Gserieys la maison

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Gserieys la maison

  1. 1. G.Serieys La Maison - Collection Romans / Nouvelles - Retrouvez cette oeuvre et beaucoup d'autres sur http://www.inlibroveritas.net
  2. 2. Table des matières La Maison....................................................................................................1 Première nuit........................................................................................2 Deuxième nuit......................................................................................7 Troisième nuit....................................................................................16 Quatrième nuit...................................................................................25 Dernière journée................................................................................34 i
  3. 3. La Maison Auteur : G.Serieys Catégorie : Romans / Nouvelles Lorsque j'ai ouvert la porte et que je l'ai vue, j'ai ri au nez de Dieu. Je ne sais pas ce qu'elle a pu penser. A ce moment:là, je devais ressembler à un démon avec mon épais pull noir, ma barbe, mes cheveux bruns trop longs, hirsutes et ma bouteille de vodka à la main, riant à gorge déployée. Pauvre petite chose grelottante au milieu des épais flocons de neige, dans une affreuse doudoune bleu pâle ! Elle me fixait de ses yeux gris, ses cheveux trempés collés à sa tête. : Entre, misérable créature ! Elle a hésité, s'est mordu la lèvre inférieure et est entrée. J'ai claqué la porte, j'étais ivre. Elle s'est plantée devant la cheminée qui crépitait, et a commencé à dégouliner. Moi, je m'étais rassis dans mon vieux fauteuil, et je continuais à téter ma bouteille de vodka en parlant à Dieu : : Qu'est:ce que Tu crois ? Que je vais la prendre pour une intervention divine ? Et quand bien même ? Il en faudrait plus pour que je Te pardonne. Licence : Licence Creative Commons (by-nd) http://creativecommons.org/licenses/by-nd/2.0/fr/ 1
  4. 4. Première nuit Lorsque j'ai ouvert la porte et que je l'ai vue, j'ai ri au nez de Dieu. Je ne sais pas ce qu'elle a pu penser. A ce moment–là, je devais ressembler à un démon avec mon épais pull noir, ma barbe, mes cheveux bruns trop longs, hirsutes et ma bouteille de vodka à la main, riant à gorge déployée. Pauvre petite chose grelottante au milieu des épais flocons de neige, dans une affreuse doudoune bleu pâle ! Elle me fixait de ses yeux gris, ses cheveux trempés collés à sa tête. – Entre, misérable créature ! Elle a hésité, s'est mordu la lèvre inférieure et est entrée. J'ai claqué la porte, j'étais ivre. Elle s'est plantée devant la cheminée qui crépitait, et a commencé à dégouliner. Moi, je m'étais rassis dans mon vieux fauteuil, et je continuais à téter ma bouteille de vodka en parlant à Dieu : – Qu'est–ce que Tu crois ? Que je vais la prendre pour une intervention divine ? Et quand bien même ? Il en faudrait plus pour que je Te pardonne. Je lui ai tendu la bouteille, elle a fait non de la tête. J'aimais ce nouvel état ou tout était possible. Puisqu'on m'avait enlevé la personne que j'aimais le plus au monde, j'avais décidé que je n'avais plus de limite. La mort de Marie avait été comme un attentat dans ma conscience, toutes barrières explosées! Je me sentais diabolique et du fond de mon ivresse je trouvais cela admirable. Oui, je réagissais admirablement. De plus, les lieux s'y prêtaient. Cette maison au milieu de nulle part. Le chaos de la tempête de neige. Je me sentais souverain, puissant, au–delà des larmes et du manque de Marie qui avait emmené dans sa mort le meilleur de moi–même, ne Première nuit 2
  5. 5. La Maison laissant que l'abject dans lequel j'avais décidé que j'allais me vautrer. Ces pensées me faisaient jubiler à tel point que j'avais oublié la présence de la fille. Je la regardais. Elle aussi. Elle avait l'air calme, elle ouvrit la bouche plusieurs fois avant de parler : – Je... - Stop ! je ne veux savoir ni ton nom, ni ton âge ni les raisons pour lesquelles tu te promènes dans les bois en pleine nuit à quinze kilomètres du village le plus proche...Il n'y a pas le téléphone ici. Déshabille–toi. Elle a baissé les yeux sur la flaque d'eau formée à ses pieds et a ôté sa doudoune qu'elle a soigneusement déposée sur une chaise près du feu. Puis elle a entouré ses épaules de ses bras en me regardant toujours avec ce même air sérieux. Je me suis envoyé trois bonnes lampées de vodka et je lui ai dit : - Non déshabille toi complètement. Ou sinon ramasse ton affreux manteau, et fous–moi le camp. Je ne sais pas si elle a hésité, mais elle s'est déshabillée lentement, elle portait un jean, un pull bleu marine et des sous–vêtements blancs. À travers sa peau je voyais ses côtes, elle avait un corps décharné. Tandis que je l'examinais, elle me fixait droit dans les yeux. Après quelques minutes elle s'est laissée tomber sur le sol, s'est rapprochée du feu, un genou ramené sous le menton, elle m'ignorait. J'avais projeté de la violer. Mais je ne m'en sentais ni l'énergie ni le désir. Je n'avais jamais violé personne. Mais d'après ce que j'en savais, ça ne se passait pas comme ça. Je bus encore quelques gorgées, ma bouteille était vide. Je me levais et fus émerveillé de marcher droit. Le cellier près de la cuisine recelait une grande variété d'alcool. Je pris une autre bouteille de vodka. Je restais dans l'encadrement de la porte et l'observais en buvant. Elle me tournait le dos, et en séchant ses cheveux ondulaient et apparaissaient plus clairs que ce que j'avais d'abord cru. Depuis que Dieu m'avait enlevé Marie sept mois plus tôt, je n'avais cessé de Le maudire, et j'avais décidé de me venger. De devenir le dernier des salauds, d'exceller dans la bassesse. J'avais tout quitté du jour au lendemain, sans prévenir personne. J'avais acheté cette maison isolée, je me faisais livrer chaque semaine de quoi subsister, et si l'on mettait de côté Première nuit 3
  6. 6. La Maison la peine et l'inquiétude que devaient ressentir ma mère et mes proches depuis ma disparition, en fait de dernier des salauds, j'étais surtout devenu le dernier des alcooliques. J'eus soudain envie de pleurer sur mon sort, j'étais un incapable. Il devait bien se marrer là–haut. Se foutre de ma gueule avec sa bande d'anges. Marre–toi ! je vais la violer. Je laissais à nouveau mes yeux errer sur ce corps trop maigre. Toujours aucun désir. L'alcool m'avait peut–être rendu impuissant. Les hanches douces de Marie, ses seins chauds dans mes mains, Marie était toute en courbe, cette fille toute en angles. Peut–être que si je l'engraissais quelques semaines je pourrais ensuite...J'éclatais de rire, c'était une idée de type saoul et lâche. J'eus soudain envie de lui dire de ramasser ses affaires et de partir, afin de continuer à boire jusqu'à crever misérablement. Le feu ne flambait plus, la pièce n'était éclairée que par quelques braises. Elle n'avait pas bougé. Toujours accroché à ma bouteille j'allais m'asseoir près d'elle, elle ne me jeta pas un regard, fixant obstinément l'absence de flammes. J'étais très proche, je la vis frissonner. Je me dis avec satisfaction que c'était de peur. Dans la pénombre je levais la main lentement, ne sachant où la toucher. Elle ne bougeait pas. C'est sa main que je saisis. Je tombais à la renverse. Les doigts glacés de Marie, juste avant qu'on ne referme le cercueil... je roulais sur moi–même et, à moitié à quatre pattes, à moitié en me tenant aux murs, je me précipitais aux toilettes pour vomir, le visage mort de Marie à l'esprit. Mon estomac se tordait douloureusement, tandis que par flash je revoyais des moments de cette journée horrible, l'église, le cimetière et toujours, toujours, le cercueil qu'on refermait sur le visage de la femme que j'avais aimée, avec qui je riais, faisais l'amour...Sa main que j'avais voulu embrasser une dernière fois avant qu'on ne referme cette foutue boîte, qu'on ne referme ma foutue vie. Assis contre le mur, je tentais de calmer mes pensées en le détestant Lui, comme je l'avais détesté ce jour–là, et les suivants...j'étais essoufflé comme après un footing. Première nuit 4
