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  1. 1. Jeudi 2 juillet 2015 ­ 71e année ­ No 21914 ­ 2,20 € ­ France métropolitaine ­ www.lemonde.fr ― Fondateur : Hubert Beuve­Méry Algérie 180 DA, Allemagne 2,50 €, Andorre 2,40 €, Autriche 2,80 €, Belgique 2,20 €, Cameroun 1 900 F CFA, Canada 4,50 $, Côte d'Ivoire 1 900 F CFA, Danemark 30 KRD, Espagne 2,50 €, Finlande 4 €, Gabon 1 900 F CFA, Grande-Bretagne 1,90 £, Grèce 2,50 €, Guadeloupe-Martinique 2,40 €, Guyane 2,80 €, Hongrie 950 HUF, Irlande 2,50 €, Italie 2,50 €, Liban 6 500 LBP, Luxembourg 2,20 €, Malte 2,50 €, Maroc 13 DH, Pays-Bas 2,50 €, Portugal cont. 2,50 €, La Réunion 2,40 €, Sénégal 1 900 F CFA, Slovénie 2,50 €, Saint-Martin 2,80 €, Suisse 3,50 CHF, TOM Avion 450 XPF, Tunisie 2,50 DT, Turquie 9 TL, Afrique CFA autres 1 900 F CFA Ils disent avoir « fait un travail », ils réclament leur dû. Un ancien colonel de la Direction géné­ rale de la sécurité extérieure (DGSE) reconverti dans la sécurité privée, Jean­Marc Gadoullet, et un rebelle touareg malien devenu député, Ahmada ag­ Bibi, demandent 1,5 million d’euros aux groupes Areva et Vinci. La somme, selon eux, aurait dû leur être versée par les entreprises pour la libération, en 2013, de leurs employés retenus par Al­Qaida au Maghreb islamique (AQMI). « Il me manque les deux tiers de mes engagements », affirme M. Gadoullet, que Le Monde a rencontré à Paris le 25 juin. Une réu­ nion entre les avocats des différentes parties est pré­ vue le 9 juillet. Cet épisode éclaire les luttes intestines qui ont af­ fleurédès2011dansledossierdesseptotagesenlevés en septembre 2010 sur le site de production d’ura­ nium d’Arlit, au Niger. Début 2011, au Mali. M.Ga­ doullet parle au redouté chef d’AQMI, Abou Zeid, et récupère avec succès trois premiers otages, dont Françoise Larribe, avec l’aide des Touareg d’ag­Bibi. → LIRE LA SUITE PAGE 5 Statuettes, masques, objets de culte ou du quotidien... Pas moins de 330 pièces comptant parmi les plus remarquables de la statuaire africaine sont réunies au Musée du quai Branly, à Paris, où se tient, jusqu’au 26 juillet, l’exposition «Les Maîtres de la sculpture, Côte d’Ivoire». Divisée en six espaces correspondant aux cultures qui se côtoient dans l’aire géographi­ que ivoirienne, elle permet de prendre la mesure du talent d’ar­ tistes dont on ne connaît pour­ tant ni la vie ni le nom. → LIRE PAGE 20 NIGER LES MAUVAIS COMPTES DE LA LIBÉRATION DES OTAGES FRANÇAIS par nathalie guibert AuQuaiBranly, lesmaîtres delastatuaire ivoirienne ARTS LE REGARD DE PLANTU FESTIVAL D’AVIGNON AVEC LARS EIDINGER, LE RICHARD III DE THOMAS OSTERMEIER → SUPPLÉMENT CLIMAT : LA CHINE SUR LA BONNE VOIE → LIRE PAGES 8 ET 23 AFRIQUE LA TOURNÉE DE HOLLANDE POUR SOIGNER SES ALLIÉS → LIRE PAGE 4 NUCLÉAIRE L’EPR FINLANDAIS COMPLIQUE LE RAPPROCHEMENT ENTRE AREVA ET EDF → LIRE LE CAHIER ÉCO PAGE 3 MÉDIAS JÉRÔME FENOGLIO, NOUVEAU DIRECTEUR DU «MONDE» → LIRE LE CAHIER ÉCO PAGE 8 Au siège des Républicains, à Paris, le mardi 30 juin. STÉPHANE LAVOUÉ/PASCO POUR «LE MONDE» NicolasSarkozy:«Ilfautprotéger lazoneeurodudésastregrec» ▶ Dans un entretien au «Monde», Nicolas Sarkozy accuse Alexis Tsipras d’avoir «suspendu l’appartenance de la Grèce à la zone euro» ▶ L’ex­président ne regrette pas l’intervention de 2011 contre Kadhafi. Il reproche à son succes­ seur d’avoir laissé tomber la Libye à l’été 2012 ▶ Pour contrer l’afflux de migrants en Méditerranée, il propose de «détruire les bateaux des trafiquants» et d’armer l’agence européenne Frontex ▶ Le 30 juin, la Grèce n’avait pas remboursé le FMI. Les négociations se poursuivent LIRE L’ENTRETIEN P. 2-3, LA CHRONIQUE P. 23 ET LE CAHIER ÉCO P. 4 À 6 FESTIVAL D’AVIGNON SUPPLÉMENT ACTUELLEMENT AU CINÉMA un ilm de BILL POHLAD LA VIE, L’AMOUR ET LE GÉNIE DE BRIAN WILSON DES BEACH BOYS
  2. 2. 2| international JEUDI 2 JUILLET 2015 0123 «LaGrèceasuspendu, defait,sonappartenance à lazoneeuro» NicolasSarkozydemandeàl’EuropedenepascéderfaceàAthènes. L’ancienchefdel’Etatrevientsurlasituationinternationale. Ilaffirmenepasregretter l’interventiondelaFranceenLibyeen2011. Faceàl’immigrationillégale,ilpréconisel’emploide«laforce» ENTRETIEN M ardi 30 juin, Nicolas Sarkozy a reçu Le Monde au siège du parti Les Répu- blicains. Dans cet entre- tien, l’ancien président de la République s’exprime sur la crise grecque, les consé- quences de l’intervention en Libye déci- dée sous son quinquennat et la guerre en Syrie. En matière de politique intérieure, M. Sarkozy déplore l’insuffisance de l’ac- tion de l’exécutif contre le terrorisme et réclame l’adoption « de mesures très pré- cises que le gouvernement a jusqu’à pré- sent refusées ». Aujourd’hui, quelle est la solution pour sortir de la crise grecque ? Avec Angela Merkel, nous avons beau- coup fait pour que la Grèce reste dans l’euro. Je reste convaincu que, dans cette aventure extraordinaire de l’euro, l’exclu- sion d’un pays membre peut avoir des conséquences d’une gravité que per- sonne ne peut vraiment appréhender. Jusqu’au bout, je veux espérer que la rai- son l’emportera. Demeure-t-on face à un risque systé- mique ? Oui, et qui prendrait le pari contraire ? Aujourd’hui, la question est davantage de savoir comment protéger la zone euro du désastre grec que de simplement proté- ger la Grèce. Ces dernières semaines, ce ne sont pas les données économiques et financières qui ont changé, mais la situation politi- que. Jusqu’à l’arrivée de Monsieur Tsi- pras, nous avions des gouvernements grecs qui coopéraient plus ou moins effi- cacement avec leurs partenaires euro- péens. Depuis, nous avons un gouverne- ment grec qui refuse toute attitude rai- sonnable. C’est un changement de paradigme qui aconduitlegouvernementgrecàsuspen- dre de fait, de lui-même, l’appartenance de la Grèce à la zone euro. Alexis Tsipras en porte l’entière responsabilité. Qui a quitté la réunion des ministres des finan- ces, si ce n’est le ministre des finances grec ? Qui a refusé toutes les propositions qui lui ont été faites ? Voilà le premier ré- sultat d’une politique irresponsable. Je veux préciser cependant que, par principe, le recours au référendum est lé- gitime ; mais la seule question qui ait un sens est celle pour la Grèce de son appar- tenance à l’Europe. Vous trouvez normal que M. Tsipras appelle à voter « non » ? Je trouve anormal qu’il appelle à voter contre les mesures d’une zone euro dont il souhaite la solidarité, sans en assumer la responsabilité. Avec ce référendum, il se met d’ailleurs dans une situation im- possible.SilesGrecsrépondent« oui »au planproposéparl’Eurogroupe,M.Tsipras ne pourra pas rester premier ministre. Mais s’ils répondent « non » au plan, cela voudra dire qu’il reviendra avec un man- dat de négociation encore plus dur. La si- tuation sera encore plus intenable. L’Europe ne peut pas céder devant un gouvernement dans lequel figurent l’ex- trême gauche et l’extrême droite. Si les 18 s’inclinaient devant M. Tsipras, cela ap- porterait de l’eau au moulin de tous ceux qui préfèrent la démagogie et les suren- chères au projet européen. Donner rai- son à M. Tsipras reviendrait à déjuger tous les gouvernements européens qui ont fait le choix de la raison. Le ministre grec des finances, Yanis Varoufakis, évoque un recours en jus- tice puisque rien n’est prévu pour faire sortir un pays de la zone euro… Quand on doit 320 milliards d’euros, il ne me paraît pas tout à fait habile d’ester en justice contre des créanciers à qui l’on demande des délais et des échelonne- ments de dette ! Cet argent appartient pour l’essentiel aux contribuables euro- péens et notamment français. Ils ont le droit d’être respectés. Maintenant la question la plus urgente, c’est de protéger la zone euro, au-delà du seul cas de la Grèce. Depuis janvier, qu’a- t-onfait ?Grossomodorien,sicen’estre- cevoir en grande pompe M. Tsipras en France, en lui laissant croire qu’il aurait satisfaction alors qu’on savait bien que ce ne serait pas le cas. Depuis janvier, aucune réflexion sé- rieuse n’a été menée sur la nécessité de renforcer le gouvernement économique delazoneeuro.Aujourd’huiilfautconvo- quer un conseil des 18 chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro pour pré- parer le message qu’il va falloir adresser aux économies du monde entier afin de protéger la stabilité de la zone euro et de faire en sorte que les marchés n’atta- quent pas un prochain maillon faible. Les décisions prises ne suffisent pas ? Quellesdécisions ?MiseàpartlaBanque centrale européenne (BCE), les seules qui ont été prises visaient à gagner du temps. Aujourd’hui, nous n’avons plus de temps, il faut agir en élisant un président du gou- vernementéconomiqueeuropéendontla mission sera d’harmoniser les économies européennes, en désignant un secrétaire général qui soit le directeur du Trésor européen, en transformant le mécanisme européen de stabilité en fonds monétaire européen capable de prendre des initiati- ves par lui-même, car il est un peu déso- lant de voir l’Europe à la traîne du FMI. Y a-t-il des risques pour l’économie française ? Qui peut penser qu’il n’y a pas de risque pour l’économie française déjà fragilisée par une politique économique et fiscale à contre-courant de ce qui se fait partout en Europe ? La dernière chose dont l’éco- nomie française ait besoin, c’est un sur- croît d’instabilité dans la zone euro ! François Hollande l’a dit… Le seul pronostic isolé de M. Hollande n’est pas de nature à rassurer les observa- teurs de la zone euro. Pour l’instant, la si- tuation tient car les banques grecques ont été fermées, la circulation des capi- taux a été arrêtée et la BCE a décidé de soutenir les banques grecques. Tout ceci est très précaire. Comment penser que la BCE va continuer si les Grecs répondent « non » au référendum ? Sur la question migratoire, qui con- cerne aussi la Grèce, peut-on progres- ser dans l’intégration ? J’aimeraistantqu’ilsoitpossibledepar- ler de l’immigration de façon objective, apaisée, en tenant compte des réalités et non des postures. L’immigration est l’un des problèmes les plus complexes et les plus brûlants pour l’Europe. Dans trente ans, l’Afrique sera passée de 1 milliard à 2,3 milliards d’habitants. L’explosion dé- mographique africaine pose les condi- tions d’une pression migratoire insoute- nable. Quant à la vague migratoire Est- Ouestquipasseparlafrontièregréco-tur- que, la situation n’est guère plus rassurante. Sur cette question aussi, le rôle de la Grèce est majeur. Comme vous le voyez, jenepartagepasl’avisdeM.Hollandesur l’idée que la crise grecque serait sans con- séquence pour l’Europe. Faut-il des quotas pour l’asile ? L’Europe est fondée sur la solidarité. Mais la solidarité sans politique com- mune conduit à faire un gigantesque ap- peld’air,sanslimites,etaufinalàaugmen- ter les quotas année après année. C’est pourquoi j’ai refusé cette proposition. Faut-il employer la force contre l’im- migration illégale ? Il faut employer la force face aux ré- seaux de trafiquants qui ne sont ni plus ni moins que les