Dynamiques d’opposition Atelier de Celie Fox-Cabane et de Monika Verhulst DESS Ethnométhodologie 2007/08
Dynamiques d’opposition <ul><li>1) Discussion de cas personnels et partage </li></ul><ul><li>2) Questions fondamentales  <...
Dynamiques d’opposition <ul><li>1) Préparation: réflexion sur des cas personnels  </li></ul><ul><ul><li>Se remémorer une a...
Dynamiques d’opposition <ul><li>2) Les questions fondamentales : Qui s’oppose ?   </li></ul><ul><li>Les mêmes question, un...
Dynamiques d’opposition <ul><li>2) Les questions fondamentales: Quand s’opposer? </li></ul>
Dynamiques d’opposition <ul><li>2) Les questions fondamentales : Comment agir ? </li></ul>
Dynamiques d’opposition <ul><li>3) Quelques éléments théoriques </li></ul><ul><ul><li>L’homme est-il bon ou mauvais ? </li...
Dynamiques d’opposition <ul><li>4) L’engrenage collaboratif : Exemples de non-opposition   </li></ul><ul><ul><li>Franz Sta...
Dynamiques d’opposition <ul><li>4) L’engrenage collaboratif: Le totalitarisme </li></ul><ul><ul><li>Les masses </li></ul><...
Dynamiques d’opposition <ul><li>5) Les dynamiques d’opposition: Exemples </li></ul><ul><ul><li>Giorgio Perlasca </li></ul>...
Dynamiques d’opposition <ul><li>5) Des conditions nécessaires… </li></ul><ul><ul><li>Une personnalité intégrée </li></ul><...
Dynamiques d’opposition <ul><li>Les mécanismes de l’altruisme: </li></ul><ul><ul><li>Une perception première de la détress...
Dynamiques d’opposition <ul><li>…  Ces conditions sont néanmoins insuffisantes pour permettre l’opposition </li></ul><ul><...
Dynamiques d’opposition <ul><li>6) Conclusion :   </li></ul><ul><ul><li>L’opposition relève d’une dynamique individuelle q...
Dynamiques d’opposition <ul><li>7) Exercice pratique </li></ul><ul><ul><li>Focusing (Prof. Dr. Eugene Gendlin) </li></ul><...
Dynamiques d’opposition <ul><li>8) Bibliographie: </li></ul><ul><ul><li>Améry, Jean (1977, trad. 1995),  Par-delà le crime...
Dynamiques d’opposition <ul><li>Filmographie </li></ul><ul><ul><li>« Fortitude » (avec Richard Anconina, Tara Fitzgerald, ...
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Dynamiques D’Opposition

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Mécanismes de systèmes totalitaires

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  • Préliminaires : Dynamiques d’opposition parce que de toute expérience doit sortir quelque chose de constructif. Mais j’avais le plus grand mal par rapport à trois aspects de ce travail: D’une part, je suis tombée sur beaucoup plus de facteurs qui expliquent l’engrenage de la collaboration que les dynamiques qui permettent de résister. Il me semble que ce sont les deux versants d’une même problématique, et c’est souvent en regardant ce qui se passe quand nous ne parvenons pas à résister que nous pouvons finalement en déduire, ce qu’il faudrait faire pour s’opposer. D’autre part, je me suis laissée aspirer en permanence par les situations extrêmes. Je n’ai pas vraiment d’explication à cela si ce n’est de dire que, une fois trouvé une possibilité de résistance, que celle-ci s’avérerait nulle dans des cas plus sévères encore. Connaître l’essence des dynamiques d’opposition me paraît, là encore, être étroitement liée à la question de ce qu’est l’essence du mal et comment il fonctionne. Finalement, je considère surtout la situation allemande sous le régime de Hitler, alors que j’aurais très bien pu parler également de l’Union soviétique ou de la Chine, ou de toute autre tyrannie de masse. C’est certainement un choix très personnel que j’ai opéré là et tout à fait arbitraire, j’en conviens. Ces deux faces d’une même pièce se retrouvent finalement aussi dans la manière dont Celie et moi nous avons travaillé sur ce sujet. Ce que je vais vous présenter relève majoritairement de l’indicible qui a été si discuté. Celie, elle va se pencher sur l’ordinaire qui est si rarement évoqué. Nous sommes donc complémentaires et les deux approches sont essentielles pour notre sujet. Je propose donc de parler en premier, Celie ensuite, et c’est à la fin que nous pourrons, ensemble, dégager ensemble des dynamiques d’opposition qui nous permettront peut-être un peu plus conscients tous les jours.
