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Alarme Citoyens

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Alarme, citoyens !
PAR EDWY PLENEL
ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 24 AVRIL 2012
Après l’alerte du 21 avril 2002, voici donc l’alarme
du 22 avril 2012.

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Alarme Citoyens

  1. 1. Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr 1 de l’UMP sur les voix du FN ou de l’irrésistible percée du Front de gauche, qui fut démenti au soir du 22Alarme, citoyens !PAR EDWY PLENEL avril ?ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 24 AVRIL 2012 Surtout, aussi probable soit-elle, une victoire deAprès l’alerte du 21 avril 2002, voici donc l’alarme François Hollande surviendra dans un paysagedu 22 avril 2012. Loin de la réduire, l’indolence de électoral dont les tendances lourdes ne sont pasJacques Chirac puis la virulence de Nicolas Sarkozy favorables à la gauche, notamment socialiste, quiont alourdi l’hypothèque de l’extrême droite sur la vie profite d’un rejet plutôt qu’elle ne bénéficie d’unepublique française. Que la progression des idées et des adhésion. Jamais l’extrême droite n’a obtenu autantvoix du Front national soit à porter au débit des dix de voix à un scrutin national (près de 6,5 millions) etannées de pouvoir sans partage de la droite à l’Elysée, jamais elle n’a été aussi forte dans l’électorat ouvrierau gouvernement et au Parlement, c’est l’évidence. (autour de 30 % selon certaines enquêtes). De plus,Mais que la gauche ne saurait s’en satisfaire en survenue alors que la droite s’est extrémisée, reprenantest une autre. Car le défi qui l’attend est d’autant ses thématiques xénophobes et islamophobes, laplus immense : relever la France d’une déchéance progression de Marine Le Pen n’a pas empêchépolitique annoncée, en refondant une République Nicolas Sarkozy de se maintenir à un score honorableauthentiquement démocratique et sociale. de premier tour (27,18 %), à seulement 1,45 point d’écart, soit 500 000 voix, de son concurrent socialisteTel est l’enjeu du second tour de cette élection (28,63 %).présidentielle, de son résultat comme de l’exigence François Hollande est certes en tête du premier tour, cequ’il portera : ne plus seulement battre Nicolas qui est inédit pour l’adversaire d’un président sortantSarkozy par l’automatisme du rejet, mais l’emporter – qu’il soit de gauche (Mitterrand contre de Gaulle enpar une dynamique d’adhésion. Autrement dit lier 1965 et contre Giscard en 1981) ou de droite (Chiracindissolublement l’alternance nécessaire à l’exigence contre Mitterrand en 1988) –, mais il ne profite pasd’une alternative aux politiques qui, depuis trente ans, d’une mobilisation supplémentaire des électeurs face àont échoué à enrayer la dérive de la France vers la mutation extrémiste de l’UMP durant la campagne.l’aggravation des inégalités et des injustices, doublée De surcroît, il ne réussit pas à mobiliser les grosdes diversions réactionnaires que sont la politique de bataillons des classes populaires en sa faveur. Quant aula peur (du monde et de l’étranger) et la chasse aux score de Jean-Luc Mélenchon, succès indéniablementboucs émissaires (immigrés et musulmans). prometteur pour le jeune Front de gauche, il resteL’espoir d’un échec du président sortant au cependant conforme au total des voix de la gauche peusoir du 6 mai par K.O. technique, fondé sur ou prou radicale aux deux présidentielles précédentesl’évaluation des reports de voix du premier tour, est (11,11 % contre 9 % en 2007 et 13,34 % en 2002)assurément rationnel. Derrière la diversité des choix et échoue à s’imposer d’emblée en leader national duélectoraux, les résultats du premier tour portent un vote ouvrier.référendum anti-Sarkozy dont témoignent aussi bien Ces réalités sorties des urnes annoncent peut-les motivations des électeurs frontistes que les calculs être d’autres surprises électorales, lors des scrutinsde l’état-major lepéniste qui rêve d’une implosion de législatifs de juin prochain. Les projections prévoientl’UMP à son profit. Mais, politiquement, transformer la possibilité de 345 triangulaires imposées par lecette probabilité en certitude relève de l’insouciance FN (dont 14 quadrangulaires possibles avec le Fronttant l’histoire à venir n’est jamais totalement écrite, de gauche). Que les premières aient été, dans leentre aléas électoraux et volatilité des suffrages. Que passé, tactiquement favorables à la gauche ne sauraitn’a-t-on dit, ces dernières semaines, à propos de l’OPA 1/7
