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campagne de communication audacieuse aux slogans forts : « Drivers can see traffic jams
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de territoire (surtout au niveau économique). Ces premiers acteurs sont évidemment très
importants : par exemple ...
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- « N’est ce pas une intrusion dans la vie privée des gens ? »
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nous ? »
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Analyse :
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J’ai choisi d’interviewer Mme. Gilliard car c’est une experte en open-data,...
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Je vais prendre l’exemple des agents publics : lorsqu’ils doivent réaliser des travaux comme la
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La Smart City est-elle la nouvelle Big Mother ?
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Au delà du concept en vogue, qu'est-ce qu'est vraiment la Smart City, quels sont ses enjeux et surtout, quelle est sa signification à notre niveau en tant que consommateur / citoyen ?

Mémoire de recherche de fin d'études (Master Marketing Digital et Réseaux Sociaux)

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La Smart City est-elle la nouvelle Big Mother ?

  1. 1.                                                                   MÉMOIRE DE RECHERCHE La Smart City est elle la nouvelle Big Mother ? Présenté et soutenu par Marie Chalaux SP4 Marketing Digital et Réseaux Sociaux Pilote de mémoire : Madame Florence Lepage
  2. 2.   2   Remerciements         Ce mémoire est le résultat d’un travail de recherche de près de six mois. En préambule, je veux adresser tous mes remerciements aux personnes avec lesquelles j’ai pu échanger et qui m’ont aidé pour la rédaction de ce mémoire. En commençant par remercier tout d’abord Madame Florence Lepage, pilote de ce mémoire, pour son aide précieuse et pour le temps qu’elle m’a consacrée. Merci à Mesdames Heinz et Rodriguez, responsables scolaires à Sup de Pub qui ont su me guider vers les bonnes références et m’adresser toutes les informations nécessaires. Merci à Monsieur Delpont, qui m’a accordé un peu de son temps et m’a transmis des références d’études sur certaines de mes recherches, de précieuses informations et de très utiles contacts. Merci à Madame Gilliard, qui a bien voulu répondre à mes (nombreuses) interrogations, a accepté d’échanger avec moi sur mon sujet de recherche et m’a confié des contacts. Merci à Monsieur Quenet, dont les réponses à mes questions m’ont beaucoup aidé et éclairé sur ma problématique. Enfin, je tenais à remercier Monsieur Cherrier, mon maître de stage, pour m’avoir toujours répondu lorsque je m’interrogeais et qui m’a fait découvrir tout un passionnant univers technologique et scientifique. Enfin, j'adresse mes plus sincères remerciements à mes proches, qui m'ont accompagné, aidé, soutenu et encouragé tout au long de la réalisation de ce mémoire.                    
  3. 3.   3   Sommaire   Introduction.....................................................................................................................................................................................p5 Première partie : revue de littérature.......................................................................................................p7 1. Smart City..................................................................................................................................................................................p7 a. Définition : qu’est ce qu’une ville intelligente ?.......................................................................p7 b. Comment se crée-t-elle ? Comment fonctionne-t-elle ?.....................................................p8 c. Exemples.......................................................................................................................................................................p12 I. En France / Europe................................................................................................................................p12 II. À l’échelle mondiale............................................................................................................................p14 III. Dans le futur...............................................................................................................................................p15 2. Le Big Data...............................................................................................................................................................................p16 a. Définition : qu’est ce que c’est ? ...........................................................................................................p16 I. La data.............................................................................................................................................................p16 II. Le traitement des datas.......................................................................................................................p18 b. Le Big Data dans la vie de tous les jours.......................................................................................p20 c. Les objets connectées (de demain : révolution des usages mais aussi une nouvelle source de données et d’informations..........................................................................p22 3. Aujourd’hui.............................................................................................................................................................................p25 a. Nos données...............................................................................................................................................................p25 I. Leur importance.......................................................................................................................................p25 II. Que savons nous vraiment ? .........................................................................................................p26 b. Le futur...........................................................................................................................................................................p27 4. Problématique......................................................................................................................................................................p29 Deuxième partie : études-terrain...................................................................................................................p30 1. Étude quantitative..................................................................................................................................................p30 2. Études qualitatives................................................................................................................................................p34 a. Interview de M. André Delpont.....................................................................................................p34 b. Interview de Mme. Armelle Gilliard.........................................................................................p40 c. Interview de M. Gurvan Quenet....................................................................................................p46
  4. 4.   4   3. Recommandations..................................................................................................................................................p51 4. Conclusion........................................................................................................................................................................p52 5. Bibliographie.................................................................................................................................................................p53                                        
  5. 5.   5   Introduction « La ville est ce qu’elle est parce que nos citoyens sont ce qu’ils sont » Platon Aujourd’hui   quand   vous   vous   levez   le   matin,   votre   frigidaire   vous   indique   sa   température  et  les  aliments  qu’il  contient,  la  lumière  s’allume  spontanément  quand  vous   passez  devant  un  capteur,  vous  avez  programmé  votre  machine  à  café  pour  8h  du  matin.   Lorsque  vous  marchez  dans  la  rue,  des  caméras  de  surveillance  bougent  en  même  temps   que   vous   passez   devant   elles,   les   portes   des   magasins   s’ouvrent   automatiquement   à   votre  passage.  Dans  votre  poche  votre  smartphone  vous  indique  le  nombre  de  pas  que   vous  faites,  le  nombre  de  calories  que  vous  devez  consommer  en  fonction  de  votre  poids   /  taille,  combien  de  followers  ont  retweeté  votre  dernier  post.  Mais  vous  ne  remarquez   pas   cela,   ou   du   moins   cela   ne   vous   surprend   plus,   cette   connectivité   est   devenue   familière  :   nous   sommes   tous   dans   un   écosystème   de   plus   en   plus   digitalisé,   technologique,  intelligent.     En  effet,  ces  objets  électroniques  que  nous  connaissons  bien  ont  grandement  évolué  ces   dernières   années.   Leurs   moteurs   encombrants   ont   été   remplacés   par   des   microprocesseurs   surpuissants,   des   algorithmes   complexes   utilisés   pour   analyser   des   quantités   astronomiques   d’informations,   leurs   designs   repensés   pour   correspondre   à   nos  modes  de  vies  etc.  Ils  s’adaptent  maintenant  naturellement  à  notre  environnement   pour  devenir  de  plus  en  plus  performants.  Aujourd’hui,  des  capteurs  peuvent  mesurer   votre  pouls  et  vous  donner  des  conseils  quant  à  votre  santé,  des  applications  prédisent   les  embouteillages  avant  qu’ils  ne  se  produisent,  et  à  Singapour  la  chasse  de  certains  WC   ne   s’enclenchent   que   si   le   savon   est   utilisé.   Et   ce   n’est   que   la   partie   immergée   de   l’iceberg,  car  ces  quelques  exemples  montrent  que  ces  machines  devenues  habituelles   prennent  peu  à  peu  le  contrôle  sur  nous.     À  mesure  que  l’accès  à  internet  est  de  plus  en  plus  simple,  que  la  connexion  entre  les   supports   est   de   plus   en   plus   fluide,   que   nous   possédons   de   plus   en   plus   d’objets   connectés  et  que  la  population  humaine  croit,  nous  sommes  entrés  non  pas  dans  une   révolution   technologique   mais   dans   un   changement   d’ordre   historique  :   la   smart   city.  
  6. 6.   6   Cette  ville  intelligente  est  capable  d’évaluer  nos  besoins  et  comportements  pour  réaliser   des  prédictions  et,  à  terme,  améliorer  notre  qualité  de  vie.  Et  nous  serons  de  plus  en  plus   nombreux   à   connaître   ce   changement  :   selon   le   World   Urbanization   Prospects   des   United   Nations   nous   serions   54%   de   la   population   mondiale   à   vivre   en   ville,   et   cela   montera  à  66%  d’ici  2050,  soit  6,5  milliards  d’urbains.1       Pour  cela,  elle  utilise  des  informations,  nos  informations.     Chaque  jour,  chaque  heure,  chaque  seconde  nous  envoyons  des  données.  Du  simple  SMS   aux  sites  internet  que  nous  visitons,  en  passant  par  l’emprunt  d’un  vélo  en  libre  service   ou  le  téléchargement  d’une  application,  nous  fournissons  aux  opérateurs  des  milliards   de  renseignements.  Nous  sommes  surveillés,  analysés,  décryptés,  partout,  tout  le  temps.   Mais  ces  «  capteurs  de  vie  »  s’inscrivent  si  bien  dans  notre  cadre  de  vie  que  nous  ne  les   voyons  pas,  et  surtout  nous  ne  nous  doutons  pas  de  la  quantité  d’informations  que  l’on   fourni.   Mais   toutes   ces   données,   ces   datas   sont-­‐elles   vraiment   indispensables   pour   le   fonctionnement   de   cette   ville   intelligente  ?   Relèvent-­‐elles   de   la   vie   privée   ou   doivent   elles   être   obligatoirement   collectées   et   analysées   pour   la   bonne   marche   de   la   smart   city  ?     Dans   un   premier   temps   j’analyserai   le   fonctionnement   et   les   enjeux   de   la   Smart   City,   puis  j’expliquerai  le  phénomène  du  Big  Data  et  sa  corrélation  avec  les  objets  connectés.   Enfin  je  poserai  un  «  état  des  lieux  »  de  notre  situation  actuelle  en  temps  que  citoyens  /   futurs  citoyens  de  cette  ville  intelligente.                                                                                                                                       1 Source : http://esa.un.org/unpd/wup/Highlights/WUP2014-Highlights.pdf
  7. 7.   7   Première partie : de littérature 1. Smart City a. Définition : qu’est ce qu’une ville intelligente ? Très en vogue ces temps-ci, la Smart City est pourtant un concept dont les origines remontent à plusieurs milliers d’années. En effet, les premiers marchés, temples et palais qui s’élevèrent parmi les champs irrigués au Moyen Orient étaient les premiers « noyaux physiques » des réseaux sociaux dévoués au commerce, travail et gouvernement. Au fur et à mesure que la santé et la culture se développaient, l’écriture a été inventée pour laisser des traces de toutes ces transactions : c’était la première technologie de l’information. Et depuis, elle n’a cessé de grandir et de s’adapter à mesure que l’humanité faisait des progrès et grandissait. Cette notion de technologie de l’information est capitale, puisque elle est fondamentalement liée au concept de Smart City. Mais qu’est ce qu’une ville intelligente ? Selon le site www.wikipedia.com , c’est « un type de développement urbain apte à répondre à l'évolution ou l'émergence des besoins des institutions, des entreprises et des citoyens, tant sur le plan économique, social, qu'environnemental ». Si l’on pose la question à quelqu’un, celui- ci va répondre par des exemples concrets comme les véhicules en libre services ou la transformation de zones industrielles délabrées en parcs. Mais notre vision doit être plus large, et la question devrait être « qu’est ce que l’on veut qu’une smart city soit ? », et il y a plusieurs réponses selon différents points de vue. Demandez à un développeur d’application mobile et il décrira une vision d’interactions sociales et d’expériences dans les espaces publics, demandez à un maire et il vous dira que tout est question de solidarité, d’engagement et de démocratie. Une Smart City, c’est une ville qui englobe toutes ces opinions et qui résout tous les problèmes qui en émanent. Ainsi le véritable challenge est de concilier ensemble toutes les solutions possibles, tout en préservant la spontanéité et les opportunités ; par là j’entends qu’il ne faut pas que cette ville intelligente devienne un observatoire, une chambre de surveillance. De plus, elle se doit d’inclure tout le monde, d’être participative et doit pouvoir répondre aux besoins de chacun. La smart city ne repose donc pas seulement sur des ingénieurs et techniciens, mais est le résultat « d’efforts » et d’une pensée commune.
