243 fevrier 2007

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243 fevrier 2007

  1. 1. PNM 243bon 27/02/07 10:47 Page 1 LA PRESSE NOUVELLE Magazine Progressiste Juif PNM aborde de manière critique les problèmes politiques et culturels, nationaux et internationaux. Elle se refuse à toute diabolisation et combat résolument toutes les manifestations d'antisémitisme et de racisme, ouvertes ou sournoises. PNM se prononce pour une paix juste au Moyen-Orient, sur la base du droit de l'Etat d'Israël à la sécurité, et sur la reconnaissance du droit à un Etat du peuple palestinien. R N° 243 - FÉVIER 2007 - 25e A N NÉE MENSUEL EDITE PAR L’U.J.R.E. L e N° 5 , 5 0 € Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide Hommage aux grands poètes de la tradition Yiddish A vos agendas ! Assemblée Générale de l’UJRE Samedi 24 mars à 15 h. Verre de l’amitié à 17h. et à Moshe Schulstein par le Groupe Théâtral Abi gezint traduits par Charles Dobzynski lus - en français - par qui interprètera - en français puis en yiddish la suite de 10 poèmes Kikh parad (Parade de cuisine) traduite par Jacques Lerman Serge Mairet Samedi 10 mars à 15 h. Mort de Papon On apprend en dernière minute la mort, à 96 ans, de Maurice Papon, condamné à 10 ans d'emprisonnement pour son rôle dans la déportation de plusieurs centaines de Juifs de Bordeaux. Nous y reviendrons, bien entendu, plus en détail. Rappelons toutefois, avant qu'on ne l'oublie, la solidarité de caste dont Papon a bénéficié tout au long de cette affaire : depuis ses anciens “collègues” au sein du gouvernement Raymond Barre, en passant par d'éminents résistants appartenant à sa propre caste, puis à des hommes politiques socialistes brusquement sensibles à l'âge du criminel, voire aux divergences au sein même des avocats des parties civiles. Pour notre part, nous aurions préféré qu'on lui applique le châtiment biblique : Ymakh chemo vezikrono - Que son nom et son souvenir soient à jamais effacés ! Verre de l’amitié à 18 h. (voir p. 7) Balkans A nouveau la tourmente Histoire Un faux qui a la vie dure Société Le grand air de la calomnie Tauba Staroswiecki L es lecteurs de la PNM en se réunissant en assemblée ce 3 février ont renoué avec une excellente tradition. Cette réunion, ouverte par Lucien Steinberg, directeur de la publication, Marianne Wolff, présidente de RPJ, Roland Wlos, Claudie Bassi-Lederman et Nicole Mokobodzki, leur aura permis de nouer des liens directs avec l’équipe de rédaction, de prolonger cette rencontre par un échange chaleureux, riche de suggestions, et de fêter ensemble le 25ème anniversaire de la Presse Nouvelle. Notre magazine perpétue ainsi l’héritage de la “Naïe Presse”, née en 1934 quand des immigrés d’Europe centrale et orientale, souvent nos proches, publièrent un quotidien en yiddish, animé par une équipe de rédacteurs dont Mounia Nadler. Clandestin pendant la guerre, Naïe Presse reprend sa publication à la Libération, animé par Marceau Vilner, Kenig, Jacobi Hirsch... et devient rapidement le journal yiddish le plus lu en Europe. L’audience yiddi-shophone diminuant, sa “page en français” assure l’évolution vers un journal de lan- R. Joseph p.3 Paroles p.3 Mémoire J. George p.6 A. Spire p.8 L’hommage aux Justes de France Jacques Rawine - Fondateur de l’UJRE Culture - André Schwartz-Bart - Roland Topor H. Levart p.4 A. Rayski p.5 p.7 PNM - Pour un nouvel élan gue française, la PNH (Presse Nouvelle Hebdomadaire) dont la PNM assure la continuité. Originalité : aussi présents, les lecteurs de la “Lettre d'information” de Rencontre Progressiste Juive* étaient invités à mieux connaître la “Presse Nouvelle Magazine” traitant de thèmes proches des leurs*. Une Presse Nouvelle, en effet, de tous les combats progressistes, qui soutint notamment après guerre les avancées sociales conquises sur la base du programme du CNR**, qui lutte toujours résolument contre les guerres coloniales, l’armement atomique, le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme, la xénophobie, le repli communautaire, et la droite qui veut revenir sur la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, banalise le discours anti-immigrés, et dont le groupe extrême au parlement européen est plus que préoccupant ! Une Presse Nouvelle qui se prononce pour une paix équitable au Proche Orient sur la base des résolutions de l’ONU, qui mette fin à l’occupation, la spoliation, l’humiliation des territoires occupés, et reconnaisse le droit du peuple palestinien à un Etat, sur la base du droit de l'état d'Israël à la sécurité. Une Presse Nouvelle ancrée à gauche, qui analyse les inégalités d’où qu’elles viennent, contre l’argent-roi, la compétition, le libéralisme, pour la justice sociale et le respect humain. Pour s’adresser et être au coeur du monde juif d’aujourd’hui, l’assemblée aura conclu à la nécessité d’établir des liens plus étroits entre des lecteurs parrains du journal - et une rédaction bénévole élargie, ouverte, qui développe les coopérations avec les mouvements progressistes juifs du monde entier. Gageons que ce soit un nouvel élan pour la PNM ■ * Le bureau de RPJ a dû récemment décider l’arrêt de sa publication, largement diffusée, face à ses difficultés croissantes à la faire paraître. RPJ, fondée en 1988, a contribué par ses actions à l’établissement d’une paix juste au Proche Orient, à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, le communautarisme et toute forme d’exclusion, et participé activement aux actions de mémoire. ** Conseil National de la Résistance
  2. 2. PNM 243bon 27/02/07 10:47 Page 2 P.N.M. FÉVRIER 2007 2 Notre amie Paulette Kwater a 100 ans !!! Décès Le Président du Secours Populaire Français a le regret de vous faire part du décès de Judith WINOGRADZKI, née WITTENBERG survenu le 28 novembre 2006 à l'âge de 90 ans Son incinération a eu lieu le 22 janvier 2007 à Egly (Essonne) Scientifique et universitaire, elle fut Professeur de Physique Théorique à la faculté de Rouen Le Secours Populaire Français chargé d'exécuter ses décisions testamentaires partage la peine de ceux qui l'ont connue et les invite, s'ils le souhaitent, à lui adresser tous messages ou documents qui permettraient d'en perpétuer la mémoire. Secours Populaire Français 9/11 rue Froissart 75140 Paris cedex 03 01-44-78-21-40 A LA MÉMOIRE D’ A RMAND -A BRAHAM D IMET AVOCAT HONORAIRE Officier de l’Ordre national du Mérite ancien secrétaire général du mouvement des Cadets auprès de l’UJRE décédé le 26 février 1997 Son épouse Madeleine, Josée Ses enfants Yves et Jacques Ses belles-filles Véronique et Sylvie Ses petits-enfants Robin, Yoann, Colombe, Anouk et Juliette Sa famille, ses amis Le 3 Mars 1990 est décédé C HARLES (C HAÏM ) G OLGEVIT Dans l'inconsolable tristesse nous rappelons sa mémoire Son épouse Eva ses enfants, petits-enfants et toute la famille Pour célébrer le yahrzeit de JACQUES GROBER chanteur et poète yiddish décédé le 26 mars 2006 une plaque à sa mémoire sera posée à la synagogue du MJLF 11, rue Gaston de Caillavet le 16 mars à 17h45 et une prière sera dite pour Jacques le 19 mars 2007 par le Rabbin Daniel Fahri Rendez-vous au Cimetière Parisien de Bagneux, entrée principale le 19 mars 2007 à 12h30 de la part de la famille de Jacques SOUSCRIPTION n°37 arrêtée au 15 février 2007 L e docteur Serge Alperin et sa famille sont heureux de pouvoir féliciter Madame Paulette Kwater pour son 100ème anniversaire, et lui témoignent toute leur affection. Je la remercie sincèrement pour les messages de vie et de courage qu’elle me transmet spontanément depuis plus de 20 ans; en effet, malgré toutes les épreuves difficiles qu’elle a traversées, elle garde toujours une force de vie exemplaire, avec une élégance et une coquetterie remarquables. Pour moi, c’est toujours un grand plaisir renouvelé de la visiter, et comme on dit chez nous “bis under und zwanzig your”. N sémitisme, fidèle lectrice de la Presse Nouvelle Magazine, elle a tenu à embrasser “l'animateur de PNM”, Lucien Steinberg, venu la complimenter au nom de l’UJRE . Se sont succédés pour la féliciter le délégué de la municipalité du 19° arrondissement, les représentants de la FNDIRP et de l'ARAC ainsi que Jean Vuillermoz, responsable