Edition numérique. Panorama & opportunités

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Panorama de la Plaine #5

A l'heure du numérique, les industries créatives sont confrontées à la transition du marché physique au marché digital. L’édition numérique représente un marché encore naissant par rapport à d'autres marchés pour lesquels la dématérialisation du contenu a commencé à s’opérer plus tôt (vidéo, musique). La nécessité de posséder une tablette ou une liseuse, le choix encore restreint de titres disponibles au format numérique ou encore les habitudes de consommation -la préférence pour le format "papier"- sont autant de raisons au décollage plus tardif du marché du livre numérique en France.
Néanmoins, la révolution du livre est désormais en marche et laisse place à toutes les créativités. Le livre est en train d’être repensé.

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Edition numérique. Panorama & opportunités

  1. 1. &les panoramas de la plaine // 05mai 2013site dexcellence et de convergencedes métiers de limageréalisé à loccasiondes 1èresrencontresde lédition numérique- mai 2013 -Panoramaopportunitésnumériqueédition-
  2. 2. A l’heure du numérique, les industries créatives sont confron-tées à la transition du marché physique au marché digital.L’édition numérique représente un marché encore naissant parrapport à d’autres marchés pour lesquels la dématérialisationdu contenu a commencé à s’opérer plus tôt (vidéo, musique).La nécessité de posséder une tablette ou une liseuse, le choixencore restreint de titres disponibles au format numérique ouencore les habitudes de consommation -la préférence pour leformat "papier"- sont autant de raisons au décollage plus tardifdu marché du livre numérique en France.Néanmoins, la révolution du livre est désormais en marcheet laisse place à toutes les créativités. Le livre est en traind’être repensé.Cette publication vise à offrir un état de l’art du secteur en devenirde l’édition numérique.rédaction Blandine Lebourg - contact : blebourg@plaine-images.frl’éditionnumériquesommaireI. Technologie- P02 / 05 -II. Usages et applications- P10 / 15 -III. Des défis- P20 / 25 - - P30 / 31 -IV. Des opportunités- P36 / 39 -Et demain ?- P44 -LES ENTRETIENSLéon Azatkhanian : directeur du CR2L- P06 / 09 -Nicolas Devos : Péoléo,Florence Rio : laboratoire Geriico Lille3- P16 / 19 -François Pichenot : médiathèque de Roubaix- P26 / 29 -Dominique Tourte, Candice Gras et Céline Telliez :les éditions Invenit- P32 / 35 -Marie Seygnerole : Encre Nomade- P40 / 43 -
  3. 3. Selon le rapport "E-Book" del’Idate (décembre 2010), lemarchémondial du livre numérique devraitcroître de 30% par an entre 2010et 2015 pour atteindre 5,4 milliardsd’euros en 2015, soit 12% du marchéglobal du livre.Selon GfK (Bilan Consumer Choices du marchédu livre en 2012), le CA du livre numériqueen France a progressé de 80% en 2012.2 millions de fichiers ont été téléchargéspour un montant qui dépasse les 20 mil-lions d’euros.Mais le livre numérique ne représenteque 0,6% du marché du livre. En 2015, lelivre numérique devrait représenter 3%de ce marché. Selon le cabinet Xerfi, àcette date, le marché du livre numériquereprésentera 15% du marché du livregrâce à une croissance de 115% par andes ventes de livres numériques.En Février 2013, 15% des Français ontdéjà lu un livre numérique, contre 5% enfévrier 2012, selon le "3èmebaromètre Sofia/Sne/Sgdl sur les usages du livre numérique" réalisé parOpinionWay.Selon Ipsos ("Les Français et la lecture au formatpapier, numérique et audio"), seulement9% des Français auraient déjà lu unlivre numérique à la même date.En 2012, 3,6 millions de tablettes(contre 1,5 million en 2011) et 300 000 liseuses, on été vendues en France.Selon GfK (Bilan Consumer Choices du mar-ché du livre en 2012).Le livre numérique ou e-book ne désignepas une réalité unique.Il peut s’agir d’un livre dit "homothétique",c’est à dire une réplique du livre papier.Ce type de livre numérique compose lamajorité de l’offre éditoriale actuelle etse retrouve dans les librairies en ligne. Ilutilise principalement le format ePub, PDFou Mobi.Ce dernier diffère du livre "enrichi" oudu livre "augmenté" ou encore du "livreapplication" qui intègre des élémentsmultimédias. Ces ouvrages sont parfoisdes œuvres tirées d’un livre imprimé maisagrémentés de vidéos, de son, de jeux,d’animations… Ils visent l’interactivité enfaisant participer le lecteur au contenu.Ces ouvrages peuvent également êtreinédits, sans équivalent papier.Le livre numérique est un objet hybridequi, demain, aura peut-être une autredénomination.quelquesdéfinitionsquelqueschiffres
  4. 4. PdfePubAZWMobiKepubappformats ouvertsformats propriétaires...conçu par Kobo, et compatible uniquement avecses propres liseuses. Ce format, baptisé Kepub,ajoute ou modifie des fichiers dans l’ePub afin defournir des fonctions supplémentaires.Le livre applicatif nécessite également de seconformer aux différents systèmes d’exploitationdes appareils mobiles comme iOS et Android.Face à ces différents formats, rendant parfois lelivre inopérable sur certains supports, certainséditeurs peuvent faire le choix d’utiliser HTML5pour développer un livre numérique sous formede web app.Les formats d’édition numériqueLe livre numérique peut être publié sous dif-férents formats : ePub, Mobi, PRC, AZW, CBR,CBZ et autres PDF. Certains sont ouverts maisd’autres sont propriétaires et souvent ainsi liésà un appareil de lecture.Le PDF (Portable Document Format) est un for-mat développé par Adobe dont la spécificité estde préserver la mise en forme d’un fichier (po-lices décriture, images, objets graphiques…)telle quelle a été définie par son auteur. Initia-lement utilisé lors du développement des livresnumériques, ce format possède l’inconvénientde ne permettre qu’une simple duplication d’unlivre papier, à savoir de publier des livres homo-thétiques. En outre, il ne s’adapte pas à la tailledes écrans des différents supports de lecture etconvient ainsi principalement à la lecture surordinateur même s’il peut être lu sur les dernièrestablettes et liseuses.23Depuis quelques années, l’ePub s’impose surle marché du livre numérique. L’ePub (publica-tion électronique) est un format ouvert standar-disé, développé par l’IPDF (International DigitalPublishing Forum). La dernière version intègrel’HTML5 et ouvre la voie à de nombreuses exten-sions, notamment le développement de linterac-tivité par lajout de contenus enrichis type mul-timédias. Ce format facilite en outre la mise enpage en ajustant le texte au type d’appareil uti-lisé pour la lecture. Excepté le Kindle dAmazon,toutes les liseuses sont compatibles avec le for-mat ePub. Diverses applications de lecture sup-portant lePub sont également disponibles pourles ordinateurs, les tablettes et les smartphones.Face à ces formats ouverts, plusieurs formatspropriétaires coexistent. Le format AZW est, parexemple, le format exclusif d’Amazon (Kindle). Leformat Mobi, développé par la société Mobipocketrachetée par Amazon, est également devenu unformat Kindle, Amazon ayant développé tout unenvironnement numérique clos autour de son lec-teur de livres numériques. La Fnac a égalementdéveloppé un format propriétaire dérivé de l’ePub,1technologie
  5. 5. Récemment l’éditeur américain Marvel a égalementlancé une offre par abonnement qui permet d’accéder àtous ses titres de comics en version numérique.Marvel unlimited est disponible via application surlAppStore et AndroïdStore.Les supports de lecture numériqueLa consultation des livres numériques peuts’effectuer sur une variété de supports quiprésentent des fonctionnalités très différentes(écrans d’ordinateur, liseuses de livres électro-niques, smartphones et tablettes multimédias).Les supports les plus adaptés sont :La presse a majoritairement initié cette tendancedans le monde de l’édition. L’avantage est de per-mettre la lecture sur n’importe quel support sanspasser par un magasin d’applications tout en of-frant une interactivité optimale. Les web apps per-mettent également aux éditeurs et développeursdoptimiser leurs coûts de production. A linversedu développement dune application native dé-diée à un type denvironnement dexploitation età un type de terminal en particulier, la web apppeut en effet sadapter demblée à bien plus determinaux. Ce qui réduit les coûts de développe-ment initiaux par rapport aux développements deplusieurs applications natives (iOS, Android...),mais aussi ceux liés aux mises à jour. Certainsinconvénients demeurent néanmoins comme lebesoin de connexion Internet ou les problèmeséventuels d’affichage selon le terminal.Les canaux de diffusion du livrenumériqueLe développement de l’offre de livres numé-riques voit se multiplier les plateformes dedistribution et de diffusion. Dans le cadre de ladistribution du livre au format numérique, uneplateforme peut être à la fois un système maté-riel et logiciel de stockage, de diffusion, de dis-tribution, de vente et dachat du livre.Plusieurs modèles de plateformes ont émergé etdifférents acteurs se sont positionnés, des géantsde la technologie et du Web aux librairies en ligneattachées à un marché domestique propre.La majorité des plateformes offre un accès autéléchargement depuis une boutique uniqueen ligne. Ce modèle est notamment utilisé parAmazon avec son Kindle Store ou par la Fnacet propose un couplage entre un distributeur decontenus et un terminal de lecture fermé avec unécosystème.Google, via Play, plateforme unique de conte-nus et d’applications en ligne de l’écosystèmeAndroid, favorise un modèle qui repose essen-tiellement sur le cloud axé sur la connectivité etla mobilité : Google Play Livres. Apple avec soniBookStore propose un modèle similaire.Mais les deux acteurs offrent également des ma-gasins d’applications qui jouent aussi un rôle dedistribution et de diffusion en proposant souventdes contenus plus hybrides. Il s’agit du modèlequi offre des applications basées sur des sys-tèmes d’exploitation propriétaires.Ces plateformes fonctionnent sur un modèle dedistribution centralisée, où loffreur de servicemaîtrise toute la chaîne du processus.Des modèles hybrides, proposant abonnementet vente à l’unité, sont également mis en placecomme chez Publie.net.Certains préfèrent néanmoins recourir à des pla-teformes intermédiaires qui offrent un système dedistribution en fonctionnant comme un réseau delibraires. C’est le cas d’ePagine ou de Numilog.Les éditeurs peuvent également choisir de mettreen place leur propre plateforme de vente de livresnumériques.Un autre modèle émerge de plus en plus : celui dela plateforme de streaming basée sur l’abonne-ment. Sur un principe similaire à celui adopté parde nombreuses plateformes musicales, l’utilisa-teur paie un abonnement lui permettant d’accéderaux contenus du site sous un système de licence.Les livres sont alors lus en streaming et non té-léchargés. Ce modèle a d’abord été adopté pardes revues scientifiques, mais il a également étéchoisi par certains éditeurs, notamment de livresscientifiques, techniques ou de niches commeSafari dOreilly ou Publie.net.45Les liseusesservent, principalement voire uniquement, à lire. Elles disposentde fonctionnalités simples, avec par exemple une bibliothèque, undictionnaire intégré, ou encore des réglages du visuel comme lecontraste ou le zoom.Leur taille nest que de 6 pouces, ce qui leur donne un poids légercompris entre 170 et un peu plus de 200 grammes. Lécran est sys-tématiquement en noir et blanc (la technologie d’encre électronique encouleur nest pas encore au point, mais devrait émerger en 2013),certaines sont tactiles, mais dautres, comme le leader du marché leKindle, ne le sont pas. La plupart ont désormais une connexion Wi-Fi etune mémoire den moyenne 2Go.Leur autonomie est beaucoup plus importante que celle des tablettes,puisque la plupart peuvent tenir de 3 semaines à 1 mois sans êtrerechargées.Leur prix est également plus bas. Parmi les liseuses les plus populairesen France : le Kindle d’Amazon, le Kobo de la Fnac ou encore le Cybookde Bookeen.Les tablettessont centrées sur une utilisation multimédia,en particulier la consultation dInternet : réseauxsociaux, recherche, mails, agenda, lecture dejournaux en ligne, visionnage de vidéo...Dans la majorité des cas, lécran est en cou-leur, tactile, mesure entre 7 et 10 pouces.Lobjet pèse de 550 à plus de 750 grammes etpossède une autonomie allant de 5 à 9 heuresenviron, variant selon les fonctionnalités donton se sert et la fréquence dutilisation.Toutes possèdent une connexion internet en Wi-Fi simple ou en Wi-Fi et 3G.marvel
