasalle de bain a été condamnée. C’était fini, plus personne n’y mettrais les pieds etsurtout pas moi. Bref, c’était devenu un vrai taudis. Le pire dans cette histoire, c’estque je m’en contre-foutais, du moment que je pouvais me poser pour passer la nuit.Parce que la journée de tout façon, je n’étais pas là. Je trainais en ville, avec desmecs dans mon genre quoi. Le genre qui picolent, qui se gavent de médocs, quifument des pétards et qui planent à quinze milles, errants de bouteilles en bouteilles,de squats en squats tout au long de la journée, sans autre but que de trouver untruc pour se défoncer. C’est trop bon la défonce, ça fait oublier dans quelle merde onse trouve.Depuis deux ans, je n’ai pas beaucoup changé d’habitude et ce n’est pas monpassage par la case prison qui a arrangé les choses. Bien au contraire, ça n’a fait querenforcer ma haine du système et de mon regard sur la société dans laquelle je suis.Une société de merde, avec des gens de merde, des boulots de merde, une vie demerde bref de la grosse merde à mes yeux et aucune motivation à part medéglinguer la tête, pour m’isoler et m’éloigner de cette vie que je rejette. Quand tuvas en taule, même pour un truc bénin ou une accumulation de petites conneries,que la justice décide de te punir, de t’écarter de la société parce qu’elle te jugecomme « élément perturbateur », elle s’imagine que ça va te servir de leçon et quetu vas revenir dans le droit chemin. Mais ce n’est pas le cas. Pour ma part, ça n’a faitqu’aggraver la situation sur tous les points. Mes passages répétés devant la justicepour des ivresses publiques et manifestes, des bastons, des violences avec armes etquelques petits bracos à droite à gauche, ont fait de moi quelqu’un qu’il fallaitécarter car considéré comme nuisible. Tu ne passes pas par la case « départ » et tune touches pas vingt milles. C’est direct prison, transport tous frais payés, prises encharge par les surveillants pénitentiaire, « messieurs les mâtons » et ta nouvellefamille « messieurs les taulards ». Bienvenue au club mon gars !!! Ici, c’est chez toi,à condition de respecter les règles, les codes et les lois de l’univers carcéral. Quandtu arrives, on te fait tout de suite comprendre que tu n’es plus en liberté. Une foisfranchi les portes, plus aucune ne s’ouvrira sans les clés d’un maton. Après un brefpassage au bureau administratif, fouille à poil complet et surtout, tu te penches bienen avant, que l’on puisse voir si dans ton trou de balle, t’aurais pas cachés un truc,genre shit, piquouze ou peut-être même un flingue, va savoir. Toutes tes affaires,portefeuille, thunes, clés, bagues, colliers, c’est dans un carton et tu les retrouverasquand tu sortiras. Après, c’est perception de ton paquetage de détenu. Un plateauen inox pour ta bouffe, un verre, une fourchette, un petit couteau à beurre, unepetite cuillère, une petite trousse de toilette avec un savon, un rasoir « Bic », unebrosse à dent, un gant de toilette et une serviette. On n’oublie surtout pas sa pairede drap, sa couverture verte en grosse laine qui gratte bien et le rouleau de PQ,offert gracieusement par l’administration. Les premiers jours, t’as le droit de tetorcher gratuit. Après, si tu veux quelque chose de doux pour t’essuyer le cul, tupayeras mon gars. Rien n’est gratuit en prison. 4
  5. 5. Quand je suis assis sur mon canapé et que je regarde autour de moi, en fait, je nesuis pas trop dépaysé de la taule. Mon studio n’est pas plus grand. Il manque justeles barreaux à la fenêtre. La différence c’est qu’ici, je peux rentrer sortir comme jeveux. Même le café est pareil qu’en zonzon. Poudre et eau bouillante. Dégueulassemais bon, c’est mieux que rien. Ce matin, c’est froid et sans sucre.Pas grave, je fais le fond de mes poches pour voir combien il me rested’amphétamines. Quatre cachetons ça fera l’affaire !!! Royal, dans une heure, jedécolle dans tous les sens du terme. Je les gobe direct, avec un fond de bière qu’ilme reste. La canette en ferraille de 50cl est posée sur la table de la cuisine. Une 8-6.Bizarre, je n’ai pas le souvenir de l’avoir achetée mais bon, je m’en tape, du