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Préposition et conjonction ? Le cas de Avec

  1. 1. PRÉPOSITION ET CONJONCTION ? LE CAS DE AVEC Charlotte Schapira De Boeck Université | Travaux de linguistique 2002/1 - no44 pages 89 à 100 ISSN 0082-6049 Article disponible en ligne à ladresse: -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- http://www.cairn.info/revue-travaux-de-linguistique-2002-1-page-89.htm --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Pour citer cet article : -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Schapira Charlotte , « Préposition et conjonction ? Le cas de Avec » , Travaux de linguistique, 2002/1 no44, p. 89-100. DOI : 10.3917/tl.044.0089 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Distribution électronique Cairn.info pour De Boeck Université. © De Boeck Université. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, nest autorisée que dans les limites des conditions générales dutilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de léditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.
  2. 2. Préposition et conjonction ? Le cas de avec PRÉPOSITION ET CONJONCTION ? LE CAS DE AVEC Charlotte SCHAPIRA* Technion, Haïfa 1. Un tour particulier Parmi les prépositions françaises, avec représente un cas particulier à plus d’un égard, un cas qui suscite, presque à lui seul, un grand nombre des questions que pose ce colloque, comme en témoignent d’ailleurs les nombreuses études qu’on en a déjà faites (notamment celles de P. Cadiot etDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Choi-Jonin) et les également nombreuses communications qui y sont Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université consacrées ici. Avec est, en effet, une des prépositions les plus complexes, les plus riches sémantiquement et les plus souples dans les fonctions syntaxiques qu’elle est susceptible d’assumer, fonctions syntaxiques qui, d’ailleurs, ne sont pas toujours faciles à définir. Suivant leurs optiques respectives, les linguistes s’efforcent de systématiser ces comportements : certains, comme Cadiot, distinguent des valeurs sémantiques et fonctionnelles prototypiques, tels le comitatif et l’instrumental ; d’autres auteurs – la plupart des grammairiens par exemple, ou des linguistes comme Choi-Jonin – sont à la recherche d’une valeur unitaire. Les critères de l’analyse varient, eux aussi, sensiblement. Le but du présent travail est de proposer l’étude d’un cas particulier du fonctionnement de avec, selon un critère qui n’a encore jamais été exploité de façon systématique : nous examinons, dans ce qui suit, une classe particulière de compléments en avec – le comitatif – et, à l’intérieur de cette catégorie, les cas spécifiques où la préposition relie, à travers le verbe, deux noms animés, voire humains, et qui – il importe de le dire – gardent toujours leur autonomie référentielle. Il s’agit de la construction : SN1 (+ humain) – V – avec SN2 (+ humain) * Technion-Israel Institute of Technology, 2, rue Hayéarot, Haifa (Israël) – gsrchar@techunix.technion.ac.il 89
  3. 3. Charlotte SCHAPIRA Trois types de phrases seront considérés : [1] Pierre se promène avec Marie. [2] Pierre se dispute avec Marie. [3] Pierre s’ennuie avec Marie. Le premier cas est celui du complément dit « d’accompagnement ». Le trait (+ humain) restreint le champ d’investigation, puisqu’il permet d’opposer notre exemple [1] à : [1a] Pierre se promène avec son chien. = Pierre promène son chien. [1b] Pierre se promène avec un parapluie1. Dans l’exemple [2], le complément est généralement considéré comme un objet indirect. On s’apercevra que dans ce cas, bien que ceci ne soit pas explicitement mentionné dans les grammaires et les dictionnaires, le trait (+ humain) est évident (cf. § 2.2. infra). L’exemple [3] est, sémantiquement, à sens unique ; il sera donc classé parmi les asymétriques. Notre corpus recouvre les