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Poètes pour Haïti
Textes nés du tremblement haïtien sans nom
2ème édition
Janvier – Février 2010
Dana Shishmanian, Khal Torabully,
Sur la première de couverture : Jeune enfant haïtien, dessin de Farah Willem
© Les auteurs et Poètes pour Haïti, janvier 2010.
Illustration de Üzeyir Lokman ÇAYCI

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  1. 1. Poètes pour Haïti.(Textes nés du tremblement haïtien sans nom) 2ème édition Janvier – Février 2010
  2. 2. Sur la première de couverture : Jeune enfant haïtien, dessin de Farah Willem © Les auteurs et Poètes pour Haïti, janvier 2010.
  3. 3. « Toute douleur qui n’aide personne est absurde ». André MalrauxDéjà plus de 150,000 haïtiens morts, c’est le décompte macabre du jour,officiellement annoncé.Des blessés, par centaines de milliers. Un pays au cœur des ténèbres ?Le monde voit en direct des regards tremblants devant la béance qui s’est ouverte àHaïti.Le monde a bougé sur son socle. L’île saccagée a fait de nous tous des humainsmeurtris. Oui, l’’île est nôtre.Elle dit nos visages livrés à l’incertain de la vie.Que peuvent les poètes ?Certes s’émouvoir, certes se demander pourquoi tant de souffrances sur la peau d’unpeuple déjà nu.Sartre avait parlé des damnés de la terre…Le poète pourrait poursuivre : il y a des damnés du tremblement de terre.Que peuvent les poètes ?Certes écrire.Dire l’innommable. L’insondable souffrance.Partager ce cri intérieur, l’ouvrir au monde pour qu’il soit l’acte de solidarité espéré.Puisque l’internet nous le permet, nous passons de la douleur en mémoire, de lasouffrance en espoir. Une chaîne de mots solidaires naît peu à peu…Et debout avec les Haïtiens, nous préservons la créativité devant l’anéantissementsupposé. Et nous proposons avec ce présent recueil le premier livre humanitaire enligne. Car il n’y a pas d’écriture sans l’humain, sans ce sens fondamental de lire avecl’autre, en l’autre, d’écrire et de partager le peu de substance qui nous lie, qui nousrelie au poème frissonnant du monde, le seul qui vaille : la fraternelle poésie.Nous espérons que ce don trouvera la faille généreuse du cœur au cœur, pourque le peuple haïtien sente que les poètes les aiment, qu’ils témoignent etcontribuent à la reconstruction de cette île dont nous sommes tous les enfantsjetés sur les routes de la douleur et de l’espoir sans cesse recommencés. Dana Shishmanian, Khal Torabully, anonyme, Paris, Vaulx Village, Genève, 25 janvier 2010 www.haiti2010-secourspoetique.net
  4. 4. Poètes pour Haïti[Sans titre]la terre trembleet le soleilet les étoileset lhommemais luilindifférenttremble à lenvers de luniversil saccroche encore à ses ruinesvertiges dautres tremblements---------changementle dedansdedans tremblele dehorstremble corpset sur la peaule vents’ose peauau dedansce dedansdont le corpsne sait plusles décors 5
  5. 5. Poètes pour Haïtitremblent nos chairstremble la terreet le soleilet les étoilesdepuis longtempsles premiers tempstremble le monde frémissement cette caresse davant les temps de ce qui nest pas de ce monde-------------tremble le vent tremble la chairtremble le temps tremble la terretremble le cieltremblent nos mainstremblent nos yeux chaque seconde une seule larme nous océanetremble dedansdedans nos chairsdehors la terretout l’univers-------------tremblent nos chairs tremble Haïti petit pays loin de nos chairsoù tremblons-nous ? si loin nos chairsqui tremble en nousà peinechair ? 6
  6. 6. Poètes pour Haïtiil y a toujours pour dire un malheurun mensongela punition d’un dieu le karma le destinmais que peut-on bien dire le malheurce regardqui se lève . le nôtre . où il attend . nos mains-------------je pleure dans les yeux toujoursles yeux des autresmais ces pleursmes doigtsl’instant des yeuxles miennes anonyme Genève 7
  7. 7. Poètes pour HaïtiElégie pour HaïtiIl m´est venu des motsdu plus profond de mon chagrinen perles de larmess´écoulant lentement, le long des rues de Haïti.Toussaint Louverture n´est plus qu´un nommais il irrigue encore ma conscience d´homme libreet je sais que je lui dois toutet que la souffrance de son peuple est aussi la mienne.Dans les décombres hideux de l´Occidentj´ai vainement cherché un peu de réconfortmais leurs hautes tours menacent de s´effondrerpour mieux enterrer mes cris de colère.Mais armé de ma solidaritéj´avance envers et contre toutpour arriver jusqu´en terre d´Haïti,la terre primale de la révolte noire.Haïti blessée, parce que saignée à blanc...les mots peuvent donner un poèmeun hurlement qui s´entendra au-delàdes murs d´indifférence.Haïti, tu incarnes les temps à venirannoncé par Celui qui sait toutet tes enfants seront à la droite de son Pèrej´en témoigne noir sur blanc !Haïti, aussi loin que puisse être mon Port-Louisje t´offre la terre sept couleurs de mon îleune terre d´accueil qui t´est promise en tout tempset que jamais ne pourra renverser aucun tremblement ! Sedley Richard Assonne Ile Maurice, 22 janvier 2010 8
  8. 8. Poètes pour HaïtiSéisme sur Haïti D’un port au prince, la nature offre son chagrinC’est un réveil cauchemardesque, une inimaginable fresque Ce que je vois devant mes yeux, n’a pas pu être créé par DieuSur l’échelle de Richter Magnitude 7, le séisme C’est l’échec des riches terres C’est l’ouverture des 7 ismeSadisme de la nature Détruisant tout sur son passage, Elle ouvre à nos yeux son nudismeAvant-gardisme de lutte Elle qui, 1ère République noire Fer de lance, elle vaincu l’esclavagismeAu fins fonds du tiers-mondisme Sous le seuil de la pauvreté Haïti paye son nègrisme Sa volonté de libertéHumanitarisme armada du monde Se levant d’un bloc solidaire Pour l’urgent secourisme D’une saga humanitairePessimisme, Haïti, ne s’en remettra pas Optimisme, Haïti se relèveraSuccédant 4 cyclones ravageurs, Fay, Gustave, Hanna et Ike Ce groupe qui n’a pas le tuner, Tue, avec eux 3000 meurent Pas assez d’ampleur 2008, Semble être un incident mineurPrise entre 2 plaques tectoniques, Coulissantes en mouvements sismiques Haïti danse plus le compa Celui des terres est raide d’équerre C’est l’heure de la tectonique Cadencer de vingt-cinq répliques Comptes les pas et puis rappliquesFarandole de destruction en l’air 17h, le tremblement de terre A minuit, il sévit encore Haïti jalonnée de corps Et c’est la peur qui règne ! Et c’est les pleurs qui saignent ! 9
  9. 9. Poètes pour HaïtiLe journaliste pleure en direct, spasmé par les mortelles secoussesEt il cherche la force de transmettre, lancer l’appel à la rescousse Et alors qu’il pense à sa mère et qu’il voit détruire sa terre Les voitures voltigent en l’air, dansant l’épitaphe mortuaireEt je vois cette gamine en pleurs Devant son amie décédée Un homme dans les décombres demeure Il cherche à attraper ses piedsLes gens pleuraient, ils paniquaient, Les plafonds tombaient s’écrasaient Des milliers de victimes hébétés A la recherche d’eux-mêmes, erraient Et c’est le chaos !Détruits le centre de l’ONU, Et le palais présidentiel, Les édifices tombent dans les rues Et montent en poussière dans le ciel Les noirs de poussières sont gris Comme l’on dit d’un chat la nuitA Miami, amis-amis Le monde vient à son secours En tête, Antilles, Etats-Unis La France d’urgence accourt Trop nuit pour intervenir, faut attendre le jourCourse contre une montre humanitaire Les Assistances militaires Accompagneront nos prières Se succéderont les mises en bièresCoupée en 2, La raie publique domine, nique, haine Alors que le Jam à hic, semble être le son du problème Sur eux, la mort s’abat, amasse, et nous met le cul bas Tout sur son passage pas sage Les îles vierges limite défloréesLes habitants du val liés par la même souffrance Gestion des cas d’havres, qui ne sont pas de paix Malgré l’odeur pestilentielle Pestent-ils en ciel ? Vidéaste amateur sur les hauteurs, dévoile le visage de l’horreurCar la mort habille les larmes, le pays n’est qu’un nuage de douleurs 10
  10. 10. Poètes pour HaïtiJe regarde ce paysage lunaire, Que me distille la caméra Cet homme encastré dans la pierre, À mes pupilles tend les bras À mes yeux rivés tend la main, Téléspectateurs voyeurs de cet horrible matinSi la souffrance a une fille, elle doit être sous les décombres Elle se meurt dans la pénombre Car la paix n’a pas de nombre Au-dessus de nous, plane son ombre Et ce soir, plus de 100.000 morts se dénombrent Jean-Yves Bertogal 11
  11. 11. Poètes pour HaïtiPoème pour HaïtiSéisme,une failleen notre humanitéimmersionbrutaledu malheurdans notre intimitéhorreurtotalepire que le fracasd’une guerreun cataclysmeouvre une brècheirréparabledans nos consciencesterreurinjustifiabledont la causalité échappeau rationneldéfie l’entendementpresque un non sensque cette absenceinexpliquéede perspectivePourtant,Rien de virtuelEn cet enfertout est réel.Maintenanttout retombe enpoussièreplus âme qui vivedessous la terrecirculez,il n’y a rien à voirou alorsquelque chose qui ressembleà la fin d’une humanitételle qu’on pouvaitse la figurer avantqu’elle n’advienneici, maintenantsur mon écran.Pourtant, 12