  7. 7. La Maison Puis je me souvins de la présence de la fille nue dans le salon, de ses doigts f r o i d s q u i m ' a v a i e n t r e p l o n g é s s i l o i n d a n s c e s o u v e n i r cauchemardesque...elle n'avait pas eu un mouvement. Ainsi, elle ne frissonnait pas de peur, elle avait froid tout simplement...le feu mourant...les braises. Je me suis mis à pleurer en silence. Si je me suicidais, j'aurais perdu, et Il aurait gagné. J'étais en train de dessaouler. Lorsque je suis retourné au salon la fille n'avait toujours pas bougé, ma chère bouteille était posée à côté d'elle. Je repris place près d'elle, je buvais en la regardant. J'ai mis deux grosses bûches sur les braises. Le feu a repris. Près du coffre à bûche, je laissais un vieux pull que je ne portais que pour couper du bois. Je le lui ai tendu, elle l'a enfilé. Elle me regardait sous ses paupières baissées, craintive, mais je sentais qu'elle allait se mettre à parler, j'ai posé un doigt sur ses lèvres puis j'ai dit : Tais–toi, je ne veux pas t'entendre, mais si tu veux partir, rien ne t'en empêche. J'ai posé ma main sur sa cuisse. J'allais le faire. J'ai bu de longues rasades de vodka la tête en arrière, puis je l'ai poussée du plat de la main , elle a basculé sur le sol. Je lui ai ouvert les jambes. J'ai empoigné ses cuisses, les yeux fixés sur son sexe...elle ne se débattait pas. Dans un sursaut de colère, je lui ai refermé les jambes violemment, ses genoux ont claqué l'un contre l'autre, et j'ai repris ma bouteille. Je l'ai vidée, et je me suis mis à sangloter, ignorant totalement sa présence, j'avais fermé les yeux et je laissais le désespoir me happer dans mes sanglots secs. Marie...l'odeur de Marie me manquait plus que tout le reste. Sa main tiède dans mon cou, dans mes cheveux. J'ai rouvert les yeux. La fille s'était redressée et me caressait les cheveux. La claque que je lui ai balancée l'a projetée au sol. Durant quelques secondes le temps s'est arrêté. Elle a relevé la tête lentement avec méfiance, sa bouche saignait, sa joue était rouge. Et puis... Première nuit 5
  8. 8. La Maison Je me suis mis à vomir partout. La suite est confuse. Je tentais désespérément de ne pas m'étouffer, me cognant en essayant de me relever, je parlais à Marie, à Dieu, à cette fille. Elle me répondait. Mais ma voix comme la sienne semblait venir de très loin je ne comprenais pas tout, je lui ai demandé de partir je crois. Ensuite le trou noir. Lorsque je me suis réveillé. J'étais toujours devant la cheminée. Elle avait tout nettoyé, moi y compris. J'avais un coussin sous la tête et une couverture sur le corps, j'avais très mal au visage. Je m'étais cogné l'arcade, j'étais également torturé par un mal de crâne rythmé. À travers la fenêtre j'ai vu un jour gris, j'en ai conclu que j'avais beaucoup dormi. J'ai entendu du bruit dans la cuisine. J'ai voulu parler mais seul une sorte de râle est sorti de ma bouche, c'était dû sans doute a tout l'alcool que j'avais vomi. Malgré tout, elle m'a entendu et est venue. Elle avait remis ses vêtements, elle m'a regardé en silence, puis est repartie à la cuisine, pour revenir au bout de quelques minutes avec du thé et deux comprimés d'aspirine, elle s'est agenouillée près de moi et m'a dit :Avale çà. Je mourrais d'envie de l'engueuler et de me taper une bouteille de vodka, mais en même temps, ma gorge ma langue mon tube digestif brûlés et ma tête semblaient de son côté. Et puis peut–on invectiver quelqu'un qui vous a empêché de mourir étouffé dans votre vomi ? Alors, j'ai obéi. J'ai avalé plusieurs tasses de thé, gardant mes reproches pour plus tard, et je me suis rendormi, pour une fois d'un sommeil doux peuplé de rêves avec ma Marie, Marie douce, Marie tiède, Marie sourire. Le réveil n'en fut que plus douloureux... Première nuit 6
  9. 9. Deuxième nuit J'ouvris les yeux, mon dos était douloureux : j'avais dormi par terre. La pendule indiquait 19h00. Le feu était mort. Mon mal de tête aussi. Mon arcade semblait avoir désenflé, et mon estomac décoléré. Elle aussi dormait sur le sol, à moins d'un mètre de moi, recroquevillée sur elle–même. J'étais sobre et honteux. J'avais projeté de la violer, je l'avais frappée, je m'étais écroulé dans mon vomi, blessé et elle m'avait soigné. Je me suis levé doucement. Mal partout. Encore envie de pleurer, mais de honte. J'ai vu une bouteille de vodka, posée dans le renfoncement de la fenêtre. Je l'ai porté amoureusement à ma bouche, je tremblais depuis mon réveil, car depuis la mort de Marie j'avais rarement passé autant d'heures sans boire. L'alcool m'a rendu larmoyant, je regardais la fille enroulée sur elle–même sur le sol froid, avec son jean et son pull crades, et j'ai soudain décidé d'aller chercher un matelas à l'étage. J'avais acheté la maison dans l'urgence avec la plupart des meubles de l'ancienne proprio, aussi eus–je toutes les peines du monde à descendre le matelas d'un autre temps, matelas de laine, lourd comme un cheval mort. Toutes les deux minutes, je m'arrêtais pour m'envoyer une belle rasade de vodka. J'ai finalement réussi à descendre le matelas. Je me demande comment la fille a fait pour ne pas se réveiller avec le bruit que ça a fait. Je l'ai soulevée et l'ai déposée dessus. J'ai rallumé le feu. Je suis remonté à l'étage, car en la soulevant j'avais constaté qu'elle était glacée. Glacée mais vivante. Pourquoi serait–elle morte ? À cette pensée la folie nauséeuse de la veille m'a repris. J'étais à l'étage et je ne savais plus pourquoi. Oui. Si. Elle a froid. J'ai pris un de ces vieux édredons de plume, qu'il y avait dans chacune des trois chambres. Je suis redescendu et l'en ai recouverte. Elle ne bougeait toujours pas. Un souffle léger s'échappait de ses lèvres. Non, elle n'était pas morte. Le feu flambait. Pas morte. Pas morte. Juste maigre. Fragile. Faire à manger. Pour ne pas qu'elle meure. Deuxième nuit 7
  10. 10. La Maison Pour rester en vie il faut manger , boire, dormir. Faire attention à soi. Marie faisait attention à elle. Mais Lui en avait décidé autrement. Ne pas penser à Lui, et au fait que j'avais éclaté la bouche de cette fille d'une claque. Dans la cuisine je préparais de la viande et des pommes de terre, en buvant du whisky pour varier les plaisirs, la nuit était tombée, la fille était chez moi depuis près de 24h00, lorsque j'ai réalisé que je me comportais comme l'inverse d'un salopard. Je me suis arrêté pour boire un bon coup et dire le fond de ma pensée a Dieu : Bon . Je ne l'ai pas violée. Je lui ai mis une claque. Une grosse claque. Mais seulement parce qu'elle m'a caressé la tête comme Marie le faisait. Ça a été un réflexe. Comme si elle avait commis un sacrilège. J'arrive pas à être aussi pourri que Toi. OK. Mais Tu n'as pas gagné. Tu sais pourquoi ? Parce que j'ai compris : Tu n'existes pas. Marie est morte d'un accident de voiture comme ça, connement. Ça n'est pas de Ta faute. Tu n'existes pas. Non. J'ai bu encore à la bouteille, puis j'ai continué de cuisiner pour cette inconnue maigrichonne tout en me demandant à qui j'allais bien pouvoir m'en prendre, maintenant que j'avais découvert qu'Il n'était qu'une fumisterie. Je me suis soudain senti vieux et aigri. Je me suis trouvé tout con, là à cuisiner. Je me suis assis à la table. La petite cuisine était plongée dans l'obscurité. Tout en buvant je frissonnais, à cause du manque de lumière, du silence. Sans me lever j'ai atteint l'interrupteur. Une sorte de lampe recouverte de dentelle a déversé une lumière orangée très réconfortante. Ça m'a émerveillé, un truc pareil, désuet et délicat, accroché au plafond. Lorsque j'avais acheté la maison, quelques mois auparavant, j'avais eu affaire au directeur d'une maison de retraite. Il s'occupait de la vente pour une de ses pensionnaires, il avait fait effectuer quelques travaux de rénovation, l'installation électrique, la salle de bain, et une entreprise de nettoyage était passée. Je réalisais que j'avais rarement mis les pieds dans la cuisine, seulement lorsque je la traversais pour atteindre le cellier en cas de besoin d'alcool. Elle était jolie cette cuisine avec ses poutres apparentes et son carrelage couleur caramel. Je me remis à éplucher les pommes de terre, Deuxième nuit 8
  11. 11. La Maison bercé par l'éclairage doux. Cette cuisine aurait plu à Marie...Je n'avais même pas visité la totalité de cette maison, j'avais jeté un coup d'oeil aux chambres, ignoré le grenier et la cave, et chaque fois que je m'étais endormi, assommé par l'alcool, ça avait été sur le vieux fauteuil de la pièce principale, voir sur le sol... J'allumais le four que je n'avais jamais utilisé pour vérifier qu'il fonctionnait, oui , il fonctionnait. La viande que j'avais sortie du congélateur bondé de nourriture avait l'air d'être du boeuf... je n'avais même pas regardé l'emballage. Oignons, huile d'olive et coulis de tomate, l'ensemble avait belle allure je recouvris le tout des rondelles de pomme de terre. Surtout ne pas laisser tout brûler et la maison avec...Je retournais près de la fille armé de ma bouteille de whisky, elle dormait toujours. Avec hésitation je touchais sa main: elle était tiède. Je m'étendis près d'elle, buvant lentement, laissant mes pensées dériver. Comme d'habitude le visage de Marie s'imposa à moi...Ses tendres yeux marron, son front haut sa bouche pleine et sa peau laiteuse, et surtout la douceur indicible qui se dégageait d'elle. Notre première rencontre, chez des amis communs...La robe mauve qu'elle portait et surtout ce fabuleux décolleté laissant apparaître une bonne partie de ses seins laiteux...Son corps ensuite, nu, dans mes bras, sa peau à la texture presque irréelle, comme de la crème. Son corps dont je me délectais, que je croyais mien à jamais...et qui à présent pourrissait dans la boîte...maudite boîte tapissée de satin mauve, personne n'a compris la crise de nerfs que j'ai fait ce jour là : « Pourquoi mauve ? Qui a choisi cette putain de couleur ? » Et sa mère sanglotante : « mais c'était sa couleur préférée... » J'ai jamais aimé sa façon de conduire à Marie, surtout lorsqu'elle avait un coup dans le nez. Et puis son côté bordélique et je–m'en–foutiste... « On crèvera bien assez tôt » me disait-elle, lorsqu'en secouant la tête, désapprobateur, je ramassais ses dentelles, ses C.D. et ses tablettes de chocolat à moitié grignotées. Elle avait raison. Marie mon amour, comme tu me manques, reviens s'il te plaît, reviens coller ta peau contre la mienne. Je pleurais en silence les yeux fixés sur le feu qui s'en donnait à coeur joie. La fille s'était réveillée et me regardait, l'air étonné, quand nos regards se sont plantés l'un dans l'autre, le sien a glissé et s'est posé derrière moi. J'ai pensé qu'elle était pudique de ne pas me regarder chialer, et de ne pas Deuxième nuit 9
