L’IAUL est un département de l’UFR de Géographie et Aménagement Master de Sciences et Technologies, mention Aménagement, U...
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Préambule 3 Remerciements 5 Introduction 9 I- Le Grand Projet Urbain : une démarche de rénovation urbaine au s...
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B- Un ensemble urbain en pleine mutation 41 B.1) L’importance d’une démarche novatrice en matière de rénovation urbaine...
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au sein de laquelle je réalise mon stage. Le développement se fera selon trois axes. Le premier aura pour but de conte...
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I Le Grand Projet Urbain : une démarche de rénovation urbaine au sein d’un projet métropolitain global.
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Point Méthodologique n°1 : Cette partie est celle ayant nécessité la plus grande part de recherches que ce soit au niv...
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A.1) L’enjeu du maillage urbain. Les ruptures urbaines lilloises sont localisées à l’emplacement des anciennes fortifi...
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de demain »20. En effet l’histoire lilloise et les spécificités architecturales et culturelles de ses quartiers créent...
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B- Le GPV dans la continuité de la politique de la ville ? Il semble important, pour bien comprendre les liens qui uni...
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Développement social des quartiers. Mis en place sur 23 sites en France dont Lille et 6 de ses quartiers pa...
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C.5) La territorialisation des actions. 
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sur les mêmes tissus urbains. Le PMRQAD concerne donc Lille-Sud par son action sur le site de Simons (voir carte I, pa...
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II Le quartier de Lille-Sud comme centre d’attention du Grand Projet Urbain.
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A.1) La révolution industrielle comme point de départ. Le GPU concernant essentiellement Lille-Sud, il est logique de ...
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de grand échangeur routier avec chaque jour plus de 100 000 véhicules y circulant44. Il faut également noter que les t...
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Par conséquent, les habitants du quartier ne seront probablement pas embauchés, les entreprises leur préférant une mai...
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Les offices publics de l’habitat au cœur d’une démarche de projet : l’exemple de Lille Métropole Habitat et de son action sur le quartier Lille-Sud dans le cadre du Grand Projet Urbain de Lille.

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Le quartier de Lille-Sud est majoritairement concerné par un vaste projet de rénovation urbaine porté par la ville : le Grand Projet Urbain. Au sein d’un quartier historiquement marqué par une concentration importante de logements sociaux, les offices publics de l’habitat sont parmi les premiers acteurs mobilisés par ce projet. Ce mémoire, réalisé dans l’agence Lille-Sud de l’office communautaire Lille Métropole Habitat cherche alors à présenter les enjeux du Grand Projet Urbain et leur inscription dans la dynamique actuellement à l’œuvre sur la métropole lilloise. Mais, l’ampleur de ce projet et de son action sur un quartier relevant de difficultés socio-économiques marquées soulève de multiples interrogations auxquelles ce mémoire se veut de répondre : la rénovation urbaine a-t-elle évoluée depuis ses débuts et prend-elle aujourd’hui d’avantage en compte l’aspect social ? Quels seront les effets d’un tel projet pour le quartier et la métropole ? Quel est le rôle d’un office public de l’habitat au sein de cette démarche de rénovation urbaine ?

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Les offices publics de l’habitat au cœur d’une démarche de projet : l’exemple de Lille Métropole Habitat et de son action sur le quartier Lille-Sud dans le cadre du Grand Projet Urbain de Lille.

  1. 1. L’IAUL est un département de l’UFR de Géographie et Aménagement Master de Sciences et Technologies, mention Aménagement, Urbanisme et Développement des Territoires Spécialité Politique et Ingénierie Foncière Les offices publics de l’habitat au coeur d’une démarche de projet : l’exemple de Lille Métropole Habitat et de son action sur le quartier Lille-Sud dans le cadre du Grand Projet Urbain de Lille. Ville de Lille, département du Nord (59), région Nord-Pas-de-Calais. Thomas MOLINER Année 2012-2013 Tuteur universitaire : Annette GROUX Tuteur professionnel : Mathieu GRIMBERT Organisme: Lille Métropole Habitat, agence Lille Sud
  2. 2. 2
  3. 3. 3 réambule La réalisation de ce mémoire entre dans le cadre d’un stage en entreprise allant de Janvier à Avril 2013 à Lille Métropole Habitat et plus exactement dans les locaux de l’agence de Lille Sud. Ce stage professionnel a été effectué dans le cadre du master 1 AUDT (Aménagement, Urbanisme et Développement des Territoires), parcours ENVAR (Europe, Environnement, Ville, Aménagement et Réseaux) de l’Université des Sciences et Technologies de Lille 1. Plus précisément dans la spécialité Politique et Ingénierie Foncière dont je fais partie. Le choix de réaliser ce stage dans une structure d’habitat social était motivé par l’envie de découvrir un thème relativement peu abordé pendant les cours dispensés à l’Université et dans l’optique d’avoir une première approche relativement générale du métier d’urbaniste. En effet, l’habitat est une thématique impliquant de mobiliser des acteurs, des disciplines et des connaissances qui dépassent le concept en lui-même, que ce soit au niveau de la grande diversité des travaux qui y sont réalisés, du nombre d’acteurs qui ont un rôle à y jouer ou bien encore de ses répercussions sur la société. Lille Métropole Habitat, ou LMH comme je le dirai dans la suite du mémoire, est l’Office Public de l’Habitat (OPH) dépendant de la Communauté Urbaine de Lille (LMCU) né en 2006 du regroupement entre les Offices Publics de Tourcoing et de Roubaix. Lille Métropole Habitat existe toutefois sous ce même nom depuis 1930, étant à l’époque un organisme d’Habitation à Bon Marché (HBM). Actuellement dirigé par Alain CACHEUX depuis les années 1980, LMH fait figure d’acteur clé en matière de logement social sur l’ensemble du territoire métropolitain avec plus de 26% du parc HLM de la LMCU détenu et logeant aujourd’hui aux alentours de 73 000 personnes sur le territoire, sans compter plus de 800 collaborateurs travaillants sur les sites pour une importante diversité d’actions.1 En termes institutionnels, LMH est un office HLM ou plus précisément un Office Public de l’Habitat depuis l’ordonnance du 1er Février 20072. En ce sens, il relève des dispositions de la loi Defferre de mars 19823, et est rattaché à une collectivité locale, en l’occurrence la LMCU, dans l’optique de construire, gérer et perfectionner des logements destinés à la location et à l’accession à la propriété et ce, en particulier pour des personnes avec de moindres ressources. Au niveau de l’urbanisme enfin, LMH se positionne comme maître d’ouvrage sur les différentes opérations touchant le parc de logement présent sur le territoire métropolitain et 1 Lille Métropole Habitat [http://www.lmh.fr, consulté le 31/01/13]. 2 Ordonnance n°2007-137 du 1er Février 2007 relative aux offices publics de l’habitat. 3 Loi n°82-213 du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions. P
  4. 4. 4 participe au développement des quartiers dans le cadre de la politique d’aménagement du territoire menée par la métropole. Dans le cadre de ce stage, j’ai pu m’occuper de la préparation de documents d’information aux habitants et de présentation de réunions publiques relatives aux opérations de réhabilitation, résidentialisation et constructions/démolitions. Ces dernières s’inscrivent pour la plupart dans le cadre du Grand Projet Urbain de Lille (GPU) qui est lui- même une démarche globale de rénovation urbaine en profondeur des différents quartiers lillois, sous-entendu un projet de rénovation urbaine ou PRU. C’est pourquoi j’ai trouvé judicieux de faire du lien entre le GPU et la stratégie de LMH et ses actions, le sujet de mon mémoire.
  5. 5. 5 emerciements Je tiens à remercier, Monsieur Mathieu GRIMBERT, Directeur de l’agence Lille-Sud de Lille Métropole Habitat, pour m’avoir permis de réaliser ce stage au sein de son service, Madame Charlotte ROSIER, chargée d’opération sur la ZAC Arras-Europe, pour m’avoir orienté sur le Grand Projet Urbain quand je commençais à l’aborder, Madame Claire FORT, chargée d’opération sur le secteur Cannes-Arbrisseau, pour son éclairage sur la concrétisation opérationnelle du projet, Monsieur Simon D’ANNUNZIO, directeur du Grand Projet Urbain à la ville de Lille, pour ses précisions sur les liens entre le Grand Projet Urbain et les documents réglementaires, Monsieur Grégory DESSAUVAGES, chef de projet rénovation urbaine à la direction du territoire sud de Lille Métropole Habitat, pour m’avoir permis de comprendre toute l’articulation complexe des acteurs, Madame Guillemette LESCURE, chef de projet à la direction prospective, stratégie et organisation de Lille Métropole Habitat, pour m’avoir présenté de façon claire et précise la stratégie globale et l’organisation de LMH, Madame Emeline DELHAYE, chargée de mission concertation/gestion urbaine de proximité à la ville de Lille, pour sa présentation des enjeux de la gestion urbaine de proximité, Madame Annette GROUX, professeure à l’Université de Lille 1, pour son accompagnement tout au long du processus d’élaboration de ce mémoire, Et également, José DELAHAYE pour ses réponses à toutes mes questions, Philippe MEGUEULE pour m’avoir si souvent accompagné sur les chantiers, Hélène WEYENBERGH pour son aide régulière et toute la documentation qu’elle a pu me fournir, R
  6. 6. 6 Marjorie HAVEZ, Benoît SEIGNEUR, Laurène POTOCZNIAK, Séverine BRODIN, Carole BOUILLET, Lyes HAMERLAINE, Daniel MIGDAL, Sylvie MULLIER, Peter FIEVET, Hakim MESSAOUDENE, Florence MACAIGNE, Abderrahmane TOUIER, Marc-Antoine DHULST… et l’ensemble du personnel de l’agence Lille-Sud de Lille Métropole Habitat pour leur accueil et leur gentillesse tout au long de ces trois mois de stage qui n’auraient pas pu se dérouler d’une meilleure façon.