  6. 6. Pouvez-vous vous présenter et expliquer ce qu’est leCR2L ? Quelles sont ses activités ?Je dirige le Centre Régional des Lettres et du Livre depuis sa créationen 2008, à l’initiative du ministère de la Culture et du Conseil Régional.Création tardive et attendue depuis longtemps puisque le Nord – Pas deCalais était quasiment la dernière région française à ne pas être dotée d’unestructure régionale pour le livre. Le CR2L est une plateforme de coopéra-tion dont le but est de promouvoir et favoriser le développement de la vielittéraire, de la lecture publique, de l’économie du livre et du patrimoinedocumentaire d’intérêt régional. Nous organisons des journées d’étude,des rencontres littéraires, animons de nombreux groupes de travail sur dessujets aussi divers que la formation continue, le patrimoine musical, lesnouveaux services en ligne dans les médiathèques…La partie visible de notre travail, pour le grand public, est le portail régionalEulalie.fr, centre de ressources virtuel, et la revue imprimée Eulalie, diffu-sée gratuitement dans de très nombreux lieux culturels en région.Lorsqu’on parle d’édition numérique, le vocabulaire sembleencore mal défini… Quelle en serait votre définition ? commentdéfiniriez vous : livre numérique, livre augmenté, livre enrichi ?Le livre numérique est une transposition homothétique du livre papier quirespecte peu ou prou les modalités de la lecture classique, c’est-à-dire li-néaire. Le livre enrichi suppose l’existence préalable d’un livre classique etajoute à ce premier modèle des fonctionnalités et des ressources permisespar l’architecture multidimensionnelle du numérique : dictionnaire intégré,liens hypertextes, ressources connexes telles que documents audiovisuels,etc. Le livre augmenté qu’il serait plus juste, selon moi, d’appeler "œuvremultimédia avec du texte" relève d’un autre mode d’appropriation qu’onappelle la lecture numérique, à la différence de la lecture classique. Dansce modèle, un contenu éditorial (système d’information à valeur artistique,documentaire ou ludique) est élaboré nativement selon un mode de produc-tion et d’appropriation non linéaire, interactif, modulable et, surtout, nontransposable dans la matérialité du papier.Quels sont les défis et enjeux de l’édition numérique ?Ils sont au nombre de trois : économique, culturel et esthétique. Le premierest un bouleversement de la chaîne de redistribution de la valeur ajoutéeentre les maillons traditionnels de la chaîne économique du livre, son éco-système. Le deuxième concerne l’avenir de la bibliodiversité de notre pay-sage littéraire et éditorial, permise aujourd’hui par le pluralisme du réseaude librairies. Le troisième touche à la création elle-même : le livre augmenté,tel que je viens de le définir, augure-t-il un nouveau mode d’expressionartistique, avec sa grammaire propre, son vocabulaire ?…6entretien avec :Léon Azatkhanian, directeur du CR2L(Centre régional des Lettres et du LivreNord - Pas de Calais)Le point de vued’un expert
  7. 7. Vers quels modèles (économiques, relations entre lesacteurs de la chaîne de l’édition, auteurs….) pourrait-onévoluer ?On ne peut faire que des conjectures. Une chose est sûre, le marché, quin’est pas extensible à l’infini, devra faire une place aux nouveaux entrants :plateformes de vente en ligne comme Amazon ou E-Bay, portail d’abon-nement à des contenus éditoriaux, comme Iznéo, spécialisé dans la BD,site d’auto-édition et d’édition en ligne comme Publie.net, studio d’édition"pure player" comme Byook ou Péoléo dans notre région, agents littéraires-éditeurs sur le modèle d’Andrew Wylie avec Odyssey éditions, pour neprendre que quelques exemples. Comment les acteurs historiques de l’édi-tion vont-ils se positionner ? La librairie indépendante, par exemple, agentessentiel de la bibliodiversité, pourra-t-elle s’adapter au marché de l’éditionnumérique ? Quel sera l’avenir des éditeurs, en tant que marque ou label, siles auteurs "commerciaux" deviennent leur propre marque et traitent direc-tement avec les plateformes en ligne type App store ou Amazon ? Autant dequestions qui restent, pour l’instant, sans réponse.Quels sont, selon vous, les impacts majeurs engendrés par ladématérialisation du livre ?Avec la multiplication de l’offre sur le net, il faut repenser les instancesintermédiaires de qualification et de prescription. Puisque tout devient ac-cessible sur le même plan par un simple clic, Harlequin et Julien Gracq, lelivre augmenté de Célia Houdart et le bricolage multimédia de mon voisin …Comment rendre visible ce qui mérite de l’être ? Comment, dans ce nuageindifférencié, faire émerger les formes et des figures susceptibles de faireavancer notre compréhension du monde et de nous-même ?Quelles actions sont menées par le CR2L sur ce sujet ?Nous venons de créer, par exemple, un groupe de réflexion sur les nouveauxservices en ligne dans les bibliothèques. Avec une trentaine de responsablesd’établissements de lecture publique de la région, nous nous posons laquestion de la médiation des contenus numériques. Encore un nouveaumétier à l’horizon… Nous organisons régulièrement des journées d’étudesur la question du numérique, sous l’angle de la commercialisation, à des-tination des libraires indépendants, ou en interrogeant les nouveaux modesde création, cette "ittérature hors les livres" qui émergent sur le net. Avecles Rencontres de l’édition numérique, le 23 mai prochain à l’Imaginarium,nous voulons continuer à réfléchir ensemble à l’avenir de nos métiers.9X
  8. 8. Selon le "3èmebaromètre Sofia/Sne/Sgdl sur les usagesdu livre numérique", le paiement à l’acte reste privilégiépar les lecteurs de livres numériques (63%), devantle prêt numérique (21%), l’abonnement (7%) ou lalocation (7%). Mais, seuls 55% des lecteurs de livresnumériques ont acquis la plupart de leurs livres enpayant, contre 44% gratuitement, l’écart se réduisantlégèrement entre ces deux modes d’acquisition. L’acqui-sition de livres numériques se fait principalement sur lessites des géants de l’Internet comme Amazon, GooglePlay ou encore l’AppStore d’Apple (39% des lecteursde livres numériques) ou de grandes surfaces spéciali-sées comme La Fnac (24%) et sur les sites internet deslibraires (18%) mais aussi plus directement et, c’estune pratique en hausse, via une recherche directe surles moteurs de recherche (21%).A noter que les lecteurs de livres numériques acquièrentcertains de ces livres directement sur des sites d’éditeurs(10% d’entre eux) et sur des sites d’auteurs (7%). Lessites spécialisés dans la vente de livres numériques,comme Numilog ou Immatériel, ne représentent, quantà eux, que 6% de l’acquisition de livres numériques.Par rapport à mars 2012, les sites d’opérateurs inter-net restent largement dominants, les sites de grandessurfaces spécialisées ont baissé (passant de 30% à24%) et les sites d’éditeurs ont légèrement augmenté(passant de 8% à 10%).1011 reflets en extérieur, et bien sûr de la technologiede l’encre électronique. Mais, l’utilisateur pourraitse détourner d’un appareil spécifiquement dédiéà la lecture pour favoriser un support uniquequi permet, outre une lecture plus enrichie etun accès aux livres applicatifs, une utilisationmultimédia plus large (vidéo, musique, jeux,navigation Internet…) En effet, le livre enrichiest majoritairement accessible via les magasinsd’applications et non les librairies en ligne et nepeut être lu qu’au travers d’une tablette multimédia.Cependant, plusieurs types d’utilisateurs se des-sinent. Les "grands lecteurs" semblent conserverune préférence pour les appareils spécifique-ment dédiés à la lecture. Une étude réalisée parla MOTif et le médialab de Sciences Po, "Pratiquesde lecture et d’achat de livres numériques" (février2013), montre, que si le taux d’équipement dessondés en tablette est assez élevé, seulement16% utilisent ce type de terminal en tant qu’appa-reil de lecture principal. Les utilisateurs de liseusereprésentent quant à eux 68%. Mais les personnesinterrogées sont principalement de "grands lec-teurs" (en moyenne 6 livres par mois) et sontdes "adopteurs précoces" dont la conversion aunumérique est justifiée par des avantages tech-niques comme la quantité de livres embarqués.Cette population intéressée par la lecture possèdedes particularités qui la distingue des autres utili-sateurs qui feront basculer le livre numérique versla consommation de masse et pourraient préférerun appareil mobile multimédia unique.En France, le livre numérique n’est toujours pasvenu bouleverser les habitudes de consomma-tion, contrairement aux Etats-Unis où il connaîtun véritable envol (23% du chiffre d’affaires deséditeurs en 2012 selon lAssociation des édi-teurs américains). Les Français sont pourtantdans une phase d’acquisition des équipementsnécessaires à la lecture numérique et les usagesnés avec la démocratisation du Web 2.0 et desappareils mobiles se transposent naturellementà certains secteurs de l’édition.Tablette vs liseuseSelon le "Baromètre de l’économie numérique"(5èmeédition, 4èmetrimestre 2012), publié par laChaire Economie Numérique de l’université Paris-Dauphine, la tablette est l’outil le plus utilisé pourla lecture de livres numériques, puisque 45,1%des sondés en font leur appareil de lecture. Laliseuse arrive en 2èmeposition avec 29,5%. Si lesmartphone arrive en 3èmeposition, avec 26,7%,il pourrait rattraper la liseuse comme support delecture grâce à l’agrandissement généralisé desécrans et à l’apparition des phablets (un devicemi-smartphone et mi-tablette comme le GalaxyNote de Samsung). Enfin, l’ordinateur portable estutilisé comme support par 26,1% des sondés etl’ordinateur fixe par 16,3%.Entre des smartphones dont les tailles d’écranss’agrandissent, des tablettes dont les taillesd’écrans diminuent et donc inévitablement la ren-contre des deux au format Phablet, la concurrenceest rude pour la liseuse noir et blanc actuelle.Selon le cabinet d’étude Forrester Research, 140millions de tablettes ont été vendues en 2012 àtravers le monde et on devrait atteindre les 200millions en 2013. Aux États-Unis, il s’est vendu9 millions de liseuses en 2012, contre 15,5 mil-lions d’unités en 2011. Et ce chiffre devrait conti-nuer à baisser. Le cabinet d’analyse prévoit 7,5millions de ventes en 2014.La liseuse possède certes plusieurs avantages.Il s’agit d’un appareil à part pour la lecture et,contrairement à la tablette, doté d’une autono-mie record, mais aussi d’un poids léger pour laprise en mains, d’un écran qui ne génère pas decomportements dachat2usageset applications26,1%16,3%26,7%45,1%29,5%les supports de lecture de livres numériques enpourcentage dutilisation