  8. 8.   8   C’est pourquoi, comme dit précédemment, la technologie de l’information et sa vitesse de diffusion sont très importantes car elles se combinent avec les infrastructures, l’architecture, l’économie, l’environnement mais aussi les objets de tous les jours et même nos propres corps ! C’est grâce à ces technologies que la ville devient intelligente, en cela qu’elle répond à nos besoins, nos nouvelles attentes : en résumé, qu’elle nous rend la vie plus facile. Et nous l’utilisons tous les jours, diffusant des milliards de milliards de données chaque jour dans les clouds. Nos objets du quotidien sont devenus de véritables capteurs, enregistrant nos faits et gestes. Ce sont les fondements de la ville intelligente puisque c’est grâce à toutes ces données qu’elle « s’adapte », mais ce sont aussi des « parties de nous » qui sont utilisées, étudiées, vendues, échangées etc. Est-ce le prix à payer pour une ville intelligente ? b. Comment se crée-t-elle ? Comment fonctionne-t-elle ? Pour fonctionner, la smart city utilise nos données, mais comment les a t elle ? La ville intelligente, doit être comme son nom l’indique, intelligente. Cela veut dire qu’elle doit nous permettre de vivre agréablement dans un environnement conçu et pensé pour résoudre nos problèmes, quotidiens et globaux. Aujourd’hui, l’architecture des bâtiments en pensé, certes en tant qu’ « œuvre d’art » (à un certain niveau) mais surtout en termes d’économie d’énergie et d’écologie. Lorsqu’on entre dans un bâtiment public ou privé, il n’est pas rare de trouver des panneaux digitaux nous indiquant notre position à l’intérieur de celui- ci, celles des commerces / bureaux, les évènements qui s’y déroulent en temps réel etc. Afin de pousser les habitants à ne plus utiliser de voiture en ville, des systèmes électriques de véhicules en libre-service ont été installés, répondant aux problèmes de pollution et de congestion automobile des villes. Ces exemples montrent les innovations devenues nécessaires aux villes actuelles pour qu’elles s’adaptent à l’augmentation de la population et de nos besoins. En effet, la Smart City est finalement l’évolution logique de notre ville actuelle, reposant sur les nouvelles technologies et l’optimisation de celles-ci. Il y a plusieurs acteurs dans cette modification de la ville / création de la ville intelligente. Les acteurs historiques sont IBM et Cisco, des multinationales privées qui développent des stratégies de Smart City. IBM a dépensé des millions de dollars a éduquer de maires, employés administratifs et citoyens concernés à « élever la ville » ; ainsi qu’en diffusant une
  9. 9.   9   campagne de communication audacieuse aux slogans forts : « Drivers can see traffic jams before they happen » ou « Phone reduce their own footprints ». Le grand « principe » de ces stratégies est de « mesurer le pouls de la ville » grâce à des capteurs : GPS, codes barres, tickets de caisse... tous ces détecteurs permettent d’analyser des données et d’améliorer à terme notre condition de vie urbaine. Siemens est également un acteur majeur du développement de Smart Cities. En plus de créer et développer des réseaux de télécommunication et de transports, l’entreprise se dirige ces dernières années vers les smart grids et les rendre intelligents. Que sont les Smart Grids ? Des réseaux de distribution électriques utilisant les nouvelles technologies informatiques afin d’optimiser la production, la consommation, la diffusion : l’ensemble du réseau. L’ajout des technologies informatiques permet de réduire les capacités de production les plus couteuses et la pollution, d’économiser l’énergie, de sécuriser le réseau et les couts généraux. De plus, l’étude de leurs datas sera aussi précieux que l’énergie en elle- même puisque cela permettra « d’ajuster » sa consommation et d’augmenter son efficience. Ils permettent de répondre à la demande grandissante de consommation et sont ainsi des parties intégrantes des Smart Cities. Comme le dit Anthony M. Townsend, les « smart grids sont le système circulatoire qui transmet l’énergie vitale de l’électricité en ville »2 . Une des révolutions de ces dernières années a aussi été la multiplication des écrans et de la vidéo haute définition. Avec la fibre, il est aujourd’hui de plus en plus facile d’avoir des conversations vidéo avec nos amis, famille, collègues aux quatre coins du globe. C’est le pari de Cisco, qui affirme que le réseau de télécommunication vidéo sera un élément essentiel de la Smart City. Imaginez par exemple une femme enceinte ressentant ses premières contractions appelant en visio-conférence son gynécologue directement depuis chez elle puis continuant la conversation dans l’ambulance grâce à un écran installé dans le véhicule. Imaginez-vous commencer la journée avec un cours en direct de Yoga ; votre enfant suivant plus tard un cours particulier d’espagnol avec un professeur à l’autre bout du monde. Ces écrans seront ainsi un moyen de communication et d’interaction, mais également capable d’enregistrer et de mesurer notre activité ; et cela absolument partout : notre foyer, transports en commun, taxis, bureaux, écoles etc.                                                                                                                 2  Source : Smart Cities, Anthony M. Townsend, 2013  
  10. 10.   10   La Smart City s’est également construite autour d’un moyen qui s’est considérablement développé depuis ces trente dernières années qui nous est aujourd’hui indispensable : internet, et particulièrement son passage d’un état « physique » (souvenez vous, brancher les câbles d’alimentation et de connexion...) à son statut aujourd’hui « Wireless », sans fil. Si cette révolution a été moins « notable », c’est sans doute à cause de son long processus et de son évolution logique, du télégramme aux ondes radiophoniques. Aujourd’hui à mesure que les villes grandissent, la demande augmente, et les systèmes de télécommunication aussi : la 3G qui a évolué en une plus rapide 4G (et bientôt la 5G !), la vidéo en ligne (Ericsson, créateur d’équipements mobiles et de réseaux a dit en 2011 que les 5 à 10% d’utilisateurs majeurs de smartphone sont prêts à passer jusqu’à 40minutes par jour à regarder des vidéos en ligne3 ) etc. Aujourd’hui il est plus simple de régler son réseau opérateur sur l’antenne au bout de notre rue que sur une tour « générale » à plusieurs kilomètres ; ce qui économise l’énergie et les couts de production. Mais à mesure que ces nouvelles technologies de communication émergent, nous devenons de plus en plus dépendants d’elles : nous ne sommes plus enchaînés à nos bureaux, à nos téléphones fixes, nos machines à écrire ; à la place ils nous ont permis (forcé ?) de fusionner avec nos appareils. Comme l’a dit le sociologue James E. Katz, il y a des « machines qui deviennent nous »4 . Et ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Nicola Tesla, dès 1926, a dit « Quand le sans-fil est parfaitement appliqué la Terre entière sera converti en un énorme cerveau, ce qu’en fait elle est, toutes les choses devenant des particules d’un ensemble réel et rythmique. Nous serons capables de communiquer les uns aux autres instantanément, sans se soucier de la distance. Non seulement cela, mais au travers de la télévision et du téléphone nous nous verrons et nous entendrons les uns les autres aussi parfaitement qu’en face à face, en dépit des distances intermédiaires de milliers de kilomètres ; et les instruments au travers desquels nous serons capables de faire cela seront étonnamment simples comparés avec notre téléphone actuel. Un homme pourra en transporter un dans la poche de sa veste »5 . Ce célèbre scientifique était ainsi un formidable visionnaire, en prédisant le futur 50 ans auparavant. Génial, ou effrayant ?                                                                                                                 3  Source : http://www.ericsson.com/news/111012_mobile_data_traffic_244188808_c   4  Source : Machines That Become Us : The Social Context of Personal Communication Technology, 2003   5  Interview de Nikola Tesla par John B. Kennedy pour le magazine Colliers, le 30 janvier 1926.  
  11. 11.   11   La ville intelligente résout également les problèmes d’ordres administratifs, en augmentant l’efficience des services publiques et leur rapidité, en fluidifiant les processus ; mais en cela ne déshumanise-t-elle pas peu à peu la fonction publique en remplaçant l’humain par la machine et le réseau électronique ? La mise en place de l’open-data, dans une volonté d’idéal démocratique (littéralement le pouvoir au peuple) a rendu les administrations plus intelligentes, transparentes mais quelque part managées à la manière d’une entreprise. Le succès du crownfunding ou économie participative vient également de cette mouvance, les citoyens aidant à financer des projets municipaux tout en y participant et en proposant leurs idées. Mais n’est-ce pas surestimer la volonté d’implication de la population dans la vie urbaine ? En effet, on peut penser que ce sont surtout les personnes sensibles aux nouvelles technologies qui seront le plus susceptibles de participer à ce genre de projet. Dans la même optique, la Smart City améliore également la sécurité, en mettant en place des outils préventifs et prédictifs. Par exemple, la ville de New York s’est doté de WindyGrid, regroupant plus d’une dizaine de groupes d’information (911, flux des caméras de surveillance, tweets publics etc.). On peut aussi penser au service impitoyable de surveillance londonien avec des caméras à tous les coins de rue, mais également prendre l’exemple du service de surveillance censé contrôler et repérer les accidents de voiture en Nouvelle- Zélande, auquel on a rajouté un système de reconnaissance faciale lors d’une mise à jour ; et dans ce cas-là les citoyens n’ont pas eu leur mot à dire ! Le scandale de la NSA et des écoutes téléphoniques peut être également considéré comme une autre dérive des collectes de données, au nom de la protection militaire. Ce type de surveillance accrue ne transformerait elle pas la ville en un immense observatoire de ses citoyens ? Et le risque est que cela détruise ses capacités de spontanéité et d’adaptation qui lui ont permis de se développer et d’évoluer jusqu’à aujourd’hui. La ville intelligente est interconnectée, programmable, modulable. Elle se construit grâce à des milliards de milliards de données émises à chaque seconde, où que l’on soit. Elle les analyse, les calcules, en tire des schémas et retranscris ces modèles sous forme de solutions censées résoudre nos problèmes de citoyens urbains. Car c’est cela, la vraie définition de la Smart City : une ville gérée et construire de façon plus efficiente et démocratique afin d’améliorer la vie des collectivités et de la population. Mais c’est également un endroit où se mêlent données publiques et privées, donc un vivier potentiel de surveillance.
