Du même auteur :Le Contrat écologique pour l’Europe,Les petits matins, 2009.C’est pollué près de chez vous. Les scandalesé...
9 Introduction   Première partie17 « La crise financière, c’est pas nous »21 « Les banques ne sont pas responsables de la c...
Le courage, c’est d’aller à l’idéal      et de comprendre le réel.                     Jean Jaurès                     À L...
Introduction« On s’est fait balader. » C’est ce que me disaiten 2009 le journaliste d’une grande radio quivenait d’intervi...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...l’essentiel au niveau européen. Le Parlementeuropéen est en la matière codécideur avec le...
INTRODUCTIONtechniques réservées à des débats d’experts,se cachent des choix politiques ayant un impactsur l’ensemble de l...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...   Pour raconter cette histoire, j’ai choisi derépondre aux arguments que j’entends tousl...
INTRODUCTIONfer de lance mondial de la régulation du capi-talisme est une belle fable à usage interne. Cebouquet de mesure...
Première partie
« La crise financière, c’est pas nous »Combien de fois ai-je entendu cet argumentdepuis mon arrivée au Parlement européen e...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...les banques européennes qui sont en cause,mais les errements de la finance américaine, àl’...
PREMIÈRE PARTIErègles permettra de contrôler à nouveau le sys-tème financier. Or, plutôt que d’accepter cettepart de respon...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...sont les députés de la Commission des affaireséconomiques et monétaires, où je siège, qui...
PREMIÈRE PARTIEaprès avoir tenté d’obtenir le meilleur texte pos-sible, nous basculons dans l’opposition, commepour la loi...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...en Espagne ! Heureusement que les bulles ontexplosé dans ces pays avant que le Présidentn...
PREMIÈRE PARTIEde 20 points d’endettement qui a fini de pous-ser dans le rouge des États déjà endettés.   Le résultat de ce...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...obligés de s’endetter davantage, ce qui affaiblitd’autant leur situation. Et comme les te...
PREMIÈRE PARTIEde quoi mettre en danger leur rentabilité si lecas est limité à la Grèce. Mais de quoi les mettreréellement...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...les États, à l’initiative de la France, affirmentque les banques ne seront plus mises à co...
PREMIÈRE PARTIEqui, à partir d’un faisceau d’indicateurs écono-miques, tentent d’évaluer un risque portant surune entrepri...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...début 2012, un encadrement plus strict desagences de notation. Je me battrai par exemplep...
PREMIÈRE PARTIEchange de pied à partir de décembre 2011 – quiont donné aux agences un statut d’oracle, plusque les marchés...
deuxième partie
Comme d’autres sujets, la finance n’échappepas à toute une série de cocoricos. Les banquesfrançaises – selon leurs dirigean...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...l’adage « privatisons les profits, socialisons lespertes », l’État s’est ainsi placé en gr...
DEUXIÈME PARTIEdoit alors se tourner vers la Banque centraleaméricaine, la Fed, et le gouvernement Bush, quidans l’urgence...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...3 milliards d’euros… à la charge de la collectivité.La crise de la dette souveraine a fini...
DEUXIÈME PARTIErenforcée4 ». Vu de Bruxelles, difficile d’y voirautre chose qu’une mystification, tant ce sou-tien m’est imp...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...d’affaires américaines et européennes traitantdes produits dérivés, composée de respon-sa...
DEUXIÈME PARTIEà la veille du sommet du G20 de Pittsburgh en2009 : « Les paradis fiscaux, c’est fini. » Pourautant, ce retra...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...et coûteux », « une violation du secret ban-caire » ou encore « des difficultés techniques...
DEUXIÈME PARTIEdes grandes banques américaines frappées deplein fouet par la crise des subprimes, se séparede certaines de...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...sont des entités qui disposent de très peu decapitaux propres. Ils vont emprunter auprès ...
DEUXIÈME PARTIE     « Les banques françaises sont plus solides »  L’affaire Dexia et l’aide reçue par la Sociétégénérale d...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...dans les activités de marchés, comme l’exemplede Natixis l’a illustré.   Si le modèle de ...
DEUXIÈME PARTIEet d’investissement se pose aujourd’hui. EnEurope, ce débat a pris le plus d’ampleur auRoyaume-Uni, où le c...
troisième partie
« Fixer des contraintes trop fortes aux banques     pénalise l’économie, et donc l’emploi »Voici l’argument qui, par défini...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...elle doit constituer une réserve de capitauxpropres qui servira en cas d’incapacité de ce...
TROISIÈME PARTIEestime l’impact sur la croissance à… moins de0,01 point par an pendant la période de miseen œuvre de huit ...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...propres réglementaires. Ainsi, une banque quiprêtait 100 euros n’avait besoin de mobilise...
TROISIÈME PARTIEla rentabilité des prêts à l’économie réelle et quis’apparentent plus à de la prédation du restede l’écono...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...   Mais la crise des dettes souveraines accélèrel’histoire. En octobre 2011, les États eu...
TROISIÈME PARTIE  Dès lors, les dirigeants des banques font toutpour ne pas prendre ce risque qui pourrait leurêtre fatal....
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...témoigner que le secteur financier est loind’être « étranglé » par les nouvelles régulatio...
TROISIÈME PARTIEsortir de la culture du « je prends l’oseille et jeme tire ». Dans la négociation qui a suivi entrele Parl...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...activités aux États-Unis », nous dit l’industriefinancière. Or, ce discours porte fortemen...
TROISIÈME PARTIENew York le lundi parce que les règles sur lesrémunérations sont plus souples aux États-Unis, puis les rel...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...n’est plus délivré en cash mais en actions dela banque – actions qui ont perdu près de 50...
TROISIÈME PARTIEpeuvent donc se faire que sur des places déjàconstituées et reconnues dans le monde entier,comme New York,...
quatrième partie
Au-delà de la régulation bancaire, la réformefinancière passe aussi par un encadrement decette nébuleuse que sont les march...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...financière utile de ces vingt dernières annéesest… le distributeur automatique de billets ...
QUATRIÈME PARTIE  Ces fonds profitent d’une autre « innova-tion » financière, l’introduction de la concur-rence entre les pl...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...grandes valeurs boursières américaines, s’estmis à perdre près de 10 % en quelques minute...
QUATRIÈME PARTIEmarchés sont liquides, c’est-à-dire plus il estfacile de se délester d’un titre en cas de pro-blème, plus ...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...En fait, ces traders, grâce à une vitesse supé-rieure, tendent à s’interposer inutilement...
QUATRIÈME PARTIE     « Les produits complexes sont utiles à     l’économie car ils permettent de limiter     les risques »...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...Ces matières premières ne sont plus considé-rées comme des actifs réels nécessaires à lar...
QUATRIÈME PARTIEde quelques jours, acheter l’obligation moinschère qu’elle ne l’a vendue à son client. Elle peutalors reve...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...simple : on ne peut pas s’assurer contre unrisque que l’on ne détient pas. Or, acheter un...
QUATRIÈME PARTIEexemple, par une augmentation importante deses taux d’intérêt), un État puisse les autoriser ànouveau. Cel...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...et l’utilisation abusive des produits dérivés parcertains acteurs de marchés.   Mais les ...
QUATRIÈME PARTIEet de gouvernement étaient incapables de s’en-tendre sur un système de change fixe, ceux-ciont préféré lais...
cinquième partie
« Une taxe sur les transactions financières est    mauvaise pour le fonctionnement des marchés »Pendant longtemps les banqu...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...soi pour un responsable politique, sinon il n’yaurait jamais eu d’impôts.     « Une taxe ...
CINQUIÈME PARTIEdonc en premier lieu. C’est d’ailleurs pour celaque l’organisation de lobbying des sociétés detrading à ha...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...et qui devraient donc elles aussi n’être quefaiblement impactées. Derrière la défense dup...
CINQUIÈME PARTIEcar ils n’ont pas de place financière importante,à la différence de Londres9.  Cette perspective inquiète l...
Sixième partieFinance Watch ou la naissance         d’un contre-pouvoir
En arrivant au Parlement européen enjuin 2009, je savais bien entendu que la puis-sance de feu de l’industrie financière en...
CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...  La deuxième règle est d’utiliser les lobbyistesles uns contre les autres. Autrement dit...
Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire - intégral - Pascal Canfin - ÉDITIONS LES ...
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Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire - intégral - Pascal Canfin - ÉDITIONS LES PETITS MATINS

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« On se fait balader ! » C’est le sentiment de toute la société face aux discours des banques depuis la crise de 2008. À les entendre, elles ne seraient pas responsables de la crise, n’auraient rien coûté aux contribuables, et toute nouvelle réglementation conduirait à aggraver la situation et à détruire des emplois.

Ces arguments martelés à grands coups d’opérations de communication, Pascal Canfin les démonte ici un par un et nous entraîne dans les coulisses de l’Europe, où se négocient les règles supposées encadrer la finance. On y découvre la réalité du lobbying exercé par les banques et le vrai bilan de Nicolas Sarkozy en matière de « moralisation du capitalisme ». Dans la perspective de l’alternance en France en 2012, Pascal Canfin propose des réformes crédibles pour que le politique reprenne enfin la main sur la finance.

“Après un an et demi de mandat européen j’ai ressenti le besoin de raconter les négociations auxquelles je participais qui sont à la fois essentielles et très peu connues du grand public. J’explique ici comment l’Europe fonctionne et le contenu des textes que j’ai eu à négocier, de la rémunération des traders à la lutte contre la spéculation sur les dettes souveraines en passant par la taxe sur les transactions financières.”

Ce livre, publié en Janvier 2012, a rencontré un certain succès. Il a été pendant plusieurs mois dans les essais les plus vendus. Il est disponible dans les librairies et vous pouvez également le consulter intégralement et gratuitement en ligne, ici même, grâce à l’aimable autorisation de la maison d’édition Les Petits Matins.

ISBN 978-2-36383-000-5
Date de parution janvier 2012
128 p.

Publié dans : Actualités & Politique
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Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire - intégral - Pascal Canfin - ÉDITIONS LES PETITS MATINS

  1. 1. Du même auteur :Le Contrat écologique pour l’Europe,Les petits matins, 2009.C’est pollué près de chez vous. Les scandalesécologiques en France, avec Wilfrid Séjeau,Les petits matins, 2008.Consommer responsable, Flammarion, 2008.L’Économie verte expliquée à ceux qui n’y croient pas,Les petits matins, 2007.Pour consulter le site de Pascal Canfin :www.europeecologie.eu/-Pascal-CanfinCouverture : Thierry OzielMaquette : Stéphanie LebassardCe livre a été imprimé sur papier recyclé Cyclus Offset.© Les petits matins, 201231 rue Faidherbe, 75011 Pariswww.lespetitsmatins.frISBN : 978-2-36383-000-5Diffusion SeuilDistribution VolumenTous droits de traduction, de reproduction et d’adaptationréservés pour tous pays.
  2. 2. 9 Introduction Première partie17 « La crise financière, c’est pas nous »21 « Les banques ne sont pas responsables de la crise de la zone euro »26 « Ce n’est pas la faute des agences de notation. Casser le thermomètre ne réduit pas la fièvre » Deuxième partie33 « Les banques françaises n’ont rien coûté aux contribuables »36 « Les banques françaises sont plus régulatrices que les autres »40 « Les banques françaises ne spéculent pas sur les dettes des États »43 « Les banques françaises sont plus solides » Troisième partie49 « Fixer des contraintes trop fortes aux banques pénalise l’économie, et donc l’emploi »55 « L’accumulation de régulations nous étrangle »57 « Si vous régulez trop, on partira s’installer ailleurs » Quatrième partie66 « Les marchés financiers et leurs innovations facilitent le financement de l’économie »71 « Les produits complexes sont utiles à l’économie car ils permettent de limiter les risques »
  3. 3. Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel. Jean Jaurès À Lol et Sol.