  9. 9. 1213La société Tactus propose une tablette dédiée à l’uni-vers de le cuisine : Cuisinix.Cette tablette présente un véritable portail de cuisine :20 catégories permettent dorganiser simplement lecontenu, parmi lesquelles recettes, intégrant des sitesgratuits de recettes comme Marmiton, nutrition et santé,ou encore gestion de planning pour organiser les repas.Cuisinix permet également de surfer sur Internet, de lireses mails, de regarder des vidéos, des photos ou biendécouter la radio. Des applications peuvent en outreêtre ajoutées : jeux, réseaux sociaux...cuisinixMaison d’édition numérique "La souris qui raconte"propose des ouvrages dont les enrichissements sontau service et non au détriment du texte. La littératurejeunesse témoigne de l’impact du numérique sur le livrecar écrire pour le numérique (narration participative,interactive) et interagir avec l’image, le son et le mou-vement sur supports tactiles est différent que d’écrirepour le papier.la souris qui raconteDes usages plus ou moins dé-veloppés selon les domainesd’éditionSi l’offre numérique sur la littérature générale de-meure réduite et se compose principalement delivres homothétiques, d’autres contenus éditoriauxont une offre plus large et certains domaines del’édition développent une offre de livre enrichi.Certains genres et certains domaines se prêtenten effet mieux aux avantages du numérique dansl’édition. Le domaine de l’édition culinaire four-mille par exemple d’expériences de livres enrichis.La littérature jeunesse se prête également parfai-tement au numérique. Le livre enrichi représented’ailleurs un outil de formation et d’apprentissageen devenir dans les écoles et les lycées.Le secteur culinaire témoigne de l’impact dudéveloppement de la mobilité et de l’usage destablettes multimédias, comme de la démocra-tisation du Web 2.0, sur l’édition. Si l’éditionculinaire traditionnelle se porte bien, l’avis desconsommateurs, le désir d’échanger des recettes,des bonnes adresses, d’obtenir des avis actuali-sés et géolocalisés sont autant de nouveaux ser-vices attendus que l’imprimé ne peut pas appor-ter ; des services nés de l’utilisation d’Internet etdes réseaux sociaux avec la multiplication dessites, blogs et autres réseaux dédiés à la cuisineet agrémentés de vidéos, d’images ou de géolo-calisation comme Marmiton.org ou Food Reporter.L’édition numérique s’impose donc naturellementà un secteur dans lequel les usages multimédiassont déjà bien ancrés. Elle témoigne en outre, com-parativement à l’édition culinaire traditionnelle,d’un changement de rapport au lecteur. Du simpleéchange commercial à l’intégration du lecteurdans une communauté et à l’apport de servicesen adéquation avec les usages, un changementd’esprit doit s’opérer dans le cadre de l’édition nu-mérique. De nouveaux produits comme les livresculinaires applicatifs (Mon cours de cuisine Mara-bout, iGourmand…) illustrent cette lame de fond.Mais dans ce domaine d’édition comme dans lesautres, papier et numérique ne s’opposent pas.Ils se complètent. Comme le révèle une enquêteréalisée par le site 750 grammes au printemps2011, 75% des blogueurs culinaires s’inspirentde livres de cuisine et en possèdent de nombreux.Des expériences utilisant le numérique se déve-loppent sur des supports papier comme sur dessupports multimédias. Les éditions Flammarionont, par exemple, publié un livre de recettes,"Bon !" enrichi avec des QR codes permettant àl’utilisateur de visionner les techniques culinairesdirectement sur son smartphone.Autre secteur qui s’adapte de plus en plus aunumérique : la littérature jeunesse.Entre les ePub jeunesse enrichis et les applica-tions de lecture, qui tendent souvent autant vers lefilm que vers le jeu, il existe un univers en pleineébullition. L’intérêt du livre numérique en termesde contenus didactiques fait l’objet d’une relativeunanimité, dans la mesure où il peut se rappro-cher du livre d’activité ludo-éducatif, mais dontl’interactivité est facilitée par les supports de lec-ture numérique, notamment les tablettes tactiles.Ces dernières sont d’ailleurs attractives pour lesjeunes enfants et favorisent une réelle proximitéavec le contenu, une véritable implication. Dansle domaine de la littérature jeunesse, les offres delivres enrichis sont ainsi plus développées quedans certains autres secteurs, l’intuitivité des sup-ports et l’intérêt cognitif étant parfaitement adaptésà la jeunesse. Les nombreuses illustrations pré-sentes dans la littérature jeunesse sont en outreplus adaptées à des versions enrichies.Le ministre de l’Education Nationale, VincentPeillon, a d’ailleurs annoncé, début 2013, unevolonté de réforme pour introduire davantage lenumérique à l’école.
  10. 10. 1415Le projet "La France vue par les écrivains" expéri-mente un nouveau genre éditorial qui pourrait prendreson essor. Ce projet né en Limousin avec Géoculturepropose de découvrir la région à travers le regard quedes artistes ont posé sur elle. 630 extraits d’œuvressont déjà mis en ligne.Cette idée, initialement portée par le Centre régionaldu livre en Limousin, a ensuite été étendue à toute laFrance, pour la partie littéraire, à travers la Fédérationinterrégionale du livre et de la lecture, grâce au soutiende plusieurs organismes publics. Une série de docu-ments complémentaires peuvent être rattachés à l’ex-trait de texte géolocalisé : lecture par l’auteur, informa-tions bibliographiques, liens extérieurs, iconographie,vidéos, etc.Un renvoi sera fait très prochainement vers les librai-ries et bibliothèques les plus proches afin de permettrel’achat ou l’emprunt.géolocalisationfrançaiseD’autres expérimentations se veulent unique-ment numériques. Parmi ces nouvelles expé-riences, le cartographie littéraire ou géolocalisa-tion de contenus littéraires émerge.Outre les itinéraires, sortes de promenade litté-raire géolocalisée, la géolocalisation, par sa forceimmersive, permet une approche renouvelée de lalecture. L’été 2012 a, par exemple, vu le lance-ment de "The Silent History", feuilleton numériqueayant l’originalité d’inclure des reportages com-plémentaires accessibles uniquement lorsque lelecteur est identifié à un endroit déterminé dansle monde. L’éditeur italien Rubbettino a mis enscène et géolocalisé une partie de son cataloguesur site et via une application pour un "Voyageen Calabre" proposant plus de 1 000 extraits serapportant à quelques 200 lieux. La géolocali-sation dans le monde de l’édition prend déjà laforme d’une pratique populaire : les fans d’HarryPotter à Londres, de Millenium à Stockholm oude Carlos Ruiz Zafón à Barcelone partent sur lestraces réelles de leurs héros de papier.Les usages relatifs au livre numérique se déve-loppent variablement selon différents types d’utili-sateurs et différents secteurs éditoriaux. D’autresusages émergent et émergeront. Néanmoins, desfreins apparaissent à ce développement.L’introduction des technologies instaure inévita-blement une nouvelle relation entre le livre et lelecteur. La réalité augmentée est souvent utiliséepour offrir de l’interactivité au livre papier. Dans"Chroniques de Zaak Izbaak" de Matthieu Les-trade, Camille Ledent, Wesley Wilquin et ÉtienneRols, le livre combine livre en pop-up et contenusen réalité augmentée. Il permet aussi au lecteurd’interagir avec l’histoire en manipulant certainesimages qui enclenchent des changements.Pions et téléphone / Démonstration d’un jeu utilisant despions et un téléphone. Les pions doivent se rapprocher entreeux à travers un dialogue typographique.Le livre qui tourne ses pages tout seul / Le livre qui tourne sespages tout seul est un prototype de livre tournant ses pagesd’une manière autonome. Suivant l’action du lecteur, quimanipule le petit joystick intégré au livre, le livre tourne sespages jusqu’à la suite choisie de l’histoire.Le livre peut aussi communiquer avec un téléphone por-table et influencer le jeu se trouvant dans le téléphone(par exemple, le fond du jeu peut changer suivant la pageouverte du livre). Le jeu peut aussi faire tourner les pages dulivre (par exemple, les pages du livre tournent d’elle-mêmelorsque le joueur termine un niveau).Expériences et pratiques delectureSelon l’étude du MOTif et du médialab de SciencesPo, "Pratiques de lecture et d’achat de livres nu-mériques", du papier au numérique, les pratiquesde lecture se prolongent plus qu’elles ne se rem-placent. Un lecteur qui possède plusieurs termi-naux numériques ne se défait pas pour autant deson attachement à la lecture papier. Le numériquene fera pas disparaître le papier. Mais de nou-velles expériences de lecture pourraient voir lejour, de nouvelles formes de lecture adaptéesaux écrans.L’interactivité et l’enrichissement de contenusque permet le numérique réinventent en outre lafaçon de lire. Les nouvelles expériences de lectureproposées peuvent séduire un nouveau public etattirer de nouveaux lecteurs.Plusieurs expérimentations visent notamment lacomplémentarité des supports : écran et papierse marient. Si les livres numériques cherchentsouvent à ressembler au papier, ou du moins àrecréer l’expérience de lecture du livre papier, cedernier, lui, cherche l’interactivité. De nombreusesexpérimentations existent dans ce domaine. Lestechnologies qui permettent de rendre le livre pa-pier connecté et interactif sont en effet très nom-breuses et offrent une multiplicité de potentialités.La technologie permet d’enrichir le livre papier enajoutant des éléments que l’on ne peut pas mettresur le support papier : vidéos, sons et animations.Les Editions Volumiques créent, depuis plusieursannées déjà, des prototypes mêlant papier et écran."Un livre sonore" nécessite par exemple de glisser uniPhone dans un étui pour que le lecteur déclenche dessons en posant son doigt sur le papier. L’écran disparaîtau profit d’une interaction entre textes, images et sons.Les éditions Volumiques travaillent notamment sur desprototypes de jeux basés sur des livres. "Le livre quivoudrait être un jeu vidéo" est, par exemple, un livreaugmenté de nombreux capteurs grâce à Arduino.volumiques
  11. 11. Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre col-laboration ?Nicolas DevosJe suis directeur de création et scénariste chez Péoléo. J’ai rencontré Sté-phane Chaudiron et Florence Rio, du laboratoire Geriico de Lille 3, dans lecadre de l’appel à projets du Pôle Images NPdC, "expériences interactives",dont l’objet est de créer un consortium entre une entreprise et une univer-sité. Péoléo avait postulé avec un projet qui se nomme Drakerz Confron-tation. Il s’agit d’un jeu de cartes en réalité augmentée. J’assure la partiedirection de création et d’écriture sur ce jeu. Dans la continuité de ce jeu,nous travaillons sur un livre papier, que nous appelons pour le moment"livre augmenté" car il intègre des éléments interactifs. Ce livre partage lemême univers que Drakerz.Florence RioJe suis Maître de conférences en Sciences de l’information et de la com-munication et j’appartiens au laboratoire Geriico de l’université de Lille 3.Mes objets d’étude tournent essentiellement autour des productions pour lajeunesse, pour les adolescents. Initialement, j’ai beaucoup travaillé pour lapresse mais travaille de plus en plus sur le livre numérique, en particuliersur le livre augmenté, le livre enrichi et l’ensemble des types d’augmen-tation qu’il est possible d’imaginer, aussi bien le transmédia que la réalitéaugmentée ou toute autre chose. Le projet de Péoléo a intéressé le labora-toire Geriico à ce titre. En outre, je suis directrice de la formation Métiersdu livre qui est à Tourcoing et dépend de l’université de Lille 3. Le projetDrakerz croise ainsi plusieurs centres d’intérêts.Le but de cette collaboration est de travailler sur les usages, sur les pra-tiques de lecture. A partir du prototype actuellement développé par Péoléo,nous commencerons par une analyse des usages et de la réception de cegenre d’objet chez les adolescents. Ce prototype mêlera récit papier, game-play et réalité augmentée. L’idée est de réunir un panel représentatif pourétudier les comportements face à un objet hybride et nouveau.Nicolas DevosAvec Drakerz Confrontation, le jeu de cartes en réalité augmentée, nousavons été confrontés à des barrières d’usage. Notre ambition est d’immer-ger le joueur dans un continuum : de l’objet physique, la carte de jeu,jusqu’à l’univers virtuel, le jeu vidéo. Notre joueur doit pouvoir jouer avecses cartes réelles à plusieurs autour d’une table mais aussi se connecteret jouer à distance grâce à la reconnaissance des cartes par la webcam del’ordinateur. Or, utiliser l’ordinateur pour jouer avec un jeu de cartes réelpose de nombreuses questions en termes d’ergonomie.A ma connaissance, il s’agit du premier jeu sur PC à proposer cette expé-rience où la réalité augmentée est aussi intimement imbriquée dans le game-play. C’est dire que nous avons été confrontés à des usages totalement inédits....16entretien avec :- Nicolas Devos de Péoléo -- Florence Rio du laboratoire Geriico Lille3 -autour du projet de récittransmédia augmenté : DrakerzPoint de vue croiséd’un pure-playeret d’un laboratoirede recherche