  2. 2. Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr 2faire oublier qu’elles accentueront le basculement, d’une présidence qui peut s’imposer à tous les autresdéjà largement engagé, du débat politique sur les pouvoirs, qui les dévitalise, les décrédibilise et lesthématiques de l’extrême droite. démoralise, la gauche peut un temps gouverner, maisQuant aux secondes, leur possibilité souligne les elle ne peut durablement réussir. Le présidentialismedivisions d’une gauche qui affiche sa diversité plutôt l’éloigne de ses bases, l’entraîne sur le terrain deque son unité, voire ses divergences profondes plutôt l’adversaire, l’érode et la corrompt. En témoigneque ses discussions fécondes. Pis, dune gauche qui de façon flagrante l’évolution ces trente dernièresne se parle ni ne se rencontre, le candidat socialiste années de son personnel politique, à tous niveaux,accueillant les soutiens sans descendre de son Aventin bien éloigné dans sa composition sociale des classesprésidentiel. populaires majoritaires.Lavertissement et laccident L’alarme du 22 avril, dix ans après l’alerte du 21 avril, nous avertit qu’un accident électoral estCe premier tour de l’élection présidentielle résonne toujours possible. Qu’en sera-t-il en 2017, aprèsdonc comme un avertissement pour François cinq années de présidence socialiste, de l’état desHollande : une victoire à la Pyrrhus le guette s’il ne crises européennes ou mondiales qui nous accablent,prend pas suffisamment la mesure du sursaut politique tandis que la perdition d’une droite extrémisée etqu’appelle la crise française. La spécificité de celle- « pétainisée » aura peut-être fait, jusqu’au dernierci est sa dimension démocratique qui conditionne la barreau, la courte échelle à Marine Le Pen ? Qu’encrédibilité et l’efficacité des réponses à ses autres sera-t-il alors que, depuis trente années, le débatdimensions, financières, économiques et sociales. De politique français, non seulement dans son expressionscrutin en scrutin, un système politique épuisé ne cesse médiatique dominante mais aussi dans son animationde mettre en scène le fossé qui se creuse entre le peuple intellectuelle et éditoriale, n’a cessé de basculer àet ses représentants professionnels, entre la masse des droite, cédant le pas aux obsessions de toujours decitoyens et les politiques de métier, entre le pays et ses l’extrême droite ?élites. Et s’il n’est pas comblé d’urgence, la gauche lepaiera au prix fort. Nous avons suffisamment de mémoire pour contredire ceux qui relativisent en mettant le poids du FrontCar ce paysage est le décor favori des politiques national sur le compte d’une tendance européenneréactionnaires qui détournent cette colère en adhésion momentanée, où l’expression de la crise, de sesà des aventures virulentes et autoritaires, fondées sur souffrances et de ses colères, passerait par un votel’essentialisme d’une nation, de son peuple et de son protestataire d’extrême droite. Ces raisonnementschef. Or, pour s’installer à demeure, ces passions oublient l’antériorité française en la matière, cettepolitiquement néfastes n’ont pas besoin, en France, persistance du Front national depuis son premierde rupture violente avec le système institutionnel en succès national aux élections européennes de 1984place caractérisé par sa faible intensité démocratique. où sa liste avait obtenu plus de 2 millions deException française, le bonapartisme césariste qui voix (10,95 % des suffrages exprimés). A l’époque,inspire notre présidentialisme est d’une dangerosité déjà, alors que, depuis un an, des élections localesfoncière que la gauche oublie trop souvent à force de témoignaient de la renaissance de l’extrême droites’être résignée à le subir dans l’espoir d’en être parfois française, la classe politique se rassurait à bon compte.bénéficiaire. C’était donc il y aura bientôt… trente ans.« Dangereuses avant moi, elles le seront toujours La logique du bouc émissaire, qui a aujourd’hui droitaprès » : cette formule prêtée à François Mitterrand sur de cité officiel sous un pouvoir de droite – « identiténos institutions est une mise en garde à l’adresse de ses nationale », « civilisation supérieure », « musulmansuccesseurs de gauche, doublée d’un aveu d’échec ou d’apparence », « étrangers trop nombreux »,d’impuissance. Dans le cadre constitutionnel actuel, 2/7