  7. 7. 7 ommaire Préambule 3 Remerciements 5 Introduction 9 I- Le Grand Projet Urbain : une démarche de rénovation urbaine au sein d’un projet métropolitain global 17 Point méthodologique n°1 18 A- Le Grand Projet de Ville, un projet urbain à portée européenne : 18 A.1) L’enjeu du maillage urbain 19 A.2) Les principaux axes de développement du GPV 19 A.3) Une ambition européenne 21 B- Le GPV dans la continuité de la politique de la ville ? 22 B.1) Les prémices de la politique de la ville française 22 B.2) Le PNRU, un nouveau moyen d’action 25 B.3) La rénovation urbaine : vers la prise en compte du social ? 26 C- Le projet de rénovation urbaine de Lille : quelles réalités ? 27 C.1) L’étroitesse du lien entre GPV et le Projet de Rénovation Urbaine 27 C.2) La complexité d’un PRU 29 C.3) La formalisation de la rénovation urbaine à travers le GPU 30 C.4) Le GPU : une gouvernance spécifique 33 C.5) La territorialisation des actions 35 Précisions sur le PMRQAD 35 II- Le quartier de Lille-Sud comme centre d’attention du Grand Projet Urbain 37 Point méthodologique n°2 38 A- L’histoire de Lille-Sud à la base de ses réalités actuelles 38 A.1) La révolution industrielle comme point de départ 39 A.2) Un quartier à dominante résidentielle… 39 A.3) …Disposant toutefois d’un certain potentiel de développement 40 S
  8. 8. 8 B- Un ensemble urbain en pleine mutation 41 B.1) L’importance d’une démarche novatrice en matière de rénovation urbaine pour Lille-Sud 41 B.2) Les enjeux du GPU pour le quartier 44 B.3) Une ambition plus large débordant hors du cadre de la rénovation urbaine 46 C- La déclinaison territoriale des actions du GPU 48 C.1) Secteur Arras-Europe 49 C.2) Secteur Cannes-Arbrisseau 51 III- Lille Métropole Habitat, quelle place dans le mécanisme des acteurs du GPU et quel rôle sur Lille-Sud ? 54 Point méthodologique n°3 55 A- LMH au sein des dispositifs opérationnels du GPU 55 A.1) La gouvernance sur la ZAC Arras-Europe 55 A.2) La gouvernance du groupement de commande sur Cannes-Arbrisseau 57 Précisions sur le groupement de commande 59 B- Le rôle du bailleur au sein d’un projet de rénovation urbaine comme le GPU 61 B.1)LMH comme maître d’ouvrage 62 B.2) Des prérogatives sortant du cadre opérationnel 63 B.3) Un acteur clé en matière de gestion urbaine de proximité 65 C- Lille Métropole Habitat : une logique personnelle à faire coïncider avec les projets métropolitains 66 C.1) La mise en place de tout un travail de proximité 68 Focus sur le « diagnostic en marchant » 69 C.2) Une stratégie opérationnelle à suivre 69 C.3) Une santé financière à préserver 70 Conclusion 73 Bilan du stage 77 Bibliographie 78 Tables des illustrations 82 Tables des acronymes utilisés 83 Annexes 85
  9. 9. 9 Introduction
  10. 10. 10 « Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise *…+ ces simples mots : Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprend espoir, ici on t’aime ». Ces mots datent de 1954 et sont ceux de l’Abbé Pierre lors de son célèbre appel pour faire face au terrible manque de logements pour les plus pauvres : depuis cette date, la politique française en matière d’habitat social n’a eu de cesse d’évoluer pour ne plus être confrontée à une aussi importante crise du logement que celle qui toucha la France à cette époque. Au centre des politiques, dispositifs, crises et évolutions qui ont concernés l’habitat social, et ce, en particulier depuis le 19ème siècle, se trouvent les offices publics de l’habitat, ou OPH, dont Lille Métropole Habitat est un digne représentant. Un OPH est généralement issus des services habitat des villes et existe donc sous différentes formes ; il peut être municipal, départemental ou communautaire comme c’est justement le cas pour LMH. Il est, de plus, un prestataire de service dans tous les domaines de l’habitat et cette position au centre de ce sujet éminemment politique, fait que les administrateurs des offices sont en général des politiques. Ils participent ainsi à la grande majorité des projets qui vont toucher le territoire où ils sont implantés qu’ils concernent de près ou de loin l’habitat. Les OPH font partie d’une dénomination globale qui est celle de « bailleur social » dans la mesure où ils gèrent et construisent du logement social. Le terme « logement social » désigne tout type de logement éligible à des aides de la part de l’Etat pour permettre à des personnes ayant peu de moyens financiers de se loger dans des conditions décentes. L’étroitesse du lien entre habitat et bailleur social fait que leur histoire est commune et qu’un retour aux sources du logement social est important pour bien comprendre le contexte dans lequel évolue actuellement LMH et les offices publics de l’habitat en France. Quand l’habitat créa l’urbanisme… Pour commencer, l’histoire de l’habitat social trouve ses racines dans la révolution industrielle avec l’émergence de la dualité entre la classe ouvrière et le patronat qui devient alors la nouvelle bourgeoisie de l’époque. Le logement ouvrier se développe, installé près des usines et des zones industrielles il en vient à créer des véritables quartiers presque entièrement consacrés au logement de la main d’oeuvre. En 1894 est alors promulguée la loi Siegfried, du nom du député maire du Havre de l’époque, Jules Siegfried, créant les comités d’HBM4 et développant le concept des ouvriers propriétaires. Cette loi fera figure de socle législatif sur lequel se développera la politique française de l’habitat au centre de laquelle se trouvent les bailleurs sociaux. Grâce à elle il est désormais possible pour la Caisse des dépôts et consignation et les caisses d’épargne de prêter de l’argent aux organismes d’HBM, ancêtres des offices publics de l’habitat actuels. La 4L’anagramme HBM désigne les Habitations à Bon Marché qui sont les premiers logements sociaux français.
  11. 11. 11 fin du 19ème siècle marque une évolution vers une sorte d’accession à la propriété embryonnaire avec la promulgation de la loi Ribot de 1908 qui va permettre aux organismes d’HBM de prêter à un taux de 2% une partie des fonds nécessaire à l’achat ou la construction d’un logement salubre. Dans les années 1920, l’« Etat providence »5 est le garant du plein emploi et de la protection sociale : la démocratie et les droits de l’homme prennent d’assaut le politique et « le logement devient le complément naturel du salariat »6 ; les ouvriers doivent vivre dans des conditions décentes pour fournir toute la mesure de leur force de travail. Le logement social devient l’objet d’une politique publique avec l’adoption d’une loi en 1928 prévoyant la construction sur 5ans d’environ 250 000 logements à bon marché que ce soit en locatif comme en accession. L’Etat, au travers de ces organismes d’HBM, qui sont désormais devenus des acteurs incontournables en matière de construction de logements sociaux, affirme son pouvoir centralisateur de l’époque, ici dans le domaine de l’habitat, et se positionne comme l’entité créatrice des espaces et de leur organisation. L’urbanisme viens de naître de l’engagement politique en faveur du logement et de la densification des constructions, et donc, du territoire. Avec un peu moins d’1 million de personnes ayant bénéficié à l’époque du dispositif des HBM, le bilan de cet engouement politique en faveur du logement social peut paraître assez faible à la lueur des besoins actuels mais honore bien les débuts de presque 90ans de politique de l’habitat en France au centre de laquelle sont déjà présents les bailleurs sociaux. À la fin de la guerre, une grande partie de la France est en ruine, avec des conséquences directes en matière de surpeuplement et d’insalubrité de l’habitat. De plus, les constructions tardent à être réalisées et le pays s’installe dans un contexte de crise du logement. Pour y faire face, des mesures sont prises en 1945 en faveur de la réparation d’environ 1 million de logements sinistrés et pour réquisitionner les logements vacants. Des lois sont alors promulguées, notamment celle de Juillet 1950 qui va permettre une accélération de la construction de logements sur le territoire et qui va remplacer le terme d’HBM par celui d’Habitations à Loyer Modéré (HLM). Outre le fait que cette loi marque la reconnaissance du droit à un logement décent, cette évolution sémantique marque en parallèle un changement de doctrine puisque le logement social n’apparaît plus exclusivement pour les plus pauvres, mais bien comme le logement des classes populaires et des classes moyennes. Apparaît alors un débat autour de la vocation du logement HLM ; soit celui-ci, construit à l’époque par les patrons pour leurs ouvriers, a donc pour vocation de loger ces derniers dans une logique de couple logement/industrie comme ce fut le cas pendant la période industrielle ; soit le logement HLM devient un refuge pour les familles 5 Expression désignant « l’ensemble des interventions de l’Etat dans le domaine social, qui visent à garantir un niveau minimum de bien-être à l’ensemble de la population, en particulier à travers un système étendu de protection sociale ». Source : www.vie-publique.fr, site de la Direction de l’information légale et administrative française. 6 GROUX A., 2011, cours « Politique de l’habitat en France ».
  12. 12. 12 pauvres et modestes. Cette dernière vision est soutenue avec ardeur par l’Abbé Pierre qui, grâce justement à son appel du 1er Février 1954, va contribuer à l’engagement national de l’Etat, avec l’aide des offices HLM, en matière de construction de logements. Parallèlement en 1953, le Plan Courant fixe un objectif de construction de 240 000 logements par an pendant 5ans et impose à toutes les entreprises ayant plus de 10 salariés de verser un équivalent de 1% de leur masse salariale en matière de participation des entreprises à l’effort de construction : c’est le « 1% logement », celui-ci va alors permettre aux bailleurs de construire de façon plus importante. Ce sont alors les prémices de la construction des grands ensembles de logements collectifs. L’appel de L’Abbé Pierre et le plan Courant marquent le penchement définitif du logement HLM en défaveur du logement patronal. Il faut toutefois préciser que, actuellement, les entreprises sociales de l’habitat ou ESH, qui sont la deuxième grande famille au sein des bailleurs sociaux avec les OPH, font du logement locatif social grâce au dispositif du 1% logement mais fonctionnent comme des entreprises privées avec la présence d’actionnaires. Ces deux organismes se différencient par leur vocation : les ESH logent principalement les salariés tandis que les OPH « logent tout le monde au meilleur rapport qualité-prix7 ». A la suite de cet appel de l’Abbé Pierre, le gouvernement va ensuite lancer un concours ayant pour objectifs la réalisation de 13 000 Logements Economiques de Première Nécessité (LEPN), sortes de petits logements que l’on qualifierait aujourd’hui de « préfabriqués » eu égard à leur forme très spécifique. Cette même année, témoignant d’une réelle évolution de la législation en matière de logements sociaux, la première réglementation concernant leur attribution apparaît, incombant aux bailleurs. De la reconstruction à la construction. La fin de la guerre marque un tournant en matière d’habitat, la France passe alors dans un contexte de construction rapide et quasi incontrôlée de la ville. Le gouvernement lance de multiples appels à projets dans tout le pays pour construire plus vite et moins cher. La construction de logements devient assimilable à une production industrielle de masse : la vocation des logements à accueillir ouvriers est terminée mais ce sont pourtant bien ces derniers qui réalisent maintenant les logements sociaux. On assiste alors à une nouvelle forme du couple habitat/industrie : à travers la proximité de la main d’oeuvre le logement était un préalable au bon fonctionnement de l’industrie alors que désormais, c’est cette dernière qui réalise les logements. Dans le même temps, avec le décret de décembre 19588, naissent les Zones à Urbaniser en Priorité (ZUP), qui, pour la première fois prennent en compte la création d’équipements publics en parallèle à la création de logements. En 15ans, ce sont plus de 2 7Entretien avec M Grégory DESSAUVAGES, chef de projet rénovation urbaine à Lille Métropole Habitat, réalisé le 15 Février 2013. 8 Décret n° 58-1464 relatif aux zones à urbaniser en priorité.
  13. 13. 13 millions de logements répartis dans plus de 200 ZUP qui seront réalisés en France et qui vont contribuer à renforcer une pratique caractérisant l’urbanisme de l’époque. Celle-ci est, de plus, encouragée par la Charte D’Athènes de 1943 ; c'est-à-dire un urbanisme fonctionnaliste qui va faire de la séparation des fonctions urbaines le principe ordonnateur de la ville moderne et qui va favoriser la ségrégation spatiale de l’habitat. Débute alors la période des « Trente Glorieuses »9 pendant laquelle apparaissent des modifications profondes en termes de qualité des logements et de statut des habitants. Avec la hausse du pouvoir d’achat des ménages, ces derniers deviennent plus souvent propriétaires, le nombre de constructions de logements double de 1945 à 197510 et leur qualité s’accroit : l’eau courante se généralise et le surpeuplement baisse. L’époque est malheureusement marquée par la généralisation des mal-logés et des bidonvilles. En 1971, une politique de résorption de ces derniers et de relogement des immigrés est mise en place pour y remédier. Il restera, malgré les progrès en matière d’habitat, autour de 15% de mal logés à la fin de la période des Trente Glorieuses. Les débuts de la politique de la ville. Aux prémices de la seconde moitié des années 1970, la politique en matière de logement évolue vers la reconquête du patrimoine existant tout en luttant contre le problème de l’insalubrité et du confort des logements. Cette reconquête des centres anciens et le déclin des grands ensembles d’habitations dont la Cité Radieuse de Le Corbusier est un exemple phare, marquent le début d’une politique publique française en direction des quartiers populaires : la politique de la ville11. Le gouvernement, sous la conduite du premier ministre de l’époque, Raymond Barre, s’engage dans un processus de rénovation du système de financement du logement avec la loi du 3 Janvier 1977 «portant réforme de l’aide au logement »12. Elle a pour objet, selon l’article 1er de : « favoriser la satisfaction des besoins de logement et, en particulier, de faciliter l’accession à la propriété, de promouvoir la qualité de l’habitat existant et d’adapter les dépenses de logement à la situation de famille et aux ressources des occupants tout en laissant subsister un effort de leur part ». Cette loi va ainsi créer les prêts d’accession à la propriété (PAP), les prêts locatifs aidés (PLA) et l’aide personnalisée au logement (APL). Le logement s’éloigne alors de la sphère économique pour s’orienter vers le champ des politiques sociales et, avec la décentralisation effective en 1982, les villes ont désormais la responsabilité en termes de logement social sans pour autant avoir les moyens d’y faire face. Le bailleur devient donc un partenaire privilégié pour assister les 9 « Période historique comprise entre 1946 et 1975 pendant laquelle la France et la plupart des économies occidentales connurent une croissance exceptionnelle et régulière et à l’issue de laquelle elles sont entrées dans l’ère de la société de consommation ». Source : Encyclopédie Larousse. 10 Source : L’Union sociale pour l’habitat [http://www.union-habitat.org/, consulté le 31/01/13]. 11 La politique de la ville « désigne la politique mise en place par les pouvoirs publics en France depuis les années 1980 afin de revaloriser les zones urbaines en difficulté et de réduire les inégalités entre les territoires ». Source : GROUX A., 2011, cours « Politique de l’habitat en France ». 12 Loi « Maintien des aides publiques à l’investissement malgré l’institution de l’aide personnalisée au logement » n°77-1 du 3 Janvier 1977.
