1923 11 11 (a7 n335) hebrard plan

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1923 11 11 (a7 n335) hebrard plan

  1. 1. L'Eveil économique de l'Indochine ["puis" (Eveil économique de l'Indochine)] ; Bulletin hebdomadaire Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
  2. 2. L'Eveil économique de l'Indochine ["puis" (Eveil économique de l'Indochine)] ; Bulletin hebdomadaire. 1915. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF.Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 : *La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service. Cliquer ici pour accéder aux tarifs et à la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés, sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation. 4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle. 5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.
  3. 3. 7»« Année NUMERO 335 Dimanche 11 Novembre 1923 Sommaire Nos stations d'altitude, le Tamdao . . .H. CUCHEROUSSET Eucore un progrès aux Postes et Télégraphes Le Concours Agricole GATON Notre Service Géographique Vers je débloquemeut du Laos CLODION Le climat équatorial est-il réellement meur- trier pour les blancs ? Chronique des livres MARTINIE La mode Voyage de Henri Mouhot au Cambodge eu 1859 (suite) . H. MOUHOT Chronique des mines Chez nos confrères Informations diverses Nos stations d'altitude, le Tamdao ED. 1913 la rivalité était encore vive entre les partisans du Tamdao et ceux de Cbapa. L'une et l'autre station était d'ailleurs aussi peu accessible, offrait aussi peu de ressources au villégiateur. C'est alors que le garde principal de la garde indigène au Tamdao, M. Far- réras, construisit un bôtel en maçon- nerie, sans prétention mais confortable. Les Pères de la mission Espagnole, de leur côté, y installèrent une maison de repos qui est encore une des pins bel- les constructions du Tamdao, et ceci donna l'impulsion décisive.«La mission ne fait pas ces frais, se dit-on, sans mûre délibération — Donc allons-y. » Simple application du principe d'auto- rité, si, commode dans les pays chauds. S'en remettre à qui l'on reconnaît une compétence et réserver à d'autres cho- ses, ou laisser reposer, sa jugeotte, c'est sagesse. L'exemple donc des pères espagnols et l'enthousiasme de M. Farréras eurent raison des dernières hésitations des Tri- ple patte et l'on entra, bien que sans méthode, dans l'ère des grands travaux. Sans se donner la peine d'étudier un tracé permettant une route à 5 ou 6 o/o de pente, on fit désormais chaque année de grosses dépenses pour élargir, con- solider et empierrer le chemin provi- soire,aux pentes de 15 o/o et plus et aux tournants brusques, on racheta l'hôtel à prix d'or et les Bâtiments Civils se fi- rent une joie de faire quelque chose d'énorme et de laid sans plan et contre tout bon sens,mais en dépensant le ma- ximum d'argent en ciment et en ferrail- le. On créa un parc un peu dégarni d'arbres, joli quand môme car la natu- re s'y prêtait..., on dota la station d'une excellente distribution d'eau potable, de l'éclairage électrique el l'aspect géné- ral de la station est, à première vue, des plus coquets. Quels reproches qu'on puisse faire au climat il est un fait c'est que, pendant trois mois de l'année, l'hôtel avec ses quarante deux chambres, les quatre ou cinq villas des amicales et les trente chalets particuliers sont pleins, ce qui représente une moyenne de 70 à 80 fa- milles et une centaine d'enfants à la fois soit au mois 150 familles et 200 enfants par an ; et de nouveaux chalets et villas sont en construction et d'autres pro- jetés. Voilà qui tranche la question. Mais ce qui est certain aussi c'est que comme voies d'accès, comme hôtel, com- me élégance de l'ensemble, comme moyens de ravitaillement et de trans- ports, comme distractions tant d'inté- rieur que de plein air, comme buts de promenades et voies d'accès aux points pittoresques, la station du Tamdao lais- se fort à désirer. Nous allons examiner l'un après l'au- tre ces points faibles et voir ce qu'il y aurait lieu de faire . De Hanoï la distance est de 80 km. par Gialâm et Phulo et de 70 km. par le bac des 4 colonnes. On passe généra- lement par Phulo parce qu'on a à Hanoï un bac à vapeur. Belle avance ! Ce bac est un bel exemple de la façon dont la ville de Hanoï est administrée. Il y a un cahier des charges mais le concession- naire s'en moque parce qu'il sait qu'il ne sera pas inquiété. Pas d'affaires 1 Alors il en prend à son aise. La dernière fois que nous avons passé ce bac il s'est écoulé exactement 65 minutes entre l'arrivée de notre automobile à l'embar- cadère de la rive droite et notre débar- quement sur la rive gauche. On a pres- que aussi bon temps de passer par les Quatre Colonnes, Enfin 1il faut espérer que pour la pro- chaine saison l'élargissement du pont Doumer sera chose faite. Pour ce qui est du travail principal la maison Day- dé aura achevé ses travaux avant six mois. Là on travaille avec bon sens, méthode, esprit de suite et moyens mo- dernes ; mais les voies d'accès sur les deux rives sont construites par les T-P. De ce côté là on peut s'attendre à un léger retard. Non qu'on y mette de la mauvaise volonté. Ces messieurs font de leur mieux car il ne s'agit pas ici de construire au hasard comme pour un pont route ordinaire, qu'on s'estime heureux de voir tenir deux fois sur trois.Ici il faut queçà tienne. Alors on travaille jour et nuit et on en met ! On est même allé jusqu'à essayer des moyens modernes pour enfoncer ies pieux. Enfin I comme les grands ingénieurs vont récupérer l'été leurs forces au
  4. 4. L'EVEIL ECONOMIQUE Tamdao et bien entendu y vont en auto. S'il y a du retard au moins ne laissera- t-on pas les travaux en plan comme le rouleau à vapeur dont parlait Jeanne Leuba ou comme le moins mythique chaland du Quai Clemenceau. L'adjonction de voies charretières au Pont Doumer aura été un bien en ce qu'elle aura été l'occasion de grosses réparations sans lesquelles on allait à une catastrophe ; mais au point de vue de la circulation les automobilistes pes- teront bien des fois contre celte solution étriquée. Enfin ! on ne mettra tout de même jamais plus d'un quart d'heure pour traverser le fleuve et ce sera déjà quelque chose. Une fois le pont passé on roule sur une belle route, surtout la partie com- mune à la route de Viétri et la route de Backan : la route-exposition. Là les T. P. emploient beaucoup de talent, de main-d'oeuvre et d'argent à pourlécher leur oeuvre. On fait d'énormes travaux pour remplacer un tournant de50m. de rayon par un de 80 ou pour passer d'une courbe à l'autre par un alignement droil selon des règles de l'art ferroviaire et de la balistique automobile. Par contre relever de 0 m. 35 le ni- veau de la route dans les parties que chaque année les inondations couvrent de 0 m. 30 d'eau, çà c'est une idée de journaliste ou de résident grincheux. A Vinh-Yên la route du Tamdao se détache de la grand'route. Il faut vraiment avoir une mentalité de colon pour ne pas comprendre que le meilleur moment pour réparer et em- pierrer cette route était la saison de vil- légiature ; c'était aussi le meilleur mo- ment pour procéder à la reconstruction du pavillon du service automobile à la gare de Vinh-Yên. Il y a quelques an- nées nous avions été heureux de nous arrêter à ce pavillon et d'y faire un con- fortable déjeuner en attendant le départ de l'automobile de service. Mais, nous dira-t-on, qui prend l'automobile publi- que ? Des croquants qui n'ont pas leur propre automobile ! Ces gens là ne comptent pas, ils ne sont pas de la Ré- publique des Camarades, on s'en fiche ! Le service automobile public n'est pas fameux, et le pire est que, si lamentable qu'il soit,il ne fait pas ses frais, malgré une assez forte subvention et ne sau- rait les faire. Et c'est ici que se pose, un problème délicat. Jusqu'au bas de la montagne, sur 15 km. la route de plaine est excellente et c'est un plaisir de voir qu'elle ne sert pas qu'aux villégiateurs du Tamdao mais a permis la mise en culture de ter- res en friche et le peuplement progres- sif d'une région jusque là presque dé- serte. Les cinq premiers kilomètres de la route de montagne peuvent encore passer; la pente ne dépasse guère 7 o/° etonpourraitt'adoucir en quelques en- droits en arrondissant quelques courbes. On arrive ainsi sans trop latiguer les automobiles au point dit : cote 400, terminus de 1 ancienne route- Celle-ci avait été construite à UDe époque où l'on faisait bien des études qui restaient dans les dossiers mais où au moins on ne faisait pas les routes sans la moin- dre étude préalable Un bon sentier mu- letier conduisait à la station et l'on peut se demander s'il n'aurait pas été sage de s'en tenir là. Comme en de- hors des villégiateurs, des sacs et colis postaux tout monte encore aujourd'hui à dos d'hommes, on aurait eu meilleur temps d'entretenir au terminus une écurie d'une douzaine de chevaux de bât et deux ou trois forts éléphants. Au lieu de cela, sur la décision de nous ne savons pas qui, car la Résiden- ce supérieure a, comme par hasard, perdu le dossier Tamdao, on a construit sans études, en contre bas du sentier, un chemin dont les pentes et les tour- nants font frémir. C'était pardonnable. D'autant plus que nous croyons bien que c'est la province, ou même M. Far- réras, qui fit ce travail, à peu de frais d'ailleurs. Mais si errare humanum, perseverare diabolicum est. Les 1. P. sont beaucoup moins pardonna- bles, après avoir pu bien se rendre comple des défauts du tracé, de n'en avoir pas étudié un autre avant de faire la grosse dépense." le parachèvement, c'est-à-dire : élargissements, murs de soutènement, dalots et buses, rigoles, empierrement, cylindrage etc. De sorte que malgré toutes les som- mes dépensées cette route ne sert qu'aux personnes. Elle est la mort des autos et la ruine du service subvention- né. Quant aux bagages, marchandises et matériaux, aux fers, ciments, chaux, briques, meubles et boiseries tout mon- te à dos d'hommes ou plutôt de fem- mes. Que faire ? '' Les T. P. ont tout de suite vu là une nouvelle occasion de se distinguer. Une nouvelle route a été mise en construc- tion, sans étude, et par le haut bien en- tendu. On a saccagé la partie la plus belle du parc; rendu la cascade inabor- dable, et après avoir défiguré le paysage on a tout laissé en plan. Voilà bientôt deux ans que çà dure et que la montagne reste là éventrée, les arbres abattus, les éboulis faisant une8 horrible tache dans la verdure, mais le travail n'avance plus. Toutefois pendant la saison de la villégiature on eutretient une équipe de huit ou dix coolies à seul fin d'empêcher leS^S^o- meneurs de s'apprôetier de la cascade. On en est même arrivé à ne plus-bien savoir qui a ordonne cet extraordinai- re travail. Des gens des T. P. nous ont affirmé que c'était le Résident de Vinh- Yên, ou peut être son secrétaire parti- culier M. Doudou. Que ce soit l'un ou l'autre de ces messieurs nous ne lui en faisons pas nos compliments. Il rè- gne d'ailleurs au Tamdao une telle anarchie dans le commandement qu'il est bien difficile de se rendre compte des responsabilités. Ce qui nous fait croire que la fameu- se variante est l'oeuvre des T. P., c est la méthode qui consiste à commencer par le haut une route de montagne. A voir le terrain il semble qu après la côte 400 on aurait pu continuer la route à ilanc de montagne sans augmen- ter la pente et même en la réduisantsur deux kilomètres à 4 ou 5 pour cent,grâce à un ou plusieurs lacets auxquels la con- figuration du sol semble fort bien se prêter. En tout cas il faut absolument en arriver à une solution. Avant la guerre un funiculaire avait été préconisé et même étudié. La dé- pense était évalué à 800.000 fies soit alors environ 350.000 p. Or si le prix des rails, des machines et du matériel industriel est un peu moins élevé (en francs d'or s'entend) qu'avant la guerre,les frets sont plus cbers et la maçonnerie au Tonkin a beaucoup augmenté, ce qui est très im- portant, le tracé très spécial d'un funi- culaire exigeant beaucoup de maçon- nerie. Il faudrait donc sans doute comp- ter 400.000 p. au moins actuellement, sans parler des frais d'exploitation ; mais il est facile d'en avoir le coeur net, il n'y a qu'à demander aux chemins de fer de la Confédération Malaise, à com- bien revient le funiculaire qu'ils vien- nent d'achever à Pénang et qui permet lui aussi de monter de 800m. environ. Peut être pourrait-on réduire la dé- pense en poussant en pente douce jus- qu'à l'altitude de 500 m. la route actuel- le, au delà du col de la cote 400. Il res- terait alors une distance de 2 km. 500 environ et 400 m. de différence de ni- veau. Nous ne nous attarderonspas aujour- d'hui à résoudre le problème. Nous nous contenterons de suggérer que,toutes les autos ayant à s'arrêter à la cote 400 pour faire de l'eau,la construction d'un petit château d'eau rustique s'impose, pour qu'on n'ait pas à aller chercher l'eau touque par touque à vingt mètres en contre bas, travail que la galanterie annamite laisse à une pauvre vieille femme malade et à une fillette trop fai- ble, pauvres esclaves dont nul n'a pitié.
