Operation serval 26

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Operation serval 26

  1. 1. MALI : OPERATION « SERVAL »► Des kalachnikovs russes pour le Mali…La Russie va vendre au Mali 3 000 fusils dassaut kalachnikov, selon l’agence russe Interfax.Cette vente dune valeur estimée à plus dun million de dollars sinscrit dans le cadre dunaccord conclu en septembre 2012 entre lagence publique russe dexportation darmementsRosoboronexport et le ministère malien de la Défense, a déclaré une source russe à Interfax,sans préciser si les livraisons avaient déjà été effectuées. Le directeur de Rosoboronexport,Anatoli Issaïkine, avait indiqué la semaine dernière que lagence livrait au Mali des armes à feu« en toute légalité », selon Interfax. Les autorités maliennes ont fait part à Rosoboronexport deleur intention dacheter également des hélicoptères et dautres types de matériel militaire, aajouté M. Issaïkine, cité par Interfax. Les kalachnikovs, légendaires fusils dassaut connusdans le monde entier, sont fabriqués à lusine Ijmach à Ijevsk (1 300 km à lest de Moscou).► Pourquoi les Français sont encore là pour longtemps…Prévue en juillet, la relève de lopération de maintien de la paix de l ONU au Mali ne signifie pas pour autant le retrait total des troupes françaises. Pas une semaine ne se passe désormais, sans quun membre du gouvernement ou que le président lui-même ne se félicite de la réussite de lopération « Serval » au Mali et nannonce que les soldats français – 4 000 hommes au total - vont commencer à rentrer dans très peu de temps.
  2. 2. Dernières annonces en date : le Premier ministre Jean-Marc Ayrault assure que le retrait débutera « à partir de la fin du mois davril » (il avait été annoncé en mars, puis mi-avril ). François Hollande, est allé jusquà garantir le retour de la « souveraineté » du Mali sur la « quasi-totalité du territoire [...] dans quelques jours ».La crainte dun enlisement, exprimée par de nombreux acteurs, pousse tous les jours un peuplus les responsables politiques à donner une idée un peu plus précise dun calendrier deretrait. Les troupes africaines de la Misma (Mission internationale de stabilisation du Mali)doivent prendre le relais petit à petit, avant quune force onusienne ne soit déployée pour ledébut de lété selon les souhaits de Paris. Mais un passage de flambeau ne signifie pas pourautant le retrait total des troupes françaises. Au lendemain du début de lopération terrestrefrançaise, François Hollande avait prévenu : la France restera au Mali aussi « longtemps quenécessaire ». Compte tenu de la réalité du terrain, il y a de grandes chances que la Francecontinue de jouer un rôle de premier plan.Surveiller les prochaines élections et garder une force dintervention rapide : la mission que sest donnée Paris est de « libérer lensemble du territoire malien ». Paris est tenu par cet engagement public et se sent responsable de la sécurité et du bon déroulement des opérations de relève. Pas question donc de partir à la sauvette. La situation sur le terrain est complexe et le retrait, même partiel, dépendra de lavancée réelle des opérations. Et tout peut évoluer. Si les principales bases des djihadistes pourraient rapidement être détruites, des poches résiduelles de résistance peuvent constituer une menace non négligeable.Dans lhypothèse où la France remportait une victoire sur les combattants, et quune partie des troupes françaises se retirent, une autre restera sans doute bien plus longtemps. Dabord, parce que si lélection présidentielle malienne a lieu en juillet, comme le souhaite la France, il faudra veiller à ce quelle se déroule dans de bonnes conditions de sécurité. Ensuite, Paris doit garder une capacité dintervention rapide au cas où les troupes africaines se trouveraient en difficulté face à des djihadistes qui seraient tentés de reconstituer leurs forces une fois les troupes françaises réduites.Si Paris estime que larmée française, aidée des soldats tchadiens, a réussi à neutraliser lacolonne vertébrale du commandement dAqmi qui agit au Sahel, les risques dattentats sontbien réels, et lattaque, jeudi 21 mars à Tombouctou de la zone autour de laéroport par unedizaine de djihadistes est venu le rappeler. Cette menace suppose que la France maintiennedes bases sur le territoire malien ou prépositionne des unités dans la région, comme en CôtedIvoire. La France est intervenue au Tchad en 1969, et de mission « Manta » en opération« Epervier », elle y est encore... Aussi la présence dune force aérienne pour appuyer destroupes au sol et des forces spéciales pourrait être acquise. « François Hollande tiendraprobablement son engagement. Mais quand il dit quil retirera des troupes, il parle des troupesqui ne seront plus utiles, explique Vincent Desportes au Nouvel Observateur. Je pense, enparticulier aux troupes lourdes, dont la projection a été déclenchée alors que nous étions aucœur de la première bataille, alors que Gao et Tombouctou navaient pas été repris ».Les Français resteraient pour accompagner la mission de la paix onusienne : Paris a bon espoir de voir voter autour du 15 avril une résolution au Conseil de sécurité qui permettra le transfert des compétences de la Misma vers une opération de maintien de la paix (OMP) de lONU, la Minuma. Cette dernière pourrait mobiliser au total jusquà 10 000 hommes : aux forces africaines de la Misma sajouterait le contingent tchadien et dautres unités, notamment burundaises et mauritaniennes. Mais la Misma, qui compte aujourdhui environ 6 300 hommes sur le sol malien, en y intégrant les 2 000 soldats tchadiens, est loin dêtre prête, elle doit encore être formée et équipée. Elle manque de tout pour le moment : armes, pick-up, produits alimentaires... Avant quelle ne constitue un ensemble cohérent, il va se passer plusieurs mois.Même après une éventuelle adoption dune résolution au Conseil de sécurité, plusieurssources indiquent que la présence des Français sera nécessaire pour accompagner cette
  3. 3. opération de maintien de la paix. Le responsable du département dEtat américain, chargé desquestions africaines, Johnnie Carson, a indiqué en février que les opérations anti-terroristesdevaient être aux mains des Français et non des Nations unis.De quelle manière la France restera-t-elle ? Un contingent sera-t-il intégré à la Minuma ? Desforces spéciales seront-elles directement déployées ?