nouveaux esclavagistes. Ilfautdétruireleursbateaux,lespunirsé- vèrement et pour cela doter l’agence européenne Frontex de capacités opéra- tionnelles, y compris militaires. L’intervention militaire française en Libye en 2011 a-t-elle aggravé la crise ? L’immigration n’a pas commencé avec la chute de Mouammar Kadhafi. Est-ce que je regrette cette intervention ? La ré- ponse est non. Qui d’ailleurs pourrait re- gretter la présence de M. Kadhafi à la tête de la Libye, un dictateur parmi les plus cruels que cette région ait connus ? On ne regrette pas de ne plus le voir dans les jardins de l’Elysée. Puis-je vous demander un peu de bonne foi ? Vous savez bien que cette vi- site était une condition mise à la libéra- tion d’un médecin palestinien et d’infir- mières bulgares qui ont été violées, bat- tues et torturées pendant huit ans dans les geôles de Monsieur Kadhafi. Peut-on me reprocher d’avoir tout fait pour les li- bérer ? Mais les conséquences ne sont-elles pas très lourdes ? Avec David Cameron, nous avions orga- nisé une coalition de 54 pays, dont des pays membres de la Ligue arabe. Ensuite, nous avions créé les conditions politi- ques pour que les modérés libyens puis- sentassurerlepouvoir.Etc’estcequis’est produit au mois de juillet 2012, puisque les premières élections législatives libres en Libye ont connu 60 % de participation et la victoire des modérés. En juillet 2012, quand je quitte le pouvoir, la Libye est li- bérée et les modérés sont au pouvoir. A partir de ce moment et, de façon incom- préhensible, la communauté internatio- nale,ycomprislaFrance,s’estdésintéres- séedelasituationetlechaoss’estinstallé. Les Américains vous ont pourtant re- proché cette intervention ? Où avez-vous vu cela ? Et d’ailleurs, en matière de politique arabe, nos amis Nicolas Sarkozy, au siège du parti Les Républicains, à Paris, mardi 30 juin. STÉPHANE LAVOUÉ/PASCO POUR «LE MONDE» « J’aimerais tant qu’il soit possible de parler de l’immigration de façon objective. L’immigration est l’un des problèmes les plus complexes et les plus brûlants pour l’Europe » « Depuis l’arrivée de M. Tsipras, nous avons un gouvernement grec qui refuse toute attitude raisonnable »
  3. 3. 0123 JEUDI 2 JUILLET 2015 international | 3 américains ne sont pas vraiment en si­ tuation de donner des leçons. J’ai tou- jours assumé mon amitié pour les Etats- Unis, mais j’ai toujours refusé de me soumettre à quelque instruction de leur part. Comment faire évoluer la situation en Syrie ? En 2013, il y a eu une dramatique recu- lade lorsque Bachar Al-Assad a utilisé les armes chimiques. Une ligne rouge a été franchie et personne n’a bougé. Le refus d’intervenir à cette époque a conduit au maintiend’undictateur,BacharAl-Assad, à la prise de la moitié du pays par les bar- baresdeDaechainsiqu’àlaquasi-dispari- tion de l’opposition démocratique sy- rienne. Aujourd’hui, il existe bien une coalition internationale, mais quelle est sa stratégie ? Qui la dirige ? Quelle est sa volonté ? Nous assistons à une effarante crise de leadership. Quand on décide de faire la guerre à Daech, c’est pour la ga- gner. Aujourd’hui, force est de constater que l’on ne s’en donne pas les moyens. Faut-il dialoguer avec Bachar Al-As- sad ? Il faut discuter avec Bachar Al-Assad d’un seul sujet : les conditions de son dé- part. Par ailleurs, je ne voudrais pas que l’onrecommenceaveclaSyriel’erreurqui a été commise avec l’Irak quand la com- munauté internationale a refusé de réin- tégrer les soutiens de Saddam Hussein. Il faudraunjourdialogueretréintégrercer- tains dirigeants du parti Baas. Faut-il envoyer des soldats au sol ? A partir du moment où on l’on a pris la bonnedécisiondefairelaguerreàDaech, ilfauts’endonnertouslesmoyensetme- ner un combat sans merci. Si des experts au sol sont nécessaires pour renforcer l’efficacité des frappes aériennes, nous aurions bien tort de ne pas le faire. L’Arabie saoudite, le Qatar, les Etats- Unis… Est-ce une bonne coalition ou faut-il revoir son périmètre ? Dans cette guerre, il est important d’avoir d’autres pays arabes à nos côtés pour ne pas donner le sentiment de pro- céder à une revanche de l’Occident sur l’Orient. Pour autant, nous n’avons pas à choisir entre les sunnites et les chiites. La position centrale de la France, c’est de parler à tout le monde et pas seule- ment à un camp. M. Poutine est quelqu’un avec qui on doit et on peut négocier. François Hollande a-t-il eu raison de reporter la livraison par la France de navires de guerre Mistral à la Rus- sie ? Il ne fallait pas se mettre dans cette impasse en laissant dériver les choses ainsi. Encore une fois, pourquoi avoir attendu un an pour discuter ? Il fallait exercer une double pression. D’un côté, empêcher le gouvernement ukrainien de retirer le statut de langue officielle au russe dans un pays où 30 % de la population est russophone. De l’autre, arrêter M. Poutine dès le départ pouréviterla crise de Donetsk. La ques- tion du Mistral ne se serait pas posée. Il aurait été livré, ce qui aurait donné du travail à nos ouvriers et évité une charge supplémentaire pour le contri- buable français. Comment réagissez-vous à l’espion- nage par la NSA dont vous avez été la cible ? C’est inacceptable. Je me doutais qu’il y avait des écoutes mais je n’imaginais pas qu’elles pouvaient viser des respon- sables politiques personnellement. Avec le recul, je me demande qui ne m’écoutait pas… La réaction de Barack Obama a-t-elle été à la hauteur ? Quelle réaction a-t-il eue ? p prospos recueillis par matthieu goar, nathalie guibert, alexandre lemarié et arnaud leparmentier Daech et régler le drame syrien. Cela n’a pas de sens. Je m’interroge toujours sur la question de savoir pourquoi il a fallu at- tendre un an pour discuter avec M. Pou- tine.J’étaisallévoirM.PoutineetM.Med- vedev au bout de quatre jours pour régler le conflit en Géorgie. Quels que soient les désaccords que l’on peut avoir avec lui, Quelle attitude avoir vis-à-vis de la Russie ? On peut exprimer un désaccord sur la manière dont Vladimir Poutine s’est comporté sur l’Ukraine. Mais pour autant,onnedoitpascréerlesconditions d’unenouvelleguerrefroidealorsqu’ona tantbesoindelaRussiepourluttercontre «Quels que soient les désaccords que l’on peut avoir avec lui, M. Poutine est quelqu’un avec qui on doit et on peut négocier» «En2017,l’oppositiondoitavoirunseulcandidat» ENTRETIEN Faut-il s’habituer à subir des atten- tats en France ? S’habituer, en aucun cas. S’y préparer, oui. La question n’est pas de savoir s’il y aura d’autres attentats en France mais quand.Nousavonsunennemidel’exté- rieur, Daech, à qui il faut faire une guerre sans merci, et un ennemi de l’in- térieur, qui s’est radicalisé et a fait beau- coup d’émules. Rien que l’année der- nière, le nombre de Français qui ont choisi le djihad a été multiplié par trois. Nous devons adapter notre riposte à cette nouvelle réalité. Le gouvernement a-t-il pris la me- sure de la menace terroriste depuis les attentats de janvier ? Non, ou en tout cas pas suffisamment car il y a encore des mesures très préci- ses à adopter que le gouvernement a jusqu’à présent refusées : la consulta- tiondesitesdjihadistesdoitêtresévère- mentréprimée ;lesFrançaispartisfaire le djihad doivent être mis en prison à leur retour et envoyés à leur sortie dans descentresdedéradicalisation.Quantà ceux qui disposent de la double natio- nalité, ils ne doivent pas pouvoir reve- nir en France. Les Républicains deman- dent enfin que soient rétablies sans tar- der les heures supplémentaires dans la police pour donner immédiatement de nouveaux moyens à nos services de renseignement. Faut-il fermer les mosquées salafis- tes ? Il faut passer à la vitesse supérieure quant à l’habilitation des imams, en fai- sant en sorte qu’elles soient proposées par le Conseil français du culte musul- man au ministère de l’intérieur et reti- rées à la première dérive. Et, naturelle- ment, les mosquées dans lesquelles il y a des prêches radicaux doivent être fer- mées sans délai. La situation s’est telle- ment dégradée que la République n’a plus le choix. Il faut agir avec fermeté. Pourquoi avoir décidé de consacrer le premier débat de votre parti à la question de l’islam ? La mainmise de la pensée unique est quelque chose de très préoccupant. Qui peut croire que l’on peut résoudre les problèmes sans en parler ? Et qui peut affirmer que la question de l’is- lam, de sa place dans la société fran- çaise, des limites que la République doit poser, ne constitue pour tous nos compatriotes un sujet de préoccupa- tion majeur ? Pour les musulmans, parce qu’ils ne supportent plus l’amal- game, pour les autres, parce qu’ils sont attachés à un mode de vie qu’ils ne veulent pas voir disparaître. Vous réjouissez-vous d’entendre Ma- nuel Valls reprendre le terme de « guerre de civilisation » que vous aviez utilisé ? Il faut toujours être indulgent avec les convertis de la dernière heure ! Ce n’est pas une guerre de civilisations, car Daechn’enestpasune,maisuneguerre à la civilisation. Comprenez-vous les inquiétudes d’Alain Juppé sur l’organisation de la primaire pour la présidentielle de 2017 ? La primaire aura lieu. Personne ne peut en douter. Je suis convaincu que les inquiétudes vont se dissiper. Quel est, selon vous, le nombre de participants nécessaires pour une primaire réussie ? Plus il y aura de votants, mieux cela sera. Et je suis certain qu’ils viendront de tous les horizons de la droite et du centre. Toute l’opposition doit se mobi- liseretêtreconcernéeparl’ambitionde serassemblerautourd’unseulcandidat à la présidentielle. Quelle sera la thématique de 2017 ? Il est bien prématuré de le dire. Avant la présidentielle, il y aura les régiona- les. Chaque chose en son temps. En 2017, l’exigence de vérité sera plus forte que jamais. Pourquoi attendre 2016 pour présen- ter votre projet d’alternance ? Nous avons besoin de prendre du temps, de réfléchir, de faire un travail sérieux. Les sujets sont tellement com- plexes. Il y a des débats qui ne peuvent plus être éludés. Il en va de la confiance des Français dans la politique. Et sur- tout, nous devrons veiller à ce que tout ce que nous dirons puisse être scrupu- leusement mis en œuvre. Enfin, le temps des catalogues de proposi- tions est révolu. Il faut une vision et des priorités. Votre mise en examen dans l’affaire des écoutes peut-elle vous empêcher d’être candidat en 2017 ? Dans les valeurs du journal Le Monde, ilyalerespectdelapersonne,l’attache- ment aux droits de l’homme et à la pré- somption d’innocence, pourquoi avez- vous tant de mal à appliquer ces princi- pes quand vous parlez de moi ? Est-ce quel’affaireBettencourtn’apasservide leçon ? Eric Woerth et moi avons été in- sultés en pleine campagne présiden- tielle à cause de cette procédure judi- ciaire. A l’arrivée, j’ai eu un non-lieu et M. Woerth a été relaxé. Pourtant, com- bien de « unes » du Monde évoquaient notre culpabilité ? Qu’au moins tout ceci nous serve de leçons. p propos recueillis par m. gr, n. g., al. le. et ar. le.