  12. 12. La Maison essayer de me demander, pourquoi, de ne pas avoir pitié. Elle a continué de regarder derrière moi comme si quelqu'un de passionnant et beau lui racontait une histoire extraordinaire. J'ai bondi du matelas en pensant à mon boeuf–patate qui risquait de cramer tout seul comme un con dans le four. Dans la cuisine tout allait bien, ça rissolait et sentait bon, j'ai éteint le four et je suis revenu près d'elle. Elle s'était assise sur le matelas et regardait le feu d'un air triste. Je lui ai tendu ma bouteille de whisky, comme on tend un bouquet de fleur à une nana trop belle pour soi...elle a dit : Non...mais t'aurais pas du rhum et du sirop de canne ?Bien sûr que j'en avais ! J'ai foncé à la cuisine lui chercher ça avec un verre. Elle a fait son petit mélange, l'a bu d'un trait et ses joues ont rosi. T'aurais pas des clopes ?J'avais au moins trois cartouches de Chesterfield que j'avais oublié de fumer à force de boire. Je lui en ai ramené un paquet. Elle s'était resservi un verre , tandis que je pensais à sa voix, étrangement basse et cassée pour un être si frêle. Elle a fumé, et du coup moi aussi. Elle buvait lentement ses verres de rhum sucrés. Nous nous taisions tous les deux. Elle avait les yeux baissés. La bûche que je venais de mettre dans la cheminée protestait en craquant tout ce qu'elle savait. Je n'aimais pas ce silence, car depuis que j'avais décidé que Dieu n'existait pas j'avais plus personne à insulter mentalement et je me sentais vide, prêt à m'apitoyer. Je l'ai regardée, elle était assise en tailleur et son jean était vraiment sale, alors j'ai déclaré sur un ton solennel : Tu vas prendre un bain. Elle a haussé un sourcil, et c'est là que j'ai découvert qu'au dessus de ses yeux gris ses sourcils étaient délicieusement arqués, et ça m'a clairement emmerdé de la trouver mignonne cette petite paire de sourcils, car c'était comme trahir Marie et son visage magnifique...Elle a donc haussé un sourcil et m'a dit : Je veux bien, mais j'ai rien pour me changer...J'ai pas répondu tout de suite à cause de ses sourcils fourbes, mais bien trente secondes après : – T'as qu'à fouiller dans mes affaires, il y a des vêtements propres... en haut dans la deuxième chambre à droite, ce sera trop large et c'est des fringues de mecs, mais bon... Elle a dit :OK ! et est montée à l'étage sans se faire prier. Deuxième nuit 10
  13. 13. La Maison J'ai été faire couler l'eau pour son bain, pendant ce temps–là mon cerveau était assailli, obsédé par l'idée que peut–être j'avais gardé quelques vêtements de Marie. Alors que je savais que cette idée était stupide. Que j'avais jeté toutes ses affaires , de ses soutiens gorges jusqu'à sa brosse à cheveux en passant par son rimel. Mais une peur plus forte que moi me persuadait qu'il restait quelque chose, peut–être sa robe mauve, ou bien un de ses strings, ou encore qu'ils allaient réapparaître dans la chambre du haut et que la fille les mettrait. Que Marie, fantôme, pour se venger du fait que j'avais trouvé les sourcils de la fille adorables, allait faire revenir sa garde–robe dans cette maison ou elle n'avait jamais mis les pieds. Je transpirais, j'ai dû m'agripper au lavabo pour ne pas tomber. J'étais ailleurs dans une autre salle de bain, une salle de bain pleine de Marie, de son parfum, où nous avions fait l'amour, sans y prendre garde, par caprice. Sans faire attention et se dire qu'on pouvait se perdre, que l'un de nous pouvait pourrir dans une boîte tapissée de satin mauve, comme ça, sans raison, que ce sont des choses qui arrivent parfois. Ça va déborder. Elle se tenait là, avec ses foutus sourcils qui me narguaient. Sous son bras un de mes survêts Adidas, j'ai soupiré (pas de robe mauve) et j'ai souri, j'ai fermé les robinets, j'allais quitter la salle de bain avec l'envie de retrouver ma chère bouteille quand elle m'a dit : Toi aussi un bain ne te ferait pas de mal. J'ai refermé la porte. Ma bouteille. Ma bouteille. J'analyserais les sons qui étaient sortis de sa bouche plus tard. Pour l'instant les seules infos que je comprenais étaient : elle a pris mon survêt et je vais m'envoyer une vodka. Pardon Marie de te mêler à mon désespoir alcoolique. J'ai fini ma bouteille de whisky, avant d'entamer une nouvelle bouteille de vodka. Je me sentais bien. La fille avait dit qu'un bain ne me ferait pas de mal. Donc je devais puer. Je me suis mis à poil devant la cheminée histoire de voir. Je n'avais pas l'impression de sentir mauvais, mais il est vrai que ma dernière vraie toilette remontait à 10 jours. J'entendais la fille chantonner au milieu des clapotis. J'ai empoigné ma Deuxième nuit 11
  14. 14. La Maison bouteille et je suis entré dans la salle de bain, je me sentais d'humeur joyeuse à l'idée des cris qu'elle pousserait en me voyant arriver nu. J'ai fait choux blanc. Elle a juste dit : Ça t'ennuierait de ramener les clopes ? J'ai été les chercher près de la cheminée, complètement dépité. Mon sexe avait l'air aussi bourré que moi et je l'ai insulté, de toute façon je n'avais plus l'intention de la violer, juste de lui faire une bonne blague. Je suis entré dans la baignoire, lui tournant le dos, le contact de l'eau tiède était agréable, elle a fumé sa clope en continuant de chantonner, ses talons calés sur mes fesses. Moi bien sûr je buvais...Je me suis mis a pleurer entre deux rasades de vodka. Avec une grosse éponge, elle s'est mise à frotter mes épaules, ce geste était totalement dénué de sensualité, et n'était même pas maternel, un peu comme si elle avait lavé une assiette...ça m'a fait pleurer encore plus, et j'ai fini ma bouteille d'un coup. Mon cerveau était vraiment attaqué parce qu'après ça , j'ai oublié la présence de la fille, j'ai cru que la baignoire était remplie de mes larmes et j'ai commencé à paniquer. Je l'ai vue au dessus de moi , elle avait passé mon survêt et une fois de plus elle me parlait et je ne comprenais rien. Je suis tombé et j'ai failli me noyer, elle a sorti ma tête en me tirant par les cheveux, comme la veille je me suis mis à vomir. Elle me tenait. Ensuite elle a vidé la baignoire et m'a douché. J'avais toutes les peines du monde à tenir mes yeux ouverts, j'ai essayé de sortir de la baignoire, mais je suis retombé, elle a dit : Je ne suis pas capable de te soulever, alors il va falloir attendre que ça passe, je vais faire du café. Elle a pris toutes les serviettes éponges qu'elle a pu trouver et les a mises sur moi. Elle m'a tapoté la joue. Je m'étais endormi. Elle tenait un grand bol de café, qu'elle m'a aidé à avaler. Il était terriblement sucré. Elle m'a tendu une clope déjà allumée. Elle a ramené encore du café. En tout j'en ai bu quatre bols. Elle ne disait rien et moi non plus, j'avais vraiment honte de moi et je lui étais reconnaissant de ne pas dire des phrases comme : « c'est pas Deuxième nuit 12