aires d’emploi où, selon les dictionnairesDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université (Lexis, T.L.F., Littré, le Petit Robert), la préposition exprime l’accompagnement, l’accord, la réunion. Les grammairiens, eux, affinent l’analyse et vont plus loin que les lexicographes dans la définition des rapports que la préposition crée à l’intérieur de la phrase : ils parlent d’une image abstraite de parallélisme, de symétrie, de co-situation, ou de co- présence. Si l’on se penche toutefois sur les seuls comitatifs exprimant des rapports entre les humains, on s’aperçoit très vite que, dans leur cas, loin de s’exclure les uns les autres, les différents sens mentionnés plus haut coexistent. Dans le corpus discuté ici, les sens principaux de la préposition sont la simultanéité d’action et la co-spatialité intentionnelles ou la réciprocité. 2. Pour un classement Notre propos est de montrer que, dans la construction SN1 (+ humain) – V – avec SN2 (+ humain) il est possible de cerner trois classes distinctes, caractérisées par des traits sémantiques et des fonctions syntaxiques différentiels permettant la formalisation. Cette hypothèse incite à reconsidérer, d’une part, les critères en faveur de l’existence d’une classe d’objets indirects en avec et, d’autre part, le comportement de cet élément comme copule. En d’autres termes, peut-on parler d’une conjonction avec? 90
  4. 4. Préposition et conjonction ? Le cas de avec Afin de simplifier la présentation, les exemples ne comporteront que deux actants (SN1 et SN2) bien que, comme on le verra par la suite, dans la plupart des catégories citées, le nombre des actants peut être, théoriquement du moins, infini. 2.1. Le parallélisme : SN1 accomplit l’action en parallèle avec SN2. Ces constructions sont accessibles aux verbes dont le sémantisme n’implique pas obligatoirement plusieurs actants (cf. infra, la réciprocité). [4] Pierre mange, court, chante, danse, se promène, voyage, étudie, se baigne, lit, joue du piano, va au cinéma, regarde le match à la télé, etc., avec Paul. La phrase est rangée sous l’étiquette « parallélisme » parce que le complément implique en parallèle une phrase dont le sujet est SN2, accomplissant lui aussi l’action verbale : si [4a] Pierre mange avec Paul,Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université alors Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université [4a’] Pierre mange. et [4a’’] Paul mange. Dans tous ces exemples, la préposition commute avec « en compagnie de ». Ce qui nous permet de les considérer comme symétriques est le fait que pour chacune de ces phrases dont le sujet est SN1, il existe, en parallèle, une phrase vraie, dans laquelle l’ordre de SN1 et SN2 est inversé : Pierre mange avec Paul. [4b] Paul mange avec Pierre. C’est aussi ce qui permet de réécrire la phrase avec des sujets multiples (n sujets) : [4c] Pierre et Paul mangent (ensemble). On peut en conclure que la phrase à complément d’accompagnement est en réalité la réduction de deux propositions en une seule : deux propositions ayant un même verbe mais avec deux sujets différents (cf. § 4 infra). 2.2. La réciprocité concerne les verbes dont le sémantisme implique des agents multiples, comme dans [5] : [5] Pierre (et alii), se dispute, se querelle, se bat, se réconcilie, se rencontre, s’entretient, s’associe2 3 avec Anne (et alii) En effet, la réciprocité est inscrite dans le sémantisme verbal. De plus, les 91