  4. 4. 4| international JEUDI 2 JUILLET 2015 0123 Hollandeaapprisàsoignersesalliésafricains Leprésidentfrançaisentame,mercredi1er juillet,unetournéeauBénin,enAngolaetauCameroun C’ est un pur hasard du calendrier. Eminent protagoniste de l’« Angolagate », CharlesPasqua,quiavaitétérelaxé enappelen2011danscedossierde ventes d’armes, est mort, lundi 29 juin,àquarante-huitheuresdudé- placement de François Hollande en Angola, justement, ainsi qu’au Bénin et au Cameroun. Avec cette figure historique du RPR, c’est la Françafrique à la mode gaulliste – avec ses réseaux parallèles et ses ingérences brutales dans les an- ciennes colonies françaises – qui est symboliquement enterrée. Cinquante ans après les indé- pendances, les générations et les méthodes se sont renouvelées. Mais les liens historiques de la France avec le continent noir font toujours de leurs relations un do- maine diplomatique à part. Fran- çois Hollande, qui se voulait un « président normal » aussi sur ce terrain, en a fait peu à peu l’ap- prentissage, contraint par les né- cessitésduterraind’infléchirsali- gne initiale. A son arrivée aux affaires en 2012, il avait fait la leçon aux présidents africains qui malme- naient les règles démocratiques. Depuis, le chef de l’Etat a déve- loppé les qualités d’équilibriste que sa fonction exige pour préser- ver les intérêts diplomatiques, économiques et militaires fran- çais. Dans ce périple africain « ex- press » du 1er au 3 juillet, il rencon- trera donc le président camerou- nais, Paul Biya (82 ans), et son ho- mologue angolais, José Eduardo dos Santos (72 ans), deux doyens parmi les dirigeants de la planète, avec respectivement trente-deux ettrente-cinqannéesderègne.Les deux hommes affichent un triste bilan démocratique et de gouver- nance. Mais l’Angola, producteur majeur de pétrole, est un poids lourd économique que la France a trop longtemps négligé. Quant au Cameroun, c’est un allié dans la lutte contre les islamistes de Boko Haram.Ilajouéégalementunrôle déterminant dans la libération, ces dernières années, d’otages français détenus dans la région. « Message politique » Chaque étape du déplacement présidentiel sera d’ailleurs adap- tée au degré de respectabilité dé- mocratique du pays hôte. Le prési- dent béninois, Thomas Boni Yayi, l’un des bons élèves de la transi- tion démocratique africaine, si ce n’est sa gouvernance entachée de scandales de corruption, se verra distingué. « Le Bénin est le seul pays où le président va prononcer undiscours[jeudi]devantlesparle- mentairesetlesforcesvives.Cen’est pas un hasard », souligne l’Elysée. « Le président béninois vient d’an- noncer qu’il respecterait la Consti- tution [qui lui interdit de briguer un troisième mandat] et l’opposi- tion démocratique a emporté les dernières législatives. Le choix du Bénin est un message politique », ajoute-t-on à la présidence. Au Cameroun, François Hol- landeaprévuderencontrerdesre- présentants d’ONG et d’associa- tions de défense des droits de l’homme, mais aussi d’évoquer di- rectement avec Paul Biya « l’en- sembledessujetsconcernantlajus- tice camerounaise ». Ce sera no- tamment le cas de l’avocate fran- co-camerounaise Lydienne Yen- Eyoum, condamnée à vingt- cinq ans de prison pour détournementdefonds.« Leprési- dent fera valoir que c’est une peine choquante pour la France et les Français, une peine énorme pour unemalversationfinancière.Ilsou- lignera la nécessité d’un geste hu- manitaire en sa faveur », explique un conseiller. De telles prises de position, le chef de l’Etat n’avait pas jugé bon de les endosser si fer- mement lors de ses récentes visi- tes à Riyad, La Havane, Alger ou N’Djamena. LecasduTchadillustred’ailleurs les tâtonnements et les limites de ladiplomatieafricainedeFrançois Hollande. « Depuis l’engagement tchadien aux côtés des Français au Malien2013,puis,cetteannée,con- tre les Nigérians de Boko Haram, Idriss Déby [le président tchadien] est intouchable. Pour les Français comme pour les chefs d’Etat de la région, d’ailleurs », explique un di- rigeant d’un pays voisin du Tchad. « On peut le comprendre, mais ce n’estpasuneraisonpourdétourner lesyeuxsurlesabusdurégimemili- taro-civildu“soldat”Déby »,ajoute cette source. Elle critique notam- ment l’absence d’initiative fran- çaise dans le dossier de l’opposant Ibni Oumar Saleh, disparu en 2008, au lendemain d’une in- tervention militaire française qui venait de sauver la tête du prési- dent tchadien menacé par une énième rébellion. Intérêt modéré du Quai d’Orsay A son arrivée à l’Elysée, François Hollande connaissait mal le con- tinent, hormis quelques relations personnelles tissées dans le cadre de l’Internationale socialiste, du temps où il était premier secré- taire.« Iln’apasdevisionduconti- nent, ni de politique africaine, seu- lement du coup par coup », tran- che sévèrement Roland Marchal, spécialiste de l’Afrique au Centre de recherches internationales de Sciences Po. « Notamment parce que, sous Hollande, l’appareil di- plomatique a continué de s’affai- blir », ajoute-t-il. A l’Elysée, la « cellule Afrique » avait déjà disparu au temps de Ni- colas Sarkozy. « Mais les con- seillers diplomatiques pour cette partie du monde parlent surtout droits de l’homme et bonne gou- vernance », glisse un diplomate africain. Le ministère de la coopé- ration, devenu un ministère du développement et initialement confiéàl’écologistePascalCanfin, n’a plus la main. Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fa- bius, ne s’intéresse que modéré- ment à ce continent. Au fil des interventions armées (« Serval » au Mali, « Sangaris » en Centrafrique) et de la place croissante occupée par la lutte contre le terrorisme au Sahel (opération « Barkhane » basée à N’Djamena), ce sont les militaires français qui ont repris du poids sur les dossiers africains. Le mi- nistre de la défense, Jean-Yves Le Drian, un proche du président, y a effectué un nombre incalculable de visites. Pour l’anecdote, le très politique directeur de cabinet du ministre,CédricLewandowski,est surnommé « Foccardowski », en référence à Jacques Foccart, tout- puissant « Monsieur Afrique » des présidents français après les indépendances.Ilestcertainesré- férences, en matière de relations franco-africaines, qui s’effacent difficilement. p christophe châtelot et david revault d’allonnes François Hollande s’entretient avec le président béninois, Thomas Boni Yayi, le 9 juin, à l’Elysée. THIBAULT CAMUS/AP LaChinetendlamainàlaFrancepouraffermirsaprésenceenAfrique pékin - correspondant La France entend participer à la spectaculaire expan- sion de la Chine hors de ses frontières – en Asie, mais surtout en Afrique. Une initiative qui a fait l’objet, mardi 30 juin, d’une déclaration conjointe de coopéra- tion dans les pays tiers, lors de la visite du premier ministre chi- nois, Li Keqiang, à Paris. Fort de ses liens culturels, politiques et économiques avec le continent africain, Paris souhaite y favoriser les complémentarités avec la Chine – au lieu de se retrouver en concurrence frontale avec un ac- teur qui y est devenu majeur. Les engagements de la Chine en Afrique sont passés de 5 milliards de dollars (4,5 milliards d’euros) en 2006, lors du troisième som- met du Forum de coopération sino-africaine (Forum on China- Africa Cooperation ; Focac) – qui, touslestroisans,joueunrôlecen- tral dans les initiatives chinoises en Afrique – à 10 milliards de dol- lars en 2009, puis 20 milliards en 2012, auxquels s’ajoute une li- gne de crédit de 10 milliards de dollars en 2013, année de la pre- mière tournée du président Xi Jinping sur le continent africain. Défi sécuritaire « La Chine est capable de proposer des montages financiers qui per- mettent de vendre des infrastruc- tures à des prix abordables, l’idée estpourlaFrancedesepositionner avec son savoir-faire et ses techno- logies », explique-t-on de source diplomatique française. Outre l’objectif économique, la France metenavantsonrôlemodérateur auprès des Chinois en termes de responsabilité sociale. « La Chine projette à l’extérieur ses capacités financières et aussi ses surcapaci- tés. Il s’agit d’essayer de trouver des principes de gouvernance avec les- quels travailler, de faire en sorte de ne pas aggraver la dette de ces pays », poursuit le diplomate. Dans les faits, certains groupes français se positionnent déjà auprès d’acteurs chinois, comme Alstom – ou du moins sa filiale chinoise, Alstom Hydro China – qui va équiper en turbines le bar- rage de Karuma, en Ouganda, construit par le géant chinois Si- nohydro. Dans les hydrocarbures, Total travaille depuis plusieurs années avec les pétroliers chinois. Enfin, les groupes chinois recou- rent naturellement à des presta- taires de service français dans les pays francophones. D’une posture de champion du tiers-monde non aligné, volon- tiers anticolonialiste, la Républi- quepopulaireestdevenueuncon- sommateur vorace de matières premières. La Chine a ainsi ab- sorbé la moitié des exportations du Congo-Brazzaville en 2013, 45%decellesdel’Angolaet35%de celles de la Zambie. Elle est désor- mais un grand pourvoyeur d’in- frastructures, accumulant les grandschantiersdansletransport etl’énergie,commeleréseauferré de 9 milliards de dollars récem- ment accordé par la Tanzanie à un consortium chinois. La Chine est aussi confrontée à un défi sécuri- taireenraisondelaprésencemas- sive de ressortissants chinois en Afrique(entre1et2millions),aux- quels il faut pouvoir venir en aide en cas de troubles. Cette approche reste relative- ment nouvelle pour la France, maisaussipourlaChine.« Semet- tre avec l’ancienne puissance colo- niale, c’est un peu une révolution pour les Chinois, qui sont dans le discours Sud-Sud de lutter contre les hégémonies », explique un autre diplomate français à Pékin. LaChineaprisconscience,récem- ment, des limites de son modèle d’expansion en Afrique et de la nécessité de l’ajuster. Problèmes d’image en Afrique « L’approche chinoise a longtemps été de ne pas se faire prendre au piège du discours traditionnel des donateurs occidentaux et de leur système, pour éviter que ses inves- tissements soient exploités politi- quement. Mais la Chine a aussi été confrontée à de gros problèmes d’image en Afrique, et de manque d’expérience dans des domaines où l’Occident peut l’aider », ana- lyse la chercheuse Yun Sun, spé- cialiste des relations entre la Chine, l’Asie et l’Afrique au Stim- son Center de Washington. « Dans cette optique, explique-t- elle, la Chine considère que tra- vailler avec la France en Afrique de manière sélective peut l’aider, et non l’affaiblir. » Cette évolution de l’approche chinoise date de l’arrivée au pou- voir de la nouvelle équipe diri- geante en 2013, qui privilégie les projetsd’infrastructures,enparti- culier de transport, au détriment d’une vision longtemps « mer- cantile », due à « la priorité don- néeparlaChineauxressourcesna- turelles », écrit Mme Sun dans un articlerécentsurleprochainsom- met Focac, prévu à l’automne. Il faut s’attendre à voir se manifes- ter,lorsdecesommet,une« dévo- tion nouvelle des Chinois pour des thèmes comme le développement agricole, l’industrialisation, la for- mation ou encore les transferts de technologie », annonce Mme Yun. Cet ajustement répond, pour la Chine, à sa quête d’influence poli- tique qui concerne désormais la planète entière. La Chine de Xi Jinping est déterminée à se posi- tionner en puissance globale. p brice pedroletti «Pékin considère que de travailler avec la France en Afrique de manière sélective peut l’aider, et non l’affaiblir» YUN SUN chercheuse Deux soldats français soupçonnés d’actes pédophiles au Burkina Le parquet de Paris a confirmé l’ouverture, mardi 30 juin, d’une en- quête préliminaire sur des soupçons « d’actes à connotation sexuelle » sur mineur par deux soldats français en mission au Bur- kina Faso. L’enquête a été confiée au commandement de la gen- darmerie prévôtale. Les deux militaires ont été suspendus. La vic- time est « une mineure de 5 ans environ dont le père est burkinabé et la mère française », a précisé une source burkinabée, ajoutant que « les deux soldats sont des amis de la famille », chez qui ils ont « oublié la caméra » sur laquelle ils avaient enregistré leurs méfaits. Comment sauver vraiment la Grèce JUILLET 2015 Chaque mois, avec Le Monde diplomatique, on s’arrête, on réfléchit. Chez votre marchand de journaux, 28 pages, 5,40 €