  12. 12.   12   c. Exemples I. En France / Europe France Issy-Les-Moulineaux est probablement l’exemple français le plus parlant, avec pour ambition affichée de devenir la première Smart City en France. En effet depuis 2011 a été mis en place le projet IssyGrid, destiné à la création d’un quartier intelligent dans la ville et visant à optimiser et augmenter l’efficience de la production et de la consommation des énergies. Cette « concentration intelligente » regroupe plusieurs groupes, comme Alstom, EDF et ErDF, Total mais aussi Bouygues Telecom, Microsoft et d’autres grands noms de la vie urbaine et de l’énergie. Ce projet ambitieux doit relever ce challenge d’optimisation de l’énergie à l’échelle d’un simple quartier. Ce projet vient de la croissance des demandes en matière d’énergie de ces dernières années, dues à l’augmentation de la population de la ville. Il faut également que ces installations soient rentables et permettent, à terme, de réduire les couts pour la communauté. IssyGrid devrait répondre au problème concernant le champ d’action à échelle humaine : comment les consommateurs peuvent agir afin de réguler et d’optimiser leur consommation d’énergie. Des capteurs seront donc installés sur les appareils électroniques et ménagers, afin que les particuliers puissent visualiser clairement et en temps réel leur consommation réelle et les couts qui en découlent ; ces informations seront diffusées publiquement et à disposition des citoyens. De plus, la ville s’est également engagée à simplifier les démarches administratives des habitants en installant des services pratiques en ligne, ainsi qu’à améliorer la mobilité urbaine en mettant à disposition l’application mobile Zenbus (avec un service de géolocalisation des transports publics dans la ville) ou avec l’application PayByPhone qui permettra de payer son stationnement directement en ligne depuis son téléphone. À Lyon s’est construit en 2013 la Smart Data, la stratégie de Smart City déployée par le Grand Lyon. L’idée de départ étant de répondre à trois objectifs : être capable de « faire », la mise en avant de nouveaux services citoyens et principalement développer l’économie, afin de créer de l’innovation au sein de celle communauté intelligente. La Smart Data est nourrie de projets autour des énergie et de la mobilité urbaine, et regroupe sur son site ses données ainsi que les datas de ses partenaires, Air Rhône-Alpes, la ville de Lyon et JC Decaux. Le Grand Lyon a signé plusieurs licences afin que ces informations servent au développement de
  13. 13.   13   la Smart Data et à l’émergence d’un environnement concurrentiel équitable et dans le but de protéger ses datas et la propriété de ces dernières avec ces entreprises. Ce projet a également pour but de rapprocher entre elles les communes du Grand Lyon et de mettre en « libre service » les données publiques. On peut penser que cette « appropriation des citoyens » de cet open-data aura des effets bénéfiques sur la démocratie et son fonctionnement6 . Une autre ville française ayant pour ambition de devenir une Smart City, c’est Bordeaux, devenue d’ailleurs Bordeaux Métropole. La ville a compris il y a longtemps déjà l’importance des nouvelles technologies de télécommunication, notamment par exemple avec celle de la NFC permettant de payer avec son smartphone ; Bordeaux a d’ailleurs été récompensée en 2011 par le ministère de l’économie, devenant le «  territoire leader du mobile sans contact  ». Les Bordelais peuvent ainsi aujourd’hui régler leurs achats, leurs places de stationnement, louer un VCub grâce à leurs téléphones et bientôt payer des frais administratifs (crèches, cantines au sein d’établissements scolaires, inscriptions sur les listes électorales, abonnement à une bibliothèque etc.). La municipalité organise régulièrement des manifestations destinées à créer une véritable culture du numérique dans la ville avec par exemple la Semaine Digitale, ou le 1er forum Smart City le 3 avril 2015. Cette volonté de l’administration bordelaise de rendre la ville plus « numérique » et intelligente est très forte : écoles équipées de tablettes numériques, leçons et encouragements à aller vers le numérique destinés aux jeunes enfants et seniors, accès Wifi gratuit, ouvertures de quartiers numériques et technologiques etc. Tout cela a pour but de rendre le citoyen bordelais plus solidaire et participatif dans la vie de sa ville ; de même des plateformes d’open-data et de discussion entre l’administration et les citoyens ont été développées, afin d’encourager le dialogue entre « la bureaucratie » et les citoyens, ainsi que pour mettre à leur disposition d’énormes quantités d’informations. C’est également un moyen de stimuler l’économie de la ville : en attirant de nouvelles entreprises, en augmentant l’émergence du numérique et en développant les moyens de transport (ligne de TGV) la ville acquiert une image prestigieuse en matière d’innovation numérique – elle a d’ailleurs été labellisée French Tech. On compte de nombreuses entreprises ayant participé à cette « aura » : CDiscount, Asobo, Concoursmania, Helileo, Insiteo, Be Tomorrow etc. Fin 2016 va d’ailleurs s’ouvrir la Cité numérique Bordeaux Métropole Aquitaine qui va regrouper de nombreux projets en lien avec la Smart City (TIC-Santé, animation 3D et jeux vidéos, M- Commerce etc.) avec pour projet de créer plus de 25000 nouveaux emplois d’ici 15 ans.                                                                                                                 6  Sources : http://data.grandlyon.com  
  14. 14.   14   Bordeaux a pour ambition un rayonnement européen voire international dans la sphère des Smart City7 . II. À l’échelle mondiale Un autre exemple de Smart City : Amsterdam. Depuis 2009, la ville a lancé son programme ASM (Amsterdam Smart City) avec pour objectif principal la diminution des émissions de CO2, de plus de 40%. Afin de répondre à cette demande, la ville a mis en place des innovations regroupées en 5 thématiques : travail, mobilité urbaine, logement, services et open-data. Un des projets notamment a été la création d’espaces de coworking, construits à proximités des quartiers résidentiels afin de répondre au problème de congestion des transports et de voies de circulation urbains et ainsi de diminuer l’impact de ces migrations sur l’environnement ; mais permet aussi de diminuer de 50% la surface des bureaux municipaux ! Une des premières étapes de ce projet a été de situer ces espaces de travail à proximité des lieux d’embouteillage, afin de forcer les automobilistes à s’arrêter, ce qui fut un échec car ces derniers rechignant à modifier leur trajet. Ainsi ces espaces de coworking ont été créés de façon a être accessibles en moins d’un quart d’heure en vélo des zones résidentielles. Cet exemple montre bien la flexibilité et la capacité d’adaptation du programme. Mais ASC c’est aussi plus de 70 partenaires et une trentaine de projets comme celui-ci en cours de développement. La multiplicité de ces projets et leur avancée à différentes étapes et échelles a pour but final de changer la façon de voir et de penser la ville. La capitale sud-Coréenne Séoul est également un autre modèle de Smart City. Selon son maire, Park Won-soon, « la clé pour devenir une société intelligente est la communication à niveau complètement différent. La ville utilise par exemple un moyen de paiement sous forme de carte appelé T-Money permettant à ses habitants de régler les transports urbains (plutôt utile dans une cité comportant quelques 765 bus et 9 lignes de métros !). Les citoyens peuvent également Upass, la première carte intelligente sans contact commercialisée intégrant la 4G et le Wifi dans toutes les stations de métro et wagons. Dans ces stations sont également installés des panneaux connectés optimisés permettant aux usagers de visualiser en temps réel le trafic et la meilleure solution pour leurs voyages ; ces panneaux visualisent également d’autres lieux comme des restaurants ou attractions touristiques. T-Money est aussi conçue pour être coordonnée aux banques, écoles, hôpitaux et immobilier. Cette application est également utilisée pour regarder des informations, s’informer quant à la météo ou à la finance. La                                                                                                                 7 Voir études Smarter City pour Bordeaux Euratlantique, 2012 dans « Annexes »
  15. 15.   15   « transformation » de Séoul en Smart City s’est déroulée en plusieurs étapes : la construction d’infrastructures intelligentes, la création et l’accès à des services intelligents et dernièrement leurs développement. À la fin de 2015, 80% de la population urbaine va devenir « intelligente » et 30% d’entre eux auront une télévision intelligente, et afin d’améliorer la fluidité et la croissance de cette ville intelligente, le Wifi sera disponible partout dans la cité. La municipalité a également pour volonté d’éduquer les communautés aux nouvelles technologies et donne depuis 2012 gratuitement des objets technologiques déjà utilisés aux seniors, handicapés et familles avec peu de moyens ; le but étant de distribuer un million de smartphones et de tablettes d’ici 2015. Le programme U-Health Care permet également de proposer des check-ups de santé et un suivi médical grâce aux équipements de technologie intelligents. De plus, la stratégie de Smart City de Séoul incluse également une communication plus simple des services administratifs en ligne, de sécurité publique et des informations plus sécurisées. Séoul est peut être la ville la plus « Smart » au monde, grâce à cette volonté de partage et de réseaux de communication globalisés. « Une Smart City induit une communication de personne à personne, entre la population et les agences, entre les citoyens et les espaces administrations, d’êtres humains toujours au centre de tout. Une Smart City est également caractérisée par un niveau de partage sans précédent » ajoute Park Won- soon. III. Dans le futur Quelle sera la Smart City du futur ? Comment va-t-elle évoluer ? Bien que nous n’ayons pas la réponse, nous pouvons nous risquer à quelques hypothèses. Tout d’abord, il apparaît nécessaire de mettre l’humain et ses besoins au centre de la ville intelligente et de briser ce schéma grandissant de contrôle. Construire et créer « intelligemment » est également une nécessité : pour chaque software urbain, le faire simple, modulable et open source, pour chaque flux de data généré, l’archiver et le rendre aussi transparent et accessible que possible. On pourrait trouver des dizaines d’autres exemples concrets, mais l’important reste la place centrale du citoyen, de l’humain dans la ville. En effet, le but de la Smart City est de s’adapter et d’évoluer afin de répondre aux problèmes de la vie urbaine, mais aujourd’hui elle tend à devenir un laboratoire d’observation et de surveillance grandeur nature, répertoriant chacun de nos faits et gestes, analysant et calculant nos informations jusque dans nos foyers, voire nos corps !
