GRANDÉVANGILE DE JEAN          TOME 7Révélations du Christ  à Jacob Lorber      Traduit de lallemand      par Catherine Ba...
Titre original : Johannes, das Grosse Evangelium, Band 7.Empfangen vom Herrn durch Jakob Lorber.Lorber Verlag, Postfach 18...
Volume VII                     Le Seigneur au mont des Oliviers (suite)                                   Jean, chapitre 8...
sera pareil à un prisonnier qui a reçu sa grâce, quand le geôlier, la mine réjouie,vient lui ouvrir la porte en disant : "...
ce monde, quils en fassent le même usage que notre frère Lazare, et ilsobtiendront en échange les richesses du ciel. Car c...
qui nous attend chez nous(*). Quant aux petits péages des chemins, nous y avonsencore assez de gens pour sen occuper.4. Da...
10. Agricola dit alors : « Seigneur, et si je rachetais tous ces esclaves des deuxsexes, pour le prix quen demandent ces m...
magnifiques coupes dor pur et les plats dargent quils avaient devant eux. Lessept Pharisiens aussi sapprochèrent et sémerv...
avait attirés.5. Or, avant de quitter leur pays avec cette marchandise, ils ont interrogé un devinpour savoir sils feraien...
pareil cas, cher ami, il convient de rassembler ses forces ! »18. Agricola : « Mais, très cher et très beau jeune ami, que...
4. À ces mots, le marchand Me considéra en ouvrant de grands yeux et dit: « Tune peux savoir cela et être un humain comme ...
12. Je dis : « En ce cas, rends-leur à tous la liberté, et, en échange, Je vousdonnerai la liberté éternelle de lâme et la...
5. Hibram dit : « Tu sais cela aussi ? Ah, tu peux vraiment tout ! Mais que fairedeux, si ce nest leur apprendre à être bo...
Chapitre 6                   De la différence entre le commerce et lusure1. Après cet événement solennel, si émouvant que ...
et à son travail, mais il ne doit pas vouloir, pour dix deniers, en gagner cent etmême davantage ! Comprends-tu ? Je ne co...
Chapitre 7                       Agricola interroge un chef du Temple1. À peine avais-Je prononcé ces paroles quune troupe...
de juges séculiers, cela à la condition expresse que les criminels quels quilsfussent, et spécialement ceux qui avaient mé...
3. Agricola dit : « Eh bien, voilà une belle façon de rendre la justice ! Nos lois nestipulent-elles pas que, quel que soi...
vérité ce quil en est de ton crime. Confesse tout sans rien cacher, car je peux tesauver, mais aussi te tuer, si jamais to...
7. Noble juge, en toute vérité, cest tout ce que je puis dire de mon crime ! Oh, neme condamne pas aussi durement que le T...
Temple qui vient à linstant de détourner de nous son visage, et tu me diras entoute vérité si tu le connais, et comment. »...
la justice, Dieu punit toujours la méchanceté dun pécheur endurci lorsquilpersiste dans le mal sans remords ni repentir. M...
à ton sujet ? »9. Agricola : « Il ne le fera pas, parce quil me connaît fort bien, pour avoir reçuma visite il y a quelque...
20. Agricola : « Quà cela ne tienne ! Je te laisse de bon cœur tous ceux que tuvoudras. »21. Lazare en fut fort satisfait,...
pauvres. Quen dis-tu ? Ma sœur Marie pourrait aussi venir, car je suis certainquelle en aurait une grande joie ! »9. Je di...
; car Lui seul sait ce quil en est de nous, et pourquoi Il nous a fait venir en cemonde. »17. Nos marchands desclaves fure...
parents étaient malades depuis plus de deux ans ! Et la seule volonté de cethomme magnifique leur a rendu la santé en un i...
très loin à la ronde.11. Tout ce que nous avons pu apprendre, cest quil y a un an, un prophète dunom de Jean aurait prêché...
20. La belle Juive « Ah, cela nous plairait certes fort ! Mais nous sommes trophumbles, et aussi trop grands pécheurs, pou...
7. Lazare : « Ah, très cher et très puissant ami empli de la gloire de Dieu, cestbien là le plus ennuyeux ! Jen aurais cer...
palais navait rien connu de tel.21. Aussi quelques-uns se levèrent-ils de table pour venir demander à Lazare ceque cétait ...
Terre elle-même - est aussi un miracle né de la volonté du Seigneur, avec la seuledifférence que, pour les besoins de la f...
La Grande Evangile de Jean - Vol. 7 (Jakob Lorber)
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L'œuvre principale de Nouvelle Revelation est le récit détailé des trois années d'enseignement de Notre Seigneur Jésus en 11 volumes - GRAND ÉVANGILE DE JEAN - Révélations du Christ à Jacob LorberTraduit de l'allemand par Catherine Barret - HELIOS. Titre original : Johannes, das Grosse Evangelium, Band 10. Empfangen vom Herrn durch Jakob Lorber. Lorber Verlag, Postfach 1851, D-74308 Bietigheim-Bissingen. La traduction et l’impression du livre present ont été élaborées avec le soutien des editions Lorber-Verlag et celui de l’Association de Soutien de l’Oeuvre de Jacob Lorber – D - Bietigheim

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  1. 1. GRANDÉVANGILE DE JEAN TOME 7Révélations du Christ à Jacob Lorber Traduit de lallemand par Catherine Barret HELIOS 1
  2. 2. Titre original : Johannes, das Grosse Evangelium, Band 7.Empfangen vom Herrn durch Jakob Lorber.Lorber Verlag, Postfach 1851,D-74308 Bietigheim-Bissingen.Pour la traduction française :© Editions HELIOS 2001La Turinière50530 MontVironISBN 2-88063-300-1 2
  3. 3. Volume VII Le Seigneur au mont des Oliviers (suite) Jean, chapitre 8 Chapitre 1 Un lever de soleil et sa signification spirituelle1. Tous les yeux étaient tournés vers lest, admirant la splendide aurore. La clartégrandissante illuminait les petits nuages au-dessus de lhorizon, et chacun disaitquil navait pas vu depuis bien longtemps un lever de soleil aussi magnifique.2. Et Je dis à tous ceux qui étaient là : « Voyez-vous, ce lever de soleil est fortsemblable au matin de la vie spirituelle de lhomme et au lever du soleil spiritueldes cieux dans son âme.3. Quand lhomme entend la parole de Dieu, le jour commence à poindre dans sonâme. Et sil a foi dans les paroles entendues, la clarté grandit en lui. Il commence àtrouver toujours plus de joie dans cet enseignement et à sy conformer. Alors,semblable au rougeoiement qui éclaire ces jolis nuages, le feu de lamour coloreses actes, et la clarté grandit en lui. Cette joie que la bonté et la vérité divines fontéprouver à lhomme lui font connaître Dieu toujours plus clairement, et son cœursembrase dun grand amour pour Lui, tout comme cette aurore qui rayonne àprésent dune grande clarté. Sa connaissance de Dieu, et par là de lui-même et desa grande vocation, croissent et sétendent comme cette aurore, dont la clarté estmaintenant telle que lon distingue très loin à la ronde les belles contrées de laterre.4. Cependant, le jour continue de grandir. Les nuages les plus proches du soleillevant - tels les actes du pur amour de Dieu - rayonnent dune lumière dorée.Enfin, le jour senflamme, et voici que le soleil lui-même sélève au-dessus delhorizon dans toute sa glorieuse lumière et sa majesté, et cest ainsi que, de mêmequun nouveau jour naît de la nuit par la puissance lumineuse du soleil, lhommerenaît par la puissance de la parole de Dieu, et de là par lamour de Dieu et duprochain qui grandit sans cesse en lui ; car cest cela, la régénération spirituelle delhomme: connaître Dieu toujours davantage, et donc toujours plus Laimer.5. Lorsque le cœur dun homme est ainsi embrasé dune véritable ferveur , la clartégrandit toujours plus en lui et devient une flamme brillante, lesprit de Dieu selève comme le soleil du matin, et il fait alors grand jour en lui. Mais ce jour nestpas pareil à celui de cette terre, qui prend fin avec le soir : cest un jouréternellement vivant, cest la nouvelle naissance ou la régénération de lesprit deDieu dans lâme de lhomme.6. En vérité Je vous le dis : celui dans lâme de qui un jour semblable se lève neverra plus jamais la mort ni nen sentira le goût, et, lorsquil quittera son corps, il 3
  4. 4. sera pareil à un prisonnier qui a reçu sa grâce, quand le geôlier, la mine réjouie,vient lui ouvrir la porte en disant : "Lève-toi, car ta grâce ta été accordée, et tu eslibre ! Revêts cet habit honorable(*), quitte ce cachot et va désormais librementdevant celui qui ta accordé cette grâce."7. Et si un prisonnier ne peut que se réjouir au plus haut point dune telle grâce,combien davantage lhomme régénéré en esprit, lorsque Mon ange viendra lui dire: "Frère immortel, lève-toi, quitte ta prison, et, revêtu de la gloire de Dieu, vadésormais librement sous le regard de Dieu, dont le grand amour ta accordé cettegrâce ; car désormais, tu nauras plus jamais à porter ce corps pesant et mortel."8. Croyez-vous que cette âme puisse être chagrinée quand Mon ange viendra ainsià elle ? »9. Près de Moi, le Romain répondit « Seigneur, qui pourrait encore être chagrinédans ces conditions ? Ce ne peut être le fait que dhommes du monde vivant danslégoïsme, lamour de soi et la parfaite méconnaissance de Dieu et de leur âme ;car ils ne savent rien de la vie de lâme après la mort du corps - et, même lorsquilsen ont entendu parler, ils ny croient pas, comme je ne lai constaté que tropsouvent. Jusquà présent, je nétais quun païen et le suis encore par laspectextérieur ; mais jai cru dès lenfance à limmortalité de lâme humaine, et, aprèsles apparitions dont jai été témoin, cette croyance est devenue une certitudeabsolue. Mais lorsquon raconte ces choses aux hommes de ce monde, ils en rient,haussent les épaules - enfin, ils considèrent tout cela comme le caprice duneimagination trop vive.10. La mort peut bien être une chose particulièrement effrayante pour les gens decette sorte, qui, de plus, aiment fort la vie : mais pour nous - surtout à présent que,grâce à Toi, Seigneur de toute vie, nous avons la plus grande confiance dans lasurvie éternelle de lâme après la mort physique -, cette mort physique ne peutplus guère nous causer dangoisse, surtout si elle nest pas précédée de maux quitourmentent trop violemment le corps jusquà sa fin. Mais, même alors,lapparition du geôlier ouvrant la porte de cette cruelle prison doit assurément êtrefort bienvenue ! - Telle est mon opinion et ma ferme conviction, quoi quenpensent les autres ! »11. Tous dirent : « Ah, nous pensons comme toi ; car qui pourrait encore seréjouir de vivre en un monde qui est le véritable enfer dans toute sa splendeurflorissante ?! »12. Je dis : « Oui, il en est bien ainsi ! Et cest pourquoi Je vous dis aussi : Quiaime la vie de ce monde perdra la vraie vie de lâme ; et qui naime pas cette vie etfuit ce quelle est la gagnera, cest-à-dire gagnera la vraie vie éternelle de lâme.13. Ne vous laissez pas éblouir par le monde, ne prêtez pas loreille à sestentations, car tous ses biens sont vains et périssables. Et si vous amassez desrichesses en ce monde, quelles soient de celles qui ne craignent ni la rouille, ni lesvers ! Cest pour gagner les trésors dont lesprit a besoin pour la vie éternelle quevous devez tout mettre en œuvre. Quant à ceux à qui il sera donné dêtre riches en(*) Le mot Ehre, «honneur», désigne aussi la gloire de Dieu ou en Dieu, doù le parallèle avec leparagraphe suivant. (N.d.T.) 4