  12. 12. Cela pose d’ailleurs la question de la pérennité de ce genre d’ob-jet : dans 10 ans aura-t-on toujours accès à cet univers virtuel ? Lelivre, qui est certainement l’objet le plus pérenne qu’ait connu l’édition,prend un caractère éphémère avec le lien au numérique. Ces questionne-ments sont intéressants en termes de recherche.Nicolas DevosEn effet, l’existence de l’univers virtuel pour le livre Drakerz est égale-ment liée a minima à l’existence de notre site Internet. Mais le récit reste"débrayable", le lecteur / joueur peut "embrayer" pour être actif face au récitou "débrayer" et retrouver une position passive face à l’histoire.Du point de vue du chercheur, quel est l’apport d’une collabo-ration sur ce type de projet d’édition ?Florence RioUne telle collaboration est un objet détude très intéressant pour la com-munauté scientifique. Les résultats des phases de tests sur ce projet serontcommuniqués via des participations à des colloques ou des séminaires derecherche. Nous partons dailleurs prochainement au Québec faire part denos premiers résultats. Ce sont essentiellement des enjeux scientifiques.Indépendamment de ce prototype en particulier, nous réfléchissons égale-ment sur le sujet à travers d’autres collaborations. À terme une publicationscientifique sous forme douvrage de recherche peut être envisagée si nousréussissons à collecter assez de données pertinentes.Où en est la recherche sur ce sujet de l’édition numérique ?Florence RioPour le moment, le sujet est assez discuté mais peu de réelles recherches ontété menées. Il y a très peu de résultats issus d’études concrètes sur les usagescomme c’est le cas avec le prototype de Péoléo.Il existe un groupe de recherche sur le livre numérique au sens large, E-book, issu d’une collaboration entre trois universitaires, et dont l’objectifest de faire un état des lieux de ce qui existe. Françoise Paquien-Seguy,Professeur des Universités, Sciences Po - Lyon, a par exemple publié unpanorama des études existantes sur le sujet. On y prend conscience que,si de nombreuses personnes s’y intéressent, il existe peu d’étudessérieuses sur le sujet.Et, si tous les éditeurs traditionnels en parlent, peu se lancent surce segment car il existe de vraies contraintes en termes de coûtspour des questions de développement et de conception. Le livrenumérique est difficilement rentable pour le moment face à unmodèle économique délicat.La recherche s’intéresse à tous ces sujets, usages comme modèleséconomiques, mais il est parfois difficile d’avoir le recul nécessaire,d’autant que ce secteur bouge très vite.Par exemple, le fait d’avoir les cartes en main ne permet pas demanipuler la souris ou le clavier et entrave le dialogue par chat avecun autre joueur. Autre problème auquel il a fallu faire face : le positionne-ment de la webcam en fonction des ordinateurs modifie le positionnementde la carte à placer devant la caméra. Cela entraine la nécessité de prendreen compte de nombreuses configurations différentes en vue de trouver uneexpérience de jeu homogène entre les joueurs.Au final, je pense que nous avons levé les barrières d’usage liées à un "jeude cartes augmenté". Mais nous aurions certainement gagné du temps sur laconception si nous avions pu bénéficier de la phase d’analyse que nous avonsenclenchée avec le laboratoire GERIICO pour notre projet de livre augmenté.Ainsi, nous avons décidé de partager l’exploration du concept de "livreaugmenté" pour faire intervenir des chercheurs et appréhender les usagesen amont de la conception. De nombreuses questions sont présentes face àl’utilisation du livre comme médium : comment le joueur va se comporteravec l’objet livre derrière son écran ? Comment va-t-il le manipuler ?Comment décrire ce livre ? Quel est le parti pris ?Nicolas DevosPéoléo se positionne en tant que studio de jeu vidéo mais aussi en tantqu’éditeur. Pour nous différencier en tant qu’éditeur, nous avons voulu tis-ser des liens très forts entre l’objet physique et l’univers virtuel.Ce livre proposera un récit totalement autonome, sous forme de nouvelle,qui peut être lu indépendamment de tout enrichissement. Mais le joueur, peutreprendre des parties de l’histoire et réorienter l’évolution de cette histoire enfaisant par exemple un choix à la place de certains personnages de la fiction.Le livre, comme nos cartes, devient un objet magique qui va augmenter laréalité du joueur. Le livre devient un périphérique de jeu à part entière, dontla narration "dans le texte" se double d’une narration "dans le jeu".Nous nous situons dans l’innovation totale car il ne s’agit pas d’un livrenumérique. Le récit se déploie sur le numérique et sur un livre papier. L’idéeétait de trouver le médium le plus adapté au récit transmédia et au déploie-ment de l’univers narratif de DRAKERZ Confrontation : le livre s’est ainsiimposé mais dans le cadre d’un métissage avec le numérique.Florence RioA l’heure actuelle, il existe un vrai problème de dénomination. Le projet dePéoléo n’est clairement pas un livre numérique. Cela se rapproche du livreenrichi qui sous-entend l’existence d’un support physique enrichi d’autresmédias autour du même univers, c’est ce qu’on appelle le transmédia. Pourd’autres, le livre enrichi est un support numérique enrichi de contenus nu-mériques. La question de la dénomination reste entière. Cathy’s book, pu-blié par Bayard, est un exemple de ce que je qualifie de livre enrichi puisquele livre est autonome mais tout un univers virtuel est également accessible(site Internet, médias sociaux, blog, répondeur vocal…).19X
  13. 13. 2021 font pas) est rarement abordé pour la musique etle cinéma. Pour le livre, l’étude du Motif est frap-pante : l’inadaptation des éditeurs légaux conduità l’édition illégale décuplée par les équipementsdomestiques performants et la facilité d’échangessur Internet.Néanmoins, le piratage effraie les éditeurs quimultiplient les initiatives pour se prémunir de cephénomène mineur dans le livre numérique. Enoctobre 2012, Le Syndicat National de l’Edition(SNE) et six groupes d’édition (dont Hachette,Editis, Gallimard, Albin Michel) ont, par exemple,déposé une action en justice pour contrefaçon àl’encontre du site de téléchargement de livres nu-mériques piratés, Team AlexandriZ. La protectiondes fichiers est également courante. DRM (DigitalRights Management, programmes intégrés auxfichiers numériques permettant de restreindre lesconditions d’utilisation) et tatouages sont inté-grés aux livres numériques dans l’objectif affichéde protéger les ayants droits.La question de la liberté d’échange du livre numé-rique (gratuitement, ou pas, à l’image du livred’occasion) demeure ainsi plus que jamais d’ac-tualité. Avec les livres papier, la pleine propriétédes supports était garantie après l’achat del’ouvrage. Le lecteur pouvait exercer librementtout un ensemble de facultés, du moment qu’ilne faisait pas de copie de l’ouvrage : le trans-porter, l’annoter, le prêter, le donner, le revendremême, sans que le droit d’auteur n’ait rien àredire. Avec le livre numérique, les choses sontcomplètement différentes et même après l’achatdu fichier, les prérogatives du lecteur demeurentétroitement conditionnées par le droit d’auteuret la volonté de protéger le livre numérique dupiratage. Le canular, qui avait circulé en mai2012, selon lequel l’acteur Bruce Willis entendaitattaquer Apple en justice afin d’obtenir le droitde transmettre à ses enfants après sa mort lesmorceaux de musique achetés sur iTunes avaitfait grand bruit et montre bien ce problème del’appauvrissement des droits du lecteur engendrépar le passage au numérique.En édition, les DRM visent essentiellement à res-treindre la diffusion des livres numériques. Il s’agit gé-néralement de limiter l’utilisation d’un fichier à un sup-port bien précis, grâce à une plateforme. Un livre achetésur Kindle Store ne peut être lu que sur Kindle, un livreacheté sur l’AppStore d’Apple ne l’est, lui, que sur uniPad ou un iPhone. Le DRM peut également limiter lenombre de transferts du fichier, et éviter qu’il soit envoyévers des liseuses/tablettes différentes. Ce type de DRMreste très contraignant car il limite l’utilisation de labibliothèque dans le temps. Pour protéger le copyrightde manière moins handicapante pour le lecteur, les édi-teurs peuvent faire le choix du tatouage numérique. Il nes’agit pas ici de limiter la diffusion du livre numérique,mais simplement de le marquer discrètement. Si cetteprotection ne nuit pas à la liberté du lecteur, elle estnettement plus respectueuse, et comporte tout de mêmedes entraves. Quand les DRM indiquent clairement aulecteur ses limites d’utilisation du fichier, le tatouage estune menace plus subtile. Par exemple, si jamais unlivre numérique tatoué finit sur les réseaux de peer topeer, l’acheteur de ce fichier, identifié par le tatouage,pourra encourir des peines. Dans ce contexte, tout lec-teur peut devenir paranoïaque et craindre de prêter seslivres numériques, même à un ami, par crainte qu’il nele diffuse illégalement.L’offre de livres numériques sans DRM se développepetit à petit mais actuellement la protection des fichiersreste un frein au basculement vers le numérique denombreux lecteurs qui perdent l’usage social du livre,notamment du prêt.DRMPlusieurs freins au développement de l’achatet de l’utilisation du livre numérique subsistenten France : les prix trop élevés, la compatibi-lité des fichiers téléchargés sur les terminauxdédiés, la qualité de la mise en page ou encorela présence de DRM. Des questions juridiqueset économiques entravent également le déve-loppement d’une offre large et enrichie. Unesegmentation à plusieurs niveaux caractériseaujourd’hui la chaîne du livre numérique : tech-nologique (multiplicité des formats de fichiers etdes supports de lecture), logistique (multiplicitédes plates-formes de distributeurs, dont cer-taines sont intégrées avec l’amont), commer-ciale (multiplicité des formules tarifaires, desqualités proposées, des formes de protection).Lepiratage etlaproblématiquede protection des fichiersLa pratique du piratage en masse des livresnumériques ne s’est pas encore installée dansles mentalités. L’Observatoire du livre et de l’écriten Ile de France (Le Motif) publie depuis 3 ansune étude sur l’offre pirate disponible sur les ré-seaux qui montre la faiblesse du piratage dansle secteur du livre numérique. L’édition 2012indique, en effet, que le piratage représente 2%de l’offre légale, qu’il concerne essentiellementles livres pratiques et les essais grand public,suivi d’anciens best sellers de la SF/fantastiqueet du polar. L’étude montre également qu’aucunlivre de moins de 6 mois n’a été piraté de façonsignificative.Le piratage reste une activité très faible et mar-ginale que les éditeurs pourraient contrer, selonl’étude, par "un développement en quantitécomme en attractivité (prix, qualité, facilité d’ac-cès, interopérabilité, services associés, etc.)".Pour le Motif, les pirates numérisent eux-mêmesles livres, en réalisant leur propre version numé-rique et les offrent en partage. Pour l’année 2011,les pirates ont partagé environ 7 000 nouveauxtitres illégaux augmentant ainsi l’offre numérique.Dès lors, ils deviennent des éditeurs pirates quise substituent aux éditeurs légaux et assurent lestravaux que les professionnels ne font pas. Cetaspect du piratage (réaliser ce que les éditeurs ne3des défis14%piratagede livresnumériques30%piratagede fichiersvidéo33%piratagede fichiersmusicauxSelon le 3èmeBaromètredu livre numérique réalisépar la Sofia, le SNEet la SGDL