  4. 4. Introduction« On s’est fait balader. » C’est ce que me disaiten 2009 le journaliste d’une grande radio quivenait d’interviewer le patron de l’une des pre-mières banques françaises. « Il nous a enfumésen faisant des réponses techniques auxquelleson n’a rien compris », poursuivait-il. « Se fairebalader », c’est un peu le sentiment de toute unesociété qui, après la crise financière de 2008, apensé que le politique reprendrait la main surles marchés mais constate que c’est l’inversequi s’est produit. Alors que les États ont sauvéles banques, jamais ils ne semblent avoir étési contraints par ce qu’il est convenu d’appe-ler « les marchés financiers », cet ensemble degestionnaires de fonds, de banques, de fondsspéculatifs (les fameux hedge funds), d’agencesde notation, qui font la pluie et le beau temps. Etqui, depuis quelques mois, défont et refont cer-tains gouvernements. Ces acteurs financiers, je les côtoie tous lesjours en tant que député européen. Car lesrègles qui les encadrent – ou justement neles encadrent pas assez – se décident pour 9
  5. 5. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...l’essentiel au niveau européen. Le Parlementeuropéen est en la matière codécideur avec lesÉtats. Depuis deux ans, j’ai donc négocié – et jenégocie encore – les lois portant sur les fondsspéculatifs, la rémunération des traders, la spé-culation sur les dettes des États, les produitsdérivés, le droit des transactions financières,les agences de notation, etc. Parfois, avec mongroupe politique, celui des Verts, j’ai soutenula version finale des textes, parfois j’ai votécontre. Car s’engager pleinement dans les né-gociations ne signifie pas nécessairement sou-tenir le résultat final. On me demande parfois pourquoi un écolo-giste s’implique dans les questions financières.Ma conviction est que la transition écologiquedont nous avons tant besoin pour transmettreune planète vivable à nos enfants a besoin de lafinance. L’écologie, comme une certaine finance,s’intéresse au long terme. Les réassureurs,ceux qui paient en dernier lieu les dégâts liésau changement climatique, par exemple, sontles alliés des écologistes. Mais cette financede long terme, qui investit, croit en des projetset les rend possibles, est absorbée par une fi-nance uniquement centrée sur le court terme,dont le mot d’ordre est « après moi le déluge ».Transformer la finance est donc un combat pro-fondément écologiste et humaniste. Depuis la crise financière de 2008, il estclair que, derrière des questions apparemment10
  6. 6. INTRODUCTIONtechniques réservées à des débats d’experts,se cachent des choix politiques ayant un impactsur l’ensemble de la société et sur le quotidiende chacun d’entre nous. Pendant les trente der-nières années, les responsables politiques – dedroite, mais aussi trop souvent de gauche – ontsciemment abrogé les unes après les autres lesrègles encadrant les activités financières. Parpure idéologie, ils ont laissé se développer unecréature monstrueuse qui a totalement échappéà leur contrôle. Mais la crise financière qui a ex-plosé en 2008 est un démenti cinglant à tous leschantres de l’autorégulation des marchés. Elleconstitue donc une opportunité historique poursortir de l’opacité les débats sur la finance et enfaire une affaire de citoyens. Car tout le mondeest concerné par la façon dont fonctionne – ouplutôt dysfonctionne – le système financier. Dans les nombreux débats auxquels je par-ticipe en France comme en Europe, je n’ai pasencore rencontré de citoyens qui ne veulentpas que la finance soit plus et mieux encadrée.Mais très peu savent comment les décisionssont prises, quelles positions le gouvernementfrançais défend vraiment à Bruxelles, quellesréformes sont réellement réalisables pourreprendre la main sur la finance… C’est pouréclairer ce processus et contribuer au débat dé-mocratique sur ces questions si déterminantespour notre avenir que j’ai écrit ce livre, tiré demon expérience de député européen. 11
  7. 7. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT... Pour raconter cette histoire, j’ai choisi derépondre aux arguments que j’entends tousles jours, que vous entendez aussi de la partdes grands acteurs des marchés financiers : sil’Europe met en place telle ou telle règle, nousdélocaliserons, ou nous arrêterons de financerl’économie, ou nos talents iront ailleurs. Et puisles banques françaises sont différentes, plusresponsables, elles ne spéculent pas contre lesdettes souveraines, elles respectent les règlessur les bonus, elles financent les entreprises. Tout dans ce discours n’est pas faux. Mais,pour l’essentiel, il est loin d’être vrai. Le pro-blème est que ni les citoyens ni la plupart desjournalistes et des responsables politiques nesont capables d’identifier le vrai du faux, defaire la différence entre la contrainte réelle et lapure intox. Car le lobbying effréné de l’industriefinancière ne s’embarrasse pas de détails. Il alongtemps bénéficié d’un monopole. En face delui, aucun contre-pouvoir n’existait. La donne acommencé à changer avec la création en sep-tembre 2011 de l’ONG Finance Watch, dont jesuis à l’origine avec d’autres députés européens. Je présente enfin, dans la perspective del’alternance en France en 2012, un bouquet dedix réformes clés pour changer la finance. Monexpérience de député européen m’a donné unecertitude : la France pourrait faire beaucoupplus, même dans le cadre européen actuel.Et l’histoire selon laquelle notre pays serait le12
  8. 8. INTRODUCTIONfer de lance mondial de la régulation du capi-talisme est une belle fable à usage interne. Cebouquet de mesures implique un changementde gouvernement en France. Mais aussi unecertaine implication de la société civile. C’estpourquoi ce livre n’est pas écrit pour les spé-cialistes, mais justement pour tous ceux qui nese sentent pas suffisamment armés pour com-prendre la façon dont la finance fonctionne etles vraies marges de manœuvre dont, nous, lesresponsables politiques, disposons pour autantque nous ayons la volonté d’agir. S’approprierles questions financières est une des clés poursortir de la crise. Car sans démocratisation de lafinance, nous assisterons à la financiarisationde la démocratie.
  9. 9. Première partie
  10. 10. « La crise financière, c’est pas nous »Combien de fois ai-je entendu cet argumentdepuis mon arrivée au Parlement européen en2009 ? Aussi étonnant que cela puisse paraître,à écouter les banquiers, assureurs et autresgestionnaires de hedge funds, les responsablesde la crise seraient toujours… les autres. Des« autres » qui varient bien sûr en fonction desinterlocuteurs. Et une posture qui justifie touteopposition à davantage de réglementations.Lorsque, en 2009, l’Europe s’est engagée dansl’encadrement de l’activité des fonds spécula-tifs, les gérants de ces fonds affirmaient qu’ilsn’avaient rien à voir avec la crise et que celle-ci était causée par les prêts irraisonnés desbanquiers. Lorsque la Commission européennea tenté, en 2010, de renforcer les règles enca-drant les assureurs, ceux-ci ont répliqué qu’ilsn’avaient rien à voir avec les banques et queleur modèle était différent, oubliant que la crisede 2008 avait mené à la quasi-faillite du pre-mier assureur mondial, AIG. Lorsque, depuis2011, l’Europe s’attaque à la réglementationdes risques pris par les banques, la réponse deleurs dirigeants est de dire que ce ne sont pas 17
  11. 11. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...les banques européennes qui sont en cause,mais les errements de la finance américaine, àl’origine des produits toxiques comme les prêtssubprimes, feignant d’oublier les centaines demilliards d’euros d’argent public déversés poursauver certains de leurs établissements. C’est donc toujours la faute des autres. Et sur-tout… de l’État et des superviseurs publics quin’ont pas fait leur travail. Un comble quand onconnaît l’acharnement de ces mêmes acteursfinanciers à tout faire pour que ces autoritésn’aient justement pas trop de pouvoirs ! La réalité est qu’il n’y a pas un responsableunique de la crise mais bien un enchaînementde mécanismes justifiant une nouvelle régle-mentation de l’ensemble des activités finan-cières. Si les fonds spéculatifs possèdent unetelle force de frappe, c’est bien parce que lesbanques leur prêtent de l’argent. Si les pro-duits subprimes ont été notés triple A par lesagences de notation, c’est bien parce quecelles-ci nagent en plein conflit d’intérêts. Siles autorités de supervision publiques n’ont pasvoulu intervenir, c’est parce qu’elles sont enpartie captées par la défense des intérêts desentreprises qu’elles sont chargées de contrôler– comme cela se voit dans d’autres secteurs, lesmédicaments par exemple. Il n’y a donc pas « un » responsable ni « une »réforme magique. Chaque acteur a sa part deresponsabilité, et seul un nouvel ensemble de18
  12. 12. PREMIÈRE PARTIErègles permettra de contrôler à nouveau le sys-tème financier. Or, plutôt que d’accepter cettepart de responsabilité et d’en tirer les consé-quences, les acteurs financiers préfèrent sedéfausser sur les autres. Cela prouve bienl’absurdité et l’inefficacité de l’autorégulation,pourtant toujours défendue par une partie de ladroite au Parlement européen. Ce combat pour une reprise en main de lafinance par le politique, je le mène tous lesjours au Parlement européen, au sein de laCommission des affaires économiques et mo-nétaires. Celui-ci est en effet au cœur du pro-cessus sur ces sujets. Pour bien comprendre le reste de cet ou-vrage, quelques précisions sur la façon dontl’Europe fonctionne sont nécessaires. Lorsquela Commission européenne veut encadrer lesagences de notation, les bonus ou les risquespris par les banques, par exemple, elle fait uneproposition de directive ou de règlement : autre-ment dit, elle propose une loi européenne. Elleseule peut le faire puisque les traités européenslui confèrent le monopole de l’initiative législa-tive. Une fois présentée par la Commission, laproposition de législation est modifiée paral-lèlement par le Conseil, qui réunit les États, etpar le Parlement européen. S’engage ensuiteune négociation entre le Parlement et le Conseilpour aboutir à un texte unique validé par lesdeux institutions. Au sein du Parlement, ce 19
  13. 13. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...sont les députés de la Commission des affaireséconomiques et monétaires, où je siège, quinégocient. Chaque groupe politique désigneun représentant. Des sept groupes politiques1,seuls cinq sont vraiment actifs sur la régle-mentation de la finance ; l’extrême droite et lagauche communiste étant largement absentes,de manière assez paradoxale pour cette der-nière, il faut bien l’admettre. L’équipe de négo-ciation du Parlement est donc constituée decinq personnes qui changent en fonction dessujets mais se retrouvent souvent car les spé-cialistes de la finance ne sont pas si nombreux. J’ai le privilège d’appartenir à ce petit groupede députés dont les travaux déterminent forte-ment la capacité de l’Europe à se doter d’unerégulation financière ambitieuse. Comme leParlement européen est élu au scrutin propor-tionnel, il n’y a pas, à la différence de l’Assembléenationale en France, de majorité et d’oppositionautomatiques. Chaque loi doit trouver sa majo-rité. Le groupe des Verts, le quatrième groupepolitique par sa taille, en fait parfois partie,comme ce fut le cas pour les règles encadrantles bonus ou l’interdiction de pratiques spécu-latives contre les dettes des États. Et parfois,1. Le PPE, où siègent les députés UMP ; le groupe libéral(ADLE), où siègent les députés Modem ; le groupe socialiste(S&D) ; les Verts européens (Verts/ALE) ; le GUE/NGL, oùsiègent les députés communistes ; le groupe ELD (extrêmedroite) ; le groupe des conservateurs britanniques (ECR).20
