SAINTS ETS
L’Arbre et la Foi
GUÉRISSEURS
CHAPITREII
«Un jour, sauvagement, j’ai pris l’arbre en mes bras
J’ai baisé son fe...
Au détour d’un sentier, nous pénétre-
rons sur le site des Cinq Rocs, une
ancienne carrière remblayée où la
nature reprend...
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Cela faisait longtemps que je l’attendais. À plusieurs
reprises déjà on l’avait annoncée, mais à chaque fois les
prévis...
L’épervière piloselle est très bien adaptée aux sols instables car elle possède des racines
pivotantes et se multiplie par...
Voilà des années que j’en rêvais de ce livre qui rassemblerait des photos
de passion, de joies, de sensations et d’émotion...
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Plus qu’une fête, une cérémonie
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Binche est un rite à p...
L’ARCHÉOLOGIE D’UNE CATHÉDRALE
NOTRE-DAME
DE TOURNAI
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Douze siècles de témoins
archéologiques
L’ensemble des résultats ob...
Depuis les origines de Bruxelles, la colline du Coudenberg est lieu de
résidence seigneuriale. Dominant la ville, la demeu...
2059. Le parc et Les jardins
L’ingénieur français Jérôme Hardouin effectue
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  1. 1. SAINTS ETS L’Arbre et la Foi GUÉRISSEURS CHAPITREII «Un jour, sauvagement, j’ai pris l’arbre en mes bras J’ai baisé son feuillage en prononçant tout bas, Des mots que l’azur seul m’autorise à redire, Des mots qui n’ont de sens qu’au moment du délire. Puis nous nous sommes tus, longuement, tous les deux, Et j’ai senti, sous moi, trembler le corps d’un dieu.» Armand BERNIER, Les Plaisirs et les Jours 95 en emportant de tems en tems quelques mor- ceaux. La Vierge y a fait des miracles pour les dérompus marchans à quatre pieds, reguéris entièrement et on la sert aussi pour les fièbres et autres accidens.» Une chapelle fut consacrée le 1er août 1607 par Mgr de Bergh, trop heureux, en pleine Contre-Réforme, d’encourager la piété «en ces temps calamiteux et déplorables, esquels par les hérétiques le Service divin est vilipendé.» Un sort semblable échut au Chêne-d’entre- deux-bois, jadis dressé au sommet du mont de Péruwelz. D’une image de la Madone posée sur son tronc était né un culte local autour de Notre-Dame-du-Chêne-d’entre-deux-bois. Du vieux chêne ne subsistait plus qu’un tronc décrépit au début du XVIIe siècle. Survient un curé providentiel. Solange Philippart évoque une sentence rendue par la cour de Mons, le 29 décembre 1659: «Maître Martin Lebrun, curé de Péruwelz, récemment nommé à cette charge, s’intéressa au culte rendu à la Sainte Vierge, dans le bois, sur le Mont. Du chêne où était accrochée la statue, il ne restait plus qu’une branche vivante, un hêtre plus jeune l’ayant “enlacé”. Le curé fit élever une “pyra- mide” avec des pierres trouvées sur place; dans le bois du chêne, on tailla une nouvelle statue pour remplacer la première qui était fort détériorée.» Transformé en pieuses effigies, le chêne cède la place à une chapelle en 1636. Achevée deux ans plus tard, la voici consacrée à Notre-Dame- de-Bonsecours par l’archevêque de Cambrai. De leur côté, mus par une sorte d’atavisme venu du fond des âges, les dévots emportent l’un ou l’autre débris de l’arbre mort, auquel une obscure croyance prête quelque pouvoir mer- veilleux. Du reste, le père François, récollet, assu- rera avoir connu une jeune fille guérie d’un chancre par simple application d’une parcelle du Chêne d’entre-deux-bois. On rapporte aussi que la peste de 1648 épar- gna les fidèles venus implorer Notre-Dame. Le pèlerinage gagne en importance, les marchands du temples accourent. Ainsi naît Bonsecours. En 1688 déjà, on aurait dénombré 8 000 pèlerins pour le seul 29 septembre. Rien n’étant trop vaste pour accueillir pareille affluence, on finit par édifier en 1892 une basilique dont la tour lanterne abrite, à 41 m de haut, une statue de la Vierge haute de 2,55 m. Que de chemin parcouru depuis la rus- tique statuette posée sur le chêne originel! Le tilleul sanctifié Très tôt, les évangélisateurs avaient eu l’in- telligence d’assimiler le pouvoir d’attraction exercé par les arbres sur les âmes simples. Et le tilleul fut élu au titre d’Arbre-de-Vie… De nos jours encore, le tilleul demeure le compagnon privilégié de nos édifices religieux. 