Rachid Bouksim«Les conflits politiquesn’ont pas réussi à atteindreles échanges culturelsalgéro-marocains»Dans cet entretie...
Entretien réalisé par Madjid KhattarAlgérie News, Samedi 2 avril 2011Vous êtes en Algérie pour représenter le Maroc dans c...
Le film amazigh commence à prendre de l’ampleur chez-nous. Il s’est imposé grâce àune nouvelle génération de cinéastes qui...
cinéma amazigh, et a offert une chance inédite aux jeunes cinéastes. Aussi, le festivalest-il devenu la destination numéro...
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Interview Rachid Bouksim (Algerie News 2.4.2011)

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Interview Rachid Bouksim (Algerie News 2.4.2011)

  1. 1. Rachid Bouksim«Les conflits politiquesn’ont pas réussi à atteindreles échanges culturelsalgéro-marocains»Dans cet entretien, le commissaire du Festival international dufilm amazigh d’Agadir, Rachid Bouksim, nous parle de la réalitédu 7e art amazigh au Maroc et de l’idéologie politique qui a freinéson élan. Celui qu’on appelle «L’ambassadeur du cinémaamazigh» aborde également l’actualité politique de son pays etconsidère que le mouvement du 20-Février est la voix de tout lepeuple marocain et une gifle aux partis politiques, car elle acontraint le Roi Mohammed VI à modifier la Constitution et enfinà reconnaître la langue amazighe, langue nationale.
  2. 2. Entretien réalisé par Madjid KhattarAlgérie News, Samedi 2 avril 2011Vous êtes en Algérie pour représenter le Maroc dans ce Festival national dufilm amazigh. Quel est le but de votre participation?Notre premier objectif est de promouvoir le cinéma amazigh et le film marocain.Aussi, un solide partenariat nous lie-t-il à ce festival, car nous avons les mêmes buts,à savoir : le développement et la mise à niveau du cinéma amazigh, non seulementau Maghreb, mais dans le monde entier. Ce genre de festivals nous aidera à atteindrenos objectifs.Comment évaluez-vous cette 11e édition du Festival national du filmamazigh?Si l’on prend en compte l’engouement du public et la présence de plusieurs grandespersonnalités du cinéma et de la culture, je pense que cette 11e édition estpleinement réussie. Aussi, l’organisation était d’un niveau satisfaisant. J’ai notéégalement la large participation des jeunes cinéastes, notamment les femmes qui ontsu s’imposer dans la dynamique de développement du cinéma amazigh, surtoutqu’elles ont usé de leurs propres moyens, ce qui évoque un vrai travail demilitantisme.Lors de cette édition, on a organisé plusieurs ateliers d’initiation, un concours descénario, etc. Cependant, j’ai, hélas, noté que certains films projetés manquent dequalité, ce qui est désolant puisque le festival est aujourd’hui très connu. Lesréalisateurs doivent améliorer leur travail et s’intéres-ser aux nouvelles techniquesdans l’industrie cinématographique. D’autres films, par contre, sont assez intéressantset pourront participer au Festival d’Agadir.Comment voyez-vous la situation actuelle du cinéma marocain?Notre cinéma connaît aujourd’hui une grande croissance: la production atteint quinzelong métrages et plus de quarante films courts par an; ce qui représente une grandeavancée pour le cinéma chez-nous.Il existe une autre stratégie pour l’élaboration d’une production cinématographique deloin plus importante dans le cadre du parrainage de l’Etat. D’autre part, de jeunescinéastes travaillent avec leurs propres moyens et produisent ainsi des courts-métrages qui ont pu obtenir plusieurs prix malgré l’absence d’aide financière.Aussi, d’autres réalisateurs produisent des longs-métrages avec l’aide des boitesprivées qui s’intéressent de plus en plus au cinéma; elles investissent notammentdans les salles et les complexes cinématographiques.Actuellement, de gros investissements se font dans la réalisation de bases et destructures de cinéma. Le Maroc a fourni beaucoup d’efforts dans la formation desjeunes cinéastes, on a créé des filières scientifiques, des concours de magister et dedoctorat liés aux métiers du cinéma, au sein de l’université. Nous avons égalementdes centres de formation professionnelle. Enfin, n’oubliez pas que le Maroc possèdeune école de cinéma, située à Marrakech et considérée comme l’une des plusimportantes en Afrique.Quelle place le cinéma amazigh tient-il au Maroc?