  • Ma propre expérience : Quand je suis en face de quelqu’un qui m’impose quelque chose, le mécanisme suivant se déclenche: Un moment de sidération: je n’ai pas l’argument qui permet de contrer Ce moment de sidération provoque un effet de transe, dans lequel je perds les moyens d’agir J’exécute ce que l’on m’impose Pendant la phase d’exécution, le ressenti devient actif : je commence à pouvoir dire à quel point cela m’est pénible. Mais c’est un ressenti physique Une phase de réflexion s’en suit, mais pas toujours. Si l’on m’impose une autre tâche aussi pénible, j’exécute à nouveau, je n’ai pas eu le temps de passer de la phase de ressenti vers l’intellectualisation et la mise en perspective. Il est possible que j’enchaîne ainsi tout un nombre d’actions qui m’ont été imposées. Le ressenti devient de plus en plus intense. Je commence à avoir des nuits blanches, ce qui me permet en fait de réfléchir. Commence alors la phase de mise à distance et la connexion à mes valeurs supérieures. C’est seulement lorsque je suis en phase de me dire que le ressenti ne me permet plus de fonctionner correctement, que la mise à distance me permet d’avoir une pensée plus abstraite, je peux penser au fait que je ne veux plus continuer. C’est Quand je sens que la différence entre mes valeurs/mes pensées/mon ressenti et ce que l’on m’impose devient insupportable, je craque, je fracasse tout. L’énergie de résistance vient du fait d’avoir tout supporté jusqu’alors. C’est la goutte qui fait déborder le vase.
  • Tentative de catégorisation : peut-on dire d’où vient l’opposition? Est-elle uniquement le fait de la victime? Et que dit le bourreau? Nous l’avons vu: il se considère très souvent aussi comme une victime (S21), justement parce qu’il lui est impossible de résister. Les catégories sont donc, à ce niveau-là tout à fait mouvantes. La chose devient plus dérangeante lorsqu’on lit Primo Levi quand il décrit comment entre prisonniers il régnait une lutte de survie qui ne connaissait qu’une seule règle: sa propre personne avant tout. La victime peut ainsi devenir le bourreau des autres victimes, plus faible. Or le système concentrationnaire est fait de telle sorte que cela se produit en permanence. Bettelheim décrit très bien comment les prisonniers, incapables d’obtenir la moindre satisfaction de leurs besoins les plus élémentaires tournaient l’agression ainsi engendrée vers les autres. Cela leur permettait de survivre car ceux qui tournait l’agression vers eux-mêmes périclitaient très rapidement. Or, nous, de l’extérieur, nous avons bien une conception assez nette de ces catégories. Qui s’oppose et qui collabore? Pensons à S21: il ne fait pas de doute, même si nous avons une compréhension tout à fait empathique avec les bourreaux, qu’ils restent des tueurs. Imre Kertész relate une autre anecdote: le narrateur raconte l’histoire d’un professeur qui, dans le transport vers un autre camp de concentration, prend la ration du narrateur qui est malade. Il la lui restitue, et lui demande « Mais qu’est-ce que tu pensais, que j’allais te la prendre? Mais non! » Et au narrateur de dire: mais bien sûr, évidemment, tout l’aurait conduit à garder ma ration. Sur cela, son interlocutrice s’exclame: mais comment peux-tu dire une chose pareille? Ce n’est que pure humanité de restituer la nourriture à un malade. Le narrateur est désespéré. Comment peut-il à jamais faire comprendre que ces catégories de bien et de mal n’existaient plus? Ce qui est pour son interlocutrice juste normal devient pour lui déjà un acte d’opposition tout à fait surhumain.