  16. 16.   16   En effet, ce sont ces données qui « font » les Smart Cities, c’est grâce à toutes les informations que nous transmettons et diffusons parfois le plus souvent « malgré nous » que la ville est capable de s’adapter à nos besoins. Mais tout cela reste assez vague et soulève des questions : si la Smart City se construit avec ces / nos datas, comment les obtient-elles ? Concrètement, que sont ces informations et que racontent-elles sur nous ? 2. Le Big Data a. Définition : qu’est ce que c’est ? I. La data & le Big Data La Smart City est une évolution quasiment logique de nos villes, dans notre ère actuelle caractérisée par le numérique, et la particularité de cette nouvelle ère c’est l’augmentation continue et grandissante de la création de données et des technologies qui permettent de les traiter dans le but d’en tirer de l’information. C’est une transformation radicale de notre société et de notre façon de vivre en général : métiers, usages, consommation, et même notre façon de nous comporter en société ! Et ce sont ces renseignements qui, en ne cessant de croitre et dont l’accès devient de plus en plus « public », permettent la progression de l’économie et de la société en général. Ainsi ce que nous appelons « révolution digitale » est centrée sur ces données, et à leur exploitation. C’est ce qu’on appelle le Big Data. Ce terme englobe toutes les technologies, professions et concepts qui permettent l’exploitation de toutes les données produites par l’Homme, que cette production soit volontaire ou non. Et ce phénomène nous touche tous, à plusieurs niveaux : pour une entreprise, il va s’agir de contenir toutes ces données en interne ou en externe, et d’analyser leur impact au niveau opérationnel, stratégique ou décisionnel. Pour une municipalité, cela permet d’avoir plus d’informations sur le système de santé, de sécurité, recherche, e- citoyenneté etc. Au niveau personnel, ces datas peuvent à terme permettre de mieux « cerner » nos besoins et d’y répondre, mais cela signifie surtout que nous émettons des quantités gargantuesques de données ! En l’espace de deux années, nous avons généré autant de données que depuis le commencement de l’humanité !
  17. 17.   17   Le Big data est caractérisé par les 3V, volume, vélocité et variété. Au départ nous calculions les mesures grâce aux nombres, aux dimensions, aux poids et aux valeurs. Et puis, au fur et à mesure que le progrès scientifique avançait, nous avons découverts de nouveaux ordres de grandeurs : l’intensité du courant, les fréquences d’onde, la pression du gaz, le spin d’un électron etc. Ainsi, l’analyse du volume des données se « perfectionne » naturellement au fur et à mesure que la science avance, et c’est également valable pour l’être humain. Pendant longtemps, nous nous mesurions, nous pesions, nous prenions notre température, son rythme cardiaque, sa tension quand nous étions souffrants, aujourd’hui grâce aux objets connectés (self trackers) nous pouvons enregistrer notre activité physique, notre pouls, le nombre de pas que l’on fait dans une journée, mais aussi analyser ce que l’on mange, notre consommation de cigarettes, notre tension etc. En l’espace de relativement très peu de temps, nous avons multiplié par cent le nombre de données que l’on peut mesurer, enregistrer et analyser ; cette analyse permet de mieux appréhender notre environnement et de « prévoir plus facilement », c’est par exemple plus simple d’analyser des datas que de réaliser de longs et couteux sondages ! Aujourd’hui le principal problème n’est en fait pas de rechercher des datas, mais de pouvoir analyser ces quantités gigantesques d’informations et de le faire en distinguant les données statiques de celles dynamiques. C’est ainsi qu’apparaît le 2nd V , la vélocité. Il s’agit donc d’analyser des centaines, milliers voire dans certains cas de millions de données de manière organisée : temporelle ? Sémantique ? Géolocalisée ? Analyser « un sentiment » en général ? Tout dépend de ce que l’on souhaite extraire comme information. Pour la communication et particulièrement dans le cas du display, il est capital de contextualiser l’information afin de proposer des recommandations les plus fines et adaptées possibles aux consommateurs. Pour cela des techniques de geofencing et de RTB (Real Time Bidding) ont été mises en place car c’est la pertinence de la mesure qui compte. Aujourd’hui, il faut donc analyser les données dans leur contexte et dans leur instantanéité. Le 3e V est celui de la variété. Dans son ouvrage Big Data: A Revolution That Will Transform How We Live, Work, and Think (2013), Viktor Mayer-Schönberger parle de « datafication » de la société, où l’on prend des éléments qui n’ont jamais été traitées comme des datas et où on les transforme en un format quantifié numérique. Par exemple l’analyse de textes grâce à ce procédé permet de trouver des corrélations et schémas entre les personnages d’un même roman, d’en déduire leur relation ! C’est pour cela qu’aujourd’hui forums, blogs et réseaux
  18. 18.   18   sociaux sont de formidables puits d’informations sur le sentiment général de leurs abonnés. On commence également à analyser le son, en enregistrant des mots, des sons et des conversations afin, et à terme pourquoi ne pas imaginer des systèmes de reconnaissances vocales dédiés aux services clients afin d’analyser le sentiment de leurs consommateurs ? L’image est également un domaine très large en terme de recherche d’informations. Aujourd’hui on utilise surtout la reconnaissance numérique dans le cadre de la surveillance, mais on peut penser que dans un futur proche la reconnaissance faciale servira à analyser les expressions et la gestuelle du client afin d’optimiser le processus de vente. II. Le traitement des datas Afin de stocker et de traiter toutes ces données, des datas warehouse ont été créées dans les années 1990 et se sont répandus depuis. Ils sont employés par exemple dans les domaine du marketing ou de la gestion et ont plusieurs buts : par exemple la simulation d’un changement au niveau des prix et l’impact que cela aura au niveau des ventes et de la marge, ou encore de créer et de comparer des rapports de vente au niveau régional. Ces entrepôts de données ont cette grande utilité de rassembler toutes les informations au même endroit et d’alléger les bases de données internes ; on pourra par exemple y trouver des dossiers/fichiers clients, des rapports sur les ventes, l’ensemble des contacts, des historiques etc. Mais cela nécessite que l’entreprise exécute un long processus de traitement et de nettoyage des données ; c’est une tâche couteuse et dont la gestion représente un budget conséquent et de fréquentes mises à jour. Ces entrepôts sont alimentés grâce à des outils technologiques (ETL, Extract, Transform ou Load par exemple) et fournissent aux mécanismes d’analyse des rapports et leur permettent d’explorer ces données selon plusieurs critères : la géographie, le temps, les gammes de produits et l’organisation ; c’est le principe du cube multidimensionnel et du data- mining. Ces datas warehouse sont différents des projets Big Data dans le sens où ces derniers ne traitent pas les données mais les enregistrent directement et en n’en analysant que quelques unes à la volée, celles qui semblent les plus pertinentes. Les entrepôts de données sont donc destinés à élargir et améliorer leurs offres en faisant cohabiter données et Big Data afin de ne pas se laisser distancer par ses concurrents. Au début des années 2000, il a fallut trouver des solutions plus simples, moins couteuses et répondant à ces « valeurs » : aller chercher des données à l’extérieur (sur d’autres sites web par exemple), les garder et les emmagasiner sur de plus longues durées, les organiser / trier,
  19. 19.   19   croiser leurs sources (un des fondements du Big Data), être capable d’analyser parfois de très longues séries d’informations et générer une chaine de traitement selon une action donnée. Le Big Data, c’est un assemblage d’outils d’analyse qui explorent des données, et fonctionne grâce à des moteurs analytiques conçus pour traiter de manière massive des données. Ces moteurs comprennent des systèmes de découverte de données non structurées et de leurs natures ainsi que des modules de recherches de modèles (patterns) qui peuvent être quantitatifs ou qualitatifs. Les résultats peuvent également être sauvegardés et réutilisés pour des traitement ultérieurs, ou servir pour d’autres modèles. Il faut ajouter à cela les outils de prédiction : ce sont eux qui servent par exemple pour prédire l’état du réseau routier en prenant en compte diverses informations, comme la prise en compte d’accidents, la météo, les vacances, l’heure etc. Ils permettent de croiser un nombre très important de données, surtout que celles-ci sont de type Big Data ! Des algorithmes mathématiques sont également utilisés dans la prédiction, comme des arbres de décisions, machines à vecteur de support etc. Tous ces outils de Big Data sont très utilisés : par exemple dans la correction orthographique et grammaticale des logiciels de Microsoft, le contrôle des mouvements des robots, l’analyse des tendances des marchés boursiers, les outils d’aide à la navigation etc. Il existe également des outils d’analyse en temps réels, où des millions de données sont traitées au fil de l’eau (cette analyse de « flots de données » est appelée « stream ») grâce notamment GPS ou aux algorithmes mathématiques. Cela permet par exemple pour la surveillance d’une automobile de détecter et prévenir d’une éventuelle panne, mais également de contrôler et d’analyser en « direct » les communications électroniques ou encore la qualité de la transmission des flux de vidéos. Pour extraire toutes ces informations de ce véritable « océan de datas », il existe des outils de visualisation afin de repérer des relations entre l’étude de ces données et leur environnement. On peut les représenter grâce à des graphes, des courbes, bâtons, camemberts mais également sous forme d’étoiles, cubes et flocons dans le cas de modèles combinant plusieurs dimensions. Il existe également des « heatmaps » et beaucoup d’autres représentations servant à aider au niveau décisionnel, à suivre l’évolution de KPI mais également à orienter les recherches des datas scientists. Enfin il faut également des outils de gouvernance : planification, monitoring etc. afin de conserver la qualité des données et de vérifier si elles ne sont pas obsolètes, mais également d’identifier, tracer et de contrôler le « cycle de vie » des datas. Ainsi, on réduit la place de stockage et on remplace les datas en « fin de vie » par des nouvelles.