  4. 4. Soulagement financier : ces annonces semblent plus dordre politique et nengagent en rien un retrait effectif. Elles visent dans un premier temps à assurer que la France na pas vocation à rester au Mali. Ensuite, elles permettent de mettre la pression sur les forces africaines qui sont censées prendre le relais à terme. Et presser lUnion africaine et la Cédéao (Communauté économique des Etats dAfrique de lOuest) daccélérer la mise en place de la Misma, et les Nations unis de transformer éventuellement la Misma en force onusienne. Le financement sera ainsi assurer par lONU, allégeant les dépenses militaires françaises. Grande absente de tout cette orchestration : larmée malienne. Le 11 mars, Jean-Yves Le Drian a expliqué que la fin de la mission française doit coïncider avec une solution politique au Mali. Au moins deux conditions au bon déroulement de ce processus : la tenue délection en juillet et la mise en place dune Commission dialogue et réconciliation conformément à la feuille de route votée par Bamako. « Souhaitable et faisable » assure-t-on à Paris.► Laide au développement passe aussi par les collectivités…100 villes françaises jumelées avec des villes du Mali ont participé à Lyon à une réunion sur laprès-crise. Une quarantaine de représentants des collectivités territoriales maliennes et une centaine française se sont réunis, mardi 19 mars à Lyon, pour relancer leurs relations fortement ralenties depuis plus dun an. Chapeautées par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius et le ministre chargé du Développement, Pascal Canfin, les villes françaises se mobilisent pour préparer laprès-crise et contribuer au développement du pays. Depuis quelques années, la coopération décentralisée sest traduite par le jumelage dune collectivité sur cinq au Mali avec une commune française. Selon le Quai dOrsay, 300 projets de coopération ont été menés à ce jour par les collectivités françaises dans les domaines de léducation et de la formation notamment. A Lyon, il a été question « de remettre en route la machine », explique le Quai dOrsay, lun des organisateurs de lévénement et de proposer de nouveaux projets.La diplomatie des collectivités locales : au programme de cette journée de tables rondes, de nombreuses discussions dans lattente, si ce nest de décisions, « au moins dengagements ». « Les liens existent déjà. Les collectivités se connaissent entre elles, les maires se connaissent entre eux », insiste-t-on au ministère des Affaires étrangères. « Mais, des projets entiers ont été abandonnés. Le signal quon veut donner, cest celui de la reprise ». Les actions se mèneront essentiellement sur le front de léducation et de la santé après avoir redonné aux Maliens « les conditions de vie quotidienne qui étaient les leurs avant la crise ». Remettre en route lélectricité, lapprovisionnement en eau potable, les antennes téléphoniques, reconstruire des centres médicaux, des écoles, reconstituer de quoi pouvoir semer avant la saison des pluies, réorganiser les médias locaux... En faisant cela, Paris dit que les collectivités territoriales contribuent « à la stabilisation et à la réconciliation ».Les organisateurs rappellent que la coopération entre le Conseil régional Rhône-Alpes –co-organisateur de la conférence - et Tombouctou a par exemple donné lieu à des soutiens auxpopulations réfugiées ou encore à un programme de numérisation des manuscrits deTombouctou. Pour le ministère des Affaires étrangères, la planification de toutes ces aides estle « bébé des collectivités, pas celui de lEtat ». Cest une diplomatie des collectivités [...] LEtatne se substituera pas à elles, on peut les aider et être des facilitateurs". Et dinsister sur le faitque la conférence de Lyon regroupe des projets locaux qui se feront indépendamment ducalendrier national. La réalité sur le terrain pourrait pourtant en décider autrement et ladiplomatie nationale nest jamais très loin.
  5. 5. LEtat discret mais... : le gouvernement français semble en effet sêtre décidé à entrer dans la phase de développement au Mali pour « tirer les lignes de lavenir ». Paris a décidé la relance de laide publique au développement au Mali avec une enveloppe de 150 millions deuros. La réunion de mardi doit servir dexemple selon Paris. « Cest un objectif de politique internationale [...] On voulait être les premiers à faire ça pour la nécessaire coordination de laide internationale. On sort le premier papier et on oblige tout le monde à sengager. Cela permet à lUnion européenne de se positionner », explique lun des organisateurs.Une fois cette politique affichée, de nombreuses questions se poseront encore : commentéquilibrer cette aide entre un sud libre plus facile à normaliser et un nord encore en proie àlinstabilité ? Comment mesurer lefficacité des projets ? Qui les financera ? « Lyon permettrajustement de faire remonter les informations du terrain et préparer la conférence internationaledes donateurs » qui devrait se tenir à la mi-mai à Bruxelles, répond-on au ministère desAffaires étrangères.► Otages : « On ne négocie plus avec les terroristes »…Aqmi revendique lexécution dun otage. 15 Français, Philippe Verdon compris, sont captifs en Afrique, dont 7 au Sahel. Comment se déroulent les négociations ? Enquête ( Cet article a été publié dans lhebdo du 14 mars, avant quAqmi ne revendique l’exécution de Philippe Verdon, une information non encore confirmée).Cest le bruit qui les a réveillés. Au début, ils ont cru que le chat avait une nouvelle foisrenversé la table de repassage. Daniel, le mari, est allé voir. Et il nest pas revenu. La portedentrée a volé en éclats. Autour du lit de Françoise, des hommes, en chèche couleur sable etkalachnikov, la pressent : « Dépêche-toi ! » Ce 16 septembre 2010, sur la table de chevet, leréveil marque 3h20 du matin. Quelques minutes plus tard, Françoise Larribe se retrouveallongée à côté de Daniel, à larrière dun pick-up. Françoise fait remarquer à lun desassaillants quil est assis sur sa jambe. Lautre sénerve mais se déplace. Le convoi fonce,quitte le site dextraction duranium, roule une demi-heure et fait une courte pause au pied degrands rochers au sud dArlit. Françoise découvre cinq autres otages quelle ne connaît pas :Marc Ferret, Pierre Legrand, Thierry Dol, le Malgache Jean-Claude Rakotoarilalao et le TogolaisAlex Kodjo Ahonado. Tous travaillent au Niger pour Areva ou Sogea-Satom, filiale africaine dugroupe Vinci. On roule. Par réflexe, Françoise boucle sa ceinture... Clic ! « Le premier quibouge, une balle dans la tête ! » menace un membre du commando. Une voiture tombe enpanne. Elle est brûlée sur place. « Savez-vous qui nous sommes ? Nous, cest Aqmi. Et là,dans la voiture devant, cest Abou Zeïd ! » Françoise frissonne.Deux jours de route, de brèves pauses, du lait, des dattes. La Française reconnaît le granit noirdes Ifoghas, dans le nord du Mali. On les sépare en deux groupes. Cinq mois à nomadiser dansles rochers ou cachés sous de petits acacias secs. Le désert en hiver est glacial. Pas de feu,pas de médicaments, pas de tabac, beaucoup de thé, une couverture pour deux, même lesravisseurs toussent à fendre lâme. « Jai eu très froid », dit Françoise, sans mentionner quelleétait gravement malade. Elle est là, deux ans plus tard, sobre et digne, touillant un thé à unetable de brasserie de Nîmes, soulagée de sa libération mais tordue dangoisse pour Daniel,toujours prisonnier du désert. Le 24 février 2011, on lui a dit : « Toi, la femme, prends tesbagages. Monte dans la voiture ».Elle : « Non. Pas sans mon mari ! » Daniel lui parle, la convainc de partir, pour témoignerauprès de leurs filles. A un campement, elle retrouve deux autres otages, Jean-Claude et Alex.Un homme habillé en Touareg sapproche delle : « Je viens vous chercher - Qui êtes-vous,dabord ? – J.-Marc : Je suis mandaté pour vous ramener - Et les autres, on va les récupérer ? -On va essayer ».Le faux Touareg, vrai Français, discute longuement avec Abou Zeïd. Françoise se ditimpressionnée. Lhomme est calme, sait ce quil fait, fait ce quil faut, « très pro ». Françoise