  12. 12. Poètes pour HaïtiRien de virtuelEn cet enfertout est réel.Tout est vraisi rien ne tientdans la poussière.et moi qui reste làsidéréesubmergée,sans rien fairejuste pleurerà quoi ça sert ?d’où me vientcette indécenceà regardervos vies se défairedans le chaos des pierrescomme si la mienne en dépendait ?plus rien ne tienttout est poussièreun monde se délitedans le chaos des pierrescirculez,il n’y a rien à voiren cette fin d’humanitédes chairs broyéesdes mutilésdes hommes qui creusent à mains nuessous les ruines de leurs maisonsdes bras tendus sous le bétondéjà tant de morts,chaque jour moins de vivants.Dans le chaos des pierress’effondrent vos espérancesau fil des heuresplus rien ne tientque le malheur ;votre malheur,et face à lui,mon impuissance.Il y a d’abord ceux qui se taisent,Tous ces corps devant nous alignésLa bouche pleine de terre,Ces corps qu’on ose même plus compterun drap jeté sur euxplutôt qu’un suaire,nulle oraison,plus de prières 13
  13. 13. Poètes pour Haïtila bouche pleine de terreils nous accusent,évidemment.Et puis les autresLà-dessous,Les emmurés,les vrais damnésCeux qui espèrent,Qui d’un souffle ténurespirent à peine,attendent, peut-être,supplient qu’on vienneles chercherjusqu’au moment sans douteoù ils comprennentqu’il aurait été moins cruelfinalementDe mourir dans l’instantEn toutes les languesS’exprime l’horreurD’un arbitraire quiFaute de temps,S’emploie à fairele tri entre les gens.En premier, on sortira d’enferNos pères, nos mères, nos frères,Arguent les puissances étrangèresen vertu de tout l’argentqu’on vous a donné,d’une manière ou d’une autreen cas d’extrême nécessitérespecter l’ordre des prioritésen premier nos hôtels de luxeet nos ressortissantsen dernier vos bidonvilleset vos enfants,c’est ainsi.On peut s’en affligerMais entre nousSoyez sincèresLequel de nous,oserait s’y opposer ?Par peur panique d’y resterUn jour, ailleursEn d’autres circonstancesIl est si bon de voyager, 14
  14. 14. Poètes pour HaïtiComprenez-vous,Lequel de nousVraiment,oserait céder sa placeà l’Etranger ?Au septième jour,Plus rien ne vitsous terreplus nécessairede remuer la poussière,dit-on.Passons à d’autres urgencesMaintenant,canaliser la violencenourrir la populationenchaîner les amputationssauver quelques blessésenfin, assurer nos arrièresfermer nos frontièresaux sans logis, aux affaméspas question de perdre le contrôlede notre immigrationet sur ces tombes à ciel ouvertque les pelleteuses entrenten actionqu’on aplanisse cette misèrelambeaux de chairdessous les pierresvos os et votre sangmêlés dedansvite, charrions les corpsdans les camionset tant pis pour vos mortss’ils ne le sont pasvraimentAu septième jour,Pourtant,Quelques sauveteurss’entêtent à fouillersous vos maisonsAu septième jourtriste bonheur,La chance inouïeD’une vielle femmeLeur donne raison 15
  15. 15. Poètes pour Haïtiface plâtréeyeux ouverts,bouche fêléerire amervivante,pourtant,si vivante,alors qu’iln’est plus temps,soi-disantde repoussercette fatalitéd’une mort annoncéecette désolationque par superstitionon ose encore appelermalédiction.cette miraculéeelle aussinous accuseà sa façonson sourirerécusetoutes nos assertionsnotre foi drastiqueen la statistiqueA quoi bon vous mentir ?il y en a tant d’autresen basqui vont mourir.Tant d’autresqu’on ne remontera paset dont l’espoir,s’épuise en vainsous les gravats.se réveillela folle douleurl’espéranceen sommeilde ceux qui pensentencore possiblequ’on les appelleà l’aideen bas.Qu’on puisse manquer d’airQu’on puisse manquer d’eauMais qu’on respireToujours 16
  16. 16. Poètes pour HaïtiEn basRien qu’un soupirTenu par l’idée faussequ’on ne va pas périrmais s’il s’avèrequ’on a tortCombien d’heuresde joursencoreà en souffrirquand on en vientfinalementà les trahir ?Le dévouement de quelques-uns,Le sauvetage de quelques autresNe suffiront pas réparerCe pragmatisme de l’urgencecette perte de sensqu’est le souffle arrêtéd’une femme ou d’un enfantqu’on aurait pu sauver.Me frappe cette évidenceCette culpabilitéDont je croyais pouvoirM’absoudreDun geste de solidaritéNotre dette à votre égardNe pourra sacquitterD’un simple don de charitéTout juste si jy concèdePourra-t-il réparerl’indécencequi me pousseà regardersans rien faireJuste pleurerA quoi ça sert ?Vos pauvres vies se défaireDans le chaos des pierresComme si la mienne en dépendait. Dominique Biton janvier 2010 17
  17. 17. Poètes pour Haïti[Requiem pour Haïti]Dies iraeJour de colère, ce jour-là !Villes réduites en poussière,Horreur et faim, et la lumièreSur l’enchevêtrement des pierres,Béton, fers, et corps écrasés !Nulle Sybille n’a prophétiséL’effroyable. Et nulle trompetteN’a résonné sur les tombeaux des innocents !Aucun juge qui les convoque,Nulle surprise pour la mortQui dans la nuit couche les hommes !Nul livre, pour nulle justice !Les secrets restent enfouis…Et l’assassin reste impuni.Que dire de cette misère ?Qui condamnera quels coupables ?Qui protègera les « élus » ?Elus de qui ? De l’épouvante !Où donc est la « source d’amour » ?Où, le dieu qui nous a perdus ?Fable que le feu qui nous hante,Et les rêves de paradis :Vérité – des cadavres nus,Les cœurs broyés par le hasardLourd comme cendre de volcan !Jour de larmes que ce jour là…Qui a veillé sur les mourants ?Qui sur l’île sans « autre monde »,Rendra aux morts le vrai sommeil !Où la divinité dont l’ombrePlanerait sur les décombre ? 18
  18. 18. Poètes pour HaïtiJe scrute au fond de la poussière,Celle des morts et des vivants,Et ne vois rien dans la poussièreQue des pauvres gens sur TerreQui poussent des cris déchirants !Jour de colère, ce jour-là !Cités détruites, vies brisées,Horreur et faim, et la lumièreSur l’enchevêtrement des pierres,Béton, fers et corps écrasés !Des profondeursDes profondeurs blêmes de cette Terre - je crievers les astres ! Vers ce vaste gulf-stream noirau gré duquel dérivent leurs spires lointainesde pâles nautiles dété dans lécume féconde etphosphorescente : « En Théos ! » disaient les Grecs.La belle affaire, pour nous : on sait bien à présentleffet du dieu parmi les hommes, les Saint-Barthélémyquil y eut, chaque fois quun autre Saigneur de racea voulu figurer la Conscience humaine en Majesté !Lhorreur naura pas été vaine, si tous ces Golems masquésde boue et dor, emmaillotés de bandes Velpeau que lessanies ont illustrées dhiéroglyphes sanglants, nous ontenfin appris une bonne fois pour toutes à quel point la viepour survivre a besoin quon la préserve de la perfection :voilà pourquoi, des profondeurs achromes du poème, je crievers le cosmos, vers ce vaste gulf-stream noir au gré duquelles spirales incommensurablement lointaines des astres détésenfuient dans la vertigineuse expansion de lInachevé. Xavier Bordes (Tous droits réservés) 19
  19. 19. Poètes pour HaïtiPoème pour Haïti si procheTant de visages aux traits impréciss’ébauchent dans le chaosQuels trésorsà jamais enfouisentre ruines et légendesdans le grand rire du ventet la fixité des lunes étincelantes Denise Borias Punta Cana 20
  20. 20. Poètes pour HaïtiQui parlera ?Là où demain devrait sécrirela mort inscrit ta peineen caractères majusculessur les façadesElle creuselà où les villes font mémoireun cratère sans fondoù les regards denfantsvont cacher leur lumièreLarmes laves lèvresqui tremblentet ne savent pas direPas même ... Alain Boudet 21
  21. 21. Poètes pour HaïtiHaïti la belleCeci n’est pas un poème. Car comment exhumer le poème des décombres de lamémoire. Fritz, Montferrier, Bernard, Elie… Où êtes-vous ? Vos noms résonnentdans le désert de ma voix. Je marche dans cette ville qui ne sera jamais plus celle demes souvenirs. Je la regarde.Je regarde Haïti la belle secouer d’un rire ardent les masses humaines accrochées àson flancJe regarde Haïti la belle écraser ses enfants dans une gésine terrifianteJe regarde Haïti la belle secouer encore ses chaînes sous le joug des nationsJe regarde Haïti la belle se dresser nue, écorchée et rebelle au milieu de la nuitJe regarde Haïti la belle grouillant de mille vies et de mille couragesJe regarde Haïti la belle le poing dressé vers le ciel au milieu des décombres etsecouant ses braceletsJe regarde Haïti la belle le corps ceint des cendres du vaudoun se redresser encore Catherine Boudet 22
  22. 22. Poètes pour HaïtiÎle, quel est ton nom ?ÎleQuel est ton nom ?HispaniolaTu vis débarquer Christophe Colombet ainsi disparurent Arawak Caraïbe Taïnosdans un tremblement de civilisationTu vis débarquer boucaniers et flibustiers françaischercheurs dor et conquistadoresLes princes sont venus dAfriqueÎleQuel est ton nom ?Noirs sont les princes de Saint-Domingueblancs sont les oppresseurs les négrierstontons colons ou parrainscasseurs de rêves et de libertéspetits maîtres et esclaves enchaînésEt il y eut le tremblement de la Révolutionlavènement des briseurs de chaînesToussaint Louverture le bien nomméJean-Jacques Dessalines le victorieuxIndépendance Abolition de lesclavageÎleQuel est ton nom ?Ainsi naquit Haïti la glorieuseMais tremble belle île trembleTes fils sont orgueilleuxassoiffés de pouvoir et dorLa nature est forte et belleparfois plus forte que belleInès, Flora, Cléo, Allen, Gilbert,Gordon, Georges, Ivan, Jeanne,Denis, Wilma, Hanna, Gustave, IkeOuragans aux doux prénomsbalayent dévastent inondentà suivre maladies misère sécheressesMais la plus terrible des calamitésle plus terrible ravageurcest luiLe grand tremblement sismythique1751, 1770, 1842, 1887, 1904, 23