  5. 5. 0123 JEUDI 2 JUILLET 2015 international | 5 Lesmauvaiscomptesdelalibération desotagesfrançaisauNiger Unex-négociateuretsescontactstouaregréclamentplusieursmillionsd’eurosàArevaetàVinci suite de la première page Mais en 2013, il est officiellement sorti de la négociation pour la li- bération des quatre derniers ota- ges français. François Hollande, le 4 juillet, réunit les familles à l’Ely- sée pour leur annoncer qu’après des mois infructueux, une nou- velle filière va travailler à leur li- bération. Celle-ci est menée par Pierre-Antoine Lorenzi, président de la société de sécurité privée Amarante, proche de Cédric Lewandowski, le directeur de ca- binet du ministre de la défense. Il travaille avec le Nigérien Moha- med Akotey, conseiller du prési- dent Mahamadou Issoufou, et Li- mam Chafi, conseiller du prési- dent burkinabé Blaise Compaoré. Cette équipe s’attribue la libéra- tion de Thierry Dol, Marc Feret, Daniel Larribe et Pierre Legrand, le 29 octobre 2013. « Ça faisait deux ans qu’ils n’y arrivaient pas. En no- vembre 2012, on me demande, à moi, l’ancien de la DGSE, si je peux m’en occuper. Je peux. On me dit “go !”, je fais », a raconté M. Lo- renzi en novembre 2013 au Monde. Au grand dam de la DGSE, qui jugera M. Lorenzi « parasi- taire ». Une forte rançon a été ver- sée, des intermédiaires payés. Le 25 septembre 2012, M. Ga- doullet avait vu son mandat re- nouvelé par les employeurs des otages. On lit dans l’attestation qu’il a montrée au Monde : « Je soussigné Luc Oursel, président du directoire d’Areva, atteste que MM. Jean-Marc Gadoullet et Ah- mada ag-Bibi sont aujourd’hui les seules personnes habilitées à né- gocier au nom du groupe Areva la libération de Daniel Larribe, sala- rié du groupe Areva et de ses trois camarades, salariés du groupe Vinci. » Le principe de sécurité fondamental exige pourtant qu’il n’y ait jamais deux filières de né- gociation pour une même affaire. « Le contrat de Gadoullet a conti- nué à courir après la réunion du 4 juillet 2013 à l’Elysée, il n’a pas été dénoncé », insiste une source pro- che du dossier. Les entreprises es- timent à l’inverse que les contrats sont devenus caducs. L’homme, un ancien du service action, a monté son entreprise, Opérations et organisations spé- ciales,OPOS,ettravailleàl’époque sur la sûreté des chantiers de la fi- liale de Vinci, Satom, au Mali et au Niger. En 2010, informé immédia- tement du rapt, il propose à Vinci d’approcher les ravisseurs. En dé- cembre, mandaté par le patron du groupe de construction, Xavier Huillard, et avec le feu vert de la DGSE, il commence à discuter avec Abou Zeid de la libération de Françoise Larribe, l’épouse de Da- niel, un cadre d’Areva enlevé avec elle, du Malgache Jean-Claude Rakotoarilalao et du Togolais Alex Kodjo Ahonado, salariés de Sa- tom. En février 2011, l’opération est un succès, la rançon versée. Pour ce premier contrat, M. Ga- doullet est payé comme convenu 1 million d’euros. Les hommes qui l’ont aidé autour d’ag-Bibi, lieute- nant du chef du groupe armé An- sar Eddine, Iyad ag-Ghali, aussi : 500 000 euros pour les Touareg. Mais l’ancien militaire a exfiltré les otages via Niamey, au Niger, et ses ennuis commencent. A Ba- mako, un homme est venu juste après le rapt voir le président ma- lien, Amadou Toumani Touré, « ATT », pour parler des otages. Guy Delbrel, le conseiller Afrique duPDGd’AirFranceJean-CyrilSpi- netta qui préside également le conseil de surveillance d’Areva, a lui aussi des contacts avec ag-Bibi, avec qui il évoque le prix des ota- ges. M. Gadoullet le soupçonne d’avoir voulu prendre la négocia- tion. M. Delbrel assure qu’il avait pour seule mission d’établir des preuves de vie et qu’il a dès no- vembre 2010 lâché le dossier. M. Gadoullet poursuit les dis- cussions pour les autres otages en 2011. « En octobre, les Touareg me disent qu’Abou Zeid est d’ac- cord. » La DGSE lui donne de nou- veau le feu vert pour aller les chercher. Pourtant, la presse fran- çaise publie une série d’articles peu à son avantage. « Une campa- gne », conviennent aujourd’hui les sources informées. En novem- bre, sur la route menant vers le camp d’AQMI, l’homme est atta- qué et grièvement blessé. Il est de plus en plus convaincu qu’on lui « savonne la planche ». Rapatrié le 25 novembre à l’hôpital mili- taire de Percy, où il passe un mois, il reçoit de nombreuses visites : les PDG d’Areva et de Vinci, leurs directeurs de la sécurité, le PDG d’Air France, la DGSE. M. Gadoullet assure qu’en avril 2012, il obtient par écrit d’Abou Zeid les termes de la négo- ciation pour Marc Féret et qu’un accord est acquis pour les quatre otages. Mais l’élection présiden- tielle arrive. « Nous n’avons pas eu le feu vert pour monter vers le nord. » Le « go » suivant arrive l’avant-dernier jour de l’année, une fenêtre de dix jours s’ouvre, alors que la France se prépare à frapper au Mali. « Je n’avais pas envie de me prendre une bombe par erreur », dit-il. « J’ai mis des conditions, des engagements d’être payé avant de partir, être ac- compagné d’un officier supérieur. Ce point a été refusé. » «Filière nigérienne» Début 2013, tout était de nouveau prêt, affirme-t-il, les avions fran- çais pouvaient se poser à Tom- bouctou prendre les otages. Abou Zeid sera tué en février par l’ar- mée française au début de l’opé- ration « Serval » et remplacé. Du côté de l’exécutif, « on avait le sentiment que Gadoullet ne vou- lait plus monter au nord car la si- tuation avait changé, et les choses n’avançaient pas ». Le ministère de la défense pousse la solution organisée avec la présidence du Niger. Au printemps, « le feu vert estdonnépourlafilièrenigérienne. La DGSE nous dit qu’elle est “clean” avec Gadoullet, et pour nous, alors, il n’y a bien qu’une seule filière », raconte une source gouverne- mentale. A Bamako, le président Ibrahim Boubacar Keita a rem- placé ATT. Des échanges de pri- sonniers entrent dans la discus- sion avec AQMI. « Les termes de la négociation changent. Gadoullet et ag-Bibi ne sont plus dans le pay- sage », poursuit cette source. Alliade, un émissaire d’ag-Bibi que Le Monde a rencontré à Paris le 25 juin, explique avoir remis « en novembre 2012 au patron de Vinci le papier d’Abou Zeid » scel- lant la libération contre une ran- çon acceptée des deux côtés. En mars 2013, le successeur d’Abou Zeid, Yahia Abou El Hamam, était selon lui d’accord à son tour, « on attendait toujours Jean-Marc à Kidal ». Puis, au cours de l’été, « on nous a demandé de rester à l’écart, on s’est mis à l’écart », ra- conte Ahmada ag-Bibi depuis Ba- mako, dans un témoignage vidéo du 24 juin transmis au Monde. « On a dit à la filière sur le terrain de convaincre les ravisseurs d’ac- cepter Akotey. Mais le travail que nous avons mis en place depuis trois ans, et la rançon que nous avons avancée, c’est ça qui reste la clé de la libération. Le nouveau système n’a rien négocié. » «Capable de tout» Dans la rançon déposée à AQMI, « il manquait de l’argent », assure une source française, « et une ba- tailleentrelesgroupestouaregs’est ouverte ». Dans les coulisses, une autre dispute financière se joue. La Lloyd a assuré les entreprises sur la négociation et sur le paie- ment de la rançon – celle-ci a tran- sité par Amarante, la société de M. Lorenzi. Mais les experts sem- blent se poser des questions sur le rôle exact des différents interve- nants. En conséquence, tous les frais n’auraient pas été couverts. Côté touareg, « nous avons fait un travail, nous allons nous battre, indique le messager d’ag-Bibi. Areva nous a reçus dans un café en octobre à Paris et nous a dit que son président tiendrait ses engage- ments. »DupointdevuedeM. Ga- doullet, que chacun décrit comme un homme « droit » mais « capa- ble de tout », le mandat de 2012 n’a jamaisétérésilié.Devantlesilence des entreprises, il a annoncé vou- loir lancer un contentieux devant une instance d’arbitrage à Genève. Selon lui, début 2015, « un respon- sable de Vinci a proposé de solder l’affaire pour 500 000 euros ». Ni Vinci ni Areva ne souhaitent commenter officiellement cette affaire qui relève pour elles d’un litige commercial. p nathalie guibert «Le travail que nous avons mis en place depuis trois ans, c’est ça qui reste la clé de la libération» AHMADA AG-BIBI chef touareg INDONÉSIE Au moins 142 morts dans le crash d’un avion militaire Un avion de l’armée de l’air indonésienne s’est écrasé, mardi 30 juin, dans une zone habitée de la ville de Medan, troisième ville d’Indonésie, située dans le nord de l’île de Sumatra. Le bilan s’élève pour l’heure à 142 morts. L’appa- reil, un C-130 Hercules vieux de 51 ans avec 122 personnes à bord, a percuté un hôtel et un salon de massage. – (AFP.) NUCLÉAIRE IRANIEN Négociations prolongées jusqu’au 7 juillet L’Iran et les pays du « 5 + 1 » (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine, France et Alle- magne), engagés à Vienne dans de difficiles négocia- tions, se sont laissé jusqu’au 7 juillet pour trouver un compromis sur le nucléaire iranien. Un temps espéré pour le 30 juin, cet accord encore introuvable, bien qu’à « portée de main », selon le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, fait l’objet d’un marathon diplomatique depuis plus de vingt mois. – (AFP.) 3ans de captivité Sept otages sont enlevés dans la nuit du 15 au 16 septembre 2010 par Al-Qaida au Maghreb islamique sur le site d’Arlit, au Niger: cinq Français, un Malgache et un Togolais, salariés des groupes Areva et Vinci (Satom). Ils sont libérés le 29 octobre 2013, après plus de trois ans de captivité dans le désert du nord du Mali. WWW.VALENTINO.COM