  • Première image: Kurt Lewin: Chaque action est la résultante de l’action précédente. Rien ne pourrait être fait si l’élément antérieur n’avait pas été posé auparavant. Mais quelle direction va prendre l’ensemble? Nous pouvons tout à fait imaginer que le regard de l’homme ou de la femme va rester concentré sur la pièce à apporter. Pense-t-il à regarder en arrière d’où il vient? Réfléchit-il à l’avenir, où il va aller? Et peut-on savoir vers quoi on va? Tout risque de s’effondrer à n’importe quel moment. L’avenir est très peu lisible. Quelle direction donc choisir à la croisée des chemins?
  • La difficulté vient du fait que nous sommes dans l’action et la prise de distance n’est parfois voire souvent pas possible. Or il est essentiel, afin de pouvoir agir, d’adopter la vision d’hélicoptère. Cela semble facile de dire mais c’est souvent impossible: la situation d’Urgence ne permet pas de réfléchir. Il faut prendre des décisions immédiates Survie fait que notre cerveau est inondé d’adrénaline et se met en fonction de pilote automatique. Il nous manque l’information qui nous permettrait de prendre de la distance Nous sommes isolés et n’avons pas la vision de notre « engluement », pas de comparaison
  • Kurt Lewin : La recherche action (1944) social action” that uses “a spiral of steps, each of which is composed of a circle of planning, action, and fact-finding about the result of the action”. Fritz Heider : théorie de l’attributionUne attitude innée chez l&apos;humain consiste en effet à attribuer à un événement une cause particulière : &amp;quot;si il lui arrive cela, c&apos;est pour ça !&amp;quot;. Cela fait de tout être humain un &amp;quot;psychologue naïfs&amp;quot;. La psychologie sociale étudie les mécanismes à l&apos;origine de nos attributions. Nous retiendrons en particulier sur ce thème les travaux de Fritz Heider (1896-1988), psychosociologue d&apos;origine autrichienne dont un sujet de travail important peut être résumé comme suit : comment l&apos;homme de la rue perçoit et analyse son environnement ? Ainsi, dans son analyse de l&apos;explication des conduites d&apos;un sujet par un autre, Fritz Heider opère deux distinctions majeures : la recherche des causes internes et externes. Le principe est que le &amp;quot;psychologue naïf&amp;quot; commet des erreurs dans ses attributions, en privilégiant des causes internes pour expliquer une attitude. Quelques exemples de causes internes : il est nerveux, il n&apos;est pas intelligent, etc. Quelques causes externes : la situation familiale, le poids de l&apos;environnement, etc. Les expériences prouvent que nous avons naturellement tendance à privilégier les causes internes. Ross nomma cela &amp;quot;l&apos;erreur fondamentale d&apos;attribution&amp;quot; (1977). Salomon Asch : Experiments led by Solomon Asch asked students to participate in a &amp;quot;vision test.&amp;quot; In reality, all but one of the participants were confederates of the experimenter, and the study was really about how the remaining student would react to the confederates&apos; behavior.The participants — the real subject and the confederates — were all seated in a classroom where they were told to announce their judgment of the length of several lines drawn on a series of displays. They were asked which line was longer than the other, which were the same length, etc. The confederates had been prearranged to all give an incorrect answer to the tests. While most subjects answered correctly, many showed extreme discomfort, and a high proportion (32%) conformed to the erroneous majority view of the others in the room when there were at least three confederates present, even when the majority said that two lines different in length by several inches were the same length. When the confederates were not unanimous in their judgment, subjects were much more likely to defect than when the confederates all agreed. Control subjects with no exposure to a majority view had no trouble giving the correct answer. Kierkegaard : « Le doute n’est pas vaincu par le savoir mais par la croyance, de même c’est ellle qui a introduit ce doute dans le monde.» Freud : Théorie du bouc émissaire. Le seul moyen de résistance c’est de savoir supporter sa faille narcissique.