  14. 14. PREMIÈRE PARTIEaprès avoir tenté d’obtenir le meilleur texte pos-sible, nous basculons dans l’opposition, commepour la loi portant sur les hedge funds. « Les banques ne sont pas responsables de la crise de la zone euro » Avant d’entrer dans la réglementation finan-cière stricto sensu, commençons par la crisede la zone euro. Les banques n’hésitent pas àle clamer haut et fort : « Nous ne sommes pasresponsables de la crise de la zone euro. » À lesécouter, elles ne seraient que les victimes in-nocentes de l’irresponsabilité des États. Qu’enest-il vraiment ? Affirmons-le clairement : les banques nesont pas les seules responsables de la crisede la zone euro, mais elles y ont leur part deresponsabilité. En premier lieu, ce sont les banques qui ontfinancé les bulles immobilières qui plombentaujourd’hui les pays en difficulté comme l’Es-pagne ou l’Irlande, et qui pourraient bien ex-ploser en France en 2012. Certes, le choix del’accession à la propriété pour tous est avanttout politique. Nicolas Sarkozy rêvait en 2007d’une France de propriétaires. Il plaidait dansle numéro d’avril 2007 de Revue Banques, lapublication de la Fédération bancaire française(FBF), pour transposer en France le crédit hypo-thécaire qui marchait si bien… aux États-Unis et 21
  15. 15. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...en Espagne ! Heureusement que les bulles ontexplosé dans ces pays avant que le Présidentne puisse engager la France dans cette voiedramatique… Partout en Europe, les banques ont fait plusqu’accompagner cette volonté politique, prêtantsans se soucier de la capacité de l’emprunteurà rembourser, nourrissant la bulle immobilièreet accumulant un niveau d’endettement jamaisatteint. Lorsque la bulle a explosé à partir de2008, les banques se sont immédiatementretrouvées fragilisées et il a fallu que les Étatsleur portent secours pour éviter un désastreplus grand encore. C’est là la seconde respon-sabilité des banques dans la crise actuelle. L’accumulation excessive de dette publiqueces trois dernières années s’explique non parune soudaine gabegie des États, mais par uneintervention publique destinée à éviter une ré-cession encore plus profonde et à sauver lesbanques. Ainsi, le sauvetage bancaire de l’Ir-lande a accru l’endettement public de 45 pointsde PIB. Au total, la dette publique des États dela zone euro est passée en moyenne de 66 % duPIB en 2007 à 85 % fin 2010. Cette dette estégalement la conséquence de choix politiquestels ceux réalisés en France en 2007 de baisserles impôts des plus riches, ou en Grèce de lais-ser se développer une très large évasion fiscale.Pour autant, les banques ne peuvent passersous silence leur responsabilité dans ce bond22
  16. 16. PREMIÈRE PARTIEde 20 points d’endettement qui a fini de pous-ser dans le rouge des États déjà endettés. Le résultat de cette vague de dettes publiquesest bien sûr de fragiliser la situation financièredes États. Les banques découvrent que la dettede certains États, gonflée par le déficit lié à lacrise, atteint des niveaux difficilement soute-nables. Ce dont elles ne se sont pas vraimentsouciées quand cet argent a été utilisé pour lessecourir… Les marchés financiers ciblent enpremier le pays le plus fragile, la Grèce. Doutantde la capacité du pays à rembourser l’intégralitéde sa dette, les marchés exigent des taux d’in-térêt de plus en plus élevés. Des mouvementsspéculatifs aggravent la tendance et font que laGrèce doit, en 2010, demander aux autres Étatsmembres de l’Union européenne de lui prêterl’argent que les marchés financiers ne veulentplus lui avancer. Un phénomène similaire intervient ensuiteen Irlande et au Portugal. L’État irlandais ayantpris sur lui une partie de la dette contractéepar ses banques auprès des autres banqueseuropéennes, il n’est plus solvable. Dès lors,plus personne ne veut lui prêter l’argent dontil a besoin pour financer son déficit, et cesont donc les autres États européens qui ap-portent cet argent et sauvent ainsi en mêmetemps les banques irlandaises et leurs propresbanques. Mais cet argent, les États européensne l’ont pas non plus en caisse. Ils sont donc 23
  17. 17. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...obligés de s’endetter davantage, ce qui affaiblitd’autant leur situation. Et comme les tensionsatteignent ensuite deux gros pays de la zoneeuro – l’Espagne et l’Italie –, c’est la capacitéde l’ensemble de la zone qui est mise en douteet conduit à se tourner vers le dernier acteurcapable d’acheter massivement des obligationsd’État : la Banque centrale européenne (BCE).Or, les règles de la zone euro interdisent à laBCE de se substituer aux marchés pour ache-ter de la dette publique, comme c’est le cas auRoyaume-Uni ou aux États-Unis. Un principelargement inspiré par l’Allemagne mais que laFrance avait également adopté dès 1973 eninterdisant à l’État de financer sa dette directe-ment auprès de la Banque de France. La crise actuelle, qui trouve en partie son ori-gine dans les errements des banques, n’est passans conséquences non plus pour les banques,qui deviennent des arroseurs arrosés. En effet,elles détiennent des quantités importantes dedettes publiques, et si ces dettes perdent pro-gressivement de leur valeur sans qu’aucunÉtat ou la Banque centrale ne soient capablesd’apporter leur garantie, elles doivent alorsenregistrer les pertes dans leur compte et di-minuer leur bénéfice. Ainsi, la restructurationde la dette grecque en 2011 a conduit le Créditagricole à enregistrer une perte de 850 millionsd’euros, BNP Paribas 650 millions d’euros, etla Société générale près de 400 millions. Pas24
  18. 18. PREMIÈRE PARTIEde quoi mettre en danger leur rentabilité si lecas est limité à la Grèce. Mais de quoi les mettreréellement en péril si la situation se propage àl’Espagne, à l’Italie, voire à la France. La pression sur les dettes des États se re-tourne donc contre les banques. En raisonde leur exposition au risque souverain, lesbanques européennes sont maintenant consi-dérées par les marchés financiers – c’est-à-dire par les grands fonds d’investissement… etles autres banques – comme un actif financierrisqué. Et les fonds spéculatifs ne parient plusseulement sur la baisse de la valeur des dettessouveraines, mais aussi sur celle des actionsdes banques. D’où l’effondrement des actionsbancaires en 2011 : ainsi, d’avril à septembrede cette année, l’action de la Société généralea perdu environ 60 % de sa valeur, celle de BNPParibas 40 %, et celle du Crédit agricole 55 %. Les banques, redevenues vulnérables,avaient de nouveau besoin d’États conciliantscapables de les sauver une seconde fois si né-cessaire. Mais, plutôt que de créer un rapportde force pour obtenir d’elles des changementsde pratiques, les États européens, dont 25 sur27 sont gouvernés par la droite, ont préféré leurfaire, sur les trois derniers mois de 2011, troiscadeaux magistraux : en octobre, les États re-noncent à contrôler la façon dont les banquesvont devoir augmenter leurs fonds propres pourfaire face à la crise (voir p. 49) ; le 9 décembre, 25
  19. 19. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...les États, à l’initiative de la France, affirmentque les banques ne seront plus mises à contri-bution, comme ce fut le cas avec la faillite par-tielle de la Grèce ; et le 21 décembre, la Banquecentrale européenne accorde aux banques dela zone euro un accès illimité à très faible tauxpendant trois ans à de l’argent qu’elle crée. Toutcela sans aucun engagement en contrepartie,alors que le reste de l’économie s’enfonce dansle rouge et que les gouvernements européenspréfèrent prôner encore plus de flexibilité sur lemarché du travail ou remettre en cause certainsdroits sociaux. « Ce n’est pas la faute des agences de notation. Casser le thermomètre ne réduit pas la fièvre » Si tous les Européens connaissent leursbanques, peu avaient entendu parler deMoody’s et de Standard & Poor’s. L’année 2011a donné à ces agences de notation une noto-riété nouvelle qui a conduit la Commissioneuropéenne à présenter, en novembre de cetteannée, une nouvelle directive pour les enca-drer, et dont je suis l’un des négociateurs.« Nous ne faisons que mesurer la fièvre »,nous disent ces agences. Or, contrairementà une idée reçue, elles ne sont pas des ther-momètres. Un thermomètre ne porte aucundiagnostic, ne fait aucune recommandation.Ce n’est pas le cas des agences de notation,26
  20. 20. PREMIÈRE PARTIEqui, à partir d’un faisceau d’indicateurs écono-miques, tentent d’évaluer un risque portant surune entreprise, un produit financier ou un pays,et formulent des préconisations de politiquespubliques – ce qui est plutôt le rôle du méde-cin que celui du thermomètre. Or, l’histoirerécente est truffée d’exemples où les agencesont posé des diagnostics totalement erronés :les produits subprimes étaient notés AAA, soitla meilleure note, alors qu’ils se sont révélésles plus toxiques possible ; quelques semainesavant sa faillite, la banque Lehman Brothersétait notée AAA, idem pour l’Islande. Qui conti-nuerait d’aller chez un médecin aussi incompé-tent ? Personne. Il y a donc de bonnes raisonsde ne pas faire confiance à ces agences. En effet, quelle est la capacité d’une équipede quelques analystes à évaluer la complexitédes risques pesant sur un pays ? Pendant desannées, les agences ont sous-évalué les risquesen Grèce, par exemple. Elles n’ont pas non plusalerté sur les dangers liés à l’explosion desbulles immobilières en Irlande ou en Espagne.Pourquoi deviendraient-elles tout à coup desjuges de paix ? La réalité est que les agences nefont qu’émettre une opinion qui reflète plus lesconventions du moment qu’une analyse détail-lée des risques, qu’elles sont en fait incapablesde fournir. C’est pourquoi je soutiens, dans la négocia-tion qui a commencé au Parlement européen 27
  21. 21. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...début 2012, un encadrement plus strict desagences de notation. Je me battrai par exemplepour obtenir qu’elles n’aient plus le droit de fairedes préconisations politiques, ce qui va bien au-delà de leur rôle d’évaluation des risques. Parailleurs, quand une agence annonce par erreurla dégradation de la note d’un pays, comme cefut le cas pour la France en 2011, ne devrait-ellepas être tenue juridiquement responsable desconséquences de cette erreur ? Néanmoins, cemeilleur encadrement des agences s’annoncedifficile. Ainsi, Michel Barnier, commissaireeuropéen aux services financiers, a dû retirer audernier moment de son projet en novembre 2011la possibilité d’interdire temporairement auxagences de publier leurs notations concernantcertains États en cas de crise aiguë. Les autrescommissaires ont refusé cette disposition aunom de… la liberté d’expression. S’il faut changer les règles de fonctionnementde ces agences (voir p. 109 pour d’autres pro-positions), il ne faut pas non plus se tromperde débat. En effet, ce sont des choix politiquesqui ont donné un rôle central aux agences. Lalégislation bancaire européenne a ainsi faitdes notes des trois grandes agences, Standard& Poor’s, Moody’s et Fitch, l’indicateur officielpour mesurer le risque d’un titre financier. Dansle débat actuel sur le triple A des États de lazone euro, ce sont les responsables politiques– et notamment Nicolas Sarkozy, avant qu’il ne28
  22. 22. PREMIÈRE PARTIEchange de pied à partir de décembre 2011 – quiont donné aux agences un statut d’oracle, plusque les marchés eux-mêmes. Car, pour ces der-niers, la note d’une agence n’est qu’un facteurparmi d’autres pour décider ou non de prêter àun État et à quel taux d’intérêt le faire. Ainsi, leJapon, qui est noté AA- par Standard & Poor’s,soit trois crans en dessous du fameux AAA, n’aaucun mal à emprunter à des taux très bas, fortde la confiance des épargnants japonais.