  14. 14. 2223 LE livre numérique : à QUEL PRIX?Le prix du livre numérique demeure élevé enFrance et représente un frein au développementde la consommation de ce type de format. Selonune étude publiée en mars 2012 par le Centred’analyse stratégique, un livre numérique coûteen moyenne, en France, 30% moins cher qu’unlivre papier. La plupart des livres numériques sontainsi proposés au-dessus de 10 euros à leursortie. Or, les consommateurs attendent un prixencore inférieur. Selon une étude de GfK, reprisepar Slate.fr (2012), le consommateur se dit prêtà dépenser 7 euros pour un livre numérique dontla version papier serait vendue 18 euros, soitune différence de 60%.Malgré un taux de TVA réduit à 5,5% depuis jan-vier 2013, le prix du livre numérique ne baisseglobalement pas. Sur la boutique d’Apple, parexemple, 5% des livres électroniques sont dispo-nibles en français d’après une étude de Youbooxet Storeslytics, pour un prix moyen de 9,30 eu-ros. C’est pratiquement autant que le prix moyend’un livre papier.En 2011, selon un rapport publié par Bertels-mann, Random House a recensé 40 000 titresdisponibles dans son catalogue de livres numé-riques et, alors que ses revenus ont chuté pen-dant un an, sa marge opérationnelle na cesséde croitre. Un autre rapport, publié par Pearson,montre la faiblesse du nombre de ventes réali-sées par les éditions Penguin, alors que la margeopérationnelle a progressé de 5%, grâce là en-core aux ventes de livres numériques. Les reve-nus tirés par Penguin du numérique ont mêmedoublé en 2011, comparé à 2010.Ces pratiques tarifaires entravent probablement ledéveloppement du marché de l’édition numérique.Selon l’étude du Motif, les éditeurs parviennent au-jourd’hui à dégager "des marges très intéressantessur leurs livres numériques" : la part du prix de venterevenant à l’éditeur bondit par exemple de 36% pourune version physique vendue chez un libraire à 55%lorsque le titre est vendu en format numérique sur lessites d’Amazon ou Apple. Un constat confirmé par leschiffres venus des Etats-Unis où, malgré des ventes enberne, certains éditeurs parviennent à améliorer leurmarge opérationnelle grâce aux ventes d’e-books.Des questions juridiquesLe numérique impose un changement de para-digme juridique sur de nombreux secteurs etl’édition ne coupe pas à cette règle. Le droit d’au-teur est au centre de ces questions juridiques. Lecontrat d’édition à l’heure du numérique s’adapte.En mars 2013, un contrat entre auteurs et éditeursa d’ailleurs été signé, sous l’égide du ministèrede la Culture. Cet accord précise que les contratsd’édition devront désormais prévoir une partiespécifique pour l’édition numérique et définir lesmodalités de rémunération des auteurs comptetenu de ces nouveaux modèles économiques.Il définit également des critères pour apprécierla notion d’exploitation permanente et suivi del’œuvre, à la fois sous forme imprimée et sousforme numérique. Les négociations entre auteurset éditeurs doivent néanmoins se poursuivre.Les questions juridiques liées à l’édition numé-rique concernent également le prix des ouvrages.En France, c’est l’éditeur et lui seul qui fixe leprix de vente, un dispositif que l’on doit à la loisur le prix unique du livre de 1981, mise à jouren 2011 sur les recommandations de la mis-sion Zelnik afin de prendre en compte l’arrivéedu livre numérique. Cette loi sur le prix uniquedu livre numérique oblige tous les éditeurs delivres situés en France à fixer le "prix de venteau public" des versions numériques des livresquils éditent et oblige tous les marchands à syconformer dès lors quils vendent des livres àdes acheteurs situés en France. Les livres enri-chis au format ePub contenant des vidéos, desliens, des sons sont aussi impactés par la loi.Seuls les livres applicatifs sont tenus en dehorsdu périmètre de cette loi sur le prix unique du livrenumérique. La loi s’impose à tous les revendeurs,où qu’ils se situent, dès lors qu’ils exercent uneactivité de vente de livres numériques à desti-nation d’acheteurs situés en France. Les géantsdu Web comme Amazon sont donc égalementconcernés.la loi du prix unique :une exception culturelle françaisede Beaumarchais à lère du numérique,la question du droit dauteur reste dactualité.
  15. 15. 2425Youboox propose globalement la même chose queSpotify : pour un abonnement de 9,99 euros par mois,l’utilisateur a accès à un abonnement premium permet-tant de lire des livres via l’application de lecture selon lesupport qu’il choisit.Youboox permet également de lire gratuitement maisdes bandeaux publicitaires apparaissent durant laconsultation. Le modèle économique est donc basésur des revenus publicitaires et des revenus issus desabonnements. Les éditeurs présents sur la plateformeYouboox se partagent la moitié de cette assiette globaleen fonction du ratio entre le nombre de pages lues autotal dans le catalogue de l’éditeur, rapporté au nombretotal de pages lues le mois en question sur Youboox.Selon les propres estimations de Youboox, le serviceaurait atteint 75.000 personnes à février 2013, neprécisant pas s’il s’agit du nombre de téléchargementsde l’application ou du nombre d’utilisateurs réellementactifs sur le système.Youboox revendique 5,5 millions de pages vues. Unobjectif de 300 000 utilisateurs d’ici à décembre 2013est évoqué.youboox : labonnement!quels modèles économiques  ?Le marché français du livre numérique est enquête d’un modèle économique, entre préserva-tion de la chaine de valeur actuelle de l’éditionet prépondérance des grandes plateformes typeAmazon.Le secteur de l’édition traditionnelle se retrouvecoincé dans un étau entre les géants de la dis-tribution du Web comme Amazon et les puresplayers (des maisons d’édition 100% numérique)qui ne rencontrent pas les mêmes contraintes auregard de la chaîne de l’édition et n’appréhendentpas le marché sous le même angle (la crainte dupiratage est, par exemple, quasi absente). Cesderniers testent ainsi de nouveaux modèleséconomiques pour tenter de rentabiliser l’édi-tion numérique.Certains expérimentent un modèle gratuit basésur le revenus publicitaires : livre à zéro euromais nombreuses publicités.D’autres cassent les prix dans l’objectif de mul-tiplier les ventes et d’attirer une clientèle vers lessupports numériques. Chez l’éditeur Bragelonne,spécialisé dans la science-fiction, des œuvressont par exemple proposées à 5,99 euros dèsleur sortie. Des opérations commerciales commedes ventes flash sont également réalisées sur lestitres numériques de l’éditeur.Le principe de l’abonnement est égalementtesté chez certains éditeurs comme Publie.net.Ce modèle est souvent lié au streaming de livres.Avec le succès relatif des services de streamingmusical, comme Deezer et Spotify en tête, l’édi-tion s’intéresse de près au système. Qu’il s’agissed’un film, d’un morceau de musique, d’un livreou de n’importe quel autre contenu média, lestreaming permet de consulter le fichier en lignesans le télécharger. L’utilisateur ne possède pasle contenu qu’il consomme et n’y a plus accès dèslorsqu’il clôt son abonnement. Dans ce contexte etavec l’essor progressif de la lecture numérique, desentrepreneurs s’intéressent au streaming de livres.Le principe des prix libres est également expérimen-té avec un prix bas de téléchargement puis la possi-bilité offerte à l’utilisateur de fixer lui-même un prix.La gratuité du livre avec une rémunération surservices connexes payants est également unmodèle exploré.TEA a annoncé le lancement en open sourcede l’application de lecture web TeaBook OpenReader à l’occasion de l’Open World Forum2012. Cette application de lecture web est unesolution interopérable permettant la lecture horsligne depuis tous les appareils de lecture web, ta-blettes incluses, indépendamment des systèmesd’exploitation, et offrant un rendu fidèle des livresnumériques ePub. TEA est devenue la premièreplateforme open source de distribution de livresnumériques dédiée à l’ensemble des acteurs dela chaîne du livre : libraires, distributeurs, sitesinternet, éditeurs et lecteurs.Autre initiative française, un consortium (18teurs dont Orange, ePagine, SFR, Editions de LaMartinière, Institut Télécom, éditions Gallimard,syndicat de la Librairie Française…), rassemblésous la bannière MO3T (Modèle Ouvert 3 Tiers),propose un modèle ouvert et pérenne de distribu-tion des contenus numériques en promouvant lepassage d’une logique de vente de contenus àune logique de vente de droits. Le lecteur achè-terait le droit d’accéder à n’importe quel momentet depuis tous ses terminaux au livre dont il pos-sède le droit numérique, le format du fichier qu’iltélécharge dépendant bien sûr du terminal surlequel il compte l’utiliser. Le projet MO3T vise àdémontrer, à travers un prototype, la possibilitédune architecture de distribution ouverte et plu-raliste qui permette aux différents formats du livrenumérique dexister de manière compatible. Ceprojet devrait entrer en phase d’industrialisationen 2013.L’interopérabilité,enjeu de demain ?Jusqu’ici, la chaîne de la distribution de contenusnumériques s’est construite selon des modèlesintégrés : chaque opérateur a développé sespropres appareils, logiciels et formats de fichiersspécifiques et ces formats ne sont pas tous com-patibles entre eux. Ainsi, l’utilisateur ne jouit passystématiquement de son bien sur l’ensemble deses appareils et il peut même perdre les ouvragesnumériques qu’il a achetés s’il change d’opéra-teur ou d’équipement. Autre conséquence : l’offred’ouvrages disponibles est limitée pour chaquesupport de lecture, plus qu’elle ne le serait avecun format universel.Face aux problématiques actuelles liées à l’intero-pérabilité, à l’offre actuelle réduite, au prix élevé dulivre numérique, au déséquilibre programmé de lachaine de valeurs de l’édition ou encore au risquede voir émerger des oligopoles qui bloqueraient lemarché, certaines initiatives prennent place.Une volonté de standardisation appuyée sur l’uti-lisation d’un format ouvert devient perceptible.Editeurs comme libraires français affichent unevolonté de ne pas se laisser enfermer dans unformat propriétaire qu’il s’agisse de celui d’Ama-zon ou d’Apple par exemple. Ainsi, récemmentplusieurs acteurs de l’édition ont rejoint diffé-rentes initiatives œuvrant dans la mise en placede standards ouverts.Eyrolles a rejoint le consortium IDPF (Internatio-nal Digital Publishing Forum) pour "participer àla promotion d’un format numérique unique, uni-versel et ouvert". Hachette a, pour sa part, rejointle projet Readium, initiative de lIDPF qui a pourobjectif le développement dun logiciel libre delecture pour le format EPUB 3.Decitre a lancé The ebook Alternative (TEA) des-tinée également à permettre un accès au livreindépendamment du distributeur et du matériel :une solution de lecture web interopérable, ouverteet open source. Dans cette initiative, Decitre ades partenaires comme Rueducommerce.com etla SSII Smile et a signé des accords avec Editis,Gallimard, La Martinière ou encore Flammarion etrécemment Bayard pour accéder à leur cataloguede livres numériques.
