La crise haïtienne: l’impossible consensus
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président de la République, les ministres et les secrétaires d’Etat et de les traduire devant le Sénat
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Décidément nous avons besoin de rebâtir notre communauté politique ; car cette dernière exige
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La crise haitienne. l'impossible consensus

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On se croit en train de vivre une véritable odyssée dans ce pays. Depuis plus de deux décennies Haïti connait des crises politiques récurrentes. Cette fois-ci la crise a atteint un degré tel que si nous ne prenons pas des mesures promptes et efficaces, nous revivrons le spectacle déshonorant d’un débarquement de soldats étrangers qui viendront renforcer la MINUSTAH. Le spectre du dysfonctionnement de l’une des plus importantes institutions républicaines s’accompagnent d’une menace sournoise d’occupation étrangère.
Ce genre de situation n’est pas nouveau dans l’histoire de notre pays. Vers la fin des années 1860 et pendant la décennie qui suit, le pays connut une guerre civile sanglante. Sous le règne de Sylvain Salnave la population avait envahi le Palais Législatif et chassa les députés en pleine séance, la Chambre fut dissoute. Les « Cacos », force anti-gouvernementale, combattait contre les « piquets » qui volèrent au secours du président Salnave. Ce qui n’empêcha pas la défaite du président qui fut fusillé sur les ruines du Palais National, le 15 janvier 1870. Malgré tous les efforts, le calme ne vint pas. Le président Nissage Saget qui le succéda fit lui aussi face à de nombreuses difficultés. Il fut élu pour 4 ans, selon la Constitution de 1867. Vers la fin du mandat du président Saget, une crise politique porta les députés hostiles à son gouvernement à un refus catégorique de siéger et de permettre les élections présidentielles. Nissage ne terminera pas son mandat, « pressé par le Sénat d’un côté, éperonné de l’autre par Domingue qui s’achemina intrépidement sur la capitale et vint camper en président à la porte du Palais National pour attendre que le titulaire veuille en sortir, Nissage se laissa convaincre à la fin, par l’organe d’une Commission surnommée les sept Sages, de l’inutilité de ses espérances, et remit au général du Sud, de la main à la main, les rênes de l’Etat » . (Edmond Paul, Les causes de nos malheurs, p.82.). Une fois accédé au pouvoir Michel Domingue brisa la Constitution de 1867, convoqua une Assemblée Constituante qui lui donna un mandat de huit (8) ans. Deux ans après son élection, Domingue devint impopulaire, on prit les armes contre lui, son gouvernement fut renversé.
Notre histoire regorge d’exemples de gouvernements, de présidents élus qui ne terminent pas leur mandat. A tel enseigne qu’on peut compter sur les doigts de la main depuis notre indépendance à nos jours les présidents haitiens qui portèrent à terme un mandat constitutionnel.