  5. 5. L'EVEIL ECONOMIQUE 3 A partir de là, pauvres malheureuses c autos I Deux kilomètres avant la sta- e tion elles seraient à bout si pour désa.l- j térerleur radiateur une source ne se i trouvait là providentiellement, près des f étables de la station et de l'abattoir. Ces t «tables en torchis, récemment mises à 1 neuf, sont à la disposition des villégia- < teurs.de ceux qui apportent avec eux une f vache et son veau. Enfait.cetleannéeM. I le Résident de Vinh-Yên eut la bonne idée i tie les mettre à la disposition d'un colon, i M- Leautard, un vrai colon celui-là, I qui y amena un troupeau de 40 vaches < et fournit à la station chaque jour qua- rante litres de bon lai t.. Et ceci nous a suggéré une idée que nous allons expo- i ser pendant que notre auto fait son plein d'eau. Cette étable nous a fait penser à la Fameuse ferme laitière de Hong- kong, si toutefois on peut compa- rer un sampan à un paquebot, un arc à un fusil mitrailleur, un char à boeufs à une locomotive électrique, si parva li- cet componere magnis. Et nous avons rêvé d'une éventuelle Société immobilière du Tamdao créant ici une petite ferme laitière à l'image de la Hongkong Dairy Farm. Ayant la con- cession de ces étables et de deux ou trois cents hectares de ces lianes et dos de montaçne, elle construirait comme à Hongkong, à quelque distance les unes des autres, deux ou trois étables et, à côté de chaque étable,une enceinte ren- fermant un terrain de vingt ou vingt cinq ares. Là vivraient,à couvert la nuit et par le mauvais temps, en plein air par le beau temps, des troupeaux de quarante à cinquante superbes vaches sélection- nées. Et au lieu de s'évertuer toute la journée comme les vaches de Leautard à parcourir les flancs abrupts de la montagne pour tondre çà et là une bou- chée d'herbe comestible, en s'exténuant par ces efforts et en risquant vingt fois par jour de se casser les pattes, elles vivraient en rentières, savourant len- tement un fourrage exquis et abon- dant qu'on leur apporterait dans leur parc ou leur étable, buvant quand il leur conviendrait l'eau fraîche du ruis- seau, sans souci et sans risque. Et cette herbe ce serait l'herbe de Para, que l'on cultiverait sur les flancs de la monta- gne et dont une partie à la bonne sai- son sçrait emmagasinée, comme à Hong- kong, dans des silos, pour former les réserves de fourrage en vue de l'hiver. Et des coolies bien dressés tien- draient les étables propres et, propres eux aussi, apprendraient à traire pro- prement et à fabriquer beurre et fro- mage. Et la laiterie aurait sa chambre froide et un cable transporteur serait tendu entre la laiterie et la station, par le moyen duquel arriveraient en quel- ques minutes, lait, crème, beurre et fromages. Au lieu de trente ou quaran- te litres de lait à 0 ,50 ce seraient 150 ou 200 litres d'un lait exquis et très bon marché qui permettrait aux villégia- teurs une de ces salutaires cures comme on s'en offre en Bretagne. Et la laiterie expédierait vers la plaine du beurre et des fromages ; avec son petit lait elle engraisserait des cochons pour procu- rer à la station jambons, saucisses et lard fumé. El les vaches donneraient aussi des veaux dont quelques uns en- graissés sur place seraient abattus et leur viande mise en réserve dans le frigo de la laiterie. Car c'est un problème encore mal résolu que celui de l'alimentation du Tamdao. Nous voici maintenant arrivés. L'au- to grimpe avec bruit laissant à droite en contrebas l'usine électrique, à gau- che en haut les bâtiments de la garde indigène, puis elle s'arrête devant un vrai gratte ciel. C'est The Majestic Tam- Dao Palace-Hôtel, à 912 m. d'altitude. Vous vous attendez à voir un con- cierge en bel uniforme s'avancer, en- touré de garçons en livrée qui discrè- tement prendront vos bagages tandis que vous serez introduit par un vesti- bule superbe à l'escalier d'honneur. Si telle est votre attente vous êtes; déçu. Cinq ou six mendiants pouilleux et loqueteux se disputent en criaillant vos bagages et s'engouffrent dans une espèce de chambre de débarras et dans un encombrant mais affreux escalier de bois. C'est l'escalier d'honneur. A droi- te du vestibule d'honneur c'est un ga- rage en désordre, à gauche un caphar- naum ou gisent pêle-mêle des caisses, des bouteilles cassées et des cadavres de meubles. Au premier étage vaste palier où les lapis de Turquie sont remplacés par de la poussière, des bouts de papier et des brins de paille et les vases de fleurs les statues de marbre et les moelleux fauteuils par des caisses éventrées, des amas de bouteilles, des touques etc. Continuant votre ascension par l'es- calier d'honneur vous arrivez au 2me étage, l'étage des salles à manger. Vous avez l'impression de sortir enfin des cales et d'arriver à la batterie. Le palier sert de salon. C'est-là que les hôtes lisent les journaux. Il y règne un vacarme assourdissant, jappements et hurlements des boys qui composent le soviet de l'établissement et qui des divers étages, aboient leurs ordres aux mendiants qu'ils ont recrutés pour faire à leur place le travail manuel, miaule- ments et criailleries de trente ou qua- rante bonnes annamites, cris assourdis- sants des enfants qu'elles sont censées garder, injures réciproques de mes- sieurs les boys de l'hôtel à messieurs
  6. 6. L'EVEIL ECONOMIQUE les boys des villégiateurs. C'est à perdre vue là tête. Et dès le premier jour on se ave dit : je resterai dans ma chambre — Et che ayant enfin découvert un élégant jeune per homme qui est censé commander à la coi hiérarchie des caïs, des boys, des coo- lite lies et des mendiants, vous êtes conduit po; à votre chambre, une immense pièce hôl carrée, dont le parquet vient d'être lavé En en votre honneur au pétrole, quelle de! odeur! et qui donne sur la vallée.Mer- soi veilleux panorama. Seulement quand tel vous avez fini d'admirer le panorama da vous vous apercevez que votre vaste soi pièce est fort mal garnie de meubles hé- au téroclites, incommodes et insuffisants. bi< Et dès que vous sortez de votre cham- nu bre c'est la place publique ; les corri- gn dors et les paliers de l'escalier sont en- le; combrés des domestiques mâles et fe- l'b melles des villégiateurs, pittoresques to campements qui sont selon les heures qt dortoirs ou ateliers de couture, tripots, re garderies d'enfants ou réfectoires. qi Sans entrer dans les détails nous d dirons que l'hôtel est un des plus mal- te propres que nous connaissions. ei Et ce vacarme ! ce vacarme d'enfants ru énervés qui hurlent dans tout l'hôtel et g' auxquels on a abandonné l'ancienne d salle à manger, grande pièce nue d'une n effroyable sonorité 1 Et nous nous souvenons du petit hô- c tel si propre et si confortable, si ac- p cueillant d'autrefois 1 Combien c'était s mieux ! t D'où vient que l'hôtel est maintenant q si mal tenu,si inconfortable, si bruyant? I Cela vient tout d'abord de ce qu'il a r été agrandi et remanié par un soi-disant c architecte dès T. P. qui n'avait pas la c moindre idée de ce que c'est qu'un hô- c tel et dont tout l'idéal élait : employer s le plus possible de fer et de ciment, fai- t re quelque chose d'énorme et qui cou- { pe par sa masse la moitié du paysage, j Contre le gâche-briques qui a fait cela il y i aurait une sanction,ce serait d'inscrire , sur une plaque de marbre: ce bâtiment ( a été construit sur les plans deM.Untel. ] L'hôtel,tel qu'il est,est inexploitable ; aucun hôlelier de métier n'en accepte- ra la concession s'il n'est tout d'abord entièrement remanié. Pas de surveil- lance possible avec une douzaine d'en- trées de tous les côtés et à chacun des quatre rez-de-chaussée. Pas d'organi- sation possible du service avec un hô- tel construit sans aucun plan, sans au- cune réflexion. En second lieu il n'est pas possible d'exploiter dans des conditions écono- miques un hôtel qui ne travaille à plein rendement que quatre mois par an. - Même s'il était construit de façon à être exploitable avec un personnel un peu plus restreint, qu'une question presque insoluble se présente. Si vous engagez un bon personnel pour toute l'année, il n'aura rien à faire pendant huit mois et s'encroûtera ; au point de vue de la dépense cela reviendra à q avoir un personnel payé trois fois plus v cher qu'à Hanoï. Si vous engagez un n personnel pour la saison seulement, comment le recruter ? Ce n'est pas l'é- pi lite qui est disponible. La seule solution n possible est l'exploitation par un grand n hôtel ou une société hôtelière du delta, li En effet, la saison morte des hôtels du p delta correspond exactement à la sai- f« son de villégiature au Tamdao '• un hô- 1' tel du delta pourrait détacher au Tam- v dao une partie de son personnel et de p son matériel du bas — On aurait ainsi e au Tamdao un personnel au courant, 1 bien en mains, qui considérerait com- t me une faveur de travailler à la monta- c gne et pourrait donc être choisi parmi < les meilleurs employés, au lieu qu'à ^ l'heure actuelle il faut ou bien garder toute l'année au Tamdao un personnel qui n'ayant rien à faire se gâte, ou bien ] recruter pour la saison un personnel i qui risque d'être le rebut que les hôtels de la plaine licencient pendant la mor- te saison ou des boys et cuisiniers sans emploi souvent parce que chassés ou mal famés — Aussi M. Farréras a-t-il quelque mérite d'avoir quand même, dans de telles condilions,su grouper un noyau de boys à peu près passables. Troisième circonstance défavorable : cet hôtel.si mal compris qu'il est inex- ploitable, et qui n'a qu'une courte sai- son d'activité, est par-dessus le marché tenu de faire des prix uniformes quelle que soit la chambre.et des prix très bas. La première condition est absurde et n'a rien d'égalilaire. Il y a de grandes différences entre les chambres, les prix