  • Franz Stangl: l’un des seuls à être conscient de et opposé à tout ce qui se passait. Mentionner clivage entre sa conscience « pure » et ses actions et comment il s’absout lui-même. Mentionner le piège de la soumission: l’engrenage par rapport auquel il a été incapable de réagir. (Par rapport à Eichmann qui n’a jamais fait que son travail et qui n’a pas eu de cas de conscience, qui n’a jamais tenté de réagir car il voulait bien faire son travail) Le 101 ème bataillon: 500 hommes, pères de famille de la classe moyenne et ouvrière de Hambourg (1/4 seulement inscrits au NSDAP). En 16 mois: ont abattu près de 38,000 juifs et conduit 45,000 victimes à Treblinka. Le commandant en chef donna la possibilité de refuser, mais seulement 12 hommes et un commandant saisissaient l’occasion immédiatement. Explications? Effet de surprise de la mission, esprit de corps, incapacité d’affronter le regard des autres. Prison de Stanford: prison factice de l’Université de Stanford. 24 étudiants d’universités rigoureusement sélectionnés. Très rapidement recours à des mesures d’ordre psychologique pour briser la rébellion. Typologie des prisonniers: résistants, effondrement émotionnel, obéissance. Au bout de 5 jours interruption de l’expérience Kitty Genovese: entre 3h15 et 3h50 pas d’assistance, ensuite la police arrive en 3 minutes. « Unresponsive bystander » -&gt; distorsion de la réalité pour se protéger soi-même.
  • Spécificité du Totalitarisme : mise au pas des masses et puis mise en mouvement au nom de l’idéologie. Or, au sein du régime totalitaire, l’idéologie est pervertie pour n’en faire qu’une prémisse, un énoncé évident à lui-même et dont tout peut être déduit d’une manière implacable. Cette logique, que l’on fait découler de l’idéologie, est celle que chacun peut embrasser, lorsque le sens commun fait défaut, comme un substitut au bon sens, ceci parce que l’aptitude à raisonner logiquement nous est commune à tous. Le principe moteur de la tyrannie est la crainte , et cette crainte est profondément liée à l’angoisse que nous éprouvons dans les situations d’isolement. Or, la crainte comme principe d’action constitue une sorte de contradiction en ceci que justement elle désespère de toute action. La crainte en tant qu’elle est dépourvue de la capacité de dépassement de soi, elle est anti-politique; comme principe d’action elle ne peut être que destructrice, ou selon l’expression de Montesquieu « corrompue par sa nature ». La tyrannie est donc la seule forme de gouvernement qui porte en elle-même les germes de sa destruction: les tyrannies ne doivent leur survie qu’à des causes accidentelles.
  • Giorgio Perlasca : André Trocmé
  • Une personnalité intégrée , ce que Bettelheim appelle la « conscience de la liberté »: être capable de faire des choix alors que rien ne nous contraint au départ, alors que nous avons au fond toute la liberté possible (il prend l’exemple de la société de consommation) Contrôle interne, mais en même temps, respect de sa propre personne Satisfactions internes, être conscient de sa propre spécificité Comprendre ce qui nous arrive Une certaine transcendance : ce que Kierkegaard avait appelé la croyance qui est originaire du doute. Dans les camps: témoins de Jéhova avaient un comportement plus humains, les juifs entre eux avaient un comportement de protection au nom de leur identité et du fait qu’ils étaient tout en bas de l’échelle des victimes. Primo Levy: Les juifs grecs étaient particulièrement solidaires. Des contacts avec d’autres : les résistants allemands, français, le fait de pouvoir relayer l’information à l’étranger Des moyens d’actions : la résistance doit se traduire dans des actions pour être perçue comme telle, même de la part de la victime. Jean Améry: montre comme la résistance ultime peut être l’acceptation de la mort et le fait de s’y rendre sans résistance. Car c’est ainsi montrer que la punition qu’elle présente n’est pas vécue comme telle.