  3. 3. Le film amazigh commence à prendre de l’ampleur chez-nous. Il s’est imposé grâce àune nouvelle génération de cinéastes qui ont bénéficié d’une bonne formation àl’étranger ou au Maroc. Ces derniers s’intéressent d’avantage au cinéma amazigh carils sont conscients de son importance. Aussi, le public marocain s’intéresse beaucoupà ce cinéma, que ce soit dans le cadre du festival ou au niveau du marché.C’est une chance qui nous motivera à travailler et à nous professionnaliser plusassidûment. Notre but est de produire des films de qualité et de sortir del’enfermement en promouvant également des films non-amazighophones auxquelsnous insufflerons l’identité et la culture amazighe pour mieux les faire connaître. C’estun grand challenge qui nous attend mais je suis optimiste et crois même que danscinq ans, le cinéma amazigh marocain enregistrera de grandes avancées et pourraparticiper confortablement à des festivals mondiaux.Vous avez dit que l’Etat marocain n’aide pas suffisamment les réalisateursdes films amazighs. Pensez-vous que ce cinéma est lésé par les autorités?Je pense que le cinéma amazigh peut s’imposer et inciter les responsables à s’yintéresser. Son essor exige de grands réalisateurs amazighs qui sauront s’imposer enproduisant de bons films. Le cinéma amazigh n’aura pas la place qu’il mérite, ni auMaroc ni dans aucun pays, tant qu’il ne jouit pas de grandes signatures. Mais je lerépète: le cinéma amazigh a une grande importance au Maroc notamment avec leretour de la troisième génération des Amazighs marocains immigrés qui ont bénéficiéd’une bonne formation et sont donc capables d’offrir à notre cinéma une placebeaucoup plus élevée que l’actuelle. A la fin des années 1980 et au début de 1990, lecinéma amazigh s’est heurté à une idéologie étatique qui a freiné son essor.La situation a-t-elle évolué aujourd’hui ?Effectivement, pendant cette période, le 7e art amazigh a vécu l’étape la plusdangereuse de son histoire. Il a fait face à des problèmes aigus et menaçants causéspar l’idéologie politique pratiquée par certains responsables, baathistes, qui ont toutfait pour empêcher l’épanouissement du cinéma amazigh.Quels sont les obstacles et les problèmes principaux auxquels le cinémaamazigh fait face actuellement?Le premier problème est sans conteste le manque de financement. Parmi les 15 longs-métrages produits annuellement, financés et parrainés par l’Etat, on trouveuniquement deux films amazighs. Nous exigeons de l’Etat marocain d’apporter unmeilleur soutien, matériel et moral au cinéma amazigh ; il doit notamment avoir uneapproche égalitaire à l’égard des films arabophones et amazighophones.Pouvez-vous nous parler des acquis obtenus pour le cinéma amazigh par leFestival d’Agadir?Le Festival a atteint un nombre considérable d’objectifs ; il a réussi à promouvoir lefilm amazigh à l’échelle mondiale et porter sa voix dans la plus grande citécinématographique au monde qu’est Hollywood avec laquelle nous avons aujourd’huiun solide partenariat.Aussi, le festival a-t-il réussi à faire parvenir le cinéma amazigh en Europe,notamment en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, etc. Mieuxencore, il a pu ouvrir un dialogue et un débat au niveau mondial sur la notion de
  4. 4. cinéma amazigh, et a offert une chance inédite aux jeunes cinéastes. Aussi, le festivalest-il devenu la destination numéro 1 pour les professionnels de l’audio-visuelamazigh et donne l’occasion aux cinéastes amazighs de découvrir les cinémas dumonde; nous avons en effet accueilli au Maroc le cinéma suisse et kurde. Cette année,nous aurons les Indiens d’Amérique comme invités.Une initiative a été lancée récemment pour la création d’une Fédérationmaghrébine de cinéma amazigh. Qu’en pensez vous?C’est une excellente idée et c’est le plus grand challenge du cinéma amazigh auMaghreb. Nous y avons pensé, avec M. Hachemi Assad, commissaire du Festival dufilm amazigh en Algérie, il y a de cela quelques années. Mais plusieurs obstacles ontempêché jusque-là sa réalisation.Aujourd’hui, plusieurs changements sont opérés dans les scènes culturelles etpolitiques de certains pays arabes. Ce qui nous convainc que le moment est venu pourla réalisation de ce projet auquel contribuent plusieurs