  20. 20.   20   Le Big Data est donc particulièrement utile aux entreprises : les décisions prises par les différents services d’une structure seront ainsi effectuées grâce à des résultats d’analyses, et non plus sur le simple « savoir faire ». De plus, en multipliant la mise en place de capteurs destinés au Big Data, les chaines de logistique et de production vont radicalement changer grâce aux modèles de prédiction basés sur toutes les données analysées. Ce phénomène va également permettre aux ressources humaines d’évoluer, passant de recruteur à « gestionnaire de talents » ! On pense également au croisement des informations en temps réels qui vont permettre de créer des schémas de calculs de risque, intuitifs et évolutifs, ce qui sera une grande aide pour les services de gestion de risques et de fraudes. Enfin, au niveau de la communication et du marketing : avec le profilage et une micro-segmentation, il permet de créer une relation et un échange personnalisé avec le consommateur, devenu consom’acteur et en temps réel ! De plus, le Big Data permet d’analyser et mesurer directement la qualité et les résultats de cet échange : cela modifie donc intrinsèquement le ciblage classique. L’analyse de millions de données sera également un moyen de développement très important pour d’autres services, permettant aux banques de développer la sécurité de ses clients et d’approfondir les relations qu’elles ont avec eux, encore trop peu exploitées. Le Big Data permet également de fluidifier les démarches administratives, de développer leurs liaisons avec les e-citoyens et de fonctionner dans une optique de Smart City (donc). Pour résumer, le Big Data et ces « logiciels-outils » permettent de corréler des données et d’en extraire des modèles. Mais cela reflète-il vraiment la réalité ? Car même si on analyse toujours plus de données, et toujours plus « fraiches », peut on vraiment se fier à des schémas préétablis au détriment du concret, de faits tangibles ? Ces outils prédictifs sont ils donc réellement efficaces ? Il semble peu réaliste de ne se fier qu’uniquement à eux, et attendre qu’ils prennent absolument tous les évènements en compte. De plus, ces patterns ne nous déshumanisent ils pas ? Nos comportements, actions, habitudes ne sont ils que des données sur des graphes ? b. Le Big Data dans la vie de tous les jours Chaque jour nous émettons des informations, de n’importe quel type et en continu. Prenons une journée type : le réveil de votre smartphone sonne, programmé avec vos fonctionnalités spécifiques pour surveiller votre cycle de sommeil. Vous regardez si vous avez eu des messages puis vérifiez brièvement vos mails et pourquoi pas aller jeter un œil sur Twitter.
  21. 21.   21   Vous allez prendre votre café que votre machine connectée a déjà préparé, puis regardez le panneau digital sur votre frigidaire pour regarder ce qu’il y a à l’intérieur et en profitez pour regarder votre consommation alimentaire quotidienne. Vous buvez votre café en regardant votre télévision connectée, équipée d’un capteur pour analyser ce quels programmes vous regardez, à quelle fréquence, à quel moment de la journée, puis vous allez prendre une douche en écoutant de la musique sur une enceinte, reliée à votre smartphone, votre ordinateur et votre téléviseur en wifi. Votre consommation d’eau et d’électricité est d’ailleurs enregistrée grâce à des capteurs. Vous vous habillez, enfilez votre bracelet connecté et allez travailler, en empruntant les transports en communs, auquel cas vous allez passer votre carte d’abonné/ticket dans une borne – ou bien vous prendrez votre véhicule doté d’un système de surveillance centralisé, d’un GPS et qui se connecte lui aussi automatiquement en réseau avec votre smartphone. La journée finie, peut-être allez vous faire un peu de shopping en passant la porte d’une boutique et ses bornes connectées à des petits capteurs disposés dans les rayons, qui vous envoient des messages et analysent votre « parcours de consommation » ; et vous réglez vos achats avec une carte de crédit qui peut être possède le paiement sans contact, grâce à la technologie NFC8 . Peut être même que vous donnerez vos coordonnées pour obtenir une carte de fidélité. De retour chez vous, vous irez peut être sur Facebook sur votre ordinateur et posterez des photos, commenterez des posts de vos amis en intégrant votre géolocalisation – cette dernière est aussi « jointe » lorsque vous twittez / « instagramez » etc. Les sites sur lesquels vous surferez enregistreront la manière dont vous vous déplacez sur leur plateforme, les choses sur lesquelles vous cliquez, vous demanderont vos informations personnelles pour s’abonner à une newsletter ou participer à un concours. Au cours de cette journée, vous avez donc véhiculé une grosse quantité d’informations, publiques ou personnelles, jusque dans votre foyer. Grâce à des capteurs placés dans vos objets du quotidiens, mais aussi grâce à des applications qui « diffusent pour vous » quasiment toutes vos informations ; sans parler de toutes celles enregistrées dans les clouds. Si certaines vous demandent si vous êtes d’accord pour autoriser une telle diffusion, la plupart ne prennent pas cette peine et ne le précisent qu’en tout petits caractères. Lorsque vous prenez les transports en commun, vous diffusez aussi des données, mais « anonymes », publiques ; mais l’évolution naturelle de la technologie va permettre de suivre (on peut même dire tracer) n’importe quel individu personnellement, jusque dans ces lieux publics. Ainsi, ces                                                                                                                 8  Near Field Communication  
  22. 22.   22   informations, nos informations, ne seront elles plus anonymes ? Est ce que ce seront toujours des groupes publics et utilisant des plateformes d’open-data (données publiques disponibles pour tous) ou par des sociétés privées qui utiliseront et vendront ces informations ? Car toutes ces données récoltées, même au nom de la sécurité, santé, de l’administration ont un prix inestimable. Une constatation évidente se pose : nous ne sommes absolument pas au courant de toutes les données que nous diffusons, ni de leur type. Ainsi on peut se demander : sommes nous aujourd’hui condamnés à donner toutes nos informations ? Existe-il encore une place pour la vie privée, ou est-ce devenu un concept dépassé et « non productif » ? c. Les objets connectées (de demain : révolution des usages mais aussi une nouvelle source de données et d’informations Comme nous l’avons vu précédemment, ce qui a permis aux Smart Cities de se créer et se déployer, et ce qui est le déclencheur principal de la révolution digitale, c’est l’évolution et le développement des technologies de l’information et de communication ; et particulièrement la « révolution du mobile ». Selon une étude de l’International Telecommunication Union (IUT), pour 2014 il y auraient environ 6,9 milliards d’abonnements mobiles pour 7 milliards d’habitants, et 43,6% des foyers dans le monde seraient équipés d’une connexion internet !9 Dans notre pays on estime qu’aujourd’hui le taux d’équipement est d’environ 115% : en effet, de plus en plus de personnes possède plus d’un téléphone pour des raisons professionnelles le plus souvent. Sur ces 6,8milliards de téléphones, environ un tiers sont des smartphones permettant l’accès haut débit à internet. Cet objet fait aujourd’hui partie intégrante de notre vie, de notre quotidien. Il nous sert à appeler nos proches, envoyer des messages à nos amis, échanger des informations personnelles et/ou professionnelles, gérer nos emplois du temps, visionner des vidéos, se tenir informé de l’actualité, payer etc. Quelqu’un qui possède un smartphone va le manipuler environ 150 fois dans une même journée et d’ailleurs la première chose que font la moitié d’entre eux, avant même de s’être levés ! Personnellement, il ne me viendrait même pas à l’esprit de sortir sans ; on comprend donc mieux comment et pourquoi est ce qu’on diffuse                                                                                                                 9  Source ITU_Key_2005-2014_ICT_data  
  23. 23.   23   autant de données tous les jours. Mais il n’y a pas que nos téléphones qui sont reliés à l’Internet, on ne compte d’ailleurs plus le nombre d’objets connectés et dans de nombreux domaines : domotique, sécurité et, particulièrement ces dernières années, le bien-être et la santé. Combien de personnes possèdent aujourd’hui un bracelet connecté jour et nuit, permettant de connaître le nombre de kilomètres que l’on a parcouru dans la journée, notre pouls, et grâce auquel on peut analyser son état de santé général ? Ou bien une application mobile dans laquelle nous rentrons notre poids, taille, ce que nous mangeons dans une journée et qui, en corrélant ces informations, nous dresse un état général de santé et un programme de remise en forme ; on peut même envoyer directement ces informations à son médecin. On trouve même des couches connectées qui envoie un tweet aux parents lorsque le bébé a mouillé sa couche ! Nous avons parfaitement intégrés tous ces objets dans notre mode de vie quotidien, et nous parlons d’ailleurs aujourd’hui d’Internet of Things (IoT) – Internet des Objets. Cette révolution nous permet (dans l’idéal) d’améliorer nos conditions de vie, mais c’est également une formidable opportunité au niveau commercial : en effet, l’expérience d’achat et l’expérience d’utilisateur sont entrain de changer radicalement, avec par exemple des étagères intelligentes qui permettent d’aider à la gestion des stocks mais également qui recommandent et conseillent les consommateurs ou l’utilisation de la réalité augmentée dans l’essayage de vêtements ou de lunettes ; c’est également un gros progrès pour le CRM (Customer Relationship Management). Ce qui change vraiment aujourd’hui, ce n’est pas tant les capteurs permettant de récolter ces informations (ils existent depuis longtemps), mais leur granularité (ces derniers devenant de plus en plus petits, des nanotechnologies) et la mise en lien connectée entre différents services. C’est un des fondements de la création et du développement de la Smart City. Et ces objets connectés se multiplient au point, selon une étude de l’IDATE (Institut de l'audiovisuel et des télécommunications en Europe), d’atteindre les 80 milliards d’ici 2020 : c’est une dizaine de fois plus que la population terrienne !
  24. 24.   24   (Source : http://www.zdnet.fr) Ainsi aujourd’hui, que l’on effectue du télétravail ou que l’on regarde une émission diffusée depuis l’autre coté du globe, il nous apparaît évident la relation entre l’expansion des villes et la technologie de diffusion de l’information. Ces outils connectés me permettent de joindre à tout moment mes amis, ma famille, de synchroniser mon calendrier, rendez-vous, contacts grâce au cloud etc. Ne peut on pas alors parler d’addiction, qui en est venue à gouverner nos « vies urbaines » ? Sommes nous destinés à devenir de plus en plus dépendants de ces objets, au point qu’ils nous deviennent indispensable aussi bien dans notre quotidien que dans notre travail, la sécurité de nos ville, nos administrations etc. ? La question du piratage se pose également : puisque de plus en plus de nos objets de tous les jours deviennent connectés à internet, il est donc possible de les pirater. De plus, leur taille de plus en plus réduite ne permet pas d’implanter des systèmes contre le piratage et ils ne sont pas assez puissants pour l’exploiter. Ainsi nos informations et – plus généralement – notre vie privée sont elles en sécurité ? Peut on penser que, comme dit précédemment, la vie privée peut à terme devenir un concept dépassé et que le progrès se fera au détriment de celle-ci ? Cette question peut également se poser au niveau des entreprises : les objets connectés, grâce au Bluetooth par exemple, ne pourraient ils pas eux aussi se faire pirater et alors des quantités immenses d’informations se faire voler ?