  6. 6. passe deux jours avec Jean-Marc. La nuit, il lui tend un tapis de sol gonflable, prévient cinqminutes avant chaque déplacement et la conduit à laéroport de Niamey.Sur la piste, un Falcon 50 attend et, dans lavion, un verre de vin. Les défenses de Françoiseseffondrent : « autorisation de pleurer ». Le faux Touareg, lui, est reparti vers lAfrique.Lhomme, Jean-Marc, est un ancien colonel, officier du « 11ème Choc », service Action de laDGSE. Dorigine corse par sa mère, Jurassien par son père, Jean-Marc Gadoullet a parcourupendant 16 ans les terrains de conflits, de 1992 à 2008, et sest fait décorer deux fois - Croix deguerre et Légion dhonneur -, par deux présidents différents, notamment pour son action aucoeur des combats au Kosovo. Un homme de terrain, courageux et opérationnel, fonceur,parfois rude, plus doué pour laction dans le désert que pour la diplomatie de salon. ANDjamena, au Tchad, où il est envoyé quatre ans comme conseiller de la garde présidentielle,il sest enfermé dans le palais avec le président Idriss Déby, que les milieux diplomatiquestiennent pour mort. Dehors, à coups de mitrailleuses et de canons, les rebelles essaientdenfoncer les défenses. Lagent informe sa maison, la DGSE. Le lendemain, en pleine réunionde crise, Nicolas Sarkozy appelle le palais, et le colonel lui passe Idriss Déby, bien vivant, autéléphone. En France, décoré aux Invalides par le président, le colonel Gadoullet maintient sesexigences : la mise à pied de lambassadeur de France et de lattaché militaire, quil considèrecomme incompétents. Refusé. Sa médaille sur la poitrine, il se cabre et signe sa propredémission. Il sinstalle à Perpignan et en Suisse, fonde Global D, une société de sécuritéspécialisée dans la protection des grands chantiers français. Dès 2009, il travaille pour Sogea-Satom, filiale de Vinci, sur un chantier en panne, dans le dangereux périmètre dAqmi, àAlatona, près de Diabali, là où sest jouée en janvier dernier une grosse bataille entre lesislamistes et larmée française. La méthode du « Colonel » ne variera jamais. Elle repose surles Touaregs, maillons dun réseau du désert chargé dinformer et dassurer la sécurité. Camarche. Le chantier dAlatona peut reprendre. Il en fera la philosophie dun projet dénommé« Phénix ». Dès la prise dotages dArlit, ses informateurs lui signalent les allers-retours desislamistes entre Arlit et le massif des Ifoghas. Il informe Vinci, qui alerte les autorités. Sansnouvelles, il bouillonne.Le 1er décembre, il obtient un mandat des sociétés Sogea-Satom et Areva pour prendre langueavec Abou Zeïd, active ses réseaux touaregs et contacte Aqmi. La réponse dAbou Zeïd estdabord méfiante : « Je ne veux parler quavec lEtat ». Puis le chef islamiste accepte unerencontre. Désormais, pour lex-agent français, la libération des otages devient bien plus quuntravail. Cest une mission, jusquà lobsession. Le 14 décembre 2010, déguisé en Touareg, ildépasse Kidal et senfonce dans un paysage lunaire, entre les oueds et les énormes blocs deroche noire truffés de profondes cavités. Voyage « un peu surréaliste », se rappelle lex-agent.Sur chaque crête, chaque arête, un moudjahid armé guette, tunique au vent. Abou Zeïd lattend,pour une discussion qui va durer une partie de la nuit. Dabord un prêche interminable contreles « mécréants », puis un véritable interrogatoire : « Qui êtes-vous ? En quoi croyez-vous ?Pourquoi venir jusquici, vous êtes fou ? ».Lex-colonel de la DGSE est impressionné. Face à lui, lun des chefs charismatiques dAqmi,issu du GSPC algérien et des GIA. Lhomme mesure 1,40 mètre, à peine plus haut que son fusilautomatique PKM. Il a 49 ans, en paraît 20 de plus, na pas vu une ville depuis une vingtainedannées, porte un chèche, une tunique et de simples sandales mais ne quitte pas sontéléphone satellite. La barbe est poivre et sel, le visage buriné, taillé à coups de serpe. On doittendre loreille. Il parle larabe à voix très basse, au ralenti, boit et offre beaucoup de thé,toujours très courtois mais intraitable dans la négociation. Abou Zeïd ne sénerve jamais. Oualors il tue. Au printemps 2009, les services secrets britanniques lappellent au sujet dEdwinDyer, lotage quil détient depuis six mois : « On ne traitera jamais avec toi. - Et moi, je ne parlepas avec le diable ».On raconte quAbou Zeïd pose le téléphone, se lève et abat lotage de sa main. Le 24 juillet2010, il ne tenait pas à faire exécuter un vieillard de 78 ans, Michel Germaneau. Mais latentative de libération ratée des forces franco-mauritaniennes a fait des morts. Ses hommesont exigé une vengeance et Abou Zeïd a dû céder. Pour lui, peu importe quils soient civils oumilitaires, les otages appartiennent à une civilisation « païenne et corrompue », des égarés,des « gens du Livre » qui suivent un très mauvais chemin. Ils sont utiles pour obtenir delargent ou un deal politique. Ou bien ils ne servent à rien. Quon les égorge.
  7. 7. A laube, Abou Zeïd fait parvenir sa réponse à Jean-Marc Gadoullet : « On peut continuer ànégocier ». On lui remet un carnet avec des consignes. Comme préalable, le chef islamisteveut la libération de Sanda Ould Boumama, un Tunisien détenu à Bamako. Le Français activeses « amis maliens » et, peu après Noël, Sanda « senfuit ». Sanda, quon verra réapparaîtrecomme... porte-parole des islamistes dAnsar Dine, à Tombouctou. Le 3 janvier, le Françaisretrouve Abou Zeïd, « plus détendu ». Il lui demande la libération de trois otages dont celle deFrançoise Larribe, quAbou Zeïd refuse.Le 8 janvier 2011, le chef islamiste fait parvenir deux lettres. La première, imprimée et signéede son nom complet « Abdul Hamid Abou Zeïd », marquée du sceau dAqmi et adressée àNicolas Sarkozy, sétonne du manque de réponse à ses propositions. Au passage, il exige quela France annonce un calendrier clair pour... le retrait dAfghanistan. Le président a du mal àrépondre : au même moment, ses forces spéciales attaquent le convoi des islamistes dunautre chef, Mokhtar Belmokhtar, dit « le Borgne », qui emporte deux jeunes Français enlevés àNiamey. Lattaque échoue. Les deux Français sont tués pendant lintervention. Mais cetteaction musclée démontre quà lElysée lentourage militaire, hostile au paiement des rançons etpartisan de la fermeté, commence à se faire entendre : le début dun