  16. 16. Quelles sont vos activités à la médiathèque de Roubaix ?Je travaille à la médiathèque de Roubaix depuis un an sur un projet devalorisation du patrimoine musical et j’ai également en charge le pôle infor-matique et multimédia de la médiathèque depuis quelques mois. Je m’oc-cupe donc de ce qui relève de l’informatique documentaire comme les basesde données, de la présence Web de la bibliothèque ainsi que des ateliersmultimédias d’initiation aux TIC que nous proposons. Je mène égalementactuellement une réflexion sur le développement de l’offre numérique de labibliothèque.Auparavant, j’étais en poste en bibliothèque universitaire et ce n’est pasanodin car la bascule du papier vers le numérique a déjà été faite dans denombreuses bibliothèques universitaires alors que les médiathèques accusentsouvent un retard.Dans les bibliothèques universitaires, le papier devient anecdotique alorsqu’en lecture publique, tout reste à faire. La principale raison de ce retard sesitue sûrement au niveau de l’offre. D’une part, les éditeurs ont encore uneoffre restreinte sur la littérature grand public et, d’autre part, l’offre à des-tination des bibliothèques est encore plus restreinte. En tant qu’individu, jepeux facilement télécharger un livre numérique mais en tant que bibliothé-caire, la démarche de téléchargement et de mise à disposition du public esttrès compliquée. Cela s’explique par des raisons techniques, car il faudraitdes plateformes de mise à disposition, et par des raisons juridiques car il fauttrouver un moyen de respecter les droits d’auteur.Nous sommes face à deux solutions : soit développer notre propre plate-forme, ce qui aurait un coût élevé, soit attendre que les éditeurs mettent àdisposition ce type de plateforme.Lorsqu’on parle de livre numérique, de quoi parle-t-on exactement ?Pour moi, il s’agit du pendant du livre papier mais dématérialisé. Après, ilexiste le livre enrichi qui semble plus intéressant pour le jeune public.Existe-t-il une demande du public pour les livres numériques enmédiathèque ?C’est difficile à dire puisque nous n’avons pas encore d’offre à la média-thèque de Roubaix.Il existe des bibliothèques qui mènent des expérimentations à partir de prêtsde liseuses et d’une offre de livres libres de droit, c’est-à-dire tombés dans ledomaine public et mis à disposition gratuitement sur des plateformes. L’ob-jectif était que les utilisateurs s’approprient ce support de lecture.Si nous devions développer une offre numérique pour la médiathèque de-main, il faudrait davantage penser à la mise en ligne d’une plateforme face àla croissance du taux d’équipement en liseuses ou tablettes.26Le point de vued’un bibliothécaireentretien avec :- François Pichenot -médiathèque de Roubaix
  17. 17. Il existe un autre modèle proche du "streaming" appliqué aulivre. Le terme de streaming est impropre dans ce cas mais l’idée estbien celle de la consultation en ligne qui permet une connexion simultanéede plusieurs utilisateurs.L’émergence du livre numérique représente une opportunité oudes défis pour une médiathèque ?Pour le moment, il n’y a pas de réel impact sur le métier. En fait, on pourraitfaire un parallèle avec la musique. En bibliothèque, nous sommes actuelle-ment beaucoup plus touchés par la dématérialisation de la musique que parcelle du livre. Nous avons connu un réel effondrement du prêt de CD suiteà l’effondrement du marché du disque. Actuellement, nous avons l’oppor-tunité de prendre des abonnements à des plateformes de streaming commeMusicMe et de renouveler l’offre en profondeur, c’est-à-dire de proposerune sorte de package global sur une offre large et de développer en paral-lèle une offre physique plus ciblée sur des labels précis. Cette mutation aapporté des opportunités très intéressantes pour l’offre des médiathèqueset, à Roubaix, nous allons accélérer le développement de cette offre sur lamusique. L’adhérent pourra accéder à un catalogue musical via notre plate-forme depuis chez lui.Ce type d’offre est issu d’une expérience menée dans une bibliothèque alsa-cienne qui a négocié avec MusicMe et a construit un partenariat, financé enpartie par le ministère de la Culture, pour permettre de construire l’interfacetechnique utilisée par la bibliothèque.A Roubaix, nous n’allons pas tout de suite passer par MusicMe mais parle catalogue du label Naxos, certes plus spécialisé mais plus adapté à notrepublic actuel.L’offre sur le livre devrait connaître une évolution similaire. Et, si la biblio-thèque se dématérialise, elle pourra se transformer en lieu d’échanges et derencontres, en lieu de vie dans la ville.Le numérique s’inscrit dans un projet global de la médiathèque de Roubaix.La problématique sera de rendre cette offre dématérialisée visible dans lelieu et c’est davantage sur la question des interfaces que nous réfléchissons.L’axe de médiation dans le lieu sera important, autant que celui du dévelop-pement de l’offre de livres numériques. Mais, pour le moment j’ai peur queles bibliothèques soient un non-marché pour les éditeurs et que cela prennedu temps.Le passage au numérique pour une médiathèque n’en-traînerait-il pas un changement de paradigme par rapport aurôle que peut jouer ce genre de lieu dans la ville ?Tout à fait. Longtemps, les bibliothèques ont été des "réservoirs" de docu-ments. Avec la démocratisation d’Internet, elles ont perdu leur monopole depoint d’accès à l’information et à la documentation. Le développement dulivre numérique engendre le même phénomène.Plusieurs pistes de réflexion peuvent être explorées pour maintenir le rôledes médiathèques comme l’accompagnement des publics, la classificationet la préservation des documents ou l’organisation d’événements. Il faudrafaire en sorte que la médiathèque demeure un lieu où l’on ait envie d’alleret non un lieu où l’on passe.La question que je me pose aujourd’hui, en tant qu’individu et non en tantque bibliothécaire, se situe au niveau de l’intérêt des personnes à aller dansune médiathèque si elles ont les moyens, technologiques et financiers, d’ac-céder à tous les contenus en ligne. Il faut prendre en compte ce public quenous avons tendance à perdre en médiathèque. Or, une solide offre numé-rique peut être un moyen d’essayer de capter ce public.Envisagez-vous de mener des expérimentations sur cette offrenumérique à Roubaix ?Non, pas actuellement. A Roubaix, nous avons quand même une offre nu-mérique qui est patrimoniale. Nous avons une bibliothèque numérique quipropose d’accéder à des documents numérisés relatifs à l’histoire locale.Ce sont des documents anciens et libres de droit. Nous nous positionnonsdavantage sur cela pour réfléchir à d’éventuels projets innovants.Le problème pour réfléchir ou expérimenter sur des projets plus grand pu-blic est qu’il manque une plateforme qui permettrait un accès à tout. Lesplateformes actuelles proviennent des éditeurs qui proposent leur catalogue.Si la médiathèque se lançait dans un projet, ce serait par le biais d’un parte-nariat avec un éditeur et donc sur une offre limitée au catalogue de celui-ci.Existe-t-il une réflexion à plus large échelle avec d’autresbibliothèques pour mutualiser et éviter de tomber dans cetécueil de l’offre restreinte ?Des premières réunions à l’échelle de la métropole lilloise sont prévues.Nous pourrions imaginer un catalogue accessible par abonnement avec desfichiers chrono-dégradables et des DRM. Mais il existe des problèmes demodèles économiques. Actuellement, une seule personne à la fois peut em-prunter un fichier numérique. Donc les éditeurs reproduisent le modèle dupapier et cela n’a aucun intérêt alors que le numérique permet de multiplierfacilement les fichiers.Xla bibliothèque de demain  ?