  25. 25.   25   3. Aujourd’hui a. Nos données I. Leur importance Sommes nous simplement des données ? Comme nous l’avons vu, la Smart City est construite grâce à nos données, qu’elles soient anonymes ou publiques. Elles sont récoltées non seulement grâce à des capteurs disséminés un peu partout dans nos villes, mais aussi grâce à des objets que l’on utilise tous les jours ; le meilleur (ou le pire ?) exemple étant notre bien-aimé smartphone. À chaque instant de la journée nous diffusons des informations souvent intimes quant à nos habitudes, modes de vie, préférences d’achats et de consommation etc. que nous le voulions ou non. Mais au-delà de la création et du développement de la ville intelligente, ces datas sont extrêmement précieuses pour les entreprises. En effet, elles se servent de toutes nos informations pour « nous étudier, nous analyser » pour pouvoir affiner au maximum leur ciblage publicitaire. Et ce sont d’autres groupes privés qui leur revendent toutes les informations que nous leur fournissons, et cela va bien plus vite que l’on ne le pense. Heureusement, certaines villes comme celle de Zaragoza en Espagne essaient de protéger au maximum nos données, en prenant toutes ses décisions en réfléchissant comment, où, quand, pourquoi et sur quels termes rendre public ou réutiliser nos datas ; ces villes considèrent nos données comme un sujet à part entière de leur politique publique. Mais ce ne sont que de rares exceptions : la plupart des municipalités, particulièrement celles qui ne veulent pas prendre de risques et/ou qui sont très endettées ne prendront pas la peine de négocier le contrôle des datas générés par ses propres citoyens face à des grands groupes privés. L’idéal serait de désigner un responsable des datas afin de protéger nos données, mais celles-ci représentent un bien tellement précieux qu’il est bien plus facile de les vendre une fortune plutôt que de mettre en place des protections ! La gestion de toutes ces données engendre donc de nouvelles questions, et de nouveaux Business Plans. Ainsi, nos informations sont très recherchées, car elles définissent des plans de communication, des modèles / patterns pour la prédiction ; et génèrent – à terme – énormément d’argent. Ne sommes nous plus simplement que des données ? Des informations
  26. 26.   26   sur des graphes, des datas récoltées et analysées ? L’étude du Big Data et le phénomène en lui-même ne nous déshumanise-t-il pas ? II. Que savons nous vraiment ? Comme dit précédemment, à chaque moment de la journée et de la nuit nous diffusons des informations, par le biais de nombreux systèmes : capteurs, applications mobiles, caméras de surveillance etc. Par exemple lorsqu’une application ou un site internet nous demande si nous souhaitons être géolocalisés afin de faciliter son utilisation, nous répondons systématiquement oui, et diffusons donc instantanément notre position. Ou bien lorsque nous remplissons nos coordonnées pour obtenir une carte de fidélité, là encore nous partageons nos informations ; ou lorsqu’une page web nous propose, afin de « simplifier la manœuvre », de s’inscrire avec nos identifiants Facebook : voici là encore un exemple de diffusions de nos données, et dans ce dernier cas , des données très personnelles. D’ailleurs, rien que le fait de poster , diffuser ou relayer des éléments sur Facebook nous force à donner des renseignements au site : nos préférences, nos contacts, notre position géographique, le type de sujet qui nous intéresse etc. Et puis dans la vie de tous les jours, il y a également les données dites anonymes qui sont récoltées : capteurs sur les routes, dans les boutiques, les transports en communs etc. Celles-ci sont destinées aux services municipaux et le plus souvent retranscrites et disponible sous forme d’open-data, mais peut on vraiment se fier à cette dénomination, « anonyme » ? Peut être vraiment être sûrs que les entreprises travaillant pour la municipalités et autres services publics ne font que traiter et analyser ces données et non pas les tracer et étudier chaque data personnellement afin de découvrir la personne qui est derrière ? Aujourd’hui, accepter d’utiliser le Big Data, c’est faire confiance en tant qu’utilisateur dans la société qui récolte et lui demande ses données, et sur le fait que celui-ci comprenne l’usage et les services obtenus en échange. Il doit également faire confiance en la sécurité de toutes ses informations qui seront sauvegardées et analysées, à chaque étape du processus. Le phénomène du Big Data peut nous faire craindre la perte de nos libertés personnelles et peut être marquer la fin de notre vie privée, en tant que personne et en tant que client d’une entreprise. Il existe des lois concernant nos données personnelles comme l’article 2 de la loi Informatique et libertés qui définit les données à caractère personnel10 , qui sont encadrées par la justice et la Loi française, mais sont elles vraiment respectées ? Il faut que le consommateur ait conscience de tout ce qu’il diffuse, qu’il soit « éduqué ». C’est aussi le rôle aujourd’hui des entreprises de                                                                                                                 10  Source : http://www.cnil.fr/?id=301  
  27. 27.   27   mettre en place des systèmes de sécurité et de réinstaurer la confiance de leurs clients. De plus, il faut également que ces groupes mettent en place des solutions en cas de crise (par exemple si une attaque de pirates informatiques arrivait). En réalité, nous n’avons absolument aucune idée du nombre de données que nous émettons, car dans la majorité des cas, que ce soit avec une application mobile ne fonctionnant qu’avec nos coordonnées ou une page web enregistrant notre parcours d’utilisateur, nous ne savons pas qu’elles sont enregistrées et récoltées. Normalement il devrait y avoir des conditions d’utilisation, par exemple quelque chose comme « j’accepte de transmettre mes informations et que celles-ci soient utilisées ultérieurement », mais cela est très rarement demandé, ou bien c’est précisé en bas de page, en caractères minuscules... Sans parler de tous les capteurs urbains qui enregistrent tous nos faits et gestes. Ainsi nous ne contrôlons pas nos données, et nous ne les gérons pas sciemment. Mais n’est ce pas, finalement une « bonne chose » ? Car le risque, c’est que chacun prenne peur et refuse de divulguer toute information, ce qui ne serait pas vraiment bénéfique non plus pour l’évolution de la Smart City et de tous ses services associés... On peut également voir cette « divulgation » de données comme un moyen simple d’améliorer nos vies : par exemple les publicitaires ne nous proposeraient plus que des produits/services personnalisés et adaptés à nos besoins, nos objets connectés connaitraient immédiatement nos gouts et préférences... Entrons nous dans un futur où nous serions en permanence assistés par des machines et nouvelles technologies ? Où leur présence deviendrait obligatoire et essentielle à nos vie, voire à notre survie ? b. Le futur Sommes nous contrôlés par des robots et destinés à en devenir ? Aujourd’hui le Big Data nous aide à « décrypter l’univers », grâce à l’information. Il nous permet, en corrélant des millions de données, d’en extraire des modèles et de visualiser des relations implicites auxquelles nous n’aurions pas forcément pensé. Il nous permet de prendre de meilleures décisions et de pouvoir réaliser des prédictions de plus en plus sûres et de maitriser des situations jugées comme complexes : la gestion intelligente de réseaux énergétiques ou de télécommunication, pouvoir prévoir des risques de criminalité ou de nature économiques, la gestion de quartiers en ville
  28. 28.   28   etc. Mais l’analyse de toutes ces datas est limitée par une chose : nous. En effet, nous n’avons pas la capacité de raisonnement d’étendre les patterns à plus de « chainons », qui pourraient pourtant être très utiles et nous permettre d’analyser et de visualiser d’autres résultats, et nous n’avons pas la capacité intellectuelle nécessaire pour simplement reconnaître lesquels de ces facteurs pourraient se révéler utiles. Afin de remédier à ce problème de « limites », est apparu il y a quelques temps une nouvelle génération technologique : le machine learning et le cognitive computing, qui sont deux processus liés. L’ordinateur tout d’abord « apprend » : il analyse son environnement en récoltant et en analysant des données, mais aussi grâce à des systèmes de reconnaissance vocale et visuelle grâce aux caméras de surveillance. Puis avec des outils analytiques, il transforme les datas en informations, puis les corrèle et les compare entre elles mais aussi à leur passé. De ces analyses il en tire des conclusions, liées à des taux de certitudes / d’incertitudes puis gardées en mémoire. Ce processus permet à la machine d’apprendre et de gagner de l’expérience, et d’avoir « une approche moins traditionnelle des données ». Mais l’étape la plus déterminante et finale est celle du cognitive computing : l’ordinateur ne fait plus seulement qu’apprendre, il réfléchit et pense par lui même, en copiant l’esprit de déduction et la capacité d’analyse humaine ! Cette étape « ultime » est le début d’une conversation entre la machine et l’Homme, afin d’explorer et d’analyser un nombre astronomique de datas et pouvoir ainsi résoudre des problèmes complexes. Le premier cognitive computer s’appelle Watson, et a été créé par IBM. En 2011, en étudiant des millions de pages encyclopédiques et en faisant seul ses déductions, il a battu deux champions du jeu américain télévisé Jeopardy, consistant, à partir de réponses, à découvrir la question initiale. Il a aussi aidé à diagnostiquer de nombreux cancers avec son immense savoir, en assistant des médecins. Aujourd’hui IBM le forme au domaine bancaire, en apprenant les textes juridiques, en étant en veille permanente sur le monde financier, sur les banques en général, leurs analyses et rapports etc. À terme, il Watson devrait aider à diminuer les risques et crises boursières.
  29. 29.   29   Aujourd’hui le cognitive computing est considéré comme un service associé, aussi utilisé pour les API. C’est une véritable révolution dans la relation Homme-ordinateur, mais qui aujourd’hui n’en n’est qu’au stade du développement. Mais ces cognitive computers seront ils plus intelligents que nous ? Une intelligence collective va t elle voir le jour ou au contraire va-t-elle nous dépasser et nous détruire ? Est-elle en passe de devenir de moins en moins biologique pour céder la place à la machine ? On peut se demander si ce progrès technologique n’est peut être pas tellement rapide, que bientôt nous ne pourrons plus l’assimiler et encore moins l’appréhender ! 4. Problématique La Smart City est elle une extraordinaire révolution technologique ou un nouveau Big Brother ?