94 La chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours, Oizy Sa prédominance est incontestable en tant qu’arbre cultuel. Calvaires, potales, chapelles, églises, cimetières: le tilleul est l’arbre incon- tournable, l’ornement obligé. Telle est la suprématie du tilleul qu’on en viendrait à oublier que sa présence n’a rien de «naturel». La palynologie, qui étudie les pollens fossilisés, confirme qu’à l’aube de la christianisa- tion, le paysage forestier de nos provinces était dominé par le chêne, le tilleul demeurant confi- né dans un rôle très subsidiaire. Son omnipré- sence dans les lieux consacrés ne peut dès lors résulter que d’un choix délibéré. À Oisy, localité qui surplombe la Semois, deux tilleuls encadrent au carrefour de vieux chemins, la ravissante chapelle Notre-Dame-du- Bon-Secours, site classé depuis 1975. Deux tilleuls, soit. Mais à l’origine, il n’y avait là qu’une image de la Vierge posée sur un chêne, une toute petite sculpture en terre cuite d’envi- ron 20 cm de haut, semblable à celle de Notre- Dame-de-Foy. Par deux fois on voulut la placer dans l’église paroissiale, par deux fois elle rega- gna son arbre. Refrain connu. Pareille légende suscite la ferveur des âmes simples et nimbe d’un halo nébuleux les origines de la dévotion. Édouard Gérard (1932) évoque cependant un document de Jean Choquier de Saint-Martin, formant une «drève romantique» à la crête du site du donjon et de l’ancien cimetière. Menées de 1992 à 1993, des fouilles ont mis à jour les vestiges d’une ancienne nécropole, sur le site d’une première église du XIe ou XIIe siècle, antérieure à la tour fortifiée, sans doute érigée au début du XIIIe siècle. À cette tour s’adossa une nouvelle église, le donjon fortifié se muant en clocher. Lui seul devait subsister car l’église fut à son tour démantelée, au XIXe siècle. Classée depuis 1933, la tour Saint-Martin doit une bonne part de son charme aux tilleuls actuels qui forment, depuis deux siècles tout au plus, un cadre végétal sur lequel se détache hardiment son robuste plan carré. Sur le plateau ardennais, le Hêtre de la Croix Saint-Martin ou Hêtre de Nisramont présente une appréciable circonférence (5,33 m). La posi- tion qu’il occupe à un carrefour du ban d’Ortho semble témoigner de l’ancienneté de la dévotion manifestée ici à Martin de Tours, encore que la planche 197/3 de la carte de Ferraris, signalant bien un arbre au carrefour occupé par le hêtre actuel, ne permet pas de vérifier sa dédicace à la fin du XVIIIe siècle. C’est toutefois aux confins de la verte provin- ce et du Grand-Duché que nous attend l’un des plus anciens sites ardennais conservant l’emprein- te de la christianisation primitive de cette région. 118 Non loin de Gembloux, Bossière était autre- fois une très vaste paroisse, «que la tradition considère comme la plus ancienne du pays», soutient C.G. Roland (1899). En 1912, Chalon y signalait un chêne séculaire auprès de la cha- pelle Saint-Pierre. Érigée dans le bois de Golzinnes, sans doute au cours du XVIIIe siècle, elle occuperait l’emplacement d’un antique lieu de dévotions où l’on a retrouvé des vestiges romains. À proximité immédiate, la source du ruisseau Saint-Pierre était à l’origine placée sous l’égide de Diane. Au siècle dernier encore, les pèlerins venaient boire de l’eau de la fontaine Saint- Pierre, censée prévenir ou guérir la fièvre, et tourner trois fois autour de la chapelle, triple giration qui suggère l’ancienneté d’une tradition ancestrale, comme à Oisy. À Bossière, le vieux chêne signalé par Chalon est encore visible: étendu de tout son long, depuis une bonne décennie au moins, à en juger d’après le lent retour à l’humus originel. Le dia- mètre de la souche suggère une circonférence de 6 m au moins. À quelques enjambées, l’un de ses rejetons s’est fixé à la lisière: gageons qu’il entretiendra le souvenir