  18. 18. 3031Selon cette étude de l’Idate, les ventes de livres numé-riques parviendront à compenser le déclin du livre im-primé voire à faire croître le marché du livre en raison deventes incrémentales (qui nauraient pas eu lieu danslunivers imprimé).A horizon 2015, lavenir du marché se jouera à deuxniveaux, autour dabord du degré de conversion aunumérique des lecteurs occasionnels (qui représententactuellement la majorité du marché du livre en volume)et ensuite de limpact du livre enrichi, produit multimé-dia hybride, susceptible dattirer un public non lecteurde livres traditionnels.quels impacts sur la chaine devaleur de lédition?La transition numérique ne devrait pas provoquerglobalement de destruction de valeur dans lesecteur de l’édition. Certes, les ventes de livresimprimés déclinent globalement depuis plusieursannées et lémergence dune offre numérique nefera quaccentuer la tendance. Mais le livre numé-rique pourra compenser ce déclin.Le marché du livre numérique demeure, pour lemoment, majoritairement une transposition dumarché papier. Dune part, le catalogue numé-rique se compose majoritairement de livres ho-mothétiques alors que les livres enrichis et lescréations nativement numériques restent anecdo-tiques. Dautre part, les lecteurs de livres numé-riques sont les mêmes que les lecteurs papier etils achètent les mêmes titres.Et les pratiques tarifaires autour des livres numé-riques reprennent, pour l’essentiel, le modèledominant du papier.Néanmoins se dessine en filigrane une remise encause de la chaîne de valeur de l’édition tradi-tionnelle. Les rapports de force se modifient. Lenumérique affecte à la fois la production et la dis-tribution. Le livre numérique s’affranchit du circuitclassique de la distribution. La problématiquese pose surtout pour les acteurs dépendants dusupport comme les imprimeurs ou les libraires.Il n’est pas exclu qu’un éditeur, voire un auteurdans le cas de l’auto-édition, s’adresse directe-ment au lecteur, passant outre de nombreux mail-lons de la chaine de valeur de l’édition. Des inter-médiaires sont néanmoins toujours présents : lesplateformes de diffusion des livres numériques.Elles prennent notamment en charge des fonc-tions de stockage, de référencement et de vente.L’offre éditoriale française passe actuellementpar plusieurs plateformes et témoigne d’un écla-tement qui entraine une structure segmentée etappauvrit cette offre. Les éditeurs ont tendance àmultiplier les accords avec les plateformes maisl’offre n’apparaît pas exhaustive et les coûts sontplus élevés. Une plateforme unique ouverte à tousles éditeurs permettrait de rendre l’offre plus riche.En outre, pour faire face aux géants du Web,Amazon, Google et Apple, et conserver l’identitéfrançaise de la chaine du livre, une rationalisa-tion des plateformes de diffusion et de distributionsemble essentielle. La force de ces pure playersde l’Internet réside dans leurs algorithmes de trai-tement des métadonnées et dans leur système deréférencement et de recommandation.Les alliances entre les acteurs du numériquedans le domaine de l’édition se multiplient doncactuellement, laissant pressentir un germe destructuration du marché. Le diffuseur de livresnumériques Numilog et le fabricant de liseusesBookeen ont, par exemple, signé un partenariatqui leur permet, depuis janvier 2013, de proposerune offre plus attractive et plus accessible aux uti-lisateurs potentiels. Bookeen peut ainsi proposersur sa librairie le catalogue de livres numériquesfrançais diffusé par Numilog, soit un ajout de35 000 titres en français de 380 éditeurs dontHachette. Numilog peut, pour sa part, proposerà ses librairies partenaires la gamme des CybookOdyssey intégrant une librairie sous leur propremarque. Autre accord important pour le marchéfrançais et la préservation de son identité et desa chaine de valeur : ePagine et Numilog se sontalliés début 2013 pour proposer une solutioncommune de bibliothèques personnelles de livresnumériques. Il s’agit des deux principaux réseauxfrançais de librairies numériques. Les librairesqui s’engagent dans la vente de livres numé-riques sont en effet en attente de solutions pra-tiques et performantes pour leurs clients, offrantune alternative à celles proposées par les géantsde l’Internet et de la technologie, sans faire dis-paraître leur identité. Cette solution repose surdes protocoles standards et interopérables. Ellea vocation à être ouverte à d’autres libraires ouréseaux de libraires en France et à l’étranger.Le développement du marché français du livrenumérique semble tributaire de trois facteurs :des supports de lecture offrant une interopérabi-lité et un bon rapport qualité-prix, une offre nu-mérique large et enrichie, un prix des ouvragesattractifs pour le lecteur et rémunérateur pourles acteurs de la chaîne du livre.etude "E-Book"
  19. 19. Quelles sont les activités d’invenit ?Candice GrasInvenit est initialement un studio de graphisme et de communication culturelle.Au départ nous travaillions en tant que graphistes pour les secteurs de laculture et du patrimoine et nous réalisions des outils de communication pourles musées ou autres structures culturelles. Nous avons souvent été amenésà réaliser des catalogues d’exposition et des beaux livres, mais en tant quegraphistes. La passion du beau livre est présente au sein de l’équipe d’invenitdepuis les débuts. L’activité s’est donc naturellement déportée sur le métierd’éditeur. Invenit est donc éditeur depuis 2008, tout en conservant son activitéde communication graphique.Dominique TourteNous éditons des catalogues d’exposition et des livres d’artiste comme nouspouvons porter des projets plus "personnels" en tant qu’éditeur.Quelle est votre appréhension du livre numérique ?Céline TelliezPour nous, il s’agit d’un changement de support. Nous ne percevons pas ladématérialisation du livre comme une menace. Même si cela va révolutionnernotre manière de travailler, notre métier ne changera pas : nous éditerons toujoursdes livres.Candice GrasPar contre, nous n’envisageons pas de simplement dupliquer une version pa-pier d’un livre. Il y a des choses que le numérique permet mais que le papierne permet pas et inversement. Il s’agit bien de se servir du numérique pourapporter un contenu supplémentaire et d’enrichir le livre. Nous continuerons àéditer des livres papier. Les deux supports sont très complémentaires.Céline TelliezNous avons le goût du bel objet donc nous envisageons de traduire cette idéedu beau livre également dans les versions numériques que nous éditerons. Latransposition du bel objet de manière immatérielle est au centre de nos ré-flexions sur cette question de l’édition numérique et c’est ça qu’il nous faudrainventer. L’esthétisme de nos livres papier devra se retrouver dans nos livresnumériques.Dominique TourteL’alliance du fond et de la forme motive le travail en profondeur. L’esthétismen’est rien d’autre que l’adéquation la plus juste entre le fond et la forme. Laforme va changer avec l’évolution vers le numérique mais la problématiquereste la même : comment trouver cette adéquation la plus juste ?32entretien avec :- Dominique Tourte,Candice Gras et Céline Telliez -les éditions invenitLe point de vued’un éditeur
  20. 20. Sur les questions de modèle économique et de choixtechnologiques, vers quels choix s’oriente invenit ?Candice GrasNous sommes encore en train de réfléchir à ces questions.Plusieurs pistes pourront être explorées. Nous avons la chance de publier desobjets matériels qui pourraient très bien devenir le support de commercialisationde la version numérique. Nous pourrons également passer par des plateformesde publication ou opter pour l’auto-publication et diffuser nos objets numé-riques via notre site Internet où nous commercialisons déjà des livres.Dominique TourtePour l’instant, nous ne percevons pas le modèle économique. Aujourd’hui, nousessayons d’appréhender la technologie et d’expérimenter pour réfléchir à notreoffre. L’idée est d’être prêts lorsque le marché du livre numérique se démocrati-sera réellement.Candice GrasIl y a certainement quelque chose de nouveau à inventer du point de vue dumodèle économique.Le passage au numérique a-t-il des incidences importantes sur ledroit d’auteur ?Céline TelliezSi on souhaite enrichir un livre papier, il est certain que nous devrons faire desavenants aux contrats des auteurs pour y ajouter la notion de support numérique.Les droits d’auteur ne sont pas les mêmes pour le numérique. D’ailleurs, si nousvoulons enrichir un catalogue d’exposition, il faut racheter les droits de toutesles œuvres ! Cela représente un coût très élevé et il sera parfois difficile de pro-poser certains catalogues d’exposition en version numérique.Le livre numérique, opportunité ou menace ?Céline TelliezCe n’est pas une menace. En tant qu’éditeur, porter ses activités sur le numériquen’est pas un risque aussi important que, par exemple, la difficulté accrue d’êtrevisible parmi le nombre de livres En croissance perpétuelle. Le livre enrichi peuten outre permettre d’attirer un nouveau public et de faire connaître un texte.Candice GrasQuelque part, le numérique peut être bénéfique pour le livre papier. Les lecteursaimeront toujours les beaux livres. Nous pouvons espérer que le livre connaîtrala même évolution que la musique avec l’émergence de nouvelles tendanceschez le public à déporter son attention sur l’objet comme avec les vinyles.Céline TelliezLe danger est plus lié à la mentalité du "tout gratuit" induite par Internet.Comment un éditeur dit "traditionnel" se lance sur l’éditionnumérique ? Envisagez-vous des partenariats ? De la sous-trai-tance ? Souhaitez-vous conserver les réalisations en interne ?Céline TelliezNous avons l’habitude de tout faire en interne, ce qui reste assez rare pour unemaison d’édition où la maquette, par exemple, est souvent externalisée. Sur lenumérique, nous ne pourrons pas éviter de faire appel à l’extérieur, du moinsau début.Dominique TourteL’objectif est de pouvoir tout maîtriser mais pas forcément en ayant toutes lescompétences en interne.Quels sont vos projets dans ce domaine de l’édition numérique ?Dominique TourteNous avons des projets concrets dans le domaine du livre numérique commedans celui du multimédia.Candice GrasNous avons actuellement deux types de projets.D’abord, nous réfléchissons comment partir de certains de nos objets existants,comme les catalogues d’exposition par exemple. Ce sont des documents quiont des ressources iconographiques très importantes qui ne peuvent pas êtreentièrement présentées dans un catalogue. En outre, la reproduction de cer-taines œuvres très minutieuses n’est pas forcément pertinente dans un livre.Sans parler des œuvres multimédia qui ne peuvent pas prendre réellement placedans un catalogue d’exposition papier. Le livre numérique ou enrichi permet-trait d’éditer des catalogues d’exposition plus complets.Ensuite, nous travaillons sur l’une de nos collections, Ekphrasis, pour laquellenous invitons des auteurs à écrire une histoire autour d’une œuvre à l’occasiond’une exposition. L’idée est d’utiliser le numérique pour réinterpréter le textedans un objet enrichi qui permettrait une deuxième lecture.Céline TelliezSur cette collection, l’utilisation du numérique peut être extrêmement intéres-sante pour apporter des précisions sur les univers différents auxquels les au-teurs peuvent faire référence à partir d’une œuvre. Par exemple, dans "Pazuzu"de Marc Villard, les références à la mythologie ou à la religion pourraient êtredéveloppées, on pourrait ajouter du son ou un passage lu par l’auteur. Il existeun florilège d’enrichissements à imaginer.X