  5. 5. Charlotte SCHAPIRA agents sont perçus comme des entités distinctes, donc comptables ; même si le sujet est un seul nom au pluriel : Les enfants se disputent. il est toujours conçu comme un groupe d’individus et non comme une masse amorphe, comme c’est le cas, par exemple, pour le sujet des verbes fourmiller, grouiller, pulluler. Certains verbes n’impliquent que deux agents : [6] Pierre se fiance / se marie avec Anne. Tous peuvent se réécrire avec un sujet multiple : [7] Pierre et Anne se disputent / se marient, etc. Les verbes de cette catégorie sont pour la plupart des verbes pronominaux réciproques. Il est intéressant de noter que la réciprocité implique le parallélisme : [8] Pierre et Anne se marient = Pierre se marie ; Anne se marie (chacunDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université de leur côté) Dans certains cas, le parallélisme implique à son tour la symétrie : [8a] Anne se marie avec Pierre = Pierre se marie avec Anne. La réciprocité est un trait sémantique et fonctionnel complexe qui pourrait à lui seul faire l’objet d’une étude à part. Cependant, il est possible d’y discerner un certain nombre de phénomènes systématiques : des verbes transitifs directs et indirects qui, a priori, n’impliquent pas la réciprocité, peuvent toutefois l’exprimer parfois et, dans ce cas, ils peuvent se réécrire avec le sujet double ou multiple : [9] Pierre aime, adore, hait, déteste, respecte, honore, craint, appelle, invite, félicite Marie. [10] Pierre écrit, téléphone tous les jours à Marie. [11] Pierre ne parle plus avec Marie. Le verbe actif est alors remplacé par le verbe pronominal ; le phénomène est loin d’être quantitativement négligeable : [9a] Pierre et Marie s’aiment, se haïssent, se détestent, se respectent, se craignent, s’appellent, s’invitent (l’un l’autre), etc. [10a] Pierre et Marie s’écrivent, se téléphonent tous les jours. [11a] Pierre et Marie ne se parlent plus. À l’occasion, des éléments lexicaux s’ajoutent aux marques morphologiques exprimant la réciprocité : 92
  6. 6. Préposition et conjonction ? Le cas de avec [12] Pierre tue, déchire, détruit, etc. Marie. Marie tue, déchire, détruit etc., Pierre. deviennent [12a] Pierre et Marie s’entre-tuent, s’entre-déchirent, s’entre-détruisent, s’entre-dévorent, s’entraident. Cependant, même en emploi réciproque, ces verbes ne présentent pas le même comportement syntaxique que ceux de la catégorie précédente, puisqu’ils ne permettent pas la dissociation des actants (cf. [5] supra) en sujet et complément, au moyen de avec : [9b] *Pierre (s)’aime avec Marie. *Marie (s)’aime avec Pierre. [10b] *Pierre (s)’écrit avec Marie. *Marie (s)’écrit avec Pierre. [11b] *Pierre ne (se) parle plus avec Marie. *Marie ne (se) parle plus avec Pierre. Les verbes réciproques permettent le détachement d’un des actants en complément et ce complément est traditionnellement considéré commeDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université transitif indirect pour les raisons suivantes : la réciprocité, comme on l’a Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université déjà dit, est – un trait inhérent au sémantisme verbal ; or, la transitivité verbale indirecte, comme la transitivité directe, sont des phénomènes sémantiques ; – le complément se construit invariablement avec la préposition avec ; – la préposition ne commute pas avec sans. *Pierre se marie, se dispute, s’associe sans Marie. Un argument supplémentaire, et qui n’a encore jamais été pris en considération, est que dans le cas des verbes de cette catégorie, avec ne peut pas fonctionner comme copule entre les sujets (cf.§ 4 infra) [13] ?Pierre avec Anne se marient, se querellent, se disputent s’associent, etc. ce qui semble démontrer que le syntagme introduit par avec est essentiellement, et seulement, complément. 2.3. L’asymétrie : SN1 accomplit une action qui n’est ni réciproque, ni symétrique ni même parallèle à celle de SN2 ; la conséquence la plus importante de l’asymétrie est la possibilité, dans son cas, de construire le complément avec la préposition sans : [14a] Pierre s’ennuie, s’énerve, s’amuse, se plaît avec Marie / sans Marie. 93