doivent correspondre à ces différen- ces. Que les chambres les moins belles soient bon marché pour rendre la sta- tion accessible aux moins fortunés, par- fait ; mais il faudrait que l'hôtel pût se rattraper en faisant payer le prix aux ! riches qui insisteront pour avoir telle î ou telle chambre. Quant aux bas prix t en général, dont le prétexte est de favo- • riser les petits (les petits fonctionnaires ; s'entend, qui gagnent 350 $, soit une situation de 500 3)>,car quant aux cro- i quants, dont le budget n'atteint souvent - pas 250 p. ceux-là peuvent crever) ces bas prix sont une illusion. — On paie s très bon marché soit, mais l'hôtel étant i- mal organisé chaque famille doit ame- )- ner un ou deux domestiques, un valet et une bonne d'enfants ; et ce sont des frais supplémentaires et puis il y a qnantité de suppléments à payer.Mieux vaudrait payer plus cher, mais un prix net.etn'avoirpas à amener de serviteurs. Et puis si l'on en est à favoriser les petits mieux vaudrait le faire directe- ment et ne favoriser qu^eux. En fait ce mot de petits est stupide car le petit cé- libataire ou le petit ménage stérile n'a pas a être aidé. Ce sont les enfants qu'il faut favoriser. Çà c'est une base. Que l'hôtel fasse payer le j uste prix.sans rece- voir de subvention et que le Protectorat paie directement à chaque famille par exemple 1 p. par jour et par enfant pour le séjour au Tamdao. Pour 80 enfants en moyenne et une Baison de 100 jours cela ferait 8.000 p. c'est-à-dire moins cher que la subvention actuellement versée à l'hôtel. Enfin une dernière circonstance défa- vorable est la brièveté du contrat d'ex- ploitation de l'hôtel. Quel hôtelier de métier peut consentir à mettre sur pied une organisation et mobiliser un capi- tal de 400.0001res pour deux ans seule- ment ? C'est parfaitement impossible- Avec un bail à long terme, de dix ans par exemple.il en serait autrement. Aus- si le projet de l'Administration est-il de remettre l'hôtel sans loyer ni sub- vention à un concessionnaire qui sera libre de le transformer et aménager à sa guise et qui deviendra en fin dé bail propriétaire du matériel actuel. Ce ma- tériel actuel peut être évalué à cinquante piastres car il ne valait rien neuf, et se trouve être maintenant hors d'usage.Seu- lement comme il y aura d'énormes dé- penses pour transformer l'hôtel et le rendre exploitable, le doter de tout ce qui lui manque pour être un hôtel de familles et le meubler complètement à neuf, il est douteux que même dans ces conditions on trouve amateur. Le mieux serait sans doute de l'abandonner pure- ment et simplement à une compagnie immobilière qui se formerait pour ex- ploiter l'hôtel, une série de villas à cons- truire, la ferme laitière, les jardins po- ; tagers etc. ' ! (A suivre) H. CUCIIEROUSSET
  7. 7. L'EVEIL ECONOMIQUE Encore un progrés aux Postes et Télégraphes A partir du 1er novembre 1923, et dans le régime intérieur exclusivement, le public est admis à déposer dans tous les bureaux de poste Indochinois, des télégrammes dont la taxe sera représentée par des timbres- poste. Les timbres-poste sont apposés par l'ex- péditeur sur la miuute des télégrammes. Les télégrammes affranchis peuvent être déposés, soit aux guichets télégraphiques, soit dans les boîtes des bureaux. Le dépôt dans ces boîtes aux lettres des télégrammes affranchis en timbres poste (en langue administrative ; figurines postales) a lieu aux risques et périls des expéditeurs. Les télégrammes ne sont transmis élec- triquemment qu'autant que les timbres poste représentent le montant des taxes télégra- phiques dont ils sont passibles. Toutefois à titre de tolérance, il est don- né cours par la voie électrique aux télé- grammes de plus de 10 mots insuffisamment affranchis, lorsque l'insuffisance constatée est au plus égale à la taxe : 1° — de 2 mots pour les télégrammes de 11 à 20 mots ; 2o _ (je 4 mots pour les télégrammes au-dessus de 20 mots. En ce cas il est perçu sur le destinataire uue taxe complémentaire égale au double de l'insuffisance. Les télégrammes iusuffisammcut affran- chis en dehors des limites de la tolérauce ci-dessus dounent lieu à l'établissement d'une copie qui esi acheminée postalement et par le plus prochain courrier si, toute- fois, les timbres apposés représentent au moins la taxe applicable à une lettre simple. Lorsque la valeur des timbres-poste ap- posés sur un télégramme transmis électri- quement est supérieur à la taxe exigible, l'excès d'affranchissement n'est pas rem- boursé. La valeur des timbres-poste apposés sur les télégrammes ayant donné lieu à l'éta- blissement de copies à acheminer par la voie postale est remboursée à l'expéditeur sur sa demande sous déduction d'un droit de 4 cents. Les télégrammes ne remplissant pas les conditions fixées pour être transmis électri- quement ou acheminés par poste sont con- servés peudaut six semaines au Bureau de dépôt. Passéce délai,ils sont versés au rebut. ' Les remboursements effectués dans les conditions prévues ci-dessus ont lieu en timbres poste. Voilà en priucipe une intéressante amé- lioration mais qui demande cependant quel- ques commentaires. Au lieu d'acheminer par la poste, après en avoir établi uue copie, le télégramme insuffisamment affranchi, ne pourrait-on pas plutôt prévenir l'expéditeur, s'il réside dans la même localité que le bureau de poste ? L'innovation, nous lesavous, visait, dans la pensée de M. le Directeur des postes, les voyageurs de passagedans une localité pour- vue du télégraphe en dehors des heures d'ouverture du bureau (heures très courtes et qu'il y aurait peut-être lieu d'allouger). Mais le public des villes apprécierait beau- coup la facilité qui lui est douuée de n'avoir pas à attendre son tour au guichet et de mettre le télégramme, timbré selon le nom- bre de mots, dans une boîte spéciale à la portée du télégraphiste. M. Lavallée n'a, croyous-uous, pas songé à cette utilisatiou de la facilité nouvelle qu'il entendait créer. D.ins ce cas le télégraphiste ramassant ces télégrammes dans le panier, qu'il aurait à portée de sa vue, ei comptant qu'un télé- gramme est insuffisamment affranchi, aurait bieu meilleur temps de prendre un imprimé ainsi conçu : « Le télégramme déposé par vous tout à l'heure à la poste est insuffi- samment affranchi. Taxe à compléter : tant — » et, ayant inscrit le montant à com- pléter plus 0,04, puis l'adresse du destina- taire, lui envoyer cet avertissement par la prochaine distribution. Autrement qu'arrive-t-il 7 J'ai par exemple un télégramme de tren- te mots à envoyer à Battambaug. J'y mets dix timbres de 0,04 et le jette à la boite aux télégrammes — Le télégraphiste compte qu'il manque 0,10; il copie alors le télégram- me soigneusement, le met sous enveloppe et l'expédie, avec probablement toute une paperasserie. Le destinataire le reçoit neuf ou dix jours plus tard et pendant tout ce temps je suis fort étonné d'être sans répon- se ou bien une affaire est manquée. Par dessus le marché le destinataire doit payer 14 sous et me voue à tous les diables. Avec le système très simple que nous préconisons pour les télégrammes déposés par une personne résidant dans la ville du bureau, à Hanoï par exemple, une heure ou deux après le dépôt le télégraphiste aura sans perte de temps envoyé son imprimé, que le destinataire aura le soir même.Le len- demain matin, celui-ci ayant aussitôt ré- paré son erreur, le retard du télégramme n'aura été que d'un jour au lieu de 8 ou de plusieurs semaines dans le cas de certains postes éloignés. La copie du télégramme pourra quand même être envoyée postalement mais au cas où le destinataire aura été touché par le té- légramme il n'aura rieu à payer. C'est uue suggestion. En tout cas nous sommes heureux de voir que notre nouveau directeur, eu atten- dant de pouvoir nous offrir quelque gros progrès s'inquiète de nous procurer de nom. breuses petiles améliorations pour nous faire prendre patience. Gomme nous savons qu'il aime les sugges- tions en voici uue dont la réalisation ue dépend pas que de lui,hélas,mais aussi d'une des catégories de ronds-de-enir les nlus in- décrotables. Il s'agit au surplus d'inuover dans une malière où la superstition joue un rôle. C est que les timbres poste ordinaires soient utilisés comme timbres de quittance et comme timbres de dimension. LE CONCOURS AGRICOLE Nous croyons savoir que la Chambre d'Agriculture a décidé de ne pas s'oc- cuper du Concours dit « Concours Agri- cole », qui aura lieu au moment delà Foire. La raison, qui est très bonne, est que l'Administration a réduit à un seul membre la représentation de la Cham- bre d'Agriculture dans le comité. Le concours va donc devenir de plus en plus un concours hippique bien que l'élevage du cheval n'ait dans ce pays qu'une importance tout à fait secondai- re.Mais les plaisirs des riches passent avant les besoins des pauvres. La Chambre d'Agriculture aurait tort de se laisser faire et son abstention ne doit pas êtr e co nsidérée comme indiquant de l'indifférence vis-à-vis du développe- ment de l'agriculture. Cette indifféren- ce est de l'autre côté,du côté de l'admi- nistration, qui ne s'intéresse qu'à ce qui est amusant: le cheval, mais pas à ce qui est utile ; le boeuf, le buffle, le porc, le poulet, les légumes. 11n'y a qu'à laisser les fonctionnaiies et quelques amateurs s'occuper de leurs chevaux; la Chambre d'Agriculture de- vrait songer de son côté à organiser di- vers concours au cours de 1 année. Prendre part au concours agricole serait de la part des agriculteurs la mê- me faute contre la liberté, la même con- cession à l'autoritarisme, que le fait des huit candidats qui se sont présentés aux élections municipales de Hanoï—Nous espérons que les colons sauront, eux, faire preuve d'un peu plus de fermeté.