L’historien Claude Moïse, dans son ouvrage intitulé « Constitution et luttes de pouvoir en Haïti » parle de l’impossible consensus. Il campe les deux systèmes politiques entre lesquels vacille Haïti. Le présidentialisme et le parlementarisme. Dans le système haïtien, nous dit Moïse, le pouvoir du président ne s’exerce pas sans contrôle. L’Exécut

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La crise haitienne. l'impossible consensus

  1. 1. La crise haïtienne: l’impossible consensus On se croit en train de vivre une véritable odyssée dans ce pays. Depuis plus de deux décennies Haïti connait des crises politiques récurrentes. Cette fois-ci la crise a atteint un degré tel que si nous ne prenons pas des mesures promptes et efficaces, nous revivrons le spectacle déshonorant d’un débarquement de soldats étrangers qui viendront renforcer la MINUSTAH. Le spectre du dysfonctionnement de l’une des plus importantes institutions républicaines s’accompagnent d’une menace sournoise d’occupation étrangère. Ce genre de situation n’est pas nouveau dans l’histoire de notre pays. Vers la fin des années 1860 et pendant la décennie qui suit, le pays connut une guerre civile sanglante. Sous le règne de Sylvain Salnave la population avait envahi le Palais Législatif et chassa les députés en pleine séance, la Chambre fut dissoute. Les « Cacos », force anti-gouvernementale, combattait contre les « piquets » qui volèrent au secours du président Salnave. Ce qui n’empêcha pas la défaite du président qui fut fusillé sur les ruines du Palais National, le 15 janvier 1870. Malgré tous les efforts, le calme ne vint pas. Le président Nissage Saget qui le succéda fit lui aussi face à de nombreuses difficultés. Il fut élu pour 4 ans, selon la Constitution de 1867. Vers la fin du mandat du président Saget, une crise politique porta les députés hostiles à son gouvernement à un refus catégorique de siéger et de permettre les élections présidentielles. Nissage ne terminera pas son mandat, « pressé par le Sénat d’un côté, éperonné de l’autre par Domingue qui s’achemina intrépidement sur la capitale et vint camper en président à la porte du Palais National pour attendre que le titulaire veuille en sortir, Nissage se laissa convaincre à la fin, par l’organe d’une Commission surnommée les sept Sages, de l’inutilité de ses espérances, et remit au général du Sud, de la main à la main, les rênes de l’Etat »i. (Edmond Paul, Les causes de nos malheurs, p.82.). Une fois accédé au pouvoir Michel Domingue brisa la Constitution de 1867, convoqua une Assemblée Constituante qui lui donna un mandat de huit (8) ans. Deux ans après son élection, Domingue devint impopulaire, on prit les armes contre lui, son gouvernement fut renversé. Notre histoire regorge d’exemples de gouvernements, de présidents élus qui ne terminent pas leur mandat. A tel enseigne qu’on peut compter sur les doigts de la main depuis notre indépendance à nos jours les présidents haitiens qui portèrent à terme un mandat constitutionnel. L’historien Claude Moïse, dans son ouvrage intitulé « Constitution et luttes de pouvoir en Haïti » parle de l’impossible consensus. Il campe les deux systèmes politiques entre lesquels vacille Haïti. Le présidentialisme et le parlementarisme. Dans le système haïtien, nous dit Moïse, le pouvoir du président ne s’exerce pas sans contrôle. L’Exécutif ne saurait se soustraire à la sanction du parlement pour la plupart des initiatives du gouvernement…Les Chambres peuvent questionner, interpeller, blâmer les ministres et secrétaires d’Etat, enquêter sur toutes les questions dont elles sont saisies, refuser de voter le budget, de donner décharges, d’accomplir tout travail législatif lorsqu’elles ne sont pas satisfaites de la qualité des éléments de vérification comptable. A la Chambre des députés, il revient le cas échéant, de mettre en accusation le