  5. 5. ce monde, quils en fassent le même usage que notre frère Lazare, et ilsobtiendront en échange les richesses du ciel. Car celui qui a peu donne peu, maiscelui qui possède beaucoup doit donner beaucoup.14. Si un homme vraiment charitable donne à un assoiffé ne serait-ce quunegorgée deau de sa source, cela lui sera rendu dans lau-delà ; car celui quimanifeste son amour du prochain recevra lui aussi de l’amour dans lau-delà. Encela, ce qui compte nest pas ce quon donne à un frère pauvre, mais comment onle donne. Celui qui donne avec joie et par amour vrai donne doublement, et il luisera rendu ainsi dans lau-delà.15. Si tu possèdes beaucoup, encore une fois, tu peux donner beaucoup. Et si tudonnes à un pauvre avec joie et grande amitié, tu lui donnes doublement. Mais si,nayant toi-même pas grand-chose, tu partages pourtant avec joie et amitié avecplus pauvre que toi le peu que tu possèdes, tu le lui donnes dix fois, et, là encore,il te sera rendu pareillement dans lau-delà. Car lorsque vous faites cela pour lespauvres en Mon nom, cest comme si vous le faisiez pour Moi.16. Et si vous voulez savoir si chacun de vos dons et de vos bonnes actions Mestagréable, regardez le visage de ceux à qui vous avez fait du bien en Mon nom dela façon que Jai dite, et vous y verrez très clairement et distinctement combiencela Mest agréable.17. Seul est bien fait aux yeux de Dieu ce quon fait par amour véritable, car cequon fait selon la seule raison a peu de valeur pour celui qui reçoit, et encoremoins pour celui qui donne. Je vous le dis : cest un plus grand bonheur de donnerque de recevoir.18. Mais à présent, avançons-nous un peu, afin davoir vue sur la contrée deBéthanie. Car le grand marché, qui durera cinq jours entiers, commenceaujourdhui, et nous allons voir arriver une foule de marchands.» Chapitre 2 Les marchands arrivent à Béthanie1. Nous allâmes donc à lendroit doù lon voyait le mieux les parages de Béthanie,mais aussi un grand nombre de chemins et de routes menant à Jérusalem. Il yavait sur ces chemins et ces routes des péages où les étrangers devaient acquitterles droits exigibles. Or, depuis la veille, la plupart des publicains du lieu étaientavec nous, ainsi que plusieurs de leurs valets et serviteurs.2. Le docteur de la loi leur demanda donc sils ne feraient pas mieux deredescendre, car ils gagneraient ainsi beaucoup dargent.3. Un publicain répondit : « Ami, tu aurais pu tépargner une telle question ! Car sice gain purement matériel nous importait plus quun gain hautement spirituel,nous serions à coup sûr à nos postes, tous autant que nous sommes; rien ne nousempêchait de repartir comme nous étions venus ! Et si nous restons ici et ne noussoucions pas des caravanes de marchands qui passent sous nos yeux, cest quenous préférons le grand bénéfice quil y a ici pour notre vie au bénéfice matériel 5
  6. 6. qui nous attend chez nous(*). Quant aux petits péages des chemins, nous y avonsencore assez de gens pour sen occuper.4. Dailleurs, les boutiquiers vont bientôt commencer leurs affaires chez vous, auTemple. Te plairait-il donc que je te dise : "Regarde, ami, il y a déjà beaucoupdanimation devant les portiques du Temple ! Ne te soucies-tu donc plus de ce quetu peux gagner là ? Lor et largent massifs, les pierres et les perles séchangeronten quantité, et vous devez percevoir la dîme de tout cela. Vous donnera-t-onquelque chose, si vous ny êtes pas ? "5. Nous qui sommes des publicains et pécheurs à vos yeux, nous savons que vousavez tourné le dos pour toujours à votre Temple, et il serait donc fort mal venu denotre part de vous poser une telle question. Quant à nous, par amour du Seigneur,nous avons pris la ferme résolution de rendre à chacun dix fois ce dont nous avonspu le léser sciemment, et cest pourquoi tous ces marchands pourront aujourdhuipasser pour rien, au moins devant nos maisons et nos péages, sans que nousmourions de faim pour autant, loin de là. Laissons-les donc en paix pouraujourdhui !6. À cette réponse énergique du publicain, le docteur de la loi ne dit plus rien,mais sémerveilla en silence de la générosité du publicain et de ses compagnons.7. Lazare dit alors : « Mais ce soir, tous ces étrangers viendront à coup sûr ici, etje dois encore moccuper, en premier lieu, dapprovisionner au mieux ma cave,ainsi que ma cuisine et mes celliers. Ensuite, je dois aussi faire installer dehorsdes tables et des bancs supplémentaires, sans quoi il ny aura pas place pour tous.»8. Je lui dis : « Laisse donc cela, car, tant que Je serai là, tu seras pourvu au mieuxen toute chose. Quand bien même il viendrait deux fois plus de gens, ils auronttout ce quil faudra. - Observons donc tranquillement den haut la folle agitationdu monde. Combien de chameaux, de chevaux, dânes et de bœufs lourdementchargés sont venus par les routes et les chemins, apportant les trésors et les biensde leurs maîtres, et pourtant, tout cela sera vendu !9. Mais voici venir là-bas, sur la grande route qui vient de Galilée, des chariotstirés par des bœufs ; ils amènent des esclaves des contrées du Pont qui doiventêtre vendus à Jérusalem. Ce sont des jeunes gens et jeunes filles de quatorze à dix-huit ans, très beaux et bien faits. Ils sont au nombre de cent vingt pour lesgarçons, cent soixante-dix pour les filles. Cette vente-là, oui, nous lempêcherons,et pourvoirons ensuite à léducation de ces pauvres enfants libérés. Ces ventesdêtres humains sont interdites dans les murs de la ville, mais cette montagne, bienque toute proche, est déjà hors les murs, et cest pourquoi, comme vous le verrezbientôt, les propriétaires de ces chariots vont monter leurs échoppes juste au piedde cette montagne, puis envoyer de tous côtés des crieurs qui alerteront les clientset leur feront des offres. Seulement, nous les devancerons et leur reprendronstoute leur marchandise, après quoi nous leur dirons sur ce commerce infâmequelques paroles qui le leur feront regretter pour longtemps.(*) Les négociants viennent chez le publicain acquitter les droits sur les marchandises, tandisquaux postes de péage, on ne paie quun droit de passage. (N.d.T.) 6
  7. 7. 10. Agricola dit alors : « Seigneur, et si je rachetais tous ces esclaves des deuxsexes, pour le prix quen demandent ces marchands dhommes, et les ramenaisavec moi à Rome, où je leur ferais donner une bonne instruction avant de leuroffrir la liberté et la citoyenneté romaine ? »11. Je dis : « Ton idée et ton intention sont bonnes, mais les Miennes sont encoremeilleures ! À quoi bon donner de largent pour ce quon peut obtenir de pleindroit sans rien payer ?! Nes-tu pas de cet avis ? Permettre à ces gens de faireencore un bénéfice, ce serait les fortifier dans leur méchanceté ; mais lorsquilsauront fait plusieurs expériences semblables, ils se garderont, par la suite, derecourir à ces cruels expédients ! »12. Agricola répondit : « Seigneur, il est encore une chose à considérer. Il mesemble quen ce qui concerne le commerce des hommes, Rome a édicté pourtoutes les provinces une loi selon laquelle aucun esclave venant dun royaumeextérieur à lEmpire ne pouvait être introduit dans une province romaine sansautorisation dun gouverneur romain; et ces autorisations coûtent fort cher.Cependant, il arrive très souvent que les marchands desclaves introduisent ceux-ci frauduleusement dans nos provinces par des voies secrètes, souvent aussi grâceà de fausses autorisations. Si cela devait être le cas de ces marchands qui arrivent,il sera bien facile de leur confisquer leur marchandise ; mais si jamais ils sont enpossession d’une autorisation, il ny aura pas grand-chose à faire par des moyensordinaires, si ce nest leur payer la somme quils demanderont et les laisser repartirlibrement, parce que, dans ce cas, ils sont protégés par la loi. »13. Je dis : « Tu en as bien jugé ; mais noublie pas que Je suis Celui qui dicte Seslois à léternité et à linfini, et tu comprendras que, bien que leur étant pleinementsoumis en tant quhomme, Je ne sois pas lié par les lois de Rome lorsquil estnécessaire daller à leur encontre.14. Les gens qui ont amené ces esclaves sur le marché sont certes âpres au gain,mais aussi extrêmement superstitieux. Cette superstition aveugle est leur plusgrand ennemi, et Je sais par avance ce quil faut faire pour les châtier en sortequils renoncent non seulement à leur marchandise, mais à bien dautres choses, etquils soient encore trop heureux de sen tirer à si bon compte. Ils seront bientôt là,et alors, vous verrez et comprendrez assurément tout ce que la sagesse divine estcapable daccomplir.15. Mais pour lheure, rentrons à la maison et fortifions nos membres par un bondéjeuner, car les tables sont déjà servies. Entre-temps, nos marchands desclavesse seront installés, et nous leur ferons alors une petite visite. »16. Le docteur de la loi Me demanda : « Seigneur, niras-Tu pas au Templeaujourdhui ? Ce qui sy passe est vraiment fort mauvais ! »17. Je dis : « Que Mimporte cet infernal coupe-gorge den bas ?! Le vrai templede Yahvé est dans lhomme dont le cœur aime Dieu par-dessus tout et sonprochain comme lui-même ! - À présent, allons prendre notre repas du matin. »18. Là-dessus, nous rentrâmes tous à lauberge et nous assîmes aux tables, quiétaient déjà chargées de tout ce qui plaisait le mieux au goût de chacun, ainsi quedun excellent vin. Les Romains purent enfin admirer au grand jour les 7
  8. 8. magnifiques coupes dor pur et les plats dargent quils avaient devant eux. Lessept Pharisiens aussi sapprochèrent et sémerveillèrent sans fin de la pureté et dela beauté parfaite des récipients et de la vaisselle de table. Mais Lazare les invita àse mettre à table, sans quoi les poissons allaient refroidir, et les sept se mirentaussitôt à manger et à boire, tout en louant sans cesse lexcellence des mets et duvin. De leur côté, les quelque soixante-dix pauvres qui entouraient la femme netarissaient pas déloges sur les mets et le vin, et de même les publicains et leurscompagnons.19. Un Romain dit « Jai pourtant soixante ans, mais jamais encore mon palaisnavait connu de tels mets, et ce vin est véritablement digne des dieux ! »20. Ainsi se répandaient-ils quasiment sans fin en louanges et en remerciements. Chapitre 3 Superstition des marchands desclaves1. Comme nous étions encore là à manger et à boire, un grand éclair, suivi duncoup de tonnerre à faire tout trembler, jaillit soudain du ciel sans nuage. Effrayés,tous ceux qui étaient là Me demandèrent ce que cela signifiait.2. Je leur dis : « Vous le verrez bientôt ! Ce phénomène est le commencement dela fin pour nos marchands desclaves ; car, tandis que nous mangions et buvionsici, ils sont arrivés au pied de la montagne, où leurs chariots et charrettes sontarrêtés, et, sans cet éclair qui les a alarmés, ils auraient déjà commencé à vendreleur marchandise.3. Les peuples qui vivent tout au nord du Pont ont eux aussi une espèce dereligion, mais fort imparfaite ; de plus, elle est entièrement aux mains de devinsqui vivent à lécart de la population, le plus souvent dans de hautes valléesdifficilement accessibles, où ils possèdent leurs propres terres et des troupeauxfort nombreux. Ces devins descendent pour la plupart des Indiens, aussiconnaissent-ils la magie et toutes sortes de charmes ; ils ne descendent presquejamais dans les grandes plaines où vit une population nombreuse, mais sontpourtant connus très loin à la ronde, et les gens vont les voir, en certainesoccasions importantes pour eux, afin quils leur prédisent lavenir, bien sûr enéchange doffrandes considérables. En de telles occasions, il arrive aussi que cessages des montagnes parlent dêtres supérieurs invisibles et puissants qui leurcommandent comme ils commandent à tous les éléments, et dont eux-mêmes, cessages des montagnes, sont les proches serviteurs, maîtres des forces naturelles demoindre puissance. Naturellement, cela plonge toujours les pèlerins aveugles dansun profond étonnement, surtout lorsque ces devins, pour faire bonne mesure,accomplissent quelque prodige magique.4. Nos marchands desclaves viennent précisément de ces contrées, et ce pour laseptième fois déjà, bien quils ne soient encore jamais venus à Jérusalem, parceque, jusquici, ils vendaient leur marchandise en Lydie ou en Cappadoce, voire àTyr ou à Sidon, ou bien à Damas. Mais, pour une fois, ils se sont aventurésjusquà Jérusalem, où ils ne seraient dailleurs pas venus si Ma volonté ne les y 8