  23. 23. deuxième partie
  24. 24. Comme d’autres sujets, la finance n’échappepas à toute une série de cocoricos. Les banquesfrançaises – selon leurs dirigeants mais égale-ment selon le gouvernement – sont, au choix,plus régulatrices, plus solides, mieux gérées,et elles n’ont rien coûté aux contribuables pen-dant la crise de 2008. Faut-il croire à cette bellehistoire française ? « Les banques françaises n’ont rien coûté aux contribuables » Pour la Fédération bancaire française (FBF),les banques n’ont pas eu besoin d’un plande sauvetage pendant la crise financière2.Pourtant, en 2008, quelques jours après lafaillite de Lehman Brothers le 15 septembre,l’État se porte au secours des banques fran-çaises de la façon suivante : une enveloppede 40 milliards d’euros est créée pour appor-ter des capitaux aux banques sous forme deprêts, et une garantie publique de 320 milliardsd’euros est offerte par le gouvernement. Suivant2. Voir la campagne de la FBF, « Parlons clair. Les banquesen France », mars 2011. Document téléchargeable sur www.fbf.fr/fr/espace-presse/parlons-clair/les-banques-en-france 33
  25. 25. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...l’adage « privatisons les profits, socialisons lespertes », l’État s’est ainsi placé en grand assu-reur du système bancaire français. Le soutien est donc double : de l’argent à courtterme, qui sera effectivement remboursé avecdes intérêts, et une garantie publique qui, elle,n’aura pas besoin d’être activée mais a permisde restaurer la confiance dans la signature de labanque, et donc d’éviter la faillite. Il s’agit là d’unsoutien plus discret mais fondamental, et dontne disposent pas les autres entreprises, hormisquelques secteurs qui parviennent à négocieravec l’État de telles conditions avantageuses,comme l’industrie du nucléaire. Mais les banques françaises ont aussi béné-ficié des plans de soutien des autres pays àleurs banques. En effet, ce n’est pas le contri-buable français qui a sauvé la Société générale,mais le contribuable… américain. Avant la crise,la Société générale disposait d’un importantportefeuille d’actifs de type subprimes – desproduits adossés à des prêts immobiliers auxÉtats-Unis. Consciente des risques liés à cesproduits, la Société générale s’était largementassurée contre le risque de pertes auprès dupremier assureur mondial, AIG. Quand les cré-dits subprimes se sont révélés pourris à partirde 2007, AIG a dû commencer à indemniserceux qui s’étaient assurés auprès de lui, mais ils’est révélé rapidement incapable de faire face àses engagements. Menacé de faillite, l’assureur34
  26. 26. DEUXIÈME PARTIEdoit alors se tourner vers la Banque centraleaméricaine, la Fed, et le gouvernement Bush, quidans l’urgence débloquent un prêt de 85 mil-liards de dollars. Une somme qui a immédiate-ment quitté les comptes d’AIG pour ceux desgrandes banques mondiales qui s’étaient assu-rées auprès de cet organisme. Avec 13 milliardsde dollars, Goldman Sachs fut ainsi le premierbénéficiaire du sauvetage d’AIG. Mais 12 mil-liards sont également allés dans les caisses de laSociété générale. Sans cet argent public, cettebanque, dont le capital n’était que de 41 milliardsd’euros, aurait été en très grande difficulté. Si les banques ont bien été aidées directementet indirectement, la FBF nous explique qu’ellesn’ont, au final, « rien coûté au contribuable3 ».Une phrase écrite un peu rapidement. C’étaitoublier la banque franco-belge Dexia, pourtantmembre de la FBF. Pierre Richard, l’ancien diri-geant de Dexia, siégeait même au comité exécu-tif de la Fédération. La banque était déjà passéetout près de la faillite en 2008. Elle avait alorsgaranti des prêts subprimes américains – tou-jours eux ! À l’époque, les contribuables françaisont acheté pour 3 milliards d’euros d’actionsde Dexia, via l’État et la Caisse des dépôts etconsignations. Un investissement réalisé surla base d’un cours de Bourse de 9,90 euros.Or, aujourd’hui, Dexia ne vaut quasiment plusrien en Bourse. Une moins-value de près de3. Document « Parlons clair. Les banques en France », op. cit. 35
  27. 27. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...3 milliards d’euros… à la charge de la collectivité.La crise de la dette souveraine a fini d’acheverla banque, qui croule sous les actifs douteux.Seule solution, la démanteler pour sauver ce quipeut l’être. La banque de détail belge a déjà éténationalisée par la Belgique, et l’activité de fi-nancement des collectivités locales françaisesest reprise par la Caisse des dépôts et consi-gnations. L’addition finale n’est donc pas encoreconnue. Le dernier plan de sauvetage prévoitune garantie publique pour Dexia de 33 mil-liards d’euros pour le seul État français. Au final,il est à craindre que le sauvetage de la banquefranco-belge soit particulièrement douloureuxpour les contribuables français et belges, et at-teigne une perte d’environ 10 milliards d’euros. La légende des banques françaises n’ayant« rien coûté aux contribuables » a du plombdans l’aile. Mais peut-être que ces milliards nesont effectivement « rien » pour des banquesqui ont réalisé, en cumulé, 21 milliards de béné-fices en 2010. « Les banques françaises sont plus régulatrices que les autres » Encore une fois, lisons ce que nous disent lesbanques françaises à coup de grands encartspublicitaires dans la presse quotidienne. Elles« tirent les leçons de la crise », « soutiennentet appliquent le principe d’une régulation36
  28. 28. DEUXIÈME PARTIErenforcée4 ». Vu de Bruxelles, difficile d’y voirautre chose qu’une mystification, tant ce sou-tien m’est imperceptible, à moi député euro-péen. Décryptage d’un double discours. Si les banques françaises soutiennent« une régulation renforcée », c’est bien seule-ment dans leur communication grand public.À Bruxelles, où les décisions sont prises, la réa-lité est tout autre. Les banques françaises nedérogent pas à la règle qui veut que la bonne ré-gulation soit celle qui s’applique avant tout auxautres. Depuis mon élection, j’ai reçu à plusieursreprises les représentants de la FBF, jamais jen’ai entendu d’eux une proposition susceptibled’aller plus loin en matière de régulation finan-cière. Ainsi, la FBF m’alerte régulièrement sur lafaçon dont les règles devraient être adaptées,toujours dans le sens du moins-disant régle-mentaire. En matière de lobbying, les banquesfrançaises ne défendent pas des positions plusrégulatrices que leurs concurrentes anglo-saxonnes, notamment. D’ailleurs, il leur arrivemême de faire carrément du lobbying communavec elles. J’ai ainsi été surpris – mais aurais-jevraiment dû l’être ? – de recevoir une déléga-tion de l’ISDA5, le lobby des grandes banques4. Campagne publicitaire FBF, décembre 2010.5. ISDA-International Swaps and Derivatives Association(www.isda.org), dont sont membres Goldman Sachs,JP Morgan… mais aussi BNP Paribas, la Société Généraleet le Crédit agricole. 37
  29. 29. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...d’affaires américaines et européennes traitantdes produits dérivés, composée de respon-sables du Crédit agricole et de la Royal Bank ofScotland (RBS), la banque écossaise qui a dûêtre nationalisée par l’État britannique aprèsavoir perdu des milliards dans ses activités demarché. Lors de cette discussion je me suispermis de dire que je « comprenais » leur peud’attention à la nécessité d’avoir un systèmeplus sûr puisque, de toute façon, si les risquesliés aux produits dérivés venaient à exploser,ce serait le contribuable qui paierait l’addition.Le responsable de la RBS m’a répondu avecun grand sourire : « Dans notre cas, oui. » Uncynisme absolu qui n’a pas bouleversé son col-lègue du Crédit agricole… À défaut de soutenir la régulation financière,les banques françaises en appliquent-ellesles principes ? Prenons un des engagementsforts du G20, la lutte contre les paradis fis-caux. Qu’ont fait les banques françaises de-puis 2008 ? Pas grand-chose. Ainsi, en 2009,le mensuel Alternatives économiques révé-lait que les établissements financiers françaisdisposaient de 460 filiales dans les paradisfiscaux. À elle seule, BNP Paribas en comp-tait 190. Certes, les banques françaises ontannoncé fin 2009, à grand renfort de com-muniqués, qu’elles quittaient ces territoires.Cette décision ne faisait qu’anticiper la loi quiallait permettre à Nicolas Sarkozy de déclarer,38
  30. 30. DEUXIÈME PARTIEà la veille du sommet du G20 de Pittsburgh en2009 : « Les paradis fiscaux, c’est fini. » Pourautant, ce retrait ne concernait que les paradisfiscaux « officiels », c’est-à-dire ceux reconnuspar l’OCDE6, une liste très modeste puisque nila Suisse ni le Luxembourg, par exemple, n’yfigurent. Au final, BNP Paribas n’a dû fermerque deux succursales et six filiales au Panamaet dans les Bahamas. Une perte microscopiquepour la première banque française. Pas de quoi,donc, s’afficher en parangon de vertu. D’autant que la FBF milite publiquementcontre une loi votée par Barack Obama en2010, et qui s’appliquera en 2013, pour luttercontre l’évasion fiscale. Cette loi, dite FATCA7,prévoit que toutes les institutions financièresouvrant un compte à un citoyen américain ou àune entreprise à capitaux majoritairement amé-ricains soient obligées de le déclarer à l’admi-nistration fiscale américaine. Une loi qui écrasedonc le secret bancaire et impose de nouvellescontraintes de transparence à l’ensemble desbanques, dont les françaises, qui travaillentavec des clients américains. Plutôt que de saluerune avancée dans la lutte contre les paradis fis-caux, les banques françaises critiquent dans undocument du 13 septembre 2011 qu’elles m’ontadressé « un impact extrêmement contraignant6. Organisation de coopération et de développementéconomiques.7. Foreign Account Tax Compliance Act. 39
  31. 31. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...et coûteux », « une violation du secret ban-caire » ou encore « des difficultés techniqueset des coûts considérables pour réaliser lesvérifications électroniques et manuelles del’identité des personnes ». Preuve, s’il en étaitbesoin, que les banques françaises, commetoutes les autres, se satisfont très bien de nepas connaître leurs clients ni l’origine des fondsqu’elles hébergent… tant que cela leur rapportede l’argent. « Les banques françaises ne spéculent pas sur les dettes des États » En octobre 2011, toujours par voie d’encarts pu-blicitaires, la FBF rétablissait « sa » vérité. Non,contrairement à ce que certains aimeraient fairecroire, « les banques françaises ne spéculent passur la dette grecque ». Français, dormez tran-quille : la spéculation, c’est pour les méchantshedge funds, ces acteurs qui utilisent les mar-chés financiers comme des casinos et qui sontpresque tous situés dans des paradis fiscaux,principalement aux îles Caïmans. Rien à voir avecl’activité de nos établissements bancaires ! Pourtant, en y regardant de plus près, sur-prise, nos gentilles banques françaises ontdes filiales dont la spécialité n’est autre que definancer ces fonds spéculatifs. Des activitésqu’elles ont continué de développer pendant lacrise. Ainsi, en juin 2008, Bank of America, une40
  32. 32. DEUXIÈME PARTIEdes grandes banques américaines frappées deplein fouet par la crise des subprimes, se séparede certaines de ses activités pour récupérer dela trésorerie. Elle décide donc de vendre sonactivité de financement de fonds spéculatifs.Qui l’achète pour se développer sur ce métierhautement rentable ? BNP Paribas, qui devientainsi un des leaders européens du financementde hedge funds… Une activité que connaissentégalement bien la Société générale et le Créditagricole, qui possèdent avec Newedge une fi-liale commune pour financer les fonds spécula-tifs. Une filiale primée par le Hedgefund Journalcomme la société la plus efficace pour accom-pagner les stratégies des fonds spéculatifs fon-dées sur les produits dérivés. On peut bien sûr toujours arguer du fait que,si les banques françaises ne finançaient pas lesfonds spéculatifs, d’autres le feraient. C’est toutà fait exact. Mais dans ce cas, si elles étaientsincères dans leur volonté régulatrice, ellesauraient dû plaider pour des règles strictesd’encadrement des hedge funds qui se seraientappliquées à l’ensemble des banques euro-péennes. Or, lors de la négociation en 2009 eten 2010 de la directive qui encadre ces fonds(Alternative Investment Funds Directive, AIFM),aucune banque française n’est venue plaider enfaveur d’un cadre juridique plus ambitieux ! Ce sont bien les banques qui donnent leurpouvoir aux fonds spéculatifs. En effet, ceux-ci 41
  33. 33. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...sont des entités qui disposent de très peu decapitaux propres. Ils vont emprunter auprès desbanques pour accumuler des montants qui leurpermettent ensuite d’influencer les tendancessur les marchés. Sans cet « effet de levier », leurpouvoir serait beaucoup plus faible. En finan-çant et en aidant les hedge funds, les banquesfrançaises ont bien fourni, en toute connais-sance de cause, les armes qui ont permis à cesderniers de spéculer, y compris contre la Grèce. Enfin, la FBF nous informe que les banquesfrançaises « ont conservé leurs titres, à la de-mande des pouvoirs publics, pour donner toutesses chances au plan de soutien à la Grèce8 ».Cela est exact ! Elles ont conservé leurs titresgrecs, comme le leur avait demandé ChristineLagarde – alors ministre de l’Économie, de l’In-dustrie et de l’Emploi –, et cela alors même qued’autres banques, comme la Deutsche Bank,n’hésitaient pas à s’en débarrasser. Mais lesbanques françaises n’ont pas fait preuve d’au-tant de civisme avec les autres pays du sud del’Europe. Ainsi, en quatre mois, entre l’été etl’automne 2011, BNP Paribas s’est délestée de8,3 milliards de dette italienne. Des ventes mas-sives qui pèsent sur les taux d’intérêt de cesÉtats, et qui ont eu lieu au moment même ou lacommunication publique valorisait la conserva-tion des titres grecs…8. Campagne FBF, 20-21 octobre 2011.42