  • C’est donc une notion finalement très métaphysique. L’altruisme est possible là où peut se manifester cette liberté créatrice d’une réalité totalement nouvelle. Car cette nouvelle réalité se refuse de se soumettre à la neutralité brute de l’ordre du monde, à quoi l’être passif s’abandonne impuissant On voit que l’altruisme n’est pas ici dans une logique de négation de soi, dans un effet d’abnégation sacrificielle. Au contraire, c’est la révélation pleine de la personnalité de celui qui est altruiste. Il y a donc trois conditions pour que l’altruisme, la résistance puisse se prendre forme dans des actions réelles : Il est nécessaire que le sujet se soustraie à la léthargie du témoin par le sentiment d’une obligation impérieuse qu’il éprouve comme allant de soi, comme étant « naturelle » Qu’il ne réponde pas par respect de principes éthiques purmenet formels et abstraits – par devoir Qu’il trouve dans son engagement, aussi périlleux puisse-t-il être, une réelle joie, une plénitude de l’accomplissement de soi dans la mise en œuvre de toutes ses facultés.
  • L’altruisme : En tant que tel, il reste une notion métaphysique et résiste de ce fait à l’explication Imre Kertész : naturellement l’homme s’habitue. « Etre sans destin » est l’histoire d’un garçon de 15 ans qui est pris par la police de Budapest, en été 1944. Tout le long de ce récit, Kertesz montre à quel point l’ambition de ce jeune adolescent qui n’avait aucune notion de ses origines juives, voulait être un bon prisonnier. Particularité: il finit par éprouver du bonheur dans le camp de Zeitz, notamment par les brefs moments d’absence de douleur. Jean Améry : interné comme intellectuel, il eut le plus grand mal à trouver un recours dans l’intelligence. « La tolérance fondamentale de l’intellectuel et son doute méthodique se changeaient-ils en facteurs d’autodestruction. Oui, les SS pouvaient se comporter comme ils le faisaient : il n’y a pas de droit naturel et les catégories morales naissent et passent comme les modes. » (p. 35) Bruno Bettelheim : l’hiérarchie entre les prisonniers marche soit par une identification positive: nous faisons part de telle couche des victimes et nous nous devons donc protection et solidarité. Mais elle opère aussi par la négative: nous ne voulons pas devenir comme les juifs, les juifs ne veulent pas devenir des « musulmans » -&gt; or Imre Kertész montre comment lui-même, d’une manière tout à fait imperceptible, a glissé vers le statut du « musulman » et comment, alors qu’au début un ami a encore voulu le sauver, cet ami s’est détourné de lui afin de pouvoir sauver sa propre vie. Jean-Luc Godard : cette citation est surtout pour faire le lien avec des situations moins étendues, moins dramatiques (les Magdalene sisters, les sectes) Pris assez tôt, l’endoctrinement est tout à fait opérant et peut très bien ne pas mener à la résistance.
  • A priori : les germes qui mènent à différents régimes contraignants et/ou totalitaires peuvent être contenues dans n’importe quelle situation. Je dirai même qu’ils sont inhérents à l’existence humaine. Bettelheim écrit: « L’état hitlérien, tel qu’il s’est développé ultérieurement, n’a pas pu être préconçu dans des plans établis à l’avance. La technologie moderne combinée à une efficience jusque-là inconnue, ensemble avec le déni des valeurs proprement humaines a coïncidé avec la philosophie nihiliste du National-Socialisme qui fut anti humaniste et assoiffé de pouvoir à tout prix. Chaque élément a renforcé l’autre et la situation a été aggravée par les préparatifs qui ont finalement menés à la guerre. Quand le système de Hitler a accédé au pouvoir, il fut ainsi bien préparé pour créer un état de masse totalitaire, bien que tout ait commencé à une toute petite échelle. Ce qui fut absolument révoltant c’est le peu de résistance tout ce processus a rencontré, et une fois mis en route combien il a pris de l’importance, aussi bien politiquement, économiquement et psychologiquement. » (p. 104) A postériori : Quand on lit le nombre de récits des personnes qui ont été victimes des régimes contraignants ou totalitaires, il y a bien des différences entre les degrés. Bien que toute expérience soit éminemment individuelle, il en est des situations dont il est possible de se remettre et d’autres non. (résilience ou alors, comme dans le cas de Primo Levy, Jean Améry, Imre Kertès, impossiblité.) La coupure ontologique est tout à fait individuelle : nous le ressentons, et ce ressenti peut être quasi-physique.