  15. 15. La Maison raisonnable de boire comme çà » , non elle restait là, à m'abreuver de café. Elle était assez rigolote à regarder avec mon survêtement gris bien trop grand, elle avait enroulé les manches et les jambes, et ses cheveux humides étaient tout emmêlés, sans doute parce qu'elle avait dû sortir précipitamment du bain lorsque je m'étais mis à délirer. Au bout d'une demi–heure, elle m'a demandé si je pensais pouvoir me lever, je lui ai dit que oui. Elle a désigné mon autre survêtement, le bleu, qu'elle avait dû remonter chercher et est sortie de la salle de bain. Lorsque je suis revenu près du feu, mon crâne me faisait payer la bouteille de vodka, et j'avais l'impression qu'à la place de mon sang, de l'éther coulait dans mes veines. Je me suis lourdement assis près du feu, elle était dans l'encadrement de la cuisine. La clope au bec, elle a dit : – J'ai envie de manger ce qui est dans le four, et je crois que ça ne te ferait pas de mal non plus. J'ai hoché la tête : - Est–ce que tu pourrais me donner de l'aspirine ? Elle m'a donné les comprimés et un verre d'eau. A remi du bois sur le feu, ça a flambé haut. Elle est revenue avec le plat que j'avais cuisiné plus tôt et du pain, elle les a posés sur la pierre de l'âtre, j'ai trouvé ça astucieux. Elle a ramené des gros bols, plutôt que des assiettes. Très poliment elle m'a demandé : -Je peux ouvrir une des bouteilles de vin qui se trouvent dans ta cuisine ? Elle me fascinait, parce que chaque fois qu'elle ouvrait la bouche je craignais le pire, et chaque fois le pire n'arrivait pas. Le pire pour moi aurait été qu'elle se mette à me raconter sa vie ou s'intéresse à la mienne... et non elle était là et avait envie de vin, et oui bien sûr elle pouvait ouvrir une bouteille, et toutes les boire même si le coeur lui en disait. Elle est revenue avec sa bouteille de vin ,une bouteille d'eau et deux verres, les a posés devant nous, s'est servie. Elle a retourné le pain : -Je l'ai trouvé dans le congélateur, il dégèlera vite...Assis côtes à côtes sur notre matelas à regarder le feu, j'ai éclaté de rire. Elle m'a refait le coup du sourcil interrogateur, j'ai fait comme si je ne le voyais pas : -On est cocasses avec nos survêts tous les deux ! Elle a souri, je me suis servi du vin. Deuxième nuit 13
  16. 16. La Maison J'ai mangé avec plaisir, et elle avec voracité. Nous avons bu tout le vin, puis fumé, hypnotisés par le feu. J'ai regardé discrètement sa bouche à plusieurs reprises pour voir si ma claque de la veille ne l'avait pas trop amochée. Je n'ai pas vu de marque. Vers deux heures du matin, elle s'est levée en me disant qu'elle allait se faire du thé, je lui ai demandé d'avoir la gentillesse de me ramener une bouteille de vodka. Elle me l'a apportée, a bu son thé en silence. Je réfléchissais à la meilleure façon de lui demander pardon pour la baffe de la veille, sans pour autant être obligé de lui expliquer que seule Marie touchait mes cheveux, et qu'elle était morte. Je buvais dans l'espoir de trouver la bonne phrase, pas juste : « désolé de t'avoir claqué hier ». Je me suis tourné vers elle, et comme d'habitude dans ce genre de situation critique, elle a été parfaite : elle s'était endormie dans un coin du matelas, roulée en boule comme un chat. J'ai cessé de me torturer avec ces histoires d'excuses, je l'ai prise dans mes bras et je l'ai installée presque au milieu du matelas pour qu'elle soit à l'aise, ça ne l'a pas réveillée, je l'ai couverte de l'édredon, j'ai regardé son visage paisible, et doucement du bout de l'index, j'ai suivi la courbe de son sourcil droit. Je voyais ce geste comme une demande de pardon codée, un truc entre cet arrogant sourcil et moi. Je lui ai tourné le dos et me suis moi aussi étendu face au feu. J'ai continué à boire. Marie était là, dans ma tête. Depuis sa mort, je passais mon temps à revivre mentalement notre vie commune. Ces quelques années, six précisément où je l'avais aimée comme je n'avais jamais aimé personne. Marie m'aimait. Et je l'aimais. Mais tout le monde aimait Marie. Elle baignait dans l'amour des autres, parfois ça me rendait fou. Elle avait été adorée par ses parents et avait une multitude d'amis qui la chérissaient. J'aurais voulu avoir l'exclusivité, que les autres l'apprécient, la respectent, mais être le seul à l'aimer. J'étais jaloux de ce que les autres l'aiment à ce point. Je me sentais minable au lieu d'être fier qu'elle m'aime moi plus que les autres, moi plutôt qu'un autre, j'avais le sentiment de toujours devoir justifier cet avantage. Deuxième nuit 14
  17. 17. La Maison Son père était comme moi je crois, il était fou de bonheur d'être son père et semblait perpétuellement surpris d'avoir donné naissance à un être aussi angélique. Le jour de l'enterrement j'étais furieux de tous ces gens qui la pleuraient, j'aurais voulu virer tout le monde, être le seul à être malheureux. On se disputait souvent pourtant. C'est sans doute pour ça qu'elle m'aimait, parce que je la descendais un peu de son piédestal. Marie était brillante. Pas particulièrement géniale dans un domaine ou un autre. Non. Elle brillait. Où qu'elle soit on ne voyait qu'elle. Elle n'était pas pour autant hautaine, et je ne crois pas l'avoir jamais vue être cruelle en acte ou en parole envers quiconque. C'est peut–être une autre façon d'être cruelle ce genre de perfection. Elle était lumineuse de l'amour que tout le monde lui portait. Elle était mon étoile. Le feu s'était éteint, et je pleurais. Mon étoile s'était éteinte, et avec elle la lumière dans mes yeux puisqu'ils n'étaient plus posés sur elle. Marie. J'avais fini la bouteille de vodka et je sanglotais, j'ai senti que la fille bougeait à côté de moi. Elle a fait glisser sa main sur le matelas lentement jusqu'à mon visage, elle avait fait ce geste sciemment, sa main comme un serpent, pour que je la voie venir et puisse la repousser. Je redoublais de larmes à l'idée du réconfort qu'elle allait essayer de m'apporter, avec des mots inutiles, ou pire des gestes que je refuserais. Sa main fraîche ne bougeait pas elle était juste posée sur ma joue. Puis sa voix basse comme une caresse rythmée : « Chuuut... Ça va passer. Rien ne dure. La souffrance n'échappe pas à cette règle. Un jour ça s'arrêtera d'une manière ou d'une autre. »Sa main se promenait dans mes cheveux et sur mon front, tandis qu'elle répétait ces phrases lugubres qui ne promettaient que la paix. Elle les a dites et redites comme une litanie jusqu'à ce que je cesse de pleurer, et que ma respiration soit régulière. Ces phrases froides et dures me purifiaient, alors que si elle m'avait parlé de lendemains qui chantent au concentré de guimauve, j'aurais sans aucun doute été fou de rage, et lui aurait balancé une autre baffe. Je cherchais quelque chose à dire, mais elle s'était retournée et avait l'air de dormir. Je me suis endormi, vidé. Deuxième nuit 15
  18. 18. Troisième nuit Je me suis laissé éveiller par le silence. Je n'ai pas ouvert les yeux, pas bougé un orteil. J'écoutais. En essayant de savoir quelle heure il pouvait être. Je suis resté figé, en pensant à la fille sans nom qui était chez moi depuis deux jours. Elle n'était pas partie puisque le feu brûlait et que d'imperceptibles bruissements m'atteignaient. Ça ne pouvait pas durer. Elle allait certainement partir. Curieusement j'avais envie qu'elle reste et qu'on continue à ne rien se dire. Je n'étais pas saoul, alors j'avais conscience de l'énormité de la situation. Les gens normaux ne font pas entrer des jeunes femmes inconnues chez eux. Les jeunes femmes normales ne restent pas auprès d'un ivrogne qui après avoir essayé de les violer leur met une claque et leur vomit dessus. J'en ai conclu qu'elle aussi, elle devait avoir mal quelque part. Elle n'était pas mineure. Le premier soir à cause de sa dégaine et de son corps frêle je l'avais prise pour une jeune fugueuse. Mais pour avoir étudié son visage, je savais que c'était une femme et pas une gamine. J'ai ouvert un oeil, le soir tombait. Je me suis levé. Au premier regard sur la pièce j'ai vu qu'elle avait fait un ménage de malade. Aussitôt une sonnette d'alarme à l'arrière de ma tête m'a dit : « attention c'est une paumée, si elle fait le ménage c'est qu'elle veut s'installer, il manquerait plus qu'elle te fasse un gâteau , et ait vidé toutes tes bouteilles. » J'ai été à la cuisine : Bingo ! ça sentait le coup du gâteau aux pommes et à la cannelle à plein nez. J'ai foncé au cellier pour constater avec soulagement que ma réserve d'alcools n'avait pas bougé. J'ai attaqué illico une bouteille de vodka, en me demandant où elle pouvait bien être. Ça sentait vraiment bon dans la cuisine. J'étais bien emmerdé. Je me disais que j'allais aller méditer sur tout ça devant le feu à grand renfort de vodka, quand je l'ai vue. Elle était face au matelas tout ce temps, elle avait approché le fauteuil de la fenêtre, et elle s'était nichée là, dans la pénombre, elle buvait tranquillement du rhum, en regardant par la fenêtre. Troisième nuit 16