  3. 3. Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr 3etc. –, prenait ses marques et, déjà, marquait despoints. En septembre 1983, après une premièrepercée municipale du Front national à Dreux, lescommentaires dominants s’accordaient tous à mettrecet événement sur le compte d’une immigration« incontrôlée », « anarchique », « criminogène »,« clandestine », « sauvage », « proliférante », au choixdes expressions qui s’installaient alors dans le langagecommun.L’extrême droite ne serait qu’un effet dont lesimmigrés seraient la cause, répétaient-ils en boucle.Et bien peu nombreux étaient alors ceux quis’inquiétaient de cette première victoire lepéniste– non pas provisoirement dans les urnes, maisdurablement dans les têtes.Trente ans en arrière « Les moins nobles, en l’assimilant à une exaspérationSi, depuis trente ans, les républicains n’ont pas locale et circonscrite dont la “cause” aurait été lasu enrayer la progression de l’extrême droite, c’est “surpopulation” immigrée de quelques villes. Lesparce qu’ils n’ont pas pris la juste mesure des plus opportunistes, en le réduisant à un conjoncturelréponses qu’elle appelait, des réponses radicalement et classique mouvement de balancier, selon lequeldémocratiques et sociales plutôt que des surenchères la gauche héritait d’une extrême droite dynamique,sécuritaires et xénophobes. En 1984, dans ce qui fut comme hier, la droite d’une extrême gauche vivace.le premier livre consacré à ce que nous avions nommé Les plus subtiles, enfin, en le renvoyant au passé, n’yL’Effet Le Pen, nous avions été deux journalistes voyant qu’une répétition du feu de paille poujadistedu Monde de l’époque à tenter de bousculer, en des années cinquante. Faisant insidieusement desvain hélas, les certitudes rassurantes d’un monde boucs émissaires désignés par le Front nationalpolitique qui, à gauche tout autant qu’à droite, les fautifs mêmes de sa réussite, ou contemplantminimisait la signification de la renaissance d’un avec impuissance une fatalité politique, ou encore secourant de pensée que la déchéance nationale de persuadant que la vague s’épuiserait d’elle-même, cesVichy et la perdition coloniale d’Algérie auraient dû explications étaient toutes trois une façon de se donnerdéfinitivement discréditer. bonne conscience.Voici ce que nous écrivions, sous le titre « Un certain « Contribuant accessoirement à banaliser M. Leétat de la France », à propos de « toutes ces analyses Pen, à le ramener à l’ordre des choses, aucune ne(qui) s’empressaient de relativiser le phénomène » : s’interrogeait sur sa modernité, son actualité et sa spécificité. Car si l’on s’accorde à juger dangereuse, pour une démocratie, l’ascension d’un mouvement xénophobe et autoritaire, la question pertinente est bien celle-là ; au-delà de son passé, de ses convictions et de ses projets, que révèle M. Le Pen de l’état de la France, de l’ampleur de sa crise, du délitement de son corps social ? Envisagé sous cet angle, le diagnostic est raisonnablement pessimiste : produit tout à la 3/7
  4. 4. Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr 4fois d’une réelle dynamique sociale, d’une mythologie les Français avec eux-mêmes en plaçant tout enpolitique et d’une tradition française, l’effet Le Pen a haut de l’agenda politique l’urgence démocratique etencore de l’avenir devant lui. » l’exigence sociale.Le citoyen concerné que reste l’observateur journaliste Le défi de la gaucheaurait grandement préféré se tromper de pronostic. La Relever cet immense défi démocratique et socialcitation n’est donc pas là pour témoigner vainement de incombe à la gauche, dans sa pluralité. Et, de fait,sa pertinence, mais pour inviter à revenir à l’essentiel, à elle seule. C’est sa responsabilité, son devoir, sonplutôt que de disserter sur la supposée modernité obligation. On aurait pu espérer qu’elle soit rejointe« mariniste » du Front national alors que, du père à sa par d’autres bonnes volontés républicaines, venuesfille, le sillon creusé est invariable