  14. 14. 14 villes dans leurs nouvelles responsabilités. Il y a alors une première évolution vers la démarche partenariale qui sera chère à l’ANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine) 20ans plus tard au moment de la rénovation urbaine. Il apparaît nécessaire de définir des politiques de l’habitat pour aider les villes et collectivités locales à faire face à ces nouvelles responsabilités. Le programme Local de l’Habitat (PLH) créé en 1983 et la loi Besson du 31 mai 1990 vont dans ce sens et proclament le droit au logement pour tous : « Garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l'ensemble de la nation »13 selon le préambule de la loi ; cette dernière élabore également les fonds de solidarité logement pour permettre l’accès au logement pour les plus démunis. Elle donne également un rôle et des responsabilités majeures aux bailleurs sociaux chargés désormais de travailler avec les villes et les collectivités locales. Un an plus tard, la Loi d’Orientation pour la Ville (LOV) de Juillet 1991 renforce le PLH en en faisant un outil de planification articulant l’aménagement et la politique de l’habitat. Elle proclame, de plus, l’existence d’un « droit à la ville » définit dans l’article 1er par le droit pour les habitants à « des conditions de vie et d’habitat favorisant la cohésion sociale et de nature à éviter ou faire disparaître les phénomènes de ségrégation »14. Le fonctionnalisme est bel est bien révolu et émerge alors une reconnaissance de l’importance d’introduire la mixité sociale dans les quartiers dans l’optique de renforcer la cohésion et de réduire les phénomènes de ségrégation. À cette fin, est promulguée en juillet 1998, la loi relative à la lutte contre les exclusions qui va notamment réformer le système d’attribution des logements sociaux par le bailleur pour lui donner plus de transparence. La rénovation urbaine au coeur de la politique de la ville. Avec les années 2000, le logement social arrive progressivement au coeur du renouvellement urbain. En effet, cette volonté de réduction de la ségrégation spatiale et des inégalités ainsi que la promotion de la mixité sociale dans les villes va déboucher sur la promulgation de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU) de Décembre 2000. Celle-ci va définir comme objectif 20% de logements sociaux dans les villes et agglomérations de plus de 50 000 habitants. Celles qui n’atteindront pas ce taux seront soumises à « un prélèvement sur leurs ressources fiscales destinées à soutenir les acquisitions foncières et immobilière nécessaires à la production de ces logements. »15. Avec cette loi, la place du logement social et des organismes HLM est réaffirmée au sein du double enjeu que représentent la mixité et le droit au logement. La rénovation urbaine est en train de naître et son acte de naissance peut être identifié par la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, dite « loi Borloo », qui va créer l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine 13 Loi n°90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement. 14 Loi « D’orientation pour la ville » n°91-662 du 13 Juillet 1991. 15Ministère du Développement Durable [http://www.developpement-durable.gouv.fr, consulté le 04/02/13]
  15. 15. 15 (ANRU) associée au Programme National de Rénovation Urbaine (PNRU). La volonté est alors de rénover les quartiers HLM afin de favoriser leur intégration dans le tissu urbain. Les opérations de démolitions-reconstruction débutent, et ce, surtout au sein des quartiers classés Zone Urbaine Sensible (ZUS) qui sont des quartiers dits « fragiles » de par leur concentration importante en ménages connaissant des difficultés sociales et économiques persistantes. Le logement pour les personnes défavorisées devient alors l’axe central d’intervention dans le logement HLM avec la loi la loi Engagement National pour le Logement (ENL) de Juillet 2006 et la loi Droit au Logement Opposable (DALO) de mars 2007. La première va favoriser l’accession à la propriété pour les ménages modestes et va réformer les mécanismes d’attribution de logements pour les ménages les plus fragiles ; la seconde va renforcer les dispositions relatives à l’hébergement d’urgence notamment ou encore va permettre la saisine d’une commission de recours en cas de délais anormalement longs au moment des attributions de Logements Locatifs Sociaux (LLS)16. Au final, après plus d’un siècle d’évolutions, la politique de l’habitat en France au niveau des logements sociaux peut globalement être qualifiée de réussite avec environ 10 millions de personnes logées en 2011, même si l’effort de construction se doit d’être poursuivi et ce dans un contexte d’accessibilité de plus en plus délicate au parc immobilier, que ce soit pour les classes défavorisées que pour les classes moyennes. Avec les aides à la pierre ; qui se caractérisent par un système de prêts et de subventions aidant à la construction de logements sociaux, et les aides à la personne qui sont des allocations versées, comme leur nom l’indique, aux personnes ayant des revenus modestes afin de les aider à payer leur loyer ; l’Etat reste encore aujourd’hui le garant d’une équité nationale de traitement toujours dans l’idée d’un droit au logement pour tous. Pourtant, de plus en plus, en suivant les évolutions en matière de décentralisation, ce sont les intercommunalités, assistées dans leur démarche par les bailleurs, qui sont en charge du logement et qui disposent de leur propre politique de l’habitat. Situés au coeur de ces politiques intercommunales de l’habitat et travaillant en partenariat avec ces structures, les bailleurs sociaux comme LMH sont donc encore aujourd’hui au centre des dispositifs procédant à la rénovation urbaine en France et en particulier ici, sur la métropole lilloise. En effet, la rénovation urbaine étant l’essence même du Grand Projet Urbain sur lequel LMH travaille en partenariat avec la ville et de multiples autres acteurs, le but de ce mémoire sera de chercher à comprendre comment un office public de l’habitat tel que LMH se place dans une logique de projet comme c’est le cas pour le GPU. Il sera alors exclusivement question du quartier de Lille-Sud où est localisée l’agence 16 « Aides à la construction de logements locatifs sociaux » sont un type d’aides à la pierre et plus précisément des prêts distribués principalement par la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC) et destinés à des organismes HLM ou à des Sociétés d’Economie Mixte (SEM). Source : GROUX A., 2011, cours « Politique de l’habitat en France ».
  16. 16. 16 au sein de laquelle je réalise mon stage. Le développement se fera selon trois axes. Le premier aura pour but de contextualiser le GPU dans les politiques actuelles en France en matière d’urbanisme et d’habitat, le second cherchera à décliner les enjeux du GPU à l’échelle du quartier de Lille-Sud et de ses réalités socio-économiques et enfin, le troisième axe détaillera les actions et le rôle de LMH au coeur d’une démarche de projet, sa stratégie dans et hors du cadre du GPU de Lille.
  17. 17. 17 I Le Grand Projet Urbain : une démarche de rénovation urbaine au sein d’un projet métropolitain global.
  18. 18. 18 Point Méthodologique n°1 : Cette partie est celle ayant nécessité la plus grande part de recherches que ce soit au niveau de l’histoire de la politique de la ville depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui ou bien encore au niveau de l’articulation du tryptique GPV-ANRU-GPU pour laquelle des entretiens ont été nécessaires afin de bien comprendre les relations et les liens qui unissent ces dispositifs. Le travail s’est alors déroulé selon un cheminement « recherches-questions-entretiens » c’est-à-dire des recherches qui ont amené des questions précises auxquelles seuls des acteurs travaillant sur le Grand Projet de Ville et le Grand Projet Urbain pouvaient répondre avec précision17. A- Le Grand Projet de Ville de Lille, un projet métropolitain à portée européenne. Depuis Lille Capitale Européenne de la Culture 2004, l’idée d’un « Grand Lille » qui réunirait et rapprocherait les quartiers de la métropole au sein d’une aire géographiquede 3 millions d’habitants a pris de l’ampleur. Cette idée se concrétise aujourd’hui par la mise en place du Grand Projet de Ville de Lille, ou GPV, qui s’inscrit dans une temporalité longue de développement métropolitain. « Partager ensemble une vision du développement de la cité et de la stratégie pour y parvenir. Tels sont les objectifs du projet urbain de Lille »18. C’est par ces mots que Martine AUBRY, présidente de la Communauté Urbaine et maire de Lille, définit les aspirations premières du GPV, pour sa ville d’abord et pour la métropole ensuite. Selon sa vision personnelle de la ville, Martine AUBRY estime que cette dernière doit être un espace de liens entre les territoires et les hommes. La notion de rapport entre les hommes et l’espace qu’ils habitent, c’est-à-dire la ville actuelle, est donc centrale dans les enjeux du GPV.Il faut en effet aujourd’hui redéfinir la ville pour remédier aux pratiques urbaines des dernières décennies qui ont conduit à des phénomènes de ségrégation et d’étalement urbain multipliant les distances et favorisant la consommation de ressources en énergie. Par ailleurs, les pratiques visant à agir sur les centres historiques en coeur de ville font figure de démarches pleines de sens mais ne résolvent pas les ruptures urbaines qui marquent la séparation des différents quartiers et accentuent les différences entre le centre et sa périphérie. Or, comme l’explique P.INGALLINA, « on ne pense plus la ville par parties, *…+ mais comme un ensemble, un système relationnel, un lieu permettant l’imbrication de tissus urbains et sociaux différents »19. D’où l’attention toute particulière portée par le GPV au rééquilibrage des quartiers. 17 Voir annexe n°1. 18Ville de Lille., 2005, « Le projet urbain de Lille, un nouvel art de ville », Edition Ville de Lille, p.4. 19P.INGALLINA., 2001, « Le projet urbain », Paris : Editions Que sais-je ?, p.79.