de son aïeul… Les arbres Saint-Martin Pour assurer son essor, le christianisme devait s’implanter dans les campagnes. Saint Martin en fut l’un des pionniers. Né vers 316 en Pannonie (Hongrie), venu en Occident comme légionnaire, disciple de saint Hilaire, il fonde, près de Poitiers, le premier monastère de la Gaule avant de mourir évêque de Tours en 402. Si les patrons les plus anciens sont la Vierge, Pierre et Paul, saint Martin sera le plus populaire après la conversion de Clovis. Selon Grégoire de Tours, Martin aurait fondé des paroisses dans d’innombrables vici. On en a dénombré pas moins de 235 en Wallonie. On ne peut les associer à l’action directe de l’apôtre des Gaules, mais pareille dispersion témoigne d’un rayonnement certain. Les archives ont conservé la trace de certains arbres dédiés à l’apôtre des Gaules, tel l’Arbre Saint-Martin, prédécesseur de l’actuel Arbre au gibet à Boirs (> III). Au sud de Houtain-le-Val, la carte IGN 39/7- 8 situe un Arbre Saint-Martin à un carrefour à mi-chemin entre la ferme de l’Haye et la ferme de Rêves. Il pourrait témoigner de la christiani- sation primitive de cette région traversée par un diverticulum unissant le bassin de la Ligne à la grande chaussée romaine. Planté après la secon- de guerre mondiale, ce jeune tilleul perpétue sans doute une longue lignée. Il remplace en tout cas un arbre déjà dédié à saint Martin, signalé à la fin du XVIIIe siècle par le cartographe Ferraris (planche 80/2). Un peu plus anciens sont les tilleuls qui entou- rent la Tour Saint-Martin à Comblain-au-Pont. André Nélissen (1967) signalait ces Tilleuls de Le Hêtre de la croix Saint-Martin, Nisramont
  2. 2. Au détour d’un sentier, nous pénétre- rons sur le site des Cinq Rocs, une ancienne carrière remblayée où la nature reprend vie petit à petit. Dans cet espace ouvert qui offre de jolis panoramas, vous avez déposé cinq pierres, symboles d’archéologie indus- trielle et de la sérénité retrouvée. Fours à chaux et fours à bouteilles, notre route croisera ou débusquera ensuite quelques rares vestiges privi- légiés de cette brillante activité écono- mique, que voisinent désormais de bien modernes installations. Après avoir traversé Antoing et salué le château des princes de Ligne, lon- geant la gigantesque fresque déposée sur le mur anti-bruit du TGV, vous nous rappellerez votre engagement pour rendre l’art accessible à tous: c’est bien pour cette raison qu’en 1949 déjà, vous fondiez, avec Louis Deltour et Roger Somville, le mouvement «Forces murales», conscient que la peinture monumentale était un art populaire et militant, qui pouvait toucher le cœur des hommes. Respect des droits de l’homme et de la nature guideront Que vive la terre, que nous quitterons, l’es- prit chargé de vos suggestions et de votre désir de fraternité. Nous poursuivrons notre belle échap- pée dans une vaste plaine, autrefois théâtre de la fameuse bataille de Fon- tenoy, et quand viendra l’heure de rejoindre le halage, nous nous souvien- drons de la générosité de votre enga- gement, de l’expression altruiste de vos sentiments, du rêveur d’idéal que vous étiez. Et, en guise de remercie- ment, nous ne pourrons qu’approuver votre profession de foi: «Il n’y a pas de salut dans l’art et la culture en dehors des chemins qui valorisent les hommes et les grandissent.» 54 Péronnes-lez-AntoingLe beau vélo de RAVeL ! Péronnes-lez-Antoing Province du Hainaut La balade humaniste de Dubrunfaut Edmond, C’est outre-Quiévrain que vous avez poussé votre premier cri, au cœur des Moëres que vous avez rendu votre ultime souffle. Toute votre vie, votre atelier a eu pour cadre la lisière de la forêt de Soignes. De vos errances, seule une terre a inspiré profondément vos œuvres: celle du Pays Blanc. Une contrée où vous avez passé votre jeu- nesse et où vous vous êtes imprégné de l’atmosphère carrier avant de le dé- peindre avec cet humanisme qui vous collait au pinceau. Amoureux de la nature que vous célé- briez avec beauté, vous aimiez flâner sur les rives du Grand Large ou de l’Escaut, ces étendues aquatiques mé- tamorphosées par l’homme où débu- tera