  30. 30.   30   Deuxième partie : études-terrain 1. Étude quantitative J’ai réalisé sur une période d’un mois un sondage, mis en ligne et diffusé sur internet, sur un panel de 118 personnes. Il était important de recueillir des données quantitatives afin de répondre à ma problématique. Voici les résultats obtenus : Êtes vous un homme ou une femme ? (1 choix possible) v 67,6% de femmes v 32,4% d’hommes Quel âge avec vous ? (1 choix possible) v 88,4% ont entre 15 et 25 ans v 9,9% ont entre 26 et 35 ans v ,8% on entre 35 et 50 ans v 0,9% ont plus de 50 ans Quelle est votre CSP (un choix possible) v 93 étudiants = 82% sont étudiants v 18 salariés = 16,2% sont salariés v 0,9% sont collégien / lycéen v 0,9% sont sans emploi Quel type de technologie avez vous chez vous ? (plusieurs choix possibles) Tous sont multi-équipés / possèdent au moins deux moyens technologiques de communication ! v 91% possèdent un smartphone v 100% possèdent un ordinateur portable v 35 % possèdent une tablette v 34% possèdent une smart TV / TV connectée Par jour, combien de temps en moyenne passez vous sur internet ? (1 choix possible) v 9% entre 1h et 2h v 26% entre 2h et 4h v 65% plus de 4h Allez vous régulièrement sur les mêmes sites web ? (1 choix possibles : oui / non) 100% de oui
  31. 31.   31   Sur combien de sites web / applications êtes vous enregistrés ? (1 choix possible + « autre ») v 14% entre 1 et 5 v 25% entre 6 et 10 v 23% entre 11 et 15 v 37% plus de 15 v 1% aucun Que faites vous lorsqu'un site web / application vous demande de rentrer vos informations personnelles ? (1 choix possible + « autre ») v 88% : je ne donne que celles qui sont obligatoires v 6% : je rentre toutes les informations demandées v 1% : je mets n'importe quoi, et j’ai une adresse mail spéciale pour ça v 3% : cela dépend du site v 2% : je refuse Et si ce même site web / application vous propose de vous inscrire via un réseau social pour vous faciliter la vie, que faites vous ? (1 choix possible : oui / non) v 52% : je refuse v 48% : je m'inscris via un réseau social sans problème Utilisez vous la navigation privée ? (1 choix possible) v 24% : jamais v 65% : parfois v 11% : toujours En général, quel est votre comportement vis-à-vis de vos informations ? (plusieurs choix possibles + «autre ») v 76% : je les donne quand elles sont obligatoires (inscription sur un site par exemple) v 13% : je m'en fiche un peu v 4% : je suis très protecteur et ne les donne quasiment jamais v 5% : je les donne volontiers, de toute façon tout est public sur internet v 1% : je donne le stricte minimum même si c'est déjà trop v 1% : je les donne si cela m'apporte quelque chose (facilité, croisement de données pour plus de pertinence, etc.)
  32. 32.   32   Aujourd'hui sans le savoir, vous rendez des millions de vos informations personnelles accessibles. Qu'en pensez vous ? (plusieurs choix possibles + « autre ») v 54% : je le savais et je fais plus attention v 38% : je le savais et je m'en fiche un peu v 3% : je ne le savais pas et je vais faire plus attention v 1% : j'en ai conscience et sais aussi ce que cela m'apporte v 1% : Si c'était possible de faire sans je le ferai mais j'avoue avoir la flemme de me créer des comptes mail poubelles, des fausses identités etc. v 2% : je le sais mais je ne peux rien y faire ! v 1% : je le sais, mais je crois que malheureusement on n'a "pas le choix" Enfin, que pensez vous de l'adoption le 5 mai dernier de la loi sur le renseignement ? (1 choix possible + « autre ») v 17% pensent que c’est une bonne chose v 34% pensent que c’est une mauvaise chose v 45% n’ont pas d’opinion v 1% pense ça n'empêchera rien du tout c'est juste une façon pour le gouvernement de se couvrir et de dire qu'il fait des lois = 1% v 1% pense « foutou pour foutu » v 2% n’étaient même pas au courant Avez vous des remarques quant à la diffusion et protection de vos informations ? (question ouverte) La grande majorité est « résignée » quant à la diffusion de ses données, et se dit que de toute façon avec internet on sait tout. Je remarque néanmoins une volonté de changement dans la manière dont nous nous servons d’internet et des nouvelles technologies, et la nécessite d’une plus grande régulation. Aussi, quelques personnes partent du principe qu’elles n’ont rien à cacher et que donc, diffuser leurs données n’est pas d’une grande importance.
  33. 33.   33   Analyse : Au vu des réponses obtenues, il m’a été possible de faire quelques remarques : tout d’abord le panel de personnes interrogées est très bien équipé technologiquement parlant (100% des interrogés possèdent un smartphone et un ordinateur portable au minimum !), ils disposent donc de moyens importants de communication et d’accès à internet. Quant à ce dernier, on note qu’environ les ¾ des sondés passent plus de 4h par jour à naviguer sur le web, ce qui est assez conséquent ; et principalement sur les même sites : il est ainsi facile de les « traquer » et d’analyser leur parcours utilisateur. Maintenant au niveau de la protection de leurs données, je remarque plusieurs choses : la plupart donnent leurs informations privées sans trop se soucier de leur utilisation, et cela ne leur pose visiblement aucun problème ; c’est vrai pour toutes les tranches d’âge. De plus, la grande majorité ne semble ne pas avoir d’opinion quand à la loi sur la surveillance ; et pire, certains n’étaient même pas au courant ! Néanmoins lors de la dernière question ouverte, je note que la plupart des interrogés souhaite que des restrictions soient mises en place afin de plus protéger leurs datas. Mais je remarque surtout que la grande majorité semble s’être « résignée » à ce que leurs informations personnelles soient utilisées, quoiqu’ils fassent, et que c’est presque un mal nécessaire. Cette dernière analyse me fait m’interroger sur notre volonté à « sauvegarder nos droits » personnels et de liberté individuelle : est on condamnés à ce que l’on sache tout de nous ? Est ce même devenu un prérequis pour accéder à des services en ligne ? Peut on encore lutter contre cette surveillance permanente et sur l’utilisation contre notre gré de nos données ? Aussi, je remarque qu’il y a une petite quantité de personnes qui semblent ne pas être au courant de l’utilisation de leurs datas, ou des mécanismes qui s’enclenchent lors de leurs navigations internet. Même si cela ne représente que peu de personnes dans ce sondage, c’est relativement important pour en devenir inquiétant ! Il s’agit en plus de personnes ayant entre 26 et 35 ans et salariées : on peut donc penser que ce sont des gens éduqués, et dont la tranche d’âge leur « permet » d’être au contacts des dernières informations ainsi que de posséder une certaine et relative sensibilité aux nouvelles technologies. Cela démontre qu’il y a clairement un manque d’informations, de communication et presque d’éducation quant à la diffusion et l’usage de nos datas.
  34. 34.   34   2. Études qualitatives Afin de répondre à mes hypothèses et ma problématique, j’ai réalisé plusieurs entretiens avec des professionnels de la ville intelligente et des datas. En effet, il me fallait des informations plus fines et détaillées, c’est pourquoi j’ai demandé à réaliser des interviews à des personnes ayant une forte expérience dans ces domaines. Non seulement leurs réponses m’ont beaucoup aidé, mais elles m’ont permis de voir d’autres facettes de ma problématique et d’élargir mes recherches. Ainsi, j’ai d’abord réalisé une interviewé d’un expert de la Smart City, puis de véritables professionnels des donnés et de leur sécurité ; pour moi c’est le véritable enjeu derrière ma problématique. J’ai rencontré ces personnes lors de mon étude-terrain, et ai effectué ces interviews en face à face. J’avais préalablement préparé une liste de questions, qui à chaque fois au cours de ces entrevues s’est élargie : en effet, celles-ci devenaient de véritables conversations et ainsi d’autres questions me venaient à l’esprit, créées par la tournure que prenait l’entretien. a. Interview de M. André Delpont Expert en conseil Économie / Europe au pôle stratégie et innovation de Bordeaux Euratlantique, M. André Delpont a accepté de répondre à mes questions le mercredi 15 avril 2015 au sein même de Bordeaux Euratlantique. Sa position « d’expert Smart City » et sa grande expérience quand à la numérisation des villes m’ont permis de répondre à mes nombreuses interrogations.     - Marie Chalaux : « Pour vous, qu’est ce qu’une Smart City ? Bordeaux est elle une Smart City ? En quoi ? » André Delpont : « Tout d’abord, y-a-t-il vraiment des exemples français de Smart Cities ? Issy-les-Moulineaux ou Lyon sont elles vraiment des villes intelligentes ? Aujourd’hui la Smart City c’est surtout un travail de prospection de groupes technologiques et de bâtiments, mais aussi une envie de la part des villes pour leur image et leur fonctionnement
  35. 35.   35   de territoire (surtout au niveau économique). Ces premiers acteurs sont évidemment très importants : par exemple en matière d’énergie, si on n’a pas quelqu’un qui sait installer la technologie et la maintenir, c’est comme si on n’avait rien fait ! Mais en réalité il n’y a aucun exemple concret, plutôt des expériences et des projets. Prenons l’exemple de Songdo en Corée du Sud : sur le papier c’est un formidable projet, un nouvel espace de vie révolutionnaire, mais dans les faits personne ne veut y vivre ! Car cela fait peur et que toutes ces nouvelles technologies ne donnent pas envie aux gens de s’installer dans un endroit pareil. En 2012, Bordeaux et IBM ont fait un travail d’études pour comparer 8 métropoles dans le monde (San Francisco, Hambourg, Copenhague, Stockholm, Singapour, Rome et Bordeaux), aux niveaux de l’énergie, de la sécurité et des transports. On a remarqué que même ces grandes capitales n’étaient pas « au niveau » dans ces domaines ! De plus il s’agit d’informations compliquées à capter et ce sont des comparaisons parfois impossibles à réaliser (champs d’applications très documentés dans certaines villes et l’inverse dans d’autres). Pour les grands groupes « spécialistes de la Smart City », IBM par exemple est capable de résoudre la partie technologique mais ils ne sont pas urbanistes : il faudrait que toutes ces entreprises travaillent ensemble, car aucune ne peut faire de ville seule, mais personne ne parvient à travailler avec les autres – car chacun veut que l’autre soit son délégataire de service public (DSP) ! Cisco également parie sur la téléprésence (des écrans digitaux reliés aux quatre coins du monde) : mais cela coute extrêmement cher et très peu de gens auraient les moyens de bénéficier d’un tel système ! Dans le cas de Bordeaux Euratlantique, nous avons dû repenser entièrement le cahier des charges énergétiques du quartier quand Bouygues nous a laissé tombé ; car nous nous étions rendu compte qu’au final il n’apportait aucune réelle innovation ! Pour résumer, tout le monde fait des Smart Cities et à la fois personne n’en fait. Aujourd’hui, ce sont surtout des expériences, des initiatives. C’est un champ complètement nouveau, et aucune solution n’est encore généralisée. »