  19. 19. 19 A.1) L’enjeu du maillage urbain. Les ruptures urbaines lilloises sont localisées à l’emplacement des anciennes fortifications de la ville. Pourtant, en 1921, la ville obtient la rétrocession par l’Etat des terrains des remparts et, sous la direction du maire de l’époque, Gustave DELORY, les murs d’enceinte sont progressivement démolis. Cet espace est alors appelé « zone non- aedificandi ». Il n’en reste pas moins que le tracé des fortifications est toujours visible aujourd’hui dans la morphologie urbaine lilloise et que cette zone marque une coupure entre Lille intra-muros et ses faubourgs. En effet dans les années 1930, ces espaces sont vus comme des lieux ayant un potentiel de développement urbain et sont mobilisés pour faciliter la circulation automobile dans et autour de la ville. Le plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension de Lille d’Emile DUBUISSON propose alors à l’emplacement des remparts la réalisation d’un boulevard circulaire. Par la suite, des programmes successifs tels que le plan d’aménagement de Théo LEVEAU des années 1950 ou le Schéma Directeur lillois de 1973 scellent le devenir du Lille intra-muros délimité par le tracé des anciens murs d’enceinte. Le coeur de ville accueille désormais les fonctions centrales ; de même, la localisation des axes de transports et l’installation des immeubles de logements sociaux sur la zone anciennement occupée par les remparts contribuent à l’effet de coupure avec le reste de la ville. Face à cette situation, le GPV participe donc à rétablir un maillage urbain global en tentant de rééquilibrer les quartiers pour rapprocher les habitants de ces espaces. L’objectif est que les espaces urbains se juxtaposent et se relient harmonieusement dans un continuum urbain général. Ce maillage d’ensemble du territoire lillois visé par le GPV s’appuie sur trois axes principaux de développement qui se déclinent à l’échelle infra- urbaine. C’est en effet à l’échelle des quartiers que s’organisent les relations entre les hommes et les espaces ainsi que les liens entre les différents territoires de la ville. A.2) Les principaux axes de développement du GPV. Le premier axe de développement sur lequel veut agir le GPV est celui de la qualité urbaine puisque l’enjeu est que chaque quartier, avec sa centralité et ses services publics, puisse accueillir toutes les fonctions qui conditionnent le renouvellement de la ville, son cycle de vie : le logement, le travail, les loisirs, le commerce et la culture. Cette qualité urbaine et cette diversité de fonctions doivent permettre d’avoir un ensemble urbain équilibré favorisant la mixité sociale au sein de tous les quartiers de la ville. Le second axe de développement vise ensuite la mise en réseau des quartiers et donc, de leurs populations. Le GPV affirme la primauté de l’espace public comme lieu de la vie urbaine et par conséquent, comme enjeu primordial d’attractivité du territoire et d’appropriation de ce dernier par les habitants. En effet, agir sur l’espace public permet d’attirer l’investissement privé là où il ne vient pas spontanément et apporte une certaine valeur ajoutée aux territoires. L’urbain doit
  20. 20. 20 désormais s’organiser autour de longues promenades et avenues vertes favorisant la découverte des quartiers par les citadins et leur identification à la ville. Ces longues promenades doivent aussi relier les quartiers entre eux et atténuer les coupures urbaines constituées par les axes de transports notamment, et qui marquent la séparation entre le centre lillois et sa périphérie. Il faut par conséquent que les déplacements doux soient favorisés et puissent se réaliser dans les meilleures conditions possibles sans oublier de les concilier avec le développement parallèle des transports en communs. Figure I : Les enjeux des travaux sur l’espace public. Réalisation : T.Moliner, Mars 2013. La valorisation du patrimoine existant est le troisième axe sur lequel s’appuie le GPV. Le passé doit en effet être valorisé pour servir de socle aux évolutions urbaines à venir : « l’ambition est de dialoguer avec les formes d’aujourd’hui pour créer les repères de la ville Traitement des espaces publics Emergence de lieux structurants et symboliques (place, coeur de quartier…) Requalification des tissus urbains alentours Liaisons entre les sous- quartiers Renouvellement urbain général du quartier et attraction des investissements privés
  21. 21. 21 de demain »20. En effet l’histoire lilloise et les spécificités architecturales et culturelles de ses quartiers créent des centralités dans l’esprit des habitants : la maison folie de Wazemmes contribue à attirer sur le secteur des populations venant du Vieux Lille ou de Vauban, les travaux des paysagistes de l’agence West 8 sur le parc Jean Lebas ou la rénovation de la place aux oignons du Vieux Lille, par exemple, donnent de nouveaux repères urbains aux habitants et créent des liens sensibles vis-à-vis de quartiers et de lieux qui, au départ, n’étaient peut- être pas forcément attractifs. La volonté est d’avoir, outre une qualité dans les espaces et les équipements urbains, une véritable diversité en matière de créativité dans les domaines de l’urbanisme, du paysage et de l’architecture tout en créant de nouvelles polarités dans la ville. L’ambition est de doter chaque quartier d’un pôle d’excellence, un équipement structurant qui renforce l’identité de l’espace urbain dans lequel il est implanté et qui devienne un outil au service de la création du lien inter-quartiers. Pour cela, le GPV intègre une notion de temporalité et cherche à valoriser des espaces et du bâti préexistant comme les friches et le patrimoine industriel très présent sur le territoire lillois. A.3) Une ambition européenne. Ce développement infra-urbain est un levier de la stratégie globale du GPV. Toutes ces actions réalisées à l’échelle des quartiers participent en fait à la volonté d’asseoir le rayonnement de la métropole lilloise dans le jeu des métropoles européennes. Avec la crise économique actuelle, les villes sont sujettes à une concurrence exacerbée dont l’enjeu est l’attractivité des capitaux et des hommes. C’est pourquoi, le rayonnement lillois à l’échelle européenne ne pourra se faire que si la ville dispose de centralités puissantes dans chaque quartier, eux-mêmes reliés les uns aux autres par un tissu urbain et des infrastructures de transport performantes permettant une diffusion de la qualité urbaine quelle que soit l’échelle géographique retenue. Cette excellence générale qui est visée est aussi complétée et portée par des projets et des événements culturels et urbains d’envergure nationale voire européenne tels que respectivement Lille 3000 ou Euralille et qui vont donner une image de « marque » à la métropole lilloise et accentuer encore d’avantage son attractivité. Le GPV qui est à l’oeuvre sur le territoire lillois est donc un projet ambitieux, trouvant ses racines dans les ambitions politiques et économiques des élus de la ville et de la métropole et s’appuyant sur ses quartiers pour se développer. Il s’inscrit également dans la démarche de renouvellement de la ville sur elle-même dans un contexte de raréfaction et de coût croissant des énergies. 20Ville de Lille., 2005, « Le projet urbain de Lille, un nouvel art de ville », Edition Ville de Lille, p.22.
  22. 22. 22 B- Le GPV dans la continuité de la politique de la ville ? Il semble important, pour bien comprendre les liens qui unissent le GPV et la politique de la ville, d’avoir un éclairage précis et de s’attarder un peu plus sur cette dernière quitte à répéter légèrement les faits introductifs résumant l’histoire de l’habitat social en France. B.1) Les prémices de la politique de la ville française. « On condamnerait un boucher qui vendrait de la viande pourrie, mais le code permet d’imposer des logis pourris aux populations pauvres21 », cette locution de Le Corbusier, illustre la crise profonde qui marque le logement social dans son ensemble et ce depuis un certain temps puisque nous sommes ici en 1957, soit trois ans après l’appel de l’Abbé Pierre face au déficit de logement en France pour les plus pauvres. La volonté de Le Corbusier à mettre en place ce qu’aujourd’hui tout le monde stigmatise comme le symbole de l’échec de la politique de la ville va alors prendre forme : ces fameux « grands ensembles » dont il est encore tant question actuellement apparaissent à l’époque sur le territoire français. Les espérances sont alors comparables à la taille de ces nouveaux immeubles d’habitation : ils offriront aux plus pauvres des conditions décentes de vie et d’habitat. Par « grands ensembles » il n’est pas seulement question des immeubles massifs qui sont alors construits, mais plutôt de petits assemblages urbains assimilables à des quartiers dont l’autonomie devait être assurée par les habitants des résidences. Ces ensembles infra-urbains sont caractérisés par de nombreux équipements collectifs et par la voirie favorisant la circulation piétonne à l’intérieur des unités urbaines. La circulation automobile est alors rejetée en périphérie. Le but étant alors de favoriser les échanges et la sociabilité au sein de ces assemblages résidentiels, de leur donner un dynamisme social qui serait comparable à une vie de quartier. La réalisation des grands ensembles d’habitation fait à l’époque figure d’exception française puisque, au moment de la reconstruction, se déploie dans les autres pays européens un modèle de développement urbain basé sur les pavillons, lotissements et maisons de villes alors que la France s’oriente, elle, vers l’habitat collectif. Cet engouement français s’explique alors par les particularités nationales de l’époque : « une économie de marché marquée par une forte intervention de l’Etat, une politique incitative teintée d’une réglementation stricte, des administrations centralisées…22 ». La période de l’après-guerre impliquait en effet de faire bloc autour d’un Etat fort qui centralisait les volontés et les moyens dans l’effort de reconstruction et de redressement économique du pays. 21Le Corbusier., 1957, « La Charte d’Athènes », Paris : Editions Points, p 35. 22 G.LE GOULLON dans Fédération Nationale des Offices HLM, 2007, « La rénovation des quartiers d’habitat social, l’engagement des Offices dans les opérations de rénovation urbaine », éditions La Découverte, p 115.
  23. 23. 23 Pourtant, à la fin des années 1940, la crise du logement est toujours prégnante : la France est alors dans un contexte d’exode rural important et de développement de plus en plus fort de l’espace périurbain. Il faut ajouter à cela la période du baby-boom qui dura de 1945 à 1965 et au cours de laquelle l’indicateur conjoncturel de fécondité23 atteindra entre 2,6 et 3 enfants par femme. Face à ces enjeux, la construction a dû parer au plus pressé et le logement prend alors la forme d’une production industrielle au même titre que les biens de grande consommation ; ce qui va entraîner sa standardisation. La population était en effet prise en compte mais selon des besoins uniformisés ; « plutôt que la classe moyenne, *…+ c’était la moyenne des classes qui était visée24 ». Le facteur financier a également son rôle dans cette frénésie de construction. Le fait de produire de façon standardisée et massive comme sur une chaîne de production classique réduit fortement les coûts. C’est ce qui va pousser les pouvoirs publics et les offices HLM à multiplier les chantiers de grands ensembles dès les années 1940. La vision des urbanistes de l’époque n’a rien arrangé et, en prônant la dédensification des constructions dans un souci de qualité de vie, elle va promouvoir des constructions en hauteur et conduire à la grande taille qui caractérise les grands ensembles et en fait aujourd’hui leur spécificité : « la densité *…+ peut être totalement modifiée par la hauteur des bâtiments25 ». De plus, l’urbanisme était alors marqué par la logique de la « tabula rasa » et ne prenait pas en compte la mémoire des lieux où étaient implantés les immeubles. Toutefois, à l’époque, les grands ensembles n’étaient pas encore stigmatisés. Ils répondaient à des impératifs d’embellissement, d’hygiène et de modernisation de l’habitat. Pourtant en 1973, Olivier GUICHARD alors ministre de l’équipement signe une circulaire dont le but est d’empêcher la construction de ces grands ensembles d’habitation. Ces derniers sont effectivement pris à cette période dans une crise sociale importante et sont progressivement marqués par la pauvreté et la ghettoïsation. Leur autonomie urbaine souhaitée par les acteurs de l’époque conduit finalement à leur séparation du reste du tissu urbain. Le fait de ne répondre qu’aux besoins en termes de foyers amène à un déséquilibre entre l’emploi et l’habitat et la masse trop importante de population logée dans ces habitations entraine une dégradation rapide et importante des bâtiments et de leur environnement direct. C’est ainsi que les premières dispositions en faveur de l’amélioration des conditions de vie dans les grands ensembles vont se mettre en place. La France est à l’heure de la politique de la ville. Cette politique interministérielle26 va viser la rénovation de l’habitat le plus dégradé, le développement social et culturel des quartiers ainsi que l’accès à l’emploi et la revitalisation économique de ces espaces selon une territorialisation des actions. C’est alors un engagement national encore prégnant aujourd’hui qui va faire ses débuts. La politique de la ville va être marquée par des outils et des dispositifs qui vont 23 Indicateur conjoncturel de fécondité : mesure le nombre d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie si les taux de fécondité observés à chaque âge l’année considérée demeuraient inchangés. 24 P.PEILLON dans Fédération Nationale des Offices HLM, 2007, « La rénovation des quartiers d’habitat social, l’engagement des Offices dans les opérations de rénovation urbaine », éditions La Découverte, p 115. 25 Le Corbusier, op.cit. 26 Annexe n°2 : La gouvernance nationale de la politique de la ville.