  34. 34. DEUXIÈME PARTIE « Les banques françaises sont plus solides » L’affaire Dexia et l’aide reçue par la Sociétégénérale de la part des États-Unis montrent quecette solidité est toute relative. Quant à Natixis,la banque d’investissement filiale des Caissesd’épargne et des Banques populaire, très malen point en 2008 en raison d’investissementshasardeux, elle n’aura survécu qu’au prix d’unefusion forcée de ses deux actionnaires, opé-rant ainsi un transfert financier de la banque dedétail vers la banque de marché. Autrement dit,ce sont des banques historiques de l’économiesociale, les Caisses d’épargne et les Banquespopulaires, qui, grâce à l’épargne de millions deFrançais, ont empêché la disparition de Natixis.Malgré tout, il est vrai que, contrairement àd’autres pays, comme le Royaume-Uni, aucunebanque n’a fait faillite et n’a dû être nationalisée. Une particularité française est mise en avantpour expliquer cette solidité : le modèle de labanque universelle. Ce modèle consiste à re-grouper dans une même entité les activitésde banque de détail aux particuliers (prêts àla consommation, prêts immobiliers…) et labanque dite de « financement et d’investisse-ment », qui agit principalement sur les marchésfinanciers. Grâce à cette intégration, les béné-fices récurrents et substantiels réalisés par lesbanques françaises dans les activités aux par-ticuliers ont permis de compenser les pertes 43
  35. 35. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...dans les activités de marchés, comme l’exemplede Natixis l’a illustré. Si le modèle de la banque universelle a faitpreuve d’une relative solidité en France, cela n’apas été le cas partout en Europe. Ainsi, ING, auxPays-Bas, ou encore Royal Bank of Scotland,au Royaume-Uni, deux banques universelles,se sont retrouvées en grande difficulté. Lespertes réalisées dans les activités de marchéexcédaient largement les profits réalisés dansla banque de détail. Or, quand ces banques sonten difficulté à cause des activités de marché,ce sont les économies des particuliers qui sontmenacées. Dans ce cas, les États n’ont d’autreschoix que de leur venir en aide. Cette garan-tie publique de fait permet à ces banques deprendre des risques sur les marchés… tout enétant sûres d’être sauvées en cas de problème.On peut lire par exemple sur le site Internet deNewedge, la filiale commune de services auxhedge funds de la Société générale et du Créditagricole, qu’être adossé à des banques de dé-pôt est pour cette filiale un avantage compara-tif important car, en cas de problème lié à sonactivité, elle pourra compter sur le soutien debanques que l’État français ne pourra pas lais-ser tomber. Les clients de ces banques, commeles contribuables français, sont, j’en suis sûr,ravis d’offrir ce service aux hedge funds… C’est pourquoi la question d’une séparationdes activités de détail de celles de financement44
  36. 36. DEUXIÈME PARTIEet d’investissement se pose aujourd’hui. EnEurope, ce débat a pris le plus d’ampleur auRoyaume-Uni, où le coût public du sauvetagebancaire est l’un des plus élevés. Le rapportde la commission chargée par le gouvernementbritannique de se pencher sur cette réformes’est clairement prononcé pour une séparationdes deux activités à la fin de l’année 2011. Pour autant, si elle est nécessaire, cette sé-paration n’est pas la solution miracle. LehmanBrothers était une pure banque d’affaires. Unstatut qui a justifié l’absence de soutien publicmenant à la faillite de la banque… et poussantla finance mondiale au bord du gouffre. Dansun système totalement interconnecté, où lesbanques d’affaires empruntent aux banquesde dépôt, la séparation des deux activités neserait qu’un trompe-l’œil. Pire encore, elle pour-rait aboutir à une sous-régulation des banquesd’affaires, comme c’était le cas aux États-Unis,au motif que ces banques ne bénéficiaient ni dela garantie publique ni de l’accès à la Banquecentrale. Soutien qui leur a été attribué dansl’urgence et sans contrepartie au plus fort de lacrise de septembre 2008. Seule la création de deux systèmes financiersparallèles permettrait d’assurer une séparationréelle. La banque de détail serait destinée àfinancer les prêts aux particuliers et aux petitesentreprises, comme l’ont fait pendant long-temps les banques mutualistes et coopératives 45
  37. 37. troisième partie
  38. 38. « Fixer des contraintes trop fortes aux banques pénalise l’économie, et donc l’emploi »Voici l’argument qui, par définition, fait peur àtout responsable politique, de gauche comme dedroite. Il permet de passer du registre de la dé-fense de l’intérêt particulier à celui de la défensede l’intérêt général. Cet argument est-il fondé ? Tout d’abord, rappelons le contexte réglemen-taire : le niveau de capital exigé des banquesest fixé par des accords internationaux négo-ciés par les banquiers centraux et les régula-teurs bancaires des pays riches. Pas vraimentdes révolutionnaires… Il s’agit de l’accord dit deBâle 1 en 1988, puis de Bâle 2 en 2004, et deBâle 3 en 2011. Ceux-ci sont ensuite traduits endroit européen par des directives. Celle qui doittransposer Bâle 3 en Europe est actuellementen négociation et s’appliquera à partir de 2013. Les capitaux, que l’on appelle aussi fondspropres, d’une banque représentent en quelquesorte son matelas de sécurité. En effet, tout prêtà un particulier ou à une entreprise présenteun risque de non-remboursement, alors que labanque est dans l’obligation de restituer leursdépôts aux épargnants. Ainsi, pour chaque prêt, 49
  39. 39. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...elle doit constituer une réserve de capitauxpropres qui servira en cas d’incapacité de cer-tains emprunteurs à rembourser leurs dettes.En l’absence de capitaux propres suffisants,c’est donc la capacité de la banque à rembour-ser les déposants qui est mise à mal. De ce fait,l’exigence de capitaux propres ne porte pas surun niveau de capital en valeur absolue, maisbien sur un rapport entre le capital détenu et latotalité des prêts accordés par la banque, et lerisque associé à ces prêts. L’accord de Bâle 3 obligera les banques àconstituer un coussin de sécurité plus élevé.Elles devront donc mettre plus de capitauxpropres de côté, notamment pour les opéra-tions les plus risquées. Ces obligations sup-plémentaires ont été fortement combattuespar le lobby bancaire. Argument le plus cou-ramment avancé : l’augmentation des fondspropres accroîtra le coût et limitera le volumedes prêts accordés aux ménages et aux petitesentreprises. Moins de crédit signifie moins d’in-vestissement, et au final moins d’emplois. Lesbanquiers, via leur lobby mondial, l’Instituteof International Finance, n’hésitaient pas àannoncer près de 10 millions d’emplois perdusdans le monde à cause des nouvelles règlespesant sur les banques ! Pourtant, ces estima-tions alarmistes ont été démenties par la der-nière étude d’impact réalisée par la Banquedes règlements internationaux (BRI). Celle-ci50
  40. 40. TROISIÈME PARTIEestime l’impact sur la croissance à… moins de0,01 point par an pendant la période de miseen œuvre de huit ans. Le coût du crédit aug-menterait de 0,06 point. Autrement dit, au lieude payer votre crédit immobilier 4 %, il vous encoûterait 4,06 %, une différence marginale etlargement indolore quand les taux peuvent va-rier de 0,1 à 0,2 point d’un mois sur l’autre pourdes raisons liées à la politique de la Banquecentrale, par exemple. En effet, dans leur raisonnement, les banquesfont semblant d’oublier que le niveau de fondspropres exigé n’est qu’un élément marginaldans la « fabrication » du taux d’intérêt au-quel la banque prête. Le déterminant principalest d’abord le taux d’intérêt auquel la banqueachète elle-même sa ressource financière. Pourles taux à court terme, c’est le taux d’intérêt dela Banque centrale. Le taux d’intérêt de la BCEest aujourd’hui relativement faible – 1 % début2012 – et il est encore plus faible aux États-Unis (0,25 %) et au Royaume-Uni (0,5 %). Pourles taux à long terme, ce sont les anticipationsd’inflation qui déterminent en premier lieu leniveau des taux. Pourquoi les banques se sont-elles alorsautant opposées aux nouvelles règles sur lesfonds propres ? Parce que celles-ci vont dimi-nuer leur rentabilité. En effet, aujourd’hui, lesbanques financent leurs activités, notammentles plus spéculatives, avec très peu de fonds 51
  41. 41. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...propres réglementaires. Ainsi, une banque quiprêtait 100 euros n’avait besoin de mobiliserque 4 euros de fonds propres. Avec une marged’environ 1 % du montant du prêt, son coussinde sécurité n’était que de 4 %, mais la rentabilitéde ses capitaux propres de 25 %, soit 1 euro degagné pour 4 euros de fonds propres mobilisés.Demain, avec les nouvelles règles, ce coussindevra être de 8 euros. Le coussin de sécurité,doublé, atteindra donc 8 %, mais la rentabilitéde la banque ne sera plus que de 12,5 %, soit1 euro de gagné pour 8 euros de fonds propresmobilisés. C’est bien cette baisse sensible deleur rentabilité qui préoccupe en réalité lesbanques. Derrière le discours sur l’intérêt géné-ral et l’emploi, se cache uniquement la défensede leurs profits. D’autant que les activités les plus sévèrementpénalisées par les nouvelles règles ne sont pasles prêts aux particuliers et aux petites entre-prises, mais les activités sur les marchés finan-ciers. Ces activités sont fort rentables pour lestrès grandes banques. Ainsi, en 2006, BNPParibas se vantait dans les publications des-tinées à ses actionnaires d’une rentabilité surcapitaux propres de 21,2 % dans ses activitésde marché. Mais le phénomène n’est pas quefrançais, évidemment : le retour sur capitauxpropres des treize principales banques d’inves-tissement mondiales avoisinait les 20 % avantla crise de 2008. Des chiffres bien supérieurs à52
  42. 42. TROISIÈME PARTIEla rentabilité des prêts à l’économie réelle et quis’apparentent plus à de la prédation du restede l’économie qu’à un service rendu. Dansun débat public auquel je participais fin 2011avec Jean-Pierre Mustier, l’ancien patron deJérôme Kerviel à la Société générale, celui-cireconnaissait d’ailleurs que « les banques ontdégagé des taux de rentabilité trop importants.C’était intenable. Si l’on multiplie ces chiffressur plusieurs années, à la fin, il n’y a plus quedes banquiers et des avocats, et les autres ac-teurs de l’économie sont morts ». Une prise deconscience bien tardive… Or, les nouvelles règles sur les fonds propresconcernent principalement ces activités demarché. Ainsi, quand une banque achète pourson propre compte – c’est-à-dire pas pour celuid’un de ses clients mais pour elle-même – desproduits dérivés sur le pétrole, par exemple, enpariant à la hausse ou à la baisse du prix, elleprend un risque. En contrepartie de ce risque,elle doit mettre du capital de côté, commepour un prêt immobilier. Et les futures règlesaugmenteront fortement le niveau de fondspropres à réserver au cas où ce pari se révé-lerait perdant, et grèveront d’autant la rentabi-lité des banques. Cette réforme marquera doncla fin d’un business très rentable pour elles, cequi explique qu’elles soient aujourd’hui prêtes àdépenser des millions en lobbying pour en limi-ter l’ampleur. 53
  43. 43. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT... Mais la crise des dettes souveraines accélèrel’histoire. En octobre 2011, les États européensont décidé d’obliger les banques à augmentersuffisamment leurs capitaux propres pour êtreen mesure de résister à la baisse de la valeurdes dettes souveraines qu’elles possèdent.Les banques doivent, d’ici à juillet 2012, soitplus rapidement que prévu par les accordsde Bâle 3, augmenter significativement leursfonds propres. Pour améliorer le rapport entreles capitaux propres et la totalité des prêts, il ya deux possibilités : augmenter le capital… ouréduire les engagements pris. Or, augmenterson capital revient à diluer le montant existantdans un ensemble plus large. Autrement dit, àcréer de nouvelles actions, ce qui fait baisserd’autant le bénéfice par action puisque le béné-fice total sera divisé en un nombre supérieurd’actions. Pas de quoi enchanter les action-naires… D’autant plus que la baisse actuelledes cours de Bourse obligerait les banques àémettre énormément de nouvelles actions pourlever les milliards nécessaires à leur recapitali-sation. Pour les banques les plus fragiles, leurcapacité même à trouver de nouveaux action-naires est mise en doute. Faute de pouvoir leverde nouveaux fonds, elles devraient se tour-ner vers les pouvoirs publics. Ce fut le cas en2008 pour certaines banques qui ont été ainsinationalisées, comme Lloyds TSB au Royaume-Uni ou l’Anglo-Irish Bank en Irlande.54