du Pcf pour le 19° arondissement La belle chorale animée par notre amie Jacinta a été chaleureusement accueillie. Rappelons le voeu traditonnel juif : Bis under und zwanzig your - Ad mea esrim chana - jusqu'à 120 ans. Paulette Kwater est Chevalier de la Légion d'Honneur. PNM otre amie PAULETTE KWATER est devenue centenaire, née en février 1907 dans sa lointaine Pologne. Son anniversaire a été célébré dans la salle des fêtes de la Mairie du 19° arrondissement de Paris, à l'invitation de la Munipalité du 19°, de l'ANACR et de la FNDIRP de l'arrondissement. Devant une salle comble, plusieurs personnalités ont évoqué le rôle de Paulette dans le mouvement progressiste juif d'avant 1939, puis sa participation à la Résistance qui lui a valu d'être arrêtée par la police de Vichy, avant d'être déportée à Auschwitz. Cette femme s'est engagée dans le noyau de juives résistantes, aux côtés, en particulier, d’Eva Golgevit. Libérée en mai 1945 et rapatriée sur Paris, elle a repris ses activités politiques et sociales - entre autres à la FNDIRP, l’ARAC et à l'UJRE. Femme généreuse dévouée à la lutte contre le nazisme, le racisme et l'anti- Démarche d’indemnisation COMMUNIQUÉ DU CRIF JUSQU’AU 31 MARS 2007 si vous, ou vos ascendants, avez contracté une police d’assurance avant ou pendant la seconde guerre mondiale, et si vous relevez de l’une des trois catégories ci-dessous, vous êtes encouragés à adresser à la compagnie GENERALI une demande d’indemnisation, en leur adressant le formulaire à vous procurer : - soit au CASIP-COJASOR - Service pour les survivants de la shoah et les ayants-droit (01 49 23 71 44) - soit via Internet : www.nazierainsurancesettlement.com Catégories : (1) vous-même ou certains de vos ascendants avez, durant la période de l’Holocauste, été victimes de la part des nazis ou de leurs alliés (2) entre 1920 et 1945, vous-même ou certains de vos ascendants étiez assurés par Generali ou l’une de ses filiales, ou bénéficiaires d’une police d’assurance émise par l’une ou l’autre d’entre elles (3) la police était en vigueur avant les persécutions; et si : (4) aucun paiement n’a été effectué, au titre de la police, au bénéfice de l’assuré ou du bénéficiaire. Sincères félicitations. Docteur Serge Alperin. Courrier des lecteurs Henri Wilkowski Bonne année à toute l'équipe et pleine réussite dans vos projets. Ma souscription de novembre 2006 ne figure pas dans la liste du n° 241. Estce un oubli ou est-ce prévu dans une prochaine parution ? Amicalement Dont acte, c’est un oubli réparé dans ce numéro, avec toutes nos excuses ! PNM Informations publicitaires et de soutien à la PNM Contact journal mèl : ujre@wanadoo.fr Tél 01 47 70 62 16 Fax 01 45 23 00 96 ECRIS, PAPA, ÉCRIS La souscription est ouverte ! E l i e Rozencwajg naît pendant l’hiver rigoureux de 1888 dans “un village de près de cinquante foyers du canton de Kielce en Pologne”. Emigré à Bruxelles, Elie Rozencwajg rédige ses mémoires en yiddish, de 1942 à la Libération. Son manuscrit sauvegardé est édité en 2006 à compte d’auteur pour un usage familial. Devant l’intérêt que suscitent ses mémoires, les Editions de la Presse Nouvelle décident d’en rééditer une édition complétée, traduite par Batia Baum. Vous pouvez d’ores et déjà la réserver, en y souscrivant au tarif de pré-vente de 20 € (tarif à parution fin 2007 : 25 €) Contact journal par mèl ujre@wanadoo.fr ou Tél 01 47 70 62 16 ou Fax 01 45 23 00 96
  3. 3. PNM 243bon 27/02/07 10:47 Page 3 P.N.M. FÉVRIER 2007 Balkans 3 Iran A nouveau la tourmente ? Robert Joseph L e représentant de l'ONU, Martti Ahtisaari devrait rendre son devoir sur l'avenir de cette province serbe qu'est le Kosovo, vers fin mars devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Quelle que soit la conclusion, la tourmente risque de souffler fort sur les Balkans. Le 24 mars, ce sera le septième anniversaire du pied-de-nez de l'OTAN à l'ONU : sans l'avis de l'organisation mondiale, l'Alliance atlantique mettait son aviation au service d'Albanais du Kosovo, les rebellesindépendantistes de l'UCK, et bombardait la Serbie. Depuis 1999, les dirigeants occidentaux ont eu sept années pour préparer l'avenir, tenter de réduire les conflits interethniques et stabiliser la région. Sept ans pour éviter de s'empêtrer une nouvelle fois dans une situation absurde et pleine de dangers. Après avoir chaudement congratulé les leaders Albanais, aujourd'hui dépassés semble-t-il (l'Américaine Madeleine Albright les embrassant et le Français Bernard Kouchner leur donnant l'accolade), ils les ont laissés développer misère, maffias et corruption. Le plan Ahtisaari prévoit l'indépendance du Kosovo. Reconnaître à la province le droit d'adhérer aux institutions internationales et de signer des accords internationaux, lui octroie un statut d'Etat indépendant. L'hypocrisie affichée ne change rien au fond. A Belgrade, le nouveau parlement qui ne se différencie guère du précédent, a réaffirmé l'attitude largement consensuelle consistant à rejeter toute indépendance du Kosovo. On demande l'application des règles internationales et des résolutions de l'ONU prévoyant une “autonomie substantielle” pour la province et, pour la république, la souveraineté et l'intégrité territoriale. Pendant la campagne électorale, un seul leader politique, Cedomir Jovanovic du Parti libéral démocratique, a déclaré admettre l'indépendance du Kosovo, et a recueilli 5,3% des suffrages. Par son refus, la Serbie se voit accusée d'être toujours la “source d'instabilité” des Balkans. La stabilisation du Kosovo est, en 2007, une “priorité de la diplomatie européenne” assure l'inénarrable Javier Solana de passage à Belgrade. Les Occidentaux ne savent plus comment se sortir de cette mauvaise passe. Ils multiplient les pressions sur la Serbie pour que ses dirigeants donnent le feu vert à leur projet. Certains parlent même d' “oublier” l'arrestation du général Mladic, la cause de sanctions depuis une année. Leur opération soulève de vives inquiétudes. Des milliers de Serbes du Kosovo manifestaient le 9 février contre le plan à Kosovska-Mitrovica. Le gouvernement de Pristina s'indigne de l'aide secrète de Belgrade à des groupes armés, et a renforcé ses effectifs policiers dans le nord, à la limite de la Serbie, pour empêcher que les Serbes n'en fassent une région autonome. Le lendemain, le 10 février, des milliers d'Albanais, à Pristina la capitale, criaient aussi leur opposition à ce plan, dénonçaient leurs dirigeants albanais qui négocient, et l'administration de l'ONU (la Minuk). Ils répondaient à l'appel de l'organisation “Vetëvendosja” (Autodétermination) qui exige l'indépendance immédiate. La répression, par des forces albanaises aidées de policiers roumains de l'ONU, a fait deux morts, très vite honorés au cours de nombreuses veillées funèbres, et le ministre de l'Intérieur a dû démissionner. Réputés pour leur inefficacité dans les fonctions dont ils ont la charge, les dirigeants Albanais ont laissé le pays sombrer dans la misère, malgré les milliards apportés par l'Occident. Ils ont misé sur l'indépendance comme solution miracle et maintenant ils craignent une vaste révolte sociale. Ils disent “oui” au plan, tout en sachant qu'ils resteront sous tutelle administrative, financière et militaire, et que la dite décentralisation pour assurer le caractère “multiethnique”, avec un découpage envisagé pour des “communes autonomes serbes”, va soulever de douloureuses questions. L'opposition albanaise à ce projet enfle, dénonçant la misère et la corruption; de nouvelles formations clandestines apparaissent comme l' “Armée nationale albanaise” dont des dépôts d'armes ont été saisis et des responsables arrêtés jusque dans les sphères du gouvernement. Le vieux leader Adem Demaci, militant pour l'indépendance du Kosovo depuis les années soixante, après avoir soutenu l'UCK, apporte son soutien à cette nouvelle rébellion. Nul ne peut prévoir jusqu'où peut résonner l'onde de choc de la politique occidentale. En Serbie même, l'indépendance du Kosovo ne va-t- elle pas renforcer des idées de scission émises en Voïvodine, autre région autonome ? Comment vont réagir les Albanais de la Serbie du Sud, proches voisins très attentifs