  23. 23. Poètes pour Haïti1946, 1952, 2010, et chaque fois mortet désolation,et chaque fois reconstruireDu passé faisons table rasesemble dire la terre mèrecomme si elle voulait se débarrasser de ses enfantstrop turbulents trop avidestrop proches du paradisTerre trop belle pour les humainsTerre de paroxysmeset à la finÎle de vie ! Yve Bressande Janvier 2010 24
  24. 24. Poètes pour HaïtiHaïti 2010La terre a trembléCrucifié le petit peuple des marchésAbattues les porteuses dans la montagneLapidés les enfants des enfants des enfants de SpartacusMon DieuTous ces crisInutilesPourquoiTe serais-tu trompé ? François Brouers Liège 25
  25. 25. Poètes pour Haïti12 janvye 2010 pou SaraDat silaNou pap janm bliye liSe jou latè tranbletranble tranble tranblenan zantray peyi dayiti.Se jou malè tonbe sou nouOoooo… !Nap rele , nap kriyeDepi nou sòti nan GinenSe soufri nap soufri.Latè tranbleTimoun kouriGranmoun kouriToupatou toupatouTimoun mouriGranmoun mouriAnpil moun mouri.Toupatou toupatou.Sa ki vivanmèt dansé kabinda.Ooooo… !Latè tranbleLekòl kraze lopital krazePalè kraze Katedral krazeToutt kay kraze.Yo pa jwen SaraNan dekonb otel MontanaManman li pap janm wèl’ ankòLi mouri. 26
  26. 26. Poètes pour Haïti12 janvier 2010 pour SaraCette date-làNous ne l’oublierons jamais.Ce jour-là la terre a trembléTremblé, tremblé, tremblédans les entrailles du pays d’Haïti.Ce jour làLe malheur est tombé sur nous.Oh ! Oh !.....Nous avons crié, nous avons pleuréDepuis notre départ de GuinéeLa souffrance ne nous a jamais quitté.La terre a trembléLes enfants ont couruLeurs parents aussiPartout, partout…Les enfants sont mortsLeurs parents aussiPartout, partout.Ceux qui sont restés vivantspourront danser la cabinda .Oh ! Oh !...La terre a trembléLes écoles sont écrasées,les hôpitaux sont écraséesLe palais est renverséLa cathédrale s’est effondrée.Toutes les maisons sont détruites.On n’a pas trouvé SaraDans les décombres de l’hôtel MontanaSa maman ne la reverra plus jamaisElle est morte. 27
  27. 27. Poètes pour HaïtiLitani lèmò mèt komanseNou prale fè apèl vivan.Demen lè soley la leveTi zwazo nan bwa ape chante ankòAp ganyen bèl misikAp ganyen bèl kozeNou prale chanteNou prale danse laviPeyi dayiti paka mouri. 28
  28. 28. Poètes pour HaïtiLa litanie des morts peut commencerNous allons faire l’appel des vivants.Demain quand le soleil se lèveraLes petits oiseaux chanteront encore dans les boisIl y aura de belles musiquesIl y aura de belles parolesNous chanterons, nous danserons la vieLe pays d’Haïti ne peut pas mourir. Lélio Brun Lélio alias Katifrè Barbazan, 20-01-2010 29
  29. 29. Poètes pour HaïtiCeux qui dansent au rythme de leur propre musiqueCeux qui se nourrissent de viandes…de produits laitiers…de dessertsNe peuvent testimer à ta juste valeur.Même si la pierre se fendait, tu ne peux pas leur faire ouvrirLes fenêtres de leur ferme…Des gens comme toi ne font pas partie de leur centre dintérêtTu nexistes pas…Dorénavant tu dois savoirQuils nont pas de temps à te consacrer!Ils ont les yeux fixés toujours vers le hautPendant quils sinclinentAvec un sourire au dessus de leur double mentonDevant le souverain… le sultanCrois-tu un seul instant quils te reconnaissent?Si tu me demandes mon avis à ce sujetCest que les bouts de leur ficelleSont aux mains dautruiNe te formalise point du faitQuils se prennent pour des rois!Avec des espoirs vainsEt des attentes mal placéesNattends pas deuxQuils te considèrent comme un homme…Même si tu écris des centaines de lettresAux hommes des portes ferméesDans le but de les voir ou de leur parlerTu ne recevras même pas une seule réponse… 30
  30. 30. Poètes pour HaïtiThose who dance to the rhythm of their own musicThose who nourish themselves on meats, dairy products and dessertsCannot estimate you at your fair value.Even if stone cracked, you cannot make them openThe windows of their farm …People like you are not included in their center of interestYou do not exist …Hereafter you must knowThat they do not have time to bless you!Their eyes are always fixed from above youWhile they bowWith smiles above their double chinsBefore the sovereign...the sultan.Do you think for an instant that they acknowledge you?If you ask my opinion on this subjectIt is because the ends of their twineAre in the hands of other people.Dont take exception to the factThat they are taken for kings!Do not wait for themIn the wrong placesVainly hopingThey will consider you a man …Even if you write hundreds of lettersTo these men of the closed doorsIntending to see or speak to themYou will not receive a single response … 31
  31. 31. Poètes pour HaïtiMéfie-toi, sois attentifPar-dessus toutTu leur permettras davoir des airs hautainsEn se croyant importantsIls te regarderont avec dédain!Ils aiment bien se caresserLe dos les uns des autres…Il ne reste plusQuà écouter leurs conversations "avec admiration"A vanter leurs écrits "exagérément"A récompenser leurs faits "par applaudissement"…Ne perds pas de tempsEt ne toccupe pasEn pensant à autres choses. Üzeyir Lokman ÇAYCI Paris, le 20.06.2007 Traduit du turc par : Yakup YURT © 32
  32. 32. Poètes pour HaïtiBe wary and attentive;Above everythingAllow them their haughty airs.By thinking themselves importantThey will look at you scornfully!They well like fondlingEach others backs …It is no longer to the pointTo listen to their dialogues "with admiration"To extol their writings "enthusiastically"To reward their facts "by clapping" …Do not waste your timeOr put your attention here …Think of other things. French free verse translated into English free verse by Joneve McCormick 33
  33. 33. Poètes pour HaïtiIllustration de Üzeyir Lokman ÇAYCI 34
  34. 34. Poètes pour HaïtiIllustration de Üzeyir Lokman ÇAYCI 35
  35. 35. Poètes pour HaïtiHaïtiPourtant,avant lultime soubresaut,la rumeur pudiquede leur dramecroupissait déjàsous nos fenêtresson odeur miséreuse...A langoisse des coups,de Terre ou détat,La tendre convoitiseamère ricane.Humaine déchirure...Mais dans ce champ de ruinesoù sempilentcorps et maigres biens,dans ce champ de gravatsoù rôdent les chiens,quune vie renaisseet ce peuple démembrése dresse, digne et fier,et pousse au cielson chant despoirdéchirant. Laurent Chaineux 36
  36. 36. Poètes pour HaïtiLes immeubles n’ont plus de chapeauxLes immeubles n’ont plus de chapeauxL’aura d’un tsunamiReconstruit ses rêves de poussièresL’espoir erre tel un chien en mal de viandeQui n’arrête pas sa poursuite au milieu de deux blocs fendusLe drapeau n’a plus de place pour les gouttes de nuitBleu et noir de sangLe vide est à l’ enversLa cinétique d’une terreVoulant s’enfuir d’elle-mêmeEn oubliant trois arcs-en-cielTrempés dans le crépusculeUne demoiselle sans visageFait concurrence aux libellulesPour l’handicap d’une pluieson ventre plein de joursreconstruit notre devenir Fabian Charles 37
  37. 37. Poètes pour HaïtiHaïti ma belleHaïtiVictime sismiqueAu corps rupturéTant de tes membres ont perdu la vieTes fractures d’hommes de femmesD’enfants en surabondanceÀ perte de vueS’exposent à nuDevant nous qui ne savons pas encoreÊtre des vigiles de faillesL’innommable innomméDevant la terre ouverteDans les précipices desquelsÊtres et choses furent engouffrésHaïti où se cache ton vrai visageTon visage de danse de musique et de rythmes cadencésToi maintenant aux traits craquelésToi qui a faim avec tes affamésToi qui a soif avec tes assoiffésTant d’erranceDe silhouettes hagardesD’anéantissement soudain de générations toutes confonduesEt les survivants se créent d’autres sortesDe parentésEn marge des décombresPartagent le peu d’eauDe nourriture qui leur restentAu milieu de la convivialité macabreDes restes humainsSur le rienS’élabore le miracle d’une parenté humaineLocale et transnationaleLes mathématiques en état de choc 38
  38. 38. Poètes pour HaïtiNe savent plus compterDevant l’ampleur des mortsOnt perdu la mémoire des chiffresLa mémoire leur revientPlacées brusquement devant les rescapésLes blessés et les vivantsPar quelles béances dans le solAvons-nous perdu la parolePar quels effondrements les motsOnt-ils soudain perdu l’âme de leurSignificationsPris que nous sommes HaïtiÀ ravaler jusqu’au silence mêmeDevant tes livres tes bibliothèques disparusAu-delà des pleurs des désespoirs à la chaîneS’installe un climat d’entraideEn une nouvelle saisonLibérée de tout lienLà où les palais détruitsVoisinent à présentLes bicoquesSur un pied d’égalitéLe plus petit donnant au plus grandHaïtiFais en sorte dans la reconstructionQue Toussaint Louverture puisse toujoursTe reconnaître Marie Cholette Québec, janvier 2010 39
  39. 39. Poètes pour HaïtiHaïti meurtrieHaïti,Tes rues désertesSont pavées de morts.Haïti,Tu déplores la perteDe ton enfant qui dort.Haïti,Les décombres recouvrentTon île désenchantée.Haïti,Les survivants découvrentL’horrible réalité :Haïti,Le manque d’eau,De nourriture.Haïti,Tu attends le bateauD’un meilleur augure.Haïti,Ton ciel est gris, ton sol gémit…Haïti, Haïti,Pourtant,Haïti, Haïti,Demain tu renaîtras,Et ton cœur battra.Haïti, Haïti,Car, dans tes yeux, je vois,Haïti, Haïti,La prière sublime de la Foi ! Joël Conte 16 janvier 2010 40