  44. 44. TROISIÈME PARTIE Dès lors, les dirigeants des banques font toutpour ne pas prendre ce risque qui pourrait leurêtre fatal. Et « tout faire », cela signifie d’abordne pas augmenter son capital mais réduire sesengagements, donc réduire les prêts à l’éco-nomie. Les banques font ainsi le choix de pro-téger leurs actionnaires, et les dirigeants lechoix de protéger leurs positions, au détrimentde l’intérêt général. Avec le consentement desgouvernements européens puisque ceux-ci ontaccepté fin 2011 de laisser les banques libres dela façon dont elles augmenteraient leurs ratiosde fonds propres. Un nouveau cadeau sanscontrepartie, passé largement inaperçu maisqui montre, encore une fois, les largesses dontbénéficient les grandes banques… « L’accumulation de régulations nous étrangle » Pour les financiers, les nouvelles réglemen-tations post-crise sont un choc. Après desannées de dérégulation et de supervision conci-liante, toute tendance à la re-régulation, mêmemodeste, est vécue comme une agression. Aupoint que les lobbyistes de l’industrie financièreont entamé un nouveau credo qui fera souriredans la vraie vie : « L’accumulation de régle-mentations est excessive, la régulation nousétrangle. » Pour être plongé depuis près de trois ans aucœur de la négociation européenne, je peux 55
  45. 45. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...témoigner que le secteur financier est loind’être « étranglé » par les nouvelles régulations.En effet, malgré la crise, les États continuentde défendre les intérêts de leur industrie finan-cière nationale, au détriment d’une régulationplus ambitieuse au niveau européen. L’industriefinancière ne manque donc pas d’alliés. L’exemple le plus caricatural a probablementété la loi sur les bonus. L’Union européenne aadopté en juillet 2010, au bout de près d’un ande négociations, de nouvelles règles pour en-cadrer les bonus des traders et des dirigeantsdes banques. Sur ce dossier politiquement sen-sible, dont j’étais l’un des négociateurs, nousavions réussi à faire adopter des amendementsambitieux au Parlement. L’un d’entre eux sti-pulait que la rémunération variable ne pouvaitpas dépasser 50 % du total de la rémunération.Autrement dit, si un trader touche un salairefixe de 150 000 euros par an (un petit salairedans les salles de marchés…), son bonus nepourra être supérieur à ce montant. Une révo-lution quand on connaît les pratiques actuelles,où les bonus peuvent représenter jusqu’à dixfois le salaire fixe, incitant ainsi à une prise derisque maximum. Les États s’étaient contentés,dans leur propre version du texte, d’un principe« d’équilibre », sans chiffre. Le Parlement souhaitait également qu’untrader ne puisse pas toucher plus de 30 % deson bonus immédiatement et en cash, pour56
  46. 46. TROISIÈME PARTIEsortir de la culture du « je prends l’oseille et jeme tire ». Dans la négociation qui a suivi entrele Parlement et le Conseil, les deux États quise sont montrés les plus opposés à ces ré-formes ont été le Royaume-Uni (normal) et…la France. Au dernier jour des négociations, le29 juin 2010, le Royaume-Uni a fini par accep-ter la proposition de compromis à 10 heures dumatin. Pendant toute cette journée, le gouver-nement français s’est alors retrouvé seul enEurope (ou, pour être plus juste, seul avec legouvernement Berlusconi…) à défendre les bo-nus des traders sur une ligne plus libérale quecelle du Royaume-Uni. Une position politique-ment indéfendable. Finalement, à 17 heures,la France rejoignait le compromis… avant ledépart de mon communiqué de presse dénon-çant l’attitude incroyable du gouvernementfrançais. Cet exemple illustre le grand écartqui peut exister entre les discours de NicolasSarkozy et la réalité des positions défenduespar la France en matière financière. « Si vous régulez trop, on partira s’installer ailleurs » Les banques ont développé un argumentimparable pour s’opposer à toute décisionambitieuse en matière de régulation financière :le chantage aux délocalisations. « Si vous ré-gulez trop en Europe, nous transférerons nos 57
  47. 47. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...activités aux États-Unis », nous dit l’industriefinancière. Or, ce discours porte fortement ausein du Parlement européen. La priorité de cer-tains députés européens libéraux ou conserva-teurs semble être de ne surtout rien faire quirisquerait de soumettre la finance européenneà des règles plus strictes que celles en vigueuraux États-Unis ou en Asie. J’étais déjà peu réceptif à cet argument – quiobligerait l’Europe à s’aligner sur les règles lesmoins régulatrices – mais, lors d’un voyage àWashington en juillet 2010 avec d’autres dépu-tés européens en charge de la réglementationfinancière, j’ai réalisé toute l’imposture de l’in-dustrie financière. À cette occasion, j’ai ren-contré des parlementaires du Parti démocratequi étaient à l’époque sur le point de faire voterle Dodd-Franck Act, la principale loi de BarackObama de régulation de la finance. Ils nous ontraconté comment les banques américainesleur disaient : « Si vous mettez en place tellerègle sur les produits dérivés ou sur la sépa-ration des banques d’affaires et des banquesde dépôt, alors nous quitterons New Yorkpour Londres. » Un discours identique à celuitenu par les banques européennes, qui nousexpliquaient au même moment au Parlementque, si on appliquait des règles trop duressur les bonus, elles quitteraient Londres pourNew York. Le problème, c’est qu’une banque nepeut pas délocaliser ses équipes de Londres à58
  48. 48. TROISIÈME PARTIENew York le lundi parce que les règles sur lesrémunérations sont plus souples aux États-Unis, puis les relocaliser à Londres le mercredicar les règles sur les produits dérivés y sontplus accommodantes… De manière générale, le risque de délocali-sation est très surestimé par l’industrie finan-cière. L’exemple des bonus est particulièrementfrappant. Les nouvelles règles européennes,qui reprennent largement les prescriptions duG20, sont entrées en vigueur au 1er janvier 2011et se sont donc appliquées aux bonus versésen 2011 au titre des performances de 2010. Cesrègles reposent sur trois piliers. Le premier estle fait de différer dans le temps la rémunéra-tion variable. Jusqu’à présent, les traders tou-chaient leur bonus en fonction des résultats del’année écoulée – une incitation à réaliser desprofits à court terme sans se soucier de risquesdont la survenance ne s’envisageait qu’à moyenou long terme. Les produits subprimes ontainsi rapporté beaucoup d’argent aux tradersqui les traitaient, avant de manquer couler lesbanques. Suivant l’adage « donner c’est donner,reprendre c’est voler », ils touchaient l’intégra-lité de leur bonus immédiatement, et celui-ci nepouvait leur être retiré si les choses tournaientmal par la suite. Face je gagne, pile tu perds.Aujourd’hui, le bonus est versé au minimumsur une période de trois ans. Deuxième pilierde la nouvelle réglementation, 70 % du bonus 59
  49. 49. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...n’est plus délivré en cash mais en actions dela banque – actions qui ont perdu près de 50 %de leur valeur pour les banques françaises, parexemple, entre avril et septembre 2011. De quoidiminuer considérablement la somme touchéeau final. Enfin, comme on l’a vu plus haut, ledroit européen introduit un principe « d’équi-libre » entre la rémunération fixe et la rémuné-ration variable. Or, à écouter les banques durant les débats auParlement, ces règles allaient faire fuir les tra-ders, présentés comme des exilés putatifs ! Defait, l’Europe est bien la seule région du mondeà avoir transcrit les prescriptions du G20 – etmême à être allée au-delà – en matière de rému-nérations dans le secteur financier. Pourtant,un an après l’entrée en vigueur de ces règles,nulle fuite de traders en vue. Car le risque estplus limité qu’il n’y paraît. Tout d’abord, l’application des règles à l’en-semble de l’Union européenne prévient toutedélocalisation intra-européenne. Or, ce à quoinous avons assisté depuis une dizaine d’années,c’est plutôt le transfert des traders des salles demarché de l’Europe continentale vers Londres,et non vers Singapour ou New York. Mais quiddes délocalisations en dehors de l’Union ? Ledanger n’est guère criant. D’une part, on necrée pas une place financière avec toutes lescompétences et les infrastructures nécessairesen claquant des doigts : les délocalisations ne60
  50. 50. TROISIÈME PARTIEpeuvent donc se faire que sur des places déjàconstituées et reconnues dans le monde entier,comme New York, Singapour ou Hong Kong.D’autre part, une délocalisation vers une des-tination lointaine pose un problème pratique :celui du décalage horaire. Si une banque déplaceses équipes hors d’Europe, cela signifie qu’elledoit les faire travailler la nuit pour continuer àservir ses clients européens. Je n’ai pas encorerencontré un seul trader à qui cela fasse envie…
  51. 51. quatrième partie
  52. 52. Au-delà de la régulation bancaire, la réformefinancière passe aussi par un encadrement decette nébuleuse que sont les marchés finan-ciers. Depuis la libéralisation des années 1980,les marchés n’ont cessé de se développer, par-fois en dehors de toute réglementation. Face àla volonté, pourtant toute relative, des respon-sables politiques d’encadrer davantage leursactivités, tous ceux – banques, fonds spécu-latifs, Bourses – qui bénéficient à plein de cesmarchés débridés opposent une résistanceacharnée. Pourquoi s’opposer aux lois « natu-relles » du marché qui leur sont si favorables ? Faisons d’abord un bref rappel historique. Il ya vingt ans, le trading de haute fréquence (voirp. 66) n’existait pas. Les CDS (credit defaultswaps, voir p. 72) non plus, puisqu’ils ont été in-ventés en 1994. Et les marchés de produits déri-vés, qui représentent 676 000 milliards d’eurosaujourd’hui (on dit aussi, dans le jargon de lafinance, 676 trilliards d’euros), étaient embryon-naires. Il a donc bien existé une époque, pas silointaine, où les marchés finançaient l’économiesans s’apparenter à des casinos ! C’est ce qui faitdire à Paul Volcker, ancien président de la Banquecentrale américaine, que la seule innovation 65
  53. 53. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...financière utile de ces vingt dernières annéesest… le distributeur automatique de billets ! « Les marchés financiers et leurs innovations facilitent le financement de l’économie » À écouter le secteur financier, s’opposer à l’in-novation financière des marchés serait au mieuxde l’inculture, au pire de l’obscurantisme. « Vousn’empêchez pas Apple d’inventer l’iPhone, pour-quoi la finance aurait-elle l’interdiction d’innoverpour le profit de tous ? », m’expliquait sans com-plexe le lobbyiste d’un fonds d’investissementaméricain. Pourtant, si l’utilité de l’iPhone – et deses concurrents – semble difficilement contes-table, celle de certaines « innovations finan-cières » me laisse bien plus sceptique. Ainsi, une innovation majeure que défendentles lobbies des Bourses se nomme le « tra-ding de haute fréquence », autrement dit lacapacité d’acheter et de revendre des actionsen quelques millièmes de seconde à l’aide deprogrammes informatiques. Cette techniquede spéculation à très court terme, où les opé-rateurs conservent rarement leur position plusd’une minute, s’est développée de manière ex-ponentielle ces dernières années. À tel pointqu’aujourd’hui, plus de 50 % des ordres passéssur les valeurs des entreprises du CAC 40 pro-viennent des fonds américains comme Getco ouCitadel, devenus maîtres en la matière.66
  54. 54. QUATRIÈME PARTIE Ces fonds profitent d’une autre « innova-tion » financière, l’introduction de la concur-rence entre les places boursières. Avant, lemonde était simple : une action d’une entre-prise française ne s’échangeait que sur laBourse de Paris. Aujourd’hui, les actions d’unemême entreprise sont cotées en Europe dansplusieurs Bourses différentes. On peut ache-ter ou vendre une action Total sur Euronext àParis, mais aussi à Londres sur des marchésconcurrents, comme Chi-X ou BATS. Résultat,chaque place propose un prix légèrementdifférent. Il faut avoir vu de près l’écran d’untrader dans la salle des marchés pour toucherdu doigt l’absurdité de l’organisation actuelledes marchés financiers. Le trader va en effet chercher à « arbitrer »en permanence entre ces différents prix, entemps réel. Il va par exemple acheter à Parispour revendre dans le même temps à Londrescar il existe un centime d’écart. Bien entendu,à ce jeu, les ordinateurs sont plus rapides queles hommes. Ce qui explique que 60 % des tran-sactions financières aux États Unis et 35 % enEurope soient maintenant le fait de machinesqui déclenchent automatiquement des ordresen analysant les différents prix. Cette inno-vation du trading automatisé n’est pas sansrisques. Parfois, le système déraille et aboutità des aberrations. Ainsi, le 6 mai 2010, le DowJones, l’indice qui regroupe les trente plus 67