du Kosovo, déjà en froid avec Belgrade ? Pourquoi ne lui seraient-ils pas rattachés ? Si la province peut être séparée de la Serbie, pourquoi la Republika srpska ne pourrait-elle l'être de la BosnieHerzégovine, montrant ainsi le chemin à l'autonomiste croate de cet Etat ? Au Monténégro où Serbes et Albanais sont en nombre, un vif débat est ouvert. Le premier ministre kosovar, l'ex-général rebelle Agim Ceku, y a été reçu officiellement. La tendance serait favorable à l'indépendance du Kosovo mais il y a de vives oppositions. En Macédoine, fin janvier, les partis albanais ont retiré leurs députés du parlement, élu l'été dernier, pour entrer en opposition. La population albanaise, le quart des deux millions d'habitants, s'interroge : pourquoi ne pourrait-elle pas être rattachée au Kosovo ? Autre inquiétude pour les autorités, voir des groupes du Kosovo établir des bases en Macédoine et l'entrainer dans la guerre, comme l'UCK en 2001. Bien d'autres minorités nationales, en Europe, pourraient revendiquer les mêmes droits que les Albanais du Kosovo, aggravant l'instabilité dans divers pays. Et Moscou attire l'attention sur les conséquences que pourrait avoir la solution préconisée, sur des Etats du Caucase. Pour sa part, la Russie qui risque d'être confrontée au même phénomène, assure jusque-là, ne soutenir aucune solution sur le Kosovo qui ne serait pas acceptée par les Serbes et les Albanais. Cela risque de prendre du temps si les Occidentaux ne remettent pas un peu d'ordre, mais qui peut se plaindre de la durée des négociations si elles permettent d'éviter des drames ? A l'évidence, lorsque les dirigeants occidentaux prennent leurs propres résolutions à contre-pied pour créer de “nouveaux droits”, comme ils le font dans les Balkans depuis 1991, les populations concernées savent qu'elles auront à en souffrir. Pour le moment, les dirigeants occidentaux pourraient mettre le plan Ahtisaari entre parenthèses, faire très vite le nécessaire pour que les populations retrouvent quelques perspectives économiques dégagées du crime organisé et de la corruption, et faire preuve de fermeté à l'égard des dirigeants albanais. Leur laisser-aller au Kosovo à assez fait de dégâts. ■ Brèves L ors d'un grand meeting à Paris, le Crif (Comité Représentatif des Institutions Juives de France) a dénoncé ce 13 février la politique et les risques entraînés par les prises de position du Président de l'Iran, Mahmoud Ahmadinejad. Les menaces de ce personnage à l'encontre de l'Etat d'Israël, jointes aux efforts iraniens de se doter de la production d'énergie atomique font courir des menaces au monde entier, ont dénoncé la quasi-totalité des candidats aux élections de la Présidence de la République. La salle de la Mutualité, quasi comble, a accueilli positivement leurs interventions. Il y eut, néanmoins, un incident fâcheux. Madame Nicole Borvo Cohen-Séat, Présidente du groupe communiste, républicain et citoyen au Sénat, qui représentait la candidate Marie-George Buffet au meeting du Crif, tout en condamnant sévèrement “les actes, déclarations antisémites ... et discours atterrants du Président Ahmadinejad”, a rappelé les droits du peuple palestinien. Une grande partie de la salle, manquant de courtoisie, a alors interrompu l'orateur par des sifflets mal venus. Il y eut, cependant, quelques applaudissements. Madame Borvo s'est retirée, après avoir reçu les excuses du Président Cukierman. PNM regrette qu’elle n’ait pu ainsi aborder le respect du Traité de non-prolifération de l’arme atomique [voir sur le site Internet de l’UJRE son allocution transmise par Pascal Lederer d’UAVJ]. Paroles L ES FEMMES À L’ ARRIÈRE S aviez-vous que la compagnie d'autobus EGGED, principal transporteur de passagers en Israël, a décidé de créer des places “réservées aux femmes”, à l'arrière des lignes traversant des zones “religieuses” ? C'est pourtant le cas. Et si une femme ose s'asseoir au-devant de l'autobus, de “vrais croyants” le lui font sentir, par des injures et même des voies de fait. Les chauffeurs ont pour consigne de ne pas intervenir. Ces incidents ne sont pas rares, loin de là. Il me souvient qu'il y a trente ans environ, une femme de couleur avait pris place à l'avant d'un autocar, dans la ville de Selma, aux Etats-Unis. Elle ne s'est pas laissée intimider. Il s'en est suivi un mouvement de masse, qui a abouti à l'interdiction de ces discriminations. Les israéliennes, quelle que soit la couleur de leur peau, vont-elles accepter encore longtemps ces discriminations ? Un autobus est un moyen de transport public, ce n'est pas une synagogue, où les dames doivent s'asseoir dans la galerie, ou à l'arrière ! Dalia Maayan
  4. 4. PNM 243bon 27/02/07 10:47 Page 4 P.N.M. FÉVRIER 2007 4 Mémoire Les débats de l’UJRE Samedi 21 octobre 2006 Les élites françaises dans les années 1930 A nnie Lacroix-Riz nous a fait l'amitié de venir présenter, au 14 rue de Paradis, son dernier livre: "Le choix de la défaite". Les lecteurs de la PNM la connaissent bien : leur journal a été l’un des rares à appeler à signer une pétition en faveur de cette historienne harcelée par un groupe d'Ukrainiens. Faut-il rappeler que l'Ukraine a émis, en 2004, un timbre à l'effigie de son “héros”, le pogromiste: Petlioura ? Preuves à l'appui, cette chercheuse a démonté, c'est en quoi elle gêne, la "filière française" du Zyklon B. Elle a dirigé, entre autres, le travail de maîtrise d'Alexandre Doulut, prix Marcel Paul en 2003, pour La spoliation des biens juifs en Lot-et-Garonne (1941-1944). Elle se bat pour l'indépendance de la recherche, notamment historique, puisqu'elle est historienne. Elle publie. Honneur aux éditeurs qui en prennent le risque ! Si vous êtes à court de temps, commencez par “L'histoire française sous influence”. Et faites connaître ce petit livre sympathique. Simone Veil disait, lors du cinquantième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz que “la prévention, c’est l’enseignement”. "Le choix de la défaite" démontre (oui, je sais, c'est une manie : ALR trouve et produit des preuves) comment le capital français ce qu'on appelait autrefois le Comité des Forges, les 200 familles - a sciemment choisi et organisé la défaite de juin 40. Rien de bien neuf pour ceux qui se rappellent le slogan: "Plutôt Hitler que le Front populaire". Au lieu de résumer son livre, elle nous a retracé, encore émerveillée, les étapes des cinq années de travail dont il est l’aboutissement. Curiosité. Découvertes. Le plaisir est vif qu'elle a pris à étayer une thèse, dont j’ose à peine dire qu’elle illustre la formule de Marx: “Le capital n'a pas de patrie”. ■ NM A nnie Lacroix-Riz s ai t à bon escient émailler so n p ro p o s d e ci t at i o n s . . . Celle de Lady Vi o l e t Milner, rédactrice de la National Review de Lo n d res , q u i rap p o rt ai t l e 2 janv i er 1 9 3 9 * d es co n v ers ations parisiennes, illustre on n e p eu t m i eu x l a t h ès e du “C h o i x d e l a d éf a i t e”. Ju g ez-en p l u t ô t : “Les gens riches que j’ai eu l ’ o c c a s i o n d e re n c o n t re r [NDLR: à Paris] se sont p re s q u e t o u s r é j o u i s d e l’acco rd d e M u n i ch. Po u r eu x l ’en n emi es t l e j u i f et “son allié” le Russe... Les Français de la bonne société que j’ai entendus m’ o n t d i t q u e t o u s ceu x q u i é t a i e n t “ c o n t re M u n i c h ” éta i en t p a yés p a r l es j u i f s . . . Be a u co u p d e g en s p r éf érerai en t vo i r Hitler ven i r en F r a n c e p o u r “ re s t a u re r ” l ’ o rd re q u e d e l a i s s e r l e s ch o s es en l ’ét a t . C es g en s de l a b o n n e s o ci ét é ét a i en t tou s co n t re l a g u er re a vec l ’ A l l e m a g n e e t s e p ro n o n çaient en faveur de toute concession pour l’éviter. M o n i m p re s s i o n d o m i n a n t e est qu’est en train de se forme r en E u ro p e u n e n o u vel l e “ i n t er n a t i o n a l e” – cel l e d es riches, car j’ai entendu exactement les mêmes arguments à Paris qu’à Londres, prô n a n t d e d o n n er ce q u ’i l ve u t à Hitler, dans l’intérêt de l a p a i x “ ca r Hitler représente l’ordre”. La différence entre Paris et Lon d res co n s i s t e en ce q u e Paris s’exprime avec une