La vraie richesse
La valeur de nos livrets d'épargne et de nos billets de banque diminue continuellement depuis 10
ans, et...
l'intérêt d'un investissement, mieux vaut attendre. Car vous ne craignez pas que, quelques mois ou
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leurs parents et grands-parents, se sont retrouvées spoliées : 500 francs économisés en 1960, qui
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Vincent Laarman - la vraie richesse - Vincent Laarman

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Vincent Laarman - la vraie richesse - Vincent Laarman

  1. 1. La vraie richesse La valeur de nos livrets d'épargne et de nos billets de banque diminue continuellement depuis 10 ans, et la tendance va en s'accélérant. Cela n'a pas toujours été le cas. Si nous étions au 18e ou au 19e siècle, vous observeriez le phénomène inverse : placées à la banque ou même cachées dans votre jardin, comme le trésor d'Harpagon, vos économies gagneraient de la valeur d'année en année. Ainsi, une pièce de 5 francs, qui ne permettait d'acheter de la nourriture que pour une semaine en 1715, permettait d'acheter le double en 1810, et le quadruple en 1910. Cet intéressant phénomène explique en partie comment la France a pu se couvrir en quelques décennies de si magnifiques maisons, immeubles et châteaux, qui restent le « nec plus ultra » pour l'élite sociale actuelle, une fierté pour tous les citoyens, et l'objet d'une fascination inépuisable pour les touristes du monde entier qui sont, rappelons-le, 20 millions chaque année à venir visiter notre pays. Car évidemment, ce ne sont ni les colonnes de Buren, ni la Grande Arche de la Défense, ni les nombreuses initiatives en faveur de l'art contemporain qui attirent les touristes à Paris. Ce sont le Louvre, la Tour Eiffel, la Concorde, l'Arc-de-Triomphe, l'Opéra, et l'extraordinaire élégance des avenues haussmanniennes, des hôtels particuliers, et de tout ce qui nous reste de l'art de vivre des 18e et 19e siècles, quand ce ne sont pas des œuvres plus anciennes encore (Notre-Dame de Paris, la Sainte-Chapelle, la Place des Vosges...). Le 19e siècle fut aussi l'époque des grands investissements en infrastructures : en dehors du TGV, l'intégralité du réseau actuel de chemin de fer, plus de nombreuses voies aujourd'hui désaffectées, existait en 1914. Mines, haut-fourneaux, filatures, chantiers navals, usines automobiles et autres industries faisaient l'orgueil de nos aïeuls, et procuraient un revenu non seulement à tous les Français qui désiraient y travailler, mais également à des millions de personnes accourant de toute l'Europe (Pologne, Espagne, Italie, Portugal). Tout cela pour dire que la vraie richesse, celle qui dure et qui impressionne durablement, celle qui entraîne un vrai progrès social, se trouve avoir été développée en France à une époque où l'argent gagnait de la valeur avec le temps, y compris s'il n'était pas placé à la banque, et restait dans les « bas-de-laine ». Les traces les plus visibles du 20e siècle sont les barres HLM Au 20e siècle au contraire, la monnaie n'a fait que se déprécier : le franc de 1920 valait pratiquement cent fois plus que celui de 2001, quand il fut remplacé par l'euro, et l'euro de 2002 valait quasiment deux fois plus que celui de 2013. On s'aperçoit rétrospectivement que, en comparaison avec les siècles précédents, le 20e siècle aura été pour la France une période d'augmentation frénétique de la consommation à court terme, mais de pauvreté architecturale et artistique, et de désindustrialisation accélérée. Les industries citées ci-dessus ont disparu ou sont sur le point de fermer. Peu de monuments dignes d'être cités nous rappelleront favorablement à la mémoire de nos descendants. Aucun Japonais ni Américain ne prendrait l'avion pour venir admirer nos centres commerciaux, nos zones pavillonnaires et nos banlieues HLM, qui sont les traces les plus visibles que le 20e siècle ait laissées sur nos paysages. L'explication pourrait être la suivante : plus la monnaie est stable, plus elle a tendance même à s'apprécier avec le temps, plus chacun prend le temps de réfléchir pour investir et faire des plans de long terme. C'est alors que s'accumule la vraie richesse, celle qui dure et profite à plusieurs générations. Vous ne perdez rien à attendre, à mûrir vos choix. Au contraire : tant que vous n'êtes pas absolument sûr de
  2. 2. l'intérêt d'un investissement, mieux vaut attendre. Car vous ne craignez pas que, quelques mois ou années plus tard, vous ne puissiez plus entreprendre la même chose. Le temps joue en votre faveur si votre monnaie et stable, et plus encore si elle s'apprécie. Cela explique que, dans les époques de stabilité monétaire, les gens ont tendance à privilégier le long terme, les investissements durables, ceux qui pourraient bénéficier à leurs enfants et petits-enfants. On construit donc solide : machines, usines, maisons, mobilier. Les vertus d'une monnaie qui gagne de la valeur Au contraire, lorsque la monnaie se déprécie, et que les prix montent, vous avez intérêt à vous précipiter. Les personnes qui hésitent ne font que « rater des occasions ». Considérez le demi-siècle qui s'est écoulé de 1958 à 2008 : les prix de l'immobilier, quelque soit l'endroit, ont été multipliés par dix, ou par vingt. Durant toute cette période, ce n'était pas celui qui avait judicieusement construit sa maison, en prenant le temps de choisir l'emplacement, les plans, les matériaux qui faisait la plus belle opération, mais celui qui était allé le plus vite. L'avantage est systématiquement allé aux promoteurs les plus rapides et les moins scrupuleux sur le plan de la qualité et de l'esthétique. Le phénomène est allé en accélérant puisque, entre 1998 et 2008, dans de nombreuses zones (Paris, Toulouse, Lyon, Nice...), votre