  7. 7. Charlotte SCHAPIRA La réciprocité n’y est pas nécessairement impliquée : si les exemples [14a] sont vrais, est-il permis d’en inférer que les réciproques [14b] sont vraies aussi ? [14b] ?Marie s’ennuie, s’énerve, s’amuse, se plaît avec Pierre / sans Pierre En effet, les phrases à sujets multiples correspondant à celles dont le complément est introduit par avec : [14c] Marie et Pierre s’amusent, s’énervent, etc., n’impliquent que le parallélisme : Pierre s’amuse. Marie s’amuse (chacun de son côté). s’il n’y a pas mention explicite de la réciprocité : [14d] Pierre et Marie s’ennuyent mutuellement. Le phénomène se complique ici par l’existence d’une relation supplémentaire – actif / passif – sémantiquement inverse mais elle aussi symétrique :Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université [15] Pierre s’ennuie, s’énerve, s’amuse avec Marie = Marie ennuie etc. Pierre. Ce type de phrase est intimement lié, aussi bien sémantiquement que du point de vue de son fonctionnement, à un autre aspect de l’asymétrie en avec : celle des phrases dont le complément introduit par la préposition exprime une action unilatérale ; on peut y distinguer deux cas distincts : a) le complément indique la condition nécessaire pour l’accomplissement de l’action exprimée par le verbe : [16] Avec Pierre, Marie réussira à surmonter ces difficultés. [16a] Avec de bons professeurs, les enfants réussiront tous leurs examens cette année. b) l’ancrage de la phrase dans le discours [17] Avec Pierre, on ne sait pas sur quel pied danser. [17a] Avec Jacques, on peut s’attendre à tout. Les deux classes ont en commun, d’une part, le fait que le complément peut être de l’inanimé, comme on peut le voir dans [16b] et [17b] : [16b] Avec de bons manuels, les enfants réussiront tous leurs examens cette année. [17b] Avec le temps qu’il fait, on peut s’attendre au pire. 94
  8. 8. Préposition et conjonction ? Le cas de avec D’autre part, le fait que le complément en avec délimite un cas hors duquel l’assertion véhiculée par la phrase n’est pas valide En effet, les assertions « on ne sait pas sur quel pied danser », « on peut s’attendre à tout », etc., ne sont valides qu’en fonction et dans le contexte de Pierre, Jacques, etc. [18] Quand il s’agit de Pierre, on ne sait pas sur quel pied danser. Dans le tour asymétrique, le complément en avec est mobile à l’intérieur de la phrase : [18a] On ne sait plus sur quel pied danser, avec lui. 3. Fonctionnement de avec La question qui se pose maintenant est de savoir comment fonctionne avec dans les trois catégories que nous venons de définir. Les résultats de analyse qui précède montrent clairement qu’il s’agit de trois groupes distincts. Les tours classées sous la réciprocité, par exemple, sont ceux où avec est préposition par excellence. Avec Blanche-Benveniste et alii (1984), on poseDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université que certains verbes à traits de complexité permettent le détachement d’un Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université ou plusieurs actants, qui sont alors déplacés de la position sujet à celle de complément, au moyen de la préposition avec ; Blanche-Benveniste donne comme exemples uniquement des verbes réciproques. Or, apparemment, les verbes classés sous l’étiquette « parallélisme » fonctionnent de la même façon : et pourtant, leur cas est fondamentalement différent. En effet, il semblerait au premier abord que pour le parallélisme, comme pour la réciprocité, la matrice soit formée par la phrase à sujets multiples : SN1, SN2, SN3 …..SNn + V Ceci soulève une question supplémentaire : ne serait-il donc pas possible qu’avec soit effectivement conjonction dans certains de ses emplois ? L’hypothèse n’est pas nouvelle et on l’a même considérée plus d’une fois : bon nombre de grammaires (Grammaire Larousse du XXe siècle, Wilmet 1997, etc.) mentionnent le fait que cette préposition est susceptible, dans certains de ses emplois, d’assumer la fonction copulative. Dans sa thèse monumentale sur La Coordination en français, G. Antoine (1962 : 694- 697) retrace l’historique de avec copule et rend compte du débat théorique qui l’accompagne. A la vérité, la question n’est traitée que rarement et très rapidement dans la littérature de spécialité et l’opinion qui prévaut est qu’occasionnellement des prépositions peuvent se charger de la coordination, et inversement, des conjonctions sont parfois susceptibles de fonctionner comme des éléments subordonnants 4. Le peu d’attention accordé au phénomène est dû au fait qu’il ne concerne qu’un nombre très restreint de 95