plu s g r a n d e véh émen ce. ” ■ TRS * Lady Violet Milner Compte rendu de conversations à Paris, 2 janvier 1939, C792/15/18, NAUK FO 371 22961 L'hommage aux Justes de France Les exclus de la mémoire Henri Levart L a cérémonie du Panthéon présidée par le chef de l'Etat a été relayée par l'ensemble des médias. Que la nation honore ces gens de cœur, je m'en réjouis. Au péril de leurs vies, ils ont soustrait des milliers de juifs de la déportation. J'ai moimême eu la vie sauve grâce à un brave curé berrichon et je me souviens des jeunes israélites et des enfants de résistants hébergés dans son presbytère. Il m'est néanmoins difficile de ne pas éprouver un certain malaise. D'autant plus avivé à la lecture d'un quotidien de province relatant l'héroïsme d'une montalbanaise, Marie-Rose Gineste, qui recopia au carbone la lettre pastorale de son évêque, Mgr. Theas, invitant ses fidèles à faire preuve d'humanité. Puis, enfourchant sa bicyclette, elle alla distribuer la recommandation dans toutes les paroisses du département. De tels actes de solidarité permirent à bon nombre de nos compatriotes d'échapper à la mort. L'éloge de leurs auteurs est amplement justifié. Par contre, dans ce déluge de superlatifs, aucune chronique de presse n'a loué ces foyers modestes qui ont accueilli des parachutistes, des déserteurs de la Wermacht, des prisonniers soviétiques évadés, des républicains espagnols, des réfractaires du STO. Aucun n'a salué les mérites d'un homme d'exception : notre ancien président Charles Lederman. Il a pourtant joué un rôle déterminant dans le sauvetage des enfants. PNM, dans le numéro de décembre 2006, relate son action. Relevons simplement ce fait historique. Après une rencontre avec un jésuite, le père de Lubac, il put en été 1942 décrire à Mgr. Saliège, archevêque de Toulouse, les sévices subis par les juifs en France. A la suite de cet entretien, le prélat publia une lettre pastorale lue dans les églises du diocèse. Puis l'évêque de Montauban en fit de même. La nonciature fut amenée à informer le Vatican que des militants communistes distribuaient des tracts reproduisant ces prêches. Mais qui le saura aujourd'hui ? L'étrange amnésie s'étend à la Résistance même. J'ai sous les yeux un recueil édité en 1950 par le Centre de documentation de l'UJRE : “La presse antiraciste sous l'occupation hitlérienne”. On peut y prendre connaissance des textes d'une centaine de journaux et tracts des différentes régions du pays émanant de l'UJRE, des femmes et jeunes juifs résistants, du Mouvement national contre le racisme (qui donna naissance au MRAP), dénonçant les persécutions, exhortant à la lutte, y compris armée. L'ouvrage publie des appels du Parti communiste français fustigeant les mesures antisémites prises par Vichy ; stigmatisant les crimes des envahisseurs et de la milice ; reprenant les adresses des deux dignitaires catholiques et celles des institutions protestantes ; révélant la vérité sur le camp de Drancy et l'existence de chambres à gaz ; signalant l'ignominie du procès du groupe Manouchian et faisant état, pour la première fois, de la fameuse Affiche rouge. Dans son message au récent colloque sur la Résistance juive, Marie-George Buffet a rappelé, entre autres, qu'au tout début de la présence des troupes allemandes sur notre sol, le Comité central du PCF, en pleine clandestinité, prit l'initiative d'une brochure argumentée réfutant les thèses racistes de Goebbels; qu'il s'adressa au Conseil National de la Résistance afin de le presser d'intensifier sa riposte aux campagnes xénophobes des pétainistes. Mais qui le saura aujourd'hui ? Silence et bouche cousue ! Par ce déni de mémoire, il faut cacher aux générations montantes le souvenir d'une générosité accomplie dans les pires conditions de la traque menée par la Gestapo et ses sbires collaborationnistes. Ne sommes-nous pas en droit de nous poser certaines questions ? Est-il raisonnable de glorifier les Justes et de se mettre au service d'un homme clamant sa volonté de nettoyer nos banlieues au Karcher, de se ranger à ses côtés alors que se multiplie l'expulsion des sanspapiers ? Est-il raisonnable de glorifier les Justes et de s'acharner à poursuivre la SNCF, jetant ainsi l'opprobre sur le patriotisme des cheminots ? Est-il raisonnable de glorifier les Justes sans mener la lutte contre les humiliations, la famine et les maladies dont sont victimes des populations entières ? Levinas, le vieux sage aux idées neuves n'a pas craint de s'exprimer ainsi : “Les Justes avant tous les autres sont responsables du mal. Ils le sont de ne pas avoir été assez justes pour faire rayonner leur justice et supprimer l'injustice. C'est le fiasco des meilleurs qui laisse le champ libre aux pires”. Fidèles au message universel des Justes de France, nous identifiant à leurs valeurs humanistes, à l'espérance d'une société meilleure, agissons pour la défense des opprimés, travaillons à l'avènement d'un monde fraternel. ■
  5. 5. PNM 243bon 27/02/07 10:47 Page 5 P.N.M. FÉVRIER 2007 Mémoire 5 Jacques RAWINE - fondateur de l’UJRE Adam Rayski En brossant le panorama de la résistance juive, à l’ouverture du Colloque “Les juifs ont résisté en France” du 15 décembre 2006 à l’Hôtel de Ville de Paris, Lucien Steinberg, Président de l’UJRE, évoquait le rôle de Jacques Rawine (voir encadré) dans les tentatives d’unification de la résistance juive. Nous revenons sur cette figure, importante pour l’UJRE, de la M.O.I. Pour ce faire, remercions Adam Rayski, responsable des organisations juives de la M.O.I. et de leur presse, de 1940 à 1944, d’avoir choisi pour les lecteurs de PNM, de larges extraits de son ouvrage : “Le choix des juifs sous Vichy - entre soumission et résistance” *. L a “section juive” de la M.O.I. cse réorganise Au cours d’une réunion de la direction nationale de la “section juive”, le 21 mai 1943, à Paris**, il a été décidé, à l’initiative de Jacques Rawine, responsable de la zone Sud, de regrouper dans une seule organisation les différentes branches de la “section juive” telles que Solidarité, Union des Femmes, groupes syndicaux de la CGT notamment. La nouvelle organisation s’appellera “Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide” (UJRE). L’aspect politique de cette restructuration est de loin le plus important. A Lyon et à Grenoble, se nouaient déjà les premiers contacts avec les autres courants politiques, sionistes et socialistes (Bund), groupés autour de la FSJF [NDLR: Fédération des Sociétés Juives de France créée en 1936], avec pour objectif de reconstituer l’unité du judaïsme de l’Europe de l’Est. [Cette fracture s’était ensuite aggravée du fait de la séparation géographique : les courants non communistes s’étaient regroupés en “zone libre”, les communistes étant restés à Paris]. En y reprenant leur place, sous la forme d’une organisation juive et pratiquement autonome, les communistes visaient à normaliser leur situation par rapport aux autres groupements. Mais, plus au fond, la création de l’UJRE traduisait une volonté - et sa déclaration de principe l’atteste - de devenir un lieu de rassemblement de tous les hommes et femmes entrant dans la Résistance sans autre mobile idéologique. Elle souligne avec force l’unité de destin de tous les Juifs car “aucune distinction n’est faite... français ou étrangers, ouvriers, bourgeois, sionistes ou communistes, athées ou croyants, ils ne sont que des Juifs tout court”, c’est-àdire tous des gens condamnés à l’extermination. Depuis la descente des hommes de Barbie dans les locaux de la FSJF en février 1943, la tendance dans ce milieu à passer dans la clandestinité s’est accentuée. Jacques Rawine obtient le feu vert de Paris pour approcher les hommes de la FSJF. Il prend contact avec Faïvel Schrager, dirigeant du Bund qu’il connaissait du temps où celui-ci, militant communiste, était l’un des dirigeants les plus en vue des organisations juives de la M.O.I. [F.Schrager avait rompu avec le PC à l’été 1938 et avait adhéré au Bund]. Les premières propositions communistes d’un pacte d’unité reçoivent une réponse négative et unanime de la part de tous les membres du Comité de coordination constitué autour de la FSJF. L’attitude se