changement de politiquede la France. La deuxième lettre dAbou Zeïd, manuscrite, signée et authentifiée à lencre rougede son empreinte digitale, sadresse au directeur de la société Sogea-Satom et rappelle saproposition de départ : « Pour la libération de deux otages sagissant (sic) du Togolais Alex etdu Malgache Jean-Claude. Il vous faudra viser une rançon équivalant à : 20 millions deuros. Etque la paix soie (sic) envers ceux qui suivent le guide... ». La lettre ne parle pas de FrançoiseLarribe. Nouveau voyage de Jean-Marc Gadoullet qui veut obtenir aussi sa libération. Refus.Menaces de rupture de négociations. Puis, accord sur un prix pour les trois otages. Vicki J.Huddleston, ex-ambassadrice américaine au Mali, affirme que la rançon payée serait de 17millions de dollars (soit 12 millions deuros).A la mi-janvier, tout est prêt - laccord, la rançon, la logistique - et un Falcon 50 vole déjà versBamako. A larrivée, surprise ! Latterrissage est interdit par « ATT », le président malienAmadou Toumani Touré. Colère du « Colonel », qui apprend quun émissaire venu de Parisserait intervenu auprès d’« ATT ». Jean-Marc Gadoullet est convaincu que lémissaire, GuyDelbrel, consultant sur lAfrique pour Air France et fin connaisseur de la région, a persuadé leprésident malien dempêcher lopération. Guy Delbrel sen défendra vivement par une lettre aujournal Le Monde : « Je ne mène ni nai jamais mené, bien évidemment, aucune tentative de« négociation parallèle ». Mimputer une manoeuvre de retardement dans la libération despremiers otages est, par conséquent, une accusation mensongère ». Lavion ne peut pas seposer à Bamako ? Tant pis. En bon technicien de laction, le « Colonel » a prévu un plan B parle Niger, et le 18 février 2011 il franchit la frontière du Mali en direction du massif des Ifoghas.Le 24 février, Françoise, Alex et Jean-Claude sont libres. Restent les quatre autres.« 24 avril 2011. Al-Qaïda au Maghreb islamique, secteur Sud, katiba Tareq Ibn Ziyad... à AnneLauvergeon, présidente du conseil administratif (Areva)... Conformément à nos engagements,Aqmi présente le dossier de Marc Ferret... ». Cette lettre est le résultat de semaines denouvelles et dures négociations. Le « Colonel » a revu Abou Zeïd. Ce dernier veut discuter aucas par cas, mais lenvoyé des sociétés veut une libération globale. Le chef islamiste exige desmodalités politiques et la libération de « frères », en France, en Algérie et en Mauritanie. Il fautle convaincre quaucun des Etats ne suivra. On recommence à peine à parler chiffres etrançon, quand toute une série dévénements extérieurs viennent parasiter la situation.Le 20 mai 2011, le monde apprend quun commando américain a exécuté en pleine nuit le chefdAl-Qaïda, Oussama Ben Laden, dans une villa de la banlieue dAbbottabad, au Pakistan. Aumême moment, larmée mauritanienne lance une offensive sur les groupes armés dAqmi. Puisla guerre éclate en Libye. Abou Zeïd ne répond plus, il fait le coup de feu. Trop occupé. Lesotages ne sont plus sa priorité... Et le « Colonel » bouillonne dimpatience. Dautant quil a lesentiment quon fait tout pour freiner son entreprise. « Le marché de la sécurité au Sahel estun gros gâteau qui aiguise les appétits, attise les rivalités et les mauvais coups desconcurrents », ironise un haut responsable dune société française.
  8. 8. Très vite, dautres voies de négociation ont été explorées. Un émissaire est parti de Niamey, auNiger, un ancien rebelle touareg devenu un temps ministre, qui connaît bien la région eteffectue plusieurs missions. De Ouagadougou, les services français sactivent aussi. Et, danslentourage du président du Burkina Faso, son conseiller Limam Chaf, « sauveur dotages »,surnommé « le renard du désert », a déjà obtenu des libérations de lémir Mokhtar Belmokhtar.Lui aussi finira par tenter sa chance, tardivement. Beaucoup de tentatives dapproche donc,sans vrai succès.Abou Zeïd fait enfin signe ! Lété sanglant de 2011 est terminé, la région souffle et, après delongs mois sans nouvelles, les négociations peuvent reprendre. Sauf que quelques articles depresse décrivent le « Colonel » comme un imposteur brutal et décrié. Les 13 et 14 décembre, ilse fera remettre deux lettres des directions de Sogea-Satom et dAreva, confirmant quil est la« seule personne habilitée à négocier » la libération des quatre otages. Puis, Brussels Airlines,direction Bamako. Et le voici sur la route de Kidal, toujours en faux Touareg. Quatre kilomètresaprès Gao, un barrage de gendarmes : « Deux hommes armés de kalachnikovs, en tee-shirt...Je les ai pris pour des coupeurs de routes, des bandits ». Eux aussi, sans doute. Le 4x4 blancaccélère. Les gendarmes criblent de balles le véhicule... chargé de 600 litres de carburant !Lun des projectiles traverse lépaule du « Colonel », pulvérise lomoplate, frôle lartère etricoche sur la mâchoire. Son négociateur touareg continue sans lui et informe Abou Zeïd... « Ila rigolé ». Lagent est évacué 12 heures plus tard par Sogea-Satom.A Percy, sur son lit dhôpital, il reçoit la visite de Françoise Larribe venue le réconforter etapprend que deux « géologues » français, Serge Lazarevic et Philippe Verdon, viennent de sefaire enlever à Hombori. Et de six ! A Noël, il regarde la neige suisse tomber sur les rives du lacLéman. En janvier, il est daplomb, à Niamey, au Niger, et reprend la négociation « en indirect »,par le biais de ses intermédiaires touaregs dAnsar Dine, la branche politique la plus modérée,celle qui négociera bientôt à Ouagadougou et finira par rompre avec son chef, Iyad Ag Ghali,islamiste lancé dans laventure folle de la guerre. Une lettre parvient enfin. Datée du 1 er avril2012, signée dAbou Zeïd et marquée de son empreinte digitale rouge. Prix de la rançon pourMarc Ferret : 6 millions deuros. Quelques semaines plus tard, le chef islamiste fera mêmeparvenir une offre - 2 millions deuros ! - pour rendre les camions et le matériel quil a fait volerà Sogea-Satom sur le chantier de Niafunké. Les négociateurs, eux, nont pas renoncé à fairesortir tous les otages et Abou Zeïd sest engagé à en parler.On prépare la logistique et le « Colonel » est prépositionné au Niger. Sauf que, pour uneopération de ce type, il faut laccord du preneur dotages, des sociétés concernées et aussicelui, indispensable, de lEtat français. Or, en France, le 22 avril est la date du premier tour delélection présidentielle. Et pour lopération, une réunion de crise à lElysée aboutit auxconclusions suivantes : 1) « Le contexte politique français du moment ne sy prête pas » ; 2)« On ne négocie plus avec les terroristes » ; 3) « Si on négociait, ce serait pour les six duncoup, pas seulement pour les quatre de Sogea-Satom et dAreva ».Le 3 mai 2012, le dispositif est démantelé, les sociétés renoncent à agir dans limmédiat. Peuaprès, la France a un nouveau président, François Hollande. En ouvrant les dossiers à lElysée,« il a écarquillé les yeux devant les sommes énormes récoltées par Aqmi grâce aux rançonseuropéennes », dit un proche de lElysée. Entre 50 et 60 millions deuros depuis 2009,léquivalent dune année de budget de coopération avec le Mali, selon un diplomate à Bamako :« Une fortune qui sert aux terroristes pour nous combattre ! ». Cette manne constitue, selon unrapport parlementaire, 90% des revenus dAqmi.Le président écoute, consulte, entend les arguments de son entourage militaire, sa religion estfaite : « Il est partisan de la fermeté contre les preneurs dotages », dit-on. Les moissécoulent... De son repaire du massif des Ifoghas, « Abou Zeïd, agacé, commence à perdrepatience et fait savoir, en août, quil na plus aucun contact avec les Français », se rappelle unnégociateur Touareg.A lautomne, sous la pression des familles et des sociétés, lEtat fait une proposition minimalepour les quatre otages. Refus dAbou Zeïd, qui naime pas quon lui dicte ses décisions et quifait une contre-proposition : 30 millions pour Daniel Larribe, 40 pour Thierry Dole et Pierre