  9. 9. avait attirés.5. Or, avant de quitter leur pays avec cette marchandise, ils ont interrogé un devinpour savoir sils feraient de bonnes affaires. Et celui-ci leur a répondu gravement"Si vous ne voyez pas déclair et nentendez pas le tonnerre, vous trouverez desacheteurs." Cest tout ce quil leur a dit, et les marchands, pensant ne plus guèrerencontrer dorages à cette époque de lannée, ont pris cela pour une prophétiefavorable. Mais ce grand éclair et ce violent coup de tonnerre les ont détrompés,et ils sont à présent tout désemparés, au pied de la montagne. Deux nouveauxéclairs les intimideront encore un peu plus, et, quand nous descendrons, nousnaurons plus aucune peine à parler avec eux ! »6. Lun de Mes anciens disciples dit : « Je me demande quelle langue ils peuventbien parler. »7. Je dis : « Ne te soucie pas de cela, car aucune langue de ce monde ne Mestinconnue ! Cependant, la plupart dentre eux parlent la langue de lInde, quiressemble fort à lancien hébreu.8. Le disciple ne posa plus de questions, dautant que le deuxième éclair arrivaitdéjà avec un grand roulement de tonnerre, bientôt suivi dun troisième : mais lafoudre ne frappa que la terre, sans causer le moindre dommage.9. Or, après le troisième éclair, un adolescent dune merveilleuse beauté entra dansla pièce, se prosterna devant Moi et dit dune voix douce, et cependant ferme etvirile : « Seigneur, jaccours à Ton appel, afin daccomplir Ta sainte volonté. »10. Je dis : « Étais-tu avec Cyrénius et Jarah ? »11. Le Jeune homme répondit : « Oui, Seigneur, selon Ta sainte volonté. »12. Alors, les anciens disciples, reconnaissant Raphaël, savancèrent vers lui et lesaluèrent.13. Et le jeune homme leur dit : « Vous êtes bien heureux, vous qui pouvezdemeurer sans cesse dans la sainte présence du Seigneur ! - Mais avant que nouspassions à limportante et grande tâche qui nous attend, je voudrais moi aussimanger et boire. »14. Aussitôt, ce fut à qui lui offrirait le premier à boire et à manger. Les Romainslinvitèrent à leur table, et tous les autres le servirent avec empressement, nepouvant se lasser dadmirer la grâce de cet adolescent. Ils le prenaient pour le trèsbeau fils dune mère terrestre venu Me rejoindre sur Ma demande, et seuls lesanciens disciples savaient qui il était. Il mangea et but comme un affamé, et toussémerveillèrent de la quantité de nourriture quil pouvait avaler.15. Mais Raphaël leur dit en souriant « Amis, celui qui travaille beaucoup doitaussi beaucoup manger et boire ! Nen est-il pas ainsi ? »16. Agricola répondit : « Assurément, ô toi dont la beauté est véritablementcéleste ! Mais, dis-moi, qui sont ton père et ta mère, et de quel pays viens-tu donc?»17. Raphaël : « Patiente un peu ! Je suis ici pour quelques jours, et tu auras bien letemps de mieux me connaître. Pour lheure, une lourde tâche nous attend, et en 9
  10. 10. pareil cas, cher ami, il convient de rassembler ses forces ! »18. Agricola : « Mais, très cher et très beau jeune ami, quel travail peux-tu faireavec ces tendres mains de jeune fille ? Tu nas jamais accompli de durs travaux, ettu voudrais tatteler sans plus tarder à une tâche lourde et pénible ? »19. Raphaël : « Si je nai jamais accompli de durs travaux, cest seulement parcequaucune tâche ne mest pénible, si lourde quelle paraisse, et la suite te lemontrera ! »20. Là-dessus, Je dis : « Il est temps maintenant daller délivrer ces prisonniers !Partons donc ; mais ceux qui le veulent peuvent demeurer ici. »21. Cependant, tous demandèrent la permission de Maccompagner, et Je la leuraccordai. Cest ainsi que nous descendîmes rapidement de la montagne et fûmesbientôt près de nos marchands desclaves. Toute une foule de badauds était déjàassemblée là, contemplant les malheureux esclaves et ceux qui les vendaient.22. Mais Je fis signe à Raphaël de chasser cette foule oisive, et il les dispersacomme de la balle de blé : des lions à laspect féroce apparurent subitement parmieux, et ils senfuirent à toutes jambes, de peur dêtre dévorés. Chapitre 4 Conversion des marchands desclaves1. La foule ayant ainsi disparu, Je Mavançai vers le chef des marchands avecRaphaël, Agricola et Lazare, et lui dis dans sa langue : « Qui vous a donné le droitde vendre sur les marchés du monde des êtres humains, vos propres enfants,faisant deux les esclaves dacheteurs tyranniques et luxurieux ? »2. Le chef des marchands répondit : « Si tu as lintention de me les acheter, je temontrerai que jen ai le droit ; sinon, et si tu y tiens, je ne te dirai que devant leprocurateur de cette province que je fais cela à bon droit. Jadis, jai été moi-mêmevendu comme esclave , mais mon maître, que javais servi fidèlement, ma offertla liberté et beaucoup dargent. Je suis rentré dans mon pays et fais à présentcommerce de la même marchandise que jai été moi-même il y a vingt ans, quandje devais servir un autre. Esclave, jai été heureux ; pourquoi pas eux ?! De plus,cest dans nos contrées une très ancienne coutume, et nos sages ne nous en ontjamais demandé raison. Ainsi, nous ne transgressons pas les lois de notre pays, etpour le vôtre, nous payons une somme libératoire ; nous navons donc pas àjustifier de notre bon droit devant qui que ce soit ! »3. Je dis : « Mais, il y a trente jours, nes-tu pas allé dans la montagne et nas-tupas sacrifié trente brebis, dix bœufs, dix vaches et dix veaux ? Et ton devin ta dit :"Si tu ne vois pas léclair et nentends pas le tonnerre, ton voyage sera heureux."Mais tu as pris cela pour une prédiction favorable, pensant quà cette époque delannée, les orages étaient terminés, et quil ny aurait donc ni éclairs ni tonnerre.Avec dautres marchands, tu es parti pour ce long voyage. Et pourtant, voici que,suivant léclair, le tonnerre a grondé ! Que vas-tu faire à présent ? » 10
  11. 11. 4. À ces mots, le marchand Me considéra en ouvrant de grands yeux et dit: « Tune peux savoir cela et être un humain comme moi ! Car, dabord, tu nes jamaisallé dans notre pays, et ensuite, aucun homme au monde ne connaît le lieu oùdemeure le premier et le plus fameux des devins. Et aucun homme de notre paysne peut te lavoir révélé, car nous ne trahirions pas pour tout lor du monde. Alors,comment peux-tu connaître ce secret parfaitement caché ? Dis-le-moi, ami, et tousces esclaves tappartiennent. »5. Je dis : « Votre devin ne vous a-t-il pas dit un jour quil existait un autre Dieuplus grand, dont il navait connaissance que par danciens écrits secrets ? Et quecétait un mystère trop grand et trop inconcevable pour les mortels, qui nedevaient donc pas chercher à en savoir davantage ? Nest-ce pas là ce que vous adit votre devin ? »6. Le chef des marchands, à présent tout à fait hors de lui, répondit : « Je lai dis etje le redis : Tu nes pas un homme. Tu es un Dieu ! Comment Te résisterais-je,moi, misérable ver de terre que Tu pourrais anéantir dun souffle ?! Je fais unemauvaise affaire pour cette terre, il est vrai. Mais, quand bien même jeposséderais mille fois plus desclaves que ceux que jai ici, et qui, en vérité, montcoûté beaucoup dargent, ils seraient tous à Toi ! Car dans notre pays, ô grand etsublime ami, nous savons, pour lessentiel, où le bât nous blesse, mais noncomment y remédier ! Viens-nous en aide, ami, et Tu seras le maître nonseulement de ceux-ci, mais de mille en plus, et même dautant que Tu en voudrasencore ; car Tu nes pas un homme, mais un Dieu parfaitement authentique ! »7. Je dis à ceux qui étaient là : « Vous tous, prenez exemple sur ces hommes ! Cesont des marchands desclaves qui vivent dans la pire ignorance, et voyez avecquelle rapidité ils Mont reconnu ! Là-haut se dresse le Temple que David etSalomon Mont fait élever à grands frais - mais quelle immense différence entreces marchands desclaves qui ne vendent que le corps des hommes, et ceux quivendent les âmes à lenfer !8. Ces marchands desclaves sont des Élie comparés aux misérables assassins desâmes qui sont là-haut ! Cest pourquoi même Sodome et Gomorrhe seront mieuxtraitées par Moi, dans lau-delà, que cette misérable engeance de serpents. Car silétait arrivé à Sodome et Gomorrhe ce qui se passe ici, leurs habitants auraient faitpénitence sous le sac et la cendre et auraient été sauvés. Mais ici, Je suis venu enpersonne, et ils ont voulu sen prendre à la vie de Mon corps!9. Celui qui est ici à Mon côté est Raphaël, Mon ange bien-aimé ; or, Je vous ledis, il y a plus de ressemblance entre ces marchands desclaves et lui quentre luiet les serviteurs de Dieu qui sont là-haut ! Je vous le dis : ce marchand desclavesest un ange ; mais là-haut, ce sont des diables ! »10. Ayant dit cela, Je Madressai de nouveau au marchand desclaves : « Ami,combien veux-tu pour tous ces esclaves ? Parle. »11. Le chef des marchands : « Mon Dieu, puis-je Te réclamer quoi que ce soit,moi, faible mortel ? Je Te les donne tous, et mille fois plus, si seulement Tu mejuges digne de la grâce dapprendre de Ta bouche ce qui nous manque exactementet par où nous péchons. » 11
  12. 12. 12. Je dis : « En ce cas, rends-leur à tous la liberté, et, en échange, Je vousdonnerai la liberté éternelle de lâme et la vie éternelle. »13. Le chef des marchands répondit : « Laffaire est conclue ! Ah, il est facile detraiter avec les dieux. Délivrez tous les esclaves, car nous venons de faire lameilleure affaire qui soit ! Je suis convaincu davance que nos esclaves naurontpas à le regretter. Mais cest pourtant nous qui y gagnons le plus car nous avonsainsi racheté à Dieu notre vie éternelle. - Êtes-vous tous daccord, mescompagnons? »14. Tous dirent : « Oui, Hibram, nous navions encore jamais gagné autant ! Mais,pour une fois, notre devin sest grandement trompé ; car ce sont justement léclairet le tonnerre qui nous ont valu ce grand bonheur ! Quon les délie, et quils soientdésormais pour rien la propriété de ce vrai Dieu ! Quant à nous, prenons sanstarder le chemin du retour. »15. Je dis : « Oh, que non ! Jaccepte volontiers ceux que vous Moffrez , maisvous-mêmes, vous séjournerez ici encore trois jours, bien que pas à vos frais ; carJe paierai pour vous, en ce monde comme dans lautre ! » Chapitre 5 La libération des esclaves1. Là-dessus, Je fis un signe à Raphaël, et, à linstant, les prisonniers furent libreset parfaitement vêtus, eux qui jusque-là étaient nus. On conçoit aisément que cettelibération soudaine fit grande sensation ; le chef des marchands, nen croyant passes yeux, savança pour toucher les jeunes gens, et il put constater quil sagissaitbien là de ses esclaves, et que leurs vêtements étaient faits détoffe véritable.2. Alors, levant les bras au ciel, il (le marchand desclaves) sécria : « À présent, jeconnais clairement que vous êtes véritablement entre les mains des dieux ! Vousaussi, priez quils vous soient favorables ! Et si vous voulez être vraimentheureux, songez à vos parents restés dans notre dur pays, où ils ne trouvent quàgrand-peine une maigre subsistance et demeurent dans des huttes dargile et depaille ! Amassez toutes les connaissances possibles, puis rentrez au pays, afin que,grâce à vous, la lumière et le bien y parviennent enfin ; car dorénavant, aucun êtrehumain ne devra plus être emmené loin de nos contrées pour être vendu. »3. Après quoi Hibram se tourna vers Raphaël, dont il ne se lassait pas dadmirer labeauté et la délicatesse, et lui dit : « Ô toi dont la beauté est si rare, es-tu un dieutoi aussi, pour avoir pu accomplir cet acte merveilleux ? Comment as-tu fait pourdénouer si rapidement les liens de ces esclaves, et où as-tu trouvé tant devêtements précieux pour ces jeunes gens et jeunes filles ? »4. Raphaël dit : « Je ne suis pas un dieu, mais seulement, par la grâce de Dieu,Son serviteur ! De moi-même, je ne puis rien faire de plus que toi ; mais quand jesuis pénétré de la volonté toute-puissante de Dieu, alors, je peux tout et rien nemest impossible. Mais, dis-moi, que feras-tu des deux cents esclaves que tu aslaissés chez toi, parce quils nétaient pas encore assez gras pour être vendus ? » 12