modifia au début de l’été 1943. Dans ses mémoires***, F.Schrager attribue au soulèvement du ghetto de Varsovie un rôle déterminant pour l’unification du judaïsme immigré. Les négociations reprennent : l’UJRE y est représentée par Jacques Rawine et Adamicz; le Comité de coordination, par son secrétaire général, Léo Glaeser; Faïvel Schrager, Joseph Fridman pour la gauche sioniste, et Ruwen Grinberg, président de la FSJF, après le départ de Marc Jarblum en Suisse. L’accord se fait, début juin, sur un “programme d’union” autour de trois objectifs: - organiser la défense de la population juive - assurer une aide matérielle aux nécessiteux - établir des relations avec les forces résistantes du pays contre l’ennemi commun. groupes de combat, qui compteront un mois après leur création près d’une centaine de membres, [figurent] : Charles Krzentowski, Albert Goldman, Georges Goutchat, Léon Habif, Maurice Benadon, Charles Jacobson, Léon Centner, Kutas, pour n’en citer que quelques-uns, des hommes venus d’horizons les plus divers et, la plupart, apolitiques]. Le Comité de coordination s’appellera désormais Comité Général de Défense [CGD] et se réunira soit à Grenoble soit à Lyon. [Le communiqué est publié et [Témoignage de Fernand Kohn, octobre 1991]. commenté dans les numéros de Unzer Wort du 15 août et de septembre 1943, ainsi que dans Notre Voix du 1er septembre. Le CGD éditera son propre journal en yiddich, Unzer Kampf (“Notre combat”), qui sera suivi de nombreuses autres publications, pour la plupart en français]. Par la constitution de comités départementaux dans des villes comme Lyon, Toulouse, Marseille et Nice, le CGD peut, malgré la clandestinité, se rapprocher de la “base” et atténuer, dans la mesure du possible, les conséquences de la dispersion et de l’émiettement de la population juive immigrée. La fondation du CGD est signalée par le préfet du Rhône, disant qu’il est surtout composé de Juifs polonais, hongrois, etc., réfugiés en France, d’opinions diverses, unis par la volonté de défendre leurs droits. Le préfet précise que cela s’était produit à l’initiative des communistes après de nombreuses difficultés [AN, F. IA-3754, note n°4054, s.d.]. [...] D ’où est venue l’idée de créer, en été 1943, des groupes de combat auprès de l’UJRE ? Le responsable pour la zone Sud, Jacques Rawine, l’explique par la forte demande, parmi les jeunes, d’engagement dans l’action directe [A la tête des Or, si les détachements FTP-MOI étaient déjà aguerris depuis plus d’un an, un temps de préparation s’est révélé nécessaire pour les nouvelles recrues. Ils le feront dans les groupes de combat qui auront des objectifs moins militaires, encore qu’il leur sera parfois demandé de prêter leur concours aux FTP. Il est néanmoins probable que l’initiative de création des groupes de combat visait également à doter l’UJRE d’une branche de lutte armée sous son contrôle direct : “Entrer dans un groupe de combat n’était pas seulement l’expression de notre douleur et notre colère mais nous offrait la possibilité de retrouver une famille pour ne pas être condamnés à une solitude insupportable”. De la liste de leurs innombrables actions, mentionnons celle de l’exécution, à Lyon, du chef milicien et ancien directeur régional du Commissariat aux questions juives, Carrel-Bellard (mai 1944) ; une action de sauvetage de six enfants juifs qui étaient sous la garde de l’UGIF à l’hôpital de l’Antiquaille (juin 1944). En janvier 1944, un détachement armé a pénétré dans les bureaux de l’UGIF, situés Montée des Carmélites. ■ * Adam Rayski Le choix des juifs sous Vichy entre soumission et résistance, préface de François Bédarida, Paris, Ed. La Découverte, 1992, 391 p. ** Il ressort d’un rapport de la brigade spéciale de la Préfecture de police que ses inspecteurs ont “filé” jusqu’au lieu de la réunion, au 32 rue Guyot (aujourd’hui rue Médéric), Edouard Kowalski, Jacques Rawine, Idel Barszczewski, Teshka Tenenbaum Forszteter et Adam Rayski. Respectant les règles techniques de filature auxquelles il ne peut être mis fin sans décision supérieure, les policiers ne sont pas intervenus (Archives nationales Z6 196/2427: aussi dans Stéphane Courtois, Denis Peschanski et Adam Rayski, Le sang de l’étranger, Fayard, Paris, 1989, p. 251). *** F.Schrager, Un militant juif, préface de D.Mayer, Paris, Les Editions Polyglottes, 1979, pp.130-138] REPERES Jacques Rawine: In gerangl kegn nazischn sojne, Paris, Ed. Oyfsnay, 1970 La Résistance organisée des Juifs en France (1940-1944), préface de Vladimir Pozner, Paris, Ed. Julliard, 1973, 316 p. TÉMOIGNAGE J 'ai fait la connaissance de Jacques Rawine en 1970, lors de la parution de mon propre livre “La révolte des justes”. L'UJRE avait organisé une soirée de présentation de mon livre, soirée à laquelle Jacques Rawine participait. Je ne me souviens pas de la date exacte - fin 1970 sans doute mais je me souviens de la salle, rue Yves Toudic. Jacques a relevé quelques insuffisances dans ma présentation des communistes juifs, actifs à Grenoble. Il s'attendait manifestement à des objections de ma part. Il n'y en a pas eu - j'ai admis qu'il avait raison ! Du coup, il n'y eut pas de polémique ! Je pense toujours qu'il aurait préféré la contradiction. Nous sommes restés bons amis jusqu'à sa disparition. Lucien Steinberg LA PRESSE NOUVELLE Magazine Progressiste Juif édité par l’U.J.R.E. Comité de rédaction : Lucien Steinberg, Jacques Dimet, Bernard Frédérick, Nicole Mokobodzki, Tauba-Raymonde Staroswiecki Roland Wlos N° paritaire 64825 (en cours de renouvellement) C.C.P. Paris 5 701 33 R Directeur de la Publication : Lucien STEINBERG Rédaction - Administration : 14, rue de Paradis 75010 PARIS Tel. : 01 47 70 62 16 Fax: 01 45 23 00 96 Mèl : ujre@wanadoo.fr Site : http://ujre.monsite.wanadoo.fr (bulletin d’abonnement téléchargeable) Tarif d’abonnement : France et Union européenne: 6 mois 28 euros 1 an 55 euros Etranger, hors U.E : 70 euros IMPRIMERIE DE CHABROL PARIS BULLETIN D'ABONNEMENT Je souhaite m'abonner à votre journal "pas comme les autres", magazine progressiste juif. Je vous adresse ci-joint mes nom, adresse postale, date de naissance, mèl et téléphone
  6. 6. PNM 243bon 27/02/07 10:47 Page 6 P.N.M. FÉVRIER 2007 6 Un faux qui a la vie dure : Histoire Les Protocoles des Sages de Sion Jean George E n 1905, paraît à Moscou la troisième édition d'un livre de Serge Nilus, fonctionnaire du département des religions. L'auteur y insère les Protocoles des Sages de Sion, présentés comme un document émanant d'une réunion internationale de responsables juifs. En 1911, Nilus en publie une édition séparée. Ce texte connaît un grand succès. Les aristocrates le lisent à leurs paysans. L'époque est celle d'une montée en puissance des antisémites. L'affaire Dreyfus (1894-1906) leur permet d'identifier les juifs aux forces libérales et socialistes. Le premier congrès sioniste mondial, réuni à Bâle en 1897 par Theodore Herzl pour réclamer la création d'un État juif, prouve, selon eux, que les juifs sont des antinationaux. Les pogroms, que le tsar Nicolas II encourage, les confortent. Les Protocoles font des juifs ceux qui manipulent les réformateurs sociaux et les révolutionnaires, la presse et le système éducatif, les banques et le mouvement ouvrier, afin de détruire la civilisation chrétienne. Leur article 17 paragraphe 7 use de cette métaphore : “Notre régime sera l'apologie du règne de Vishnou, qui en est le symbole, nos cent mains tiendront chacune un ressort de la machine sociale.” La guerre perdue contre le Japon en 1905 et le mouvement révolutionnaire qui s'ensuit prouvent la malfaisance juive, aux yeux des monarchistes russes et de la partie de l'opinion qu'ils entraînent. La diffusion des Protocoles s'accompagne de nombreux massacres de juifs organisés par des groupes paramilitaires, les Cents-Noirs. Les défaites des armées russes entre 1914 et 1917, la révolution de février 1917, la victoire des bolcheviks dont plusieurs dirigeants sont juifs redonnent un écho au libelle. Les “blancs” l'utilisent contre les “rouges”. Ils le répandent dans les pays où ils émigrent. À Londres, l'Illustrated Sunday Herald du 8 février 1920 publie un article de Winston Churchill