  9. 9. Legrand, 6 comme convenu pour Marc Ferret. « Cest trop, bien sûr ! Mais cétait sa façon à luide dire : revenez discuter avec moi », explique un intermédiaire Touareg.A lépoque, le chiffre astronomique de 90 millions deuros circule et crispe tout le monde.Silence radio. Les intermédiaires touaregs quittent le massif des Ifoghas, las dattendre uneréponse qui ne vient pas. A la fin de lété, Abou Zeïd annonce : « Je vais faire autrement ». Ilenregistre une vidéo qui sadresse aux familles et aux sociétés. Puis rappelle lesintermédiaires touaregs : « Alors, les Français... ils font quoi ? - Ils ne bougent pas ». Luihabituellement si taiseux, le voilà qui relance par une nouvelle offre de négociation transmise àson interlocuteur mauritanien de Radio Sahel. La diffusion est très large, limpact minimal.Abou Zeïd pique une colère. Lors dune réunion à Paris, on propose au « Colonel » un voyage :« Allez prendre un thé avec Abou Zeïd. - Non. Pas sans argent. Je ne veux pas finir égorgé. - 76millions, cest trop. - Avec 30, ça passerait ». Ensuite, tout va saccélérer. La France parle àvoix haute dune intervention au Mali. Et Abou Zeïd se cabre, ne parle même plus dargent etgronde : « On veut me faire la guerre ? Je ne libère plus personne ! ». Plus tard, il acceptera 30millions pour deux otages, histoire den garder deux autres en boucliers humains. Finnovembre, un Falcon 50 attend sur un aéroport belge. En secret, deux équipages sontmobilisés toute une semaine, et on a même calculé le poids des billets - 250 kilos - encoupures de 100, 200, 500 dollars et euros. Lavion ne décollera jamais. Pas dautorisation.Cest fini. En janvier, la guerre éclate dans le nord du Mali. Et, malgré les combats, Abou Zeïd,qui a plus que jamais besoin dargent, fait savoir quil est toujours prêt à négocier. Mais letemps des rançons a vécu. Désormais, seule la DGSE a la main sur les tractations. Les forcesfranco-tchadiennes investissent le massif des Ifoghas, et lon retrouve le cadavre dun petithomme entre deux rochers - sans doute celui dAbou Zeïd - écrasé par les bombes ou les obus.Et les otages français ? Au 1 er mars ils étaient toujours vivants : « Les personnes se portentbien, elles sont un peu à lécart de ce qui se passe », dit un émissaire Touareg de confiance. Enclair, les otages ne sont plus dans la zone de combat du massif des Ifoghas, mais toujoursdans le nord du pays. Sans Abou Zeïd. Avec qui ? « Malheureusement, il ny a plus de contactdirect comme avant, poursuit le Touareg. Ce contact passe maintenant par une ou deux autrespersonnes ». Après des années de négociations, le Touareg conclut : « Lespoir est toujourslà ». (Jean-Paul Mari - Le Nouvel Observateur)► Le Mujao affirme avoir ouvert un « autre foyer de conflit » à Tombouctou…Le Mouvement pour lunicité et le djihad en Afrique de lOuest (Mujao), un des groupes islamistes ayant occupé le nord du Mali en 2012, a revendiqué vendredi 22 mars lattentat de la veille à Tombouctou. « Au nom de tous les moudjahiddines, le Mujao revendique lattentat et lattaque de Tombouctou, a déclaré Adnan Abou Al-Walid Sahraoui, porte- parole officiel du Mujao, lors dun bref entretien téléphonique avec un journaliste de lAFP à Bamako. Nous avons ouvert un autre foyer de conflit à Tombouctou, et nous allons continuer ». « Les moudjahiddines sont à Gao, à Kidal, à Tombouctou », les capitales des trois régions formant le nord du Mali, « et ils vont continuer les combats grâce à Allah », a-t-il affirmé, sans plus de détails. « Les Français sont nos ennemis mais ceux qui travaillent avec eux sont aussi nos ennemis », a-t-il ajouté.Comme les autres grands centres du nord du Mali, Tombouctou a été libérée fin janvier par destroupes françaises et maliennes des groupes islamistes armés, dont Al-Qaïda au Maghrebislamique (Aqmi), qui contrôlaient la région depuis 2012, y commettant exactions etdestructions de mausolées au nom de la charia. Lattentat de jeudi, le premier dans cette villehistorique à plus de 900 kilomètres de Bamako, a fait une dizaine de morts côté islamistes etun côté armée malienne. Une tentative dincursion dislamistes à laéroport de la cité avaitcommencé par lexplosion dune voiture piégée, avec un kamikaze à son bord, vers laéroportde Tombouctou. Un militaire malien a été tué, et au moins deux autres blessés, selon unesource militaire malienne. « Une dizaine » de combattants dun commando islamiste ont
  10. 10. ensuite été tués par « les forces françaises et maliennes » lors de cette tentative dintrusion,selon létat-major de larmée française. En outre, plusieurs soldats maliens ont été blessésdans les combats par un tir ami de larmée française.Depuis sa libération fin janvier, la situation était calme à Tombouctou, contrairement à larégion de Gao (nord-est), qui a connu des attentats-suicides et où une « quinzaine » decombattants islamistes ont été tués dans des accrochages récents, selon la France. Mais cestdans le massif des Ifoghas (extrême nord-est) que se concentrent depuis plusieurs semainesles opérations, conduites dans cette zone par des soldats français et tchadiens contre lesdjihadistes qui sy sont retranchés.► Et si le massif des Ifoghas était aussi un centre d’art contemporain ?...La région du nord Mali, aussi appelée Azawad où se concentrent actuellement les combats,semble être une source inépuisable dinspiration pour des cyber artistes-citoyens maliens etsahéliens. L’introduction récente d’outils de création numérique bon marché y a engendré unedéferlante dimages circulant via Facebook et les téléphones portables.L’Art Digital du Sahel, une exposition à Paris, montre ces oeuvres amateurs qui révèlent, àtravers une esthétique maladroite, criarde et kitsch, les espoirs, désirs et fantasmes deshabitants de la région.
  11. 11. Création de Bazoumana Sanogo, designer autodidacte.On y découvre un adolescent noir, coiffé d’un chapeau de shérif, se libérant de ses chaînesdevant une tour Eiffel en feu. Mais aussi l’image d’un passeport imaginaire de la république del’Azawad ou encore la photo montage de la statue de la liberté levant fièrement le drapeauAmazigh.Ces œuvres, créées avant et pendant l’opération « Serval » de l’armée française, évoquent le désird’indépendance de la population Touareg du Nord du Mali ( Celle ci représente 10% de la population)Désir récurent depuis 1968 et qui fut réitéré début 2012 par le Mouvement National pour la libération del’Azawad.