  19. 19. La Maison Comme le dernier des idiots, j'ai dit : Bonjour... Ça m'a donné envie de me mettre des coups de pieds de dire un truc aussi nul, alors comme pour prouver que j'étais définitivement un débile profond j'ai ajouté : Heu... plutôt bonsoir... T'as fait à manger on dirait ? Elle a hoché la tête : Oui... je m'ennuyais... et il y a tellement de nourriture ici... – T'étais pas obligée de faire le ménage... – Je sais mais c'était difficile de marcher dans cette pièce avec le sol qui colle aux pieds, et puis ça m'a occupée...ça n'a pas d'importance. – Merci. – ... – Et merci pour hier aussi... Elle a levé la main dans un geste qui pouvait vouloir dire : « ne me remercie pas » ou bien « tais–toi pauv'naze. » Je me suis assis sur l'autre fauteuil, et j'ai allumé la petite lampe qui se trouvait à côté. Son visage avait un air soucieux et indifférent à la fois. Je me suis senti stupide, parce qu'elle ne disait rien . Elle avait largement entamé la bouteille de rhum que je lui avais donné la veille. Je m'attendais toujours à ce qu'elle se mette à dire des choses énervantes et comme elle ne le faisait pas c'est moi qui l'ai fait tout en me maudissant de le faire. Je m'appelle Damien, et toi ? Elle a eu l'air vaguement ennuyé, puis elle a lâché : Marie... J'ai bondi du fauteuil. J'ai tendu mon poing vers le ciel et j'ai gueulé : Vieux salopard ! Je me suis rassis, et j'ai bu, bu, bu... elle n'avait eu aucune réaction si ce n'est le coup du sourcil. Je suis parti dans la cuisine. J'ai fini ma bouteille. Il existait. Et Il ne me laisserait pas en paix de sitôt. C'était de l'acharnement. J'ai enfilé mes baskets, et mon manteau et je suis sorti. J'étais furieux. J'ai traversé la petite route qui longeait le côté de la maison, et je me suis enfoncé dans les bois. Il neigeait toujours, et le vent me giflait. Ça me faisait du bien d'avancer vaillamment au milieu de ce déchaînement de flocons, j'avais l'impression de lui rentrer dedans a Lui. Troisième nuit 17
  20. 20. La Maison J'étais quand même moins saoul que d'habitude, ce qui fait que j'avais du mal à Lui parler, à l'insulter, et même pour dire la vérité à lui en vouloir. Je me suis adossé à un arbre, en proie à un sentiment nouveau. J'en voulais à Marie d'être morte. De ne pas avoir pris plus soin de notre vie. D'avoir été imprudente sur la route par amour de la vitesse, sans penser un instant qu'elle pouvait se tuer, et me larguer, là, comme ça. En mourant, elle m'avait tout volé. Avait fait de moi un fantôme. J'étais un pauvre type ridicule, à insulter Dieu. Je ne savais même pas si je croyais en Lui. Et si Il existait, j'étais bien présomptueux de croire que mes petits discours insultants et revanchards l'intéressaient ou même le touchaient. Il n'avait réellement surgi dans ma vie qu'à la disparition de Marie. Cette idée : que j'avais en quelque sorte remplacé Marie par Dieu, rebondissant sur l'humiliante évidence que je l'avais considérée, elle comme mon idole, me saisit . Je repoussais cette pensée. Je refusais d'emprunter des dédales intérieurs inconnus qui me rendraient dingue à coup sûr. Je n'avais même jamais discuté de l'existence de Dieu ou du bien–fondé d'une religion avec Marie. Qu'est–ce qu'elle aurait pensé de moi Marie, là ? J'essayais d'imaginer que ce que je vivais n'était qu'un film, que je n'étais que le personnage d'un film que j'aurais été voir avec Marie. Elle aurait pensé quoi ? Elle aurait sans doute dit que le personnage principal était torturé, mais qu'à son avis vivre un deuil de façon aussi destructrice trahissait d'autres problèmes bien plus profonds que la disparition de sa nana. Elle aurait sans doute méprisé gentiment le cliché du pauvre type alcoolo fou d'amour. Elle m'aurait méprisé. Je pleurais, encore. Et j'avais froid. Rentrer, boire. Merde, la fille. La fille qui s'appelait Marie. Je préférais qu'elle reste sans nom. C'était trop « pas du jeu » ce prénom. J'aurais voulu qu'elle n'ait jamais frappé à ma porte. Je devais absolument rentrer et me saouler, sous peine de devenir fou. Ou de mourir de froid. Je suis reparti vers la maison lentement, mon corps était trop engourdi. Quand je suis rentré, blanc comme un bonhomme de neige, elle a eu un mouvement de recul. Immédiatement j'ai vu qu'elle commençait à me prendre pour un fou. J'étais resté presque une heure à méditer sous la Troisième nuit 18
  21. 21. La Maison neige, après avoir hurlé : « Vieux salopard ! » lorsqu'elle m'avait dit son prénom. À sa place j'aurais flippé. Ça m'a flanqué un fou rire irrépressible. Elle me regardait, interloquée, et moi dans ma tête je revoyais ma sortie, le poing levé tel le capitaine Haddock et mon retour dans une rafale de neige et je riais comme un dément. J'ai continué à rire, parce que je me trouvais magnifique dans la folie. Ça m'a fait du bien. Pour une fois elle avait l'air gênée par la situation. J'en ai été très content, j'ai dit : Bon, je vais me changer, je crève de faim. C'est seulement une fois sec, que je me suis rendu compte qu'elle avait fini la bouteille de rhum et qu'elle était bourrée. J'ai trouvé ça super parce que je ne me sentais pas d'humeur à faire la conversation, et puis elle avait préparé à manger... On a mangé silencieusement c'était super bon, une sorte de ragoût. J'avais ouvert une bouteille de vin, et avant ça je m'étais envoyé trois ou quatre whiskys, j'avais sorti des clopes, elle fumait en silence, les yeux vitreux, je trouvais le spectacle de cette fille bourrée très distrayant, c'était plutôt petit de ma part, étant donné le flegme dont elle avait fait preuve, les fois où je m'étais rendu minable devant elle, mais disons simplement que ça lui donnait un côté humain très réconfortant. De toute façon au rythme auquel je buvais, j'allais pas tarder à être bien plus saoul qu'elle. J'en avais besoin. Les réflexions que je m'étais faites plus tôt dans la forêt m'avaient trop perturbé, j'essayais de boire à un rythme précis de façon à me contrôler un minimum, tout en gardant une humeur à peu près stable. Malgré ça le fantôme d'une Marie au regard méprisant revenait par instant hanter mes pensées. Je profitais du fait que la fille n'avait plus les yeux en face des trous pour l'observer. Surtout ses sourcils. Ces petits sourcils si bien dessinés. Comme s'ils avaient été faits au pinceau. Son nez était mince et droit. Depuis son arrivée, elle avait toujours les cheveux entortillés sur le haut de la tête avec une sorte d'élastique marron. Je trouvais cette coiffure assez lamentable. Mais ce soir j'avais l'ivresse indulgente, la crise de rire m'avait fait un bien fou, et je décidais aussi sec qu'avec cette coiffure et ces sourcils elle ressemblait à un doudou, ces petites poupées de chiffon comme on en offre aux bébés. Troisième nuit 19
  22. 22. La Maison À la fin du repas, elle avait posé son visage dans sa main, accoudée à la table, de l'autre elle tapotait sa cigarette sur le cendrier, elle me regardait et je sentais qu'elle allait parler, me poser une question. Ça m'a terrorisé. Je ne voulais rien savoir de plus sur elle. Et je ne voulais rien lui dire de moi. Alors pour la contrer, j'ai dit : Ça t'embêterait de faire du café ? Celui que tu as fait la dernière fois était super bon. Elle a semblé hésiter, puis elle a hoché la tête et s'est levée. Tandis qu'elle s'activait, je me mettais des claques mentalement. C'était pas malin d'avoir dit ça, parce que la dernière fois j'étais pas en mesure de juger du goût de son café vu mon état, et elle risquait de penser que j'essayais de l'amadouer ou pire de la draguer, et je voulais à tout prix qu'elle n'imagine rien de tel. À ce moment–là, elle a dit : Au fait ! j'avais aussi fait un gâteau ce matin. Elle a sorti son gâteau. Je l'ai mangé avec le café en faisant la gueule, histoire de remettre les choses dans leur vraie dimension. Après j'ai mis les assiettes dans l'évier, et je lui ai dit que je montais dormir à l'étage, que la sortie sous la neige m'avait crevé, que bonne nuit, que fait comme chez toi pour les clopes et la salle de bain... des trucs nuls. Elle a juste dit : OK. J'ai pris la bouteille de whisky et je suis monté. Ça m'a complètement déprimé. Depuis mon arrivée je n'avais jamais dormi à l'étage, je suis quand même allé dans la chambre où il y avait toutes mes affaires, la plupart encore dans les cartons, que j'éventrais au fur à mesure, lorsque je cherchais quelque chose. C'était un beau foutoir. Seuls les cartons contenant ma stéréo et mes CD étaient intacts. J'avais pas envie de les écouter. La plupart je les avais achetés avec Marie. On les avait écoutés et aimés ensemble. Avant de quitter Paris, j'avais donné ma télé, mes DVD et mes bouquins à des amis. J'avais dans l'idée de m'enfermer dans cette petite maison et d'écrire un roman magnifique sans dessaouler. Je n'avais pour l'instant réalisé que la deuxième partie de mon projet. Il était temps. J'ai sorti un gros bloc et un stylo, je me suis mis à plat ventre sur le lit et j'ai commencé à boire. Je n'avais aucune idée de ce que j'allais écrire. Le coup de l'écrivain éthylique avait dû me paraître très romantique, parce qu'avant ça jamais je n'avais pensé à écrire. Mon truc c'était l'immobilier. J'étais même très doué. Je gagnais beaucoup d'argent. Mon associé et ami disait que j'avais le Troisième nuit 20