momentque ça contient un peu d’alcool. Aller, cul-sec et hop, avalé, on en parle plus. Unfrisson me parcourt l’échine et je fais une grimace. Le goût fort et amer de la bière,c’est un peu hardcore comme ça de bon matin. Ce sentiment s’estompe aussi vitequ’il est venu car mon esprit est déjà en quête d’une feuille OCB et d’un fond detabac tout sec. Un bon mélange de fond de clopes, de tabacs blonds, bruns ou noirs,en fait, on sait plus. Je roule et allume en tirant une grande taffe. Je tousse, ça racleun peu mais ça fait du bien. Mon cerveau est rassasié en nicotine maintenant. Jetouille mon café mais je me rappelle que je n’ai pas de sucre alors je bois par petitesgorgées et ce n’est vraiment pas bon. Un coup d’œil sur le réveil, 9h55. Ça ne passevraiment pas vite. En plus, j’ai envie de pisser. Bon, j’espère qu’Alain, mon voisin estréveillé. Je sors dans le couloir et toc à la porte juste en face de la mienne. - Ouais !!!Je donne un petit coup d’épaule dans la porte en poussant, elle est un peu dure.Question d’habitude quoi…. Je vois Alain, assis à sa table, en train de regarder untruc à la télé. Je lui sers la main et je lui dis que je fonce aux chiottes. Il me fait ouid’un signe de la tête, il connait le refrain, c’est le même quasiment tous les matins. Ilest cool Alain mais pas à prendre avec des pincettes et à voir sa tronche, c’est unlendemain de cuite. Quand je reviens vers lui, il n’a pas bougé, ne bronche pas etfixe la télé. Je lui demande si ça va. Il me fait un oui de la tête. Je regarde autour demoi et attrape un verre sur l’évier. Je me sers un verre de rouge de la touque poséesur la table. Je sens déjà les picotements des amphés. Une drôle de sensation,comme si mes yeux me grattaient et que la lumière devenait aveuglante. C’étaittypique. Je pouvais savoir direct si quelqu’un était sous amphés rien qu’en regardantses yeux. Et inversement d’ailleurs et ça les keufs le savaient bien aussi. Je m’assoisà la table et je bois mon rouge tranquillement. Une sensation m’envahie le corps.Une douce sensation. Je ferme les yeux et j’écoute mon corps. Je sens que la tablebouge et je rouvre les yeux. Alain me tend une cigarette. Je la prends et on ne dittoujours rien. Je fini mon rouge, je me sens déjà mieux. Je me décide à engager laconversation. - Qu’est-ce t’as fait d’beau hier soir ? - Ben on a trainé un peu en ville avec Bruno et on a ramené des trucs… Vas voir, c’est dans ma chambre… 5
  6. 6. Je me lève et entre dans la chambre. Ce qui était paradoxale, c’est que malgré le faitqu’il se dépouille la tête à l’alcool, tout était bien rangé chez lui. Sa chambre étaitnickel. Dans un coin, je vois deux écrans d’ordinateurs avec deux tours, les clavierset les souris. - Putain !!! Vous avez pé-cho ça où ? - Alors là, j’en sais rien… Me rappelle plus…me répond-il en rigolant. Je ris aussi parce qu’après tout, on s’en fout. Il medemande si ça vaut des sous, parce qu’il sait que je m’y connais en ordinateur. Jeregarde le matériel de plus près. Les deux sont des Pentium 120. Je lui dis que oui,c’est du bon matos. S’il compte les revendre, je serais bien intéressé, histoire de meprendre une comm au passage. Je lui demande donc ce qu’il veut en faire. Il me ditqu’il veut les vendre bien-sûr et que si je connais un plan, ce serait le bienvenue. Jereviens m’assoir à la table et que c’est ok, je vais voir ça mais pas aujourd’hui, plutôtdemain. Il me ressert un verre de rouge et je ne dis pas non. Je lui dis que je boismon verre vite-fait et que je file, il ne faut surtout pas que je loupe le facteur pourmon mandat, c’est mon anniversaire aujourd’hui. J’en profite pour lui dire que si ilveut venir boire deux trois coups ce soir, il serait le bienvenue. Il me répond qu’ilpassera peut-être, que ce n’était pas sûr, il avait des trucs à faire et ne savait pas s’ilserait là... J’englouti mon verre cul-sec, faut que je bouge. - Bon ben merci Alain, j’te laisse… Peut-être à ce soir alors… - Ouais ok, bonne journée Jéjé, a plus…Je retourne donc chez moi et la première chose que je fais, c’est de regarder leréveil. Je me rapproche un peu parce que les amphés commencent à bien agir et j’aila vue un peu floue. 