  24. 24. 24 DSQ 1982 Développement social des quartiers. Mis en place sur 23 sites en France dont Lille et 6 de ses quartiers parmi lesquels Lille-Sud. But: donner aux gens les moyens pour qu’ils puissent se sortir eux-mêmes d’une situation difficile. 1988 Mise en place de la gouvernance nationale de la politique de la ville avec la création des DIV, CNV et CIV. 1993 1ers contrats de ville signés entre les maires, collectivités et l’Etat. Mis en place des GPU sur 12 villes françaises dont Roubaix et Tourcoing mais pas Lille. But: ces Grands Projets Urbains concentrent des investissements massifs sur des sites dévalorisés spatialement (grands-ensembles, mono-fonctionnalité), économiquement et socialement (chômage et délinquance) et jouissant d’une image négative. GPU 1996 Loi relative à la mise en oeuvre du pacte de relance pour la ville et définition des ZUS, ZRU et ZFU. Lille-Sud classé en ZUS. Avec l’élection de Jacques Chirac, la droite est désormais au pouvoir et le changement de conduite de la politique de la ville s’en ressent. Désormais l’accent est mis sur le retour des quartiers dans l’économie et l’emploi avec des dispositifs devant favoriser l’implantation d’entreprises dans les quartiers défavorisés. 1999 GPV Les Grands Projets de Ville remplacent les GPU. Lille-Sud est concerné. But: l’objectif est de réinsérer les quartiers difficiles dans la dynamique de développement de leur agglomération. L’accent est donné à l’image et à l’attractivité des quartiers. 2003 Loi Borloo créant l’observatoire national des ZUS ainsi que le PNRU et l’ANRU. 41 nouvelles ZFU sont définies. Lille-Sud, sous la dénomination de Grand Projet Urbain, est concerné par un Programme de Rénovation Urbaine. 2006 Lancement des contrats urbains de cohésion sociale (CUCS) et création de l’Agence Nationale pour la Cohésion et l’Egalité des Chances (ACSE). La politique de la ville se dote alors d’un volet social. PRU PNRQAD 2010 Programme National de Rénovation des Quartiers Anciens Dégradés. Cinq sites de la métropole sont concernés, dont Lille-Sud. But: dispositif ANRU complémentaire visant les mêmes objectifs que le PNRU mais mis en place sur des secteurs d’habitat ancien fragiles et dans certain cas, privé. fréquemment changer au cours de ses quarante années d’existence. La frise chronologique suivante présente de façon succincte l’histoire de cette politique à travers ses différents dispositifs pour en montrer le cheminement jusqu’au système qui la caractérise aujourd’hui : le PNRU. Figure II : L’histoire de la politique de la ville et ses dispositifs. Réalisation : T.Moliner, Mars 2013.
  25. 25. 25 B.2) Le PNRU, un nouveau moyen d’action. La loi d’Orientation et de Programmation pour la Ville du 1er Aout 2003, dit loi « Borloo » définit à l’époque un nouveau dispositif de mise en place de la politique de la ville en France : le Programme National de Rénovation Urbaine. Le PNRU va représenter une étape significative dans l’histoire de la ville par la concentration de moyens et d’acteurs qu’il va entraîner. Le programme vise en particulier des secteurs classés par la loi du 14 Novembre 199627 en zone urbaine sensible (ZUS), c’est-à-dire des « territoires infra-urbains définis par les pouvoirs publics *…+ en fonction des considérations locales liées aux difficultés que connaissent les habitants de ces territoires28 ». Il s’adresse aux territoires les plus en difficulté par l’intermédiaire de projets de rénovation urbaine (PRU) qui sont de vastes opérations urbaines mobilisant les acteurs du territoire concerné autour d’objectifs généraux inscrits dans une convention. Aux alentours de 3 millions de personnes réparties dans plus de 520 quartiers ont été ou sont encore concernées par des PRU. Pour mettre en oeuvre l’ensemble du PNRU, un organe institutionnel a été mis en place dans le même temps : l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine, ou ANRU. Avec l’ANRU, la politique de la ville va se doter d’un organe institutionnel capable de gérer l’ensemble des moyens et des projets. En effet, cette agence va collecter les crédits nationaux consacrés à l’aménagement et au logement social et les affecter aux projets proposés par les collectivités locales et territoriales. Mais, pour être éligibles aux subventions données par l’ANRU et son conseil d’administration composé de représentants de l’Etat, de la Caisse des Dépôts et Consignations, de l’Agence Nationale d’Amélioration de l’Habitat (ANAH), de l’Union d’Economie Sociale pour l’Habitat gestionnaire du « 1% logement » et des représentants des collectivités territoriales, les projets présentés doivent être en adéquation avec les objectifs poursuivis par le PNRU. L’ANRU procède en effet dans les quartiers en ZUS via différents leviers d’action qui doivent permettre aux secteurs visés de ne plus souffrir des difficultés économiques et sociales qui les caractérisent initialement et qui entrainent leur ségrégation et leur enclavement vis-à-vis des autres ensembles urbains. Ces enjeux ciblés par les PRU sont les suivants :  La structuration et la restauration des espaces publics. Les quartiers classés en ZUS souffrent pour une grande partie d’entre eux d’espaces publics détériorés et/ou, mal organisés et délimités. La rénovation va donc procéder à leur réhabilitation esthétique et fonctionnelle dans le but de redonner une qualité d’ensemble aux secteurs concernés et de redéfinir les usages de l’espace urbain. De même, il faut redonner une centralité et des points de repères à des quartiers qui n’en ont plus à cause de l’anarchie de leur trame urbaine.  L’action sur les espaces publics doit, par la suite, permettre de tisser un maillage urbain reliant les hommes et les espaces. Comme le montre la figure 27 Loi n°96-987 relative à la mise en oeuvre du pacte de relance pour la ville. 28Institut National de la Statistique et des études économiques [http://www.insee.fr, consulté le 07/02/13].
  26. 26. 26 I page 20, les quartiers doivent être interconnectés et ne plus souffrir de déséquilibres. En effet, l’enclavement des quartiers en rénovation est généralement très prononcé et conduit progressivement à leur isolement et leur mise à l’écart du développement des centres villes et des quartiers voisins centralisant moins de difficultés.  Les équipements publics sont également un enjeu pour la reconquête urbaine des quartiers. C’est à partir d’équipements structurants comme des écoles, des salles de spectacles, des ensembles sportifs etc… que peuvent commencer à se développer les territoires. Ces équipements publics et culturels doivent d’ailleurs donner aux habitants des moyens de s’identifier à leur environnement et par conséquent de ne plus aller chercher ailleurs ce qu’ils peuvent trouver à proximité de leur lieu de vie.  S’additionnant aux équipements publics, les espaces commerciaux et les bureaux implantés par les PRU aspirent à une mixité fonctionnelle qui réduirait l’homogénéité de quartiers dont la monofonctionnalité est généralement résidentielle et qui empêche le renouvellement de ces secteurs.  La mixité sociale est aussi un facteur de déstigmatisation et de désenclavement. Le fait d’avoir une concentration de logements sociaux sur certains lieux amène à de la ségrégation spatiale puisque les populations les plus pauvres vont se retrouver entassées à des endroits précis de la ville sur lesquels la pauvreté va constamment se renouveler et s’entretenir.  Les PRU vont alors faire de la qualité de l’habitat et de sa diversité leur leitmotiv. Le fait de ne plus avoir des bâtiments massifs comme le sont ceux hérités de la période des grands ensembles et d’avoir des quartiers où l’offre de logement est diversifiée et où l’on puisse trouver aussi bien de l’accession libre que du LLS, va faciliter la mobilité résidentielle et l’accès à l’habitat. La population va ainsi pouvoir se renouveler et ne plus être composée essentiellement de ménages plus pauvres qui sont obligés de rester au même endroit tout au long de leur parcours résidentiel faute d’offre de logement diversifiée, abordable et présente sur d’autres sites urbains. B.3) La rénovation urbaine : vers la prise en compte du social ? Ces enjeux pointés par les PRU ambitionnent de façon générale à la fin de la stigmatisation des territoires sur lesquels ils agissent, « la rénovation urbaine est une politique d’exception dont l’objet est *…+ d’aider les quartiers fragiles à sortir de l’exception29 ». Il faut que la qualité urbaine et la diversité fonctionnelle et sociale permettent aux territoires en question de (re)devenir attractifs et ainsi donner aux habitants 29 P.SALLENAVE dans LOCHE B., TALLAND C., 2009, « Les quartiers réinventent la ville, les acteurs de la rénovation urbaine », éditions Autrement, p.12.
  27. 27. 27 et aux entreprises des raisons de venir s’y installer. Mais, si la réussite de cette politique de rénovation urbaine est longtemps passée par des actions essentiellement physiques : les équipements et l’espace public, la qualité des immeubles, la diversité des types de logements etc…, les pouvoirs publics se sont vite rendu compte de l’importance de prendre en compte la dimension sociale dans leurs dispositifs pour en pérenniser les investissements. C’est la raison de la création de l’Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des Chances (ACSE) en 2006 dont le rôle est la gestion des moyens financiers destinés au développement social des quartiers prioritaires30. L’ACSE agit en partenariat avec l’ANRU pour coordonner tout le dispositif social de la politique de la ville et les opérations physiques. Leur coopération est effective depuis 2010 et répond au paradoxe jusqu’alors prégnant qui caractérisait les actions de la rénovation urbaine : « l’ANRU a choisi de traiter des problématiques plutôt sociales en démolissant31 ». La démolition est effectivement un outil privilégié par les PRU et représente à l’époque une démarche totalement novatrice de la politique de la ville dans sa volonté de remodeler totalement les quartiers et de casser leur image en repartant entièrement à zéro. C- Le Projet de Rénovation Urbaine de Lille : quelles réalités ? Un rapport d’état du PNRU sur la France entière datant du 19 Février 201332 détaille que 396 conventions ont été signées au titre de la rénovation urbaine pour un montant total de 44 780 millions d’euros dont 11 623 millions d’euros de subventions ANRU pour l’ensemble des PRU sur le territoire national. Dans le Nord-Pas-de-Calais, pas moins de 41 conventions ont été signées parmi lesquelles l’accord régissant les opérations du PRU de la ville de Lille, un programme de 400 millions d’euros répartis sur trois zones principales : Porte de Valenciennes, Magenta Fombelle à Wazemmes et la quasi-totalité du quartier de Lille-Sud, classé en ZUS. C.1) L’étroitesse du lien entre GPV et le Projet de Rénovation Urbaine. Le parallèle entre les ambitions de la politique de la ville depuis les années 1980 jusqu’au dispositif ANRU actuel et les aspirations du projet métropolitain qu’est le GPV de Lille permet de conclure à leur continuité directe. Néanmoins, le PRU de la ville de Lille dont le nom prête à confusion avec le dispositif de la politique de la ville du début des années 1990 est en fait la « partie rénovation urbaine » du GPV. Ce PRU a pour nom « Grand Projet Urbain de Lille » (GPU). En d’autres termes, le GPU fait partie intégrante du GPV qui est, lui, le projet global piloté par la LMCU. C’est pourquoi les liens qui les unissent sont très étroits 30Observatoire National des Zones Urbaines Sensibles, 2010, « Enquête sur le pilotage de la politique de la ville dans le cadre des CUCS », Comité interministériel des villes, les Editions du CIV, 40 p. 31Entretien avec Mme Guillemette LESCURE, chef de projet à Lille Métropole Habitat, réalisé le 25 Février 2013. 32Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine, 2013, « Etat du programme national de rénovation urbaine », 10 p.