  • Dynamiques D’Opposition

    1. 1. Dynamiques d’opposition Atelier de Celie Fox-Cabane et de Monika Verhulst DESS Ethnométhodologie 2007/08
    2. 2. Dynamiques d’opposition <ul><li>1) Discussion de cas personnels et partage </li></ul><ul><li>2) Questions fondamentales </li></ul><ul><ul><li>Quand s’opposer </li></ul></ul><ul><ul><li>Comment agir? </li></ul></ul><ul><li>3) Quelques réflexions théoriques: </li></ul><ul><ul><li>Philosophie, Sociologie, Psychologie </li></ul></ul><ul><li>4) Mécanismes de l’engrenage « collaboratif » </li></ul><ul><li>5) Dynamiques d’opposition </li></ul><ul><li>6) Conclusion </li></ul><ul><li>7) Exercice pratique </li></ul><ul><li>8) Bibliographie, Filmographie </li></ul>
    3. 3. Dynamiques d’opposition <ul><li>1) Préparation: réflexion sur des cas personnels </li></ul><ul><ul><li>Se remémorer une acte de coopération ou d’opposition (avec un système/des personnes) qui vous a causé des difficultés </li></ul></ul><ul><ul><li>Les faits (acteurs impliqués, enchaînements d’actions, moments importants, retournements de situation, conséquences) </li></ul></ul><ul><ul><li>Les ressentis personnels pendant et après l’acte de coopération/d’opposition </li></ul></ul><ul><ul><li>Tentative de modélisation: comment me suis-je pris(e)? Quel est ma dynamique d’opposition ? Comment pourrais-je mieux faire ? </li></ul></ul><ul><li>Partage avec le groupe : quels schémas d’opposition? </li></ul>
    4. 4. Dynamiques d’opposition <ul><li>2) Les questions fondamentales : Qui s’oppose ? </li></ul><ul><li>Les mêmes question, une réalité radicalement différente </li></ul><ul><li>Souvent: confusion des catégories, dans les têtes mais aussi dans les faits (Ex: S21) </li></ul>La victime Le bourreau Qui ? Contre qui ? Lui-même Les autres Le système
    5. 5. Dynamiques d’opposition <ul><li>2) Les questions fondamentales: Quand s’opposer? </li></ul>
    6. 6. Dynamiques d’opposition <ul><li>2) Les questions fondamentales : Comment agir ? </li></ul>
    7. 7. Dynamiques d’opposition <ul><li>3) Quelques éléments théoriques </li></ul><ul><ul><li>L’homme est-il bon ou mauvais ? </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>La Rochefoucauld: L’amour propre (1666) </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Kant : le devoir, Levinas : le sacrifice </li></ul></ul></ul><ul><ul><li>Comment réagissons-nous dans l’interaction ? </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>Kurt Lewin: la dynamique du groupe </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Fritz Heider : Théorie de l’attribution </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Salomon Asch : Expérience sur le conformisme (1952) </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Leon Festinger : Théorie de la dissonance cognitive </li></ul></ul></ul><ul><ul><li>Qu’est-ce qui nous permet d’agir ? </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>Kierkegaard </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Freud </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Une définition surtout par la négative : ne pas succomber </li></ul></ul></ul>
    8. 8. Dynamiques d’opposition <ul><li>4) L’engrenage collaboratif : Exemples de non-opposition </li></ul><ul><ul><li>Franz Stangl, commandant en chef de Sobibor (mars-sept. 1942) et de Treblinka (oct. 1942-août 1943) </li></ul></ul><ul><ul><li>Le 101 ème bataillon de la police de réserve allemande (juillet 1942 – novembre 1943) </li></ul></ul><ul><ul><li>La soumission à l’autorité, Stanley Milgram </li></ul></ul><ul><ul><li>L’expérience de la prison de Stanford (Philip Zimbardo, 1971) </li></ul></ul><ul><ul><li>Kitty Genovese ou la passivité humaine (1964) </li></ul></ul><ul><ul><li>Les cas de harcèlement moral </li></ul></ul>Franz Stangl Eichmann à Jérusalem