10h15… Plus beaucoup à attendre mais c’est encore trop long,j’ai la bougeotte. Impossible de rester en place. J’attrape une feuille OCB et je meroule une clope, ça fera passer le temps. Je regarde une fois de plus le réveil.10h20… ça approche. Je jette un œil dans le haut de la rue par ma fenêtre, enécartant les volets disposés en tuile. La lumière du jour pique les yeux. Je cherche levélo du facteur du regard mais je ne le vois pas. Il ne devrait pas tarder mais commec’est le jour du RMI, c’est toujours un peu plus long. Je ne suis pas le seul à letoucher en mandat. Je referme la fenêtre et je m’assois sur mon canapé en allumantla télé. Les images défilent mais je ne capte rien alors je zappe de chaine en chaine.Me voilà reparti à me rouler une cigarette alors que je n’ai même pas fini l’autre.C’est encore une fois un des effets des amphétamines. Je ne me rappelle plus de ceque je viens de faire, de ce que je viens de dire ou de ce que je dois faire. Je plane àdix mille, les yeux écarquillés, errant dans un monde de brume, je n’entends pas, jene sens rien… mais malgré tout ça, j’en prends, tous les jours parce que je neconçois pas la vie sans. Pourtant c’est faux, c’est une impression. En fait, je suisaccro, je suis dépendant de cette saloperie. Mon cerveau est aseptisé par cettemerde et je ne contrôle rien, je ne suis qu’un fantôme, je suis un toxico… 6
  7. 7. Coup d’œil par la fenêtre et là, ho joie !!! Je vois enfin le vélo du facteur. C’est bonça. Dans quelques minutes, ça va frapper à la porte et je vais pouvoir toucher mescaillasses. Je tourne et je vire dans l’appart, tirant sur ma clope éteinte, la mâchoirecrispée.Toc toc toc !!! J’ouvre précipitamment la porte. Devant moi, le facteur, mon meilleurami de cette matinée. Il me dit bonjour et me tend un petit carnet avec un stylo. - Une p’tite signature… juste là… me demande-t-il. - Ouais bien-sûrPendant que je signe, il ouvre la poche de son blouson et commence à compter lesbillets. Je lui redonne son carnet. - Allez-y, rentrez, ce sera plus cool pour compter. Lui dis-je. - Merci.Il fait un pas et commence à disposer les billets sur la table de la cuisine. Je poussela porte, impatient d’empocher les biftons et de ma casser d’ici. - 2000… 2050… 2100…Il cherche dans sa poche de pantalon. Il en sort un tas de pièces et reprend soncomptage en posant une pièce de dix francs et deux pièces de deux francs. - 2110 et… 2114 francs !!! Voilà le compte y est…Il me salut, me dit de passer une bonne journée et s’en va. Je ferme la porte derrièrelui et j’empoche mes sous. Je vais enfin pouvoir bouger.J’enfile mon blouson et je sors en fermant à clé. Me voilà parti pour une bonnejournée. Je remonte la rue, me dirigeant vers le centre-ville. Ma première étape serale bar-tabac « Le Marigny ». Je vais enfin fumer une vraie clope et m’enquiller unebonne bière pression. J’avance d’un pas alerte, ne calculant même pas les gensautour de moi, je suis comme télécommandé. Il commence à pleuvoir un peu et ilfait quand même un peu froid mais ces sensations sont masquées par l’effet desamphétamines. Je me dis que je fumerai bien un bon gros pétard. Avec un peu dechance, je vais tomber sur un type qui pourra me vendre un morceau. De toutefaçon, je sais bien où trouver du matos, ce n’est pas un problème. Il faudra aussique je passe à la pharmacie pour reprendre une boite de Mercalm. Après, je vaisfaire la tournée des potes, boire des bières, fumer des pets, gober des cachetons. Çava être une journée de défonce totale et la soirée qui s’annonce va prendre unetournure dramatique… mais ça, je ne le sais pas encore. 7