qui qualifie “l'Internationale juive [... de] bande de personnalités extraordinaires des bas-fonds des grandes villes d'Europe et d'Amérique [qui] a empoigné le peuple russe par les cheveux pour devenir pratiquement les maîtres incontestés de cet immense empire.” Le 8 mai suivant, le Times affirme qu'il ne faut pas “hausser les épaules” devant les Protocoles, sous prétexte que les réactionnaires russes les diffusent. En 1921, à Constantinople, un émigré russe, Mikhaïl Raslovlev, montre au correspondant du Times, Philip Graves, que c'est une imposture. Il lui fournit ce qui a servi de base à la forgerie*. Il s'agit du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu écrit en 1864 par Maurice Joly, un républicain français qui visait Napoléon III. À cause des possibilités de détournement qu'offrait son obscurité, l'opuscule a été remarqué par des agents de l'Okhrana, la police secrète du tsar. Ce Dialogue, estimaient-ils, peut “se lire comme un projet de tyrannie”. Il suffit d'écrire “juifs” à la place de “bonapartistes” et “le monde” au lieu de “la France”. Raslovlev invite Graves à comparer les deux textes. L'article 17 paragraphe 7 des Protocoles cité plus haut a pour source le 17ème dialogue dans lequel Montesquieu déclare à Machiavel : “Je comprends maintenant l'apologue du dieu Vishnou ; vous avez cent bras comme l'idole indienne et chacun de vos doigts touche un ressort.” Raslovlev indique à Graves que l'au- Israël teur des Protocoles était Mathieu Umberto Eco dans son introduction, Golovinsky, un agent de l'Okhrana “ce ne sont pas les Protocoles qui proen poste à Paris. Introduit ensuite duisent l'antisémitisme : c'est le besoin dans le parti bolchevik, il était deveprofond de désigner un Ennemi qui nu conseiller de Trotski, avant de mène les gens à y croire.” ■ mourir en 1920. Le journaliste bri* [NDLR : Forgerie : Document littéraire tannique dénonce la tromperie dans ou autre forgé soit par un faussaire, soit par son journal, le 17 octobre 1921, sous un écrivain qui fait un pastiche (terme du le titre : “Un faux historique”. domaine de l'expertise en écritures) ] En 1933, la Fédération des communautés juives de Suisse intente un procès au Front uni nazi qui distribue ce faux. Le Tribunal puis la Cour d'appel de Berne déclarent en 1935 que les Protocoles sont des “imbécillités”. En 1964, le Sénat des Etats-Unis reprend l'argumentation à propos de textes antisémites circulant en URSS. En 1993, un tribunal russe qualifie les Protocoles de “faux antisémite”. Will Eisner a vulgarisé cette “histoire secrète” en une bande dessinée**. Il attire l'attention sur l'usage de faux qui perdure. Alors qu'il a été “un mandat pour le génocide”, ce texte a © Will Eisner encore des millions de des Protocoles des Sages lecteurs. En effet, ** Le complot, l'Histoire secrètePierre-Emmanuel Dauzat de Sion Traduit de l'anglais par comme le souligne introduction de Umberto Eco, Grasset, 2005, 19 € Crise de régime Meir Avni L 'Etat d'Israël traverse actuellement une crise de régime qui se manifeste de multiples façons. On a vu successivement les démissions sous la contrainte de plusieurs ministres, le Chef de l'Etat mis sur la sellette en attendant sa démission ou révocation, le Chef d'Etat-major général poussé à la démission. Le 16 février 2007, c'est le tour du grand Chef de la Police, qui s'en va à la suite d'un rapport mettant en cause ses liens aux Maffias israéliennes accusation qu'il reconnaît. Son successeur désigné traîne des casseroles maffieuses, avant même que sa nomination ne soit acquise. Le Premier Ministre Ehud Olmert fait l'objet d'accusations toujours plus pressantes... Assez ! s'exclament de plus en plus d'israéliens. On ne peut reprocher au signataire de ces lignes l'hostilité systématique à Israël. Il se trouve que le manque de rigueur des fondateurs mêmes de l'Etat, qui ont refusé de se doter d'une Constitution séparant les pouvoirs - exécutif, législatif, judiciaire - se venge. Aujourd'hui, le Judiciaire l'a emporté sur le Politique. La Police, agissant souvent de façon indépendante, a cassé les carrières de plusieurs ministres. Maintenant la Justice s'en prend au sommet de l’institution policière. N’étant pas juge, dans tous les sens du terme, il ne m'appartient pas de dire “qui a raison”. Je constate cependant que l’Etat et le peuple d’Israël en sont les victimes. J'ajoute, bien entendu, que la persistance du contentieux i s r a é l o - p a l e s t i n i e n (le terme est volontairement faible !) n'arrange pas les choses... A suivre.... Mémoire L’Etat belge dans la Shoah Un rapport du Sénat belge publié le 13 février 2007 relève le rôle de l'administration, de la police et de la justice belges dans la mise en oeuvre du génocide des juifs d'Europe pendant la seconde guerre. Ce rapport, dont Le Monde, daté du 16 février 2007, publie l'analyse, démontre que l'administration, la justice et la police belges ont apporté “une collaboration indigne d'une démocratie à une politique désastreuse pour la population juive, belge comme étrangère”. Le Monde rappelle qu’un gouvernement présidé par l'actuel premier ministre, Guy Verhoftadt, avait reconnu ce triste événement il y cinq ans déjà. L'auteur de ces lignes reconnait avoir ignoré le rôle de ces autorités, dans deux livres parus dans les années 1970. Lucien Steinberg
  7. 7. PNM 243bon 27/02/07 10:47 Page 7 P.N.M. FÉVRIER 2007 7 C U L T U R E 6C mars à 18 h - Elisabeth de Fontenay avec ANIMA & CIE André Schwarz-Bart ELAN COMME UN NOM SHIBBOLETH Monique Kreps J e ne puis m'empêcher de penser qu'Ernie Levy, mort six millions de fois est encore vivant, quelque part, je ne sais où. Ainsi se termine Le dernier des justes, livre pour lequel André SchwarzBart reçut le prix Goncourt en 1959. L'écrivain est mort fin septembre à Pointe-àPitre et a été enterré en Guadeloupe. Ainsi près de cinquante ans se sont écoulés depuis la publication de ce livre qui en quelques semaines connut un écho inouï en France et dans le monde (Pologne, Allemagne, Tchécoslovaquie, URSS, Israël où il fut traduit en yiddish). Le livre retrace la persécution d'une famille juive de justes, du temps des croisades jusqu'au génocide de la seconde guerre, avec des témoignages bouleversants des rescapés des camps. Salué comme un chef-d'œuvre par la critique, marquant un jalon essentiel dans l'établissement d'une “mémoire de la Shoah”, aujourd'hui, les jeunes générations connaissent à peine son nom et les adolescents d'aprèsguerre se souviennent de lui comme de l'homme d'un seul livre. Les temps sont sans doute mûrs pour une relecture de cet ouvrage exceptionnel comme l'était d'ailleurs son auteur*. André Schwarz-Bart, issu d'une famille polonaise de langue yiddish, naît le 23 mai 1928 à Metz. Son père avait commencé des études pour être rabbin puis avait exercé le métier de marchand forain. En 1941, la famille trouve refuge près d'Angoulême. Ses parents et deux de ses frères y sont arrêtés fin 1942 et disparaissent à Auschwitz. Il apprend alors le métier d'ajusteur à Sillac, puis s'engage dans la Résistance. Après la guerre, il découvre l'ethnologie et la philosophie après sa journée d'ajusteur. Il est aussi moniteur à la maison d’enfants de Montmorency** où il souhaite révéler aux jeunes orphelins l'éminente dignité du peuple juif, à qui il souhaite offrir l'hommage d'un roman en guise d'oraison funèbre. Une bourse d'ancien combattant lui permet d'obtenir son bac en 1948 et de s'inscrire à la Sorbonne. Membre des Jeunesses communistes jusqu'en 1951, Schwarz-Bart s'est engagé très tôt pour la défense du peuple juif mais aussi pour les droits de l'homme. Âgé à l'époque de 31 ans, il n'est pas préparé à ce succès et doit faire face à des réserves de certains chrétiens, et même de juifs, résistants et communistes, qui rejettent la conception de son héros considéré trop fataliste. Si les accusations portées contre lui sont vite invalidées, et s'il reçoit le soutien de personnalités, notamment du communiste Pierre Daix, blessé il préfère fuir cette notoriété subite. On le retrouve en Guadeloupe où il se marie avec Simone, une jeune étudiante guadeloupéenne avec qui il écrira La mulâtresse Solitude et dont il aura