  40. 40. Poètes pour HaïtiComment te guérirComment te guérir de ton angoisseChronique,Belle île ?Comment réparer tes flancsPar la douleur, broyés,Belle Ile ?Comment te réinsuffler le souffleD’une nouvelle vie,Belle Ile ?Corps invertébré,Entrailles déchiquetées,O Belle IleDégénérée,Tu n’es qu’un cadavre putrideExposé en permanenceA la vitrine du monde !Comme une barque délaisséePar un marin dépitéTon ancre s’abîme inexorablementSous le faix du temps Maggy De Coster Extrait de « Mémoires Inachevés d’une Ile Moribonde » Editions Nouvelle Pléiade, 1998 41
  41. 41. Poètes pour Haïti[Trois poèmes pour Haïti]Ecrit pour DucchaTu erres dans le labyrinthe/ Tu ne peux empêcher/ Tes mains meurtries de fouillerla terre/ Tes épaules et tes cuisses de fourrager/ Ta tête résonne au boutoirDe ta carapace éventrée des fleuves vermillons/ Sur ta langue un peu de fiel/ Descendres/ Du charbonTu es prince immobile dans l’azur/ Et sous le miel de tes iris/ Un soleil trafiqué tardeà poindreL’arbre-poussièreUn homme à la peau noire s’accroupitL’écorce mangée de survivancesFort d’une succession de joursUn flot d’amours de peurs d’espoirsUn rire de femme entre les dentsComme un laisser passerDans ses yeux de serpent-nuéeDes fontaines de serments rougeoientRelents d’anciennes palabresMille facettes sur une terre de mille arpentsVentre sur la pierreRiche encore de secrets tardifsSon corps bourgeonneParsème les savanes en fricheSes mains s’ouvrent sur des landes agressivesPartagent les champs de papillons en ruinesSes pieds craquelés ont un goût amerIl s’accroupit et prieLe fruit adultérin de l’arbre-poussière 42
  42. 42. Poètes pour HaïtiL’éviction du douteOn rendra à chacunLe bénéfice du souvenirOn habillera les corps de parolesAu goût des mémoires récapituléesOn préparera des linceulsDe fleurs et de mots d’enfantsD’enfant la fragilité du mouvementD’enfant la légèreté des espoirsA renaîtrePour leur dernière marcheOn parera les morts de prièresEt leur chevelure de plumagesToute pudeur hypothéquée Arnaud Delcorte Louvain-la-Neuve, Belgique 43
  43. 43. Poètes pour HaïtiHaïti, mi tchè nouTout mo vini two kout …Tout poézi pwan kouri !Tout mélodi pèd son yo.Ayen, Ayen, ayen,Pou eksprimé la soufrans jodi…Es bondié viré do?Pou ki sa zot péyé?Lè soley ka chofé,I pa lévé pou briléw.Lè lan mè vini mové,I pa lévé pou chayéw.Lè zéklè ka pété,I pa vini pou foudwayéw.Lè la tè ka tranblé,I ka tranblé tranbléy.Haïti pwan kouraj !Le mond ka di zotPwan lanmen nou fwè nou.Nou chak la tou pitiMé ansanm, gadé gwandè nou!Nou chak la ni dé lanmen,Mé ansanm gadé lanmen nou ni !Ou pa rété zyé pou la pléré,Mi zyé nou ka pléré baw.Tchèw ka débodé la pennMi tchè nou ka senyen baw! 44
  44. 44. Poètes pour HaïtiIl se fut un silenceLes mots ont semblé rétrécis…Les poésies se sont enfuies !Les mélodies sont devenues muettes.Plus rien, rien, rien,Pour exprimer innommable souffrance…Est-ce le mépris de Dieu ?Quelle offense avez-vous expiée ?Quand le soleil devient ardent,Il ne s’est point levé pour te brûler.Quand la mer est d’humeur tumultueuse,Ce n’est point pour t’emporter.Quand les éclairs effrayent le ciel,Ce n’est point pour te foudroyer.Quand la Terre tremble,Elle tremble voilà tout.Haïti, courage !Le monde te dit,Prends-moi la main mon frère.Chacun de nous est petit,Mais ensemble, vois notre grandeur !Chacun de nous n’a que deux mains,Mains ensemble, regardeToutes ces mains tendues !Et si tes yeux n’ont plus de larmes,Prends nos yeux ils pleurent pour toi !Et si ton cœur n’est pas assez immensePour contenir ta peine,Prends nos cœurs, tu saignes en eux ! Marlyne Delin Martinique (en français par l’auteure) 45
  45. 45. Poètes pour HaïtiHaïti, tes rivagesHaïtites rivages se noient sous les larmesde Port-au Princecouchée , brisée , affaisséeFleurs fanées , figéesmariant aux deuils du temps qui passeles corpsdes morts etdes vivantsFosses communes vite referméesdans les reflets tristesd un ciel sans oiseauxPort-au princesendort avec ses hommes affamés ,assoiffés , effondrés ,à laube agrippés Kenzy Dib France/Algérie, janvier 2010 46
  46. 46. Poètes pour HaïtiLes nouvelles vont viteLes nouvelles vont vitemais les secours tardentIci on tente de vivreavec nos mortsQuon essaie de retrouveret denterrer viteNos mains ne suffisent pasnous sommes épuisésNous avons faimnous néprouvons pas même la colèreContre qui contre quoi?Ne parlez pas de fataliténe dites rienNous sommes de la même humanitéqui souffreVos frères et vos sœursde la même espéranceAidez-nousà nous tenir droitVenez Eric Dubois Janvier 2010 47
  47. 47. Poètes pour HaïtiReproduction d’un tableau de Jennifer Bock-Nelson 48
  48. 48. Poètes pour HaïtiLes fleurs sont à ta portée Sur un tableau de Jennifer Bock-NelsonLes fleurs sont à ta portée. Regarde ! Il suffit d’écarter les branches. Tu distinguesdéjà le bleu du ciel.Les fleurs sont à ta portée. Mais le tumulte du monde est devant toi. A tes pieds, lescadavres humains pourrissent lentement.Les fleurs sont à portée de ta main. Pourquoi regarder à terre ? Pourtant, le ciels’assombrit.Les fleurs sont à portée de fusil : il est déjà trop tard dans ton cœur. Le tumulte dumonde est en toi. Tu ne vois plus que la douleur de cette femme devant son enfantmort. Doucement, tu lui prends la main.Tu ne fais qu’un avec le monde…AmaranthThe flowers are within your reach. Take a look! All you have to do is brush thebranches away. You can already make out the blue of the sky.The flowers are within your reach. But the world’s chaos stands before you. At yourfeet, the human corpses are slowly rotting.The flowers are within reach of your gun. It’s already too late in your heart. Theworld’s chaos is in you.You no longer see the pain of this woman before her dead child. You gently take herhand in yours.You are in oneness with the world. Denis Emorine Traduction en anglais par Phillip John Usher 49
  49. 49. Poètes pour HaïtiElégie noire – poème pour HaïtiPour parvenir à mesurer la grandeur d’un peuple, il faut considérer ce qu’il aconstruit ! Et que n’a construit Haïti ? Sa soif de liberté fut des plus périlleuses quanddes flottes de vingt mille cinq hommes accostaient ses flancs pour rétablir unesclavage qu’elle avait dignement combattu. Le sable, le sang, la terre, la chair des hommes, formèrent un corps immonde sous les jours terribles des cruautés humaines, des monstres politiques, des avatars géologiques.Haïti a su s’édifier, sous son ciel éclaté, en phare du monde noir. Haïti, la distante, lanocturne, avait su vaincre le temps du vainqueur, elle avait aiguisé l’art de souffrir enassurant seule la conjuration de ses cauchemars. Haïti, la belle, la noire, Haïti l’africaine qui sut apprivoiser tant de mers démontées, quel poète ne t’aurait adorée, toi l’île veilleuse où il fait pourtant noir ?Sans y être né, et sans l’avoir connue, chacun de nous possède en lui la gemmehaïtienne qui, par poussée saisonnière, cherche à s’exprimer.On ne pourrait comparer Haïti à aucune autre terre, elle qu’on ne parvint à vider deses entrailles incendiaires, elle qui, au ras du sang, resta au ras du cœur, elle qui,enfoncée de mille pieux géants, resta vierge et rebelle comme une forêt de lys.L’heure n’est pas au bilan des siècles, l’heure n’est même pas au poème. Quand lemonde se défait – car Haïti est le monde – il faut juste tout recommencer, refaire lesvermineux sentiers, amasser le bois mort pour le feu impossible, s’accroupir au-dessus du cratère de l’avenir pour y puiser la force de son eau vive.Pains d’argile, odeur tranchante de misères nues, flots d’ouragans pétrissant cesmisères, et voilà que vint le grondement de la terre et son champ de saccage. Et direque cette île rêvait de renaître plus douce et plus nubile. A chaque arpent du tempselle dansait la saccade de l’horloge, conjurait ainsi les festins de la mort.Comment alors ne pas bénir ce peuple sans haine pour les hommes, sans haine pourles dieux, ce peuple qui, tout entier, s’entasse plus serré dans sa foi en les hommes eten les dieux. 50
  50. 50. Poètes pour HaïtiIl n’est pas de sortilège, mais juste des manquements à l’amour. Toi la grande ère des étoiles, toi qui fus la raison et le droit des hommes flagellés, Toi qui nous prêtas jadis le glaive épais de la fierté humaine, Nous te rendons l’espoir et toutes les petites lampes qui balisèrent nos nuits Pour que naissent dans tes yeux les astres de plénitude, Et sur la vaste étendue de tes plaies inouïes, la vague haute du recommencement du tout ! Nadine Fidji 51
  51. 51. Poètes pour HaïtiYannick et BlaiseJe pense à toi Yannick St LouisEt à tes frères d’HaïtiA Blaise du LorrainEt à ses peurs des coups de feuJe pense à tout cet arc CaraïbeSoumis aux spasmes de la terreIci je vous écris dans la neigeAvec des flocons dérisoiresDe pureté(Ben)je rassemble toutes les forceshumaines et inhumainespour caresser mon impuissanceet donner à ceux qui peuventouvrir votre souriredans ce chaos indescriptible 52