  13. 13. 5. Hibram dit : « Tu sais cela aussi ? Ah, tu peux vraiment tout ! Mais que fairedeux, si ce nest leur apprendre à être bons et à se rendre utiles, et les considérerdésormais comme mes vrais enfants ? Cependant, je ten prie, procure-moidautres vêtements pour eux, et je les leur apporterai. »6. Raphaël : « Ce nest pas nécessaire pour le moment ; dans quelques jours,quand tu repartiras, et si toi et tes compagnons demeurez dans ces bonnesdispositions, vous trouverez chez vous à votre arrivée tout ce dont vous aurezbesoin. »7. Parfaitement satisfaits, Hibram et ses compagnons remercièrent Raphaël, etplus encore Moi-même, le Seigneur, car tous ces marchands reconnaissaientdésormais que, Moi seul, Jétais le Seigneur. Là-dessus, ils se souvinrent quilsavaient avec eux un assez grand nombre de chariots et de charrettes, et que leursanimaux de trait devaient être fort las.8. Hibram dit à Raphaël : « Tout-puissant ami merveilleux, où mettrons-nous noschariots et charrettes, et où trouverons-nous le fourrage pour nos animaux de trait?»9. Raphaël lui répondit : « Derrière les murs qui entourent cette montagne, qui estla propriété de cet homme qui parle à présent avec le Seigneur, il y a une quantitédabris et détables, et une réserve de fourrage suffisante pour vos bêtes, quipeuvent donc fort bien rester là avec vos charrettes. »10. Tout à fait rassuré, le marchand dit à ses valets demmener les bêtes sans plustarder, avec les chariots et charrettes.11. Je dis : « À présent que cette nouvelle œuvre est parachevée, retournons toussur la montagne, où les esclaves libérés se restaureront les premiers. Quand tuauras réglé tout cela, Hibram, tu viendras toi-même te restaurer avec tescompagnons et tes valets, et vous serez Mes invités ! »12. Chacun se réjouit fort de cet arrangement. Quant aux esclaves libérés, ils ne sesentaient pas de joie et voulaient tous Mapprocher et Me remercier. Comme, àcause de leur nombre, il ny avait pas place pour tous, ils se rangèrent en cercleautour de Moi, et, dans leur langue, Me supplièrent de les regarder et de lesentendre. Les considérant avec amitié, Je les invitai à parler.13. Alors, ils (les esclaves) Me dirent avec une grande émotion : « Bon père, nouste remercions de nous avoir sauvés et libérés de nos cruelles entraves ! Nousnavons rien à te donner, mais, à lavenir, nous voulons te servir comme si nousétions tes pieds, tes mains, tes yeux, tes oreilles, ton nez et ta bouche ! Oh,permets-nous de taimer, bon père ! Dans ta bonté et ton amour, demeure toujoursnotre père, et ne nous abandonne plus jamais ! »14. Alors, Mavançant tour à tour vers chacun deux, Je les pressai contre Moncœur en prononçant ces paroles : « La paix soit avec toi, Mon fils, Ma fille ! »15. Et tous, les tendres jeunes gens aux boucles blondes et les très gracieusesjeunes filles plus tendres encore, pleurèrent et couvrirent de larmes de joie Mesmains et Mes pieds. 13
  14. 14. Chapitre 6 De la différence entre le commerce et lusure1. Après cet événement solennel, si émouvant que tous ceux qui en furent témoinseurent les larmes aux yeux, Je dis à Raphaël : « À présent, conduis-les là-haut, etquon soccupe de les nourrir ; nous-mêmes, nous mangerons plus tard.»2. Raphaël conduisit les affranchis à lauberge, où, à leur arrivée, ils trouvèrenttrois longues tables déjà toutes servies, et ces enfants, car cest ce quils étaientencore en vérité - mangèrent avec joie et appétit ce quon leur avait préparé etburent aussi un peu de vin coupé deau, tout en devisant joyeusement entre eux.3. Quant à nous, nous nous attardâmes en chemin à observer le spectacle desnombreux marchands et boutiquiers qui venaient par les grandes routes menant àla ville, apportant toutes sortes de marchandises, de bêtes et de fruits.4. Le Romain Me dit : « Seigneur, il y a là beaucoup de Juifs ! Ne savent-ils doncencore rien de Toi ? Lindifférence avec laquelle tous ces gens passent devantnous est tout de même bien étrange ! »5. Je dis : « Beaucoup passeront encore devant Moi comme ceux-là, sans Me voirni Me reconnaître, et continueront à se vautrer dans la fange du monde jusquà ceque la mort les jette dans la tombe, et leur âme en enfer ! Ces marchands,boutiquiers et courtiers sont par trop éloignés des choses de lesprit, et ils sont aumilieu des hommes de bien ce que sont les plantes parasites sur les branches desarbres fruitiers et la mauvaise herbe dans un champ de blé. Laissons-les aller à larencontre de la mort et du tombeau ! »6. Agricola dit : « Mais, Seigneur mon Dieu, il faut pourtant bien que les hommespuissent commercer entre eux, sans quoi la vie deviendrait purement etsimplement impossible sur les terres pauvres et infertiles ! Je connais en Europedes pays si extraordinairement montagneux quils ne sont que pierres et rochers ;et cest par le commerce que les hommes qui y vivent reçoivent lessentiel de leursubsistance. Si on le supprimait, tout un grand peuple mourrait de famine ! Toiqui es le Seigneur du ciel et de tous les mondes, Tu dois bien savoir que ces gensne peuvent survivre que grâce à certaines transactions, aussi suis-je fort surprisque Ta très haute sagesse divine les condamne si absolument ! Car, sauf toutlimmense respect que je dois à Ta très pure divinité, mon bon sens et ma raisonhumaine ne peuvent applaudir à un tel jugement de Ta part ! »7. Je dis : « Ami, permets-Moi de te dire que ce que tu sais et comprends, Jelavais Moi-même compris bien avant quun seul soleil central se mît à briller dansune gousse globale !8. En vérité, Je te le dis : Je ne tonne pas contre le commerce juste et tout à faitbienfaisant qui existe entre les hommes car cest Moi-même qui ai voulu que leshommes dépendissent ainsi les uns des autres, et ce juste commerce est dailleurstout à fait dans lordre de lamour du prochain ; mais tu comprends bien aussi, Jelespère, que Je ne puis faire léloge de lusure, ce commerce parfaitementinhumain ! Lhonnête marchand doit recevoir le salaire correspondant à sa peine 14
  15. 15. et à son travail, mais il ne doit pas vouloir, pour dix deniers, en gagner cent etmême davantage ! Comprends-tu ? Je ne condamne que lusure, non le commercenécessaire et juste. Comprends-le bien, afin de ne pas tomber dans unedangereuse tentation. »9. Le Romain Me demanda pardon et reconnut sa grossière erreur.10. Là-dessus, Lazare sapprocha de Moi et dit : «Seigneur, puisque nous sommessur le point de rentrer à lauberge, car il ny a assurément plus grand-chose à faireici, consentirais-Tu maintenant à mapprendre ce quil en est de ce merveilleuxadolescent ? Qui est-il, doù vient-il ? Son costume est celui dun Galiléen, maisoù a-t-il trouvé toute cette sagesse et ces pouvoirs miraculeux ? Il semble âgé deseize ans à peine, et pourtant, il surpasse Tes anciens disciples ! Je Ten prie,explique-moi un peu cela. »11. Je dis : « Nest-il pas écrit : "En ce temps-là, vous verrez les anges de Dieudescendre du ciel pour servir les hommes". Sachant cela, tu comprendrasaisément ce que cest que ce jeune homme. Mais garde cela pour toi pour lemoment, car les autres doivent le découvrir par eux-mêmes. Mes anciens disciplesle connaissent déjà, mais eux non plus nont pas le droit de le dévoilerprématurément.12. Tu disais que nous allions retourner à ton auberge, mais cela peut bienattendre une heure ! Vois, les gens qui vont vers le marché sont déjà moinsnombreux, aussi les valets des Pharisiens vont-ils bientôt amener là-bas, surlesplanade au pied des hautes murailles, un pauvre diable qui, il y a une heure,poussé par la faim, a mis la main sur les pains exposés au Temple, et ils voudrontle lapider pour ce sacrilège ! Mais nous allons empêcher cela, et tu sais à présentpourquoi nous devons rester. »15. Cependant, Agricola Mavait entendu, et il savança vers Moi en disantSeigneur, jai entendu Tes paroles. Tout cela nest guère édifiant ! Les gens du (*)Temple ont-ils donc eux aussi un JUS GLADII ? Je connais tous les privilègesaccordés par Rome à ses peuples, mais je ne savais rien de celui-là ! Ah, je vaiscertes me renseigner sérieusement sur cette affaire ! - Mais Toi, Seigneur etMaître, dis-moi ce quil en est. »16. Je lui dis : « Quand les Romains sont devenus les maîtres des provincesjuives, ils ont examiné en détail la religion des Juifs et les préceptes de Moïse etdes Prophètes, et ils ont découvert quen effet, Moïse avait accordé au Temple,cest-à-dire aux prêtres, le droit de lapider à mort certains très grands criminels.Cependant, les prêtres nont pas le droit de condamner eux-mêmes à mort, mais ilsdoivent remettre le criminel aux juges, qui sont alors chargés de le juger selon lestémoignages loyaux des prêtres, et, si cest un grand criminel, de le remettre auxlapidateurs. Mais ce nest pas ce qui sest passé ici: aujourdhui les prêtres agissentarbitrairement et, pour pouvoir exercer leur propre JUS GLADII, ils paient uneredevance à Hérode, grâce à quoi ils sautorisent les pires abus, comme cest le casà présent. Mais soyons sur nos gardes, car ils arrivent ! »(*) Droit du glaive, cest-à-dire droit de vie et de mort. 15
  16. 16. Chapitre 7 Agricola interroge un chef du Temple1. À peine avais-Je prononcé ces paroles quune troupe assez nombreuse savança,traînant le malheureux cruellement maltraité.2. Je dis à Agricola : « Allons tous deux à la rencontre de ces deux sbires conduitspar un chef du Temple. »3. Nous arrivâmes devant eux alors quils franchissaient la grande porte, etJinspirai au Romain les paroles quil devait prononcer. Avec la voix forte et lamine sévère des Romains, il (le Romain) dit au supérieur : « Que se passe-t-il ici ?»4. Le supérieur dit : « Nous avons le droit de Moïse depuis très longtemps, ainsique le JUS GLADII, et nous pouvons les appliquer nous-mêmes en cas de sacrilègegrave ! »5. Le Romain : « Je suis ici en qualité de plénipotentiaire de Rome, mandaté parlempereur pour enquêter sur vos nombreux abus des privilèges que Rome vous aaccordés ! Qui vous a donné les pouvoirs dun juge séculier ? »6. Cette question importunait fort le chef templier, qui répondit : « Prouve-moidabord que tu es bien un envoyé de Rome ; car il est facile de se vêtir en Romainpour chercher à nous imposer de nouvelles lois au nom de lempereur ! »7. Alors, Agricola tira dune boîte en or un rouleau de parchemin muni de tous lesinsignes impériaux, et le supérieur neut plus aucun doute sur la qualité du porteurdun tel document.8. Agricola reprit dune voix sévère « Eh bien, jai produit sur-le-champ, à tarequête, le document que tu exigeais ; je te demande maintenant selon quel droitde juge séculier tu condamnes cet homme. »9. Le supérieur : « Je tai dit tout à lheure que, selon les lois de Moïse, le Templea le droit de punir de mort ceux qui commettent un sacrilège grave contre lui, etce droit est désormais sanctionné par Rome ; le Temple est donc dans son droitlorsque, pour faire un exemple, il punit de mort par lapidation un homme qui,comme celui-ci, a commis un crime contre Dieu et Son Temple. »10. Agricola demanda plus sévèrement encore : « Ce Temple existait donc déjà autemps de Moïse ? »11. Le supérieur : « Pas précisément; mais Moïse était un prophète et savaitcertainement, en esprit, que le sage grand roi Salomon bâtirait un temple à Dieu.Par conséquent, un sacrilège contre le Temple et ses institutions hautementsacrées est tout aussi punissable quun sacrilège contre Dieu en personne !»12. Agricola : « Sil en est ainsi, pourquoi Moïse a-t-il lui-même institué des jugesspéciaux pour de tels cas, au lieu de confier cette juridiction aux prêtres? Etcomment se fait-il que vous soyez devenus des juges ayant droit de vie et de mortsur un homme ? Moïse vous a seulement faits prêtres, et cest Rome qui a fait ensorte que, tels les juges du temps de votre roi Saül, vous ayez aussi une fonction 16