  28. 28. 28 et que la limite entre les deux projets est poreuse et ne peut être estimée qu’au niveau de l’ingénierie financière et la gouvernance du projet. Il est envisageable de considérer que ce dernier, ne serait-ce déjà que par sa sémantique « GRAND projet urbain », est un projet global débordant hors de l’habit relativement étriqué de la rénovation urbaine. Le GPU se nourrit bien des opérations « annexes » se développant sur le reste du quartier sous l’impulsion d’opérateurs extérieurs aux subventions de l’ANRU, il est alors question d’un GPU plus « global ». Le GPU sert en effet, du fait de ses actions, l’ambition métropolitaine générale d’attractivité et de qualité dans l’ensemble de la communauté urbaine. Il sera cependant question, tout au long de la suite du mémoire, du GPU dans sa dénomination la plus stricte, c’est-à-dire lorsqu’il est considéré sous le prisme des subventions ANRU et donc en tant que PRU à part entière. Effectivement, le GPU a pour vocation de travailler à une échelle plus fine que ce que son nom n’indique ; il se veut avant tout une démarche d’intervention à l’échelle du quartier. En bref, le GPU est une déclinaison locale d’un GPV qui se veut global et se caractérise par une planification plus opérationnelle représentée sur Lille-Sud par la convention ANRU détaillant les opérations et le périmètre du PRU. Figure III : L’imbrication du GPU dans le GPV. Réalisation : T.Moliner, Février 2013 GPU « ANRU » GPU « global » Multitude de projets urbains de natures différentes répartis sur Lille dont le GPU. Tous les projets accompagnant la démarche de rénovation urbaine sur le périmètre du GPU. Opérations entrant dans le cadre de la convention ANRU sur Lille. GPU "global" GPU
  29. 29. 29 C.2) La complexité d’un PRU. Sur le GPU, l’ANRU s’engage pour un montant global de 98 741 230 euros pour l’ensemble des opérations subventionnées33. C’est donc un projet d’envergure avec toutes les contraintes et spécificités qui accompagnent les PRU. Outre son approche novatrice de la démolition comme outil principal pour la restructuration des espaces dégradés et sa concentration sur des territoires bien précis, un PRU est un projet urbain également spécial eu égard à sa complexité. En effet, il s’accomplit d’ores et déjà dans un contexte d’exception puisque les opérations qu’il diligente ont une portée très symbolique et émotionnelle puisqu’elles concernent directement le cadre de vie des populations voire les populations elles-mêmes. Les opérations de réhabilitation et de résidentialisation sont également « monnaie courante » dans les PRU et sont complexes à mettre en place dans la mesure où elles se réalisent en milieu occupé et s’intègrent dans un espace urbain déjà présent ; la proximité avec la population est donc un aspect qui doit être pris en compte par les PRU tout comme l’interaction avec la composition urbaine préexistante. La complexité des PRU se nourrit dans le même temps du caractère transversal des projets. Le fait de répondre à des problématiques variées nécessite la mobilisation d’un nombre conséquent d’acteurs et l’articulation de leurs actions entraine une réelle intrication du projet. Le fait d’agir sur le temps long aussi bien au niveau des opérations sur le bâti que sur la gestion sociale ultérieure qui devra être satisfaite engendre alors des incertitudes, des modifications, des annulations, des problèmes et autres aléas qui font de la concrétisation de la rénovation urbaine un programme très sophistiqué et long à réaliser. C’est pourquoi, au fur et à mesure du temps et de l’évolution des projets, des avenants de tailles variables sont conçus. Certains, plus petits, ne modifient par le nombre de logements prévus ou la finance du projet et sont concertés au niveau local ; d’autres, plus lourds et modifiant certaines lignes de la convention doivent, eux, repasser en négociation avec l’ANRU. Au niveau de l’organisation des difficultés apparaissent également, les acteurs mobilisés ne vont pas toujours dans le même sens et la vision politique toujours étroitement liée à un projet urbain quel qu’il soit n’est pas forcément constamment en adéquation avec les besoins des PRU. Des contraintes suivent aussi la mise en place de ces projets. Par exemple, pour le GPU, de nombreuses études urbanistiques ont été lancées en amont au début des années 2000 puis intégrées dans le dossier présenté à l’ANRU pour obtenir des subventions34 et pouvoir concrétiser et réaliser le projet. Ce dernier était donc déjà entièrement élaboré et les acteurs connaissaient déjà les opérations à réaliser sur tel ou tel secteur, à qu’elle hauteur tout cela se finançait etc… Il n’y a pas beaucoup de marge de manoeuvre avec l’Etat une fois les financements 33Agence IDOINE, 2006, « Grand projet de rénovation urbaine de la ville de Lille, convention financière », Lille Métropole Communauté Urbaine, 109 p. 34Entretien avec Mme Charlotte ROSIER, chargée d’opération ville de Lille sur la ZAC Arras-Europe, réalisé le 08 Février 2013.
  30. 30. 30 accordés : s’il y a trop de retard, les subventions sont supprimées et toute modification de la convention, comme expliqué plus haut, doit faire l’objet d’un avenant et être validé. Tout est donc très contraignant alors que, de fait, un projet urbain n’est jamais figé et que des choses sont régulièrement modifiées ou que des aléas peuvent brusquement provoquer des retards. Dans un PRU, les acteurs disposent par conséquent de moins de marche de manoeuvre pour modifier ultérieurement le projet si des fractions de celui-ci ont été mal calculées par exemple. Le GPU est donc par essence un projet complexe et il va mobiliser, sur Lille-Sud essentiellement, des méthodes, une ingénierie, une gouvernance et des enjeux qui lui sont propres et qui participent à la vision métropolitaine du GPV. Au niveau de sa temporalité, les premières réflexions relatives à la mise en place du GPU datent de 2003, c’est-à-dire quasiment au même moment que la loi Borloo. Auparavant, des opérations étaient déjà localisées sur le territoire lillois mais de façon diffuse. La convention ANRU signée en 2006 a donc permis de formaliser et de regrouper ces aspirations au sein d’un même programme. Néanmoins, la mise en place du GPU a pris du temps, ne serait-ce déjà que par la longueur des procédures. Environ trois ans minimum sont nécessaires pour mettre sur pieds un projet d’urbanisme sans oublier les difficultés réglementaires qui l’accompagnent. Ces complications se retrouvent également au niveau financier et pour la définition du projet avec les partenaires puisqu’il faut que tous les acteurs soient d’accord entres eux avant de pouvoir le formaliser. C’est d’ailleurs cette dernière partie qui prend le plus de temps puisqu’elle regroupe les aspects administratifs et financiers du PRU à venir. La figure IV, page 31, présente toute la phase pré-opérationnelle présente dans un PRU. C.3) La formalisation de la rénovation urbaine à travers le GPU. Au niveau de la phase opérationnelle, les travaux qui entrent dans le PRU doivent obligatoirement être lancés au plus tard cinq ans après la signature de la convention ANRU. Les opérations devraient donc ici avec le GPU, avoir démarré en 2011, mais ce délais a finalement été prorogé jusqu’à fin 2012 au nom d’un avenant négocié préalablement en 2010. Les opérations du GPU devaient ainsi être physiquement commencées en 2012 pour se terminer à la date de fin 2014. Par conséquent, les opérations qui se prolongeraient ultérieurement ne pourraient pas rentrer dans la base subventionnelle de l’ANRU, ce qui représenterait autant de perte de financement pour les acteurs du GPU, au centre desquels se trouve LMH. Une prolongation est tout de même en pleine négociation pour retarder la fin des opérations à fin 2016. Il est en effet très difficile, à la vue de la massivité des interventions et aux fréquents aléas, de ne pas connaître de retard sur un projet urbain d’ampleur quel qu’il soit. Le GPU n’échappe pas à cette règle. En conséquence, en plus de la mise en cohérence obligatoire du projet avec les directives du plan local d’urbanisme (PLU) et les grands objectifs du schéma de cohérence territoriale (SCOT) au moment de sa réalisation, le GPU a fréquemment nécessité de faire modifier ces documents pour, par
  31. 31. 31 Réalisation : T.Moliner, Mars 2013. Définition d’un projet par les acteurs locaux (EPCI, Ville…) Convention ANRU Engagements financiers des différents partenaires Opérations à réaliser en contrepartie des financements Fixe Fixe Formalisation Début des travaux Phase de « mise sur pieds » du projet et formalisation juridique Phase administrative et financière Phase opérationnelle exemple, implanter des logements qui n’avaient jamais été prévus à tel endroit. Même si l’opération de modification du PLU est particulièrement longue puisqu’il faut compter environ neuf mois pour la réaliser, ce dernier a été modifié une quinzaine de fois dans le cadre du GPU. La preuve étant donnée que celui-ci relève d’une forte complexité dans sa concrétisation. Ses aspirations sont en revanche, elles, tout à fait claires. Figure IV : La phase pré-opérationnelle d’un PRU.
  32. 32. 32 Le GPU étant le « volet rénovation urbaine du grand projet de Lille de Martine AUBRY35 », il en reprend par conséquent les enjeux et objectifs globaux qui sont d’avoir une diversité de l’offre de logements sur les quartiers visés, des interventions massives sur les espaces verts et publics et une offre de services de proximité de qualité pour permettre un changement d’image des territoires. Ce sont les trois grands objectifs opérationnels du GPU. Ce dernier s’axe en revanche d’avantage sur la thématique de l’habitat. Avec la construction prévue de 4000 logements sans oublier la rénovation de 3000 autres36, le GPU s’inscrit dans la démarche métropolitaine de rééquilibrage de l’habitat avec la reconstruction de plus de la moitié des LLS sur des sites associés, c’est-à-dire des quartiers de Lille où se concentrent peu ou pas du tout de logements sociaux. Le GPU se différencie alors du GPV par sa démarche, en elle-même spécifique puisque c’est un PRU, mais également par sa focalisation sur l’habitat et toute la prise en charge sociale qui en découle. Cette spécificité est également contiguë à l’échelle à laquelle s’opère le GPU. En intervenant à l’échelle infra-urbaine, le GPU est naturellement plus à même d’intercéder sur le social que le GPV. Les deux projets n’en restent pas moins étroitement liés puisque la LMCU, au travers du PLH, communique des orientations et objectifs en matière de logements sociaux et d’habitat en général auxquels participe le GPU. Tout d’abord, au niveau de la mixité sociale puisque « la diversité des logements représente un enjeu tout aussi fort que l’objectif quantitatif37 » et que, pour rappel, l’un des principaux objectifs conjoint au GPV et au GPU est la recherche incessante de mixité sociale dans l’optique d’avoir un rééquilibrage et un changement d’image des quartiers. La réduction de la consommation énergétique des logements dans la continuité des desideratas du Grenelle de l’Environnement illustre aussi parfaitement le lien étroit entre GPU et politique de l’habitat métropolitaine. Les opérations de réhabilitation de logements, qui seront détaillées plus amplement dans la suite du mémoire, poursuivent l’objectif d’une baisse de l’empreinte écologique des logements ainsi que la réduction des charges pour leurs locataires. Il est nécessaire, aussi bien au niveau du PLH que pour les bailleurs qui sont mobilisés au sein du GPU, de lutter contre la précarité énergétique38 qui peut toucher les populations et qui procède également à l’accentuation de leur pauvreté et à leur retard par rapport aux quartiers plus aisés. Enfin, la volonté de poursuivre l’effort de production de logements sociaux puisque l’objectif est d’en construire 4000 en un an selon le PLH, ou encore l’amélioration du parc social finissent d’illustrer l’étroitesse du lien entre le GPU et l’ambition métropolitaine matérialisée par le PLH et le GPV. 35Mr Simon D’ANNUNZION, op.cit. 36E.DEVRYER, plaquette de présentation du GPU à la Maison du Projet, « L’exposition permanente sur le GPU », Ville de Lille, 14 p. 37Lille Métropole Communauté Urbaine, 2012, « Programme Local de l’Habitat 2012-2018 », p.12. 38 Précarité énergétique : définie par un seuil de 10% correspondant à la part du budget des ménages consacrée à l’énergie et au-dessus duquel les ménages sont considérés comme étant en précarité énergétique selon le PLH de Lille Métropole Communauté Urbaine.