  52. 52. Poètes pour Haïtijuste une once de passiondes larmes déjà asséchéesdes motsdont l’écho me revienten plainte lancinantesbelles comme la forceque vous déployezà vous battreavec les mainsde vos corpsles mêmes mainsque tu me tendaisquand je t’ai rencontréeje rassemble toutes les forceshumaines et inhumainespour caresser mon impuissanceet donner à ceux qui peuventouvrir votre souriredans ce chaos indescriptiblejuste une once de passiondes larmes déjà asséchéesdes motsdont l’écho me revienten plainte lancinantesbelles comme la forceque vous déployezà vous battreavec les mainsde vos corpsles mêmes mainsque tu me tendaisquand je t’ai rencontrée Jean-Luc Gastecelle 53
  53. 53. Poètes pour HaïtiAinsi grondaientainsi grondaient les grandes orgues souterrainesfaisant vibrer nos murs et nos toitureset le bruit des muraillesétouffait nos staccati du cœurd’épouvante et de larmeset la mort était làau boutdu boutdu boutet quelqu’und’une voix blancheappelaitappelaitappelait Jean Gedeon 02//02/ 2010 54
  54. 54. Poètes pour HaïtiMes enfants, mes sœurs, mes frèresMes enfants, mes sœurs, mes frèresJe tremble de voir vos mains briséesVos yeux qui s’éteignentVos voix qui s’enrouentVos pieds qui saignentDans les décombres de vos viesVous priez DieuMais comme après AuschwitzEt ces guerres imbécilesEt ces tumeurs enfantinesEt ces morts qu’on ne peut chanterJe dis pourquoi Dieu, pourquoi ?Si tu existes, Dieu, pourquoi ?Et je regarde ma peau blancheComme une insulte à cette histoireA ce peuple crucifiéIl ne suffit pas de dire je t’aimeIl faut prendre le marteau, la truelle, le chéquierIci était la plus grande colonie sucrièreJe fais la route à l’envers du tempsJe prie devant leurs dos ensanglantésJe reviens vers toi, Mère Afrique,A travers les champs marins de leur attenteLes mots muets de nos souvenirsO vous, ombres fières, ombres meurtriesJe vous serre sur mon cœur mais vous m’échappezLe regard ailleursA vous exploitées jusqu’à l’os et aux cendrespuisque l’esclavage est devenu mon gagne-painJe demande et je dis merciMais je ne sais si vous me donnerez pardonAlors, à l’aide, les intercesseurs !Senghor, Léopold Sédar« Flûte débène lumineuse et lisse,transperce les brouillards de mamémoire »Et Michaux Henri « Je ne sais qui jappelleQui jappelle ne sait pas. 55
  55. 55. Poètes pour HaïtiJappelle quelquun de faibleQuelquun de briséQuelquun de fier que rien napu briser. Jappelle »Et Senghor, Léopold SédarQui leur dit amour-courage-demain« O chante la lumière élémentaleet chante le silence qui annonceLe gong divoire du Soleil-Levant... ». Hubert Gerbeau 56
  56. 56. Poètes pour HaïtiJ’apprendsJ’apprends des aubes clairesque le chemin le plus courtentre l’humain et son ombre de lumièreréside dans la capacité à ouïr sourdredans le silenceles pépiements indistincts que font certaines étoilesavant que le jourvraiment ne se lèvecertaines pulsentrythmes millénairesréguliers comme des battements de cilsd’un géant tapi dans le noirdes intersticesd’autres sortent des sons tellement aigusqu’il nous faut les transformer à coupsde technologies savantespour seulementles devinerd’autres encore font un bruit lourdqui réveille celui qui encore sommeillecomme tambour qui tombe et qui tombequi assène comme seule véritécelle du son premiertoutes ont une viecela est sûr certain et très véritableun enfant se tient droit debout devant moiil montre de son doigt fin le lieuoù s’origine l’aurore 57
  57. 57. Poètes pour Haïtiil me dit de sa voix muetted’où il vientje le suisalorsempruntantun instantson même chemin David Giannoni 58
  58. 58. Poètes pour HaïtiCe qui reste aprèsCe qui resteaprèsla peurle tumulteles crisce qui reste après l’attentereste après l’échodes balles qui tuentencore l’enfant miraculéce qui reste aprèsreste unvide unen creux qui trahit les traitsaimésce qui reste aprèstresse le froidde ne plus trouveroù donner son espoir fou, toujoursfou unespoirce qui reste aprèsne reste plus rien qu’ unpartage d’ unesouffrance unaccueil d’ unregardqui reste nous resteencore aimant Béatrice Golkar 59
  59. 59. Poètes pour HaïtiSecousseUne minute a suffi.Ouvrons-nous la caverne des quarante voleurs par une formule magique ou par un code secret ?Ouvrons-nous le portefeuille des quarante valeurs mondialisées par un bonus ou un numéro de compte ?Le simulacre est longavant le juste ton,la palette à couleursmélange les humeursavant que la peinturefende en nous notre armure.Une minute a suffit.On voudrait bien ne pas peser ne pas alourdir le poids du monde ne pas accroître la boue de l’éboulement ne pas casser la branche par la pesanteur de notre balancement,et nous occupons finalement plus d’espace sur les gerçures de la peau du monde sur la terre craquelée sur l’étendue des songeset des mensonges.Apprenons plutôt à battre des ailesapprenons plutôt à nous élancer ;n’attendons pas que la terre nous secoue par ses isthmes par ses séismes par ses crisesd’asthme et autres maladies en –ismes.Avant le raz-de-marée ébrouons-nous comme le cygne qui décolleau raz de la rivière.Une minute a suffi.La terre essaie peut-être de secouer nos confortset nos mesquineries et nos fausses mauvaises et fausses bonnes conscienceset nos faux grands discours et notre vraie impuissance à être vrai effectivement.Ecoutons notre cœur qui veut battre la mesure de la sincéritéécoutons notre esprit et notre doigt qui tremble de honte ou de peur ou de lâchetéou d’impatience ou de colère contre nous-mêmes et contre le confort de la faussetéinstituée comme ordre des choses.Ecoutons l’âme en nous qui veut apprendre un conte juste de la chanson des ruines. 60
  60. 60. Poètes pour HaïtiLa collision des plaquestectoniquesdonne-t-elle une claquebénéfiqueà la coulée du temps qui se la coule douce ?Faille sous l’océan et fêlure de l’âme : le temps de rebâtir la dignité est venu avec l’éternité.Une minute a suffiPour détruire Haïti.Que le temps qui nous reste soit un temps fraternel. Adrien Grandamy 61
  61. 61. Poètes pour HaïtiTremblement de terreLa terre a encore tremblé.Le sort semble s’acharnersur un peuple déjà bien maltraité.Il ne l’a pourtant pas mérité.Les bâtiments sont tous à terre.Les cadavres par millier s’amoncellent.La disette est à son affaireentraînant les pilleurs dans son triste cortège.Partout le chaos règne.On dirait un pays en guerre.Les images se succèdentdéclenchant une solidarité planétaire.Malgré l’urgence sanitaire,les habitants désespèrentde rester dans leur misère.Ils ne voient pas venir l’aide humanitaire.Les caméras vont rester en scèneencore quelques semaines.Et puis vogue la galèrevers une destination plus extraordinaire.Nous devrions tous être solidairesquelque soit la couleur de nos frères.Puissions-nous leur venir en aidepour la vie entière. Valérie Hillevouan 16/01/2010 62
  62. 62. Poètes pour HaïtiTerre ô ma terreTerre ô ma terreMa Haute TerreToi qui matterresEt nous enterreSous les décombresTelles des ombresMaisons-bétonDevenant tombesTerre ô ma terreMa Haute TerreTu as trembléVoici lenferLoubli de lairTu as trembléFaut-il se taireEt laisser faireLes charognardsEt les pillardsTerre ô ma terreMa Haute TerreMa nourricièreToi qui hierTes transforméeEn souricièreEn cimetièreSalue d’un airBien plus marinQue ledit mienLes humanitairesSur le terrainAujourdhui etEncor demainTendant leurs mainsAux Haïtiens Roland Hinnekens 63
  63. 63. Poètes pour HaïtiSous ses piedsSous ses pieds, la terre a tremblé.Sous ses pieds, la terre s’est ouverte.Sous les décombres de ce qui fut quelques heures plus tôt un foyer, son fils.Enseveli.Broyé.Dans la chaleur, dans la poussière, les sauveteurs extraient un corps minuscule.Elle hurle, s’affaisse sur le corps de l’enfant.Repousse le drap dont les hommes tentent de le recouvrir.Un cri, un cri d’entrailles, sec, sans larmes. Un cri qui fait trembler le ciel.Partout où passe la fureur, celle des éléments, celle des hommes, le même cri.Mater dolorosa.Plus de rires, de jeux, de baisers, de peau tiède à caresser.Consoler, gronder, nourrir la forme menue allongée sous le tissu sale. Plus jamais.Jusqu’à son dernier jour, elle est au pied de la croix. Gaëlle Josse 64
  64. 64. Poètes pour HaïtiVillesToutes les villes ont leurs histoires de sangde sel fraisde carnavals aux fûts des arcs-en-cieltoutes les villes ont leurs histoires d’hommes libresdes mots à dire sous la fumée des cigaresdes femmes de paille consolatrices des douleursdes victoires remémorées au salon du souvenirdes hommes en guerre sans fin dans leurs misèreset des remords quelque part dans le cœurtoutes les villes ont leurs rues d’enfants inanimésdes blessures noyées dans le fond des nuitsdes amis disparus à l’orée des étoiles résignéesdes fiancés trahis jusqu’à l’humiliation suprêmetoutes les villes ont leurs histoires d’amourd’heures libres aux yeux de l’arc-en-cielde femmes blessées dans leur silencede filles catégoriques dans leur orgasmede mains immaculées jusqu’aux bords de l’ivressede pauses certaines au gel de l’infidèlede jeunes mariés qui n’aiment plus les confettistoutes les villes ont leurs histoires d’orgues muresdes souvenirs qui ne puissent chavirer la merde fleurs qui se taisent à chaque angoisse verticalede matins heureux qui saluent le bonheurde tranquilles assassins aux gestes mendicitairesde murmures trop voilés qui indiquent le chemin du désespoirtoutes les villes ont leurs histoires de révolutionl’enchantement des grands gestes utilesl’égarement dans la foulée de dix mille viesles grâces de l’arc-en-ciel dans les chaînes de l’espoir 65