  17. 17. de juges séculiers, cela à la condition expresse que les criminels quels quilsfussent, et spécialement ceux qui avaient mérité la mort, fussent toujours remis aujuge séculier de la localité et quaucun prêtre neût plus à soccuper ensuite de ceque le tribunal décidait à propos de ce criminel. Il na donc jamais été de votreressort de juger ni de condamner quiconque, encore moins de porter vous-mêmela main sur lui !13. Vous allez donc relâcher ce criminel sur-le-champ. Je lentendrai moi-même etverrai par là si son crime mérite véritablement la mort ; malheur à vous si jedécouvre que vous avez commis une injustice envers lui ! »14. À cette menace, les sbires et les valets du Temple détachèrent le criminel etlamenèrent devant Agricola.15. Et le supérieur dit : « Le voici, ce coquin ! Interroge-le toi-même ! Jespèreque nous sommes dassez bons témoins, ces gardes et moi-même, pour quon nouspermette de contredire ses dénégations obstinées ! »16. Agricola : « Fort bien, mais jai moi-même à mes côtés un témoinparfaitement véridique, et cest pourquoi je vous déclare dès à présent que jepunirai sans pitié tout mensonge, tant de la part de ce criminel que de la vôtre !Cependant, je traiterai encore plus durement ceux qui auraient prononcé contre cemalheureux un jugement malveillant, donc hautement punissable !»17. À ce discours peu amène du Romain, le supérieur et ses valets furent saisisdune grande inquiétude ; le supérieur fit mine de vouloir séloigner, et les gardesdirent : «Nous ny sommes pour rien, nous autres ! Nous navons pas de volontépropre, mais devons obéir à celles du Temple. Cest avec le supérieur que tu doisrégler cette affaire, noble souverain ! Lorsquun criminel doit être puni, nousexécutons certes le jugement ; mais pourquoi un homme est réellementcondamné, nous nen savons que ce que les juges nous disent toujours en très peude mots. Comment pourrions-nous témoigner, que ce soit contre ce criminel ou ensa faveur ? Aussi, laisse-nous partir, noble souverain ! »18. Agricola leur répondit : « Il ne sagit pas de cela ; restez à cause du supérieur,comme il restera lui-même jusquà ce que jaie entendu ce criminel. » Chapitre 8 Les préceptes criminels du Temple1. Après cette sentence, ils se tinrent immobiles, et Agricola interrogea dabord lesupérieur en ces termes : « Quel crime cet homme a-t-il donc commis pourmériter la mort à vos yeux ? »2. Fort embarrassé, le supérieur répondit : « Hier après-midi, dune main hardie, ila osé toucher les pains sacrés exposés et en a même mangé, ce que seul le grandprêtre peut faire impunément, et cela avec des prières et des psaumes. Pris sur lefait, laudacieux a été condamné selon la loi à une mort méritée, et il na pas éténécessaire de linterroger, puisque son acte même était une preuve plus quesuffisante de sa culpabilité. » 17
  18. 18. 3. Agricola dit : « Eh bien, voilà une belle façon de rendre la justice ! Nos lois nestipulent-elles pas que, quel que soit le crime, il faut dabord examiner dans quellemesure le criminel est responsable de ses actes ? Si un idiot commet fût-ce uncrime très grave qui, selon les lois, vaudrait à lévidence la mort à un homme saindesprit, lidiot notoire doit être mis sous bonne garde afin de nêtre plus dangereuxà lavenir pour la société humaine, et, une fois amendé, il doit être libéré, ou, si saguérison nest pas complète, envoyé aux galères, afin dexpier ses péchés tout ense rendant malgré tout quelque peu utile aux hommes.4. De plus, chez un criminel, il faut considérer les circonstances qui, bien souvent,poussent un homme au crime pour ainsi dire par force ; circonstances qui, ellesaussi, peuvent fort atténuer le crime. Car il y a assurément une grande différenceentre tomber dun toit et, ce faisant, tuer un homme qui se trouvait là par hasard, etun meurtre prémédité. Et, entre ces deux extrêmes, il existe encore une foule decirconstances accessoires dont tout juge juste doit bien se pénétrer, parce quellespeuvent avoir pour effet soit dadoucir, soit au contraire daggraver un mêmecrime.5. Si, par exemple, quelquun venait se plaindre auprès de vous en disant "Cethomme a tué mon frère", et que vous condamniez à mort sur-le-champ lhommeainsi accusé sans chercher à en savoir davantage, quels tristes juges vous feriez !Nos lois nordonnent-elles pas formellement à tout juge de senquérir très (*)soigneusement du CUR, QUOMODO, QUANDO ET QUIBUS AUXILIIS , et de neprocéder quensuite au jugement ?! Est-ce ce que vous avez fait avec ce criminel ?»6. Le supérieur dit : « Mais, au Temple, nous ne connaissons que la loi mosaïque,qui est bien différente de celle de Rome ! »7. Agricola : « Vraiment ? Si cest votre Moïse qui a dicté les lois que vousobservez aujourdhui au Temple, il faut quil ait été un bien grand sot et unlégislateur bien cruel, et nous autres Romains sommes des dieux comparés à lui !Mais je connais fort bien les lois de Moïse ; elles sont bénignes et ont inspiré laplupart de nos lois publiques; cest vous, gens du Temple, qui êtes des menteurscoupables devant Dieu et devant les hommes, lorsque vous osez me soutenir enface que vos préceptes parfaitement absurdes, tyranniques et cruels ont étéinstitués par Moïse ! Ce sont vos propres règles, compilées par vous sans lemoindre scrupule et sans souci de Dieu, et cest avec ces lois monstrueuses quevous tourmentez aujourdhui à plaisir le malheureux peuple ! Comment pouvez-vous y voir une loi sanctifiée par un Dieu dune sagesse parfaite ? »8. Le supérieur : « Ce nest pourtant pas moi qui ai fait ces préceptes du Temple !Ils existent, et nous devons nous y tenir, quils viennent de Moïse ou de quelquundautre ! »9. Agricola : « Fort bien ! Nous autres Romains, nous saurons parer à vos sottises.Mais à présent, AUDIATUR ET ALTERA PARS(**) ! »10. Là-dessus, il sadressa au criminel dun air affable : « Explique-moi en toute(*) «Pourquoi, comment, quand et en quelles circonstances.»(**) «Il faut entendre lautre partie.» 18
  19. 19. vérité ce quil en est de ton crime. Confesse tout sans rien cacher, car je peux tesauver, mais aussi te tuer, si jamais ton crime mérite la mort ! » Chapitre 9 Déclarations du pseudo-criminel1. À ces mots, le criminel se leva et, rempli de courage, parla librement et sansréserve : « Noble seigneur, juge puissant et juste, je ne suis pas plus criminel quetoi-même et que celui qui est avec toi !2. Je suis un pauvre journalier, et le travail de mes mains doit assurer lasubsistance de mes parents, tous deux malades et presque impotents. De plus, jaiaussi à ma charge ma sœur cadette, qui na que dix-sept ans et huit mois et ne peutgagner sa vie elle-même, puisquelle doit rester à la maison pour soigner nosparents. Malgré notre pauvreté, cette aimable sœur est fort charmante, ayant étédotée par la nature dune grande beauté. Les gens du Temple le savent bien, hélas,et plusieurs dentre eux se sont déjà mis fort en peine pour la séduire, sansparvenir à leurs fins ; aussi nous ont-ils menacés, mes parents et moi, nous disant :"Attendez un peu, pauvres gueux, nous vous materons bientôt, et vous ne ferezplus tant les fiers ! "3. Le lendemain, je suis allé chercher de louvrage dans les maisons où jétaisconnu, et là, on ma dit que les prêtres mavaient déclaré grand pécheur, parce queje commettais linceste avec ma sœur de sang. On ma montré la porte, sans que jepuisse rien faire.4. Alors, je suis allé trouver plusieurs païens à qui jai conté ma détresse. Ils montdonné quelques sous, pour que je puisse du moins acheter un peu de pain. Maisces quelques sous nont guère duré, et nous navions plus rien à manger depuisdeux jours, moi et les miens. Je ne pouvais plus gagner ma vie ni rien demander àpersonne, dautant plus quen ces jours de fête, on ne peut pas davantage trouverde travail dans les autres contrées. Alors, je me suis tenu ce langage : "Serait-ceun si grand péché devant Dieu si un Juif sans reproche comme tu les faisait ceque fit jadis David, alors quil était affamé ?"5. À la fin de laprès-midi dhier, poussé par ma grande détresse, je suis entré dansle Temple, suis allé vers les pains exposés et me suis emparé du premier venu,dont je comptais, une fois ma faim apaisée, rapporter le restant pour apaiser lafaim non moins grande de mes parents et de ma sœur ; mais les gardes aux aguetsme découvrirent aussitôt, crièrent au sacrilège et me traînèrent sans pitié devantles prêtres. Mayant bientôt reconnu, ceux-ci sécrièrent : "Ah, mais cest notre fiermendiant, cet incestueux, qui vient maintenant profaner les pains consacrés ! Pourcela, il sera lapidé dès demain, avant la mi-journée !"6. Là-dessus, tout en me maltraitant et en proférant les pires insultes, on maentraîné vers un sombre cachot où jai langui jusquà ce matin. Quant à la façondont on ma traîné jusquici, tu en fus toi-même témoin, noble juge. Et Dieu seulsait ce quil adviendra ou est déjà advenu de mes malheureux parents et de mapauvre sœur ! 19
  20. 20. 7. Noble juge, en toute vérité, cest tout ce que je puis dire de mon crime ! Oh, neme condamne pas aussi durement que le Temple la fait, en particulier cesupérieur ! Car, à dire vrai, cest celui-là même qui voulait séduire ma chastesœur, comme je peux le jurer devant Dieu et devant tous les hommes ! Et je peuxaussi produire des témoins parfaitement loyaux qui confirmeront ces tristes faitssous la foi du serment ! »8. Plein de courroux contre le templier, Agricola dit : « Ami, lorsquun hommeparle avec une telle franchise, il nest pas besoin dautres preuves ! De plus, jai iciavec moi à lappui de tes dires un témoin tout à fait capital. Et quelquun amènerabientôt ici tes parents et ta sœur réconfortés - puis un autre viendra, qui me serafort utile pour confondre ces templiers ! » Chapitre 10 Les aveux du supérieur1. Et, à Mon appel intérieur, Raphaël était déjà là, et Je lui dis en esprit « Fais ceque le Romain te demandera, car cest Moi qui inspire ses pensées, ses paroles etsa volonté.2. En apercevant Raphaël, Agricola dit : « Je savais bien que tu ne te ferais pasattendre ! »3. Raphaël répondit : « Je sais déjà ce que tu veux. Tout sera fait en quelquesinstants, car les gens que tu réclames demeurent non loin dici, et jaurai donc tôtfait de les amener ici. »4. Le supérieur : « À quoi bon ? »5. Agricola : « Tu parleras lorsquon tinterrogera ; jusque-là, tais-toi ! »6. Là-dessus, lange sen fut rapidement et ramena bientôt les parents et la jeunefille, véritablement de fort belle figure malgré sa misère, et dix soldats romains lessuivaient, ainsi quun juge mandaté par Pilate.7. Raphaël dit à Agricola : « Cela devrait te convenir, ami ! »8. Agricola : « Assurément, car cest bien ce que je voulais. »9. Puis Raphaël se retira, se tenant prêt à intervenir sur un signe de Moi.10. Agricola se tourna vers les trois arrivants et leur demanda sils connaissaientbien lhomme maltraité.11. La sœur répondit : « Ô Dieu, quest-il arrivé à mon pauvre frère ? Hier après-midi, il est parti je ne sais où pour chercher du pain, car nous navions rien mangédepuis deux jours, mais il nest pas rentré. Nous étions fort inquiets et avons priéquil ne lui arrivât pas malheur. Et à présent, informés par cet aimable jeunemessager, nous le trouvons ici dans un état qui ne laisse rien supposer de bon ! »12. La sœur voulait en apprendre davantage, mais Agricola la rappela à lordreavec affabilité : « Laisse les questions pour le moment, charmante fille de Sion,car ton frère est déjà en de fort bonnes mains. Car je vais te présenter ce chef du 20