  8. 8. L'EVEIL ECONOMIQUE Notre service géographique Compte-rendu des travaux exécutés en 1921 Un compte-rendu annuel destiné au Gou- verneur général et au Géuéral Commandant supérieur forme la documentation relative aux travaux du Service Géographique. Ce compte-rendu ne comprenait au début qu'un exposé des travaux exécutés, auquel ont été annexés par la suite des études géo- graphiques sur les régions levées. Le comp- te rendu de 1921 diffère des autres en ceci qu'il contient un historique de l'oeuvre ac- complie par le Service géographique. C'est en 1886 qu'a été créé le « Bureau topographique de l'Etat-major des troupes de llndochine ». Les documents fournis par les missions et les levés des officiers du corps d'occupation permirent de dresser la carte de l'Indochine au 1/200.000. Le pro- gramme des travaux prévoyait l'établisse- ment d'une carte au 1/100.00 dont la pre- mière édition est de 1893 et de caries au 1/200.000 et 1/500.000 qui parurent entre 1889 et 1894. — Euliu, le bureau topogra- phique présenta à l'Exposition uuiverselle de 1900 une carte de toute l'Indochine au 1/500.000 en 19 feuilles.— Les opérateurs du service furent surtout dirigés vers l'An- nam et le Tonkin, et dans certaines parties du Laos et de l'Annam les caries provisoi- res qu'ils ont établi sont les seules dont on puisse encore disposer. Entre 1886 et 1895 la mission Pavie éta- blit la cartographie du Laos, du Cambodge et du Haut-Tonkin ; la carte Pavie au 1/200.000 sert encore pour les régions où des levés réguliers n'ont pu être faits. Le Service géographique fut créé par ar- rêté du Gouverneur général le 5 juillet 1899, avec pour mission principale d'établir une carte régulière sur un canevas géodésique déterminé avec précision, il devait en outre continuer et améliorer les cartes provisoires et se charger de leur publication. La triangulation géodésique de flndochi- ue fut commencée en 1899 dans le Delta.— En 1905, le programme des travaux approu- vé par lé Conseil de défense de la colonie comportait la carte au 1/25.OO0des deltas d'Annam, de Tourane à Phan-Rang et la carte au 1/100.000 de la région montagneu- se du Tonkin et de la côte d'Annam, de Thanli Hoa à Phau-raiig. Le programme de 1910 ajouta quelques travaux complémen- taires ; la continuation de la carte du Cam- bodge, le levé de la côte d'Annam et de Co- chinchine.elc... Le programme de 1919 pré- voit ia continuation de la carte de Cochin- chine au 1/25.000, des travaux du Laos et des levés de la côte d'Annam.Ce dernier pro- gramme est d'ailleurs destiné à être revu au point de vue des nécessités que comporte le développement économique de la colonie. Le ralentissement forcé des travaux du Service géographique, pendant les années de la grande guerre, a fait place à une activité rajeunie sous l'influence de son émi- nent directeur le Lieutenant-Colonel Du- buisson. En effet, l'année 1921 a été employée à la réorganisation du service : Tout d'abord, le remaniement du programme des travaux de 1918 comportant la continuation de la carte au 1/100.000 de la côte d'Annam et de la carte au 1/250.000 dé la Cochinchi- ne. La collaboration avec l'aviation, a donné les meilleurs résultats ; une carte touristi- que au 1/500.000 est en voie de réalisa- tion. Un tel programme de travaux, l'activité tonte nouvelle déployée par le Service géo- g:aphique permettent d'espérer que dans un avenir très proche, la cartographie précai- re de l'Indochine ne sera plus qu'un souve- nir. Certes il demeura longtemps de vastes régions, telles que la Laos, le haut-Tonkin, les plateaux du centre f ranning, Darlac, J augbiang, difficilement accessibles aux le- vés réguliers et les cartes provisoires — de la Mission Pavie, ne deviendront pas de si tôt de simples curiosités historiques, mais il n'en reste pasmoius que l'oeuvre déjà réa- lisée par le Service géographique de la plus haute importance - permet d'espérer les plus intéressants résultats. Revue Indochinoise — Mai-juin 1923. Vers le débloquement du Laos M. Jean Brunhes dans l'article que nous avons reproduit, a peut être chan- té victoireun peu trop tôt. Dans ce pays d'Indochine les progrès sont lents et le débloquement du Laos n'esl pas encore chose faite : néanmoins nous avançons peu à peu vers la solution du problème. La dernière saison sèche a vu plu- sieurs douzaines d'automobiles passer sans trop de difficultés,et en un ou deux jours, de Vinh, sur la côte d'Annam, à Thakhek sur le Mékong. On est même allé en automobile de Vinh à Savanna- ketpar cette voie.qui fait gagner près de 300 km. T- Certains de ces voyageurs étaient, comme M. Jean Brunhes et M. Getten, des personnalités dont le passa- ge dans ces pays, jadis si peu accessi- bles, avait une très grande importance. Cet hiver verra un nouveau progrès. Un appel d'offres sera clos le 10 dé- cembre pour un service automobile ré- gulier allant du 1er novembre au 1er avril. Nous ne voyons pas très bien comment l'entrepreneur fera, si l'on lui signifie le 25 décembre qu'il est agréé définitivement, pour organiser son ser- vice le 1er novembre. — Et comme lecahier des charges prévoit un délai de trois mois, on ne voit pas, si cet entre- preneur est en retard de trois mois et un jour.après des formalités qui peuvent durer jusqu'au 10 janvier, comment on pourra le pénaliser,puisqu'alors ce sera la saison des pluies et la fin de la saison des transports. En fait nous pensons assez que de part et d'autre on mettra de la bonne volonté, que bien avant décembre des offres auront été faites et déjà examinées et qu'au 10 décembre il n'y aura qu'à tout régulariser de façon à ce qu'il y ait cette année au moins trois mois de trans- ports soit 12 ou 13 voyages. Le tarif prévu est. de 0,10 par km. soit 30 p. 80 en première classe et 0,07 soit 19 p. 60 en seconde. Nous pensons bien que l'administra- tion saura organiser tous ses mouve- ments de fonctionnaires pour cette épo- que de façon à réaliser une très forte économie sur ce qu'elle paierait par ailleurs. Ces tarifs sont en effet extrêmement bas. Ils ne tiennent aucun compte des difficultés que rencontrera l'entrepre- neur ni de ses frais énormes pour un nombre de voyages si réduil. Sans doute a-t-on voulu par là encourager les voya- geurs voyageant à leurs propres frais, les commerçants, entrepreneurs, pros- pecteurs, touristes etc. Mais il faut que l'on s'attende à ce que le concessionnaire demande une assez forte subvention. Ce serait une très grande faute de lé- siner à ce sujet. Quand on a dépensé des centaines de milliers de piastres pour construire une route il n'y a pas à hésiterdevantquelques milliers de pias- tres pour la doter de moyens de trans- port et pour la faire connaître. Nous estimons que le Laos gagnerait beaucoup à faire un certain sacrifice pour lancer cette route, amener le plus grand nombre possible de voyageurs à laparcourir et leur procurer les moyens de se loger et se nourrir. Des salas, commeM.Drouot, résident de Thakhek, sait si bien en construire, devraient être construites ou agrandies à Napé, Nakai et Mahassay, quelque peu meu- blées et confiées à un gardien débroùil- lard.doublé au besoin pendant la saison d'un bon garçon-cuisinier. Le service automobile hebdomadaire nous semble insuffisant ; un service bi- hebdomadaire ne coûterait pas deux fois plus cher et permettrait un mouvement plus intense. Il s'agit d'autre part dev faire une publicité bien comprise pour rendre cette route populaire, d'y facile ter des voyages de journalistes, des chargés de mission des Chambres de 'commerce et d'agriculture, des membres de la société de géographie etc. Il s'agit aussi de profiter de ce servi- ce pour commencer à préparer le ravi-? taillemenl en matériel comme en nom> riture pour la construction du chemin de fer de Tân-Ap à Thakhek. Et Comme Mahassay sera un point très important à cet effet, et plus tard une des princir
  9. 9. 1/JEVB1L ECONOMIQUE pales gares, nous voudrions que dès cet hiver on s'attachât à développer ce cen- tre. Il faudrait pour cela y mettre un garde principal avec un détachement de la garde indigène, un bureau complet de Postes, télégraphe et éventuellement téléphone, une infirmerie-dispensaire avec un infirmier indigène, une grande maison de passagers avec, si possible un gérant européen subventionné, une douzaine de chevaux de bât et de selle et des éléphants. Nous voudrions même voir créer dès cette année un bureau de poste à Ban- Na-Phao, relié par un courrier à che- val hebdomadaire avec Mahassay. Tout cela fonctionnerait peut être sou- vent à vide, mais n'est-ce pas à blanc que l'on tire pendant les grandes ma- noeuvres ? Du moins aurait-on, le jour où l'on commencera les travaux, une organisation toute prête et bien au point. Et d'ores et déjà cette organisation pré- liminaire rendrait bien service aux bri- gades d'études et commencerait à pré- parer les Indigènes de cette région, plus peuplée qu'on ne croyait, à un état de choses nouveau, Mais à la base de tout est un mouve- ment aussi intense que possible sur la route de Vinh à Thakhek et des moyens de transport qui encouragent et facili- tent ce mouvement. CLODION CHRONIQUE DES LIVRES Livres de science Les. Souterrains-refuges de la France • contribution à l'histoire de l'habitation humaine (A. Picard, éditeur), par Adrien Blanchet. Ces souterrains, les uns naturels ou ap- propriés aux convenances de l'homme, les autres dus à son industrie, se rencontrent dans diverses provinces de France ; l'au- teur limite son élude à ceux de notre pays, mais il s'en rencontre sur tous les conti- nents et ils correspondent à un stade iden- tique de l'évolution des sociétés humaines. Leur description, celle des objets qu'on y trouve évoquent curieusement la vieille his- toire de uos pères très anciens. La Physique depuis vingt ans. par Paul Langevin, professeur au Collège de France. (Collection de YEncyclopédie scien- tifique, (Doin édit.) La haute situation de M. Paul Langevin dans la science, particulièrement eu matiè- re de physique, suffit à attester l'intérêt de ce livre. On sait que pour M. Paul Langevin: « la fécondité singulière manisfestée par la notion nouvelle, par le fait expérimental de la structure discontinue, corpusculaire, des charges électriques semble être le caractère le plus saillant des travaux modernes en électricité » et que « nous devons aujour- d'hui fonder notre conception du monde et notre précision des phénomènes sur l'exis- tence des molécules, des arômes et des électrons. » Pasteur, sa vie, son oeuvre, ses conti- nuateurs, par A.Lomont (Gédalge éditeur), Le récent centenaire de Pasteur affirma dans le monde entier le rayonnement de sa gloire et de son oeuvre, plus bienfaisante chaque jour. C'est que chez Pasteur l'homme n'est pas inférieur au savant. 11 est admirable que Pasteur, à l'heure de choisir sa voie, eut à choisir entre la science et l'art ; il n'est pas moins admirable que le souci moral ait eu tantd'importance chez lui.De là sou prestige auprès des savants,et la reconnaissance tou- chante que lui garde le peuple. Dans un ouvrage court mais substantiel, M. A. Lomont a retracé la figure de Pas- teur et résumé son oeuvre. L'auteur, résu- mant à bon escient, dit tout l'essentiel en termes précis qui sont ici la meilleure litté- rature. Un pareil ouvrage ne peut qu'aider heureusement la diffusion de la méthode pasteurienne — et l'éclairer, par sa facilité de lecture, jusqu'aux débutants scientifi- ques. Le Ciel, nouvelle astronomie pour tous, par A. Berget, docteur ès-sciences, illustré sous la direction de L. Rudaux, astronome (Librairie Larousse). Il y a longtemps que l'Astrouomie, grâce à Foutelle et à sa « Pluralité des mondes » est entrée dans le «monde», si je puis dire. L'ouvrage de MM. Berget et Rudaux con- tinue la tradition et l'enrichit des der- nières découvertes de la science et de ma- gnifiques illustrations. L'histoire de l'astro- nomie, ses méthodes, ses grands et trou- blants problèmes, l'avenir de la terre, et tant d'autres questions sont exposés avec clarté et l'astronomie s'y révèle comme la poésie des mathématiques et de l'infini. Dans la même collection out déjà paru : La Mer, par Clerc Rampai ; La Terre, par Auguste Robin ; Lés Plantes, par Costauliu et Far- deau : Les Animaux, par Joubiu et Robiu. Radio, télégraphie, téléphonie-concert, par lleynaud-lionin, professeur à l'ificole supérieure d électricité (Gaulliier-Villars é- diteur). C'est un livre d'actualilé et qui se propose de faciliter aux amateurs de T.S.F. l'installa- tion de leurs postes. Le meilleur moyen, et c'est celui qu'il emploie, c'est d'abord de leur expliquer la composition des appareils, puis leur fonctionnement. L'auteur expose aussi, eu termes accessibles à tous, la théorie de la propagation des ondes électriques. Signalons encore les parties relatives à la situation actuelle de la radiotélégraphie et à sa réglementation. RlQUET. Les livres Mesure de la France, par Drieu la Ro- chelle (Librairie Grasset édit.) Le temps des vacances est propice aux relectures, loin du brouhaha des villes et des opinions de groupes, toujours faussées. « Mesure dtkla France » m étant retombé sous la main, je m'attardai à le relire. Bien que ce