  55. 55. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...grandes valeurs boursières américaines, s’estmis à perdre près de 10 % en quelques minutessans explication valable. Certaines entreprisescomme le géant du conseil Accenture ont mêmevu leur titre ne plus valoir que quelques cen-times. La raison : face à un ordre atypique passépar un trader, les programmes automatiquesqui scrutent les marchés s’étaient emballés puisretirés brusquement des entreprises cotéesà New York. Cet accident de parcours a eu lemérite de faire réfléchir, y compris au Parlementeuropéen. Plus personne n’ose s’opposer à unmeilleur contrôle de ces modèles ou au principede suspendre le fonctionnement des marchésen cas d’anomalie. Mais la vraie question reste celle de l’utilitémême de cette forme de transaction ultra-rapide, qui oblige les opérateurs financiers àinvestir des dizaines de millions d’euros eninfrastructure informatique. Pour ses pro-moteurs, l’affaire est entendue : le trading dehaute fréquence contribue à ce que les finan-ciers appellent « la liquidité des marchés ».L’argument est le suivant : si un gestionnairede fonds de pension, par exemple, a le choixentre l’action d’une entreprise A et celle d’uneentreprise B, et que les deux présentent lemême profil de risque, alors il achètera l’actiondont il peut se débarrasser le plus vite possibleen cas de problème. Autrement dit, il opterapour les produits les plus « liquides ». Plus les68
  56. 56. QUATRIÈME PARTIEmarchés sont liquides, c’est-à-dire plus il estfacile de se délester d’un titre en cas de pro-blème, plus ils sont attractifs, plus ils drainentde l’épargne, et donc plus ils peuvent financerl’économie. Un argument récurrent utilisé parl’ensemble de mes interlocuteurs pour limi-ter les tentatives des responsables politiquesd’encadrer davantage, voire d’interdire, lespratiques et produits qui se sont développésdepuis les années 1990. Un argument qui re-vient comme un dogme : tout ce qui pourraitconduire à réduire la liquidité (comme une taxesur les transactions financières, par exemple)est par nature mauvais. Un dogme alimentépar l’industrie financière, mais auquel ad-hèrent également nombre de mes collègues auParlement européen. Or, dans le cas du trading de haute fréquence,la réalité est largement différente. Ces opé-rateurs passent effectivement des milliersd’ordres d’achat ou de vente en permanence.Ils envoient donc un signal qui dit « je suis prêtà acheter ou vendre ». Mais l’immense majoritéde leurs propositions d’achat ou de vente, cequ’on appelle les ordres sur les marchés, sontretirées au dernier moment du carnet d’ordres,c’est-à-dire le lieu électronique où sont stoc-kées l’offre et la demande d’un titre financier. Eneffet, ces acteurs ne souhaitent s’engager dansune transaction que s’ils sont quasi certains depouvoir revendre aussitôt le titre à meilleur prix. 69
  57. 57. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...En fait, ces traders, grâce à une vitesse supé-rieure, tendent à s’interposer inutilement entreles autres acheteurs et les vendeurs présentssur le marché. Comme si, au supermarché, unacheteur plus rapide venait rafler les produitsvers lesquels vous commenciez à tendre lamain, pour vous les revendre dans l’instant untout petit peu plus cher. Plus généralement, la liquidité permanenten’est utile qu’aux acteurs financiers ultra-court-termistes. Quand vous achetez une action aveccomme objectif de la revendre dans la minute,il faut effectivement que les marchés soientultra-liquides. Si votre objectif est de la conser-ver plusieurs mois ou plusieurs années car vouscroyez dans le développement de cette entre-prise, alors il faut simplement que vous puissiezla revendre le jour où vous le décidez, mais pasà la milliseconde près. Le trading de haute fréquence est le symbolede marchés financiers dont l’objectif n’est plusde favoriser le développement des entreprisesmais de servir l’intérêt des spéculateurs. C’estle symbole de la transformation des marchés encasinos, au détriment de leur fonction de finan-cement de l’économie. Je n’ai pas souvenir que l’économie réellene fonctionnait pas quand les échanges bour-siers ne se traitaient pas à la milliseconde. Enrevanche, je sais que les financiers gagnaientbeaucoup moins d’argent…70
  58. 58. QUATRIÈME PARTIE « Les produits complexes sont utiles à l’économie car ils permettent de limiter les risques » La crise a permis de mettre en lumière denouveaux produits financiers : les produits déri-vés. Ces produits plus ou moins complexes per-mettent d’acheter à terme – par exemple dansun mois – une quantité donnée à un prix donnéd’un titre financier, d’une matière première ouencore d’une monnaie. Cet instrument étaitau départ conçu pour permettre de s’assurercontre la volatilité des cours. Ainsi, une entre-prise comme Airbus, qui vend sa production endollars mais paie ses salariés en euros, est forte-ment dépendante de l’évolution du cours euros/dollars. Elle doit donc s’assurer que les avionscommandés aujourd’hui à un prix exprimé endollars lui permettront, quand ils seront livrés,de recevoir un montant qui, une fois converti eneuros, couvre ses coûts. Pour ce faire, Airbusachète une assurance qui garantit un prix dudollar à une échéance donnée. La plupart dutemps, ce sont les banques qui organisent cetype de montage, moyennant une commission.Ceci est la face noble des produits dérivés. Ces marchés sont aujourd’hui largement dé-voyés. Ce qui devait servir d’assurance est de-venu un outil pour réaliser des paris financiers.Ainsi, pour un baril de pétrole consommé, il s’enéchange vingt à trente sur les marchés dérivés. 71
  59. 59. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...Ces matières premières ne sont plus considé-rées comme des actifs réels nécessaires à laréalisation d’une production, mais comme desactifs financiers parmi d’autres, sur lesquels onpeut spéculer. Le cas le plus emblématique de cette dériveest sans doute le marché des dérivés de cré-dit, les fameux CDS, supposés permettre des’assurer contre la faillite d’une entrepriseou d’un État. Cet instrument est devenu unearme de spéculation massive contre les dettesdes États. Ainsi, lors de la crise grecque, lesbanques et les fonds spéculatifs ont acheté des« CDS à nu ». Autrement dit, ils ont acheté uneprime d’assurance contre le risque de faillite dela Grèce, alors qu’ils ne détenaient aucune obli-gation grecque. En même temps, ils vendaientà leurs clients des obligations grecques qu’ilsne possédaient pas, en s’engageant à livrer cestitres une semaine plus tard. En achetant des CDS à nu, la banque contribueà augmenter la demande de CDS sur la Grèce, etdonc tire leur prix à la hausse. Quand le prix duCDS augmente, cela signifie que la perceptiondu risque s’accroît. Ceux qui détiennent vrai-ment les obligations grecques demandent doncun taux d’intérêt plus élevé pour en acheter denouvelles. Les obligations déjà émises ayant untaux d’intérêt fixe, c’est le prix de l’obligation quibaisse pour s’ajuster au nouveau taux. Si l’opé-ration réussit, la banque peut alors, au bout72
  60. 60. QUATRIÈME PARTIEde quelques jours, acheter l’obligation moinschère qu’elle ne l’a vendue à son client. Elle peutalors revendre les CDS à nu qu’elle avait ache-tés, en faisant même un second bénéfice. Biensûr, l’opération ne marche pas à tous les coups.Mais lorsque ça fonctionne, c’est le jackpot surle dos des États, qui voient leurs taux d’inté-rêt augmenter au point de rendre parfois leurfinancement difficilement soutenable. Il est évident que les problèmes de la Grèce,de l’Italie ou de l’Espagne ne se résument pasà une question de spéculation. Mais, parceque ces problèmes sont suffisamment graves,il n’est justement pas nécessaire de jeter del’huile sur le feu. Notamment de la part degrandes banques qui ont largement été soute-nues par les États en 2008, et qui sont plus quejamais sous perfusion de la Banque centraleeuropéenne. Quand cette forme de spéculation est apparuecontre la Grèce au printemps 2010, elle a sus-cité un certain émoi qui a conduit la Commissioneuropéenne à proposer en septembre 2010 uneloi pour qu’elle puisse être interdite, mais uni-quement en cas de grave crise. Bref… lorsqu’ilest trop tard. J’étais le négociateur principalde cette loi pour le Parlement européen, et j’aiobtenu le soutien d’une majorité des députéspour aller beaucoup plus loin et interdire pure-ment et simplement les CDS à nu sur les dettesdes États européens sur la base d’un principe 73
  61. 61. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...simple : on ne peut pas s’assurer contre unrisque que l’on ne détient pas. Or, acheter unCDS, qui est un produit d’assurance, sans dé-tenir d’obligations de l’État concerné, c’est biens’assurer contre le risque des autres. Commesi je pouvais toucher une prime d’assurance encas d’incendie d’une maison que je ne possèdepas. De quoi donner des idées à certains pyro-manes… Dans la vraie vie, c’est bien entenduinterdit. En finance, c’est autorisé. Du côté des États, seuls l’Allemagne et l’Au-triche soutenaient cette interdiction. La Franceétait (courageusement !) neutre, le Royaume-Uni farouchement opposé. La négociation avecle Conseil s’annonçait donc difficile, d’autantque l’Italie et l’Espagne, les deux principauxÉtats concernés par la vague de spéculation en2011, étaient au départ hostiles à l’interdictiondes CDS à nu pour ne pas « fâcher les mar-chés »… Au début de l’été 2011, la situation étaitdonc proche du blocage : du côté du Parlement,il était hors de question de céder sur cette inter-diction, et du côté des États il n’y avait claire-ment pas de majorité pour la voter. La donne a changé avec la crise italienne dejuillet 2011. En quelques jours, les taux d’intérêtitaliens flambent. L’Italie interdit les ventes à dé-couvert et, à la rentrée de septembre, se révèlebeaucoup plus ouverte à une interdiction desCDS à nu. Mais elle pose une condition : qu’encas de tension sur sa dette (matérialisée, par74
  62. 62. QUATRIÈME PARTIEexemple, par une augmentation importante deses taux d’intérêt), un État puisse les autoriser ànouveau. Cela peut paraître paradoxal, puisquel’interdiction est justement là pour protéger lesÉtats de la spéculation. Mais les Italiens ont unbon argument : les Européens sont les premiersau monde à interdire les CDS à nu. Si jamaiscette décision se révélait contre-productivepour le financement des États déjà en situationde tension, ils doivent pouvoir revenir dessusdans les plus brefs délais, sans attendre quel’Union passe une nouvelle loi. Avec l’équipe de négociation du Parlement, j’aiaccepté cette possibilité, car nous avons obtenuque l’État qui souhaite lever l’interdiction sur sadette doive en référer à l’Autorité européennedes marchés financiers, qui aura 24 heurespour dire si cette décision lui semble justifiéeou non. Le dernier mot est donc européen, etaucun État ne peut utiliser abusivement cetteexception. Une fois l’accord politique conclu, le Parlementet les États ont officiellement voté cette inter-diction en octobre 2011. Elle entrera totalementen vigueur en novembre 2012 dans les 27 Étatsde l’Union, le temps pour la Commission etl’Autorité européenne des marchés financiersde rédiger les décrets d’application. L’issue decette négociation est clairement une victoirecar l’Europe montre la voie. C’est un premierpas important pour lutter contre la spéculation 75
  63. 63. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...et l’utilisation abusive des produits dérivés parcertains acteurs de marchés. Mais les produits dérivés ne font pas quecontribuer à la spéculation sur certains mar-chés. Ils créent aussi des interconnexionsopaques et multiples entre les différents acteursfinanciers au niveau mondial. Ainsi, personnen’avait réellement conscience des engagementspris par l’assureur américain AIG vis-à-vis desbanques européennes et américaines avant saquasi-faillite. En effet, le marché des dérivésest largement de gré à gré ; autrement dit, lestransactions se font de manière bilatérale, sanspasser par un marché transparent. Les produitsdérivés vont ainsi générer du risque supplé-mentaire pour le système dans son ensemble.Il est donc faux de dire que, d’un point de vuesystémique, ils réduisent les risques. D’ailleurs,le développement de ces produits n’a pas faitdiminuer la volatilité des marchés financiers. Comme souvent, les marchés partagent la res-ponsabilité des problèmes avec les politiques.Car, à la source de la volatilité des marchés àlaquelle les produits dérivés apportent unefausse réponse, il y a une décision politique : lalibéralisation financière. Autrement dit, le fait deconfier aux marchés la fixation des prix, et no-tamment des prix des monnaies entre elles, lestaux de change. À partir des années 1970, pourdes raisons idéologiques liées à la vague néo-libérale, mais aussi parce que les chefs d’État76
  64. 64. QUATRIÈME PARTIEet de gouvernement étaient incapables de s’en-tendre sur un système de change fixe, ceux-ciont préféré laisser le marché fixer le « bon » prixdes monnaies. C’est aussi le cas pour certainesmatières premières, dont le prix était fixé aupa-ravant par des contrats à long terme. À partir du moment où les prix ne sont plusdéterminés par les responsables politiques, quiles modifiaient au maximum quelques fois paran, mais par des marchés qui les font variertoutes les minutes, la volatilité augmente. Dece fait, le risque microéconomique augmente,et apparaît le besoin de développer des ins-truments de couverture qui ne font, en réalité,que gérer l’incertitude généralisée créée parun système de prix mouvants reposant sur lesseules lois du marché, sans aucune régulationpar la puissance publique. Les produits dérivésremplissent donc mal, voire de manière contre-productive, une fonction que les politiques ontlaissée aux seuls marchés.