  21. 21. Temple qui vient à linstant de détourner de nous son visage, et tu me diras entoute vérité si tu le connais, et comment. »13. La .sœur répondit : « Seigneur, épargne-toi cette peine ; car, à mon grandeffroi, jai reconnu de loin ce misérable en arrivant ici ! »14. Agricola dit : « Quimporte ; cela vaut mieux pour vous tous. »15. Et, dune voix impérieuse, le Romain interpella le supérieur en disant :«Approche-toi à visage découvert, et parle ! Quas-tu à répondre à laccusation quivient dêtre portée contre toi ? Reconnais franchement la vérité, sans quoi je te laferai avouer sur la croix brûlante, afin que tu connaisses mieux la justice desRomains ! Car nous autres Romains, nous ne faisons dexception pour aucunesorte de prêtre ! Viens donc ici et parle. »16. Le chef templier se retourna enfin et dit dune voix tremblante : «Puissantseigneur plein de majesté, que puis-je répondre à cela ?! Hélas, cette malheureusea dit la vérité sur moi, et toute punition que tu voudras minfliger sera méritée ! Sijamais je retrouve la liberté, je rachèterai mille fois ma grande faute envers cettepauvre famille ; mais je ne mérite pas déchapper à un juste châtiment, aussi mesera-t-il bien difficile de réparer le mal que jai fait à cette pauvre familleparfaitement honnête. »17. Agricola dit : « Je ne juge pas comme vous selon la passion, mais selon ledroit ; pourtant, dans cette affaire, je le dis, tes premiers juges seront ces quatrepersonnes que tu as si cruellement offensées ! Comme elles te jugeront, je tejugerai moi-même ! Quant à la faute que ce malheureux affamé a pu commettreau Temple envers vos pains consacrés, cest Dieu qui en jugera. Sil lui pardonne,nous lui pardonnerons aussi, car envers nous, il na commis aucune faute. »18. Puis Agricola sadressa à la pauvre famille : « À présent, décidez ce que jedois faire de ce grand malfaiteur. Car non seulement il a doublement lésé votremaison en cherchant à déshonorer votre chaste fille et, parce quil avait échoué, encalomniant votre fils en sorte quil lui fût impossible de travailler, mais il a de pluscondamné votre fils à la mort par lapidation parce que, étant affamé, il sestemparé dune miche de pain consacré et, sans la présence de ce très grand ami deshommes, votre fils serait déjà mort à cette heure, et vous ne leussiez jamais revu !19. Il y a là aussi devant vous les brutaux sicaires du Temple qui leussent lapidémais avant tout, cest bien ce chef du Temple qui a été pour votre fils le juge leplus impitoyable et le plus injuste, puisquil la condamné à la lapidation ! Jenignore pas la loi qui défend de toucher aux pains exposés mais Moïse na décrétéla peine de mort que pour les cas de malice délibérée et persistante, et non pourles affamés, car dans ce cas, tout Juif, sil est dans un trop grand besoin, a le droitde les prendre pour sen nourrir, comme le fit votre grand roi David, quiconnaissait la loi de Moïse mieux que son grand prêtre dalors. Je déclare doncvotre fils innocent de toute faute ; à vous maintenant de vous prononcer sur legrand crime commis envers vous. »20. « Seigneur et puissant juge, répondit le père, nous rendons grâce au grandDieu, ainsi quà toi et à tes amis, de nous avoir ainsi miraculeusement sauvés dansun si grand péril. Mais, de même quIl finit toujours par faire triompher le bien et 21
  22. 22. la justice, Dieu punit toujours la méchanceté dun pécheur endurci lorsquilpersiste dans le mal sans remords ni repentir. Mais sil samende pour de bon,Dieu lui pardonne ses péchés, si graves et si nombreux quils soient. Cestpourquoi je ne condamne pas cet homme moi non plus, mais le remets à lavolonté de Dieu ; car Dieu seul est un juge très juste, et nous navons pas à jugerautrement celui qui fut pour nous un grand ennemi. Tous, nous lui pardonnons debon cœur le mal quil nous a fait. » Chapitre 11 Le jugement d Agricola1. En entendant ce jugement de la bouche de ce pauvre et honnête père, le cheftemplier fondit en larmes et dit : « Ô grand Dieu, que tes vrais enfants sont bons,et quelle nest pas notre méchanceté ! Oh, nous sommes une vraie engeance deserpents de lenfer ! Ô Dieu, punis-moi comme je le mérite ! »2. Agricola lui dit : « Si ceux qui pouvaient te condamner de plein droit ne lontpas fait, je ne te condamne pas moi non plus ; mais jai fait venir le juge afin quilvous interdise formellement, à toi et à tout le Temple, de plus jamais condamnerquiconque à mort - sans quoi vous devrez en répondre, toi et tous ceux duTemple. Quant à ces sicaires et à ces sbires, leur méchanceté délibérée envers cesmalheureux leur vaudra à chacun cent coups de fouet, afin quils connaissent àleur tour le bien que fait aux pauvres gens leur cruauté inhumaine. Que les soldatsles emmènent sur-le-champ à la prison pour les y fustiger ! Jai dit. »3. Alors, ils (les sbires) se mirent à hurler et à supplier.4. Mais Agricola leur dit : « Ce malheureux ne vous a-t-il pas supplié lui aussi dene pas tant le maltraiter ? Mais vous ne lavez pas écouté, alors quon ne vousavait ordonné que de le surveiller. Vous avez fait cela sans en avoir aucunementle droit, même en apparence, et cest pourquoi il ne vous sera pas fait grâce dumoindre coup de fouet ; au contraire, les bourreaux recevront lordre de frapperchaque coup aussi durement que possible. À présent, partez ! Car Dieu ne vousprendra pas en pitié, et moi encore moins ! »5. Sur quoi les soldats entourèrent les sicaires et les sbires, qui étaient en tout aunombre de quinze, et les emmenèrent sans ménagement.6. Cependant, le chef templier demandait au Romain en tremblant de crainterespectueuse : « Noble et puissant souverain, que dois-je décider exactement avecce juge ? »7. Agricola : « Je te lai déjà dit, mais, puisque tu nas pas encore compris, je te lerépète : accompagne le juge jusquau tribunal, où il te donnera des instructionstrès précises sur la conduite que le Temple devra observer à lavenir en ce quiconcerne les châtiments mosaïques. Toute violation de ces directives serasévèrement punie par Rome ! Ensuite, muni de ces instructions contresignées surmon ordre par Pilate, tu te rendras au Temple, où tu les feras connaître. »8. Le supérieur dit : « Mais que dirai-je à Pilate, si jamais il me pose des questions 22
  23. 23. à ton sujet ? »9. Agricola : « Il ne le fera pas, parce quil me connaît fort bien, pour avoir reçuma visite il y a quelques jours, et sait tout aussi bien pourquoi je suis venu dansces provinces romaines au nom de lempereur. Maintenant, va ! »10. Là-dessus, le juge et le supérieur sinclinèrent profondément devant Agricola,et le juge invita le supérieur à le suivre.11. Mais le supérieur dit : « Permets-moi de poser une question encore à cetenvoyé de lempereur. »12. Le juge : « Alors, fais vite, car nous autres juges navons guère de loisir en cestemps-ci ! »13. Sur quoi le supérieur sadressa de nouveau à Agricola en disant : «Puissantenvoyé de lempereur, je suis fort riche, mais ma richesse me dégoûte à présent !Et puisque jai traité cette pauvre famille avec une si criante injustice je voudraisautant que possible expier cette injustice en renonçant en sa faveur à tous mestrésors. Pendant que je serai chez le juge, ne devrais-je pas aussi faire établir unelettre de donation que je leur remettrais ensuite avec mes trésors, afin que nul nepuisse ensuite leur demander comment ils les auront obtenus ? »14. Agricola répondit : « Il ne manque pas de familles pauvres envers qui tupourras exercer une charité trop longtemps négligée ; quant à cette famille, onpeut dire quelle est déjà aussi bien pourvue quil est possible. Tu peux donc partirsans plus tarder. À lavenir, sois juste et crains Dieu, et pareille mésaventure netarrivera plus. Jai parlé ! »15. Alors, sinclinant derechef, les deux hommes sen allèrent.16. Quant à nous, nous retournâmes avec la famille sauvée vers les nôtres, qui,remplis de curiosité, attendaient avec impatience dapprendre ce qui sétait passé.Car, sils nous voyaient, ils étaient trop loin pour avoir entendu ce que nousdisions. Même le marchand desclaves Hibram et ses compagnons se pressaientautour de nous, cherchant à savoir ce qui avait pu arriver.17. Mais Je dis à Lazare : « Ami, il importe avant tout de donner à ces quatre-làde quoi se restaurer, car ils nont rien mangé depuis plus de deux jours - et, pour lereste, nous aurons bien le temps den discuter là-haut. Ces deux vieillards étaientfort malades et affaiblis, mais ils sont guéris à présent. Ce jeune homme robuste,mais qui semble avoir été maltraité, est celui-là même qui devait être lapidé, etcette très charmante jeune fille est sa sœur ; ce sont les deux enfants de cettefamille pauvre, mais honnête. Tu sais à présent à qui tu as affaire ! »18. Agricola dit à son tour : « Quant à ce quils mangeront, cela devra être mis surmon compte aussi longtemps que je séjournerai ici, et je souhaite également quilssoient installés à ma table et servis au mieux. Ensuite, je les emmènerai avec moià Rome. De même, je prendrai sur mon compte tous les esclaves et, à lavenir,mettrai tout en œuvre pour garantir leur bonne santé et les progrès de leur esprit. »19. Lazare dit : « Ami, jaimerais pourtant en garder quelques-uns avec moi : carje nai ni femme, ni enfants, et jaimerais fort en adopter plusieurs. » 23
  24. 24. 20. Agricola : « Quà cela ne tienne ! Je te laisse de bon cœur tous ceux que tuvoudras. »21. Lazare en fut fort satisfait, et, reprenant notre chemin, nous fûmes bientôt enhaut de la montagne. Chapitre 12 Le repas à lauberge1. En arrivant au sommet, nous trouvâmes tous les esclaves rangés en bon ordre :du plus loin quils Me virent, ils Me saluèrent en disant : « Salut à toi, cher et bonpère qui nous as délivrés de nos liens cruels ! Tu nous as donné de beauxvêtements neufs, si bien que nous faisons plaisir à voir à présent, et tu nous asrassasiés de mets excellents et de boissons à la fois fortes et douces ! Ô cher etbon père, viens, viens, que nous texprimions notre amour et notre gratitude ! »2. Et, quand Je fus près deux, ils se pressèrent autour de Moi, Me couvrant debaisers et de caresses.3. Les disciples leur firent entendre quils ne devaient pas Me presser etMimportuner ainsi.4. Mais le dis aux disciples : « Laissez-leur cette joie parfaitement innocente ! Caren vérité. Je vous le dis : celui qui ne Maime pas comme lun de ces vrais enfantsne viendra pas à Moi. Car celui que le Père (en Moi) nattire pas ne viendra pas auFils (la sagesse de Dieu). Et cest parce que le Père les attire que ces enfants sepressent ainsi autour de Moi. Ils ne savent pas encore qui Je suis, et pourtant, ilsont reconnu le Père en Moi bien mieux que vous ne lavez fait jusquà ce jour.Quen pensez-vous ? »5. Les disciples ne dirent plus rien, car ils sentaient bien quils ne Mavaientencore jamais accueilli dans leurs cœurs avec autant damour que ces enfantsvenus des grands froids du nord.6. Quand les enfants Meurent assez caressé et remercié, ils se retirèrent en bonordre, et nous rentrâmes à lauberge, où nous nous assîmes aux tables dans lemême ordre que la veille, à lexception des quatre pauvres quAgricola, dans sabienveillance, accueillait à sa table. Quant à Hibram et aux autres marchandsdesclaves, ils prirent place aux côtés des sept Pharisiens, et, quand tout fut ainsiarrangé, on apporta les plats, le pain et le vin, en si grande abondance que lesmarchands desclaves furent confondus dadmiration devant la magnificence de cerepas. Raphaël était assis près de Moi, afin de se tenir en quelque sorte à Madisposition pour le cas où Jaurais besoin de ses services.7. Cependant, pour des raisons bien compréhensibles, les quatre pauvres étaientfort misérablement vêtus et leurs habits en piteux état, ce qui faisait grand-peine àLazare, assis près de Moi lui aussi.8. Cest pourquoi il (Lazare) Me dit « Seigneur, chez moi, à Béthanie, jai desvêtements en quantité. Je pourrais envoyer quelquun en chercher pour ces 24