comme l’a montré, d’autres horizons, tant le sarkozysme fut l’acte deaprès Anne Tristan et son exceptionnel Au Front, naissance, sous les décombres du gaullisme et deparu en 1987, le courageux Bienvenue au Front de son avatar chiraquien, d’une droite extrême ainsi queClaire Checcaglini, publié au début de cette année. Mediapart l’a définitivement qualifié (lire ici et làL’essentiel, c’est-à-dire le terreau sur lequel prospère notre dossier). Mais, à part quelques ralliementsl’idéologie diffusée par l’extrême droite, dont la peur individuels sans portée politique, entre un Jean-et la haine sont les deux ingrédients de base. Jacques Aillagon et une Brigitte Girardin, il fautLe rappel de cette longue durée de trente années suffit bien constater que les prétendus gaullistes d’hier ontà démontrer que ce terreau n’est pas l’immigration et consenti au reniement de leurs valeurs fondatrices.l’insécurité comme l’ont cru toutes les politiques qui, Quand les engagements du Conseil national deà droite et à gauche, ont épousé l’agenda imposé par la Résistance sont piétinés et que la Constitutionl’extrême droite. Depuis un gros quart de siècle, et républicaine elle-même est bafouée, on aurait pude façon systématique depuis dix ans, les politiques s’attendre à ce que quelques voix fortes s’élèvent danspubliques ne sont-elles pas foncièrement sécuritaires cette droite dont le bonapartisme foncier a toujourset obstinément anti-migratoires, de contrôle et de flatté l’esprit grognard. Or, entre approbation soumisesurveillance des populations et des territoires, des et silence embarrassé, rien, rien ou presque si l’onlieux et des flux ? Tant de lois, tant de moyens, tant compte les réserves exprimées par la seule ex-de discours, et il faudrait, encore et toujours, remettre ministre des sports, Chantal Jouanno. En liant sonsur l’établi des politiques qui n’ont cessé d’échouer sort à celui d’un Nicolas Sarkozy barricadé derrièreà panser les plaies sociales et à apaiser notre vie des frontières qu’il dresse comme autant de mursdémocratique ? qui divisent, isolent et blessent, l’ancienne droiteLa vérité, c’est que ce tonneau est percé : il républicaine acquiesce à sa défaite idéologique paralimente ce qu’il prétend combattre, exacerbe ce l’extrême droite.qu’il prétend soigner, excite ce qu’il prétend calmer. Quant au centre qu’entend incarner à lui seul FrançoisDérèglement idéologique des nécessités objectives de Bayrou, il ne pourra pas indéfiniment faire commesouveraineté et de sûreté qui fondent une nation, les s’il était toujours ailleurs et au-dessus. Placer, auobsessions sécuritaires et migratoires alimentent ce lendemain du premier tour, à même distance lequi divise le peuple, montent des populations les candidat de droite et celui de gauche, celui qui épouseunes contre les autres, dressent les Français contre l’agenda de l’extrême droite, voire surenchérit surd’autres Français comme l’a amplement démontré son contenu, et celui dont les forces politiques qui lela dérive du sarkozysme vers la stigmatisation de soutiennent s’en démarquent toutes avec clarté, sinonl’origine étrangère ou de la croyance musulmane. fermeté, est mauvais signe. En prétendant attendre,Il est bien temps d’inverser les priorités, autrement pour se déterminer d’ici le second tour, les réponsesdit de réconcilier la France avec son peuple et de Nicolas Sarkozy et de François Hollande à ses 4/7
  5. 5. Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr 5interpellations, le chef du Modem est à mille lieues Il s’agit, tout simplement, de remettre la politique aude la posture principielle qu’il avait affichée dans sa poste de commande. La politique comme inventioncritique constante de la présidence sortante, et plus permanente, volonté collective et bien commun.près du marchandage politicien. Car la politique ne se réduit pas à l’expertiseIl reste à espérer, mais cet espoir samoindrit, que ou à la compétence, comme l’ont trop longtempsle leader centriste, tout comme dautres personnalités imposé les vulgates économiques et financières afinissues de la droite et ayant gouverné aux noms de de l’éloigner du contrôle populaire. Au croisementses diverses variantes, gaullistes, démo-chrétiennes, des expériences et des convictions, elle supposelibérales, etc., entendent