  65. 65. cinquième partie
  66. 66. « Une taxe sur les transactions financières est mauvaise pour le fonctionnement des marchés »Pendant longtemps les banques se sont oppo-sées au principe même d’une taxe sur les tran-sactions financières (TTF), avec un argumentsimple : un tel impôt reviendrait à perturber lefonctionnement des marchés financiers. Onpeut difficilement dire le contraire puisqu’ilest en partie fait pour cela, à savoir réduire lestransactions ultra-court-termistes. La vraiequestion est donc de savoir si la diminutionde ces transactions est négative ou pas… etpour qui. Plus il y a de transactions, plus ceuxqui assurent leur aboutissement gagnent del’argent en touchant diverses commissions. Iln’est donc pas étonnant de voir les sociétésqui gèrent les Bourses, comme Nyse Euronextà Paris, opposées à une telle taxe. De même,les banques qui réalisent un grand nombred’opérations pour leur propre compte sur lesmarchés financiers, et qui de ce fait contribue-raient fortement à la TTF, ont toutes les raisonsde s’y opposer. Rien de surprenant puisque au-cune entreprise privée ne souhaite être taxée.Mais ce n’est pas un argument recevable en 81
  67. 67. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...soi pour un responsable politique, sinon il n’yaurait jamais eu d’impôts. « Une taxe sur les transactions financières sera en fait payée par les entreprises et les retraités » Faute de réussir à convaincre de la dangero-sité de la taxe pour le fonctionnement des mar-chés, l’industrie financière a fait évoluer sondiscours. Son nouvel argument est qu’en sou-tenant la TTF, nous, députés européens, ima-ginons taxer le secteur financier, alors qu’enfait ce sont les retraités et les entreprises qui,au final, payeront la taxe. En effet, les Bourseset les banques soutiennent qu’elles n’aurontd’autre choix que de la facturer aux investis-seurs, comme les fonds de pension, ce quiréduira d’autant leur rendement et donc lespensions versés in fine. Cet argument est peuprésent dans le débat français, car notre sys-tème de retraite ne s’appuie par sur des fondsde pension, mais il est au cœur du lobbyinganti-TTF au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas,par exemple. La réalité est que ceux qui ont le plus à perdreavec cette taxe sont ceux qui réalisent du tra-ding de haute fréquence (voir p. 66). Ces acteursmultiplient les transactions en achetant et envendant des actions à très court terme. Une taxesur chacune des transactions les concernerait82
  68. 68. CINQUIÈME PARTIEdonc en premier lieu. C’est d’ailleurs pour celaque l’organisation de lobbying des sociétés detrading à haute fréquence (le Principal TradersGroup aux États-Unis et son extension euro-péenne, le European Principal Traders associa-tion) a pour principal objectif de s’opposer à laTTF. Or, ces acteurs, qu’il s’agisse des banquesou de fonds indépendants, n’agissent pas pourle compte d’épargnants mais pour leur comptepropre ; ce sont donc eux-mêmes les clients fi-naux. Ainsi, le coût de la taxe viendra avant toutamputer leurs propres profits. Pour les fondsde pension, qui sont des investisseurs de longterme, la taxe sera largement indolore. De plus, le coût unitaire des transactionsa beaucoup baissé depuis plusieurs annéesgrâce aux progrès techniques, et l’introduc-tion d’une TTF ne viendrait que marginalementaugmenter ce coût. Et même si une petite partde la TTF était effectivement répercutée sur leclient final, ce serait infime au regard des ré-munérations perçues par les gestionnaires defonds, qui grèvent le rendement des fonds depensions de 1,5 % des sommes investies paran. En outre, ceux qui n’ont pas de patrimoinefinancier ne sont par définition pas concernés.Et les épargnants qui en possèdent un qu’ilsgèrent en « père de famille » devront s’acquit-ter de cette taxe de manière minime. De mêmepour les entreprises non-financières, dont lafinalité n’est pas de spéculer sur les marchés, 83
  69. 69. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT...et qui devraient donc elles aussi n’être quefaiblement impactées. Derrière la défense dupetit retraité, les banques cherchent à déguiserla réalité, comme les défenseurs de la suppres-sion de l’impôt sur la fortune mettant en avantla veuve de l’île de Ré… pour mieux protéger lesultra-riches. « L’Europe ne peut pas mettre seule en place une taxe sur les transactions financières » En l’absence de consensus en faveur d’uneTTF au niveau du G20, l’Europe, ou au moinsun groupe d’États pionnier, semble prête àavancer. La Commission européenne, sousla pression de l’Allemagne, de la France et duParlement européen, a mis sur la table en oc-tobre 2011 une directive pour créer une telletaxe au niveau de l’UE à 27. L’opposition duRoyaume-Uni à cette initiative rend peu pro-bable une TTF dans toute l’Union européenne,car une telle décision relève de la règle de l’una-nimité. Autrement dit, il suffit qu’un seul États’y oppose pour que la décision ne puisse êtreprise. Il sera donc probablement nécessaire depasser au « plan B », à savoir une taxe s’appli-quant uniquement aux pays membres de la zoneeuro. Une majorité d’entre eux sont favorablesà une TTF, et l’opposition actuelle de quelquesÉtats comme les Pays-Bas, l’Irlande ou encorele Luxembourg ne semble pas insurmontable84
  70. 70. CINQUIÈME PARTIEcar ils n’ont pas de place financière importante,à la différence de Londres9. Cette perspective inquiète les banques dela zone euro. Car si leurs dirigeants osentmoins critiquer publiquement le principe mêmed’une taxe sur les transactions financières, ilss’accordent pour affirmer qu’une telle taxe nepeut être que mondiale, et que l’Union ne peutla mettre en place seule, au risque de voir lestransactions quitter les places européennes.Un argument massue puisque, en cas de fuitedes transactions, il n’y aurait plus rien à taxer !La plupart du temps, l’exemple de la Suède estutilisé pour illustrer ce propos. En 1984, en ef-fet, ce pays a mis en place une TTF qui a eupour conséquence de transférer à Londres lamajeure partie de ses activités financières, carle système suédois permettait d’échapper à lataxe en passant des ordres auprès d’un courtierinstallé hors du pays. Des solutions existent pour éviter une tellefuite des transactions. Ainsi, la propositionde directive rédigée par la Commission évitece piège. Elle prévoit que le bénéficiaire de latransaction sera taxé quel que soit le lieu desa réalisation, dès lors qu’il réside dans l’Unioneuropéenne. Ainsi, si BNP Paribas décidait detransférer ses ordres de Paris à Zurich, ellecontinuerait d’être soumise à la taxe en tant que9. Le Luxembourg est une place importante pour la banqueprivée, mais pas pour les Bourses. 85
  71. 71. Sixième partieFinance Watch ou la naissance d’un contre-pouvoir
  72. 72. En arrivant au Parlement européen enjuin 2009, je savais bien entendu que la puis-sance de feu de l’industrie financière en ma-tière de lobbying était presque sans limites, etgrande sa proximité avec les décideurs. Ainsi,le groupe d’experts en matière bancaire dela Commission européenne – dissout en oc-tobre 2011 –, dont la fonction était de conseillercelle-ci sur les réformes à accomplir, comptait25 banquiers et 7 membres dont les principauxclients étaient l’industrie financière… sur untotal de 42. Ces experts chargés de conseil-ler la Commission européenne avaient doncpour employeurs Goldman Sachs, Barclays,BNP Paribas ou encore Deutsche Bank… donton voit mal comment elles pourraient promou-voir des réformes ambitieuses et contraires àleurs intérêts ! Je me suis donc fixé très vite des règles derelations avec les lobbies. La première est derendre publiques toutes les rencontres que jepeux avoir avec eux, ainsi que celles de monéquipe. Sur mon site Internet10, on trouve la listede toutes les organisations que j’ai rencontrées,et l’objet de ces rendez-vous.10. www.europeecologie.eu/-Pascal-Canfin 89
  73. 73. CE QUE LES BANQUES VOUS DISENT... La deuxième règle est d’utiliser les lobbyistesles uns contre les autres. Autrement dit, cher-cher à obtenir d’eux des contre-argumentsaux positions avancées par d’autres lobbyistesdéfendant des intérêts opposés. Ainsi, j’ai com-mencé fin 2011 la négociation de la directiveencadrant le droit des transactions financières.C’est un sujet sur lequel les intérêts des socié-tés de Bourse, comme Nyse Euronext qui gèrela Bourse de Paris, sont opposés à ceux desbanques, qui veulent capter les transactions àleur profit en développant des marchés paral-lèles aux Bourses. Il est donc intéressant derecevoir les uns pour écouter leurs arguments…et les faire parler des autres. La troisième règle est bien sûr d’opérer un« tri sélectif » des demandes, car je pourraispasser mon temps à recevoir des lobbies tantles sollicitations sont fréquentes. Or, les argu-ments sont finalement souvent les mêmes, etautant les entendre une fois est utile pour lesconnaître et éventuellement pouvoir s’y oppo-ser, autant avoir toujours sa porte ouverte estcontre-productif. Enfin, je me suis imposé une dernière règle :rencontrer autant que possible des profession-nels de la finance, et notamment ceux qui mesollicitent de manière informelle, afin de sortirde la langue de bois des lobbyistes bruxellois.Un certain nombre de financiers, certes mino-ritaires, souhaitent que les règles changent. Ils90

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