  25. 25. pauvres. Quen dis-tu ? Ma sœur Marie pourrait aussi venir, car je suis certainquelle en aurait une grande joie ! »9. Je dis : « Ami, le souci que tu as des pauvres Mest toujours fort agréable, etcest bien pourquoi Je loge chez toi ; mais en la circonstance, cest encore Moi quipourvoirai ceux-ci, comme Je lai fait pour les enfants qui sébattent à présentdehors. Tes deux sœurs ont déjà bien assez à faire chez toi avec tous les étrangersqui y sont; mais lorsque Je quitterai ces lieux, Jirai dabord chez toi à Béthanievoir tes sœurs et leur parler. Quant à ces quatre pauvres, tu les verras bientôtmieux vêtus, et dun habit romain. Mais laissons-les dabord fortifier leur corps etleurs membres - il sera bien temps ensuite de soccuper de lextérieur ! - Es-tucontent ? »10. Lazare dit : « Parfaitement, Seigneur, car nest juste et bon que ce que Tuordonnes ! Mais à présent, mangeons et buvons, et quand nous serons tous bienrestaurés, nous pourrons reparler de bien des choses. »11. Tous se mirent alors à manger et à boire avec bonne humeur, ne tarissant pasde louanges tant sur les hôtes que sur lexcellence des mets et sur le vin délicieuxqui réjouissait le cœur. Les marchands desclaves, tout à fait transportés de joie,confessèrent quils navaient jamais rien goûté daussi extraordinairement bon danstous les voyages quils avaient faits dans les contrées méridionales de la terre.12. Un Pharisien assis à la même table leur dit : « Hé oui, chers amis étrangers, lesmauvais enfants vivent souvent mieux dans la maison du père que partout ailleurs,loin de la maison paternelle !»13. Hibram : « Comment devons-nous entendre cela ? »14. Le Pharisien, qui, bien sûr, était à présent tout à fait converti, dit en Medésignant : « Voyez, notre vrai et authentique Père est assis là, parmi nous quisommes, comme tous les hommes de cette terre , Ses mauvais enfants ! Ceux quiviennent à Lui, Le reconnaissent et Laiment sont les meilleurs de Ses enfants, et,par Sa sagesse et Sa volonté toute-puissante, Il fait toujours en sorte que leur sortsoit doux dès cette terre, mais bien plus encore dans le royaume des espritséternels, qui ne meurent pas, mais vivent à jamais. Cest pourquoi je dis que mêmeles mauvais enfants ne se trouvent jamais mieux que dans la maison de leur vraiPère. Comprends-tu à présent ? »15. Hibram : « Oui, oui, je comprends, et tu as parfaitement raison ; pourtant, cethomme est Dieu, en vérité, et Il est donc trop sublime pour être le Père desmauvais hommes que nous sommes ! Il me semble même que ce serait une trèsgrande témérité de Lappeler Père ! »16. Le Pharisien : « Tu nas pas entièrement tort, il est vrai : pourtant, cest Lui-même qui nous enseigne cela, et qui menace même dêtre exclus de la félicité dela vie éternelle tous ceux qui ne le croiraient pas dans leurs cœurs, et, sIl nousmontre que Lui seul est le Créateur et le vrai Père de tous les hommes, nousdevons bien le croire - mais nous devons aussi vivre en ce monde selon la trèssainte volonté quIl nous a fait connaître, car ce nest quainsi que nousdeviendrons dignes dêtre Ses enfants. Et si cest Lui-même qui nous enseignecela, nous devons bien laccepter avec amour et gratitude, et faire ce quil nous dit 25
  26. 26. ; car Lui seul sait ce quil en est de nous, et pourquoi Il nous a fait venir en cemonde. »17. Nos marchands desclaves furent parfaitement satisfaits de ces bonnes raisons,et ils se remirent à manger et à boire tout en sentretenant avec les Pharisiens, pourautant que leur langue le leur permettait. Cependant, ils se comprenaient de mieuxen mieux avec le temps, parce que lun des Pharisiens connaissait assez bienlancienne langue hébraïque, dans laquelle ces nordiques descendants dhabitantsde lInde exprimaient encore leurs pensées sous une forme à peine corrompue. Chapitre 13 Agricola parle du Seigneur1. Aux autres tables, on se taisait encore, car chacun guettait le moment où, peut-être, Je Mexprimerais sur quelque sujet. Mais comme Je gardais le silence Moiaussi, les langues commencèrent peu à peu à se délier. Les Romains firent un peumieux connaissance avec la famille pauvre, et Agricola demanda à la jeune fille,qui était véritablement charmante, si elle navait pas de meilleur vêtement quecelui quelle portait.2. La jeune fille répondit : « Noble et puissant seigneur, je possède certes unehaire dans notre misérable demeure, mais elle est encore plus mauvaise que larobe de lin que je porte à présent. Nous nétions pas si misérables autrefois, quandnos parents étaient en bonne santé et pouvaient encore travailler. Mais, il y a deuxans, ils sont tombés gravement malades, et tout est allé de mal en pis. Malgré toutson zèle, mon frère ne pouvait gagner assez pour nous procurer davantage quenotre maigre subsistance, et cest ainsi que, sans quil y ait de notre faute, noussommes tombés dans cette grande pauvreté où nous neussions pas survécu plusde deux jours encore si vous ne nous aviez sauvés, toi et ton ami, de cette façonquasi miraculeuse ; car je ne comprends toujours pas comment ce beau jeunehomme a pu trouver notre misérable demeure, comme si, Dieu sait comment, ilconnaissait parfaitement les recoins les plus cachés de cette grande ville. Qui (*)peuvent donc bien être cet homme magnifique et le jeune homme dune beautémerveilleuse qui est à son côté ? Consentirais-tu à mexpliquer un peu tout cela ?»3. Agricola dit : « Ah, pauvre chère petite, très belle fille de Sion, ce nest pas enmon pouvoir, vraiment ; car si je suis assurément un grand et puissant seigneurdans lempire romain, je ne suis rien en comparaison de cet homme magnifique etde ce bel adolescent ! Si jenvoyais aujourdhui à lempereur de Rome un messageraccrédité porteur dun billet de ma main, il menverrait certes des légionsnombreuses avec lesquelles je pourrais porter la guerre dans toute lAsie, et celavictorieusement - mais que serait-ce comparé à la puissance infinie de cet hommemagnifique ?! Lorsqu Il veut une chose, cest un fait accompli !4. Comprends-tu bien, ma chère fille de Sion, ce que cela signifie ? Tu las dit, tes(*) Herrlich, autre mot qui renvoie à la gloire (Herrlichkeit) de Dieu, cette fois dans Samagnificence (voir 1,6). (N.d.T.) 26
  27. 27. parents étaient malades depuis plus de deux ans ! Et la seule volonté de cethomme magnifique leur a rendu la santé en un instant, et cest Lui aussi qui a suindiquer très exactement à ce jeune homme la demeure où il ne pouvait manquerde vous trouver. De même, il y a trois heures environ, cet homme magnifiquenous a dit ce qui attendait ton frère, et cest ainsi que, par Sa seule grâce, il ma étépossible de vous sauver, ton frère et vous ; aussi nest-ce pas moi, mais Lui seulqui vous a tous sauvés, car je nai été que Son instrument parfaitement aveugle.5. Tout à lheure, tu as vu aussi, dehors, ces garçons et ces fillettes dunemerveilleuse beauté. Or, ces êtres merveilleux devaient tous être vendus commede malheureux esclaves ! Et cest encore cet homme magnifique qui les a délivréset très bellement vêtus de pied en cap en un instant, raison pour laquelle ils ontsalué en Lui un père bien-aimé. Et sil en est ainsi, comme cest le cas en toutevérité, quest-ce donc que tout mon pouvoir comparé à un souffle de Sa volonté ?!Cest pourquoi vous devez vous aussi prêter attention avant tout à cet hommemagnifique ; car les hommes sont encore bien loin dimaginer ce dont cet homme-là est capable par Sa seule volonté. Et ce que je viens de te dire en toute sincéritéest la pure vérité. Quen dis-tu ? »6. Ils répondirent tous les quatre « Ah, si cet homme magnifique est vraimentcapable de tout ce que tu dis, toi, un témoin si parfaitement digne de foi, il fautbien que ce soit un très grand prophète ! Car le Messie que nous attendons, nous,les Juifs, sera très puissant en paroles et en actes, mais Sa venue doit dabord êtreannoncée par le grand prophète Élie, et aussi, selon lopinion de beaucoup, par sondisciple Élisée. Après tout, cet homme ne pourrait-il être Élie en personne, oubien son disciple Élisée ? »7. Agricola : « Je ne sais pas trop ce quon dit là-dessus, mais fort bien ce quon ditdu Messie, et cest avant tout pour Lui que jai fait le voyage de Rome jusquàJérusalem. Navez-vous donc jamais entendu parler du fameux Sauveur galiléen,pourtant connu de tous à présent ? »8. Le père : « Noble seigneur et honoré ami, les pauvres journaliers que noussommes ne vont au Temple tout au plus que dix fois par an ; nous y faisons notrepetite offrande et y entendons quelque sermon auquel nous ne comprenons rien.Aussi, quand bien même il se passerait un événement extraordinaire, nous nensaurions assurément pas grand-chose, si ce nest rien du tout, dans lisolement oùnous nous trouvons.9. De plus, il y avait deux ans déjà que nous étions grabataires. Notre fils devaittravailler tous les jours, y compris le sabbat, pour nous assurer tout juste unemaigre pitance. Les jours de sabbat, il travaillait chez un Grec ou un Romain,puisque ceux-ci, bien sûr, ne respectent pas notre sabbat, et cétait encore unegrande chance pour nous, sans quoi nous aurions fort bien pu jeûner tout à fait cesjours-là, particulièrement les deux dernières années.10. Si tu considères tout cela, noble seigneur et ami, tu comprendras aisémentcomment, même au milieu de cette grande ville, une famille très pauvre peut êtreaussi peu au courant des événements, même les plus extraordinaires, que si ellehabitait à lautre bout du monde ! Aussi ne peut-on vraiment pas nous imputer àfaute de ne savoir pour ainsi dire rien de ce fameux Galiléen, bien quil soit connu 27
  28. 28. très loin à la ronde.11. Tout ce que nous avons pu apprendre, cest quil y a un an, un prophète dunom de Jean aurait prêché contre les Pharisiens dans un désert au bord duJourdain, leur disant quelques fortes vérités. Mais nous ne savons pas ce quil estdevenu par la suite. Cet homme magnifique serait-il par hasard le prophète enquestion ? »12. Agricola répondit : « Non pas; mais vous aurez bientôt le bonheur de faireplus ample connaissance avec Lui. Aussi, mangez et buvez, afin dêtresuffisamment fortifiés pour supporter la grande révélation qui va vous advenir -car ce nest pas rien de faire la connaissance de celui que vous qualifiez dhommemagnifique ! »13. Là-dessus, les pauvres gens se remirent à manger et à boire avec bonnehumeur. Ce que faisant, ils furent frappés par la beauté et le poids de la vaisselle,et plus encore des cruches et des coupes dor.14. La jeune fille, qui considérait ces objets avec toujours plus dattention, finitpar demander à Agricola : « Mais dis-moi, grand et puissant seigneur, nest-ce paslà de largent et de lor purs ? Tu les as sans doute apportés de Rome avec toi ?Oh, cela doit être véritablement fort coûteux ! »15. Agricola lui répondit : « Oui, belle fille de Sion, ces récipients auraient certescoûté fort cher sil avait fallu acheter lor et largent pour les fabriquer ! Mais ils nemont absolument rien coûté, et pas davantage à Celui qui les a fabriqués dunemanière tout à fait miraculeuse, et pourtant, ils sont tous dune valeur inestimable.Car il nest rien dimpossible à Celui qui est tout-puissant ! Comprends-tu cela ? »16. La belle Juive : « Oui, je le comprends, si ce nest que Dieu seul est tout-puissant ! Dieu est-Il venu ici en personne, ou a-t-Il envoyé, pour accomplir un telmiracle, lun de Ses anges ? Car de tout temps, il est arrivé de ces choses dans lepeuple juif. »17. Agricola : « Ma chère et véritablement très belle enfant, tu as raison ! Dieuétait ici en personne, et Il y est encore, Se faisant reconnaître par ceux quiLaiment dun amour vrai et pur ! Et si ton cœur est vraiment plein damour pourLui, Il Se dévoilera à toi aussi, et à vous tous ! - Me crois-tu, ma toute belle ? »18. La jeune Juive, plus belle à chaque instant, demanda : « Mais Dieu nest-Il pasun esprit que nul ne peut voir sans perdre la vie ? Car il est écrit dans Moïse :"Nul ne peut voir Dieu et vivre" ! »19. Agricola : « Tu dis vrai ; mais il est aussi écrit chez les autres Prophètes quelesprit éternel de Dieu - cest-à-dire Dieu même - se revêtira un jour de chair pourlamour des hommes et, devenu homme Lui-même, marchera parmi eux et leurmontrera en personne le vrai chemin de la Vie. Cest ainsi quil est possibleaujourdhui à un juste de voir et dentendre Dieu, non seulement en conservant savie terrestre, mais en recevant en outre la vie éternelle de lâme, de telle sorte quilne verra plus jamais la mort et nen sentira pas le goût. Car lorsquun hommemeurt selon le corps, son âme continue pourtant de vivre éternellement, et ce dansla plus parfaite félicité. Que penses-tu de cela ? » 28