    9. 9. Dynamiques d’opposition <ul><li>4) L’engrenage collaboratif: Le totalitarisme </li></ul><ul><ul><li>Les masses </li></ul></ul><ul><ul><li>L’idéologie : la propagande puis l’endoctrinement </li></ul></ul><ul><ul><li>Le pouvoir est partagé entre plusieurs sources </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>Institutions étatistes </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Parti + organisations de façade </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Police secrète </li></ul></ul></ul><ul><ul><li>La terreur </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>Négation de l’espace privé et public </li></ul></ul></ul><ul><ul><li>L’idéologie : la logique d’une idée </li></ul></ul>Hannah Arendt : Les origines du totalitarisme (1951)
    10. 10. Dynamiques d’opposition <ul><li>5) Les dynamiques d’opposition: Exemples </li></ul><ul><ul><li>Giorgio Perlasca </li></ul></ul><ul><ul><li>André Trocmé et la cité-refuge de Chambon s/Lignon </li></ul></ul><ul><ul><li>La résistance allemande : des motivations variées </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>Graf von Moltke et le cercle de Kreisau </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>La Rose Blanche </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Graf von Stauffenberg </li></ul></ul></ul>Sophie et Hans Scholl von Stauffenberg Giorgio Perlasca André Trocmé von Moltke
    11. 11. Dynamiques d’opposition <ul><li>5) Des conditions nécessaires… </li></ul><ul><ul><li>Une personnalité intégrée </li></ul></ul><ul><ul><li>Une certaine transcendance </li></ul></ul><ul><ul><li>Des contacts avec d’autres </li></ul></ul><ul><ul><li>Des moyens d’actions </li></ul></ul><ul><ul><li>L’altruisme </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>Quand est-il possible ? </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Comment se manifeste-t-il ? </li></ul></ul></ul>
    12. 12. Dynamiques d’opposition <ul><li>Les mécanismes de l’altruisme: </li></ul><ul><ul><li>Une perception première de la détresse </li></ul></ul><ul><ul><li>L’altruiste sent que la victime se recommande à sa sauvegarde </li></ul></ul><ul><ul><li>Conscience de l’impossibilité de se rétracter </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>Sortir de la position du spectateur témoin </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Perception d’un devoir qui prend sa source dans les sentiments (le pathos) </li></ul></ul></ul><ul><ul><li>Au-delà: c’est un « miracle » qui relève d’une libre spontanéité créatrice </li></ul></ul>
    13. 13. Dynamiques d’opposition <ul><li>… Ces conditions sont néanmoins insuffisantes pour permettre l’opposition </li></ul><ul><ul><li>L’altruisme relève du « miracle » </li></ul></ul><ul><ul><li>Imre Kertész « naturellement l’homme s’habitue » </li></ul></ul><ul><ul><li>Jean Améry : « la pensée ne permet pas la résistance, au contraire » </li></ul></ul><ul><ul><li>Bettelheim : </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>il est possible d’installer un système auquel l’homme ne peut pas résister </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>une hiérarchie entre victimes se crée </li></ul></ul></ul><ul><ul><li>Godard : « tout enfant est un prisonnier politique » </li></ul></ul>Imre Kertész Jean Améry Bruno Bettelheim