  6. 6. 6| international JEUDI 2 JUILLET 2015 0123 LesEtats-Unis etCubavont rouvrirleurs ambassades BarackObamadevaitannoncer le1er juilletlareprisedesrelations diplomatiquesentrelesdeuxpays L e drapeau américain flot- tera bientôt à La Havane, tandis que le drapeau cu- bain sera déployé à Washington, devant les ambassa- des respectives des deux anciens ennemis, brouillés pendant plus d’un demi-siècle. Les deux voisins disposent déjà de sièges diploma- tiques, mais ils ont le statut mi- neur d’une simple « section » (ou bureau) veillant à leurs intérêts auprèsdel’ambassadehelvétique. Ce mercredi 1er juillet, l’annonce hautement symbolique de la réouverturedesambassadesamé- ricaine à Cuba et cubaine aux Etats-Unis devait être effectuée depuis les jardins de la Maison BlancheparBarackObama,décidé à faire du rétablissement des rela- tions diplomatiques avec le ré- gime communiste de Fidel Castro, puis de son frère Raul Castro, un des marqueurs de sa présidence. L’événement a été annoncé mardi soir par un responsable de l’administration américaine s’ex- primant sous couvert d’anony- mat. Six mois après les allocu- tions simultanées de Barack Obama et Raul Castro sur leur his- torique rapprochement, le 17 dé- cembre 2014, les Etats-Unis et Cuba ont trouvé un accord sur les conditions de réouverture des ambassades des deux nations, sé- parées par le détroit de Floride. Cela concerne notamment la li- berté de mouvement et d’action des diplomates sur tout le terri- toire, sans passer par une de- mande d’autorisation préalable pourchaquedéplacementhorsde la capitale. Des délégations de haut niveau des deux pays s’étaient réunies quatrefoisdepuisjanvier,tantôtà La Havane, tantôt à Washington, pournégocierlesmodalitésduré- tablissement des relations diplo- matiques. Auparavant, il avait falludix-huitmoisdenégociation secrète menée par des représen- tants personnels des deux prési- dents, avec le soutien du Canada et du Vatican. Dernier obstacle A La Havane, des sources non offi- ciellesconfientquelenégociateur de Raul Castro aurait été son pro- pre fils, le colonel Alejandro Cas- tro Espin, officier du ministère de l’intérieur chargé de la coordina- tion avec les forces armées, nommé récemment conseiller de tournant, y compris la commu- nauté d’origine cubaine. La Maison Blanche a évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’une visite de M. Obama à Cuba en2016,alorsquelepapeFrançois est attendu en septembre. Fran- çois Hollande avait ouvert, en mai, le défilé de chefs d’Etat dési- reux de se précipiter à La Havane pour consolider ou déployer leur implantation économique. L’ancien monarque espagnol JuanCarlosenad’oresetdéjàsolli- cité l’autorisation auprès du gou- vernement de Madrid, à la de- mande des hommes d’affaires péninsulaires. La normalisation des relations entre les Etats-Unis et Cuba a été saluée, mardi, par la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, lors d’une conférence de presse com- mune avec M. Obama à la Maison Blanche : « Je veux souligner l’im- portance de ce geste pour l’ensem- ble de l’Amérique latine et, plus lar- gement, pour la paix dans le monde », a-t-elle affirmé. Mme Rousseffaparléd’une« étape cruciale dans les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique latine », permettant « de mettre fin aux derniers vestiges de la guerre froide ». Les relations entre Washington et « l’hémisphère oc- cidental » n’ont « jamais été aussi bonnes », a renchéri M. Obama. L’annonce de la réouverture des ambassades par la Maison Blan- che tranche néanmoins avec les allocutions conjointes du 17 dé- cembre. Depuis cette date, les Américains semblent désireux de presser le pas, tandis que les Cu- bains prennent leur temps, comme s’ils voulaient avant tout capitaliser politiquement l’an- nonce et l’accueil réservé à Raul Castro au Sommet des Améri- ques, au Panama, en avril, où a eu lieulepremiertête-à-têteentreles deux présidents. p paulo a. paranagua L’immeuble de la représentation diplomatique américaine à La Havane, en septembre 2013. DESMOND BOYLAN/REUTERS Lejournalistefranco-marocain AliLmrabetengrèvedelafaim L’ex-patrondepresse,privédepapiersparRabat,estbloquéàGenève Devant le siège du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Ge- nève, le journaliste franco-maro- cain Ali Lmrabet poursuivait, mardi 30 juin, une grève de la faim commencée le 24 juin pour protester contre le refus des auto- rités marocaines de lui fournir un certificat de résidence nécessaire au renouvellement de ses papiers d’identité. Quelques semaines plus tôt, dans sa ville de Tétouan, un policier lui avait pourtant re- mislesésameavantdeleluirécla- mer dès le lendemain, arguant d’un « ordre venu d’en haut ». Pour le moment, Ali Lmrabet habite donc nulle part, et ne peut pas renouveler son passeport qui arrive à expiration. « Sans papier dans mon propre pays et sans abri en Suisse, voilà ma situation ab- surde en 2015 », déplore Ali Lmra- bet, qui a planté sa tente place des Nations et passe ses nuits « caché sous les arbres » ou à la maison des associations de Genève. Le journaliste satirique est cou- tumier de ce qu’il qualifie de « sanctions politiques et d’attein- tesàlalibertéd’expression ».Ilsait de quoi il parle, cet ancien patron de presse qui avait bouleversé le paysage médiatique au début des années 2000 en introduisant le premier news-magazine du pays, Demain Magazine, et sa version arabe Doumane. Ton irrévéren- cieux et dessins osés, la recette fait florès. « Le chat et la souris » Mais, en 2003, Ali Lmrabet est condamné à trois ans de prison ferme pour « outrage à la per- sonne du roi » à la suite d’un article sur le budget du Palais. Aprèshuitmoisd’incarcération,il est finalement gracié par le roi Mohammed VI. Ses journaux sont interdits de paraître et disparaissent. Ali Lmrabet et le pouvoir, c’est un peu comme « le chat et la sou- ris », selon ses dires. « Je respecte l’ordre et les condamnations, mais je ne peux pas m’empêcher de jouer et de tester les libertés d’ex- pression », ajoute-t-il. Le 12 avril 2005, il est à nouveau condamné, cette fois à dix ans ferme d’interdiction d’exercer le métier de journaliste pour ses écrits publiés par le quotidien es- pagnol El Mundo, dans lesquels il considère les populations sa- hraouies des camps de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie, non pas comme des « séquestrés », mais comme des « réfugiés ». Dix ans plus tard, le journaliste, actuellement « sans-papiers », s’apprête à relancer ses hebdoma- daires satiriques, en association avec le caricaturiste Khalid et l’humoriste Bziz. « Nous avons déjà des bureaux à Casablanca, des équipes et une maquette. Nous pensionstirerà100 000exemplai- res, pour le premier numéro, ce sera le double », précise Ali Lmra- bet depuis Genève, où il était venu pour suivre les travaux du Conseil des droits de l’homme et participer à des débats sur l’état de la liberté de la presse au Maroc. Il y a débuté sa troisième grève de la faim dans l’espoir d’interpeller l’ONU et les autorités maro- caines. p joan tilouine sécuriténationaleduchefdel’Etat cubain. A chaque déplacement du père, à Rome ou à Moscou, le fils est en bonne place sur les photos. Le dernier obstacle à la réouver- ture des ambassades avait été levé fin mai, lorsque le département d’Etat américain avait retiré Cuba de la liste des Etats soutenant le terrorisme. La levée de l’embargo américain ne constituait pas un préalable, puisqu’il relève du Congrès de Washington, dont la majorité républicaine ne cesse d’entraver les initiatives de politi- que extérieure de M. Obama, à dix-huit mois de son départ de la Maison Blanche. « Il y a une his- toire compliquée entre les Etats- Unis et Cuba, mais l’heure est ve- nue d’entamer un nouveau chapi- tre », avait déclaré le président américain le 17 décembre, consta- tant sans détour l’échec d’un de- mi-siècle d’isolement du régime castriste. Une large majorité d’Américains est favorable à ce Le négociateur secret de Raul Castro avec les Américains aurait été son fils, le colonel Castro Espin Lepassélibyendesdjihadistestunisiens LetueurdeSousseasuivilemêmeentraînementqueceuxduBardo tunis - correspondant La connexion libyenne se confirme dans la tuerie commise vendredi 26 juin dans une station balnéaire d’El- Kantaoui près deSousse,surlelit- toral de l’Est tunisien, qui a fait 38 morts étrangers –, principale- ment britanniques. Le djihadiste tunisien auteur du carnage, Sei- feddine Rezgui, avait subi une for- mation militaire dans un camp d’entraînement en Libye, a révélé mardi 30 juin le secrétaire d’Etat tunisienchargédelasûreténatio- nale, Rafik Chelly. L’information confirme le défi terroriste posé à la Tunisie par le contingent de ses propres ressor- tissantsprésentsdansla Libyevoi- sine au sein de groupes extrémis- tes. Les auteurs de la tuerie du Bardo le 18 mars (22 morts dont 21 étrangers), Sabeur Khachnaoui et Yassine Abidi, avaient eux aussi été formés en Libye. Le mode opé- ratoire des deux assauts, revendi- qués par l’Etat islamique (EI), est identique : attaque de sites touris- tiquesciblantdemanièresélective des visiteurs étrangers tout en épargnant les civils tunisiens. Il s’agirait donc bel et bien de la même filière. Le secrétaire d’Etat Rafik Chelly a cité la localité de Sa- bratha,situéedansl’Ouestlibyenà une centaine de kilomètres de la frontière tunisienne, comme étant le siège du camp d’entraîne- ment. Il n’a pas exclu que Seifed- dine Rezgui et les deux auteurs de l’attentat du Bardo s’y soient trou- vésaumêmemoment,c’est-à-dire en décembre 2014. Ce camp de Tu- nisiens, historiquement affilié au groupe Ansar Al-Charia, a long- temps été dirigé par Ahmed Rouissi, un chef djihadiste tuni- sien lié aux assassinats de person- nalités de gauche tunisiennes Chokri Belaïd en février 2013 et Mohamed Brahmi en juillet de la mêmeannée.AhmedRouissiaen- suite fait allégeance à l’Etat islami- queaumomentdelaformationde sabranchelibyennefin2014,àpar- tir notamment de noyaux d’Ansar Al-Charia. Il a été tué en mars à Syrte, fief de l’EI sur le littoral cen- tral libyen, lors de combats avec une brigade de la ville de Misrata, située plus à l’ouest. La confirmation officielle de l’implication de cette filière de Tu- nisiens de Libye jette une lumière crue sur le dilemme stratégique auquel est confronté Tunis. La di- plomatietunisienneapeudeprise sur ce littoral occidental de la Li- bye, plus ou moins contrôlé par la coalitionAubedelaLibyesiégeant à Tripoli et avec laquelle Tunis n’a pas de liens formels. Le gouverne- ment tunisien ne reconnaît offi- ciellementquelecamprivaldeTo- brouk-Baida (Est), même s’il a cherché à se rapprocher du camp de Tripoli qui contrôle une large partie de la frontière commune. Les relations entre Tripoli et Tu- nis ont été ces dernières semaines émaillées de tensions à la suite d’uneprised’otageperpétréedans les locaux du consulat tunisien par une milice liée à Aube de la Li- bye. Il s’y ajoute la difficulté d’opé- rer contre les groupes extrémistes opérant à Sabratha. « Ces groupes ne s’entraînent pas dans un lieu fixe, explique un Tunisien de Ben Gardane, ville tunisienne de la frontière,chargédemédiationsen Libye. Ils se déplacent en perma- nenceafind’éviterlerisquederaids aériens. C’est une stratégie chez eux. Un jour, ils s’entraîneront sur une plage à l’Est de Sabratha. Un autre jour, on les verra plutôt à l’Ouest sur un relief accidenté. » Selon cet animateur d’une asso- ciation impliquée dans l’assis- tance aux Tunisiens en difficulté en Libye, il y aurait environ « une centaine » de jeunes Tunisiens opérant dans les environs de Sa- bratha. Les relations avec la popu- lationlocale,précise-t-il,sontsou- vent heurtées : « Les gens sont souvent énervés par ces extrémis- tes venant de l’étranger. » p frédéric bobin « Sans papiers dans mon propre pays et sans abri en Suisse, voilà ma situation absurde en 2015 », déplore Ali Lmrabet LES DATES 1961 Rupture des relations diplomati- ques entre les Etats-Unis et Cuba. 1962 Embargo américain. Crise des missiles. 1982 Cuba inscrit par Washington dans la liste des Etats soutenant le terrorisme. 17 DÉCEMBRE 2014 Barack Obama et Raul Castro annoncent le dégel. La localité de Sabratha, située dans l’Ouest libyen, serait le siège du camp d’entraînement