  2. 2. président de la République, les ministres et les secrétaires d’Etat et de les traduire devant le Sénat pour être jugés (Claude Moise, op cit., p. 361-362)ii. Cependant, l’historien reconnait que l’équilibre recherché par les constituants haitiens est souvent rompu en faveur du président de la République ; car dans la pratique, le Judiciaire et le Législatif sont assujettis à l’Exécutif, pour ce qui touche aux décisions politiques importantes. La crise que nous sommes en train de vivre présentement est due à cette déviance alors que les acteurs politiques qui l’ont causée ne paraissent pas capables de contribuer à son dénouement. Ô fatalité ! Après de nombreuses consultations du président de la République ainsi que les sages recommandations de la Commission consultative présidentielle, un nom est sorti de la boule de cristal, Evans Paul. Citoyen bien connu pour sa militance, son expérience des affaires haïtiennes, sa longue pratique des hommes et des choses de ce pays, sa sagesse et sa connaissance du milieu politique haïtien. Tout portait à croire que le nœud de la crise va se défaire, que le pays pourra enfin commencer à espérer. Cependant, les déclarations qui suivent cette désignation font planer le doute sur l’éventualité d’un dénouement de la crise. Nous ne sommes pas prêts de sortir de l’auberge d’où l’impossible compromis. Notre seul espoir repose sur la capacité du Premier Ministre désigné à s’asseoir avec l’opposition politique pour dégager un consensus autour de la politique qu’il souhaite mener pendant les quelques mois qu’il aura à gouverner le pays. Demeurant entendu que si du côté de l’opposition il n’y a aucune velléité de résoudre la crise puisqu’elle ne jure que par le départ du président, en guise de solution le pays sombrera inéluctablement dans le chaos. Toutefois, abstraction faite de toutes considérations, pour la patrie commune, la classe politique n’a pas d’autres choix que celui de trouver coûte que coûte un consensus pour libérer le pays. Liberté, Egalité, Fraternité. Est-il plausible de croire que la fraternité dont nous parlons peut-être une catégorie politique, au-delà de sa connotation religieuse et philosophique ? Dans un article que nous avions publié dans Le Nouvelliste du 7 septembre 2011, intitulé « Plaidoyer pour un pacte de fraternité ». Nous avions démontré qu’en politique la fraternité est le ciment qui colle la liberté et l’Égalité. La liberté ne saurait précéder l’égalité au risque de se transformer en licence. Et les deux ne sauraient exister sans la fraternité, seule capable de composer l’ensemble, de maintenir la cohésion et d’unir les composantes. Il ne s’agit pas ici d’une fraternité de sang (autrement dit, comme une catégorie de cercle familial, privé), mais d’une fraternité politique (à savoir, comme une catégorie qui se décline dans le domaine public)iii. Pour résoudre la crise à la fois dans son aspect conjoncturelle et structurelle, la commission consultative a fait de nombreuses recommandations et à l’instar de plusieurs secteurs, la Commission suggère l’organisation des Etats Généraux de la nation, ce que nous appelons à juste titre, le dialogue national. Ce processus devrait aboutir à un pacte de gouvernabilité qui apportera au pays la stabilité nécessaire à son développement et à sa croissance. Ce pacte devrait frayer le chemin pour un nouveau pacte social qui sera frappé du sceau de la fraternité.
  3. 3. Décidément nous avons besoin de rebâtir notre communauté politique ; car cette dernière exige professionnalisme. Ceux qui entendent s’engager dans la politique doivent apprendre le métier. Haïti a besoin désespérément de politiciens responsables, imprégnés d’éthique et des valeurs républicaines ainsi que d’esprit de grandeur. Soyons grands. Le Premier Ministre désigné à l’insigne tache de parvenir à un compromis entre les différents acteurs de la crise politique actuelle. L’exercice relève de l’exploit si l’on tient compte des positions irréconciliables qui sont exprimées de part et d’autre. Cependant, nous voulons croire qu’en dépit de tout, le consensus est possible pour le bien de la Mère-Patrie. Pour ce faire, le Premier Ministre désigné devra constituer un gouvernement d’union nationale représentatif des différentes sensibilités politiques. Il devra rassurer tous les secteurs, les mettre en confiance. Il reviendra, cependant, à l’opposition de se dépouiller de tout à priori, pour entamer de vraies négociations avec le Premier Ministre désigné en priorisant, bien évidemment, les intérêts supérieurs de la nation. Que Dieu nous bénisse ! Qu’Il bénisse notre pays ! NOTES i Edmond Paul, Les causes de nos malheurs, Les Editions Fardin,Port-au-Prince,2012,p. 82. ii ClaudeMoïse, Constitution et luttes de pouvoir en Haïti, Editions de l’Universitéd’Etat d’Haïti, Port-au-Prince, 2009,p. 361-362. iii ToussaintLouverture, lettres à la France, Idées pour la Libération du Peuple Noir d’Haïti, introduction et appareil critiqued’Antonio M. Baggio et Ricardo Augustin, Nouvelle Cité, 2011, P. 58. Dr. Ricardo Augustin Politologue Tel. : 3193-9045 Mail : ricky_august@yahoo.fr

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