  33. 33. 33 C.4) Le GPU : une gouvernance spécifique. Un paradoxe apparaît ensuite au niveau de la gouvernance du GPU : c’est la commune qui va prendre en charge les opérations, qui va piloter le projet, alors que c’est la LMCU qui prend le plus de poids dans la gouvernance locale depuis que l’Etat a délégué les aides à la pierre aux EPCI. C’est donc la LMCU qui va redistribuer ces aides aux acteurs du territoire et qui va fixer les orientations en matière d’habitat dans son PLH. C’est d’ailleurs au niveau de la gouvernance que le GPU trouve principalement sa singularité. Effectivement, la dimension partenariale du projet, l’envergure du territoire concerné et la pluralité des types d’opérations réalisées obligent la mise en place d’une direction spécifique pour le GPU. La figure V, page 34, détaille cette organisation de la gouvernance locale. Le maire est au sommet de la « hiérarchie », c’est le porteur de projet, c’est donc lui qui présente son projet à l’ANRU et qui mobilise toute la chaîne des acteurs présente en dessous de lui. Ses partenaires sont les bailleurs pour tout ce qui a trait au logement, la LMCU pour tout ce qui est aménagement de l’espace public et ensuite la région et le conseil général sur tout ce qui concerne la politique d’aides à la personne. Le pilotage de toute cette organisation se fait donc par la ville. Chaque acteur dispose ensuite d’un directeur de projet qui va servir de lien interne-externe et externe-interne. Ainsi, à LMH, Mr Grégory DESSAUVAGES, chef de projet rénovation urbaine à la Direction du Territoire Sud, est le chef d’orchestre interne chargé de remonter les informations au comité technique ou au comité de pilotage. La direction de projet est pour ainsi dire la « rencontre entre des systèmes verticaux et transversaux39 ». Au niveau du pilotage global du projet ensuite, le comité technique partenarial (CTP), présidé par le directeur de projet ville, en l’occurrence Mr Simon D’ANNUNZIO, est l’endroit où sont discutées les questions techniques telles que le planning, les financements etc… C’est en quelque sorte la « cheville ouvrière » du comité de pilotage. En bref, le CTP représente la parole du maire. Les acteurs participent à ces comités et chacun doit ensuite aller mobiliser dans ses services les informations qui lui ont été demandées pendant la réunion. La relation fonctionne également dans l’autre sens : le CTP draine une partie de l’information que le directeur du projet est ensuite chargé de communiquer en interne. Cette organisation particulière est mise en place pour servir au mieux le GPU dans une articulation hiérarchique avec le comité de pilotage et le CTP, mais où la place est faite aux inter-relations directes entre les acteurs. L’arbitrage est ensuite remonté au CTP et, si aucune solution n’est trouvée entre techniciens, l’arbitrage final est donné par le comité de pilotage. C’est donc un arbitrage à couleur politique qui est donné en dernier lieu. Ici encore, comme pour tout projet urbain, l’aspect politique est très présent dans la gouvernance. 39 Mr Grégory DESSAUVAGES, op.cit.
  34. 34. 34 Questions techniques, informations… Réalisation : T.Moliner, Février 2013. Directeur de projet Ville Comité de pilotage (Maire) Comité Technique Partenarial Direction de Projet Direction de Projet Direction de Projet Services Internes Services Internes Services Internes LMH VILLE LMCU Maître d’oeuvre Maître d’oeuvre Maître d’oeuvre Pilotage du projet Relations verticales Maîtrise d’ouvrage Relations transversales Maîtrise d’oeuvre Mobilise Mobilise Mobilise Selon ses compétences Selon ses compétences Selon ses compétences Questions techniques, informations…. Donne les influences , informations… Questions techniques, informations… Figure V : La gouvernance locale du GPU.
  35. 35. 35 C.5) La territorialisation des actions. Comme le stipule le règlement général de l’ANRU, « l’intervention de l’agence constitue la traduction de la solidarité nationale à l’égard des territoires urbains en difficultés40 ». C’est ainsi le cas du quartier de Lille-Sud et du secteur de la Porte de Valenciennes situé au carrefour des quartiers Moulins et Fives, et qui sont concernés par les actions du GPU. Effectivement, ces deux secteurs sont classés, pour rappel, en ZUS et concentrent donc des problématiques sociales et économiques persistantes. Par ailleurs, en parallèle du projet de base conventionné par l’ANRU, c’est-à-dire ici le GPU, la ville de Lille avait souhaité une intervention sur certains quartiers anciens tels que Fives, Wazemmes et Moulins notamment. Le choix a finalement été de dissocier les deux projets. Lille se particularise alors dans le paysage national de la rénovation urbaine par la présence de deux conventions ANRU : la convention « habitat social » signée en 2006 et correspondant au GPU, et la convention « habitat ancien » signée en 2007 et qui correspond à des interventions sur de l’habitat privé dégradé et sur certains morceaux de ville. Cette dernière est pilotée, comme pour le GPU, par la ville de Lille et représente un montant total de 72,5 millions d’euros41. Elle correspond à la première tranche d’action sur les quartiers anciens dégradés avant le Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés (PNRQAD). Ce dernier va venir en complément du GPU puisqu’une partie de son action concerne un secteur du quartier Lille-Sud. Il est alors question du Programme Métropolitain de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés (PMRQAD) qui est la déclinaison métropolitaine du PNRQAD. Le PRU lillois concerne en conséquence la quasi-totalité de la partie sud de la ville. Précisions sur le PMRQAD : Le PMRQAD s’inscrit en cohérence avec le PLH de la LMCU et en complémentarité du GPU. Il va mobiliser sur les sites retenus un investissement total de 114 millions d’euros42 et reprend les objectifs de la convention habitat ancien. La différence majeure entre les deux conventions est que le PMRQAD relève d’un dispositif ANRU complémentaire étant donné qu’il date de Janvier 2011 soit 4 ans après la signature de la première convention ANRU sur les quartiers anciens. Il complète toutefois celle régissant les actions et financements du GPU puisqu’il concerne certains quartiers visés par le GPU tel que Lille-Sud par exemple et que les deux projets sont en adéquation avec le PLH métropolitain. Le PMRQAD et le GPU remplissent en quelque sorte les mêmes objectifs mais n’agissent pas 40Ministère de l’Emploi, de la cohésion sociale et du logement, 2007, « Arrêté du 20 mars 2007 portant approbation du règlement général de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine », Journal Officiel de la République Française, 30 p. 41Agence Nationale de Rénovation Urbaine, 2010, « Convention de Subvention entre LMCU, la ville de Lille, Lille Métropole Amélioration de l’Habitat SPLA », Projet de rénovation urbaine de la ville de Lille convention quartiers anciens, 8 p. 42Agence IDOINE, 2011, « Projet de convention pluriannuelle pour la mise en oeuvre du Programme Métropolitain de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés », Lille Métropole Communauté Urbaine, 128 p.
  36. 36. 36 sur les mêmes tissus urbains. Le PMRQAD concerne donc Lille-Sud par son action sur le site de Simons (voir carte I, page 36). L’intervention sur Simons participe bien à la démarche générale de reconquête de Lille-Sud à laquelle le GPU participe de toute sa force. Le secteur est en effet situé en entrée de quartier et se localise sur la zone dite du « Vieux-Sud » qui est le premier secteur urbanisé de Lille-Sud43. C’est donc ici une partie historique du territoire sud qui est concernée et sa requalification rejoint les actions précédant celles du GPU ; dont le détail sera donné plus tard dans ce mémoire ; en renforçant la cohésion sociale du quartier et en développant son attractivité en lien avec le projet du faubourg des modes (voir partie II, B.3). Le PMRQAD coïncide, de plus, avec les objectifs métropolitains de diversification de l’habitat et donc, de requalification des entrées. Carte I : Le secteur Simons à Lille-Sud. Périmètre du PMRQAD sur Lille-Sud 43 PMRQAD, ibid. N 1cm = 50m Source : Google Maps.
  37. 37. 37 II Le quartier de Lille-Sud comme centre d’attention du Grand Projet Urbain.