  65. 65. Poètes pour Haïtil’illusion de la géographie qui s’ouvre aux étoilesla liberté dans les mots qui chassent les solitudesle sourire triste quand il ne faut pas pleurertoutes les villes ont leurs histoires de sangde globules fraisdans la nudité des anneauxle corps du révolutionnaire engloutidans les forgestoutes les villes ont leurs histoires de paixla belle paix que l’on souhaite à chaque fenaisonla saison des amours et des cigales Ô fillesle désarroi des semeurs et des diseurs de bonne aventurela longue marche des grévistes aux carrefours des histoiresla faiblesse des vaincus habités par mille regretsles visages qui se lèvent à l’effondrement de la première victimetoutes les villes ont leurs histoires de deuildeuils et mélancolie dans les limbes de la terred’hommes bouleversés vers les mélasses du quotidiende mains mouillées aux ancrages des paquebotsde marins et de marchands d’opium aux racines de l’oublide navires pleins de filles amoureuses qui rêvent de paradis sur terredeuils de pluie glacée aux sept plaies de l’Égypteô lait blanchissant mon âme contre tout fruit défendutoutes les villes ont leurs histoires d’enfantsd’enfance à la misée de l’aube aux pas incertainsde balançoires de filets grimpeurs et de jets d’eaud’innocence dans les parcs d’attraction au creux de la joiede songes imprévisibles au balancement des premiers gestesde rêves apprivoisés au gazouillement des premiers motsd’enfants plaintifs à la merci des étoilestoutes les villes ont leurs histoires de mèresde pages trop maternelles aux vallons des plaisirsde mères aux deux bras ouverts Ô cœurs sacrés dans la nuit 66
  66. 66. Poètes pour Haïtide chrysalides aveugles saignant des ailes et des paupièresde femmes aux yeux torturés d’amour et d’eau fraîchede filles qui aiment trop jusquà un léger seuil de tolérancede fiancées à peine mariées qui courent déjà après leur ombrede mères anonymes qui refoulent la mer au péril des infidèleshistoires d’éternels passagers contre le tempsvagues d’une égale naissancevoyageurs souverains de chaque matin masqué du soleilde chaque jourde chaque feuille morte du bout des doigtsde chaque enfantde chaque homme libre privilégié sans finà qui il eût fallu à grands pasla haute délivrance des jours sans ellesles villes qui pleurent aux limons des vacarmes Saint-John Kauss Québec 67
  67. 67. Poètes pour HaïtiUn chant de cœur pour HaïtiTremblements des mots ! hypnotisés par l’horreur médusés par le monstre carnage dans les ténèbres musiciens du délireLyreToi qui ruisselles encore de la barbarieVerse une larme apaisante sur Haïti pour ces cadavres sans vie qui vécurent et moururent violemment …Mais l’aurore doit passerUn chant de cœur contre la fureur des élémentsLes mots me reviennent et les femmes amazighes se souviennent que les peuples premiers chantaient les morts…AlorsDebout Haïti debout le mondeChantons la vie chantons la mortNos cœurs meurtris côte à côteEnveloppons d’amour tous les enfants qui ont perdu leurs parentsEnveloppons d’amour les parents qui ont perdu leurs enfantsEnveloppons d’amour ces tonnes de béton et d’acierDans la mer de Haïti mon cœur a fait son nid où j’allume une bougie pour longtemps tant que les blessures n’auront pas cicatrisé 68
  68. 68. Poètes pour HaïtiChantons l’absurde sort qui a tétanisé La vieEt que nos mélodies bercent encore et encoreL’indescriptible chagrin chaotiqueOù se mêlent ferraille et chair humaineOù rien n’a de sens que la survie de HaïtiAlors chantons par nos cœurs tout ouvertsChantons le fort espoir prodigieuxQui fera renaître de cette montagne de désolation une symphonie de consolation et d’espoir… Ali Khadaoui Kénitra, le 26-01-2010 69
  69. 69. Poètes pour HaïtiEn îles d’infortunes(Hommage à Haïti)-1-Dans la noire torpeur de l’aubeGueule de bois d’avoir trop buGueule de bois d’avoir trop pleuréSur les épaules divinesDans la noire torpeur de l’aubeVomir au caniveau du destinSaisir la rambarde salvatriceFranchir le cap d’espéranceDans la noire torpeur de l’aubeFaire la chaîne humaineTirer l’eau lustrale du puitsFraîche obole gratuitement déposéeAux pieds nus de digne misère-2-Long chapelet des noms qui s’affichent au portail Waberi,Deux colonnes s’étirent d’heure en heure.Elles sonnent le glas pour les uns, la joie d’être vivants pour d’autres.Ici les nuées s’amoncellent.Elles délivrent leurs cataractes de pluies diluviennes.Elles tentent en vain de nous laver de cette souillure. 70
  70. 70. Poètes pour HaïtiJean Metellus pose sa voix sur les ondes.Il faut qu’Haïti meure pour que l’avis d’un poète se dise.Que reste-t-il, une fois les candélabres posés, de part et d’autre de la dépouille ?Que reste-t-il sinon la poésie comme un chant, repris de gorges en gorges ?Un chant, lente psalmodie rimée sur pas d’humaine défroque…Elle seule accompagnait le rythme douloureux des pieds.Elle fut l’ultime protection divine aux échines courbées sous le fouet.Récompense que cette voix qui s’élève au midi de nos confortables demeures.Un poète parle qui dit ce que tout le monde sait.Qui dit la misère endémique et le désespoir quotidien.Qui dit sans accuser la complicité tacite, dans la mort qui rode.Port-au-Prince livré aux macoutes en furies.L’opulence niçoise d’un Duvalier protégé.Et l’absence à la table des famines à endiguer.Long chapelet des noms qui s’affichent au portail WaberiDeux colonnes s’étirent d’heure en heure.Elles sonnent le glas pour les uns, la joie d’être vivants pour d’autres.Ici les nuées s’amoncellent.Elles délivrent leurs cataractes de pluies diluviennes.Elles tentent en vain de nous laver de cette souillure. Xavier Lainé Manosque, 16 janvier 2010 71
  71. 71. Poètes pour HaïtiHaïtiNon, la poésie nest pas petit vase closoù lon sévaderait dun monde trop brutalen oubliant tout dans de vaines rêveries,des jeux avec les mots luxes indifférentsqui ne seraient que privilèges de nantis !Quand Rome brûle, seffondre, il convient aux chantsde faire corps avec tout ce qui advient;finies les dérobades, les ronronnements,les évitements pieux des sujets qui fâchent !Lorsque la racine de lhumain est touchéerien ne peut plus rester étranger à lhumain;lamoncellement de tous les cadavres grisdun pays que le sort vient de frapper de front,en plein dans la palpitation de son coeurHaïti,nous concerne,nous concerne tous !Aucun poète digne de ce nom qui nousramène toujours à la sensibiliténe peut prétendre faire de Poésie untrou sableux où il irait enfoncer sa tête.Nous qui navons, cest vrai, pour armes que nos mots,que nos incantations,appelonsles tamboursafin quils viennent battre de plus en plus fortavec elles et réveillentlinertie du monde !Haïti la meurtrieenvers et contre toutje veux pour toi convoquer par mes mots lespoirÔ Haïti- chérie, ô Haïti-la-Noirecest avec ce terme seulque je te veux rime. Patricia Laranco 72
  72. 72. Poètes pour HaïtiPardon Port-au-PrinceDepuis un balconnet de notre rue Lamarreje regardais partir des bateaux à vapeurqui vers louest sen allaient en larguant les amarreschargés dutiles biens sans ambages sans peurjaimais Wharf Jérémieport ouvert sur ma viejaimais Maïs Gâté porte sur létrangerjaimais Cité Soleiltes villas sans soleilet ta Cité de Dieutes églises sans Dieuje fais un premier pasdes mots damour je sèmeje te dis que je taimeje nen démordrai pason en veut à ta peauà ton altier drapeauil nous faut étaler de gigantesques haiesune Forêt des Pins du Cap à lArcahaieil nous faut alentour des enclos de dattiersdes pommiers, des manguiers, des champs de caféierspour que les eaux boueuses signe de décadenceenvieuses de ton heur et de ta résiliencene viennent bousiller ton propret Champ de Marsdétruire ô barbarie deux siècles de cimaiseabattre lilang-ilang de ton Chemin des Dallessouiller impunément tes fières cathédralesjai des prises de vue de ton palais tout blanctes cercles tes carrés tes grands restaurantsracontant ta gloire ton beau nom ta fiertétes anciens quartiers et ta vieille beautéon voit le centre-ville entrechoc de culturesréservoir de luxe et de haute couture 73
  73. 73. Poètes pour Haïtihaut lieu de prétention darrogance faux colsanctuaire des lycées et des grandes écolesqui vomissaient superbes des agrégés ingratsdes hâbleurs grands mangeurs comptables gros et grasdes maîtres et des profs férus de connaissanceet sans reconnaissancedes docteurs qui te crachent dessusdont tu nas rien reçudes agronomes à en revendrequi singénient à tout te vendrepatrie pardonne leurquoiquils sachent ce quils fontcar autant que les leursje compte mes affrontspays je nai rien faitpour aider à changer ton misérable aspecten ingrat je me taisquand sur toi on se met à gloser sans respectjai péché moi aussicest pour cela quiciayant joui de tes donsjimplore ton pardon Jean-Robert Léonidas Brooklyn (NY), Etats-Unis (poème extrait de Parfum de Bergamote, Les Editions du Cidihca, Montréal, 2007) 74
  74. 74. Poètes pour HaïtiEt si clémenceParce que nuit plus que jour,parce que la terre, seule colère,pourrait prendrece qui précieux déjoue les cieux,le sort.Trop tremble le cœur en son noyau,glissent les îles du monde.Les morts. Voix des vivantsles pleurent, larmes de sel,statue des hommes accrochés.Stèles érigées, grimaçantesdes vies brisées.En Haïti. Meurtrie. Chairet la terre mêlées. Pierresrivées, moellons forcés.L’effondrement a gagné le bord.Vivants. Ensevelis.Et si clémence. Isabelle Lévesque 17.01.10 75