  12. 12. Photo-montage, la statut de la liberté tient le drapeau Amazigh.« Je vois beaucoup d’espoir dans ces images. Les jeunes explorent la culture digitale pour lapremière fois, ils n’ont pas d’idées préconçues de ce que ça devrait être » explique ChristopherKirkley, commissaire de l’exposition au Comptoir Général, à Paris. « C’est aussi un momentintéressant où la situation politique se traduit visuellement ». Christopher Kirkley, originaire dePortland et diplômé de bio ingénierie, s’est réinventé ethnomusicologique. Il a arpenté le Saheldurant plus de trois ans. Son blog, Sahel Sounds est une référence en termes de musique et deculture Sahélienne. Il y analyse les différentes formes de communication, aussi bien visuelleque musicale.Music From Saharan Cellphones, deux volumes sortis en 2010 et 2011, sont des compilationsde tubes glanés dans le Sahara. De la pop touareg au rap azawadien, elles livrent des sonsinattendus, introuvables aussi bien en Occident que sur Internet. Et pour cause : ces sons necirculent que d’un téléphone portable à l’autre. En Afrique, où l’on compte 600 millions detéléphones pour un milliard d’habitants, le téléphone portable a révolutionné le quotidien etsert aussi de disque dur et de lecteur MP3. De fait, le désert a créé son propre réseau dedistribution musicale, par Bluetooth. « Ce réseau fermé défie notre conception d’internet,affirme Christopher Kirkley. Nous avons tendance à penser qu’Internet possède toute laconnaissance du monde. Ce réseau au Sahel nous prouve qu’il y a des données qui nouséchappent et suggère qu’il y a sans doute d’autres réseaux analogues dans le monde ». C’esten se rendant compte que les téléphones portables possédaient aussi des archives d’imagesamateurs que Christopher Kirkley s’est lancé dans son projet d’exposition.« En archivant des sons trouvés sur des téléphones portables, j’ai découvert que les genss’échangeaient aussi des images. Je me suis intéressé à celles-ci parce certaines évoquaientl’émancipation de l’Azawad. Quand je suis retourné aux Etats Unis, j’ai gardé contact viaFacebook avec beaucoup d’amis rencontrés sur place. Mon mur s’est rempli d’imagesamateurs que mes amis postaient. C’est ainsi qu’est né le projet d’exposition », poursuit cepassionné du Sahel. A l’heure où l’armée française guerroie au Sahel, les artistes amateurs dela région, surpris et très amusés à l’annonce de l’exposition, n’ont eux, pas eu la chance depouvoir se rendre en France.► Point de situation du 21/03 (18/03 18h au 21/03 18h)…Au cours de ces derniers jours, les opérations aériennes se sont poursuivies avec près d’unecinquantaine de sorties, principalement dans la région de l’Adrar des Ifoghas et le long de laboucle du Niger, de Gao à Tombouctou. Une vingtaine de sorties a été dédiée à l’appui feu des
  13. 13. opérations terrestres et une vingtaine au transport de nos forces et de nos matériels, les autressorties étant consacrées au soutien des opérations. Au sol, les opérations se poursuivent. Aucentre, sur la boucle du Niger, les unités de la force « Serval », depuis Gao, Tombouctou etMénaka poursuivent leurs opérations pour rechercher et détruire les groupes terroristesprésents dans leur zone. Ces unités mènent des actions sur des objectifs ciblés.Le 18 mars, dans la région de Djebok, le GTIA 2 a conduit une opération consistant à décelerles terroristes qui s’approvisionnent habituellement sur le marché local. Les 20 et 21 mars, uneautre mission a été conduite dans la même zone afin de désorganiser le réseau de fabricationet de poseurs d’IED à l’Est de Gao. Le 19 mars, le détachement génie d’aide à l’engagement(DGAE) est intervenu pour analyser un IED qui avait explosé contre un camion civil au Sud deBourem quelques jours auparavant. Cette action vise à réduire la menace IED contre lapopulation et les forces armées. A Ménaka, la situation est restée calme. Le maire est intervenusur les radios pour inviter la population à revenir en ville et se faire recenser, les enfants, àretourner à l’école.A Tombouctou, une attaque d’une cinquantaine de terroristes s’est produite dans la nuit du 20au 21 mars. Elle visait dans un premier temps les forces armées maliennes puis les forcesfrançaises en appui, présentes sur l’APOD. La riposte a été immédiate et le dispositif dedéfense de l’EAE (Escadron d’Appui à l’Engagement) a permis de tenir la position, encoordination avec les FAM, sans perte du côté français. Une patrouille constituée de 2 Mirage2000D est intervenue en appui des troupes au sol. Le bilan actuel fait état de plus d’une dizainede terroristes tués. On déplore 1 soldat FAMA (Malien) tué dans une attaque de type « suicidebomber », et 4 soldats FAMA auraient été blessés. Depuis, la situation est redevenue calme.Au Nord, dans le massif de l’Adrar, les GTIA 3 et GTIA TAP sont toujours engagés encoordination avec les forces tchadiennes, et poursuivent leurs opérations dans la vallée deTerz, au sud de la vallée d’Amettetai. Les soldats français ont atteint les objectifs fixés etassurent désormais une mission de contrôle de zone dans cette vallée considérée comme unpossible refuge pour des groupes islamistes armés. Les éboulis, naturels ou réalisés par lesterroristes, les passes très étroites, ont pu parfois ralentir leur progression. Durant cetteaction, une partie des forces Tchadiennes, commandée par le général Deby, s’est positionnéepour interdire toute exfiltration de la zone fouillée, et empêcher ainsi tout renfort de terroristesdepuis la région de Kidal. Le 20 mars, les forces tchadiennes ont réalisé la jonction avec leGTIA 3. Cette opération a permis aux EOD de détruire un pick-up qui contenait un stockimportant de munitions et d’obus. Une cache contenant de l’armement et aussi des munitionsa été trouvée : une mitrailleuse de 14,5mm, un canon anti-char SPG9, des mortiers et un postede tir missile 107 type 85.Le 21 mars, le général darmées Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre ( CEMAT),s’est rendu à Bamako, Tessalit puis Gao pour rencontrer les soldats de la force Serval. 4 000soldats français sont déployés au Mali aux côtés de 6 300 soldats des forces africaines.
  14. 14. ► Le Sahel ; ce « ventre mou » devenu si stratégique…Un mois après le début de lintervention française au Mali, le Sahel inquiète. Les Etats sy sontmontrés impuissants face au terrorisme islamiste. Tour dhorizon dune région dont linstabilitémenacerait la sécurité du monde.Maintenant que larmée française a tapé dans la fourmilière des groupes islamistes et libéré lesvilles du nord du Mali, quest-ce quon fait ? » sinterroge-t-on dans les chancelleries. Car au-delà de la stabilisation du Mali, le problème de la région dans son ensemble reste entier. Unmois après le lancement de lopération surprise de soutien à Bamako lancée par Paris, le Sahelsuscite toujours autant dinterrogations et apparaît comme une sorte de « ventre mou », surlequel il est bien difficile de sappuyer.