livre ne se range pas dans les nou- veautés son intérêt demeure. Certes, il n'y manque pas de lieux communs repris avec solennité ; le ton sentencieux et volontiers vaticinateur qu'il adopte trop sou- vent ne laisse pas d'indisposer et si l'auteur, en plusieurs endroits, marque un juste mé- pris du pédantisme, il n'évite pas un cer- tain prophétisme professoral et juvénile qui ne vaut guère plus. Nous savons de reste que la diminution de la natalité est une cause d'infériorité pour la;Frauce, et que notre pays n'est plus la seule puissance continentale de premier rang ; qu'il exerce toujours une souveraineté intellectuelle et artistique reconnue, mais que d'autres formes d'hégémonie ont surgi moins pures et d'une implacable expansion. Nous savons tout cela, quelques autres pe- tites choses aussi, et que la France n'a pas vaincu seule, tandis qu'autrefois elle maî- trisait les coalitions. Même avec plus d'enfants, le sort eût-il changé ? L'iutérêt et le mérite du livre de M. Drieu la Rochelle, c'est qu'il porte témoignage pour la génération de la guerre. Son accent d'âpre sincérité rappelle celui de son cama- rade Henri de Montherlant. Leurs écrits in- diquent chez ceux de leur âge le souci, par- fois guindé, d'uue attitude d'énergie physi- que, énergie qu'ils reprochent aigrement à leurs aînés (les symbolistes) d'avoir mépri- sée, mais dout eux-mêmes n'usent pas avec une persuasive sérénité. Peut être leur éner- gie manque-t-elle d'assurauce, sinon d'ob- jet ? La réaction, d'ailleurs utile, contre les excès de Piutellectualisme et les dérègle- ments de la sensibilité commencée dès avant la guerre et à laquelle l'enquête d'Agathou donna tout retentissement, se continue avec ces je.unesécrivains; mais, alors que les atués lutlaieut sur le plau intellectuel et oppo- saient uue discipline, les cadets donnent uue forme concrète à leur protestation : le sport. Le sport devient à leurs yeux une véritable morale ; son exercice ne fortifie pas seule- ment le muscle, l'âme y puise aussi des qua- lités d'énergie, de justice et d'honneur. On retrouve dans cette théorie, encore plus simple que vigoureuse, un excès de dévelop- pement logique amusant, malgré les graves problèmes qu'elle prétend résoudre. Eu fait, et cela ruine toute la thèse par son appli- cation même, les « sportifs » de doctrine et d'action ne se montrent nullement plus pro- créateurs que leurs aînés aux femmes sté- riles. Des événements récents, des « combines» sans honneur ont singulièrement discrédité le sport comme « morale régénératrice » et école de loyauté. Sans généraliser, il reste que le moyen est inopérant et mesquin. Au- tant vaudrait essayer de soulever la tour Eiffel avec un fétu de paille comme levier. M. Drieu la Rochelle s'exprime par for- mules bien frappées et qui s'inscrivent dans la mémoire ; sa phrase est volontaire, non sans affectation de virilité. On l'imagine sou- cieux de rigidité et de faire l'homme ; sa démonstration a des allures de prêche cor- nélien. A-t-il des enfants ? Si oui, il sera sans doute, le premier de ses adeptes, mais je n'en suis pas sûr. Peut-être n'a-t-il fait qu'un livre ,ce prê- cheur de procréation, mais ce livre reste sympathique par sa sincérité, émeut par sa noble anxiété des destius de la France. Le vrai visage de La Rochefoucauld, documents inédits, par Emile Magae. François, duc de la Rochefoucauld, pair de France,. Prince de Marsillac Baron de Vertueil, Gouverneur de Poitou, fait cheva- lier des ordres du Roy le 31 décembre 1661 par sa vie aventureuse de guerrier et de po-
  10. 10. L'EVEIL ECONOMIQUE litique, d'amant aux amours légendaires, par ses qualités d'écrivain, s'affirme comme l'une des grandes et curieuses figures du XVlle siècle. Sa vie, véritable roman de cape et d'épée, est bien connue. Pourtant M. Emile Magne, qui s'adonne aux archives du grand siècle classique, établit avec de nouveaux docu- ments ce qui, daus cette existence toute de perturbation, appartient à l'histoire et ce qui revient à la légende, histoire et légende éga- lement intéressantes. 11semble avéré, aujourd'hui que, notam- ment le chapitre des maximes sur l'amour propre, empruute beaucoup à l'ouvrage d'un ministre anglais, Daniel Dyke, dont le livre La Sonde de la conscience, fut connu de La Rochefoucauld par une traduction. Cela n'a pas l'importance que lui attribue M. Emile Magne, et ce procédé, on le sait,est commun à tous les auteurs classiques. Ce qui importe ici, c'est le tour personnel, l'ac- ceut de sincérité et la justification par l'ë- pipuve personnelle. Tout cela ne peut être contesté à noire amer moraliste,et François VI de La Roche- foucauld, qui à la fin de sa vie élevait des souris blanches, demeure l'un de nos grands écrivains. Curiosités historiques, par AI. le duc de ja Gorce (Emile Paul frères édit). L'histoire, pour le duc de la Gorce, n'est pas qu'une résurrection dn passé (encore qu'il soit indispensable qu'elle soit cela), elle est encore pour lui la grande institutrice de l'homme, la grande leçon d'expérience. 11 ne lui déplaît pas de tirer parti de cette le- çon. Il lui plairait surtout que les vivants eu fissent profit pour leur avantage et leur bien, mais qu'on ne croie pas au prêche ni à une déformation tendancieuse. L'auteur n'écrit pas à l'intention des lauréats des prix Mon- tyou, et s'il mérite le nom d'historien, c'est par son respect de l'histoire. On lira avec intérêt et profit les quatre études qui composent ce livre et qui traitent de l'ambassade extraordinaire du duc de Mayenne en 1012 pour les fiançailles d'An- ne d'Autriche ; — des prisons du « bossu de la Fronde », Armano de Bourbon, prin- ce de Conti ; — La fin tragique de la do- mination napoléonienne en Hollande ; — La correspondance de la reine Marie-Amélie, avec la richesse d'information, les qualités de culture et de style qui ont classé le duc -de la Gorce parmi nos meilleurs historiens. Au service de la déesse, essais de critique par André Beauvier (Flammarion édit.) 11 y a déjà longtemps que M. André Beau, vier s'attache à faire comprendre et aimer le mouvement littéraire français. Son livre sur le symbolisme demeure l'un des plus intelligents et des mieux aptes à faire en- tendre cette période ardente et beaucoup moins compliquée, à distance, qu'elle parut en son temps. Il est vrai que les écrivains de ce temps s'efforçaient avec ardeur à la complication et ambitionnaient « d'épater le bourgeois » dont, il faut le reconnaître, ils rejetaient le suffrage. Depuis, bien d'autres mouvements se sont manifestés, que M. Beauvier étudia avec une égale sollicitude. Son désir de comprendre ni sa sensibilité ne se sont émoussés. Sans doute un grand sens de la relativité le pré- serva du scepticisme. Sa sympathie pour les vivants ne le détournait pas des grands morts et ses éludes devinrent plus éclecti- ques. On en jugera par le présent volume qui réunit des études importantes déjà publiées dans la « Revue des Deux-Mondes » et comprend des considérations ingénieuses et fortes sur les dangers de la littérature, les tribulations d'Homère, l'affaire Shakes- peare, les drôles d'idées des Goncourt, les idées de M- Pierre Hamp, le singulier ta- lent de M. Jean Giraudoux, etc. Ce mélange d'immortels de tout repos et d'éphémères incertains au malin brillant, est régi et ordonné par un amour désinté- ressé de la littérature, M. Beauvier a le droit déjuger : sa culture, sou intelligence et sa sensibilité l'y autorisent ; j'ajouterai même qu'elles lui créent un devoir de sé- vérité, car on ne l'a jamais vu au service des causes médiocres ou des compromis, et c'est à bon droit qu'il intitula son livre « au Service de la déesse. » Celle que j'appelle la déesse, dit-il dans sa préface, est la Littérature, au service de qui l'on ne saurait accorder trop de zèle. Divers peuseurs ont, de nos jours, la lèvre dédaigneuse et l'air éminent pour déclarer : « C'est de la littérature », à peu près com- me ils diraient : « Ce n'est rien ». Eh ! que vous faut-il. bonnes gens ? L'on feiut aussi de supposer que le critique fasse le bas ou- vrage de la littérature. Et il ajoute : « Le critique nettoie et ba- laye devant le Temple. Utile besogne ! 11 éconduit les profanes. 11 accueille les bons dévots de l'art, il les recommande à la foule incertaine. Il organise la cérémonie de la beauté. » M. Beauvier est un des rares critiques qui assurent la propreté du temple. Ou peut se fier à lui comme au meilleur yuide. II. MARTINIE Le Bulletin Economique Nous sommes heureux de signaler de la part des Services Economiques un effort pour raltr-iiper le retard de six mois que le Bulletin Economique semblait bien ne ja- mais vouloir rattraper. Le numéro de mai- juin a paru il y a quinze jours et l'on nous donne à espérer que celui de juillet-août ne tardera pas à suivre et que septembre-octo- bre paraîtra avant la fin de l'année. C'est là un effort très méritoire d'autant. pl«s qu'il concorde avec une sérieuse amélioration de la revue. Le numéro de mars-avril compre- nait il est vrai un article un peu faiblard sur les Postes et que nous nous étonnons que M. Lochard ait accepté. Le numéro de mai-juin est extrêmement intéressant. Nous y trouvons tout d'abord un rapport de Mission aux Indes Britan- niques sur l'organisation de la statistique par M, F. Leurence, chef du Service de la statistique à la Direction des Services Eco- nomiques. La statistique futlongtemps con- sidérée en Indochine comme une chose se- condaire à la portée du premier venu ; on n'attachait aucune importauce à l'exactitude des chiffres, pas même à leur vraisemblan- ce ; on faisait de la statistique parce que tous les pays font de la statistique. M. Lochard, avec raison, a estimé qu'il était impossible de rien baser de sérieux sur des statistiques aussi fantaisistes, et que à la base de toute documentation sur le pays il fallait un ensemble de données établies honuètement, méthodiquement et intelligem- ment. C'est dans ce but que fut engagé M. F. Leurence, un des huit ou dix statisticiens de France ayant fait de la science statistique leur spécialité. Au cours de son voyage de Frauce eu Indochine M. Leurence passa un mois daus les Indes Britanniques pour y étudier les méthodes suivies par les Angiais pour leurs statistiques. C'est de cette étude que M. Leurence rend compte dans un ar- ticle extrêmement intéressant. Bien que fonctionnaire et, écrivant un rapport admi- nistratif, M. Leurence emploie la langue française, ce dont il convient de le féliciter. Du secoud article, de M. l'ingéuieur Ra- by, sur les progrès réalisés dans la chauffe des chaudières à l'aulhracite pulvérisé, nous avons déjà rendu compte. Cet article aura certainement un heureux effet au Tonkin. C'est ensuite la continuation par M. 11. Guibier, Chef du service forestier, de son compte rendu d'une tournée forestière en Cochinchine. A la différence de son illustre collègue Jean de La Fontaine,M. Guibier ne délaisse pas ses fonctions pour taquiner la muse et tient autant à passer à la postérité comme forestier que comme poète—L'étu- de de M. Guibier, très documentée, est abon- damment illustrée;seulement nous ne ferons pas de compliments aux imprimeurs, qui sont outillés pour faire beaucoup mieux. La seconde partie du Bulletin est consa- crée comme autrefois aux renseignements ; mais elle est désormais bien distinctes de la première partie avec pagination séparée, ce qui permettra en fin d'année une reliure à part. Mais le principal avantage est que les « Renseignements » désormais sensiblement accrus (notamment dans leur partie statisti- que) ferout l'objet de fascicules spéciaux, al- ternant avec les numéros du Bulletin, de ma- nière à douuer au lecteur une documenta- tion mensuelle régulière. La rubrique statistique comprend réguliè- rement, depuis le numéro de janvier-février 1923 : 1° — des statistiques mensuelles du Commerce extérieur de l'Indochine d'après, la Direction des Douanes et Régies ; 2° — des renseignements financiers : cours des changes à Saïgon et de -l'argent sur divers marchés mondiaux ; 3° — un tableau comparé des prix des principaux produits intéressant l'Indochine, sur les marchés locaux et sur les marchés exportateurs étrangers ; . ... . 40 _ divers renseignements statistiques, d'importance variable, concernant l'Indo- chine et les pays voisins. Nos plans de Dalafc Dans notre numéro du 21 Octobre nous avons donné le plan général de Dalat, qui vient d'être adopté et qui servira de base à là cons- truction de notre future capitale d'été. Ce n'est pas une base ne variètur, car une ville est quelque chose de vivant el dont le développe- ment ne saurailêtre prévu que dans ses.gran- des lignes. Diverses causes peuvent dans la suite imposer des modifications qu'il serait ab- surde de s'interdire d'avance. Mais au moins on a un plan qu'on suit si rien ne vient justi- fier un changement; on n'avance donc pas, comme c'est le cas de beaucoup de villes, au hasard et selon le caprice des hommes. Nous donnons dans ce numéro et dans le prochain le détail des parties principales de ce plan : dans le petit plan : la gare .et le gouvernement général; dans le grand plan: le centre de la station, centre marqué par l'hôtel actuel.