ladresse que vient de leur une délibération publique autour d’enjeux partagéslancer notre confrère Jean-François Kahn qui fit et compris, expliqués et validés. Ce n’est pascampagne pour François Bayrou : « Pour la première seulement une pédagogie, des élus au peuple, maisfois depuis des lustres, on entend un discours une conversation, entre le peuple et ses représentants.ouvertement pétainiste sortir de la bouche d’un C’est cet imaginaire démocratique qu’il nous fautprésident de la République encore en place. Quoi retrouver, le seul à même de restaurer la confiance, cequ’on pense de son challenger social-démocrate, climat aussi précieux que mystérieux sans l’avènementl’hésitation n’est plus possible, plus tolérable : tous duquel il n’y aura jamais de sortie de crise.les républicains, tous les démocrates qui refusent, Un imaginaire dégalitépar patriotisme, le discours de guerre civile et Cet imaginaire démocratique a un nom, et c’estde lacération de notre nation commune, qu’ils se l’égalité. L’égalité, ce mot qui est au centre et au nœudréclament de Jaurès, de Clemenceau, de De Gaulle, de de la devise républicaine. Qui, tout à la fois, l’équilibreMendes France ou de Robert Schuman, doivent voter et la met en tension. Après tout, la liberté est aussi cellede façon à barrer la route à l’apprenti sorcier et à de s’enrichir, donc de créer des inégalités autour depermettre qu’on tourne cette page ». soi. Et la fraternité peut recouvrir la tentation de choisirL’élection présidentielle est un moyen, et non pas ses frères, au détriment d’autres hommes. L’égalitéune fin. Aucun chèque en blanc, aucun état de grâce est donc au ressort de ce qui caractérise la promessen’attend François Hollande s’il l’emporte. Voter pour républicaine entendue comme celle d’une Républiquelui, utiliser massivement le bulletin de vote à son indissociablement démocratique et sociale.nom, est le moyen aujourd’hui à notre portée pour Cette République-là n’est évidemment pasrendre possible l’avènement des fins démocratiques celle qu’invoquent aujourd’hui conservateurs etet sociales qu’exige la crise française. Et ces fins- réactionnaires après en avoir longtemps rejeté nonlà dépendront de nous autant que de lui : de nos seulement l’idée mais le mot. La droite maurrassienne,exigences, de nos vigilances, de nos mobilisations. qui a retrouvé ses aises sous le sarkozysme et dontAprès la présidentielle, l’enjeu des élections l’idéologue Patrick Buisson s’est fait le passeur,législatives sera la pluralité d’une majorité fut monarchiste de naissance, avant de devoir separlementaire qui n’aura plus aucune excuse à son convertir aux apparences républicaines, sous le poidsimpuissance ou à son immobilisme puisque, pour monstrueux des crimes des droites extrêmes d’Europe.la première fois sous la Cinquième République, Mais sa foi profonde reste anti-républicaine par refusla gauche peut devenir majoritaire dans les deux du principe d’égalité et par défense de l’impératif deassemblées, imposer ainsi des réformes décisives réalité.jusqu’à la Constitution elle-même, susciter des Comme le rappelle le philosophe Emmanuel Terraymajorités d’idées en s’émancipant de la soumission à dans un récent essai (Penser à droite, Galilée), « lala seule volonté élyséenne. pensée de droite est d’abord un réalisme ». Mais le réel dont se réclame cette droite n’est pas la réalité, 5/7
  6. 6. Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr 6forcément évolutive et instable ; c’est plutôt l’existant : finirait pas d’énumérer les potentialités libératrices dela force des choses, le fait acquis, l’ordre établi, et par l’exigence d’égalité pour rassembler et renforcer uneconséquent ses injustices, ses inégalités, ses désordres. société, la nôtre, dont l’expression politique a délaissé plusieurs parties de son peuple qui ne se sentent ni représentées ni écoutées. C’est sur cet abandon que prolifèrent xénophobie, racisme et autoritarisme, diffusés comme un poison par les forces politiques du fait établi et de l’ordre existant afin de protéger les inégalités et les injustices dont les intérêts minoritaires qu’elles défendent font profit. Pédagogie toujours utile et nécessaire, contrairement à ce que ne cesse de répéter le candidat Nicolas Sarkozy qui les légitime et les cautionne, faire