notre balade. Une flânerie où bien vite, nous roulerons dans le sillage de vos œuvres. Ainsi, au rond-point de Bruyelle, vous nous accueillerez et nous emmènerez à la rencontre des chemins et des hommes, croisant notamment Le maître du train, La bate- lière et Le cimentier. Ces céramiques magistrales aux visages denses évo- queront à la fois l’avenir des hommes et la trace de leur passé. Et le passé de la région, c’était la florissante industrie de la pierre, développée depuis l’épo- que romaine et dont l’apogée remonte au début du XXe siècle, quand la chaux et le ciment produits dans les chau- fours prenaient toutes les directions du globe. ÉTAPE1 PÉRONNES-LEZ-ANTOINGPÉRONNES-LEZ-ANTOING PRÉSENTATION | PÉRONNES-LEZ-ANTOING I Le parc archéologique Dans un champ bordant la Nationale 52, face à la sucrerie de Fontenoy s’élève un parfait cône herbeux: ce tumulus, tom- beau romain du milieu du IIe siècle, serait la sépulture d’un haut dignitaire chargé de superviser l’extraction de la pierre. La particularité de ce tumulus est d’avoir une base en tambour, rarissime dans nos régions. Un ensemble de tombes gallo- romaines, datant du VIIe siècle, a égale- ment été reconstitué sur le site, pour ne pas disparaître dans l’exploitation des carrières. Office du tourisme d’Antoing 18, place Bara – 7640 ANTOING Tél.: 069 44 17 29 http://www.antoing.net I La bataille de Fontenoy «Messieurs des Gardes françaises, tirez les premiers», ça vous rappelle vague- ment quelque chose? Rappelez-vous vos bons vieux manuels d’histoire! Cette célèbre citation a en effet été prononcée le 11 mai 1745 au cours de la bataille de Fontenoy, sur le site où se dresse au- jourd’hui la sucrerie… C’est là, dans cette vaste plaine que se déroula une des plus sanglantes batailles du XVIIIe siècle, oppo- sant les troupes françaises aux forces alliées, composées de corps autrichiens, anglais, hanovriens et hollandais. Fontenoy 1745 asbl – Hôtel de ville 19, place Bara – 7640 ANTOING I La Croix celtique Érigée en 1907 au centre du village de Fontenoy, la Croix celtique est le monument le plus important commémorant la bataille du 11 mai 1745, et plus précisément les soldats irlandais tombés au combat. Elle est en outre un des monuments irlandais les plus emblématiques hors de son pays d’origine. Sa base est taillée dans du granit gris d’Irlande, le socle dans du mar- bre de Limerick et la croix pro- prement dite dans du granit bleu d’Irlande. 15Péronnes-lez-Antoing ! Les lignes 88 et 88b ÉTAPE1 14 Le beau vélo de RAVeL La Belgique est la première nation à édifier un railway en Europe. Dès 1835, le maillage théorique du réseau est dessiné et, le 5 mai, la première ligne Bruxelles–Malines est inaugurée. Les liaisons vers l’ouest (Flandre) se concrétisent rapidement et celles vers l’est se divisent en deux branches: Prusse en 1843 et grand-duché de Luxembourg entre 1854 et 1858. Par contre, les liaisons vers la France sont difficiles: de nombreux tracés différents s’opposent et font l’objet d’innombra- bles contestations de la part des élus locaux. Finalement, la France est atteinte pour la toute première fois en 1842, par Quiévrain–Blanc Misseron via Mons. Dès ce moment, de nombreuses ramifi- cations sont réalisées afin de desservir une multitude d’industries régionales, et principalement les charbonnages. Au départ, la partie occidentale du Hainaut est oubliée par le chemin de fer. Une importante industrie de la pierre et de la chaux, principalement centrée dans le Tournaisis, s’y déve- loppe cependant. Les pouvoirs publics ne demeurent pas insensibles: face à l’accroissement de cette économie, le réseau ferré s’étend dans la région et… devient le plus dense de Belgique! Dès 1870, le rail supplante les voies navigables et les canaux, trop lents avec leurs bateaux dépourvus de mo- teurs performants et encore souvent halés par des chevaux. Les grands axes au départ de Tournai (vers Lille, Mouscron, Mons et Bruxelles) sont opérationnels et tous à double voie. Plus au sud, on s’affaire depuis 1879 à un nouvel itinéraire vers la France. Tournai–Saint-Amand est ainsi