  7. 7. TOM WATSON 5 FOIS CHAMPION DE L’OPEN DÉCOUVREZ NOTRE HOMMAGE À TOM SUR RALPHLAUREN.COM/GOLF À TOM — NOUS SOMMES FIERS DE CÉLÉBRER VOTRE 40E PARTICIPATION À CET OPEN. MERCI POUR TOUT CE QUE VOUS NOUS AVEZ FAIT PARTAGER. PARRAIN ET HABILLEUR OFFICIEL DE L’OPEN
  8. 8. 8| planète JEUDI 2 JUILLET 2015 0123 PARIS CLIMAT 2015 La date et le lieu ne doivent rien au ha- sard. La Chine, qui s’était engagée à pu- blier son plan d’action pour lutter contre le réchauffement d’ici à la fin juin, a attendu mardi 30 juin, et la visite à l’Elysée du premier ministre Li Keqiang, avant d’offi- cialiser sa « contribution natio- nale ». Un agenda diplomatique subtil,quipermetàPékindeclari- fier ses positions cinq mois jour pour jour avant l’ouverture de la 21e conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), dans le pays hôte de cette réunion majeure, qui doit sceller un accord universel sur le climat. François Hollande ne s’y est pas trompé, saluant l’engagement de la Chine à construire une « civili- sation écologique » et remerciant « le premier ministre chinois d’avoir veillé à ce que cette an- nonce intervienne depuis Paris, en signe de soutien et de confiance dans le succès de la COP21 ». Dans un processus multilatéral freiné par les intérêts divergents des 196 parties signataires de la Conven- tion-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CC- NUCC), les signes de confiance sont suffisamment rares pour être signalés. D’autant plus lors- qu’ils émanent de la Chine, pre- mier émetteur mondial de gaz à effet de serre depuis 2006, repré- sentant à lui seul plus de 25 % du total des émissions mondiales. Selonlafeuillederoutedévoilée mardi par la délégation chinoise, Pékin se fixe pour objectif d’« at- teindre le pic de ses émissions de CO2 autour de 2030, tout en s’effor- çant de l’atteindre au plus tôt ». Le régime chinois entend aussi « baisser l’intensité carbone [les émissionsdeCO2parunitédepro- duit intérieur brut] de 60 % à 65 % par rapport à 2005 », « porter la part des énergies non fossiles dans la consommation énergétique pri- maireàenviron20% »etaugmen- ter le « stock forestier d’environ 4,5 milliards de mètres cubes par rapport à 2005 ». « La Chine assume sa responsa- bilité pour participer en profon- deuràlagouvernancemondialeet promouvoir le développement partagé de l’humanité », soutient le n° 2 chinois Li Keqiang. Ce scé- nario s’inscrit dans la continuité de l’accord sino-américain conclu ennovembre2014.BarackObama et Xi Jinping, les présidents des deux pays émettant le plus de gaz à effet de serre, avaient alors an- noncé leur intention de réduire significativement les émissions polluantes de leur nation respec- tive. « La Chine remplit sa part du “contrat mondial” des efforts à dé- ployer pour maintenir le réchauf- fement planétaire en deçà de 2 °C par rapport à la période préindus- trielle, au contraire des pollueurs historiques que sont les Etats-Unis, l’Europe ou le Canada, qui eux re- fusent toujours de prendre leurs responsabilités,analyseCéliaGau- tier, responsable des politiques européennes au sein du Réseau Action Climat (RAC). Mais elle aurait pu remplir plus que sa part du contrat. Au rythme où se déve- loppent les énergies renouvelables en Chine et compte tenu de la baisse de la consommation de charbon, elle aurait pu prévoir de stopper la hausse de ses rejets de gaz à effet de serre bien plus tôt que 2030, aux alentours de 2020. » «Point de départ» « C’est réaliste avec la transition énergétique en cours en Chine, poursuitlaresponsableduRAC,et celaauraitunimpactconsidérable sur la stabilisation du climat et sur le succès des négociations de l’ONU. » Dans un rapport de la London School of Economics pu- bliéle8juinpendantlasessionde travail de la CCNUCC à Bonn, les économistes Nicholas Stern et Fergus Green constatent, eux aussi, que la consommation chi- noise de charbon, qui augmentait à un rythme de 9 à 10 % par an en- tre 2000 et 2010, a chuté de 3 % en 2014 et demeure sur cette ten- dance en 2015. Un« maximumstructurel »aété atteint par la Chine, selon ces deux experts, qui estiment que le recours au charbon va se stabili- ser dans les cinq prochaines an- nées, au profit d’une utilisation grandissante du gaz naturel dans les secteurs de l’électricité et de l’industrie. Le pic d’émissions de gaz à effet de serre de la première puissance d’Asie pourrait donc avoir lieu bien avant 2025. L’enjeu pourlegouvernementchinoisest d’être capable ensuite d’enclen- cher un déclin rapide et continu de ses émissions. « La question de savoir si le monde pourra tenir cette trajec- toire [de 2 °C] dans la décennie ou au-delà,àpartirde2020,dépendde manièresignificativedelacapacité de la Chine à réduire ses émissions à un rythme soutenu après son pic », estiment Nicholas Stern et FergusGreen.L’objectifdes2°Cdé- pend aussi « des actions des autres pays dans les vingt ans à venir, et des actions mondiales menées au cours des décennies suivantes », ajoutent les deux économistes. « La consommation de charbon est responsable de 80 % des émis- sions de CO2 de la Chine, insiste Li Shuo, expert climat et énergie de GreenpeaceChine.Ens’engageant à réduire son intensité carbone de 60à65%d’icià2030,elleneprend pas une position très ambitieuse, alors que l’Agence internationale del’énergieévalueà80%l’effortde baisse nécessaire pour rester dans le scénario des 2 °. Il faut vraiment considérerlacontributionchinoise comme un point de départ, et non comme un point d’arrivée. » Un autre objectif difficile à tenir sera d’inclure au bouquet énergé- tique de la Chine 20 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2030. Devenu depuis 2013 le premier in- vestisseur dans les énergies re- nouvelables, ce pays continent devra développer des politiques publiques incitatives pour éten- dre ses capacités électriques dans lesecteurdusolaire,del’éolienou de la biomasse. La stratégie clima- tique de Pékin s’intègre dans un schéma plus vaste de transforma- tion du modèle de développe- ment chinois, moins dépendante desindustrieslourdesetdeséner- gies fossiles. « Problématiques domestiques » « LaChineesttrèsengagéesurlecli- mat,assureleministredesaffaires étrangères, Laurent Fabius. Le cli- mat est d’abord un problème pour les Chinois eux-mêmes. » Le minis- trefrançaisdesaffairesétrangères, qui s’est rendu sur place mi-mai, a «Lacriseclimatiqueestundéfispiritueletmoral» LesresponsablesdessixprincipauxcultesenFrancelancentunappelàsortirdel’èredesénergiesfossilespourcontenirleréchauffement TRIBUNE Les représentants des ins- tances des six principaux cultes en France (catholi- que, orthodoxe, protestant, mu- sulman,juif, bouddhiste) devai- entremettreàFrançoisHollande, mercredi 1er juillet, une déclara- tion commune appelant à « l’adoption d’un accord contrai- gnant applicable à tous » lors de la conférence de Paris sur le cli- mat, en décembre. Cette initia- tive est née dans le cadre de la Conférence des responsables de culte en France (CRCF), qui réunit de manière informelle, chaque mois, depuis cinq ans, les signa- tairesdecetappel.Pourjoindrele geste à la parole, ils ont convenu d’observer à cette occasion une journée de jeûne, comme le font, le1er dechaquemois,certainsmi- litants de la cause climatique. Pour les catholiques, cette in- tervention fait écho à l’encycli- que Laudato si’, consacrée à la crise climatique, dans laquelle le pape François appelle les gouver- nements à agir rapidement. C’est la première démarche intercon- fessionnelle effectuée directe- ment auprès du président de la République sur un sujet qui ne concerne pas seulement les cul- tes et formulant des objectifs concrets. Ces mêmes acteurs avaient préparé le terrain en mai, lors d’un colloque interreligieux sur le climat. François Clavairoly, présidentdelaFédérationprotes- tante de France, avait alors sou- haité que les responsables de cul- tes se « préparent à accompagner la COP21 » jusqu’au mois de dé- cembre. Voici le texte de cet ap- pel : « Nous, membres de la Confé- rence des responsables de Culte en France, prenons la parole en- semble pour partager notre con- viction : au-delà des problémati- ques techniques, économiques et géopolitiques, la crise climatique relève d’un défi spirituel et moral. C’est d’abord notre rapport à la création comprise comme don de Dieu et à la nature qui est en jeu. Ayant perdu de vue sa relation à la nature et son intime interdé- pendance avec tout ce qui consti- tue celle-ci, l’humanité s’est four- voyée dans un rapport de domi- nation et d’exploitation morti- fère de l’environnement. Nous sommes mis au défi de re- penseretd’habiterautrementno- tre rapport à la création et à la na- ture. Nous faisons un. En détrui- santl’environnement,l’humanité se détruit elle-même ; en le pré- servant, nous nous préservons nous-mêmes, nous préservons notre prochain et les générations futures. Notre conscience spiri- tuelle et morale est interpellée. Nous sommes mis au défi d’agir pour la justice, d’œuvrer pour la paix,depréparerdetouteurgence unfutursûretviablepournosen- fants, en sortant de l’ère des éner- giespolluantesetenrevoyantnos modèleséconomiquesdeproduc- tion et de consommation sans li- mite. Nous appelons à un sursaut des consciences vers une action cli- matique conséquente et à une re- mise en question de nos valeurs et de nos attitudes. Refusons l’in- différence et l’avidité. Ouvrons- nous à la compassion et à la fra- ternité. Sortons de nos égoïsmes. Soyons solidaires et prenons le bien commun pour boussole. Persévérons et valorisons chaque action. Notre appel La France accueillera et présidera la 21e Conférence des Parties de la Convention cadre des Nations unies sur les changements clima- tiques(laCOP21).LaFrancejoueet jouera un rôle diplomatique clé. Nous appelons à l’adoption d’un accord contraignant applicable à tous qui : - engage à sortir à temps de l’ère desénergiesfossilesetviseunen- semble d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui garde le réchauffement moyenglobalbienendeçàde2°C, dotéderèglesassurantlatranspa- rence, la responsabilité et un pro- cessusderévisiondesobjectifsré- gulier ; - protège les populations les plus vulnérables aux impacts des changements en leur permettant de s’adapter à ces impacts et en prenant en compte les pertes et dommages qui leur sont causés; - favorise un développement écologiquement responsable et la lutte contre la pauvreté en garan- tissant un financement adéquat, le transfert de technologies et le renforcement des savoirs et des compétences. Notre engagement Bien que la COP21 soit une étape clé,noussommesconvaincusque les défis posés par les change- ments climatiques ne peuvent être relevés de façon effective par les Etats seuls, mais surtout par une mobilisation individuelle et collective, aujourd’hui et dans les années à venir. Nous appelons les membres de nos communautés à prendre conscience des enjeux de la COP21 et à faire évoluer leurs propres modes de vie. Nous nous engageons à enseigner et trans- mettre à partir de nos textes fon- dateurs et de nos traditions res- pectives, l’exigence de prise de conscience,d’éveiletderesponsa- bilité de l’être humain au sein de la nature et de la création. » p mgr georges pontier et mgr pascal delannoy (conférence des évêques de france), françois clavairoly et laurent schlumberger (fédération protestante de france), emmanuel et joseph (assemblée des évêques orthodoxes de france), haïm korsia (grand rabbin de france) et joël mergui (président du consistoire central israélite de france), dalil boubakeur et anouar kbibech (conseil français du culte