  75. 75. Poètes pour HaïtiMon criMon cria pris racines dans les chaîneset rien ne léteindrasinon celui de laccouchéedans la poussière que soulèvela sarabande des pieds nuscar nous sommes issusdu même ventre livréaux gueules des requinsviscères disperséesaux quatre vents des Caraïbes José Le Moigne 76
  76. 76. Poètes pour HaïtiMaître ParesseMoi Ti Moun, dit "Maître Paresse", vous me trouverez à lombre du grand manguier.Cest là que je donne cours et conférence, apprentissage du rien faire sans peine.Inscrivez-vous gens dOccident, Blancs de toute pilosité, agents frénétiques dudéveloppement, sprinters invétérés, coursiers de la mort…Trop tard ! Vous nêtes pas arrivés assez vite.Autrefois, jenseignais les mille et une manières de sendormir, la volupté desétirements, la jouissance du bâillement, la plongée dans les rêves les plus doux, larésistance dans le sommeil… Il nétait pas rare dêtre réveillé par la chute dunemangue qui heurtait gentiment votre épaule, vous procurait chair et jus sans le pluspetit effort. Un geste suffisait pour attraper le don du ciel, tout en restant allongé.Jaurais pu vous dicter le droit à la paresse, à vous hommes sans couleurs qui lavezanéanti sur toutes les mers et les terres que vous avez franchies, foulées, fauchantpartout le savoir-vivre à laide de vos machettes conquérantes.Trop tard !Jai perdu mon emploi quand le dernier manguier a disparu. Disparu ou séché surpied.Quand après vingt heures dheureux repos, je demandais aux élèves de relever la tête,de redresser le corps, je leur disais lorgueil dHaïti, terre que les conquérants blancsont traité de merveille en la découvrant. Terre que les esclaves marrons ont offerte àla liberté, reine noire aux pieds nus, au sexe jardin, à la tête couronnée de fruits. Terreque les libérés ont dû payer aux vaincus pour avoir osé les chasser. Prix cruel de lavictoire. Laudace rançonnée. Un siècle de dette contre le droit de garder notre liberténoire toujours plus maigre après des décennies, liberté chérie que ToussaintLouverture, Dessalines, Christophe et Pétion nont pourtant pas achetée à crédit.Nous avions tort dêtre en avance, dêtre les premiers. République noire au temps desnègres battus, au siècle du fouet triomphant qui imprimait en lettres de sang le statutdinfamie sur la peau zébrée des esclaves. Notre liberté était née pour être fouettée. Ila fallu la rembourser, la racheter. Nous avons livré nos trésors à vil prix pour garantirlintégrité de notre territoire. Notre café, nos arbres précieux sont partis sur la merflatter les palais de ceux qui nous méprisaient, construire les banques de ceux quinous étranglaient. Quand la facture fut réglée, il ne restait plus de notre terre quunesurface pelée qui inspirait pleurs et désolation. Mornes sont nos montagnes quilaissent la pluie ravager leur relief, creuser dirréparables rides. Nous défendons unpays raviné. La dette nous a privés de pont pour nous relier, décoles pour nousédifier. Notre Histoire est une mangue amère. Nègres travaillent. Nègres suent.Nègres grand goût au ventre ruiné.Moi, Ti Moun, vous me trouverez sous larbre sans feuilles. Je suis celui dont lhaleineempeste et qui souffle un rire douteux à la face de la conscience repue. Mon rireétonne et dérange ceux qui mobservent de loin. Jenseigne à présent le rire car il porteloin le germe de la révolte. Jean-Yves Loude 77
  77. 77. Poètes pour HaïtiVers salutLa terre saignée partoutA gonflé ses jouesPour planter des pieuxSous nos piedsSous nos symboles“Terre, ils sont désormais ta chair”Les mille chapeletsDe notre poumonMutilésEgrenésSe livrent au flair des chiens.Mourir comme des chiensDes fleurs cribléesDe balles d’abeillesAvant l’adieu du jourAvant les tendres baisers du soirLes plumes enseveliesRetiennent leur souffleEcrire aujourd’huiSuicide de la PoésieJ’écris quand mêmePour survivreJe lâche mes versDans la grande fossePour saluer ceux qui partentCeux qui attendent le prochain trainCeux qui ont enterré tout souvenir. Charlito Louissaint 13 Janvier 2010 78
  78. 78. Poètes pour Haïti[Le tableau miraculé] A Dany LaferrièreA Port-au-Prince un peintre naïf est mortSon tableau a survécu – miracle ou hasardLe monde est désormais un dessin inaniméPeu importe que les arbres remuent leurs feuillesDans ce chaos de décombresNous regardons déjà ailleurs vers l’apothéose de notre volontéDevant nous la lumière éblouit la rétine de nos songesDe ton pays balafré j’entends le piétinement d’un troupeauLa chute des fruits secs surpris par un séismeL’aventure d’un cours d’eau détourné par la failleL’envol des passereaux vers des cieux incertainsMais voici que le fantôme d’un sinistré couvert de gravatsErre avec la pierre qui est tombé du ciel sur sa têteOn dit que c’est le Seigneur qui se débarrassait des fondations de l’immensitéQu’Il a jeté son dévolu dans ce périmètre si étroitQu’on appelle HaïtiLe crayon du bon Dieu n’a pas gommeCelui de l’Homme siAvec mon fil et mon aiguilleJe recouds les failles de la fraternitéEn attendant le prochain Soleil… Alain Mabanckou New Delhi 79
  79. 79. Poètes pour HaïtiLe tremblement de terreLe tremblement de la vaissellel’immense faille où je disparaisl’écroulement avec l’énorme bruitqui s’étouffe en quelques secondesle noir absolu et le silenceenterré vivantje suis le chien de la niche obscureDes heures de conscience absoluecompter inlassablement les membres de sa famillecompter encore et toujours ses amis et ses voisinsSont-ils en vie ?Enterré avant de mourirdire au silence des mots incompréhensiblescrier crier crier comme un seul criavoir soif avoir faimet s’endormir sans s’en rendre comptese réveiller d’un cauchemaret ce n’est pas un rêvereprendre le chemin de la solitudejusqu’à la mort ?A demi conscient une lumière aveuglantedes bruits de vie des serrementsde l’eau de l’eau qui coulesur la peau dans la boucheet tout à coup la conscienced’être vivantMon corps tremble un tremblement de moiun tremblement de terreMes cris étouffés sortent des ténèbreset ma mère et mon frère et ma sœur etun seul cri pour dire « Où sont-ils ? »et là le silence du mondes’écroule sur moi Benoist Magnat écrit le 19 janvier 2010 80
  80. 80. Poètes pour HaïtiHaïti noirHaïti après la colère du cielSous les décombres Job bouge encoreIl n’y a plus de réponse à lui donnerJob est mort et dieu avecQui chantent-ils encore sur les gravats ?Ils sortent un gosse de l’enferMais l’espérance à vendreDemain s’en ira au rebutEt l’on soldera les croixPour reconstruire les écolesLa cathédrale s’est écrouléeSur l’archevêque introuvableLes poètes devraient pour une fois se taireDiscrètementIl est des factures qui ne se payent pas de mots Jean-Luc Maxence 81
  81. 81. Poètes pour HaïtiHaïti les rives de ma mémoireHaïti les rives de ma mémoireHaïti in memoriamUn peuple ne meurt jamaisDans nos cœurs tu visMes larmes ne coulent pasElles gisent gelées aux sources abyssalesD’une Europe glacialeD’une nuit boréale sans finHaïti je te crie je t’écris « meurtri »Tu me cries les meurtrissures de ton corpsTu m’écris les fissures de ton cœurJe m’écrie des brisures de tes rêvesTelles des graines de riz éparpillées sanguinolentesSur le sable rouge incandescentDe notre terre-mère la terreSous les dalles les enfants écrasésDe ta chairEcrabouillés exsanguesSous les éboulis à jamais enfouisHaïti de Toussaint LouverturePremière république nègreHaïti de DessalinesDe la NégritudeHaïti de Price Mars le PèreDe Jacques Roumain le dramaturgeGouverneur sans sa roséeDe Léon Laleau le poète errant aux semellesAu Souffle de ventHaïti de Jacqueline et de Lucien LemoineExilés en leur terre africaine de la TérangaQui tel Œdipe se sont arrachés les cœursEt leurs yeux de voyants solairesPour ne pas voir tes souffrancesFleurir sur les routes en cendres de l’HistoireTes enfants ont faimTes enfants ont soifTon peuple est enragéDe ne pas avoir encore poséUn seul pied sur la première marcheDe la VieHaïti mon peuple le peupleJamais tu ne mourrasHélas sont morts mes amis de la Renaissance 82
  82. 82. Poètes pour HaïtiCouchés sur le sable natalRegards fixés sur les horizons de notre Conscience HistoriqueMireille la belle déesseLinguère à la démarche féline altièreDes princesses de tous les empires fondateursEt Georges Anglade la belle âmeAussi immense qu’un MahatmaAu savoir sans limiteA la dignité chevillée à l’EspritHéros anonymes de ta survie quotidienneLeviers bâtisseurs de ton FuturHaïti parle-moi Dis-moiChante-moi Danse –moiOù est Chantal Drice ma sœur enchanteresseSi pleine d’allégresseToute pétrie de délicatesseOù est Chantal Drice ma sœur au cœur d’orLoin des baobabs majestueux de la savaneDes fromagers séculaires de tes forêts ataviquesDes mangroves généreuses des Iles du SaloumDes bolongs symphoniques de la fière CasamanceDe l’harmattan du NordDes Alizés embrassant les dunes maritimesTu arbores ton immortalité légendaireHaïti donne-moi la mainPour cheminer avec toiJusqu’au bout du bout de l’EspoirNotre Espoir jamais enterré. Ndongo Mbaye Le 19 Janvier 2010 à Choisy-Le-Roi 83