  15. 15. Il représente pourtant un enjeu capital pour les espaces qui lentourent… et bien au-delà.Souvent qualifié de « zone grise » sans unité, voire de « chaos » après l« Afrique inutile » delépoque coloniale, le Sahel vaut en effet beaucoup plus que cela : lhistorien Fernand Braudelne désignait-il pas le Sahara comme « lautre Méditerranée », alors que lOCDE, dans une étuderécente, estimait qu« on ne peut aborder les enjeux stratégiques méditerranéens en faisantlimpasse sur la géopolitique du Sahel », « cet espace charnière entre la Méditerranée etlAfrique subsaharienne » ? Les voies de passage, quon croit sêtre évanouies avec lescaravanes, appartiennent bien au présent, et les flux migratoires y sont plus vigoureux quejamais. Ironique consécration, dailleurs : depuis les années 2000, « le Sahel est perçu commeun espace dont linstabilité menacerait la sécurité du monde », rappelle le politologue FrédéricDeycard, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde, de Bordeaux.Les faiblesses politiques, institutionnelles, économiques et militaires de la région en font àlévidence un terrain miné. « Sur le fond, tous les pays y vivent un peu les mêmes difficultésque le Mali, et tout le monde peut sauter », résume crûment un haut responsable diplomatiqueeuropéen. « Fragilité », « vulnérabilité », résonnent en leitmotiv chez les experts du Sahel. Ellessont multiformes, et ne disparaîtront pas du jour au lendemain.En son temps, déjà, la décolonisation na su léguer ni paix ni fonctionnement démocratique àdes Etats qui, bien plus que des agressions extérieures, ont depuis eu à souffrir de handicapsinternes précipitant désordres politiques, coups dEtat, partitions, et conflits ethniques etreligieux. Avec pour résultat une sous-administration chronique des territoires et lastérilisation de lémergence de toute gouvernance. Les plans dajustement structurels et ledésendettement imposés à ces pays par les institutions internationales nont pas non plusaidé. En asséchant leurs déjà chiches budgets sociaux, ils ont ouvert un véritable boulevard àla prolifération dorganisations non étatiques nouvelles et puissantes, souvent radicales,réduisant dautant lemprise de lEtat sur la société, relèvent les experts. En matière dedécomposition étatique, dont le Mali ne constitue hélas pas un contre-exemple, « le Sahelsemble en passe de succéder à la région des Grands Lacs », estime Serge Sur, rédacteur enchef de Questions internationales. Faiblesse économique, encore, de pays parmi les pluspauvres du monde, qui ont souffert de la dévaluation du franc CFA de 1994 ; dont les budgetsnationaux, auparavant quasiment exclusivement alimentés par la fiscalité portant sur limport-export, ont cruellement souffert de la libéralisation des échanges mondiaux ; et dont lesgrands commerçants, très liés aux pouvoirs politiques, ont toujours cherché à freiner lamodernisation de léconomie. Larc sahélien dispose pourtant dun riche sous-sol : à lor et ausel, qui ont traversé lhistoire, se sont ajoutés le pétrole, le gaz, le fer, luranium, lesphosphates, le cuivre, la bauxite, le cobalt et le nickel. On parle même désormais dun « hubénergétique » sahélien. Mais cette rente, que se disputent les puissantes multinationales ainsique les opérateurs chinois, européens et arabes, na jamais permis aux Etats de consoliderleur autorité… Elle a en revanche enrichi nombre de ses « serviteurs ».Faiblesses physiques et géographiques, enfin, que partagent tous les pays sahéliens : uneexplosion démographique (150 millions dhabitants prévus en 2040, le Niger enregistrant unecroissance démographique sans précédent dans lhistoire de lhumanité), lexceptionnellemobilité des individus et des groupes et la dilution des frontières, limmensité des territoires, etla circulation massive dargent et darmes rendent impossibles lexercice des fonctionsrégaliennes des Etats, créant un climat dinsécurité généralisé. Sans surprise, la région a ainsifait le lit des activités criminelles, de trafics ( de drogue notamment, en provenance dAmérique latineet à destination de lEurope), et dune véritable « conflictualité endémique », comme le soulignelOCDE, où les groupes djihadistes et terroristes ont trouvé une place. Cest sur ces bases bienbranlantes que se pose aujourdhui la question du devenir de lintervention armée africainecontre les groupes armés islamistes au Mali. Que les soldats français entament rapidementleur retrait du Mali, que les forces africaines de la Misma (Mission internationale de soutien auMali) deviennent pleinement opérationnelles, ou que laide militaire au Mali se transforme enune opération de maintien de la paix sous lautorité des Nations unies, les armées de la régionseront nécessaires. Jusquoù sont-elles capables daller pour éradiquer les islamistes de larégion, et pas seulement les refouler du Mali ? « Le Niger, la Mauritanie ou lAlgérie sont-ilsprêts à sortir de leurs frontières ? A un moment donné, la question va se poser, car on a làaffaire à une logique continentale, qui va de la Mauritanie à la Somalie des shebabs ! » estimeun diplomate français de haut niveau.
  16. 16. Tous les experts saccordent sur le rôle d« acteur-clef » quaura lAlgérie voisine sur cettequestion. Mais au coeur même du Sahel, les ressources politico-militaires ont dabordquelques caractéristiques communes peu encourageantes : « Aucune ne peut répondre,comme la France, à des problématiques de terrorisme », souligne le consultant béninoisOswald Padonou. « Depuis la fin de la Guerre froide, et donc la fin des « sponsors », leséquipements militaires lourds sont en ruine », rappelle le colonel Michel Goya, de lInstitut derecherche stratégique de lEcole militaire ; ces armées sont faibles et plutôt « faites pourlintérieur, au service du pouvoir politique, car, pour les opérations extérieures, il y avait laFrance. Cest par ailleurs un vrai problème denvoyer ce quon a de mieux à létranger ! »souligne un autre expert ; « Le gros souci, cest le renseignement. Largement utilisé contre lesopposants politiques, il est très peu partagé dans la région », ajoute un observateur africain.On ne manque pourtant pas, parfois, ni de moyens ni de motivations pour agir… Petite revuede détail.Le Tchad : « Cest la superpuissance militaire de la région », affirme Michel Goya. « Cest unearmée qui sest aguerrie pendant des années lors des conflits avec le Soudan, et qui sestrôdée dans le désert lors de lintrusion de la Libye au Tchad », souligne Oswald Padonou. Son« plus » : le niveau de son armement autorisé par ses revenus pétroliers au cours desdernières années, et le nombre - et surtout la qualité professionnelle - de ses troupes, desurcroît proches de larmée française. Non-membre de la Misma, le Tchad a rejoint la France auMali et « est partant pour léradication du terrorisme islamiste », précise un diplomate.Le Niger : vu dEurope, cest plutôt un « bon élève », qui « a dépêché des troupes sur le frontterroriste dès la première heure ». Le gouvernement, qui bénéficie dune forte légitimitépolitique, « a conscience de sa fonction régalienne pour faire face aux vraies menaces »,observe Oswald Panodou. « On constate un vrai effort de la part de Niamey. Le budget 2012 aété réaménagé en faveur de larmée face à lexpansion terroriste et en directiondinfrastructures sociales, afin de couper lherbe sous les pieds des islamistes. A leur retourde Libye, les combattants touareg ont été soigneusement désarmés [ contrairement aux Maliens !]et gratifiés de programmes de réinsertion professionnelle », ajoute le consultant. Unedémarche « intelligente » largement soulignée. « Le Niger peut constituer un exemple pour larésolution du problème malien », estime Pierre Jacquemot, ancien ambassadeur et chercheurassocié à lIris.Le Nigeria : le géant économique africain possède un énorme budget militaire et une armée« importante en nombre », mais qui a fort à faire sur le front intérieur et souffre de « problèmesde qualité de la chaîne de commandement » : « lélite est déconnectée de la base », explique unexpert africain. Sur la question malienne, le Nigeria est resté quelque peu en retrait face autandem Ouattara (pdt de la Cédéao)-Compaoré (médiateur avec les groupes du nord du Mali), maisles contacts avérés entre Aqmi et le groupe terroriste islamiste Boko Haram, qui sévit au norddu Nigeria et envers lequel Abuja a choisi la manière forte, mais sans autres résultats que de leradicaliser, ont visiblement changé la donne. « Sans le Nigeria, il sera difficile de bouger »,estiment les observateurs.Le Burkina Faso : médiateur actif et clef des grandes crises régionales, le président BlaiseCampaoré, à la tête dun régime hyper autoritaire, a toujours été le partisan ambigu dunesolution négociée au nord du Mali, au risque de relations dangereuses avec les islamistes. Enappui des aspirations stratégiques régionales de Ouagadougou, larmée burkinabée adéveloppé des capacités importantes, et elle est considérée comme « bien équipée, bienpréparée, et bien renseignée ». Mais elle a été secouée par des rébellions en 2011.La Mauritanie : frappé ces dernières années par plusieurs attentats, attaques et prises dotagesdAqmi, Nouakchott est monté en première ligne contre le terrorisme islamiste, et est considérécomme un solide allié de Paris et Washington. Victime de coups dEtat récurrents, fragileéconomiquement malgré son pétrole, traversée de courants très conservateurs de lislam ettravaillée par des tensions interethniques, la Mauritanie nest pour le moment pas « chaude »pour rejoindre une intervention collective au Mali.