    14. 14. Dynamiques d’opposition <ul><li>6) Conclusion : </li></ul><ul><ul><li>L’opposition relève d’une dynamique individuelle qui peut ou ne peut pas s’exprimer </li></ul></ul><ul><ul><li>Il est possible de rendre impossible la manifestation de l’opposition </li></ul></ul><ul><ul><li>Peut-on véritablement parler d’une continuité dans les mécanismes qui caractérisent les systèmes contraignants et totalitaires? </li></ul></ul><ul><ul><ul><li>Une perspective à priori : les germes contenues dans les différents systèmes sont les mêmes </li></ul></ul></ul><ul><ul><ul><li>Une perspective à postériori : il y a, il me semble, une coupure ontologique entre les différents systèmes </li></ul></ul></ul>
    15. 15. Dynamiques d’opposition <ul><li>7) Exercice pratique </li></ul><ul><ul><li>Focusing (Prof. Dr. Eugene Gendlin) </li></ul></ul><ul><ul><li>Relaxation et connexion aux ressources </li></ul></ul><ul><ul><li>Localisation et ressenti des forces d’opposition dans le corps </li></ul></ul><ul><ul><li>Canalisation vers un objectif constructif </li></ul></ul>
    16. 16. Dynamiques d’opposition <ul><li>8) Bibliographie: </li></ul><ul><ul><li>Améry, Jean (1977, trad. 1995), Par-delà le crime et le châtiment, Essai pour surmonter l’insurmontable , Arles, Actes Sud </li></ul></ul><ul><ul><li>Arendt, Hannah (1951), The origins of totalitarianism , Penguin Books, New York </li></ul></ul><ul><ul><li>Bettelheim, Bruno (1961), The Informed Heart – Autonomy in a Mass Age , London, Free Press </li></ul></ul><ul><ul><li>Hirigoyen, Marie-France (1998), Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien , Paris, La Découverte </li></ul></ul><ul><ul><li>Kertéz, Imre (1975, trad. 1998), Etre sans destin , Arles, Actes Sud </li></ul></ul><ul><ul><li>Levi, Primo (1947, 1988), Si c’est un homme , Paris, Pocket </li></ul></ul><ul><ul><li>Prigent, Yves (2003), La cruauté ordinaire , Paris, Desclée de Brouwer </li></ul></ul><ul><ul><li>Steinbach, Peter, Tuchel, Johannes (éd., 1994) Widerstand in Deutschland 1933-1945 , München, C.H.Beck’sche Verlagsbuchhadlung </li></ul></ul><ul><ul><li>Steinbach, Peter, Tuchel, Johannes (éd., 1994), Lexikon des Widerstandes , München, C.H.Beck’sche Verlagsbuchhadlung </li></ul></ul><ul><ul><li>Terestchenko, Michel (2005), Un si fragile vernis d’humanité, Banalité du mal, banalité du bien , Paris, La Découverte/MAUSS </li></ul></ul>
    17. 17. Dynamiques d’opposition <ul><li>Filmographie </li></ul><ul><ul><li>« Fortitude » (avec Richard Anconina, Tara Fitzgerald, James Fox et d’autres, 1994) d’après l’opération de Résistance du même nom. Ce film est une adaptation du roman de Collins, Larry (1985), Fortitude , Paris, Robert Laffont éditeur </li></ul></ul><ul><ul><li>« La chute » de Olivier Hirschbiegel, avec Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara, Juliane Köhler, http://www.tfmdistribution.fr/lachute/ </li></ul></ul><ul><ul><li>« Sophie Scholl – les derniers jours » de Marc Rothemund, avec Julia Jentsch http://fr.movies.yahoo.com/s/sophie-scholl-les-derniers-jours/fiche-du-film-368139.html </li></ul></ul><ul><ul><li>« La vie des autres » de Florian Henckel von Donnersmarck http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3476,36-901089@51-839358,0.html </li></ul></ul><ul><li>Autres liens : </li></ul><ul><ul><li>Pour l’expérience de la Prison de Stanford: www.prisonerexp.org </li></ul></ul>

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