  23. 23. La Maison commerce dans la peau. Je me suis soudain demandé si Marie m'aurait aimé en artiste alcoolo... Non, c'était le genre de questions que je ne devais pas me poser, parce que je me voyais bien devenir obsessionnel, du genre : en agriculteur ? Elle m'aurait aimé ? Et en star du rock ? En ébéniste ? En flic ? Je savais très bien que j'entretenais ces pensées loufoques pour noyer le poisson et ne pas retomber dans les interrogations qui m'avaient assailli sous la neige... Est–ce que j'avais perdu toute force et toute estime de moi en perdant Marie ? Oui sans aucun doute, oui. Ça remettait trop de choses en question de l'admettre. Je pouvais me contenter de l'admettre, en refusant de réfléchir... non. Avant Marie ma vie m'avait semblé ennuyeuse, sans Marie ma vie était devenue pathétique. C'était terrifiant, parce que je n'avais que trente–six ans. Qui étais–je à l'heure actuelle ? Est–ce que j'étais vraiment moi ? C'était moi l'ivrogne désespéré, à fleur de peau, qui avait émergé de ce drame ? Ou bien est–ce que la perte de Marie m'avait déformé ? Tout en buvant, j'écrivis : je suis une excroissance dans ce monde lisse... J'étais très content de moi. Et Dieu dans tout ça ? Pendant trente–six ans, je n'avais pas eu une pensée pour lui. Pourtant, j'avais instinctivement tourné ma colère contre lui, lorsque la souffrance avait été trop pénible. Avant j'étais un battant. Je m'étais comme on dit « sorti de mon milieu ». J'étais né de parents ouvriers. Père employé mécano, mère au foyer. Un frère aîné, chômeur à l'heure actuelle. Une soeur plus jeune de trois ans, maman épanouie, de deux enfants, mariée à un pompier. Ils vivaient tous à Montrouge, là où nous avions grandi. À ma mère restée veuve j'avais offert un petit pavillon, pas trop loin de chez ma soeur. Je les aimais tous, mais j'avais quitté leur monde. Ils n'étaient pas très à l'aise lors de leurs rares visites à Paris. Ma mère refusait de passer une nuit dans mon appartement. Comme si elle avait peur de salir. Ça me faisait de la peine, mais pour elle, pas pour moi. Mon frère, alcoolique, était souvent carrément agressif à Troisième nuit 21
  24. 24. La Maison mon égard. Comme si le fait d'avoir « réussi » était une honte, ou une trahison. Je bus une longue rasade de whisky à sa santé. Il aurait été fier de son petit frère, enfin imbibé. Est–ce que ma mère était croyante ? Il me semblait bien avoir vu un crucifix au-dessus de son lit. Mon père ne l'avait jamais été en tout cas. Il était communiste. Il était décédé d'un cancer des poumons sept ans plus tôt. Est–ce qu'ils aimaient Marie ? Sincèrement je pense qu'ils la considéraient un peu comme une extra–terrestre. Marie avait été élevée dans le fric. Avant Marie je n'avais jamais eu de petite amie qui compte. J'étais bien trop occupé à construire ma vie professionnelle, sociale. Donc avant elle j'étais construit. Lors de notre rencontre, je n'avais pas été un « ver de terre face à une étoile. » Nous fréquentions les mêmes restaurants, les mêmes bars à la mode, avions des amis communs. Je me suis remis à pleurer. J'avais beau tourner et retourner tout çà dans ma tête, je ne me comprenais plus. Ou peut–être que je ne m'étais jamais compris. Je ne voulais pas devenir fou, je préférais me suicider. Est–ce que c'était çà que la fille avait voulu dire l'autre nuit quand elle me répétait : Un jour ça s'arrêtera d'une manière ou d'une autre, alors prends patience. »Ma bouteille était vide. J'avais encore envie de boire, je sentais sourdre en moi une rancoeur malvenue à l'égard de Marie. Et ça me faisait honte. Je suis redescendu à pas de loup. La fille dormait. J'ai pris une nouvelle bouteille, il était trois heures du matin. Je n'avais pas envie de remonter au milieu de mes cartons. Je me suis installé dans le fauteuil près de la fenêtre. Là où j'avais trouvé la fille ce matin à mon réveil. Elle dormait profondément. L'alcool l'avait assommée. Les braises dans la cheminée diffusaient une lumière douce, et sa respiration régulière me réconfortait. Je buvais en silence. J'ai entamé un dialogue imaginaire avec Marie. Parce que maintenant qu'elle n'était plus là, je me rendais compte qu'il y avait des choses essentielles dont nous n'avions jamais parlé. Troisième nuit 22
  25. 25. La Maison Marie que pensais–tu, de ma famille ? Vraiment ? Marie est-ce que tu avais l'intention de passer ta vie avec moi ? Marie est-ce que tu me disais tout ? Marie si j'avais été mécanicien comme mon père, et que tu m'aies amené ta voiture à réparer, est–ce que tu serais tombée amoureuse de moi ? Marie, est–ce que tu croyais en Dieu ? Elle ne répondait pas bien sûr. Et de son vivant je n'avais jamais pensé à lui poser ces questions. Est–ce que toutes ces questions étaient en moi avant ? Refoulées ? La fille s'est dressée d'un coup sur le matelas. On aurait dit qu'elle avait fait un cauchemar. Elle s'est agitée un moment sous l'édredon. Je ne bougeais pas, elle ne m'avait pas vu. Elle a tendu la main vers les cigarettes et le cendrier qu'elle avait laissés là, tout près d'elle. Elle a fumé un moment. Seules sa tête et sa main sortaient de sous l'édredon. Elle aspirait la fumée profondément, comme pour se détendre, se calmer. Je ne faisais pas un geste, pour ne pas la surprendre. J'étais gêné. Elle a écrasé sa cigarette. S'est recouchée. Puis elle a commencé à se tourner et retourner dans tous les sens. C'était un supplice pour moi de rester immobile. Le temps passait. Un quart d'heure au moins...j'aurais dû signaler ma présence. Si elle se levait et me découvrait, je ferais semblant de dormir dans le fauteuil, j'étais chez moi après tout. Elle s'est assise de nouveau, et a enlevé le haut de jogging que je lui avais prêté la veille. Apparemment elle avait déjà enlevé le bas. Elle était nue. J'étais carrément dans la position du voyeur. Il est vrai que le premier soir je l'avais tout bonnement fait se mettre à poil sous la menace. Elle s'est glissée sous l'édredon. Dès qu'elle dormirait, je filerai à l'étage. J'allais devoir régler le problème de cette fille dès demain. Elle n'avait rien à faire ici. Au besoin je lui donnerai de l'argent, et la prierai de partir gentiment. Elle s'agitait. Et soupirait. Et gémissait. Merde. Elle était en train de se toucher. Je me suis senti rougir dans le noir. Trop tard pour lui dire : « hum hum je suis ici ! »D'un coup de genou, elle a rejeté l'édredon. Les braises mourant dans l'âtre soulignaient ses formes d'une lumière orangée. Elle se caressait lentement, elle remuait la tête, ses paupières étaient baissées. J'étais à la fois honteux d'être témoin de ce moment secret et fasciné par le spectacle. Ça n'était pas obscène. C'était doux et joli. Pas une Troisième nuit 23
  26. 26. La Maison seconde il ne m'est venu à l'esprit d'intervenir ou de tenter de participer bien que ce soit très excitant. Quand son corps a commencé à trembler, sa main gauche s'est immobilisée sur son sein, ses cuisses se sont refermées sur sa main droite, elle a roulé sur le côté, recroquevillée sur elle–même. Ses épaules se soulevaient et j'avais l'impression d'entendre son coeur battre, son sang pulser. Après quelques secondes elle a détendu ses jambes, et a tiré l'édredon sur elle. Elle a allumé une cigarette qu'elle a fumé rapidement, l'écrasant à la moitié. Puis elle s'est endormie comme une masse. J'étais stupéfait sur mon fauteuil, j'ai laissé passer une dizaine de minutes avant de quitter la pièce, comme un voleur. J'ai fini ma bouteille et je me suis effondré, dans un sommeil épuisant, parce que mon cerveau perturbé me renvoyait à toutes sortes d'interrogations, des tas de cauchemars ont défilé comme des clips, ma Marie et l'autre celle d'en bas se mélangeaient dans leurs gestes, leurs attitudes. Troisième nuit 24
  27. 27. Quatrième nuit Je me suis réveillé furieux. Furieux contre ma Marie, furieux contre la fille, furieux contre Dieu. J'étais en train de perdre la tête, cette fille n'existait pas, c'était un fantôme ou un démon, envoyé par l'autre vieux saligaud là-haut, pour me punir. Me punir de quoi au juste ? Il me narguait et me torturait, j'avais pas réussi à la violer, mais elle s'était masturbée devant moi... arrivé à ces dernières pensées j'ai vraiment flippé, une bribe de mes cauchemars m'est revenue : la fille tenait la tête de Marie sur ses genoux, et Marie se masturbait, j'ai eu envie de vomir. L'horrible sensation que je devenais fou, que je ne contrôlais plus mes pensées m'a envahi. Pourquoi cette fille ne dit rien ? Parce que je veux qu'elle se taise. Donc elle n'existe pas, je l'ai imaginée. C'est une hallucination. Ou bien c'est un démon envoyé par Dieu pour me harceler. Je me suis vu en train de l'asperger d'eau bénite. J'avais même pas d'eau bénite. J'ai explosé d'un rire qui a fini en sanglot, et j'ai pleuré une bonne demi–heure. Un jour gris entrait par la fenêtre de la chambre, j'avais envie de crever, j'étais terrorisé, l'impression d'être déjà mort et que cette maison était l'enfer. Tout avait l'air irréel, j'avais envie d'être à Paris avec mes amis et de serrer ma mère dans mes bras, j'avais envie d'être vivant j'étais persuadé d'être mort. Je me suis demandé si d'autres avant moi avaient vu la folie arriver sur eux, comme un taureau furieux qui charge, si d'autres avaient souffert d'être lucides, et de savoir que d'une seconde à l'autre tout va basculer... Je me suis redressé comme pour fuir et j'ai descendu les escaliers en courant. Elle était là sagement assise, j'avais envie de l'attraper par les cheveux et de cogner sa tête contre le mur pour voir si elle était réelle. Au lieu de ça j'ai dit sur un ton très agressif : « Tu crois en Dieu ? Quatrième nuit 25