  36. 36.   36   - « Pour rendre les villes intelligentes, il faut des informations, des datas. » « Comment sont elles collectées ? » « Les vraies questions seraient plutôt : à qui appartiennent ces données ? Qui s’en sert, qui les captent ? On peut prendre l’exemple d’ERDF avec Linky, leur compteur communicant, dont le groupe augmenter son installation dans environ 30 millions de foyers d’ici 2020. Il y a aussi IBM, qui va faire de l’interfaçage de données et va les agréger. Il y a donc plusieurs niveaux et acteurs dans le monde de la data ! Mais en réalité, ce sont les collectivités qui sont propriétaires des réseaux électriques par lesquels se transmettent et se diffusent ces données, donc légitimement parlant, c’est nous qui devrions avoir la main sur leur gestion ! À Bordeaux par exemple, pour collecter des informations quant au réseau routier, Bordeaux Métropole a mis des capteurs un peu partout (sur la rocades, les ponts etc.). On sait aussi que la SNCF a des données sur le trafic passager dans tous ses trains grâce à des capteurs, billets etc. : c’est un champ d’application intéressant pour les gens. Mais il faut se demander : ces informations sont elles en libre accès ou non ? La Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) avait d’ailleurs engagé une politique d’Open Data. Cela soulève également plusieurs interrogations : qui a le droit d’utiliser ces données ? Existe- il un Business Model possible ? C’est une réflexion importante cela aussi : comment gagner de l’argent avec ? » « A-t-on conscience que l’on diffuse autant d’informations, et de leur utilisation ? » « Absolument pas, ou bien alors une petite minorité (principalement ceux avec une sensibilité technophile ou travaillant dans le milieu). Les gens seraient bien plus prudents s’ils savaient, et alors ils seraient « conscients » de ce qu’ils font et diffuseraient sciemment leurs informations ; on serait alors dans une relation d’échange. »
  37. 37.   37   - « N’est ce pas une intrusion dans la vie privée des gens ? » « Ce qui est une intrusion et qui n’est pas normal, c’est quand il n’y a aucun signalement : c’est pour cela qu’il faut bien voir et lire les conditions à chaque fois qu’on nous demande nos coordonnées ou qu’on demande si nos données peuvent être partagées, relayées, diffusées ! Il faut que l’on ait conscience de cela. Par exemple pour Facebook et TripAdvisor, si les gens cessent de donner leurs informations, volontairement ou pas, c’est leur système entier qui peut s’arrêter. Ce serait donc également un problème pour les personnes « reliées », qui travaillent dans ce genre de groupes. Pour TripAdvisor, ce dernier est maintenant tellement puissant qu’il exerce un véritable rapport de force avec les hôtels ; saviez vous qu’un tiers des réservations se font par ce biais-là ? Ce « monde de la donnée » est donc aujourd’hui très influent et important. » - « Quelles sont les limites entre outils de communication et abus d’utilisation des données privées ? Jusqu’où peut-on utiliser les données de vie privée/data au seul but de la communication ? » « Si l’on était dans un système idéal, on devrait donner son autorisation à chaque instant de donner mes données si l’échange nous paraitrait convenable. Mais ce n’est pas le cas, et les sociétés aujourd’hui profitent du système – et donc, un peu de nous – pour enregistrer et gérer nos informations. Est ce un problème d’éducation du consommateur ? Devrions nous recourir à des class actions ? Il paraît impossible pour le consommateur de réagir à son niveau en réalité. Il faudrait se demander si le retour est il garanti : qu’est ce qu’on gagne en échange de nos informations ? Une ville « meilleure » ? Un environnement mieux géré plus sain ? Une qualité de vie améliorée ? Il faudrait réguler ces données et leur retour : la personne en tant que telle n’est pas la seule dans cette chaine de valeur ! »
  38. 38.   38   - « Peut on « contrôler nos datas » ? Choisir celles que l’on veut garder pour nous ? » « Juridiquement oui, mais de fait, pas toujours. Par exemple avec une application mobile : si l’on refuse de donner ses informations, le service peut se fermer : c’est presque comme si on nous forçait la main ! Il existe également des systèmes anti-spam, mais des gros sites comme CDiscount ne vont en réalité jamais en tenir compte... Il faut également faire la différence entre l’information anonyme, qui n’est pas traçable et qui sert aux services publics (en théorie) et les informations privées, que l’on « choisi » de diffuser. L’idéal seraient de mettre en place des systèmes à la manière des boites aux lettres et leurs « STOP PUB » : réguler la gestion de ces données au quotidien, puis l’imaginer à une plus grande échelle : celle de la ville, du pays, du monde ? » - « Est ce que pour vous, la Smart City est le nouveau Big Brother ? » « Oui ! Et aujourd’hui le problème est de savoir comment discuter avec de grands groupes tels que Google ou Facebook quant à cette gestion des données : même de grandes institutions comme l’Union Européenne ou le gouvernement des Etats-Unis essaient d’avoir ce dialogue avec eux, c’est un véritable rapport de force que remportent ces compagnies ! C’est une véritable négociation entre les « grosses machines » et les États, mais aussi entre la population et le pouvoir politique ! On peut également penser à la NSA aux Etats-Unis qui met sur écoute des millions de personnes dans le monde entier ; ce qui est bizarre c’est que quand l’Union Européenne veut faire la même chose, elle doit d’abord négocier avec les États Unis... ! Et puis après les attentats de Charlie Hebdo, une nouvelle loi a été créée11 , qui ressemble fortement aux « techniques américaines ». Donc oui, la ville intelligente de demain ressemblera surtout à un laboratoire de surveillance ! »                                                                                                                 11  Le projet de loi sur le renseignement, dont le texte a été adopté le 5/05/15  
  39. 39.   39   Analyse : Il y a plusieurs choses à retenir de cet entretien. La première est que la Smart City est aujourd’hui plus une notion, un concept qu’autre chose et que nous n’en sommes qu’au tout début de la ville intelligente. Les exemples que l’on peut trouver dans le monde n’en sont qu’aux prémices et au stade d’expérimentations ; seul le temps nous dira si ces dernières sont concluantes et applicables à d’autres cités urbaines, ou si au contraire le comportement humain ne peut s’adapter. Ensuite, nous n’avons pas vraiment pleine conscience des quantités de datas que nous diffusons et surtout, de comment et par qui sont elles traitées. Il y a un véritable problème de transparence vis à vis de l’utilisation de nos informations. De plus, il faut également se demander ce que l’on gagne à diffuser ainsi nos datas, à qui cela profite-il, dans quelle mesure etc. Enfin pour M. Delpont, il est clair que la Smart City d’aujourd’hui est surtout un véritable laboratoire de surveillance, où le moindre de nos faits et gestes sont enregistrés au nom de la surveillance et, possiblement, d’une cité plus intelligente. Sommes nous donc destinés à rencontrer les mêmes types de problème qu’aux États Unis, avec les scandales de la NSA et les révélations d’Edward Snowden ? Mais la véritable question n’est elle pas de se demander si tout cela est vraiment inédit et choquant ? Après tout, la collecte de nos informations par des services plus ou moins secrets existe depuis de nombreuses années, et la grande majorité des gens ne rendent pas leurs données secrètes. Ainsi, et sans tomber dans une théorie de complot, ne doit-on pas se résigner à être espionnés, écoutés, traqués quotidiennement ? Là encore le vrai problème est toujours le manque d’informations et d’éducation de la population quant à la protection et l’utilisation des données personnelles. Ce n’est pas certain que cela changerait les mentalités, mais on peut penser que si nous étions plus informés et « préparés », nous pourrions alors relayer nos informations en pleine conscience et surtout mieux réaliser cette diffusion, en ne diffusant que ce que nous voulons vraiment tout en protégeant nos informations les plus privées.
  40. 40.   40   b. Interview de Mme. Armelle Gilliard J’ai choisi d’interviewer Mme. Gilliard car c’est une experte en open-data, ayant une grande expérience professionnelle ; elle a notamment travaillé plusieurs années pour Bordeaux Métropole comme chef de projet des Services Numériques. Elle a récemment fondé La Reine Merlin et y officie aujourd’hui en tant que maître d’œuvre de projets innovants. Cette entrevue s’est passée au Node à Bordeaux, le mercredi 6 mai 2015. - Marie Chalaux : « Qu’est ce qui différencie les datas personnelles et l’open data ? » Armelle Gilliard : « Tout d’abord, il faut définir de quel type de données on parle : des données informatiques, juridiques etc. ? Pour les données publiques, l’open data, elles ont une mission de service public, avec de grandes familles comme l’éducation, la santé, la protection d’état etc. Mais la limite reste floue, par exemple EDF : est-ce un service public ? C’est difficile à définir car c’est une notion évolutive dans le temps. Il y a 40 ans, être connecté à internet n’était pas une nécessité, tandis qu’aujourd’hui on reconnaît le droit au citoyen cet accès à l’information ; c’est d’ailleurs pour cela qu’on a mis en place des tarifs minimums pour l’accès à internet et la téléphonie. Il existe ainsi de nombreuses « zones d’ombre » : les services sociaux ou les conseils généraux on des bases de données où sont « répertoriées » les gens de façon nominative, donc avec leurs noms, mais ce ne sont pas des données publiques ! En France, la notion d’open data n’existe pas juridiquement. En 1978 a été votée la loi Cada12 et depuis des documents administratifs ont été mis à la disposition du public mais au sens restreint du terme : par exemple des informations présentées lors de conférence, de forums, des flyers etc.                                                                                                                 12 Loi portant sur diverses mesures d'amélioration des relations entre l'administration et le public et diverses dispositions d'ordre administratif, social et fiscal.
  41. 41.   41   Je vais prendre l’exemple des agents publics : lorsqu’ils doivent réaliser des travaux comme la construction de ponts ou de poteaux, ils ont à leur disposition des documents « intermédiaires », des bases de données ». Ce sont des documents de travail mais forcément publics ; mais avec la loi Cada ils sont dans l’absolu communicables, car tout ce qui passe par le conseil général se transforme en donnée publique. Sort de ce champ la documentation nominative et qui mettrait en péril la population. Par exemple, j’ai effectué une mission au sein d’une collectivité concernant l’eau potable. Cela demandait une réglementation spécifique dédiée, et de faire la différence avec par exemple les eaux d’assainissement ; nous avons dû prendre nous même la décision de mettre le réseau d’eau en open data après avoir demandé conseil à la préfecture qui n’a pas su nous fournir une réponse ! Il y a encore des formes d’instabilité sur les données publiques, et souvent la décision revient à la collectivité. Mais c’est pas parce qu’il y a des données non nominatives qu’on ne les ouvre pas, par exemple avec les permis de construire, qui sont très précieux : pour ceux-là, afin de les diffuser et que les agents territoriaux aient les accès nécessaires, il faut par exemple supprimer les colonnes avec les données nominatives. Pour une autre mission que j’ai du effectuer, à savoir la mise en place d’une cartographie orthophotographique, avec une granularité de détail à 5cm : mais était-ce légal ? En tant que citoyen, suis-je d’accord pour que mon domicile soit photographié avec cette précision du détail ? Quand on sait que Google, avec son système Google Map à une granularité à 20cm, il ne fallait pas non plus que nous proposions des images moins performantes, sinon il y aurait eu peu d’utilité et les gens se seraient tournés vers ce genre de moyens privés. Ainsi même si les recommandations ont été enfreintes, la CNIL a accepté notre niveau de granularité. Évidemment nous avons la possibilité de flouter certaines zones qui pourraient déranger des citoyens, ce qui est obligatoire dans le cadre de l’open-data mais vraiment peu pratique en pratique car ce serait une opération lourde, couteuse, et qui nécessiterait un niveau élevé de compétence... »

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