la morale républicaine à celles et ceux qui y succombent ne suffira pas à renverser la tendance, tant la République a pris du retard – malmenée, abîmée, discréditée, défigurée.Son imaginaire est un immobilisme, entre fatalitéet résignation, quand celui de l’égalité est unmouvement : un possible qui met en branle, unhorizon qu’on cherche à atteindre, la possibilitéd’un déplacement et l’espoir d’un changement.Ainsi entendue, l’égalité, ce n’est évidemment pasl’uniformisation ou le nivellement qui, pour lecoup, serait une fixité aussi rétrograde que l’ordreconservateur – ce qu’ont démontré les désastres etles crimes des régimes autoritaires s’en réclamant.L’égalité est au principe d’une politique démocratiquequi fait droit à l’exigence sociale, d’une politique quifait confiance à la liberté pour résoudre les tensionsinévitables d’une société d’individus, d’aspirations « On ne naît pas raciste, on le devient », rappelle Liliandiverses et de conditions différentes. Thuram dans son Manifeste pour l’égalité (Autrement)Egalité des droits, égalité des possibles, égalité qui est sans doute le meilleur texte politique parudevant la loi, égalité devant la santé, égalité devant à l’orée de cette campagne présidentielle, le plusl’éducation, égalité dans le travail, égalité des riche et le plus fécond. Combattre droite extrême etterritoires, égalité de l’accès aux services publics, extrême droite, les marginaliser et les réduire, supposeégalité dans l’accès à la culture, égalité dans la d’opposer à leurs passions destructrices, où l’onreprésentation politique, égalité des origines, des races s’aime de détester ensemble, un imaginaire supérieur.et des religions, égalité des cultures et des civilisations, Un imaginaire qui rassemble et rassure, renforce etégalité des hommes et des femmes, égalité des genres, conforte, ouvre l’horizon et mobilise le changement.égalité des sexes et des sexualités, etc. On n’en Illustré par une vingtaine de contributions de toutes disciplines et porté par sa Fondation Education contre 6/7
  7. 7. Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr 7le racisme, le Manifeste de Thuram indique ce chemin « Elever ce pays en élevant son langage. » L’exactde hauteur où se gagne la justice en nous appelant, opposé du « Casse toi, pauv’ con », cette insulteécrit-il, à « changer nos imaginaires ». qui résume la présidence sortante, son style et sonLe lisant, comme un réconfort après l’alarme du 22 projet. Et si la politique est un langage, conversationavril, on s’est souvenu de l’idéal proclamé par Albert d’un peuple avec lui-même, alors c’est bien là ce quiCamus, alors journaliste, dans Combat en 1944 : incombe à la gauche tout entière de réussir : relever la France en refondant sa République. Directeur de la publication : Edwy Plenel Rédaction et administration : 8 passage Brulon 75012 Paris Directeur éditorial : François Bonnet Courriel : contact@mediapart.fr Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS). Téléphone : + 33 (0) 1 44 68 99 08 Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007. Télécopie : + 33 (0) 1 44 68 01 90 Capital social : 1 538 587,60€. Propriétaire, éditeur, imprimeur et prestataire des services proposés : la Société Editrice Immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS. Numéro de Commission paritaire des de Mediapart, Société par actions simplifiée au capital de 1 538 587,60€, immatriculée sous publications et agences de presse : 1214Y90071. le numéro 500 631 932 RCS PARIS, dont le siège social est situé au 8 passage Brulon, 75012 Conseil dadministration : François Bonnet, Michel Broué, Gérard Cicurel, Laurent Mauduit, Paris. Edwy Plenel (Président), Marie-Hélène Smiéjan, Thierry Wilhelm. Actionnaires directs et Abonnement : pour toute information, question ou conseil, le service abonné de Mediapart indirects : Godefroy Beauvallet, François Bonnet, Gérard Desportes, Laurent Mauduit, Edwy peut être contacté par courriel à l’adresse : serviceabonnement@mediapart.fr. Vous pouvez Plenel, Marie-Hélène Smiéjan ; Laurent Chemla, F. Vitrani ; Société Ecofinance, Société également adresser vos courriers à Société Editrice de Mediapart, 8 passage Brulon, 75012 Doxa, Société des Amis de Mediapart. Paris. 7/7

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