  9. 9. Charlotte SCHAPIRA prépositions : avec, sans et jusqu’à selon Antoine ; on pourrait même en éliminer sans, qui : 1 n’est pas le contraire de avec (bien qu’il soit interprété par Antoine et d’autres après lui comme « pas avec ») ; et 2 ne fonctionne comme avec ni du point de vue sémantique ni du point de vue syntaxique. Antoine (1962 : 694) prend à l’égard de ces emplois une position tranchée, que reprennent moins explicitement les autres grammaires : « […] normalement, […] la préposition implique dépendance, i.e. subordination ; et même lorsque s’estompe cette destination foncière, on ne se trouve pas au juste devant un succédané conjonctionnel, mais plutôt devant un fait de substitution, donc en définitive, devant une illusion syntaxique […] » Mais est-ce vraiment une illusion ? Antoine lui-même finit par démentir cette hypothèse, par une assertion qu’il ne cherche toutefois pas à démontrer : « Restent toutefois à considérer les cas où ce fait de substitution, à force de se répéter, finit par engendrer un véritable outil de remplacement ». 4. Avec copuleDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Dans ce qui suit, nous tâcherons de démontrer que : 1 la fonction copulative n’est pas une illusion et que la préposition devient réellement, dans certains cas, conjonction ; ceci n’est possible, cependant, que dans un moule sémantique et syntaxique déterminé (celui du parallélisme), qui seul en permet le fonctionnement. 2 en tant que conjonction, avec n’est pas un relateur de terme à terme mais de proposition à proposition. Dans la construction posée comme matrice commune du parallélisme et de la réciprocité : SN1, SN2, SN3 …..SNn + V il est possible de thématiser un des actants en détachant l’autre au moyen de la préposition avec. La phrase ainsi obtenue est unanimement considérée comme la réduction des deux propositions symétriques en une seule (cf. § 2.1. supra). Avec n’est toutefois pas le seul instrument possible du détachement. Considérons, en effet, les exemples [19] : [19a] Pierre et Anne sont partis pour Paris. Plusieurs possibilités de détachement d’un des actants se présentent (cf. Grevisse § 817a : « Sujets joints par ainsi que, comme, avec ») : [19b] Pierre est parti pour Paris et Anne aussi. 96
  10. 10. Préposition et conjonction ? Le cas de avec [19c] Pierre(,) aussi bien qu’Anne(,) est (sont) parti(s) pour Paris. [19d] Pierre est parti pour Paris, comme Anne. [19e] Pierre comme Anne sont partis pour Paris. [19f] Pierre est parti pour Paris avec Anne. [19g] Pierre avec Anne sont partis pour Paris. On s’apercevra que les constructions de [19a] à [19f] sont accessibles aussi bien aux verbes « parallèles » qu‘aux réciproques. [19g] en revanche, on l’a vu, n’est pas consenti à ces derniers : *Pierre avec Anne se marient, se disputent, etc. Nous avons déjà mentionné cette interdiction comme un critère supplémentaire en faveur de l’objet second quand un des actants est introduit, dans ces cas, par avec. Ayant éliminé ainsi les verbes réciproques, nous pouvons continuer la réflexion à propos des verbes « parallèles ». La différence – la seule différence, peut-on dire – entre l’emploi de avec et les autres exemples est d’ordre sémantique : avec indique dans [18f] et [18g] que les actants ont accompli la même action, simultanément, deDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université concert. Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Les arguments invoqués pour l’utilisation de comme, avec et ainsi que comme copules, bien que non exprimés de façon explicite, sont les suivants : – ces vocables se trouvent à la place de et ; – ils commutent avec et (avec les différences sémantiques mentionnées) ; – l’accord du verbe : généralement au pluriel si les deux syntagmes sont antéposés au verbe, au singulier si un seul syntagme précède le verbe. Dans ce dernier cas, comme on sait, le nom introduit par avec est unanimement interprété comme un circonstanciel d’accompagnement ne différant formellement d’un complément d’instrument, par exemple, que par le fait que ce dernier est de l’inanimé : [20] Il a écrit cette lettre avec son frère. [20a] Il a écrit cette lettre avec son stylo. L’opposition animé / inanimé ou plutôt humain / inanimé est de première importance car c’est elle qui entraîne le parallélisme en [20], parallélisme qui, bien plus que la question (avec qui ? = accompagnement ; avec quoi ? = instrument) représente le critère formel pour le classement du circonstanciel. Dans les grammaires, on ne trouve généralement pour avec copulatif que des exemples où la « préposition » se trouve entre des noms animés et toujours en position sujet. On trouve chez Antoine (1962 : 695) : 97
  11. 11. Charlotte SCHAPIRA [21] Le singe avec le léopard / Gagnaient de l’argent à la foire. (La Fontaine, Fables, IX, 3, cité aussi par Grevisse 1964 : § 949) [21a] Le comte Piper avec quelques officiers étaient sortis du camp. (Voltaire) [21b] Ce capitaine, avec cinquante hommes, qui étaient venus pour prendre Elie, sont consumés par le feu du Ciel. (cité aussi par Wilmet 1997 § 701). Ni Antoine ni Grevisse ne distinguent entre avec, comme, ainsi que + N entre virgules ou sans virgules. Pour l’un comme pour l’autre5, en tout cas, une chose est claire : si le verbe est au singulier, avec + SN est complément : [22] Vertumne avec Zéphir menait des danses éternelles. (Chateaubriand) [22a] Cependant Rodolphe, avec Madame Bovary, était monté au premier étage de la mairie. (Flaubert) Si, au contraire, le verbe est au pluriel, c’est qu’avec est employé à la place de et : « le singe avec le léopard … ». Comme nous l’avons déjà dit, les sujets inanimés coordonnés par avec sont rares et, à l’examen, on s’aperçoit qu’ils ne sont possibles queDocument téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université dans la mesure où il existe une relation sémantique privilégiée entre les deux noms : même aire sémantique, relation partie / tout, contenant / contenu ou cause / effet : [23a] ?Dans la nouvelle maison, le toit avec la salle de bains nécessite(nt) des réparations. [23b] Dans la nouvelle maison, les rayons avec les livres seront placées dans le bureau. Voici en effet les exemples de Grevisse : [23c] Le travail avec ses servitudes lui inspira de bonne heure un grand dégoût. (Garçon) [23d] La chaloupe avec un canot seulement se trouvèrent en état de servir. (Mérimée) Sur des centaines d’exemples tirées de textes littéraires et non littéraires de FRANTEXT, je n’ai relevé que celui-ci : [23e] Ah, les Noëls ! Ils en occupaient des pages de l’album, les Noëls avec les vacances qui suivaient. (Clavel) Plus le rapport sémantique entre les deux noms est fort et plus le second nom tend à devenir complément du premier ou, pour employer les termes de Grevisse, il devient un simple accessoire du premier6, ce qui commande un verbe au singulier. Que le verbe s’accorde d’ailleurs au singulier ou au pluriel, entre deux humains, qui représentent toujours des entités distinctes 98