  11. 11. L'EVEIL ECONOMIQUE 13 Voyage de Henri Mouhot au Cambodge en 1859 (Suite voir n" 329, 330, 332, 334) Le 29, je quittai mon aimable compalrio- déj te et ami M. Arnoux à notre commun regret, pei j'ose le dire, et me mis en route accompa- tre gné du P. Guilloux, qui avait quelques allai- la res à terminer à Pinhalù. Tous deux auraient les bien voulu que je restasse en leur compagnie loi jusqu'à ce que la Cochinchine fût ouverte et jai que je pusse la traverser. Je l'aurais désiré eff si j'avais prévu une fin prochaine à la guet- tei re • mais dans l'état où étaient les choses ; ét( c'était de toute impossibilité. m< Jusqu'à Pump-ka-Dàye, qui est, ainsi que da je l'ai déjà dit, le premier village que l'on rencontre en venant de Brelum, j'eus la so- ch ciété et l'aide des missionnaires et du vieux to chef des Stiêiigs, qui me fournirent trois ch:i- l'u riots pour mou bagage, tandis que Phraï et so les Annamites de la suite du P. Guilloux se vi chargèrent de mes boites d'iusecles qui n'au- d( raient pu supporter, sans se briser, les ca- m hots de la route. cl Les pluies avaient cessé depuis trois se- ai maines, et je fus agréablement surpris en lu retrouvant la nature, dans les endroits que c< uous traversions, plus rianle qu'au mois d d'août ; les sentiers étaient secs, et je n'avais ti plus à redouter les mares fai geuses et les ri nuits de pluie. c Arrivés à une des stations où nons.devions p passer la nuit, nos domestiques allumaient g du feu pour cuire le riz et éloigner les d animaux sauvages, quand nous vîmes nos boeufs, notre chien et notre singe témoigner l également une sorte d'anxiété et donner les s signes du plus grand effroi ; presque aussi- d tôt nos oreilles furent frappées d'un rugisse- a ment semblable à celui du lion. Notre pre- c mier mouvement fut de sauter sur nos ai- i mes toujours chargées et d'attendre. Plu- ç sieurs rugissements semblables se faisant t entendre à une dislance très rapprochée aug- j mentèrent l'effroi de nos animaux, et ne lais- ( sèrent pas que de nous faire éprouver ànous- < mêmes une certaine émotion. Je propose i d'aller au devant de l'ennemi, proposition aussitôt acceptée, et nous nous engageons dans l'intérieur de la forêt du côté d'où nous venait le bruit, tous armés de fusils et de piques. Nous tombons sur les traces que les animaux perturbateurs de notre repos ve- naient de laisser sur leur passage, et. daus une petite éclaircie de la forêt, au bord d'un marécage, reste des pluies, neuf éléphants, conduits par un vieux mâle d'une taille monstrueuse, s'offrent à nos regards, la tète tournée de notre côté. W A notre vue, le chef de la troupe poussa g un rugissement plus formidable encore que g les antres, et tous s'avancèrent gravement g au devant de nous. Nous nous tenions bais- g ses et en partie cachés par des troncs d'ar- g bres et des herbes, mais ces arbres à huile g étaient tous trop gros pour qu'il fût possi- g ble d'y grimper. J'armai mou fusil et me g prépara? à viser la tempe du mâle conduc^ g teur de la bande, seul endroit vulnérable, quand l'Annamite qui était à côté de moi, et qui est un ancien chasseur, releva mon arme, me suppliant de ne poiut tirer, « car dit-il', si vous blessez ou tuez un de ces ani- maux, nous sommes perdus ; et si même nous réussissons personnellement à nous échapper, nos boeufs, nos voitures et leur contenu, tout sera réduit en pièces par les autres éléphants devenus furieux. S'ils n'é- taient que deux ou trois, ajouta-t-il, j'aurais déjà moi-même descendu le premier, et c peut-être parviendrions-nous à tuer les au- t très, mais en présence de neuf, dont cinq de ' la plus grande espèce, il est plus prudent de 1 les éloigner. » Au même moment, le P. Guil- | lôux, qui ne se fiait pas à la vitesse de ses 1 jambes déchargeait son aime en l'air pour effrayer l'ennemi. Le moyen réussit parfai- tement ' les neufs colosses s'arrêtèrent étonnés sur la même ligne, firent brusque- ment demi-tour à droite et s'enfoncèrent dans la foi et. Arrivés à Pemptiélan, nous descendîmes chez le mandarin dont l'autorité s'étend sur toute cette partie du Cambodge, et contre l'usage du pays il nous offrit l'hospitalité sous son propre toit. <A peine installés, il vint nous visiter et me demanda le meilleur de mes fusils. Voyant- que je ne pouvais m'en séparer, il me demanda quelque autre chose, nous donnant à comprendre que nous aurions dû débuter par des cadeaux. Je lui fis présent d'un habillement européen complet, d'une poudrière, d'un couteau de rhasse, de poudre et de quelques au- tres petits objets; alors, pour se montrer reconnaissant, il me donna une trompe de cornac en ivoire, nous offrit deux éléphants pour continuer notre route et expédia nos gens avec une excellente lettre pour les chefs de son district. Nous reprîmes notre route le lendemain, l'abbé sur un éléphant,lisant tranquillement son bréviaire, et moi sur un autre, jouissant de la beauté des paysages parcourus. C'est ainsi que nous traversâmes les belles plaines occupées par les pauvres Thiàmes lors de mon premier passage : mais au lieu de ri- ches moissons, je fus étonnée de n'y plus trouver que de grandes herbes ; leurs villa- ges étaient abandonnés, les maisons et les clôtures tombaient en ruine. Voici ce qui était arrivé : le mandarin de Pemptiélan, exécutant ou dépassant les ordres de son maître le roi du Cambodge, tenait ces mal» heureux dans un esclavage et sous une op- pression tels qu'ils tentèrent de soulever leur joug. Privés de leurs instruments de pèche et de culture, sans argent, sans vivres, ils étaient abandonnés à une misère si af- freuse que beaucoup d'entre eux moururent de faim. Ces malheureux, au nombre de plusieurs ' milliers et sous la conduite d'nn de leurs chefs dont l'a tète était mise à prix, et qui éiait revenu secrètement de l'Annam, se le- vèrent en masse. Ceux des environs de Pnom-Peuh remontèrent jusqu'à Udong pour protéger la fuite dé leurs compatriotes éta- blis sur ce point, puis une fois réunis, ils descendirent le fleuve et passèrent en Co- chinchine. Le r-ei donna des ordres pour arrêter la marche des Thiâmes, mais toute la population cambodgienne, mandarins en tète, s'était enfuie dans les bois à la seuie nouvelle du soulèvement. Outre l'intérêt que les malheurs de ce pau- vre peuple inspirent, leur conduite, quand tout fuyait devant eux, et que Udong, Pinha- lù et Pnom-Peuh étaient sans un seul dé- fenseur, fat des plus nobles. «Nous n'eu voulons pas an peuple, di- saient-ils sur leur passage ; qu'on nous lais- se partir et nous respecterons les propriétés; mais uous massacrerons quiconque cherche- ra à s'opposer à notre fuite. » Et, de fait, ils ne touchèrent pas même à une seule des larges embarcations qui étaient amarrées sans gardiens près des marchés, et ils s'a- bandonnèrent au fleuve dans leurs étroites et misérables pirogues. En passant devant l'île de Ko-Sulin. nous nous arrêtâmes pour voir le P. Confier. Ce pauvre missionnaire était dans le plus triste état ; sa maladie s'était aggravée, et ce n'é- tait qu'avec peine qu'il pouvait se traiuer de son lit à sa chaise. Cependant il était là, sans secours, n'ayant que du riz et du pois- son sec pour toute nourriture. Deux enfants d'une dizaine d'années étaient seuls pour le soigner et le servir. Nous le priâmes de ve- nir a Piubalù avec nous, mais il refusa à cause de son état de faiblesse. « Tout ce-que. je regrette, disait-il, ce sont mes pauvres parents que je ue rever- rai plus ; je vois venir la mort avec calme, presque avecjoie. Toutes nos instances pour l'emmener furent inutiles, et il nous fallut poursuivre notre roule, profondément at- tristés de le laisser dans cette pénible po- sition sans pouvoir, rien faire pour le soula- i ger. i . ; Le 2:1 décembre, nous étions enfin ren- dus à Pinhalù. t C'est par le 103» 03' 50" de longitude du méridieu de Paris, vers le 11e 37' 30" de s latitude nord et.à deux ou trois lieues seule- s ment de la frontière de la Cochinchine, que
  12. 12. Î4 L'EVEIL ECONOMIQUE se trouve Pnom-Peuh, ce grand marché du Cambodge. C'est le point où le Mékong se divise, le grand fleuve remonte au nord- est d'abord, puis au nord-ouest jusqu'en Chi- ne et aux Montagues de Thibet où il prend sa source. L'autre bras, qui ne porte au- cun nom et qu'il serait bon, pour le dis- tinguer, d'appeler Mé-Sap, du nom du lac Touli-Sap, remonte au nord-ouest. Vers le 12° 25'de latitude, commence le grand lac, qui s'étend jusqu'au 13° 53' ; sa forme est celle d'un violon. Tout l'espace compris entre ce dernier et le Mékong est une plai- ne peu accidentée, tandis que le côté oppo- sé est traversé par les hautes chaînes de . Poursat et leurs ramifications. L'entrée du grand lac du Cambodge est belle et grandiose. Elle ressemble à un vaste détroit ; la rive est en basse, couverte d'une épaisse forêt à demi submergée, mais cou- ronnée par uue vaste chaîne de montagnes dont les dernières cimes bleuâtres se con- fondent avec l'azur du ciel ou se perdent dans les nuages ; puis, quand peu à peu l'on se trouve entouré, de même qu'en plei- ne mer, d'un vaste cercle liquide dont la surface, au milieu du jour, brille d'un éclat que l'oeil peut à peine supporter, on reste frappé d étonnement et d'admiration com- me en présence de tous les grands specta- cles de la nature. Au centre de cette mer intérieure est planté un grand mât qui iudique les limites communes des royaumes de Siam et de Cambodge ; mais avant de quitter ce der- nier pays, disons tout ce qui nous reste à en dire. L'état présent du Cambodge est déplora- ble et son avenir chargé d'orages. Jadis cependant c'était un royaume puis- saut et très peuplé, comme l'attestent les ruines splendides qui se trouvent dans les provinces de Batlambang et d'Ongkor, et que nous uous proposons de visiter ; mais aujourd'hui celte population est excessive- ment réduite par les guerres incessantes que le pays a dû soutenir contre ses voisins, et je ne pense pas qu'elle dépasse un million d'âmes, d'après mon appréciation person- nelle comme aussi d'après les recensements de la populatiou. On y compte trente mille hommes corvéables, libres et en état de por- ter les armes, car l'esclave, au Cambodge comme à Siam, n'est sujet ni à l'impôt ni à la corvée. Outre un nombre de Chinois, relativement considérable, il s'y trouve plusieurs Malais établis depuis des siècles dans le pays com- me l'étaient les Thiâines, et une population flottante d'Annamites que l'on peut estimer à deux ou trois mille. Comme les dénombre- ments de la population ne .se rapportent qu'aux hommes corvéables, ni le roi ni les mandarins ne peuvent donner de chiffres plus exacts. La domination européenne, l'abolition de l'esclavage, des lois protectrices et sages, et des administrateurs fidèles, expérimentés et d'une honnêteté scrupuleuse, seraient seuls capables de régénérer cet Etat, si voisin de la Cochinchine, où la France cherche à s'é- tablir et où elle s'établira sans aucun doute ; alors il deviendrait certainement un grenier d'abondance, aussi fertile que la basse Co- hinchine. Le tabac, le poivre, le gingembre, la canne à sucre, le café, le colon et la soie y réussis- sent admirablement ; je note particulière- ment le coton, cette matière première qui constitue les trois quarts de celle employée dans la confection des étoffes, non seule- ment en France, ou même en Europe, mais je pourrais dire sur toute la surface