  38. 38. 38 Point méthodologique n°2 :Cette partie a nécessité une compréhension précise des caractéristiques et des enjeux qui touchent un quartier de la ville justement peu connu par les personnes non originaires de Lille et par les lillois eux-mêmes. Un travail historique et de localisation géographique a donc été nécessaire tant pour repérer les zones du quartier concernées par le Grand Projet Urbain que pour localiser les résidences gérées par l’agence Lille-Sud de LMH. Cette démarche s’est avérée indispensable pour comprendre les enjeux qui poussent aujourd’hui les acteurs de l’urbanisme à travailler sur ce secteur. Par ailleurs, mes multiples déplacements dans le quartier, que ce soit à pieds ou en voiture, m’ont permis de mesurer l’ampleur des changements qui sont en cours à Lille-Sud. A- L’histoire de Lille-Sud à la base de ses réalités actuelles. Lille-Sud fait partie des quartiers de Lille restés en marge de la dynamique d’ensemble métropolitaine qui peut être illustrée par l’installation d’Euralille, d’équipements culturels et touristiques comme le Zénith ou Lille Grand Palais, Lille capitale européenne de la culture en 2004, Lille 3000 ou encore la candidature de la ville aux Jeux Olympiques d’été de 2004. Cette « mise à l’écart », en considérant bien évidemment qu’elle n’est pas volontaire, est liée à plusieurs facteurs qui vont donc contribuer à faire de ces quartiers des « lieux où l’on ne va pas » si l’on n’y réside pas initialement. Carte II : Localisation du quartier Lille-Sud N Source : LMCU, Ville de Lille, 2011 1cm = 190 m
  39. 39. 39 A.1) La révolution industrielle comme point de départ. Le GPU concernant essentiellement Lille-Sud, il est logique de s’interroger sur le pourquoi d’une telle attention portée sur ce secteur. Lille-Sud est un quartier relativement jeune comparativement à l’histoire de la ville de Lille. Il se développe dès les années 1860 dans un contexte d’essor industriel de la région qui va vite rendre les ceintures des villes trop étroites et conduire à un développement de Lille hors de ses murailles. Ce déploiement du quartier se fait alors à partir de l’emprise de l’ancien cimetière de Wazemmes déplacé en 1863 et sur lequel le développement urbain de Lille-Sud va débuter. C’est alors en grande majorité une population ouvrière qui va venir s’y installer et les connections entre le quartier et le reste de la ville se font via les deux rues du Faubourg d’Arras et du Faubourg des Postes traversant les deux portes du même nom situées dans les murailles. L’ensemble du quartier va alors suivre un développement linéaire le long de ces deux axes qui le relient au reste de la ville. Comme pour de nombreuses organisations urbaines à cette époque, celle de Lille- Sud n’échappe pas à une structuration anarchique de sa trame, conséquence directe de l’arrivée massive de la main d’oeuvre et de l’urbanisation incontrôlée qui lui est consécutive. Le développement du faubourg s’organise toutefois autour du cimetière qui fait alors figure de centralité. Malgré la destruction des remparts sous le mandat de Gustave DELORY, à partir des années 1930, pour faciliter la circulation intérieure et extérieure de la ville et pour désengorger son centre, la périphérie reste toutefois coupée du reste de Lille. En effet, la réalisation du boulevard périphérique dans les années 1970 va recréer une coupure nette entre le centre et sa périphérie et provoquer un isolement et un renfermement du quartier qui explique sa mise à l’écart du développement général de Lille. A-2) Un quartier à dominante résidentielle… Aujourd’hui, Lille-Sud est dominé par la présence d’immeubles de logements sociaux habités par une population qui concentre des difficultés financières et sociales importantes. Son histoire depuis la révolution industrielle explique la structuration actuelle de son tissu urbain caractérisé par une juxtaposition d’usines, d’habitations ouvrières et donc, d’immeubles de grands ensembles. Dans les années 1930, en effet, le quartier a fait figure de laboratoire des politiques de logements sociaux alors appelés Habitations à Loyer Modéré ou HBM. La vocation résidentielle du quartier, toujours très prégnante actuellement, va se développer très fortement dans les années 1960 dans un contexte de crise du logement. Les constructions HLM massives s’entassent alors dans les secteurs d’Arras-Europe et Cannes- Arbrisseau essentiellement et ces immeubles construits industriellement et frénétiquement sont bien mal intégrés au tissu urbain du faubourg et vont progressivement s’appauvrir et être exclus du reste de la ville. L’isolement de Lille-Sud vis-à-vis de Lille intra-muros va être également accentué par la présence d’infrastructures de transport lourdes telles que le métro aérien et la ligne de chemin de fer qui vont marquer encore d’avantage la rupture déjà produite par le boulevard périphérique. Le secteur de la Porte des Postes fait en effet figure
  40. 40. 40 de grand échangeur routier avec chaque jour plus de 100 000 véhicules y circulant44. Il faut également noter que les transports en commun ne sont pas en adéquation avec l’échelle du quartier mais sont plutôt constitués à l’échelle de l’agglomération, ce qui renforce l’enclavement. Par ailleurs, le cimetière du sud, autrefois centre autour duquel s’effectuait le développement urbain du quartier, rend maintenant l’organisation urbaine de Lille-Sud trop dépendante de son emprise puisque qu’il représente plus de 10% de la surface totale du quartier45 et limite par exemple les liaisons est-ouest. De plus, l’ensemble hospitalier régional et Eurasanté localisés sur la partie ouest du quartier sont aujourd’hui peu tournés vers celui- ci et les équipements publics permettant l’autonomie et donnant une centralité sont très peu présents. La qualité urbaine est par conséquent insignifiante et sa diffusion à tout le reste du quartier est limitée par un maillage quasi-inexistant. La spécialisation sociale, avec une concentration très importante de logements sociaux atteignant 70% sur l’ensemble de Lille- Sud46, renforce un sentiment d’insécurité sur le secteur et réduit fortement son attractivité. En effet, sa monofonctionnalité, basée sur l’accueil des populations défavorisées et les grands ensembles collectifs marque Lille-Sud et lui donne une image d’ensemble négative. A-3) … Disposant toutefois d’un certain potentiel de développement. Pourtant, le quartier dispose d’atouts importants sur lesquels s’appuyer pour asseoir son développement. Tout d’abord, la partie Est aux franges du quartier où est localisé le centre hospitalo-universitaire régional (CHR) représente une zone d’emplois qualifiés tout comme le pôle d’excellence Eurasanté, équipement structurant à partir duquel peut s’organiser le développement urbain. Les infrastructures de transport initialement causes de coupures urbaines avec le reste de la ville peuvent néanmoins être un atout pour le désenclavement du quartier dans leur capacité à le desservir efficacement ; celui-ci dispose effectivement d’une position intéressante sur le réseau de transport lillois. De même, son importante superficie47 et sa population jeune et nombreuse48 représentent un potentiel certain qui pourrait être mobilisé via la culture et la formation, puisqu’en effet les actifs du quartier ayant un emploi ne constituent que 26% de la population49. Le quartier Lille-Sud est 44Ville de Lille., 2005, « Le projet urbain de Lille, un nouvel art de ville », Edition Ville de Lille, p.148. 45Agence IDOINE, 2006, « Grand projet de rénovation urbaine de la ville de Lille, convention financière », Lille Métropole Communauté Urbaine, p.12. 46Entretien avec Mme Claire FORT, chargée d’opération ville de Lille sur le secteur Cannes-Arbrisseau, réalisé le 11 Février 2013. 47 300 hectares selon I. ESTIENNE., E. ESCUDIE., 2008, « Tome 3 du rapport final sur la métropole lilloise, quartier du Sud de Lille », Plateforme d’Observation des Projets et Stratégies Urbaines, 17 p. 48 20 000 habitants selon la convention ANRU. 49Agence IDOINE, 2006, « Grand projet de rénovation urbaine de la ville de Lille, convention financière », Lille Métropole Communauté Urbaine, p.12.
  41. 41. 41 effectivement à lui tout seul une sorte de petite ville50 où se concentrent difficultés sociales et économiques et où l’organisation de l’espace urbain est inexistante tout comme les équipements et aménagements publics ; mais qui néanmoins dispose d’un foncier libre important pouvant être valorisé. C’est pourquoi, le Grand Projet Urbain fait face à de multiples enjeux mais peut dans le même temps se baser sur une stratégie d’actions variées pour mener à bien les opérations prévues sur le quartier. Il agit ainsi sur quatre secteurs de Lille-Sud ; le Margueritois, Fauvet Girel, Arras-Europe et Cannes-Arbrisseau ; ces deux derniers espaces étant, du fait de leur superficie et de l’ampleur des opérations qui les concernent, les principaux lieux où se concentrent les actions du GPU. B- Un ensemble urbain en pleine mutation. Le Grand Projet Urbain vise, comme tout projet de rénovation urbaine, des objectifs globaux tels que ceux qui ont été présentés précédemment dans le mémoire. Néanmoins, il se décline localement au niveau opérationnel pour prendre en compte les spécificités des secteurs géographiques sur lesquels se portera son action. En effet, les deux principaux secteurs en cours de rénovation urbaine sur Lille-Sud ; c’est-à-dire pour rappel Cannes- Arbrisseau au Sud du quartier et Arras-Europe au Nord ; ne présentent pas totalement les mêmes réalités que ce soit au niveau de l’aménagement urbain, de l’occupation générale des sols et, à un degré moindre, les caractéristiques socio-économiques de leurs populations respectives. Il est toutefois important de garder à l’esprit que la rénovation urbaine est une démarche complexe relevant d’aspects aussi bien sociaux qu’économiques ou bien encore urbanistiques. Les expériences passées doivent alors permettre de ne pas reproduire les mêmes erreurs et d’éclairer les choix à faire pour répondre efficacement aux enjeux soulevés par la rénovation urbaine sur le quartier de Lille-Sud. B-1) L’importance d’une démarche novatrice en matière de rénovation urbaine pour Lille-Sud. Tout d’abord, si l’on se base sur l’exemple de Roubaix dans les années 1990, le développement de l’offre d’emploi sur le quartier, visée à travers le processus de zone franche urbaine (ZFU), risque de ne pas forcément conduire à une baisse du taux de chômage et à l’embauche des habitants par les éventuelles entreprises qui viendraient s’installer sur le quartier, attirées par les assouplissements fiscaux de la ZFU. En effet, les habitants de Lille-Sud sont dans l’ensemble peu qualifiés puisque 15% de la population est sans diplôme et que 13,4% de celle-ci dispose seulement d’un certificat d’études primaires51. 50 Entretien avec Mme Emeline DELHAYE, chargée de mission concertation et gestion urbaine de proximité pour le Grand Projet Urbain, réalisé le 25 Mars 2013. 51 INSEE, chiffres du recensement de population 2009 sur la zone géographique Lille-Sud-Est hors Lille, thème « Diplômes – Formation ».
  42. 42. 42 Par conséquent, les habitants du quartier ne seront probablement pas embauchés, les entreprises leur préférant une main d’oeuvre plus qualifiée venant des quartiers limitrophes voire des communes voisines. C’est notamment le cas pour le CHR et Eurasanté. Le développement de la formation et l’accompagnement social doivent donc être, au même titre que les opérations physiques, pris en compte par l’ANRU et la rénovation urbaine dans leur action sur les territoires. Il ne faut toutefois pas oublier l’importance des opérations physiques et leur lien avec l’emploi. En effet, cette population qui serait devenue qualifiée grâce à un accompagnement social et de la formation, doit être retenue sur le quartier. Pour cela, cette dernière doit avoir la possibilité d’accéder à un logement de qualité, qui corresponde à son nouveau « statut » d’actif et aux revenus plus importants qui l’accompagnent. De même, l’image du quartier et la représentation que les habitants s’en font est déterminante ; c’est donc pour cela qu’un quartier comme Lille-Sud disposant d’une image relativement négative, aussi bien dans l’esprit de ses habitants que de ceux vivant sur Lille intra-muros, risque de voir sa population désormais qualifiée aller s’installer dans un quartier avec un meilleur cadre de vie et une meilleure image. Cette situation constituerait l’étape d’une spirale négative au sein de laquelle les nouveaux actifs seraient constamment remplacés par des populations socialement et financièrement en difficulté et qui logeraient dans les nombreux logements sociaux du quartier, renforçant alors encore la mauvaise vision de celui-ci et incitant davantage les actifs à trouver un environnement plus propice pour s’installer. Figure VI : Le modèle du « recyclage de la pauvreté ». Réalisation : T.Moliner, Mars 2013. Image négative Départ population qualifiée Arrivée population en difficulté
  43. 43. 43 Le remplacement des nouveaux actifs par des personnes sans ressources s’installant dans les logements sociaux très nombreux sur Lille-Sud et laissés vacants par le départ des actifs participerait alors à une sorte de modèle de « recyclage de la pauvreté »52. C’est donc ici que l’ANRU et son action, à travers le GPU, trouvent leur légitimité et leur importance. La mise en place d’une diversité en termes d’offre de logement participe à une mixité sociale sur le quartier et permet aux nouveaux actifs de compléter leur trajectoire résidentielle en restant habiter sur Lille-Sud. Par ailleurs, la requalification générale du quartier participe à améliorer globalement son image et à attirer les habitants du reste de Lille voire de l’ensemble de la métropole ainsi que les entreprises. Par conséquent, en restant dans une image quelque peu « utopique » des effets positifs de la rénovation urbaine sans en saisir toutes la complexité, il en ressort néanmoins une sorte de chemin vertueux renversant le cycle de la pauvreté et qui doit être ce vers quoi tend toute opération de RU. Il ne faut toutefois pas oublier qu’un tel résultat est très difficile à obtenir sachant que les opérations urbaines quelles que soient leur forme sont inscrites sur un cycle temporel long et que leurs impacts restent toujours incertains. L’urbanisme est en effet une science inexacte et fait face à des réalités sociales et économiques variables d’un lieu à un autre, comme c’est le cas sur Lille-Sud. Figure VII : Les enjeux globaux de la rénovation urbaine. Pour atteindre les enjeux présentés ci-dessus, il faut donc agir conjointement sur le social et le bâti. En effet, le schéma précédent présente les actions physiques à réaliser une fois que l’accès à l’emploi et à la formation sont effectifs. Les opérations physiques doivent donc être, à mon sens, le prolongement des actions sociales afin de les pérenniser en 52DAVID M., 2012, cours « Pensée urbaine et projet urbain ». Meilleure image et attractivité du quartier Mixité sociale Actifs restent sur le quartier Requalification générale du quartier Meilleure image et attractivité du quartier Mixité sociale Actifs restent sur le quartier Parcours résidentiel satisfait Diversité offre de logements Réalisation: T.Moliner, Février 2013

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