  8. 8. Et la journée passe. J’ai vu quelques potes, j’ai acheté du shit, un peu de came,picolé des bières, du rouge, du whisky… Une journée de défonce classique quoi.C’est la fin d’après-midi, je n’ai rien vu passé et je de retour au Marigny, histoire decontinuer dans ma lancé. - Ce soir si tu veux passer, j’fais un p’tit truc pour mon anniv… - Non mais Jéjé, ça fait trois fois que tu me le dit…Mon verre de bière à la main, je regarde Jo sur son tabouret à côté de moi qui semarre. Du coup, ça me fait marrer aussi parce que je sais que là, je suis biendéfoncé. J’en profite pour faire signe à Christian, le barman pour qu’il nous remetteune tournée, on ne va pas partir boiteux quand même. Je sors mon paquet de feuilleOCB et je commence à faire un collage en L, pour préparer un pétard. Mon pote metape sur l’épaule en me disant d’arrêter car on est au comptoir. Il se marre pendantque je chiffonne les feuilles en regardant autour de moi si quelqu’un d’autre a captéce que j’étais en train de faire. - Holala, j’suis def de chez def… J’capte plus rien là… dis-je à Jo. - Ouais tu m’étonnes, j’vois ça. Tu ferais bien de te calmer Jéjé, parce que sinon ce soir tu ne vas pas assurer… surtout que je t’ai dit que Soso veut passer chez toi et foutre le bordel… c’est pour ça que je t’ai dit tout à l’heure que je ne passerai pas…Ce que vient de me dire Jo résonne dans ma tête. « Soso veut passer chez toi etfoutre le bordel ». Là, c’est la merde quoi…Soso, c’est un gars que je n’ai pas trop envie de voir chez moi. Deux semainesauparavant, dans la soirée, ça avait frappé chez moi. J’étais tranquille devant la télé.Quand j’avais ouvert, Soso était appuyé contre le montant de ma porte, un sourireaux lèvres, les yeux à moitié fermés. Rien qu’en le voyant, j’ai tout de suite comprisqu’il était complètement bourré. Il devait même avoir certainement pris de la came,c’était son truc ça. - Salut Jéjé, tu me laisse rentrer ? Me demande-t-il.Je n’étais vraiment pas chaud pour le laisser entrer. Dans un état comme ça, on nesavait jamais comment il allait réagir. C’est le genre de gars très violent et surRochefort, il était connu comme le loup blanc. Ces multiples incarcérations, cescoups tordus, je les connaissais trop bien justement… et je connaissais trop bien lepersonnage. Si le diable existait, alors c’était lui. C’est dire à quel point il étaitmauvais. De toute façon, sa seule présence contribuait à rendre l’atmosphèreoppressante. Ce mec, c’était le mal. - Ben tu sais Soso, j’allais me coucher là… donc…Je n’eus même pas le temps de finir ma phrase qu’il m’avait poussé et était rentré. Jen’avais plus le choix maintenant, le diable était chez moi. 8
  9. 9. Aussitôt, son attitude changea. Son comportement devient tout de suite agressif et iltapa d’un grand coup de poing sur la table, faisant voler les verres et les canettesvides. - Ho ho ho Soso !!! Calme-toi là !!! Dis-je en tentant de le raisonner. - J’AI PLUS DE FAMILLE !!! MON COUSIN, MON ONCLE !!! C’EST DES ENCULES !!! cria-t-il, le regard plein de rage et de haine. Un regard que je connaissais bien. Instinctivement, je reculais d’un pas, restant sur la défensive. Son regard plongé dans le mien, je n’ai même pas eu le temps de comprendre qu’il venait de m’empoigner par le col en me décrochant un coup de boule. Je n’ai vu qu’un grand flash lumineux et je fus projeté en arrière. Je m’écroulais sur mon canapé et une douleur intense m’envahie le visage. Instinctivement, j’ai porté mes mains au visage et en les retirant, j’ai tout de suite vu que je saignais. - PUTAIN SOSO!!! Hurle-je en me relevant, malgré la douleur. TU M’AS DEFONCE LE NEZ MERDE !!! Il me regardait, ne semblant pas trop capter ce qui venait de se passer. Il tenta de s’excuser, qu’il n’avait pas fait exprès, que ce n’était pas de sa faute… mais moi, j’en avais rien à foutre de ses excuses. J’avais mal au nez, je pissais le sang et je n’avais qu’une seule envie, c’est qu’il dégage. D’ailleurs c’est ce que je me suis empressé de lui dire en criant. Qu’il dégage de chez moi !!! Je lui ouvris la porte en gueulant de foutre le camp. Il ne chercha pas à rester. Il s’était rendu compte qu’il avait fait une connerie quand même. Il sorti donc sans protester mais tout en se retournant, il tenta encore de s’excuser, mais fermement, je lui ai dit de dégager en claquant la porte, le laissant comme le gros connard qu’il était, dans le couloir. En me regardant dans la glace, j’ai tout de suite compris que mon nez était bien fracturé. Il saignait et était même de travers. Je pouvais déjà