  28. 28. La Maison Elle a dit : – oui Ma rage est retombée et a laissé de nouveau place à l'envie de vomir. - Alors tu dois être sacrément heureuse toi ! Elle a haussé les épaules d'un air amer et elle a dit : - Je suis vivante... Je l'ai attrapée par les cheveux. Je lui ai mis une claque. J'allais la dérouiller oui, elle était vivante cette salope et elle s'appelait Marie, et elle croyait en Dieu. Puis j'ai hurlé, et je suis tombé, parce qu'elle venait de me balancer un coup de pied entre les jambes. Recroquevillé sur le sol, plus de voix, juste horriblement mal. Elle, elle gueulait en me balançant des coups de pieds à l'aveuglette, mon nez s'est mis à pisser le sang, mais elle continuait en m'insultant : – Tu me frappes pas connard ! Pauvre type, alcoolique de merde. TU NE ME FRAPPES PAS. Elle est tombée sur le sol en proie à une crise d'hystérie, elle pleurait en m'insultant, en grommelant des phrases sans sens. Et moi recroquevillé sur mon bas-ventre j'étais paralysé. On est restés comme ça longtemps, ses pleurs se sont calmés progressivement, à présent elle reniflait dans le silence pesant, il faisait nuit, le feu était mort. Elle s'est levée en recommençant à pleurer, elle parcourait la pièce cherchant son jean, elle s'est changée, a jeté rageusement mon survêtement dans un coin de la pièce, elle cherchait son sac, elle était perdue. J'avais retrouvé mon souffle et malgré la douleur j'ai réussi à lui dire : Pars pas... Elle s'est plantée devant moi furieuse, pour une fois ses cheveux étaient défaits, on aurait dit une lionne... - Quoi ? Tu veux que je reste ici ? Minable... des sanglots secs l'interrompaient... je suis venue ici, parce que... parce que c'est la maison de ma tante, j'ai nulle part où aller... à cause d'un sale con dans ton genre, où est ma tante ? Est–ce qu'elle est morte ? Elle a sangloté de plus belle, j'ai réussi à me mettre à genoux, tout se bousculait dans ma tête, sa tante. La pensionnaire de la maison de retraite. Quatrième nuit 26
  29. 29. La Maison À qui j'avais acheté la maison. Pas un démon. Ni un fantôme. Une femme battue en errance. Que j'avais frappée. Je me suis mis moi aussi à pleurer et j'ai dit : – et tu crois en Dieu ? Elle a hurlé : – LA FERME ! J'ai dit : – ta tante est pas morte, j'ai acheté sa maison, elle est en maison de retraite. Elle a arrêté de pleurer, le regard vide. Elle serrait son sac sous un bras et sa doudoune sous l'autre. J'ai dit : – Pars pas, je tape pas les femmes, je suis pas un salaud, ma femme vient de mourir, elle s'appelait Marie. Pars pas je te toucherai plus. J'ai jamais voulu te violer. Pars pas comme ça. Je t'en supplie. Elle a laissé tomber son sac et sa doudoune, est partie comme un automate dans la cuisine toujours secouée de sanglots. Lorsqu'elle est revenue, elle a jeté deux bouteilles sur le matelas, m'a balancé un torchon : – Pour ton nez, elle a dit Elle m'a tiré par le bras jusqu'au matelas, j'essayais de l'aider de mon mieux, mais mon bas-ventre était encore traumatisé. J'ai épongé mon nez qui avait tout l'air d'être cassé, mon corps entier vibrait de douleur, elle m'avait peut–être pété quelques côtes à coups de pied. Curieusement je ressentais cette douleur physique comme une jouissance et je me répétais : « Marie est morte, Marie est morte ». Sur le matelas il y avait une bouteille de vodka et une bouteille de rhum, elle est revenue avec des verres et son sirop de canne toujours en pleurant à moitié. Elle a déposé un énorme couteau de cuisine sur l'âtre. Ses yeux flamboyaient. Elle s'est assise posément avec son sac sur les genoux a brandi le couteau et m'a dit : – si tu me touches je te plante, compris ? J'ai dit : – D'accord. Elle s'est servi un grand verre de rhum au sirop de canne, et l'a vidé, elle pleurait doucement comme un tout petit enfant. Je me suis approché sur le matelas, elle m'a ignoré, j'ai attrapé la bouteille de vodka, mais j'ai eu du mal à boire à cause de mon nez rempli de sang qui en plus faisait des bulles. Quatrième nuit 27
  30. 30. La Maison J'ai tâté mon visage, mon oeil droit était à moitié fermé, ma bouche était enflée, mais j'avais toutes mes dents. J'ai dit : – Putain...tu m'as cassé la gueule... Elle s'est mise à rire au milieu de ses larmes. Puis a encore pleuré. J'ai fait un geste pour m'approcher d'elle mais elle a reculé, alors j'ai dit : Pardon... – On ne dit pas pardon ! Son ton était sec. – Pardon ? – Pardon ça sonne comme un code ou une exigence, ou même comme une politesse, on dit : Je te prie de bien vouloir me pardonner. Quand on veux vraiment faire comprendre à une personne qu'on regrette c'est ça qu'on dit. – Je te prie de bien vouloir me pardonner... Marie. Je me suis remis à pleurer à cause de ce prénom. Mais faire l'effort de le prononcer c'était pour moi la meilleure façon de lui montrer à quel point j'étais désolé. Elle a hoché la tête, puis m'a dit sèchement: -Je vais dormir à l'étage. Je partirais demain. Elle a pris la bouteille, le couteau et son sac. J'aurais voulu lui dire de ne pas avoir peur, mais j'ai préféré fermer ma gueule. Mon visage me faisait souffrir, mais je n'avais pas envie de boire, j'aurais voulu pouvoir réfléchir calmement, j'aurais voulu lui parler, mais je me sentais trop coupable. J'étais réveillé depuis deux heures, je n'avais pas envie de dormir, la nuit allait être longue. Malgré tout, j'ai continué à boire de la vodka, quelque chose me gênait dans son changement d'attitude, l'impression d'une fausse note. Au départ quand j'avais projeté de la violer et lui avait mis une claque elle n'avait eu aucune réaction. Subitement elle s'était mise en rage et m'avait frappé. Je ne remettais pas en cause la légitimité de sa riposte. Bien au contraire, elle avait bien fait de me frapper, premièrement parce que je m'étais conduit d'une façon inadmissible, mais aussi parce que les coups reçus m'avaient causé un choc qui m'avait sorti de la folie douce dans laquelle je me laissais glisser. Et puis à présent j'étais sûr qu'elle n'était pas une hallucination et mes Quatrième nuit 28
  31. 31. La Maison hématomes me le rappelleraient longtemps. À son arrivée elle n'avait pas l'air d'une femme battue, plutôt d'un chat affamé. J'avais bien vu son corps elle n'avait pas de marques de coups, j'en étais presque sûr. J'ai eu envie de fumer, je me suis levé pour chercher des clopes au cellier. Je me suis demandé si elle n'aurait pas elle aussi envie d'en griller une, mais je savais bien qu'au fond je cherchais un prétexte pour lui parler. J'avais l'impression de me réveiller d'un cauchemar. Tout à l'heure je m'étais jeté sur elle pour la frapper, tout à l'heure j'étais fou. Plus jamais. Plus jamais je ne veux perdre les pédales de cette façon. Mes divagations d'alcooliques, ma rage, mon envie de faire du mal avaient été une réaction d'enfant qui refuse la réalité et veut se venger. Mais tout à l'heure à mon réveil c'était autre chose, quelque chose de terrifiant, l'impression que j'allais être englouti par mon propre délire. Si un tel phénomène se reproduisait, je préférais me suicider. Je me suis demandé si mon cerveau était malade, ou bien si ma consommation d'alcool de ces dernières semaines pouvait expliquer cet état. Chaque fois que je repensais à mon réveil, je me sentais envahi par une peur épaisse et gluante. J'ai tenté de me rappeler si dans ma famille il y avait eu des fous. Pas à ma connaissance. J'ai décidé de faire du café, j'avais peur de m'endormir. En même temps j'étais trop imbibé pour arrêter de boire instantanément, d'autant que rien ne me prouvait que l'alcool soit responsable de ma crise de démence. J'avais envie de courir à l'étage voir la fille et lui demander : – Tu crois que c'est l'alcool, dis ? Tu crois ? Elle était la seule personne à qui je pouvais parler, en même temps elle devait me détester. J'ai allumé la lumière de la cuisine, j'ai regretté de ne pas avoir de poste de radio ou de télé pour me tenir compagnie et m'empêcher de perdre à nouveau la tête. Le silence m'agressait. Dans le cellier j'ai ouvert le gros congélateur et sorti cinq pizzas. J'allais faire à manger et manger. J'ai descendu deux bols de café très fort. Puis une vodka additionnée de coca. J'avais des dizaines de bouteilles de soda et de jus de fruits auxquelles je ne m'étais jamais intéressé. Au fil des semaines, le fils d'un épicier du bled le Quatrième nuit 29