seul espoir de devenir propriétaire était de signer immédiatement après votre première visite et d'acheter n'importe quoi. Il est intéressant de noter que le même phénomène s'est produit dans les autres civilisations : les historiens se sont aperçus que les époques où les Romains construisaient leurs bâtiments les plus solides correspondent à des époques où la monnaie était stable. Au contraire, lorsque les Empereurs romains se mirent à déprécier la monnaie, les constructions furent, de plus en plus, faites à la va-vite et de mauvaise qualité. Vous pouvez le voir quand vous visitez des sites archéologiques : plus la monnaie se dépréciait, plus les Romains utilisaient de petites briquettes, plus rapides et moins chères à produire et à mettre en place que les grosses pierres de taille, mais beaucoup moins durables. Cette hausse accélérée des prix en France depuis 1960 a aussi concerné les titres de propriété des entreprises (actions) : inutile de vous renseigner sur le fonctionnement de l'entreprise, la gestion, la qualité des dirigeants ; pour gagner, il fallait acheter pratiquement n'importe quelle action de société cotée en bourse, et attendre. Pour seule précaution, il vous suffisait de « diversifier votre portefeuille », c'est-à-dire acheter un peu de tout. Vous étiez alors certain que l'ensemble des hausses allait compenser vos quelques valeurs qui allaient baisser. Ce phénomène a donné l'avantage aux entreprises faisant des choix de court terme, et protégé de nombreux patrons véreux ou incompétents qui pouvaient donner l'illusion d'une bonne gestion parce que la hausse des prix donnaient l'impression d'une hausse de la valeur de leur entreprise, alors qu'ils perdaient des parts de marché et qu'ils ne produisaient plus de biens ou de services compétitifs. Il en est allé de même sur les autres marchés, comme celui de l'art. Toutes les toiles des grands artistes ne faisaient que prendre de la valeur d'année en année, souvent de façon spectaculaire, au point que les personnes qui en avaient les moyens pouvaient acheter n'importe quelle toile et faire des plus-values, y compris si elles n'avaient à titre personnel aucune connaissance de l'art. Même chose sur le marché des matières premières, pétrole, cuivre, terres agricoles... La tristesse de l'argent facile et de la société de consommation A juste titre, le public se mit à déplorer d'être entré dans une période où le court terme était systématiquement privilégié par rapport au long terme, dans une « société de consommation », du « tout, tout de suite », de « l'argent facile ». Chacun allait dépenser sa paie dans des hypermarchés pour ne rapporter à la maison que des objets rapidement dépassés ou hors d'usage. Cette critique, justifiée, a occulté dans les esprits l'autre côté de la médaille : que les personnes économes et prudentes, qui accumulaient dans leur « bas-de-laine » leur argent, comme l'avaient toujours faits
  3. 3. leurs parents et grands-parents, se sont retrouvées spoliées : 500 francs économisés en 1960, qui correspondaient à 3 mois de salaire, ne permettraient plus aujourd'hui de payer une femme de ménage pendant... un jour (500 francs valent 75 euros). Les Français ont donc du apprendre, à leur corps défendant, à « placer leur argent à la banque », pour en tirer un intérêt compensant la hausse des prix, à dépenser leur argent pour ne pas le perdre, ou à faire des investissements à tort et à travers (immobilier essentiellement, actions à partir des années 90), ce qui provoqua d'abord l'enrichissement rapide des plus imprudents, requalifiés en « audacieux », voire en « petits génies de la finance », et la paupérisation relative des classes moyennes et bourgeoises ayant conservé leurs vertus de prudence et d'économie. Je sais qu'il est inhabituel de parler de paupérisation à une époque où chacun dispose d'une multitude de gadgets dont leurs parents ou grands-parents n'auraient pu rêver : tablettes électroniques, Internet, appareils photos numériques, vidéo. Il est également devenu possible de partir en vacances à l'autre bout du monde pour un seul mois de salaire ou moins. Chacun dispose de l'eau courante, d'une chauffage central, et très souvent d'une voiture. On ne travaille plus que 35 heures par semaine. Mais tous ces progrès ne sont pas nés d'une réelle hausse du niveau de vie, mais du progrès technologique dû à quelques entreprises informatiques, à la baisse du coût des transports, et aux usines du tiers-monde. Si vous comparez le niveau de vie réel d'une mère au foyer moyenne des années 70 avec celui d'une « working woman » des années 2000, vous vous apercevez que la seconde, malgré son travail, son énergie, et son talent, vit en général dans un logement plus petit, dort moins, mange plus mal, est plus fatiguée et prend plus de médicaments (notamment des somnifères et des antidépresseurs). Depuis 10 ans d'ailleurs, l''espérance de vie sans invalidité (EVSI) en France a commencé à régresser. Là où la première pouvait facilement avoir une maison avec jardin, voire une maison de campagne, la seconde est endettée sur 20 ou 25 ans et aura beaucoup plus de mal à se constituer un patrimoine significatif à elle, même si elle possède un Iphone et part en vacances au Sénégal. Faites les bons choix Être conscient de cette évolution, qui n'est quasiment jamais expliquée à la télévision ni même dans la presse économique et financière, est indispensable pour pouvoir faire les bons choix qui vous permettront, à vous, d'éviter d'être piégé par le système. Un retour à une vision sereine, réaliste, de ce qu'est la vraie richesse, celle qui dure, qui vous protège vraiment contre les revers de fortune et les crises économiques, est indispensable. Vincent Laarman

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