musulman), olivier wang-genh et lama droupgyu (union bouddhiste de france) Aéroport de Roissy, le 29 juin. Le premier ministre chinois, Li Keqiang, et Ségolène Royal, ministre de l’écologie. ALBERT FACELLY POUR «LE MONDE» LaChinesefixeunpicd’émissionsdeCO2 vers2030 PékinadévoiléàParissacontributionofficielleàl’effortmondialdanslaluttecontreleréchauffement mesuré la préoccupation sociale que représentent les émissions de gaz à effet de serre. « Les engage- ments climatiques de la Chine sont guidés par ses problématiques do- mestiques », confirme Li Shuo. Se- lon les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la santé(OMS),plusdedeuxmillions de morts pourraient être évités chaqueannéesilesnormesdepol- lution de l’air préconisées par l’OMS étaient respectées, surtout en Chine et en Inde. Parmi les grands pays émet- teurs dont la contribution man- que à l’appel figurent l’Inde ou le Brésil.InvitéeàlaMaisonBlanche le 30 juin, la présidente brési- lienne Dilma Rousseff s’est enga- gée à faire passer à 20 % d’ici à 2030 la part des énergies renou- velables (hors hydroélectricité) danslaproductiond’électricitédu pays et à remplir un objectif de « restauration et reforestation » de 12 millions d’hectares à la même date. Mardi 30 juin, la Serbie, la Corée du Sud, l’Islande ont, comme la Chine, rendu leurs contributions. Malgré ses avancées, il reste en- core de nombreuses inconnues d’ici à la tenue de la COP21. Seule- ment44paysontdévoiléleursen- gagements, et les discussions sur le texte de l’accord n’ont guère progressé lors de la dernière ses- sionàBonn.LecheminpourParis est encore long. p simon roger La consommation chinoise de charbon a baissé de 3 % en 2014 et demeure sur cette tendance en 2015
  9. 9. 10| france JEUDI 2 JUILLET 2015 0123 Cazeneuvecentraliselalutteantiterroriste Unétat-majorplacédirectementauprèsduministrecoordonneralesservices,afindecorrigerlesrécentsratés B ernard Cazeneuve veut centraliser, sous sa coupe, les services lut- tant contre la menace djihadiste. Le ministère de l’inté- rieur vient de décider la création d’un état-major opérationnel de prévention du terrorisme directe- ment rattaché au cabinet du mi- nistre. Cet organe comprendra des représentants de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI),delapolicejudiciaire,dela sécuritépublique,delapréfecture de police de Paris et de la gendar- merie. Originalité : les représentants des différents services devraient être choisis parmi les patrons et les commissaires, mais aussi parmi les officiers afin de rester en prise directe avec le terrain. Le ministre a voulu ce dispositif pour corriger les problèmes de concurrence entre les services et améliorer la circulation de l’infor- mation. « Sur les 4 000 individus suivis pour radicalisation ou terro- risme, il ne doit plus y avoir de loupé.Nousdevonssavoir,surcha- que suspect, ce qui a été fait à son sujet dans le passé et quel service travaille désormais sur lui », préci- se-t-on, Place Beauvau. Cette décision n’est pas sans faire grincer quelques dents à la Directiongénéraledelapolicena- tionale(DGPN).Carunteldisposi- tif de coordination existe déjà en son sein. Il s’agit de l’Unité de coordination de la lutte antiterro- risme (Uclat), qui est officielle- ment « en charge de la coordina- tion opérationnelle des services appelés à lutter contre le terro- risme ». L’Uclat continuera à exister, mais la création du nouvel état- major est un désaveu pour cette unité, qui évalue notamment la menace terroriste et veille à la bonne circulation de l’informa- tion. Le problème tenait peut-être à l’évolution de l’architecture, toujours plus complexe, des ser- vices de police. Depuis sa création en 1984, l’Uclat est rattachée à la DGPN. Mais depuis la réforme du printemps 2014 voulue par le mi- nistre de l’intérieur de l’époque, Manuel Valls, le service de rensei- gnement de Beauvau, la DCRI, est devenue la DGSI, une direction générale totalement indépen- dante de la DGPN. Désormais, le patron de l’Uclat, le contrôleur gé- néralLoïcGarnier,estsupposésu- perviser l’action, notamment, du directeurgénéraldelasécuritéin- térieure, Patrick Calvar, lui-même l’égal du propre patron de M. Gar- nier, le directeur général de la po- lice nationale, Jean-Marc Falcone. Pas simple. Sorti des radars A la tête du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (majoritaire chez les officiers), Jean-Marc Bailleul soupire : « La création de cet état-major confirme ce qu’on ditdepuisseptansmaintenant.On juxtapose des services supposés lutter contre le terrorisme. Ce n’était pas la façon optimale d’ob- tenir des résultats. » Philippe Ca- pon,lepatrondel’UNSA-Police,se félicite de ce que le ministère chercheà«créerdelafluiditéentre les services ». Les attentats qui ont frappé la France depuis le début de l’année ont mis en lumière la difficulté à faire travailler les services en commun. Un temps suivi, Saïd Kouachi, l’un des deux tueurs de Charlie Hebdo, était sorti des ra- dars en déménageant de Paris à Reims, passant de la compétence de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) à celle de la DGSI qui, dé- bordée par la vague de candidats au djihad pour la Syrie, avait né- gligé cet individu d’apparence très calme. Yassin Salhi, l’auteur présumé de l’attentat de Saint- Quentin-Fallavier (Isère), a été fi- ché entre 2006 et 2008 par les Renseignements généraux (RG) comme s’étant radicalisé dans sa ville natale de Pontarlier (Doubs). Mais en 2008, après la suppres- sion de ces services, Salhi n’avait pas retenu l’attention de la Direc- tion centrale du renseignement intérieur (DCRI), supposée pren- dre la relève des RG. Quelques mois après l’affaire Merah – sept personnes assassi- nées en mars 2012 –, l’Inspection générale de la police nationale constatait déjà, le 23 octobre 2012, que « des marges de progression importantes existent en termes de confiance et de fluidité des échan- ges entre le renseignement inté- rieur et les autres services de police ou de gendarmerie ». Guerre des polices Plusrécemment,le8avril,lacom- mission d’enquête du Sénat con- sacréeauxfilièresdjihadistesévo- quait un « retour d’une guerre des polices ». L’une des personnes auditionnées a confié à la com- mission d’enquête: « Les dossiers sontentremêlésetchacuntravaille dans son coin». Parmi les 110 pro- positions de la commission, dix- huit étaient consacrées au renfor- cement de la « coordination des services ». Et Le Monde avait révélé, le 9 avril, le contenu accablant d’un rapport du syndicat Alliance, ma- joritaire chez les gardiens de la paix. Le document faisait remon- terletémoignagedesagentssurle terrain, la rancœur engendrée d’un service à l’autre, et résumait la situation d’une laconique for- mule : « Force est de constater que la communication est extrême- ment tendue et difficile. » Le ministre de l’intérieur près du site de l’usine Air Products, à Saint- Quentin-Fallavier (Isère), le 26 juin. ROMAIN ETIENNE POUR «LE MONDE» VERBATIM “ On ne peut pas, chaque fois qu’on arme les ser- vices de renseignement, hurler à la surveillance de masse et, quand un acte se produit, demander pourquoi on n’a pas procédé à l’arrestation de personnes préventivement, alors qu’el- les n’avaient commis aucune infraction pénale. Prenons le cas de Yassin Salhi. Son casier judiciaire est vierge. Aucune infraction n’a été portée à la connais- sance de nos services. Il est repéré comme étant radica- lisé, mais aucun élément tangible ne vient témoigner de son engagement dans des activités terroristes.» Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, dans un entretien publié par L’Express le 30 juin. Partant du constat qu’après qu’il eut tapé du poing sur la ta- ble, dans les heures qui ont suivi la tuerie de Charlie Hebdo, les ser- vices se sont, d’après plusieurs sources, enfin mis à travailler en- semble, M. Cazeneuve a donc dé- cidé de placer directement sous son autorité les différents servi- ces chargés de la lutte contre le terrorisme. Mais cette prise en main est aussi un risque politi- que : en cas de raté ou de mau- vaise circulation de l’informa- tion, le ministre de l’intérieur sera désormais en première li- gne. p matthieu suc LemotifterroristeretenucontreYassinSalhi Lacouverturemédiatiquede la décapitation d’un chef d’entreprise et de l’attaque contre une usine de l’Isère, ven- dredi 26 juin, a pu donner l’étrange impression d’un procès en temps réel alors même que le suspect, Yassin Salhi, était encore en garde à vue. Chacun a cru pou- voir se faire une opinion sur le mobile de l’attaque – personnel outerroriste–quandl’enquêteve- nait à peine de débuter. Après plus de vingt-quatre heu- res de silence, Yassin Salhi a dé- fendu la thèse d’une vengeance personnelle consécutive à une dispute avec son patron, jetant le doute sur la nature terroriste de son crime. Mardi 30 juin, au terme des qua- tre-vingt-seize heures de garde à vueprévuesparlaloi,l’accusation a à son tour exposé sa version du dossier. Lors d’un point presse, le procureur de Paris, François Mo- lins, a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour as- sassinat et tentative d’assassinats enrelationdirecteavecuneentre- prise terroriste et destruction par l’effet d’une substance explosive en relation avec une entreprise terroriste. Yassin Salhi a été mis en examen de ces chefs dans la soirée. « Selon lui, ses mobiles seraient purement personnels et son acte ne serait pas terroriste. L’un n’ex- clut pas l’autre et le choix de tuer quelqu’un à qui il en voulait n’est pas exclusif du mobile terroriste », a développé le procureur, faisant œuvre de pédagogie pour couper court aux interprétations hâtives. « Mémoire sélective » « La décapitation, la mise en scène macabre, la volonté de provoquer uneexplosionauseind’unsitesen- sible,l’envoidesclichés–commela présentation d’un trophée – de son crime à un correspondant se trou- vant en Syrie, tout cela provoque un effet de sidération qui à l’évi- dence trouble gravement l’ordre public par l’intimidation et la ter- reur », a défendu M. Mollins. Si Yassin Salhi s’est montré pro- lixe sur le différend qui l’a opposé à son employeur la veille des faits et sur une dispute conjugale in- tervenue deux jours plus tôt, il a par contre fait preuve d’une « mé- moire sélective » s’agissant de la « mise en scène macabre » de son crime. Il a d’abord assuré aux en- quêteurs ne pas se souvenir avoir décapité son employeur avant d’accrocher sa tête à un grillage entourée de drapeaux islami- ques.Ilnesesouvenaitpasdavan- tage avoir envoyé deux photos immortalisant la scène à un ami en Syrie. Confronté aux éléments de l’enquête, il a fini par lâcher avoir agi ainsi pour « frapper les esprits », sans plus d’explication. L’exploitation de son téléphone a révélé qu’il avait envoyé les deux photos de la scène de déca- pitation à 9 h 33, soit cinq minu- tes après avoir pénétré dans l’usine, et trois minutes avant de précipiter son véhicule contre un hangar rempli de bouteilles de gaz. Le profil du destinataire de ces clichés, un certain Sébas- tien V. Z., rebaptisé Younès après sa conversion à l’islam, intéresse au plus haut point les enquê- teurs. Contrairement à ce que Yassin Salhi a déclaré, les deux hommes ne s’étaient pas perdus devueetavaientéchangédestex- tos la veille et l’avant-veille des faits. Ce trentenaire originaire de Franche-Comté,queYassinSalhia rencontré tandis que les deux hommesgravitaientdanslamou- vance salafiste du Doubs dans les années 2000, s’est envolé pour la Syrie avec sa femme et sa fille de 18 mois en novembre 2014. Selon lesdéclarationsdesasœur,Yassin Salhi lui-même aurait vécu en Sy- rie pendant un an avec femme et enfantsen2009,avantquelepays ne bascule dans la guerre civile. L’exploitation du téléphone portable avec lequel ses parents continuaient de communiquer avec Younès V. Z. en Syrie s’est ré- vélée très éclairante. Dans un message adressé à ses proches le soir de l’attaque, Younès V. Z. dé- clare très bien connaître le sus- pect et affirme « être une des cau- ses pour laquelle [sic] il a fait ça ». Il ajoute avoir demandé l’auto- risation à des cadres de l’organi- sation Etat islamique de diffuser les photos que lui avait envoyées Yassin Salhi. Des informations en partie confirmées par le journa- liste de RFI David Thomson, qui tient d’une source de l’EI en Syrie que l’attentat « n’a pas été com- mandité par l’EI, mais qu’un membre de l’EI en Syrie l’a incité à agir ». Des discussions seraient par ailleurs en cours sur l’oppor- tunité de revendiquer l’atta- que. p soren seelow Les attentats qui ont frappé la France ont mis en lumière la difficulté à faire travailler les services en commun