un fils Jacques, aujourd'hui célèbre jazzman, alliant la musique gwoka de la Guadeloupe et le jazz. Son père avait choisi délibérément de partager l'existence du peuple noir et mulâtre, son expérience de la persécution l'ayant ouvert à celles des esclaves noirs déportés d'Afrique. ■ 10 ans déjà... * André Schwartz-bart, Le dernier des Justes Coll. Points - n°217 - 7,50€ Un plat de porc aux bananes vertes (avec Simone Schwarz-Bart) Coll. Points - n°P314 La mulâtresse Solitude Coll.Points, p. 302 Hommage à la femme noire (essai: 6 tomes, avec S. Schwarz-Bart) Éd. Consulaires, 1989 ** Ce foyer de Renouveau, mouvement né dans la mouvance progressiste du Mouvement national contre le racisme (MNCR), accueille tout “enfant inadapté”, soit à l’époque des enfants de déportés juifs. “Madame François” (Claude François Unger), résistante, écrivain et pédagogue hors du commun saura y insuffler l’esprit des Républiques d’enfants chères à Janusz Korczak. En savoir plus : Francine Kaufmann : Les enjeux de la polémique autour du premier best-seller français de la littérature de la Shoah, Revue d'Histoire de la Shoah, n°176, 0912/2002 à propos du livre LE SCHIBBOLETH pour Paul Celan de J. Derrida monotypes et lithographies de MICHÈLE KATZ Conférence et projection commentée de ses œuvres à l’Espace Reuilly - 21 rue Hénard Paris 12° (Métro Montgallet) Verre de l’amitié - P.A.F : 10 € 6 mars à 19 h - Guy Konopnicki dédicacera son livre LES CAHIERS DE PRAGUE à l’UEVACJEA - 26 rue du Renard Paris 4° (Métro Rambutteau) - 01 42 77 73 32 8 mars de 18 h 30 à 20 h 30, Conférence de Batia Baum La poésie Yiddish de la destruction (Katznelson et Sutzkever) au Collège international de Philosophie dans le cadre d'un séminaire sur le témoignagne à l’ Amphi Stourdzé, Carré des Sciences 1 rue Descartes, Paris 5° - Entrée au 25, rue de la Mtgne Ste Geneviève M° Cardinal Lemoine ou Maubert Mutualité ou RER B Luxembourg 9 mars à 16 h, l’UJRE vous invite à Roland Topor R oland Topor nous quitte en avril 1997 à 59 ans. Parmi son oeuvre foisonnante, le Centre Rachi nous présente un choix d’oeuvres gravées provenant de la collection particulière de l’Atelier de gravure Clot avec lequel Topor avait noué de solides liens d’amitié (voir cité du m o n d e . “Beaucoup de Français sont des Allemands qui parlent français …” dans l’Agenda ci-contre, le vernissage de cette exposition, le 13 mars). A la Libération, l'école, puis les BeauxArts, et les premiers suc- Roland Topor (1938-1997) cès. Travail, fêtes, amitiés, amours, ce farouche libertaire n'obéit qu'à une seule règle : le plaisir. Sternberg, Pauvert, Losfeld, Panique, Derrida, HaraKiri… Topor travaille avec tous, mais refusera toujours de se laisser enfermer dans une image. Tous les excès sont permis. La gloire ne contrariera pas sa bonne humeur et sa créativité. Hélas, elle n'apaisera jamais son angoisse de la mort. Car c'est bien d'elle dont il s'agit chaque jour et qui est la source constante de son œuvre. Cette première biographie de Roland Topor à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort. est le portrait d'une époque qui nous paraît déjà lointaine, et d'un artiste dont les obsessions restent universelles. ■ Mais qui était vraiment cet “acrobate de l'imaginaire” ? Un dessinateur, peintre, romancier, scénariste, acteur, jouissant d'une réputation internationale, souvent sulfureuse, selon la biographie* Roland Topor ou le rire étranglé à paraître le 8 mars. L’auteur, Frantz Vaillant, a rencontré la sœur de Topor, son fils, les témoins de sa vie, et a eu accès à des documents inédits. Il remonte le cours du destin hors normes de l’homme, en débutant par l'arrivée en France d'Abram, père de Topor, artiste juif originaire de Pologne. Son rêve : devenir sculpteur, célèbre, quand il débarque à la gare de l'Est en 1930. L’Histoire en décidera autrement. La vie du jeune Roland commence huit ans plus tard, dans les prémices d'une guerre qui saignera bientôt le monde. Début d'une partie de cache-cache avec la mort : la famille Topor échappera tour à tour à la rafle du Vel d'Hiv, à la milice de Klaus Barbie et trouvera refuge en Savoie. Roland, d'une sensibilité extrême, comprend tôt la féro- * Frantz Vaillant Roland Topor ou le rire étranglé, Ed. Buchet-Chastel, Paris - 324 p. hors-texte iconographique de 16 pages, 23€ la première séance de son cours de YIDDISH musical qui vous permettra de (ré-)apprendre le yiddish de manière ludique, en vue de l’écrire, de le parler, tout en apprenant, comprenant et chantant les chansons du répertoire yiddish. RDV donc à cette séance gratuite de présentation au 14 rue de Paradis, Escalier C - 1er étage - M° Gare de l’Est 9 mars à 20 h 30, les Amis de la CCE vous invitent à la conférence de l’historienne Annie Lacroix-Riz : Le choix de la défaite, les élites françaises dans les années 1930 au 14 rue de Paradis, Escalier C - 1er étage - M° Gare de l’Est 10 mars à 15 h, l’UJRE vous invite à porter la POÉSIE et le THÉÂTRE Yiddish à l’honneur pour cette 9ème édition du PRINTEMPS DES POÈTES qui se déroulera au 14 rue de Paradis, Escalier C - 1er étage - M° Gare de l’Est - Poèmes traduits par Charles Dobzynski (Anthologie de la poésie yiddish, Ed. Poésie/Gallimard 2001) et Kikh Parad par le groupe théâtral Abi gezint. 13 mars à 18 h, Vernissage de l’exposition Roland TOPOR (19 février au 30 avril) - voir aussi l’article ci-contre - au Centre Rachi 39 rue Broca Paris 5° - 01 42 17 10 38 19 mars à 20 h, l’UEJF et SOS-RACISME avec Michel Boujenah, Smaïn, Anne Roumanoff, Arthur et tant d’autres ...vous invitent à la 4ème édition de RIRE CONTRE LE RACISME qui se déroulera au Palais des Sports de Paris. Places à 50, 35, 20€ à retenir auprès de l’UEJF, de SOS-Racisme, en Fnac, Carrefour, Auchan ou via Ticketnet.fr
  8. 8. PNM 243bon 27/02/07 10:47 Page 8 P.N.M. FÉVRIER 2007 8 Société T heodor Adorno, l'un des philosophes fondateurs de l'école dite de Francfort, est connu pour avoir pensé le premier, comme ineffaçable, la douloureuse cicatrice laissée dans l'histoire de l'humanité par le génocide dont Auschwitz fut l'un des symboles. Il y a un “avant l'extermination” et un “après” fait de culpabilité et de mauvaise conscience. Ce fut aussi une terrible expérience philosophique. “C'est pourquoi, écrit Adorno dans la Dialectique négative, il pourrait bien avoir été faux d'affirmer qu'après Auschwitz il n'est plus possible d'écrire des poèmes”. La découverte, l'invention et la création continuent” 1. Depuis, le sens du qualificatif “antisémite” s'est focalisé dans le langage courant sur toute attitude de discrimination, forcément criminogène, envers les Juifs. Le Petit Robert a beau indiquer que les Arabes sont des Sémites (Sem est l'un des fils de Noë), ce cousinage est massivement ignoré. Reprocher aujourd'hui à quelqu'un son antisémitisme, c'est le mettre au ban de l'humanité civilisée, de la volonté de paix et voir en lui un criminel potentiel ordinaire. Toute critique est-elle antisémite ? C'est paradoxalement ce qui vient d'arriver à Pierre Bourdieu décédé il y a quatre ans (2002). Le sociologue, ancien militant de gauche et professeur au Collège de France - savant engagé s'il en fut - a été étiqueté “antisémite” par son collègue le linguiste JeanClaude Milner, au cours de Répliques, émission hebdomadaire de FranceCulture animée par Alain Finkelkraut, le 13 janvier, sans qu'aucun des participants, ni l'animateur, ni la co-invitée, ne se risquent à demander une explication ou à nier cette affirmation diffamatoire. Une mésaventure identique était arrivée à l'anthropologue Edgar Morin qui n'a pourtant jamais caché sa propre origine sépharade judéo-espagnole (marrane). Excédé par cette insulte, Edgar Morin s'est attelé à traiter, dans la collection Non-conforme, alibi des éditions du Seuil, la question de “l'apport juif à la construction du monde moderne”2. Peut-on aujourd'hui en France désapprouver la politique coloniale de l'Etat israélien vis-à-vis du monde arabe sans être épinglé comme antisémite ? C'est devenu quasiment impossible tant la confusion entre l'antisémitisme et l'antisionisme (on peut pourtant être d'origine juive et ne pas vouloir confisquer plus longtemps leurs terres