du glo- be ! Aujourd'hui que, par suite d'un juge- ment de Dieu, l'Amérique se trouve plongée dans une guerre Civile dont nul ne saurait prévoir les conséquences et le terme, il est évident que de longtemps on ne pourra compter sur ce pays pour la production de cette matière première ? Donc le coton peut nous faire défaut, sinon entièrement, du moins en partie, et le pain manquer à des millions d'ouvriers qui ne vivent que de cette industrie. Quel beau et vaste champ s'ou- vrirait ici à l'activité, au travail, au capital ! L'Angleterre, cette nation colonisatrice par excellence, aurait bien vite fait de la basse Cochinchine et de ce pays une vaste plantation de coton ; il n'est pas douteux, si elle s'en occupe, qu'avant peu d'anuées elle aura le monopole de cette précieuse substance, comme l'Amérique l'a mainte- nant, avec ses colonies d'Australie, des In- des, de la Jamaïque, de la Nouvelle - Zé- lande, etc. ; et nous serons peut-être obli- gés d'acheter d'elle, de même qu'elle et nous aujourd'hui achetons à l'étranger. Pourquoi ne deviendrions-nous pas nous-mème nos propres fournisseurs ? Les terres de la seule île de Ko-Sutin, comme toutes celles des ri- ves du Mékong, sont, à titre de propriétés royales, louées aux planteurs de coton à raison d'une livre d'argent en poids et par lot d'un hectare à peu près, donnant un re- venu de plus de douze cents francs. Les fo- rêts situées sur les terrains élevés donnent de beaux bois de constructions célèbres à juste titre ; on y trouve également des arbres à gomme et à résine très recherchés dans le commerce, tels que le bois d'aigle et plu- sieurs espèces de bois de teinture. Les montagnes renferment des mines d'or, de plomb argentifère, de ziuc, de cuivre et de fer ; ces dernières surtout sont très com- munes. On s'étonne de voir une production insi- gnifiante, une industrie nulle dans ces con- trées si fertiles et si riches, mais on ignore généralement que les rois et les mandarins s'enrichissent par la spoliation et la concus- sion, par tous les abus qui ruinent le travail et arrêtent le progrès. Que ce pays soit administré avec sagesse et prudence, avec loyauté et protection pour le peuple, et tout y changera d'aspect avec une merveilleuse rapidité, Toutes les taxes pèsent sur le producteur, le cultivateur ; plus il produit plus il paye ; donc, porté à la paresse par l'influence du climat, il a une autre raison pour caresser ce vice : moins il produira, moins il payera, et par conséquent moins il aura à travail-
  13. 13. L'EVEIL ECONOMIQUE 15 -# FUMEZ LE "GLOBE" Wf 1er. Non seulement on retient la plus gran- I de et la meilleure partie de la population en c esclavage, mais toute espèce d'extorsions, s de concussions sont employées par les hauts i mandarins, les gouverneurs et les ministres; t les princes et les rois eux-mêmes donnent ( l'exemple. j Il me fallut trois grandes journées de na- l vigationpour traverser,dans son grand dia- I mètre, la petite Méditerranée du Cambodge, i vaste réservoir d'eau douce, et on pourrait dire de vie animale, tant les poissons abon- dent en son sein, tant les palmipèdes de toutes couleurs pullulent à sa surface. A l'extrémité nord du lac, des milliers de pélicans cinglent en troupes serrées dans toutes les directions, tantôt rentrant, tantôt allongeant leur cou pour saisir quelque proie; des nuées de cormorans fendent l'air à quel- ques pieds au-dessus de l'eau : la teinte de leur sombre manteau tranche avec la couleur claire des pélicans, parmi lesquels ils se confondent, et surtout avec l'éclatante blancheur des aigrettes qui, groupées sur les branches des arbres de la rive, ressemblent à d'énormes boules de neige. E'i entrant dans la rivière de Kun-Borèye, formée de plusieurs cours d'eau dont l'un porte le nom de Battambang, le même spec- tacle se continue sur une scène resserrée; partout c'est une animation extraordinaire de celte gent volatile et pêcheuse. Et nous, à son exemple, nous cherchons à mettre à profit les heures de notre navi- gation. Le soleil est sur son déclin, vile il faut écorcher oiseaux et animaux, que la chaleur peut gâter en très-peu de temps ; nous ser- rons nos rames ; les domestiques allument le feu pour cuire le riz, et, tout en nous laissant bercer par la vague et fumant quel- ques bons bouris, nous écoutons mon petit Chinois Phraï nous racontaut quelque his- toire dans son langage mêlé de français, de siamois et de chinois. A la pointe du jour, tandis que les pre- miers rayons de lumière et le léger souffle d'une fraîche brise emportent nos ennemis acharnés les moustiques, de nouveau les avirons se mettent eu mouvement. Arrivés à un endroit eu la rivière se divise, nous en- trons dans un étroit ruisseau qui vient du sud-est et qui, tortueux comme un serpent, coule avec la rapidité d'un torrent. Ce cours d'eau.sur lequel s'élève Battambang, n'a par- fois que douze à quinze mètres de largeur ; les branches des arbres plongent dans notre bateau, et d'énormes singes accrochés aux rameaux discontinuent leurs jeux pour nous regarder passer. De temps à autre, quelque alligator, éveillé en sursaut par le bruit des rames ou les chants de nos rameurs, s'élan- ce de la rive, où il dormait sur le sol hu- mide, et disparaît sous l'eau. Enfin l nous apercevons devant nous une bourgade dominée par les murailles en ter- re de ce qu'on appelle ici pompeusement -une citadelle ; nous sommes à Battambang, et, comme partout, c'est un prêtre'français qui vient uous offrir l'hospitalité. Que M. Sylvestre reçoive ici l'expression de ma gra- titude pour son bienveillant accueil et pour l'aide qu'il a prêtée à mes recherches de naturaliste et d'archéologue, il y a près d'un siècle que la province de Battambaog est soumise au Siam ; depuis ce temps, plusieurs fois elle a cherché à se soulever et même à se donner aux Auna- mites qui s'étaient emparés, il y a une ving- taine d'années, de tout le Cambodge ; mais ceux-ci furent repoussés par les Siamois jusqu'au delà de Pnom-Penh. Depuis ce temps, le Cambodge n'a pas éprouvé d'au- tre attaque des Cochiuchiuois ; mais il est resté tributaire de Siam. Sans la guerre que depuis deux ans la France fait à l'empire d'Annam, il est pro- bable qu'aujourd'hui la dernière heure au- rait sonné pour le petil royaume de Cam- bodge, dont la destinée peu douteuse est de s'éteindre et d'être assimilé aux peuples voisins. Toutes les habitations construites sur les bords de celte petite rivière sont entourées de belles plantations de bananiers et per- dues au milieu de leur feuillage rubauné et de la verdure intense de superbes man- guiers. La majorité de la population de Battam- bang est cambodgienne ; les cultivateurs ont leurs rizières derrière leurs demeures ; et, quoique soumis à l'étranger depuis près d'un siècle, ils ont conservé les moeurs et les usages de leur pays, et le gouvernement actuel, par une politique habile, leur laisse toute la liberté qui règne au Cambodge et les exempte des impôts et des taxes qui ruinent les autres provinces. Cetle faveur crée une prospérité relative à Battambang, dont les habitants jouissent d'un certain bien-être qui apparaît au premier abord. La vie y est d'un bon marché extraordinaire. La ville actuelle ne date que de l'époque de la prise de la province par les Siamois ; l'an- cienne ville était située à trois lieues plus à l'est, sur le bord de la rivière que l'on a bar- rée et détournée de son cours. Tous les anciens habitants ont été alors conduits au Siam et au Laos, de sorte que la nouvelle population s'est formée de gens venus de Pnom-Penh, d'Udong et d'autres points du Cambodge. Quelle que soit leur origine, les Battam- banais sont de vrais Siamois par leur amour pour le jeu et les amusements les plus pué- rils. Ils sont passionnés surtout pour les courses de chevaux qui ont lieu chaque an- née, et dans lesquelles on engage des paris qui montent parfois jusqu'à onze naines (près de 1.100 frs), somme assez considéra- ble pour ce pays. Ou trouve ici des poneys d'une vélocité extraordinaire et que l'on re- cherche pour la chasse aux daims et aux buf- fles. Lancés dans la plaine, ils devancent les animaux sauvages les plu- rapides à la cour- se, ce qui permet aux chasseurs de les tuer à coups de pique. Pour les combats de coqs et de tortues, il se fait aussi des paris con- sidérables. Ces derniers sont très curieux : deux tortues sont placées entre deux plan- ches resserrées daus un étroit, espace ; une autre plauche, percée d'une ouverture, les sépare, de manière à ce qu'en s'avançant en même temps vers la seule sortie qu'on leur ménage, ce ne soit que par le recul de lune d'elles que l'autre puisse sortir de la cage. On fait alors sur leur carapace un petit foyer d'argile, on prend du charbon que l'on di- vise eu deux parties très égales, on le place allumé sur le dos des animaux en l'attisant avec un éventail. Dès que la chaleur com- mence à gagner les chairs, les pauvres bêtes font tous leurs efforts pour s'évader et se pressent vers l'ouverture jusqu'à ce que la plus faible, épuisée par sesefforts, finisse par céder. La proviuce de Battambang est semée de ruines d'une époque inconnue. Elles forment tout autour de l'extrémité septentrionale du graud lac un demi-cercle immense. Com- mençant aux sources de la petite rivière de Battambang, il se prolonge et se perd daus les forêts désertes qui se déroulent à l'est, entre le Touli-Sap et le Mékong. Sur tout ce parcours, le voyageur rencontre à cha- que pas les vestiges irrécusables d'un empi- re écroulé et d'une civilisation disparue. Dans le voisinage môme de Battambang se trouvent les monuments de Bassette, de F,anone et de Wat-Eh. Nous avons visité Bassetle à denx repri- ses, avant d'aller à Ongkor et à notre retour: mais tout ce que nous avons pu en rappor- ter est le dessin d'un bas-relief parfaite- ment conservé et sculpté sur un bloc de grès de un mètre cinquante centimètres de long, qui forme le dessus de la porte d'une tour en briques. Tout le monument a tellement été mal-