  21. 21. Couplée au crowdfunding (financement participatif),l’auto-édition devrait poursuivre sa croissance. SelonPublisher Weekly, KickStarter serait devenu le 2èmeéditeur de Comics aux Etats-Unis, en revenu net, justederrière Marvel et devant DC Comics. KickStarter a éga-lement une forte activité dans les autres secteurs delédition. Bien sûr, KickStarter nest pas éditeur, cestune plateforme dautofinancement. Mais il est intéres-sant de mesurer le niveau de financement de ce type deplateforme par rapport à des éditeurs traditionnels. Lesuccès de lauto-publication est encore bien différent enEurope et notamment en France où les traditions dau-to-publication et de financement participatif sont moinsdéveloppées. Les premiers succès dauteurs franco-phones auto-édités sur les plateformes électroniques(comme David Forrest) sont encore loin des auteursanglo-saxons qui ont dépassé le million dexemplairessur Kindle et iBookStore.3637Art Book Magazine (ABM) est la première librairie delivres numériques dédiée à l’art contemporain. C’est laPremière application pour iPad spécialisée dans l’artsous toutes ses formes. Dans cette librairie thématiqueon trouve des beaux livres numériques sur la photogra-phie, l’architecture, le design graphique, la typographie,la bande dessinée, la culture numérique, les sciencessociales, la littérature, des revues et des cataloguesd’exposition.Le fondateur est parti de l’idée de créer une librairievirtuelle singulière et pertinente au service d’éditionsépuisées ou à venir dans un secteur où la diffusionphysique est de plus en plus réduite à quelques pointsde vente très spécifiques (librairies de musées principa-lement) alors que l’édition d’ouvrages dans ce secteurreste très dynamique, créative et qualitative.L’auto-édition connaît une forte croissance, accé-lérée par la naissance du marché du livre numériquequi facilite la publication et la promotion d’un livre. Elleconsiste en la publication d’un livre sans passer par unéditeur. Elle progresse déjà en France au rythme sou-tenu de 30% par an depuis 2004, d’après les statis-tiques de la Bibliothèque Nationale de France. Les livresauto-édités représentaient déjà 12% du dépôt légal deslivres français en 2011, soit 1 livre sur 8. Les auteursauto-édités multiplient l’offre disponible, proposant unchoix plus vaste de livres aux lecteurs et contribuantainsi à rendre les librairies numériques plus attrayantes.Plusieurs plateformes dédiées à l’auto-édition ont d’ail-leurs vu le jour, certaines étant mises en ligne par lesmaisons d’édition traditionnelles. La plateforme Kindledirect publishing dAmazon permet de créer son livreet de léditer sur le Kindle Store. L’application iBooksAuthor permet de créer simplement un e-book et de levendre sur l’Apple Store. Autre solution, Kobo WritingLife. Pour ceux qui tiennent à obtenir une édition papierde leur livre, d’autres sites proposent l’autopublicationcomme lulu.com ou The BookEdition. Il est égale-ment possible de citer Mon Best Seller, Smashwordsou encore YouScribe. Enfin, il existe des plateformesparticipatives où les internautes misent sur des auteurscomme Bookly.Certains auteurs proposent, leur création en-dehorsdes plateformes. Il s’agit souvent de projets innovantsautour de l’édition enrichie qui se développent via leurpropre interface dédiée, site Web et/ou application. Leprojet de série BD transmédia participative MediaEntityen est un parfait exemple. La qualité et le succès aurendez-vous, cette série interactive, née sur le Web etautoproduite, sera au final également distribuée par leséditions Delcourt en version papier.lart contemporain lauto-éditioncrowdfundingprojet inovantMalgré les défis, le champ des possibles offertpar le numérique est immense. De nouvelles fa-çons de lire adaptées à la mobilité, à l’écran et àl’interactivité sont en train d’émerger et restentà inventer. Le livre en tant qu’objet tangible maisconnecté et utilisant de nouveaux matériauxpeut également réinventer la lecture en mélan-geant papier et écran.Le numérique exige de nouvelles compétenceset renvoie à de nouveaux métiers en regard desmétiers traditionnels de la chaîne du livre : qu’ils’agisse de SSII spécialisées dans les méta-données ou les agrégateurs, ou de producteursde contenus multimédias, les opportunitésde se positionner sur un marché économiqueémergent existent et se multiplient pour lesacteurs du numérique. De nouveaux acteursémergent, d’autres profitent d’un marché audynamisme croissant.Un élargissement de l’offreLe numérique permet sans conteste d’élargirl’offre. Les livres épuisés trouvent, par exemple,une nouvelle vie dans le numérique et peuventainsi être conservés. Entre 500 000 et 700 000ouvrages publiés avant le 31 décembre 2000 etdésormais introuvables en version papier ou nu-mérique dans les circuits traditionnels (librairieset sites en ligne) sont concernés, selon une esti-mation de la Bibliothèque nationale de France.Même si, ici encore la question des droits d’auteurest au premier plan, la numérisation d’ouvragesépuisés permet un accroissement conséquent del’offre.Des segments de niche profitent également dunumérique.Les auteurs ne réussissant pas à signer avec desmaisons d’édition papier, ou voulant s’en affran-chir, ont, quant à eux, l’opportunité de tenter detoucher directement le public, soit via des sitesd’autoédition, soit en développant des projetsWeb, souvent innovants.4des opportunités
  22. 22. 3839 De la maison d’édition à la so-ciété de production ?De nouvelles expériences de lecture repoussentles limites traditionnelles de la narration naissentdans le numérique. Elles intéressent particulière-ment un public de non lecteur en révolutionnant lesecteur de l’édition par les contenus.Plusieurs sociétés se sont déjà positionnées surle secteur en développement du livre enrichi.292contents a, par exemple, lancé une offredans ce sens. En explorant de nouveaux modesde narration multidisciplinaires, 292 développeune offre de "NewBooks". Après le récit court Sha-dow Puppets, 292 a lancé la production de lasérie Civilized, dont les épisodes mêlent texte,musique et illustrations.Autres exemple, le studio Walrus a lancé deuxséries littéraires disponibles sur Immateriel,iBookStore, Kindle ou encore Kobo.Un glissement est d’ores et déjà indentifiableavec les premières expérimentations de livresenrichis. L’ère du numérique est l’occasion de re-venir à un mode de production littéraire tel qu’onpouvait en trouver au XIXe siècle : le feuilleton.Dans une période dominée par les séries TV,de nombreux acteurs de l’édition numérique enFrance envisagent un fonctionnement similaire.Les histoires maintenant ne sont plus nécessai-rement des romans ou des nouvelles, mais dessaisons et des épisodes. Nous assistons à lacréation d’un nouveau genre de production : lasérie littéraire.Le livre enrichi entraine un changement de para-digme dans la création comme dans la narration.Tout ouvrage ne se prête pas à l’enrichissementet il y a fort à parier que livres homothétiques,simples numérisation de livres papier, et livresenrichis ou livres augmentés ou séries interac-tives se développeront parallèlement, se croi-sant parfois pour donner naissance à des pro-duits hybrides.L’intrusion du numérique dans le monde de l’édi-tion pousse auteurs et éditeurs à repenser le livreet les modes de narration pour apporter de la va-leur à un ouvrage ou créer de nouvelles œuvresoriginales uniquement numériques. L’intérêt d’en-richir un roman historique de contenus vidéos ouNouveaux formats, utilisation d’éléments multimédias,interactivité… le livre numérique est-il toujours unlivre ? Les éditeurs numériques de livres enrichis nesont-ils pas davantage des maisons de production ?Sur un secteur émergent, les questions de vocabulaireset de définitions demeurent floues.Néanmoins, de nouveaux acteurs se sont créés surce marché naissant du livre numérique et les produc-teurs de contenus multimédias, qu’il s’agisse des stu-dios de jeu vidéo, des acteurs de l’audiovisuel et del’animation, des designers d’interfaces ou encore desgraphistes, peuvent trouver un nouveau segment surlequel se positionner. En effet, les éditeurs traditionnelsne possèdent pas forcément les compétences requisesen interne, techniques ou créatives, pour se lancerdans la création de livres enrichis et les partenariats ousous-traitances pourraient se multiplier. Ces acteurs dela création multimédia pourraient également se lancerdans l’aventure du livre numérique à l’image de l’anciende chez Pixar, William Joyce qui a fondé Moonbot. Il acréé "The Fantastic Flying Books of Mr. Morris", un filmmais également un livre enrichi en vente sous la formed’une application disponible dur l’Appstore d’Apple.nouveaux acteurs  ?sonores ou en intégrant des hyperliens vers desressources documentaires s’impose par exemplede lui-même. Il n’en va pas de même pour unroman littéraire même si la lecture d’un passagepar l’auteur peut toujours, par exemple, agré-menter la lecture. Le storytelling prend toute saplace dans l’émergence d’un nouveau mode denarration mêlant écrit, vidéo, animation, son…et prenant place dans un univers transmédia.Mode de lecture linéaire et contenus délinéarisésco-habitent en fonction du type de récit. Un ventde créativité est néanmoins prêt à souffler sur lemonde de l’édition.opportunités technologiquesLe passage au numérique dans lédition induitde nombreux besoins techniques. Qu’il s’agissede numérisation, de portage de livres papier versles nouveaux supports de mobilité, de besoins deréférencement, de recommandation, de traitementdes métadonnées (informations indispensables– couverture, sommaire, auteur, éditeur, année,version numérique/papier, format, prix, etc. – àpartir desquelles un livre peut être référencé, re-trouvé et vendu) ou encore de stockage.Le marketing social ou le traitement des donnéesbénéficient également du développement du livrenumérique. Ces évolutions technologiques oud’usages créent de nouvelles opportunités surun marché particulièrement dynamique. La péné-tration d’acteurs traditionnellement étrangers aumonde du livre est de plus en plus forte.Il existe par exemple un intérêt croissant portéaux APIs, c’est-à-dire à de nouveaux modèleséconomiques qui ne passent plus par la seulevente directe de livres. Plusieurs sociétés se sontd’ores et déjà positionnées dans la prestation deservices auprès des acteurs du livre.Le développement du marché du livre numériquedit homothétique offre de nouvelles opportunitéstechnologiques pour les SSII et autres sociétésspécialisées dans la technologie Internet. Maisl’émergence d’un nouveau type de livre, le livreenrichi, ouvre également de nouveaux champsd’activités aux acteurs de la création de contenus.eTechs&comapgnie a lancé le eLaunchPad, un outilvendu aux éditeurs comme un service permettant àleurs auteurs de prendre en main la promotion de leursouvrages à travers les réseaux sociaux.eTechs&compagnieGutenberg Technologie édite simultanément un mêmelivre au format papier, web, tablette (iPad, Kindle) etsmartphone (iPhone, Android).L’entreprise, implantée à Paris et New York, fournitdes solutions technologiques à des éditeurs de toutetaille. Elle travaille aussi avec des maisons d’éditionde grands groupes comme Pearson, McGraw-Hill, Cen-gage, Hachette, Editis.le projet : gutenberg
  23. 23. Comment présenter Encre Nomade ?Encre Nomade est une société d’édition numérique actuellement spécialiséedans les feuilletons interactifs pour adolescents sous la marque Season 13.Un feuilleton comporte des épisodes publiés toutes les semaines. Il est inte-ractif car le lecteur, si on peut l’appeler ainsi, interagit avec l’histoire. Parmiles interactions proposées : un jeu vidéo par épisode ou encore des connexionsavec les réseaux sociaux. Il est en effet possible de communiquer dans l’his-toire via ces différents réseaux ou de publier certaines parties de l’histoire.Nous avons également prévu de proposer aux lecteurs de dessiner des illustra-tions qui seront soumises au vote de la communauté avant d’être publiées dansle feuilleton ; même chose pour les textes de l’histoire.Des prestations pour des éditeurs ou d’autres marques à destination des plusjeunes ou des plus vieux pourront également se développer dans le cadre de lasociété Encre Nomade.Ce média est donc exclusivement numérique ? Aucune édition papiern’est envisagée ?Une édition papier n’est pas exclue mais je ne l’envisage pas pour le moment.Ce n’est d’ailleurs pas mon métier. Et puis, si nous proposons une version pa-pier, nous perdons l’interactivité. Quel serait l’intérêt pour nous ? En outre, nouséditons actuellement des textes courts qui ne se prêtent pas à une version papier.Peut-on qualifier ces feuilletons de livre numérique ou livreaugmenté ou encore livre interactif ?C’est une bonne question et j’avoue ne pas encore avoir trouvé la réponse !C’est l’un des gros problèmes de ce marché. Il y a le livre homothétique, simpleversion PDF d’un livre papier, le livre enrichi, qui comporte des images ouvidéos ou son, et puis le livre interactif, qui propose des interactions au lecteur.C’est comme pour tous les marchés naissants, il existe une période de flou dansles définitions des termes employés. Finalement cette question du livre ou paslivre est également liée à la manière dont on se positionne face à sa clientèle.Donc Encre Nomade s’est jeté sur un marché naissant là oud’autres demeurent plus attentistes face aux questions de stan-dardisation ou de modèles économiques ?D’abord, je n’ai pas perçu ce marché comme un éditeur puisque je ne vienspas du secteur de l’édition. Je ne me suis donc pas poser les mêmes ques-tions. Lorsqu’on se positionne sur un nouveau marché sans provenir du mêmesecteur, on y entre avec des idées neuves. C’est d’ailleurs comme ça qu’oninnove ! Initialement, je ne me suis pas posé la question du format....40entretien avec :Marie Seygnerole /Season 13 – Encre NomadeLe point de vued’un pure-player

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