  10. 10. 0123 JEUDI 2 JUILLET 2015 france | 11 TourTriangle: larevanchede lamairedeParis Aprèsunreversennovembre2014, AnneHidalgoaréussimardi àfaireapprouversonprojet B ertrand Delanoë avait lancé l’idée. Anne Hi- dalgo a rendu sa réalisa- tion possible. Mardi 30 juin, la maire de Paris a obtenu du Conseil de Paris un feu vert au projet de tour Triangle. Future « œuvre d’art dans la ville », selon elle, l’immeuble de bureaux de 42 étages dessiné par le cabinet suisse Herzog et de Meuron, fi- nancé par Unibail, porte de Ver- sailles dans le 15e arrondissement, est promis à l’horizon 2020, an- née d’élections municipales. Confrontée à l’hostilité de prin- cipe de ses alliés écologistes, qui jugent les bâtiments de grande hauteur « énergivores », la maire PS de Paris ne l’aurait pas em- porté par 87 voix contre 74 sans le ralliement de 6 élus parisiens Ré- publicains et 6 UDI. « Je me définis comme une bâtisseuse de rassem- blement », avait anticipé Mme Hi- dalgo, dès l’ouverture des débats. Al’issueduscrutin,lamairedela capitale savourait sa revanche sur son adversaire de droite, Nathalie Kosciusko-Morizet. A l’automne 2014, la chef de file de l’ex-UMP, hostileauprojetTriangledepuisla campagne municipale, avait réussi à faire écarter ce projet. L’exécutif avait alors échoué à faireadopterladélibérationfinale- ment votée mardi. Celle-ci auto- rise le déclassement de la parcelle du terrain sur lequel la tour sera construite. En novembre 2014, à l’issue du premier scrutin, Mme Hi- dalgo aurait été contrainte de re- connaîtresadéfaitesiNKM,àl’ins- tar de quelques élus centristes et écologistes adversaires comme elle du projet, n’avait pas exhibé sonbulletindevote.MmeHidalgoa invoqué l’entorse à la confidentia- litéduscrutinpourcontestersaré- gularité. Le PS parisien a aussitôt introduit un recours pour l’annu- lation du vote devant le tribunal administratif, qui devrait rendre sa décision le 15 juillet. Au cours des six derniers mois, des négociations entre le promo- teur et l’UDI se sont engagées. Jean-Christophe Lagarde, le pa- tron des centristes, s’est déclaré favorable au projet. « Les diri- geants et grands élus de l’UDI ont vu dans le soutien à la tour l’occa- sion de passer pour des faiseurs de grands projets auprès des milieux économiques », décrypte l’entou- rage de Mme Hidalgo. «Tour de Pise» Résultat : mardi, six élus UDI sur huit ont voté pour le déclasse- ment du terrain à construire. «Nousvoulonsincarneruneoppo- sition constructive », se justifiait EricAzière,patrondugroupeUDI- MoDem au Conseil de Paris. « Nous sommes cohérents avec nos votes favorables sur la tour Triangle entre 2008 et 2011. Notre opposition en novembre aura fait évoluer le dossier », s’est défendu le patron des UDI. Entre la version de novembre et celle présentée mardi aux élus, Unibail a repris « l’idée de l’UDI » de substituer un hôtel de 120 chambres à quelque 7 000 m2 de bureaux, s’est félicitée Mme Hi- dalgo.«L’UDIapuserallieraupro- jet parce qu’il avait changé », ex- plique Mathias Vicherat, direc- teur de cabinet de la maire. Le revirement de l’UDI a rouvert les fractures au sein de la famille centriste. « J’ai la désagréable im- pression que toutes les cartes ne sont pas sur la table, qu’il y a un forcing de la Mairie de Paris » sur certains élus pour qu’ils votent pour, a estimé Marielle de Sarnez, chef de file du MoDem, qui a fait campagne avec l’UMP contre la tourTriangleauxmunicipales.En margedesdébats,NKMs’estéton- née de la « volte-face » de certains UDI, « dans des conditions et pour des motifs qui restent à préciser ». De son côté, la chef de file des Républicains a ciblé le montage financier du projet. Avec la tour Triangle, a-t-elle ironisé, « on est plusprochedelatourdePise,telle- ment cette tour penche à la faveur d’Unibail ». Philippe Goujon, maire (LR) du 15e arrondissement, s’est érigé en violent détracteur de la tour, jugeant que les habi- tantsdesonarrondissementsont contre et que le projet, même amendé depuis novembre, com- prend toujours trop de mètres carrés de bureaux. Mais NKM n’a pas réussi à ci- menter ses troupes, et le vote ré- vèle aussi les fissures au sein de la droite. Jérôme Dubus, Rachida Dati,ClaudeLelloucheouBernard Le vote favorable d’élus de la droite et du centre révèle des fissures à l’UDI et chez Les Républicains EnPACA,lescandidatsdelalistePSauxrégionalessedéchirent Sonchefdefile,ChristopheCastaner,demandeàladirectiondupartilamiseàl’écartdupatrondessocialistesmarseillais,Jean-DavidCiot marseille - correspondance Tempête sur les listes socia- listespourlesrégionalesen Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le candidat PS, Christophe Castaner, a écrit mardi 30 juin au premier secrétaire du parti, Jean- Christophe Cambadélis, pour lui demander d’écarter Jean-David Ciot, patron de la fédération socia- listedesBouches-du-Rhôneettête de liste désignée par les militants dans ce département. « J’apprendsdansLeMonde,écrit M. Castaner à M. Cambadélis, que Jean-David Ciot comparaîtra aux côtés de Jean-Noël Guérini le 25 no- vembre devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Jean-David Ciot n’a pas jugé utile de me prévenir de cette échéance deux semaines avant le premier tour des élections régionales. (…) Même si je ne doute pasdelaprésomptiond’innocence, ce rendez-vous judiciaire est totale- ment incompatible avec la néces- saire éthique d’une campagne en Provence-Alpes-Côte d’Azur. » Christophe Castaner saisit la ré- vélation de la date d’un procès dont tout le monde savait qu’il in- terviendrait prochainement – le parquet a fait immédiatement ap- pel de la relaxe prononcée pour MM. Ciot et Guérini le 8 décem- bre 2014 dans une affaire de dé- tournements de fonds publics –, mais ses griefs contre le patron de la fédération des Bouches-du- Rhônesontplusprofonds.« Jesuis en campagne permanente dans tous les départements de notre ré- gion,sauflesBouches-du-Rhône.se plaint-ilàJean-ChristopheCamba- délis. A ce jour, à aucun moment, [cette] fédération ne s’est mobili- sée. » Désigné en février après une pri- maire interne, Christophe Casta- ner, 49 ans, porte le lourd défi du Parti socialiste de conserver la ré- gion PACA après dix-sept ans de mandats de Michel Vauzelle. Mé- connu du grand public, le député des Alpes-de-Haute-Provence et maire de la petite ville de Forcal- quier fait face aux candidatures trèsmédiatiquesdumairedeNice, Christian Estrosi (Les Républi- cains),etdeladéputéeduVaucluse Marion Maréchal-Le Pen (Front national). Ilaffiche,depuisledébut,uneat- titude ambiguë face à l’épineux problème du PS des Bouches-du- Rhône. Une fédération profondé- ment marquée par ses déroutes successives aux municipales, sé- natoriales et départementales et qui n’a toujours pas soldé la lutte fratricide entre partisans et enne- mis de l’ancien président du con- seil général Jean-Noël Guérini. Le 12 juin, lors de son lancement officiel de campagne devant la presseàMarseille,ChristopheCas- taner, tout sourire, saluait la pré- sence de Jean-David Ciot, au même titre que celle des autres tê- tes de listes départementales. Il s’est félicité du « processus démo- cratique » mis en place par le PS pour désigner ceux qui allaient le mener aux élections. Quelques jours plus tôt pourtant, ses velléi- tés de prendre lui-même la tête de lalistedanslesBouches-du-Rhône en lieu et place de M. Ciot avaient provoquél’ajournementd’uncon- seil fédéral houleux. « Je veux du renouvellement, de la diversité sur les listes… Si les Bouches-du-Rhône s’enferment dans une nouvelle guerre, je taperai sur la table », ex- pliquait-il alors au Monde, laissant entendre que la candidature de Jean-David Ciot n’était pas souhai- table. Situation chaotique Une mise en garde sans effet. Le 28 mai, à quelques jours du con- grès socialiste, M. Ciot était dési- gné par le vote militant à la tête d’unelisteexprimantlesjeuxd’in- fluence qui agitent la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône. La présence de plusieurs proches de leaders locaux – comme Sébas- tien Jibrayel, conseiller régional sortant et fils du député Henri Ji- brayelquiavaitdemandéladémis- sion de Jean-David Ciot le soir du second tour des départementales –,maisaussid’ancienssoutiensde Jean-NoëlGuérinicommelemaire de Rousset, Jean-Louis Canal, avaient irrité les partenaires po- tentiels du PS. « Tu sais comme moi que, cons- cient de mon opposition, [Jean-Da- vidCiot]afaitunelisteluigarantis- sant le vote mais pas forcément la meilleure efficacité électorale, rap- pelle, dans son courrier, Christo- phe Castaner à Jean-Christophe Cambadélis. Ce fut un des argu- ments mis en avant par EELV pour refuser un accord. » Alors qu’Europe Ecologie-Les VertsetleParticommunisteavan- cent vers la constitution d’une liste commune hors PS, la situa- tion du Parti socialiste semble chaotique en PACA. « Je sais pou- voir compter sur ton intervention rapideafinquejepuissepoursuivre mon engagement dans cette cam- pagne »,écritChristopheCastaner au premier des socialistes. Une menace à peine voilée qui fait écho à une rumeur en cours de- puis quelques jours dans les cer- cles PS locaux : celle d’un hypo- thétique retour du président sor- tant de la région PACA, Michel Vauzelle. p gilles rof La fédération n’a toujours pas soldé la lutte fratricide entre partisans et ennemis de Jean-Noël Guérini Debré figurent au nombre des six élusLRquiontapprouvéladélibé- ration. Tous invoquent le rôle stratégique de Triangle pour « l’attractivité » de Paris. Mais, « pour la plupart, leur seul mobile est d’être anti-NKM », déplore un élu parisien LR. Au sein du parti sarkozyste, les lézardes sont apparues au-delà de l’enceinte parisienne. Alors qu’Edouard Balladur, ancien élu du 15e, s’est déclaré hostile à la tour,NicolasSarkozyaappelécer- tains conseillers de Paris pour leur faire part de son soutien au projet d’Unibail. Le patron des Ré- publicains a toutefois renoncé à prendre position publiquement pour ne pas ajouter à la zizanie. p béatrice jérôme Le projet de tour Triangle, dans le 15e arrondissement de Paris. L’AUTRE IMAGE PRODUCTION franceculture.fr PAROLES DE MIGRANTS PARCOURS HUMAINS AUX FRONTIÈRES DE L’EUROPE VENDREDI 3 JUILLET DÈS 6H30 OPÉRATION SPÉCIALE

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