  17. 17. Les points à retenir : espace charnière entre la Méditerranée et lAfrique subsaharienne, leSahel est une voie de passage importante pour la région. Limmensité des territoires, ladilution des frontières, la mobilité des groupes sont autant de facteurs rendant difficile toutetentative de contrôle de cette « zone grise ». Désordres politiques, coups dEtat, conflitsethniques et difficultés économiques compliquent la capacité des pays à coordonner leur luttecontre les groupes terroristes.► Visite du CEMAT…Les 20 et 21 mars 2013, le général d’armée Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre(CEMAT) s’est rendu auprès des militaires engagés dans l’opération « Serval » au Mali.A Bamako, il a été accueilli par le général de Saint-Quentin, commandant des forces françaisesde l’opération « Serval », au poste de commandement interarmées de théâtre (PCIAT). Il ad’abord présidé la cérémonie de lever de corps du caporal-chef Van Dooren, mort au combat le16 mars 2013, au côté de l’ambassadeur de France au Mali, du ministre de la défense malien,du chef d’état-major général des armées et du chef d’état-major de l’armée de Terre maliens,des commandants de la mission EUTM Mali et de la Misma. A l’issue de la cérémonie, leCEMAT s’est entretenu avec le chef d’état-major général des armées (CEMGA) malien et s’estensuite rendu à l’état-major de l’EUTM.Le 21 mars, le CEMAT a rejoint Tessalit où il a rencontré le commandant de la brigade« Serval », le général Barrera, et les troupes déployées dans la zone. Il a ensuite rejoint au plusprès, par hélicoptère, les militaires au contact des groupes terroristes dans la vallée de Terz.De retour à Tessalit, il a partagé un repas avec les troupes avant de rejoindre Gao. Au cours desa visite, il a rencontré les unités du GTIA 2 engagées dans l’opération « Doro », s’est renduauprès des militaires du groupement aéromobile (GAM) et a visité l’antenne chirurgicaleavancée (ACA). Avant de quitter le théâtre malien pour la France, le CEMAT s’est entretenuavec les autorités militaires maliennes et de la Misma.► Hommage national au CLC Alexandre Van Dooren…Samedi 23 mars 2013, au 1er régiment d’infanterie de marine (1er RIMa) d’Angoulême, unhommage national a été rendu au caporal-chef Alexandre Van Dooren, mort pour la France auMali le 16 mars dernier.Monsieur Jean-Yves le Drian, ministre de la Défense, présidait cette cérémonie, au côté dugénéral d’armée Bertrand Ract-Madoux, chef d’Etat-major de l’armée de Terre (CEMAT). Civilset militaires ont rendu un dernier hommage au caporal-chef Alexandre Van Dooren, mort pourla France au Mali le 16 mars dernier au cours d’une opération dans la zone au sud de Tessalit.
  18. 18. Le caporal-chef Van Dooren promu au grade supérieur à titre posthume, a été fait chevalier dela Légion d’honneur par le ministre lors de cet hommage. Le CEMAT lui avait auparavant remisune citation comportant l’attribution de la Croix de la valeur militaire avec palme de bronzeainsi que la médaille militaire.« Aujourd’hui, au nom du Président de la République, je m’incline avec respect devant ladouleur qui alourdit le cœur de votre famille, de vos frères d’armes » a souligné le ministre lorsde son éloge funèbre. Mais dans la gravité de cette cérémonie, j’entends aussi la fierté de tousdevant l’exemple de votre dévouement et de votre bravoure. Cette fierté, je la partage, commele Président de la République et la Nation entière, rassemblée par votre nom, celui d’un soldatmort pour la France ». Cérémonie de « levée de corps » du caporal-chef Van Dooren
  19. 19. ► La Misma s’installe à Ménaka…Depuis le 22 mars au soir, le bataillon nigérien aux ordres du lieutenant-colonel Gabriel arejoint Ménaka dans le cadre du déploiement de la Misma au Mali. Deux compagnies pour unvolume de 280 hommes se sont vues transférer la responsabilité de la sécurité par lesmilitaires français de la brigade « Serval » présents sur zone depuis le 9 février.La mission des éléments français à Ménaka était de maintenir dans la durée un dispositif desécurité en coordination avec les forces maliennes. De nombreuses patrouilles diurnes etnocturnes ont eu lieu dans la zone pour marquer la présence des forces armées, faire durenseignement sur la menace des groupes armés et neutraliser les terroristes localisés. Avecl’arrivée du bataillon nigérien, une période de quelques jours de consignes a débuté. Despatrouilles mixtes (français, maliens et nigériens) ont permis de reconnaître les pointsstratégiques de la zone dans le centre de la ville et ses environs. L’installation logistique dubataillon nigérien est en cours et devrait s’étendre sur deux sites.Le 24 mars, le colonel Mistral, adjoint du général Barrera commandant la brigade « Serval »,s’est rendu à Ménaka dans le cadre de la relève entre les éléments français et la Misma. Unerencontre avec le lieutenant-colonel Gabriel, le préfet et le sous-préfet a eu lieu ainsi qu’unepatrouille mixte sur les points clés identifiés par les forces françaises et maliennes quelquessemaines plus tôt. Ménaka, située à 300 km de Gao et à 1 500 km de Bamako, représente unnœud routier important entre Gao, Kidal, l’Algérie et le Niger, et donc un point de passagestratégique. De nombreux signes traduisent le retour « à la vie normale » : la réouverture dumarché local, bien achalandé ; la réouverture des écoles avec le retour des élèves plusnombreux chaque jour ; la reprise d’activité de la mairie et le rétablissement desadministrations locales. Même si l’électricité n’est pas revenue à 100% et que le réseau GSM nefonctionne pas encore, la population reste résolument optimiste.L’arrivée de la Misma à Ménaka a été facilitée par l’action menée par la brigade « Serval »depuis le 11 janvier, en étroite coordination avec les FAMA et la Misma. Cette première relèvedes troupes françaises est un symbole fort de la reconquête du territoire malien et, quitraduira, à terme une reprise de la vie économique dans cette ville du nord-est du pays.

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