voir les deux cocards se dessiner sous mes yeux. J’ai immédiatement mis mon nez entre mes mains et j’ai tiré d’un coup sec, pour le remettre le plus droit possible. La douleur me fît monter les larmes aux yeux. Je cherchais un mouchoir, un chiffon, un truc pour me le mettre sous le nez qui pissait le sang. J’en avais foutu partout. Je me maudissais en me disant que je n’aurais jamais dû le laisser entrer. Je me regardais une fois de plus dans la glace, pleurant. Cette fois, les cocards étaient bien là… C’est cette image que je vois dans les glaces au-dessus des étagères, en face du comptoir où je suis accoudé avec mon pote Jo. Mes cocards avaient diminués mais ils étaient encore voyants. Le souvenir de cette soirée me revint en mémoire… douloureusement… alors ce soir, pas question qu’il vienne gâcher ma soirée. Il ne rentrera pas, je lui interdirai, il ne passera pas la porte cet enfoiré… Jo tendit son verre dans ma direction, pour trinquer en me souhaitant quand même un joyeux anniversaire et on but nos verres cul-sec. Ce soir, Jo ne viendra 9
  10. 10. pas car la famille qu’avait maudite Soso ce fameux soir, chez moi, c’était lui et J-C, son père. Alors, Jo me dit de faire très attention, parce que Soso l’avait crié surtous les toits qu’il se passerait quelque chose chez moi, ce soir. Et comme iln’était pas invité, c’était le bon prétexte pour qu’il vienne foutre la merde.La nuit tombe sur Rochefort. Les lumières des lampadaires brillent comme desmilliers d’éclats dans mes yeux imbibés d’alcool, de came et de shit. Il est grandtemps d’aller chercher le ravitaillement au Prisunic. J’avance vite, je suis speedmais bien défoncé quand même. Je rentre dans le magasin et comme parprovocation, je regarde le vigile et lui fait un petit sourire. Mais aujourd’hui, pasde rapine. J’ai du fric alors je payes. Ce soir, Je vais faire la fête et je n’ai pas tropenvie de me faire griller pour terminer au commissariat, alors pas question defaire le con, il faut que je contrôle mes mains pour ne pas qu’elles chourent unebouteille de sky. J’empoigne un panier et je me dirige directement au rayonalcool, comme par automatisme. Je prends une bouteille de whisky, une bouteillede Ricard, deux bouteilles de pineau blanc et deux de rosé. Il me faut de la bièreaussi et de la sangria. Je prends également des chips, des biscuits d’apéro etroule ma poule, direction la caisse.5 minutes plus tard, je suis dehors, en direction de chez moi. Il est presque 18Het je n’ai pas beaucoup de temps devant moi. Je passe devant la pharmacie enme demandant si j’ai acheté ma boite de Mercalm. Je m’arrête, pose mes sacspar terre et cherche dans mes poches de blouson. « Putain de merde » que je medis. Je cherche mais je ne trouve rien. J’ai pourtant un vague souvenir d’êtrepassé mais par précaution, je vais reprendre une boite. De toute façon, ce n’estpas perdu. Je reprends mes sacs où les bouteilles s’entrechoquent et j’entre dansla pharmacie. J’ai la bouche sèche. Je m’approche d’un comptoir. Unepréparatrice se pointe devant moi et instinctivement, j’essaye d’être le plusnaturel possible. J’allais ouvrir la bouche quand elle me dit directement en meregardant droit dans les yeux :- une boite de Mercalm ? C’est non monsieur… Vous en avez déjà acheté deux aujourd’hui…Je me retrouve à court d’arguments, ne savant pas quoi lui répondre. Pourtant,j’insiste en prétextant que c’est en vente libre mais rien, c’est nada, niet, quedal…Je ressors de la pharmacie, fais quelques pas et m’arrête. « Vous en avez achetédeux aujourd’hui ». Je cherche encore dans mes poches de blousons eteffectivement, je trouve deux plaquettes, du shit et un gramme de brown, del’héroïne brune, d’où son nom quoi… Je me dis que c’est cool, j’ai tout ce qu’ilfaut pour ce soir. Rassuré et content, je reprends la direction de mon studio.J’avance en me contrefoutant de la pluie. Je n’ai qu’une seule idée en tête, fairela fête avec mes potes. Ce sera une soirée inoubliable, j’en suis persuadé. Etj’avais bien raison de le penser car je ne l’oublierais jamais plus… 10

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