aux Palestiniens) est entrée dans les moeurs. De même, sont confondus islam et islamisme pour le plus grand préjudice des Arabes. Le progrès social est-il juif ? L'accusation de dérive “prosémite excessive” a même été indirectement Le grand air de la calomnie portée contre l'œuvre d'Emile Durkheim (fils de rabbin) lors de la fondation de la sociologie, contre celle de Sigmund Freud, père de la psychanalyse et même contre l'œuvre de Karl Marx3 et les marxistes : toutes qualifiées de sciences ou pensées “juives” ! Les “procureurs” modernes les plus conservateurs entendaient ainsi régler leurs comptes aux disciplines dont le développement sous-tend la lutte pour le progrès social et la démocratie. Si bien qu'on peut se demander, après l'insulte faite à Pierre Bourdieu, de quel penseur ce sera demain le tour ? Ce que Jean-Claude Milner a très exactement dit mérite d'être cité : “J'ai ma thèse sur ce que veut dire “Les Héritiers” chez Bourdieu. Les Héritiers c'est les Juifs (…). Je crois que c'est un livre antisémite.” Ne serait le contexte géopolitique actuel, on croirait cauchemarder. S'il y a des exceptions, “tout permet de penser, écrit Bourdieu, qu'on les trouverait dans les singularités du milieu familial (…). Les chances objectives d'accéder à l'enseignement supérieur sont quarante fois plus fortes pour un fils de cadre supérieur que pour un fils d'ouvriers. (…) pendant que les étudiants originaires des couches défavorisées ne varient que du simple au quadruple”. Aujourd'hui, un demi-siècle après ces déclarations incitatives à rétablir plus de justice, le nombre de fils d'ouvriers accédant à l'enseignement supérieur n'excède toujours pas 4 % ! Qu'à l'occasion de la “chance de renouveau” offerte par les élections présidentielles, des points sensibles qui marquent la constance des effets engendrés par la domination de l'ordre bourgeois et impérial sur le monde reviennent sur le devant de la scène, n'a pas de quoi étonner. Des Cassandres entrées par effraction Chaque fois qu'en Occident, une théodans l'intelligentsia du XXIème siècle rie porte une contradiction proposent même de retourfondamentale au pouvoir ner comme un gant l'affirmaintellectuel et pourtant subtil tion de Jean-Paul Sartre, de la bourgeoisie, on tente de philosophe existentialiste la disqualifier auprès de l'odans sa Critique de la raison pinion publique, en lui cherdialectique 5 : “Le marxisme chant dans la tête d'imaginaiest l'horizon indépassable de res “poux antisémites”. Très notre temps parce que les curieusement d'ailleurs, les circonstances qui l'ont intellectuels que le philosoengendré ne sont pas encore phe Jacques Bouveresse dépassées”. Pour ces auguregroupe sous l'adjectif de res, ce serait le capitalisme, “déférents” - c'est-à-dire Pierre Bourdieu et non la pensée de Marx, qui ceux qui sont d'accord avec 1930-2002 serait devenu l'horizon indétous les pouvoirs quels qu'ils passable de notre temps ! soient - ne s'élèvent que rarement contSelon Jean-Claude Milner, auteur du re les crimes et discriminations dont Juif de savoir 6, la langue française sont victimes ces autres Sémites que véhiculerait de plus en plus la “haine sont les Arabes. Ce silence unilatéral du juif”. Il n'y aurait plus beaucoup de est-il en passe de devenir un élément “possibilité d'articuler le nom juif, non de la propagande guerrière vis-à-vis de seulement en Europe, non seulement la civilisation orientale ? La quatrième en France, non seulement dans ce guerre mondiale que l'on connaît sous Proche et Moyen Orient où la langue l'expression de Samuel Huntington : arabe, la langue musulmane en géné“Le choc des civilisations” est-elle en ral, s'attache à expulser chaque jour préparation du côté occidental ? davantage la possibilité de prononcer La langue française a, comme n'imporle nom juif autrement que comme un te quelle langue, une histoire. Le péché nom à détruire (…). Si nous ne mesud'antisémitisme est passé, avec la rons pas l'intensité de cet instant, alors Shoah, à juste titre, de l'ordre “véniel” effectivement (…) les étoiles poursuià celui de faute “capitale”. Le plus vront leur cours, la terre continuera de paradoxal est sans doute d'avoir choisi tourner et les choses deviendront ce cette arme de mauvaise foi contre l'œuqu'elles doivent devenir…” : Un quavre originelle de Pierre Bourdieu et trième conflit mondial. Pour le lind’André Passeron, qui avec Les guiste, la “solution finale du problè4 Héritiers , montre en 1964 en quoi l'éme juif” organisée par les nazis a cole républicaine avec ses classements, “blessé à jamais la démocratie euroet l'université française avec ses péenne” et altéré pêle-mêle l'intelliconcours, sont des instruments camougence mythique du judaïsme, du flés de domination du groupe dirigeant peuple juif, de la nation juive, de en France, la bourgeoisie au sens écol'Etat d'Israël et son gouvernement. nomique et social, sur les groupes sociaux dominés (le prolétariat et, au“L'université reste en France delà, les classes populaires, petite bourune machine à ségréguer” geoisie comprise). Certes, l'analyse critique de “l'idéologie du don” a perdu Dans Les Héritiers, Pierre Bourdieu et de sa vigueur. La critique bourdieuson coauteur Jean-Claude Passeron livsienne n'est que mollement reprise rent les résultats d'une enquête statispar de nombreux intellectuels qui, tique consacrée à la composition sociasans elle, verraient toute transmisle des étudiants et donc à la “reproducsion de leur savoir opacifiée par l'ition des élites”. Les enfants des classes négalité sociale originelle. défavorisées sont purement et simple- Arnaud Spire ment é-li-mi-nés. Selon la métaphore bourdieusienne de “l'héritier” qui peut être issu de groupes qui n'ont aucun héritage, les enfants issus des classes populaires et/ou immigrées étaient d'emblée écartés de l'université. Quant à la question de savoir s'il y a des exceptions à ce “système” de domination, elle n'a rien de xénophobe, ni même de raciste, elle constate simplement la profondeur des inégalités françaises : le livre s'achève par des tableaux qui disent en clair : malheur à la jeune fille issue d'un milieu rural d'extrême droite qui se destine à l'enseignement supérieur ! Ses chances d'aboutir sont statistiquement quasi nulles ! Aujourd'hui encore. A propos des immigrés, on retrouve chez Jean-Claude Milner, l'esprit de l'anecdote rapportée par Jean-Paul Sartre dans Réflexions sur la question juive7 : “Un jeune “français de souche” qui vient de rater l'agrégation s'étonne qu'un dénommé Bloch soit, lui, arrivé premier”. L'insulteur Jean-Claude Milner qui marie volontiers le “schématisme” au pessimisme, entend cet étonnement comme si Bourdieu disait que le collège visait à ce que plus jamais un “Bloch” ne puisse arriver le premier à l'agrégation. “De tous les facteurs de différenciation, écrit Pierre Bourdieu, l'origine sociale est sans doute celle dont l'influence s'exerce le plus fortement sur le milieu étudiant, plus fortement en tout cas que le sexe et l'âge et surtout plus que tel ou tel facteur clairement aperçu, l'affiliation religieuse par exemple " (Les Héritiers, p.24). On ne saurait faire dire à l'auteur le contraire de ce qu'il avance à propos des religions, si l'on maintient comme Jean-Claude Milner à propos des “héritiers”, que ce sont “les Juifs”. L'université reste en France une machine à ségréguer. De même que le conflit entre les impérialismes israéliens et états-uniens d'une part, et le peuple palestinien de l'autre, a dépassé sa soixantième année sans qu'aucune solution “juste” ne se dessine à l'horizon. ■ 1) Theodor W. Adorno, Dialectique négative, traduction Payot, 1978 2) Edgar Morin, Le monde moderne et la question juive, coll. “non-conforme”, Ed. Seuil, octobre 2006 3) Karl Marx, La question juive, Aubier, 1971 4) Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, les étudiants et la culture, Ed. de Minuit, octobre 1964 5) Jean-Paul Sartre, Critique de la raison dialectique, nrf Gallimard, 1961 6) Jean-Claude Milner, Juif de savoir Grasset, octobre 2006 7) Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive, coll. Poche Idées nrf, 1961

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