  32. 32. La Maison plus proche m'avait livré la même liste de denrées que je n'avais jamais modifiée. À chaque fois qu'il venait j'étais saoul, il avait fini par inspecter le cellier et cessé d'amener les choses auxquelles je ne touchais pas. C'était tout à son honneur. J'ai mis deux pizzas au four puis j'ai allumé les lumières du salon, j'ai mis trois bûches à flamber, ça crépitait gentiment. Une autre vodka coca. Je sortais du four ma cinquième pizza, elles étaient toutes là alignées sur la table, bien appétissantes comme dans les pubs. Je me suis resservi une vodka coca, je me suis assis face à mes pizzas, j'ai allumé une clope. Comment pouvait–elle ignorer que sa tante était en maison de retraite? Elle cachait quelque chose, était sans doute manipulatrice. Peut–être mythomane. Mais moi j'étais comme un con face à mes pizzas et j'avais envie de tout sauf d'être seul. Elle allait partir demain. Il fallait que je prenne une décision pour moi, peut–être me faire hospitaliser, voir un psy, faire un scanner pour voir si mon cerveau était atteint. Je m'agitais pour calmer mon angoisse, pris la peine de mettre des glaçons dans ma vodka coca, et de me faire des ramequins de cacahuètes de chips et de cornichons, en même temps j'avais envie de hurler de rire en pensant aux semaines où je m'enfilais la vodka à la bouteille. Prêt à tout pour étouffer la peur, même à aligner pizzas et ramequins d'amuse–gueule, prêt à tout pour ne pas la deviner tapie prête à déclencher une autre crise. Comme je n'avais pas très faim, j'ai décidé d'aller prendre un bain. Et d'essayer de me détendre. Une fois à l'étage, à la recherche de vêtements propres, j'ai vu la porte de l'escalier menant au grenier ouverte. J'ai inspecté les trois pièces : la fille n'y était pas. Je n'étais jamais allé au grenier, lorsque j'y suis entré sa propreté m'a surpris, je m'attendais à trouver tout un bric–à–brac. Elle était assise sur le sol et elle pleurait. Je lui ai tendu les mains pour qu'elle se relève : restes pas là, tu vas attraper la crève. Elle s'est laissé faire, et comme elle me suivait docilement j'en ai profité pour placer mes pizzas: J'ai préparé à manger, viens. Égoïstement j'étais content de son désarroi, je n'allais pas passer la Quatrième nuit 30
  33. 33. La Maison soirée tout seul, je me disais ça tout en culpabilisant. On s'est mis à table. Je lui ai ramené du rhum. Elle m'ignorait, pleurant par intermittence. Au bout d'une bonne demi–heure, elle s'est calmée. J'ai dit : – Ecoute je suis... Elle a levé la main avec un soupir exaspéré. Elle buvait vite. – Ma tante est en maison de retraite? C'était pas une vraie question, plutôt un constat. – Pourquoi t'as rien dit depuis que t'es arrivée? – Je venais de me taper 500 bornes en stop. On est en plein hiver, je te rappelle. J'arrive ici et je tombe sur un cinglé qui m'ordonne de me taire. C'était ça ou crever de froid sous la neige. T'aurais fait quoi toi? Son ton était cassant et ironique, elle me regardait avec mépris. C'était surprenant après tous ces jours de passivité. Elle s'est remise à pleurer. J'ai dit: – Pardonne–moi... – Mais je m'en fous de toi, t'existes pas. T'es juste un emmerdement de plus. – Écoute si t'as besoin d'argent... – C'est d'un toit que j'ai besoin. J'en ai tellement rêvé de cette maison. J'étais sûre que c'était la solution. – Tu sais, il existe des tas de structures pour les femmes battues... – Je ne suis plus une femme battue. Je ne comprenais plus rien. – Mais tu m'as dit... – Tais–toi... Elle s'est levée le verre à la main, elle marchait lentement dans la maison tout en pleurant doucement. Elle m'a dit : – Tu sais quoi ? Dans la vie, faut pas rêver. Ça sert qu'à faire mal. Je répondais rien, je la regardais marcher et se resservir. Moi aussi je buvais, tout doucement. Je l'écoutais, mais surtout je pensais à Paris, j'avais envie de me tirer. Je pensais à ma mère. Je voulais rentrer chez moi. Je voulais me faire dorloter. D'un coup elle est tombée, trop bourrée pour marcher droit. Je l'ai assise sur le fauteuil. Je lui ai caressé la joue et je lui Quatrième nuit 31
  34. 34. La Maison ai dit doucement: – Raconte–moi ton rêve. – Et après tu me racontes ton cauchemar ? – Non. Elle a ri. – Ressers–moi encore... Je l'ai resservie, j'ai remis du bois dans la cheminée, et je me suis assis à ses pieds sur le sol, comme un enfant qui attend une histoire. Elle avait, plaqué sur la figure, un sourire amer que j'aurais voulu pouvoir effacer avec un mouchoir. – Vous êtes vraiment des enfoirés les mecs. J'ai souvent peine à croire que vous sortez de nos chattes. J'ai préféré me taire, j'avais rien à dire. Et comme je ne disais rien, elle a continué. – Y a trois ans, après que mon mari m'ait mis une énième raclée, je me suis adressée aux « structures » dont tu parlais tout à l'heure. J'ai été épaulée, pour mon divorce, rien à dire. Hébergée en foyer, pas de travail, pas d'amis, pas de famille à part ma vieille tante. J'ai vu passer des tas de nanas, certaines en étaient à leur troisième mec violent. Certaines arrivaient en sang et repartaient auprès de leur tortionnaire au bout de quelques semaines. Elle s'est allumé une cigarette. Elle m'a tendu son verre pour que je la resserve sans un mot le regard vide, comme si elle revoyait certaines de ces femmes défiler dans sa tête. Je l'ai resservie, sans un mot. – Moi je regardais, et je me disais : ah non, on ne m'y reprendra plus jamais. Trop de dégoût... Ça coûte trop cher l'amour. Je veux un coeur sec... Elle est restée quelques minutes silencieuse, perdue dans ses pensées. Je me disais que j'avais pensé la même chose pour des raisons différentes. – Au bout de quelques mois, le foyer m'a demandé de partager ma chambre avec une nouvelle arrivante. On était déjà plein, mais c'était un cas d'urgence. J'ai dit oui bien sûr. Un lit de camp a été installé près du mien. Et j'ai vu arriver une femme qui sortait de l'hôpital. Aurélie. Des fractures, des contusions. Sourde d'une oreille à force de prendre des claques. Et il s'est passé la seule chose à laquelle je ne m'attendais pas. Je Quatrième nuit 32
  35. 35. La Maison suis tombée amoureuse d'elle. Et elle de moi. Pour Aurélie c'était pas une première ce foyer. Son ex–mari la traquait et la poursuivait depuis des années et chaque fois qu'il le pouvait il l'envoyait à l'hôpital. Une fugitive... Ça fait deux ans qu'on galère. SDF. Dans les foyers on est rarement ensemble. Dans les squats on est des proies, avec toujours la peur de cet ex–mari qui la poursuit. Alors, j'ai pensé qu'il fallait qu'on quitte l'Île-de-France. J'ai pensé à ma tante et à sa maison. Je me suis dit qu'ici avec nos petits RMI on s'en sortirait. On s'occuperait des vieux jours de ma tante et on serait heureuses. Ensemble. Qu'on pourrait se poser et s'aimer loin de tout le reste. Aurélie est dans un foyer, elle a eu une place pour un mois. J'ai décidé de venir voir ma tante pour lui demander de nous héberger toutes les deux. Voilà pourquoi je suis ici. Elle s'est remise à pleurer doucement. Je continuais de me taire. Je me suis servi une vodka et j'ai fumé une cigarette. Je me sentais coupable parce que j'allais bien. J'allais mieux. Il se passait un truc en moi comme si j'atterrissais enfin. Depuis la mort de Marie, jamais je ne m'étais senti aussi « normal ». J'ai savouré la sensation longtemps, dans le silence. La fille s'était endormie sur le fauteuil. Je l'ai déposée sur le matelas. Après ça j'ai été prendre une douche, et me raser. Je ne voulais pas faire peur à ma mère lorsque demain j'arriverais à l'improviste. C'était une très mauvaise idée, sans la barbe mon visage était pire avec toutes les contusions qu'elle m'avait infligées. Après je suis monté à l'étage emballer quelques vêtements, rassembler des papiers. J'ai attendu que le jour se lève en pleurant. Mais c'était des larmes qui glissaient sur un sourire, parce que je repensais à tout le bonheur que j'avais vécu avec Marie. Je lui étais reconnaissant de tout ce qu'elle m'avait donné durant sa vie. J'ai pas dormi. J'ai attendu qu'il soit 9h00 pour réveiller la fille. Quatrième nuit 33
  36. 36. Dernière journée Le lendemain je lui ai demandé si elle avait son permis. Un peu surprise, elle m'a dit que oui. J'ai profité du long trajet jusqu'à la ville pour lui expliquer que je lui laissais la maison. Que je lui laissais aussi la vieille LADA que j'avais achetée en m'installant ici . Elle serrait les dents, mais je voyais les larmes dévaler ses joues. Près de la gare, il y avait un point fax. Je l'ai mise sur l'assurance, je voulais qu'elle comprenne que c'était solide. Bien sûr quand j'ai voulu lui donner de l'argent elle a refusé. Mais je ne l'ai pas laissé refuser. Je lui ai dit que je n'avais pas l'intention de vendre la maison ou de la louer. Je lui ai laissé les coordonnées de ma mère en cas de problème. Elle a dit : « c'est trop! ». J'ai haussé les épaules. En faisant irruption dans ma vie, elle m'avait sans doute sauvé de moi–même. Dernière journée 34
  37. 37. PDF version Ebook ILV 1.4 (février 2011)

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