  14. 14. 16 L'EVEIL EC0M1QDE traité par le temps, que sa vue fait naître la pensée d'un ennemi jaloux qui se serait acharné à le dégrader et à le démolir. Une végétation excessivement touffue, repaire d'animaux redoutables, a tout euvahi, et l'on peut à peine se figurer que la main de l'homme seule ait pu causer un bouleverse- ment pareil à celui que l'on y remarque, et qu'uu tremblement de terre n'y ait pas aus- si contribué. Des galeries ont disparu sous le sol : on en voit des soubassements fragmentés et des dessus de portes à plus de deux mètres au-dessus du niveau du terrain actuel et de celui des parties du monument qui sont res- tées debout. Le seul édifice dont la base soit encore plus ou moins intacte est un bâtiment de vingt cinq mètres de long sur six de large, séparé en deux par un mur intérieur et dont les extrémités sont en forme de tour. Il est tout en grès taillé; l'extérieur offre des traces de belles sculptures sur des fron- tons de portes et des corniches d'un travail qui devait égaler ceux des plus antiques monuments d'Ongkor ; à l'intérieur, les murs sont nus ; mais il n'est guère de pierre qui ne porte la marque des coups d'un pic ou d'un marteau. Les fenêtres étaieut ornées de barreaux tourués dont il ne reste plus qu'uu tronçon ou deux. Les sujets représentés sur le dessus des portes des autres tours et des bâtiments écrou- lés sont d'abord un personnage à longue barbe, assis, portant une haute coiffure co- nique et les mains reposant sur la poignée d'un poignard et placées l'une sur l'autre un éléphant à quatre têtes et quelques autres figures de fantaisie. Un peu au-delà, on remarque de magni- fiques colonnes, les unes encore déboutées autres penchées ou renversées,des portes dont le sommet seul dépasse le sol, ça et là des monceaux de pierres taillées, des tours près* que entièrement éboulées, des pans de murs de galeries, enfin un beau bassin à sec, de dix-huit mètres carrés, profond encore de deux mètres, et dont chaque côté forme un escalier en concrétions ferrugineuses, qui occupe toute la largeur du réservoir. La tradition fait de Bassette un palais de plaisance où les souverains du pays séjour- naient de temps en temps. (à suivre) CHRONIQUE DES MINES Gisements de fer du Nord-Annam Les provinces de l'Annam septentrional ren- ferment quelques gisements de minerais de fer généralement bien situés au point de vue des transports et dont certains pourraient sans dou- te être exploités avec profit si l'on envisageait l'exportation du minerai sur le Japon. IJoaiih-Xa — Le gisement Doanli-Xa est situé à 10 kilomètres au N. N-0 de Thanh-Hoa. Le minerai affleure dans le petit mamelon, cote 49 qui est immédiatement au sud du village. Ce- lui-ci se trouve sur la rive droite du Sông^Ma juste en face du confluent de ce fleuve avec son principal affluent le Song-Cliu. i/affleurement se présente sous la forme d'une couche de minerai de fer magnétique de 1m.50 de puissance de direction 0. N-O, inclinée de 20° vers le N-lï. La couche de minerai est in- terslratifiée dans des schistes anciens. Le mi- nerai compact et dense, est d'une teinte rouge- violel;sateneur moyenne en fer est de 60o/o.Par suite de la faible élévation de la colline il y a peu de minerai à prendre en amont-pendage; te gros du gisement doit se trouver en aval sous les ri- zières. L'extension en direction paraît pré- senter un certain développement car on retrou- ve dans les rues du village de gros blocs de mi- nerai qui appartiennent certainement à l'affleu- rement sous-jacent. 11a été extrait de ce gisement en 1919 et 1920 1.900 tonnes de minerai qui ont été expédiées à Haïphong au moment de la marche du petit haut fourneau. Nous citerons pour mémoire dans la même province de Thanh-Hoa les gisements de fer chromé non étudiés du Nui-Nua et de Van- Am (15 kilomètres N 0 de Bai-Thuong) et ce- lui d'oxydes de fer et manganèse de Van-Trinh (14 km. au Sud de Thanh-Hoa) qui est exploité sur une petite échelle pour la fabrication des peintures métalliques Standard par M.M. Ju- lien et Fortin. Do-Cam. — Ce gisement est situé dans la montagne qui se trouve à l'Ouest de la station de Do-Cam du chemin de fer de Hanoï à Vinh; il est environ à 2 km. de la station et à la mê- me distance au sud de la Pagode-Né ; d'autre part il u'y a guère que 3 km. de la mine à l'embouchure navigable du Sông-Cua-Lo. ijQ gisement repose sur des schistes satinés, il est composé d'un manteau argileux dans le- quel sont enrobés de gros blocs de minerai et des morceaux de quartz. La proportion du minerai que l'on peut retirer de l'ensemble n'est pas déterminée. Des fouilles nombreuses ont été faites sur les deux flancs du ravin dé- bauchant à la Pagode Né, eutre la cote 25 J et un rocher calcaire au sud-ouest. Lu surfine minéralisée représente uu rec- tangle de 800 m. de lougueur sur 700 m. de large-ir et l'épaisseur du manteau ferrugineux e;l parfois supérieure à 4 mètres. Il est vrai- semblable que le giseunnt renferme un tonna- ge assez important de minerai, lequel ne pourra être évalué qu'après l'exécution de travaux permettant de déterminer le cubage de la masse et la proportion du fer dans cel- le-ci. Le minorai est composé de Itmonite et d'nèmalile ; sa teueur varie do 55 à 60 o/o de 1er et de 1.50 à 2.50 o/o de manganèse. Avant l'occupation française les habitants du village de Nho-Lùm (.15 km. uu nord de la mine) exploitaient le gisement de Do-Cam. Ils transportaient le minerai dans leur village où ils le traitaient par la méthode catalane. Vé-Chinh. — Le gisement de Vé-Chinh est situé à 10 kilomètres au Sud de Vinh, sur le versant Sud de la colline de Thanh-Son sur le sommet de laquelle se voient les remparts d'une ancienne citadelle. 11 n'y a qu'une cen- taine de mètres de distance entre la base de Il colline et le fleuve Song-Ca ; la situation du gisement au point de vue transport est donc exceptionnellement favorable.
  15. 15. L'EVEIL ECONOMIQUE 17 La minéralisation se présente sous forme Cou d'un réseau de veinules de minerai entrecroi- a pi sèes sur une surface de plusieurs hectares ; en 1 les terrains encaissants sont des grès quart- éch: zeux durs. La proportion du minerai dans la I masse paraît faible et de plus celui-ci renfer- sou me en mélange intime une assez f>>rtepropor- d'b< lion de gangue quartzeuse. C'est à la base de la r la colline que, sejrouve la partie la plus riche Qui du gisement. E" somme comme gisement de fer Vé-Chinh paraît peu intéressant ; mais comme le mine- rai renferme souvent une très forte proportion de manganèse il pourrait, peut-être être ex- ploité pour ce dernier métal. Un échantillon analysé a donné 52 o/o de 1er paj et 7 o/o de manganèse. §u La mine de charbon de Dông-Giao dc Tous les voyageurs qui vont du Tonkin en de Annam par voie ferrée connaissent cette gare 2.< qui occupe le col par où la ligne passe du Tonkin en Annam, dans un site sauvage au et; milieu de grands rochers calcaires. Elle frap- in< pe le voyageur par sa construction à étages : fe< une gare bien importante pour ce désert ! ei Juste quelques huttes de fabricants de chaux fo et les bâtiments d'une plantation européenne ar toute récente. 11y a quelques années on ra- cr contait que cette gare tirait son importance m des parties de chasse en vue desquelles les m ingénieurs du chemin de fer avaient rehaussé n: le bâtiment d'un étag^. d Us ne sont pas si pachas que çà, ces pau- él vres ingénieurs ; le fait est qu'autrefois une n mine de charbon était exploitée dans le voi- P sinage, mine alors reliée par un embranche- n ment à la voie ferrée. Les Chinois qui l'ex- p ploitaient avaient selon leur coutume écrémé d la mine, allant au plus facile et abandonnant li la mine dès les premières difficultés. Us n'a- p vaient vendu que le beau charbon laissant dans c les déblais plus de 25.000 tonnes de charbon i aujourd'hui très vendable après un certain triage. < Cette mine vient de passer aux mains d'une i société qui tout en retirant tout d'abord ce qu'il y a de bon dans ces déblais est en train : d'installer un outillage assez important : pom- ' pes, pelles, à vapeur etc. Déjà l'embranchement est en réfection et bientôt les voyageurs, a l'arrêt de Dftng-Giao, seront trop occupés à compter les wagons des trains de charbon sur les voies de garage, pour avoir le temps de critiquer les instal- lations de luxe du soi-disant rendez-vous de chasse des ingénieurs. Le combustible et un lignite à 35 pour cent de matières volatiles.il contient 1/2 pour cent de souffre et laisse 5 o/o de cendres. L'exploitation est confiée à la direction d'un ingénieur bien connu au Tonkin M. de Lau- zun ; aussi pouvons-nous nous attendre à voir cette mine prendre un rang important parmi les petites mines du Tonkin. L'ardoise et le naphte au Tonkin Les schistes ardoisiers à grand hilobites sont visibles à Vu Mon h, près Iluong-Khé. Le cou- rant rapide d'un affluent du Ngan-Sau a mis à . découvert un banc d'une grande portée. La même particularité se retrouve dans le Dông- Trièu. entre Bao-Lac et Anchau, près de tam dans le Yên-Thê et sur la côlé en face de Kebao. L'ardoise est d'une extrême abondance dans notre colonie. Elle est fort intéressante dans un pays de pluie et d'humidité. D'autant plus que, cuite à la façon des briques, l'ardoise, qui prend une couleur rougeâtre, acquiert bientôt une solidité telle, que l'on ne peut plus la fa- çonner à la cuisson et qu'elle résiste à la coro- sion des eaux. On voit quels avantages on peut en tirer pour les travaux publics et l'architec- ture. Comme à la Lucetle on trouve l'or et l'anti- moine près de l'ardoise ; on rencontre ces deux métaux près de Lang-Hui, au fond du Port Courbet. Une exploitation mal entendue n'en a pu tirer parti : les puits à turbine, quoique en mauvais état, m'ont permis de prélever des échantillons intéressants. Il me semble qu'une étude pratique des res- sources minérales de l'Indochine conduirait à d'heureuses surprises—dont l'une pourrait être la révélation du naphte précisément auprès de Quang-Yèn et de Hongay. L. G. NUSIILE {Le Temps d'Asie) La mine de Kébao Nous vous avons déjà rendu compte de la participation prise en 1921 dans la « Société du Domaine de Kébao >. Au 31 décembre 1922. sur les 2.500 actions de 500 francs l'une, constituant le capital actuel de celte entreprise, noire Société en possédait 2.024. L'exercice 1922 a été consacré à la remise en état di'.s immeubles indispensables pour le loge- ment du personnel et l'exploitation, à la ré- fection de la voie ferrée principale de 13 km. environ reliant Port-Wallut, port en eau pro- fonde du Domaine ; aux gisements de charbon anciennement exploités à Kébao, enfin à la création d'une voie ferrée secondaire à écarte- ment de 0 m. 60 centimètres d'environ 7 kilo- mètres 500 partant de Kébao pour pénétrer dans nne région de l'intérieur de l'île de Kébao, où de nombreux affleurements de charbon avaient été constatés. Cette nouvelle voie de commu- nication a permis d'entreprendre une sérieuse prospection de la région desservie, de recon- naître d'importantes couches de charbon ex- ploitables et de commencer immédiatement leur développement. Ces premiers travaux ont con- firmé la possibilité d'obtenir rapidement une production annuelle d'environ 100.000 tonnes de charbon et de la porter ultérieurement à un tonnage sensiblement plus élevé. Toutes mesures sont prises par la Société du Domaine de Kébao pour réaliser ce premier programme dans le plus bref délai. Les résultats déjà obtenus nous autorisent à vous confirmer la confiance que nous avons dans un rendement rémunérateur de la par- ticipation de notre Société dans cette entre* prise. . . . En résumé, l'examen du bilan fait res- sortir l'excellente situation financière de notre Société, et nous avons tout lieu de compter que l'organisation générale dont elle dispose, ! constamment perfectionné ou modifiée selon les circonstances, lui permettra de continuer t à réaliser d'importants bénéfices sur les opé- r rations commerciales d'Exportation et d'im- portation en Indochine. Nous vous avons ex- i posé en détail la situation de nos participa- tions dans diverses entreprises et nous fon- r dons les plus légitimes espoirs sur les résultats prochains à en tirer. En considérant le déve- loppement économique de l'Indochine qui se poursuit chaque année dans tous les domaines, nous estimons cette nouvelle source de béné- fices comme pouvant être très importante et notre intention est de continuer à nous inté- resser dans toutes les entreprises nouvelles qui nous paraîtront d'un avenir assuré et rémuné- rateur. Compagnie de commerce et de navigation d'Extrême- Orient. Rapport au Conseil d'Administration à l'as- semblée générale ordinaire des actionnaires du S5/oetni923.'

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