personnalités algériennes,marocaines, tunisiennes et même libyennes.Le Roi Mohammed VI s’est engagé récemment à amender la Constitution et àofficialiser la langue amazighe, suite au mouvement de protestations du 20février. Votre commentaire?C’est avec une grande joie que le peuple amazigh du Maroc a accueilli cette promesse.C’est une victoire et cela va apporter beaucoup de choses à la culture amazighe, carnous savons que dans notre pays, quand le Roi décide de reconnaître la langueamazighe, c’est tout le monde qui le soutiendra et exécutera ses ordres.Le mouvement du 20 février est le premier à remercier pour cette victoire; il a réussiégalement à ouvrir un débat franc avec l’Etat en lançant un défi de taille auxresponsables marocains. Parmi les revendications principales du mouvement, lareconnaissance de tamazight qui était auparavant soulevée uniquement par lemouvement culturel amazigh.Aujourd’hui, toutes les classes de la société réclament cette reconnaissance.Comment évaluez-vous les autres revendications du mouvement du 20février?D’abord, je tiens à saluer les personnes qui ont initié ce mouvement, car c’est le plusgrand défi au Maroc, et je tiens également à m’incliner devant le peuple marocain quia adapté ce mouvement et est sorti de son silence pour réclamer des réformescomplètes dans tous les domaines, à l’instar de l’amélioration des conditionspolitiques, sociales, culturelles et économiques. Sans oublier l’ouverture du champdémocratique et des libertés.Ce sont toutes des revendications légitimes car ce sont celles du peuple. Néanmoins, ily a malheureusement certains partis politiques qui combattent ce mouvement aumoment où le peuple marocain a compris l’échec idéologique et politique de cesmêmes partis. Ce mouvement, qui n’a aucune couleur politique, a, lui, réussi àchanger les choses, car son seul souci était d’arriver à des réformes générales.Moi, en tant que jeune Marocain et membre du mouvement, je certifie que ce derniera réussi des résultats qu’aucun parti n’a pu atteindre depuis des années. Aujourd’hui,le peuple marocain a perdu toute confiance en eux, ce qui les oblige à renouveler et à
  5. 5. changer radicalement leur politique.Justement, pourquoi, selon-vous, le peuple marocain a-t-il perdu touteconfiance en ses partis politiques?Tout simplement, parce que ces partis n’ont jamais satisfait les besoins et exigencesde la société. Ils s’avancent avec des promesses mensongères qui ne se sont jamaisconcrétisées, la majorité ne se préoccupe que de ses propres intérêts, notammentl’obtention de postes importants dans l’appareil d’Etat. Ils ont toujours ignoré lesbesoins du peuple et ce dernier a fini par prendre conscience de leur cupidité et leurirresponsabilité politique.Les partis marocains, comme ceux de la plupart des pays arabes, sont en grandepartie des organismes familiaux qui ne travaillent que pour la construction d’unefortune personnelle. Pour information, le mouvement du 20 février rassemble, sur sapage Facebook, plus de trois millions de citoyens. Un nombre qu’aucun parti politiquemarocain n’a su ni ne saura fédérer!Ces dernières années, les échanges culturels, et notammentcinématographiques, algéro-marocains connaissent une vraie dynamique.Comment expliquez-vous cela ?Les relations culturelles entre nos deux pays existent depuis plusieurs années mêmesi elles n’ont pas atteint le niveau escompté. Mais ces dernières années, nous avonsnoté une grande avancée dans ces échanges en même temps qu’une consolidation desliens entre les deux peuples.Cela s’explique, selon moi, par le sentiment de fraternité qui lie les Algériens auxMarocains ; les deux ont compris qu’ils ont le même destin et partagent les mêmes uset coutumes. Ils ont également compris que les conflits politiques qui opposent leursdeux pays ne servent aucunement le peuple et ne sont que des querelles entre deuxsystèmes. Je pense que nos deux peuples ont réussi à réaliser des avancéesconsidérables dans le domaine des échanges culturels, là où ont échoué lesresponsables politiques. C’est la preuve la plus éloquente de la fraternité qui nousunit, car le peuple n’est pas concerné par les conflits politiques.__________

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