  29. 29. 20. La belle Juive « Ah, cela nous plairait certes fort ! Mais nous sommes trophumbles, et aussi trop grands pécheurs, pour une grâce aussi inouïe ! Car, dabord,il y a bien longtemps que nous navons pu célébrer le sabbat comme il se doit etque nous sommes donc au nombre des grands pécheurs, et ensuite, nous navonspu nous laver de ce péché, faute den posséder les moyens. Aussi, même si Dieuvenait à présent corporellement parmi les hommes, Il ne nous regarderait certespas. Bien sûr, Il est venu vers Abraham, Isaac et Jacob, mais cétaient là deshommes sans péché et dune extraordinaire piété. Que sommes-nous encomparaison ? Ainsi, jaurais beau aimer Dieu démesurément, Il est bien trop saintpour accepter lamour dune pécheresse. »21. À ces mots, Je Madressai à la Juive assise à Ma table : « Ma chère fille, Dieune regarde pas les péchés des hommes, surtout ceux de ta sorte, mais seulementleur cœur ! À celui qui aime vraiment Dieu, tous les péchés sont remis, quandbien même ils seraient aussi nombreux que les brins dherbe de la terre et lesgrains de sable de la mer. De plus, tes péchés nexistent que dans ton imaginationet non dans la réalité. Or, tout ce qui est grand aux yeux du monde nest quabomination devant Dieu ; mais toi, tu es toute petite pour le monde, et Dieu nepeut donc texécrer. Pour peu que tu aimes Dieu de toutes tes forces. Il taimeraaussi et te donnera la vie éternelle ! Comprends-tu cela ? »22. La Juive dit : « Oui, je comprends; mais alors, conduisez-moi là où Se trouveDieu, afin que je puisse Le voir, Laimer et Ladorer ! » Chapitre 14 De nouveaux hôtes arrivent à lauberge. Comment ils sont accueillis1. La belle Juive voulait parler davantage avec Moi ; mais cest alors que lesserviteurs de Lazare entrèrent dans la salle, disant quune foule détrangersgravissaient la montagne, et quils (les serviteurs) se demandaient où ils allaientmettre tous ces nouveaux arrivants.2. Lazare Me dit : « Seigneur, que faut-il faire ? Je ne me fie quà Toi seul ! »3. Je dis : « Combien peut-il y avoir de ces nouveaux arrivants, y compris ceuxqui viendront encore par la suite ? »4. Lazare dit : « Seigneur, à en juger par les années précédentes, il viendra biencinq à six cents personnes, voire jusquà sept cents ; et cest aujourdhui quelaffluence sera la plus grande ! »5. Je dis : « Fort bien : sors donc avec Mon serviteur, qui installera pour toi dehorstout ce quil faut pour que tous les hôtes à venir soient bien reçus ! Mais fais entrerles jeunes gens dans la petite salle, afin quils ne soient pas trop exposés auxregards et à la concupiscence des étrangers. »6. Entendant cela, Lazare sortit aussitôt avec Raphaël : après avoir conduit tousles jeunes gens dans la petite salle attenante, Raphaël dit à Lazare : « As-tu tableset bancs en nombre suffisant ? » 29
  30. 30. 7. Lazare : « Ah, très cher et très puissant ami empli de la gloire de Dieu, cestbien là le plus ennuyeux ! Jen aurais certes une bonne réserve à Béthanie, mais jene peux les faire venir assez rapidement ! Quallons-nous faire ? »8. Raphaël : « Ne te fais pas de souci pour cela ! Puisque tu as confiance dans leSeigneur et Laimes par-dessus tout, tu vas être secouru à linstant. Je suis un bonmenuisier-charpentier au nom du Seigneur, et tout ce dont tu as besoin sera là sur-le-champ ! »9. À peine Raphaël avait-il prononcé ces mots que des tables et des bancs furentlà en nombre suffisant, et, au-dessus de chaque table, une tente fort jolie à voir.10. Or, les hôtes étrangers arrivaient déjà et demandaient si lon pouvait lesrecevoir dans cette auberge.11. Lazare leur dit : « Assurément, et mes serviteurs viendront dans un instantapporter à chacun de vous ce quil désirera. »12. Raphaël dit à Lazare : « Mais auras-tu assez de serviteurs pour satisfaire tousces hôtes ? »13. Lazare répondit : « Tout juste assez, peut-être ; mais ils auront tous fort à faire!»14. Raphaël : « Très bien, sils venaient à manquer, je les aiderai moi-même!»15. Lazare lui répondit : « Ah, ce que tu viens de faire pour moi au nom duSeigneur, toi, Son glorieux serviteur, est un miracle insurpassable ; et pourtant,presque plus rien ne métonne, puisque je connais le Seigneur et ai assisté à tantde miracles, tous plus grands les uns que les autres ! »16. Raphaël dit : « Tout cela est une seule et même chose ; car tout ce que tu vois,sens et penses est un miracle encore plus grand du Seigneur, et chaque homme estlui-même le plus grand des miracles ! Que le Seigneur crée le rapide éclair quitombe en un instant des nuages sur la terre, ou quIl crée un soleil qui illuminerapendant des éons déons dannées terrestres des mondes innombrables, en vérité,cest tout un pour la sagesse et la puissance divines, et tu as donc bien raison de nepas faire trop de cas de ce miracle-ci. Ce ne serait dailleurs pas très avisé enprésence de tous ces étrangers, qui sont fort curieux. - Mais maintenant, veille àfaire servir tes nombreux hôtes, sans quoi ils vont faire scandale ! »17. Lazare dit : « Tu as raison, glorieux serviteur de Dieu, car la plupart nontencore rien eu ! Quallons-nous faire ? »18. Raphaël : « Ce que nous allons faire ? Aider tes serviteurs, sans quoi ces hôtesde plus en plus nombreux ne sont pas près dêtre servis ! »19. Là-dessus, Raphaël laissa Lazare quelques instants, et, en ce bref laps detemps, toutes les tables occupées par des convives se trouvèrent pourvues aumieux de vin, pain et sel, ainsi que dautres mets.20. Bien des convives furent certes frappés de la rapidité du service : mais,pensant quà cause de leurs discussions, ils navaient pas prêté assez dattention àla façon dont toutes ces choses avaient été apportées, ils continuèrent à manger età boire. Ils furent néanmoins frappés de lexcellence du vin, car jamais encore leur 30
  31. 31. palais navait rien connu de tel.21. Aussi quelques-uns se levèrent-ils de table pour venir demander à Lazare ceque cétait que ce vin, et sil accepterait également de le leur vendre en quantité.22. Lazare répondit : « En toute vérité, je ne possède moi-même ce vin que par lagrâce de Dieu. Dans ces conditions, vous pouvez certes en boire avec mesure,mais je nen ai pas du tout à vendre au-delà. »23. Sur quoi les hôtes regagnèrent leurs places.24. Or, ceux qui étaient déjà là ne repartaient pas et il en venait toujours denouveaux, si bien que Lazare commençait à en avoir littéralement la tête tournée,et il dit à Raphaël : « Mon très cher ami empli de la gloire de Dieu, si celacontinue, nous finirons tout de même par navoir plus assez de sièges et de tables !»25. Raphaël lui répondit : « Eh bien, nous naurons quà en mettre un peu plus ! »26. À peine avait-il prononcé ces paroles que les nouvelles tables avec leurs bancset leurs tentes étaient déjà là, et pourtant, parmi les centaines de convives, aucunne saperçut de leur soudaine apparition. Quant aux nouveaux arrivants, ils furentservi de la même manière que les précédents.27. Au bout de deux ou trois heures, les étrangers - qui avaient dailleurslhabitude de fréquenter cette auberge chaque année - ayant tous trouvé place etmangé à leur faim, Lazare demanda à Raphaël : « Très cher ami et glorieuxserviteur de Dieu, voudrais-tu bien me dire tout de même comment tu peux fairede pareilles choses, et toujours en un instant ? Je naurais encore rien dit pour lestables, les bancs et les tentes ; mais doù viennent tous les récipients qui sytrouvent, le sel, le vin, les mets, et ces mets préparés de telle sorte que tant lesPerses que les Égyptiens, les Grecs, enfin, chaque convive doù quil vienne,trouve devant lui son plat national préféré, aussi excellent que possible ?Comment toutes ces choses te sont-elles possibles, et en un instant ? »28. Raphaël répondit : « Mon très cher ami, quand bien même je te lexpliqueraistrès exactement, tu ny comprendrais autant dire rien, ou pas grand-chose. Tout ceque je puis te dire pour le moment, cest quà Dieu, toutes choses sont possibles ! » Chapitre 15 Une explication des matérialisations1. (Raphaël :) « À proprement parler, je suis par moi-même aussi incapable quetoi de faire quoi que ce soit ; mais je suis un pur esprit, ne possédant ici-bas quuncorps assemblé à partir des éléments de lair. Or, en tant quesprit, je puis memplirtout entier de lesprit de volition du Seigneur pour agir ensuite comme le SeigneurLui-même. Une fois empli de lesprit du Seigneur, je nai pas dautre volonté quela Sienne et ne puis en aucun cas vouloir autre chose que ce quIl veut. Or, ce queveut le Seigneur est un fait accompli.2. Vois-tu, tout ce qui existe et croît sur cette terre et sur toutes les autres - et la 31
  32. 32. Terre elle-même - est aussi un miracle né de la volonté du Seigneur, avec la seuledifférence que, pour les besoins de la formation de lintelligence des créatures, leSeigneur observe avec elles une certaine progression, faisant en quelque sorteprocéder les unes des autres les choses issues de Sa seule volonté. Si le Seigneurne faisait pas ainsi pour les besoins de la formation et de la consolidation descréatures intelligentes et animées, Il pourrait aussi bien, par Sa toute-puissance,faire exister et vivre tout un monde en un instant, comme Il fait pour léclair.3. Sais-tu que latmosphère de cette terre renferme tous les éléments et lessubstances qui la constituent ? Certes, tu ne peux les percevoir par tes sensterrestres, mais pour un esprit parfait, cest aussi facile que pour toi detapercevoir, lorsque tu ramasses une pierre sur le sol, que ce nest ni un poisson,ni un morceau de pain. Et il est donc facile à un esprit de tirer de lair etdassembler les éléments nécessaires à la constitution de tel ou tel objet, et de lesfaire se manifester en un instant tels quils auraient pu devenir progressivementselon lordre naturel des choses.4. Quant à savoir comment un esprit parfait peut faire cela, cest précisément ceque lhomme de nature ne concevra jamais tant quil ne sera pas pleinementrégénéré en esprit. Je ne puis donc te lexpliquer davantage. Cependant, je vais tedonner une petite explication sommaire dun grand nombre de phénomènes de lanature.5. Sache quil demeure dans le germe de chaque plante et de chaque arbre uneintelligence spécifique, enfermée dans une petite enveloppe tendre sous formedune petite étincelle imperceptible à ta vue. Cette petite étincelle est à proprementparler le premier état de la vie naturelle de la graine, donc de la plante tout entière.Et songe au nombre quasi illimité despèces différentes de plantes et darbres,toutes renfermant, bien sûr, des graines différentes où demeurent, dans leur petiteenveloppe, des étincelles dintelligence spirituelle tout aussi différentes !6. Si tu mets en terre des graines diverses, la chaleur et lhumidité aérienneabsorbée par le sol vont les attendrir. La petite étincelle spirituelle est alorsactivée et identifie avec précision les éléments de lair qui lentoure ; elle se met àles attirer à elle par la force de volonté qui lui est propre et, de la sorte, constitueprécisément, avec sa forme et ses fruits, la plante pour la formation de laquelle leSeigneur lui a donné lintelligence appropriée et la force de volontécorrespondante.7. Ta raison, tes sens et ta volonté pourraient-ils donc trouver ainsi, dans lair quienvironne ce grain de blé, les éléments précis qui lui sont nécessaires ?Assurément non ; car, même si tu manges et bois pour te sustenter, tu nas aucuneidée de la façon dont lesprit encore parfaitement inconnu de toi qui demeurecaché au cœur de ton âme en tant que volonté de lamour divin, distingue dans ceque tu absorbes, par cette volonté encore inconnue de toi et par son intelligencesupérieure, les éléments sans cesse nécessaires à la constitution de toutes lesdiverses parties de ton corps, et les emmène exactement où il faut.8. Si tu réfléchis en profondeur à ce que je viens de te dire, tu verras partout desmiracles semblables à ceux que jai accomplis sous tes yeux selon la volonté duSeigneur - à cette seule différence que, étant un esprit parfait, je puis tirer de 32

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