  12. 12. Préposition et conjonction ? Le cas de avec et autonomes, et quelle que soit la position de l’élément introduit par avec à l’intérieur de la phrase, le rapport entre les deux syntagmes est toujours le même, puisque la phrase se laisse toujours réécrire avec le sujet double ou multiple. Conclusion Le but de cette analyse était de montrer que le trait sémantique (+ humain) des syntagmes nominaux reliés par avec constitue un critère valable, permettant de définir le fonctionnement de ce vocable selon trois modes distincts ; qu’il ajoute au moins un élément nouveau en faveur d’un complément d’objet indirect en avec ; qu’il montre avec plus de clarté le jeu de la thématisation d’un des actants dans toutes les catégories analysées et plus particulièrement dans les emplois asymétriques ; qu’enfin, dans les cas relativement nombreux des verbes exprimant le parallélisme d’action des actants, avec fonctionne en vraie conjonction de coordination. À la question : « Préposition ou conjonction ? », il semble donc possible de répondre : « Préposition et conjonction ».Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université NOTES 1. Exemples de Choi-Jonin (1995:122) ; cf. aussi la discussion qui les accompagne. 2. Blanche-Benveniste et alii (1984:39-42) donnent une liste de ces verbes « à trait de complexité », permettant une réalisation valentielle en avec quand le sujet n’est pas au pluriel ; cette liste est aussi citée par Choi-Jonin (1995 : 114-115). 3. Cf., par exemple, la Grammaire Larousse du XXe siècle, § 459, sur les emplois de la conjonction comme à valeur prépositionnelle : rire comme un bossu, un homme comme lui. 4. Grevisse (§ 817 b), Antoine (1962 : 696-697) : « Si avec indique l’accompagnement « de façon telle que l’accompagnateur soit sur le plan de la subordination (le signe le plus sûr en est alors le singulier verbal) – avec fonctionne alors comme préposition. Hausse-t-il au contraire le second terme sur un plan d’équilibre à l’égard du premier [terme] (le signe le plus sûr en est alors le pluriel verbal) – en ce cas avec fonctionne comme conjonction », écrit Antoine. 5. Il est intéressant de noter que, dans cette optique, Emma Bovary devient, dans l’exemple [22a] donné par Grevisse lui-même, « un simple accessoire » de Rodolphe. RÉFÉRENCES ANTOINE G., 1962, La Coordination en français, 2 vol., Paris, d’Artrey. 99
  13. 13. Charlotte SCHAPIRA BLANCHE-BENVENISTE C., DEULOFEU J., STEFANINI J. & VAN DEN EYNDE K., 1984, Pronom et syntaxe. L’approche pronominale et son application au français, Paris, SELAF. BOONS J.-P., GUILLET A., LECLÈRE C., 1976, La Structure des phrases simples en français, Genève, Droz. CADIOT P., 1986, « Remarques sur la différence entre pour et comme », Semantikos, 10/1,2, p. 95-110. CADIOT P., 1988, « Le thème comme synecdoque », Langue Française, 78, p. 9-25 CADIOT P., 1990, « La Préposition avec : grammaire et représentation », Le Français Moderne, 57, p. 152-173. CHOI-JONIN I., 1995, « La Préposition ‘avec’ : opérateur de (dé)composition », Scolia, 5, p. 109-129. CHOI-JONIN I., 1998, « Anaphore associative dans un prédicat simple : le cas du complément avec le N », Analyse linguistique et approches de l’oral. Recueil d’études offert en hommage à Claire Blanche-Benveniste, Leuven-Paris, Peeters. CHOI-JONIN I., « Consommez avec modération vs. consommez modérément : il y a manière et manière », Scolia, 12, à paraître. FRADIN B., CADIOT P., 1988, « Présentation. Une crise en thème », Langue Française, 78, p. 3-8.Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université FRADIN B., 1984, « Anaphorisation et stéréotypes nominaux », Lingua, 64, p. 325- Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 86.70.44.244 - 11/10/2011 21h25. © De Boeck Université 390. Grammaire Larousse du XXe siècle, 1936, Paris, Larousse. GREVISSE M., 1964, Le Bon Usage, Gembloux/Paris, Duculot/Hatier, 8e édition. RIEGEL M., PELLAT J.-C., RIOUL R., 1997, Grammaire méthodique du français, Paris, PUF. WILMET M., 1997, Grammaire critique du Français, Louvain-la-Neuve, Hachette, Duculot. ZASLAWSKI D., 1977/8, « Une hypothèse sur la structure de certaines propositions comparatives : la bithématisation », Semantikos, 2, p. 63-81. 100

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