  83. 83. Poètes pour HaïtiHaïti dans les décombresUn séisme sans précédent a frappéHaïti au cœur et aux poumonsEcroulé, écrasé, Haïti est réduit enchamp de ruineLes cris et les pleurs de souffranceflambent le cielAcculé au dénuement tragique Haïtia la gorge ouverte aux quatre ventsPlus de 200.000 morts dans l’étau desdécombresDes lèvres arides courent dans le videC’est la bataille des rescapésLes croûtes de pain et les grains de rizse dérobent des mains mortesLa poussière sort de l’enfer et se rue surle reste des surviesOh Haïti guerrier des libertés vitales !Tu te relèveras et mettras en marche tonnouveau destin Mahamoud M’Saidie Nanterre 84
  84. 84. Poètes pour HaïtiHaïtiLa nuit du bout du monde, des monts tombés,Ma colère à Dieu criée, mes larmes vaines.Dautres ont couru dégager la pierre au chevet dHaïti.Quai-je, moi, donné comme toi, la vie ?Quai-je souffert pour pleurer dans tes yeux ?Dun cœur anonyme, juste penser plus prèsTes fraîches blessures désormais gravéesAux lumières qui chavirent à lhorizon pour ne plus être,Dans la fange des milliers de rêves déchirés,La terre dHaïti où Haïtiennes et Haïtiens marchaientOù aller parmi mes morts ?Que dire des gravats gémissantsDont paraît de temps en temps une âme nouvelle,Vivante victoire comme un affront au pire ?Haïti où vœux de lan nont pu sourire,En silence nous planterons tes noms tombés,Aux pieds des stèles ils pousseront tels des fleurs,Aux tréfonds du cœur nous porterons ton deuilPour se souvenir quau-delà de la douleurLa vie est plus forte Paul N’ Zo Mono Lyon le 16 janvier 2010 85
  85. 85. Poètes pour HaïtiLe chant des HaïtiensNous ne sommes pas frèresni mêm’ lointains cousinsde toi je suis si loinet pourtant je lentends...oui je lentends ton chant,le chant des Haïtiens Alain René de Nilperthuis 86
  86. 86. Poètes pour HaïtiD’épouvante et d’espoirJours de tremblement,séisme, chaos, affres et effrois.Pagaille, panique, dure poussière.Du ciel de la mer surgissaientTyphons, tornades, raz-de-marée. La terre tremble à présentLes images déferlent. Qui cherches-tu sous les décombres?Où es-tu, frère? Réponds! Réponds!Visages hagards, bouches convulséesdans l’incertitude d’un lendemain.Dignité cependant, envers et contre tout.Tu souffres et jai malDévastation, désolation, horreur et fureur.Bilans toujours provisoires.Voyage au bout d’un enfer dans l’étouffement des ténèbres.Qui perdrait son énergie à traquer les coupablesalors que l’urgence harcèle?Il s’agit de faire face à linnommable;aucun mot pour dire.Tendre l’oreille.Saisir les mains pantelantes.Inventer des relevailles.Peuple de Haïti au brûlant de l’apocalypse,jen appelle à vos forces les plus vives. Colette Nys-Mazure Belgique, janvier 2010 87
  87. 87. Poètes pour HaïtiLa mort ne prendra pas le nom dHaïti Le ciel na plus un sourire plus un seul tesson dazur pas un arc à lancer lespoir dune flèche de soleil les arbres déchiquetés se redressent, gémissent comme des violons désaccordés tout un village endormi dans la mort sen va à la dérive... (Jacques Roumain)(…) Je cherche, et je trouve le nom dHaïti encore intact en ma mémoire, ce pays-mien mythique qui ma appris que derrière la montagne, il y a une montagne. Cepays-mien mythique où lair, lombre et la lumière, tiennent haut lextrême vocable dela parole poétique que recèle lunivers.Je cherche, et je trouve le nom dHaïti encore intact en ma mémoire, ce pays-mien oùle ciel, par pur amour, se confond avec lécorce et le feuillage. Allez ! Dis-nous, MarieColimon, laudace de chanter la grâce de ton conte :« Sil fallait, au monde, présenter mon pays,Je dirais la beauté, la douceur et la grâceDe ses matins chantants, de ses soirs glorieux;Je dirais son ciel pur, son air doux... »Je cherche Haïti dans la stature de sa plus haute bonté, celle du coumbite.Le coumbite se doit plus que jamais dans son application, être la règle, le point cardinal,laxiome nécessaire pour la fondation de lorgueil de tout Haïtien de demain. Cest levœu que jaimerais formuler ; si toutefois métait accordé le droit, dans mon élan, deformuler pareil sentiment.Tout vœu formulé tient dans la beauté du rêve. Mon vœu, ici, nest pas quun rêvedont on a seulement que le rêve. Il est une étincelle entre deux nuits. Et laissez-moientendre, pour guérir mon vertige, lécrivain Dorsinville qui sobstine avec raison à« célébrer la terre hors de la nuit... Jusquà dautres rayons clairs ».LAfrique tant chantée par tes fils ne ma cependant, à ce jour, pas appris les cheminsdu pèlerinage qui mène au pied des mornes de ce pays-mien où le Grand Césaire,venu boire un jour à sa source, annonça à loreille de qui sait entendre, quici, dans cevaste poto-poto des luttes, « La négritude se mit debout pour la première fois ».Je cherche Haïti !Mais ce pays est terre des désastres, nous le savons. Mais ce pays a connu destragédies, des troubles civils, des ouragans, nous le savons.Mais nous savons aussi que malgré lexode et ses quatre siècles de contradictions,malgré les affres de la colonisation, laplomb des égarés, les errements illégitimes decertains de nos frères, le peuple de ce pays est demeuré debout.Et malgré son histoire gonflée de bien trop de cadavres, Haïti demeure tenacecomme un tremblement de terre. 88
  88. 88. Poètes pour HaïtiLévidence de cette témérité face à lexistence tient de lacte même de survie : les filsde ce pays se sont toujours concentrés sur la vie, uniquement sur la vie, et non sur lamort.Je cherche Haïti !Et voilà que dans le brouhaha des ouangateurs, me parviennent les échos quitroublent lentendement de la raison humaine.Cest le temps des prophètes. Écoutons-les, hélas !Écoutons-les et leurs défunérailles de la souffrance. Ils prophétisent, ils vaticinentavec des paroles qui nexorcisent aucun malheur. Que disent donc ceux-là qui sonttombés dans lindigne indigence honteusement honteuse ? Bien évidemment, ils sontsatisfaits de faire des comptes macabres sur le râble de notre pays, Haïti, quilsdésignent désormais du doigt, « terre des malédictions », « île maudite »...La vérité devant le monde entier est que Dieu, quel quil soit, où quil soit, na aucuneraison de nous en vouloir. Ogoun non plus nest pas contre nous, et encore moins nele sont nos Ancêtres.La vérité est que depuis que le monde est monde, la terre a toujours été fragile en sonpoint déquilibre, et le ciel, inapaisable. Aussi – lHistoire nous lapprend – chaquepays, dans chaque continent, à une époque donnée, en a fait les frais et paie son lotde sacrifices.La vérité est que plusieurs fois, notre pays nous a donné à voir le visage de lenversdu soleil, mais Haïti nest pas, ne doit pas être et ne sera jamais lespace des mises enspectacle des malheurs du monde.Assez de cette contagion ! Honneur et respect, sil vous plaît !Frères et sœurs, le dernier mot nous appartient car aucune Histoire na de sosie. Il yva de la vie, de notre destin et nous devons aider à ce quil se réalise. Et notre destinse réalisera !Avons-nous assez mesuré dans nos âmes lespace de la colère et de lindignation ? Degrâce, ne nous laissons pas gagner par le désespoir et la démence bestiale de laviolence.Notre Histoire à nous, Haïtiens, est encore longue sur le chemin des hommes. Nousnavons pas fini de vivre. Voilà pourquoi nous ne laisserons jamais à la mort le tempsdapprendre à Haïti à mourir.Et que je me souvienne simplement de ce chant de Boukman, semence dune antiquepériode. Laissez-moi psalmodier sur les sentiers qui mènent à lespoir, cette prière àmon rythme :« Bon dié ! Qui fait soleilQui clairé nous en hautQui soulevé la merQui fait lorage gronderJetez portrait Dieu blancQue soif dleau dans yeux nousCoutez la liberté qui nam coeur à nous tous. »Qui dira jamais ce qui sauve un peuple ?votre regard est tout haut à lhorizon 89
  89. 89. Poètes pour Haïtivotre silence est immense comme une pensée fécondeje sais que vous êtes vivants...Compère Joël Desrosiers me la dit :« Nos morts en terre sous les huttes Ô nos mortsne meurent pas dans les îles à venir ils demeurent »Compère Louis-Philippe Dalembert me la dit :« Ce soir je ressoude chaque morceau de terre en malde pain chaque éclat dîle éparpillée dans le ventdes nuits jen fais une grande Amazonie en fleurs »Compère Frankétienne me la dit :« Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langage des tempêtes.Déroulement de la vie en spirale. »Compère Jean Métellus me la dit :« Reprends, ami, tes forces, ton désir, ton souffleRedonne à cette fumée qui brouillait les premières notes de ton chantLa vision sonore dun avenir à construire »Oui, la vision sonore dun avenir à construire !Une vision donc.Une vision qui nous apprendra à voirle monde de la nuit à la nuit dans les ténèbresle monde du jour au jour dans la lumièrele monde par temps de cyclones et par temps de séismes...Une vision qui assurément nous apprendra à nous tenir en cercle, main dans la main,dans le chœur de la grande assemblée des Hommes de toute la surface de la terre.Haïti va enterrer ses mortsHaïti réunira dans la peine les larmesde tous ses filsEt Haïti repartira.Non, la mort ne prendra pas le nom dHaïti.Paix aux âmes haïtiennes. Gabriel Okoundji 90

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