acces- sible à l’exploitation le 9 juin 1881 via Antoing et Bléharies. L’extension du réseau ferroviaire de l’État en Wallonie picarde atteint son apogée dans les années 1880, au mo- ment du plein essor économique du bassin carrier. Dès la fin de la seconde guerre mon- diale, l’époque du déclin sonne pour l’ensemble des lignes secondaires. En 1956, la ligne 88 ne sert plus qu’au transport de marchandises, des auto- bus ayant pris le relais pour le trans- port voyageurs. Il y a jusqu’à vingt bus par jour pour desservir Antoing. En 1997, quelques kilomètres de ligne ont été aménagés en RAVeL le long de la nationale 52 et permettent de relier le centre d’Antoing au RAVeL 1, sur les rives de l’Escaut. Tournai | Antoing | Bléharies | Saint-Amand-les-Eaux (F) I La fête des Courges Ne (sou)riez pas: depuis le printemps 2005, Antoing porte le titre de «capitale wallonne du potiron»! À l’initiative de cette appellation, l’asbl des Jardins bio- logiques du Hainaut qui, depuis plus d’une décennie, s’est spécialisée dans la valori- sation des cucurbitacées et des légumes anciens. Elle cultive ainsi au cœur du Pays Blanc plus de six cent sortes de cucurbi- tacées, diffuse des semences de variétés anciennes et surtout, organise chaque À DÉCOUVRIR AUSSI… | PÉRONNES-LEZ-ANTOINGHISTOIRE | PÉRONNES-LEZ-ANTOING troisième week-end de septembre la fête des Courges. Au programme de ce qui est la plus importante collection de poti- rons de Wallonie: cueillette et vente de courges, dégustations, présence de sculpteurs, artisans et producteurs de légumes anciens, etc. Le tout, bien évidemment, dans une ambiance festive… Jardins biologiques du Hainaut 17, La Crinquaine – 7640 ANTOING Tél.: 069 44 41 33 http://www.courge.be 31Donceel § 30 Le beau vélo de RAVeL Distance: 23,5 km Départ: place de Haneffe Accès: E40-A3, sortie 29 Waremme, N69 et N65 Viemme | E42-A15, sortie 6 Villers-le-Bouillet, N65 Viemme Difficulté: familiale ÉTAPE3 PARCOURS TOPOGUIDE | DONCEEL À tout seigneur, tout hon- neur, c’est au cœur d’Haneffe et précisément depuis l’Espace Royal Guidon Hesbignon, la seule fanfare cycliste belge, que nous prendrons le départ de cette balade qui s’annonce comme une des plus accessibles de l’été: nous voulons garder notre souffle pour fêter dignement son centenaire! Cela tombe bien: cet espace est sur la place du village, juste en face du café- brasserie Le Vieux Haneffe avec ter- rasse et vue sur l’église Saint-Pierre ainsi que sur le site des Templiers. 0,1 km Quittez la place, en direction de Seraing-le-Château, par la rue Ribatte. Un léger faux plat vous permet d’admirer, sur votre droite, les douves du château des Templiers. 0,2 km Vous longez la ferme Schalem- bourg spécialisée en produits du ter- roir mais aussi en stages à la ferme et fêtes d’anniversaire. Elle jouxte la fer- me Degive, un magnifique bâtiment en U qui date du XVIIIe siècle et qui est clas- sée depuis 1963. Porche colombier, bandeaux calcaires, toitures en chau- me, ardoises et tuiles confèrent à l’en- semble un remarquable cachet. o km 0,4 km À la fourche, grimpez sur la droite. 0,7 km Prenez l’épingle à cheveux sur la gauche, vous êtes maintenant dans la rue Morte Eau. 1,1 km Une plaque vous souhaite la bienvenue dans Haneffe, puis vous des- cendez, en découvrant sur votre droite le Peschereeuw (appelé autrefois ri- vière de Seraing-le-Château), affluent de l’Yerne qui traverse le village. À cent mètres de chaque côté de la route, il y a deux sentiers parallèles, la Dicque et la Brigade. D’après la légende, ils ont été tracés au Moyen Âge pour permettre aux seigneurs de Hardémont de sortir de leurs terres sans se rencontrer parce que cela provoquait toujours des échauffourées au puits du moulin… Praticabilité: à pied, à cheval, à vélo, en chaise et en rollers Dénivelé: 0 m 3000 m 6000 m 9000 m 12000 m 15000 m 18000 m 21000 210 m 195 m 180 m 165 m 150 m 135 m 120 m
  3. 3. 13 Cela faisait longtemps que je l’attendais. À plusieurs reprises déjà on l’avait annoncée, mais à chaque fois les prévisions s’étaient avérées erronées. Cette nuit enfin, dans un silence religieux, le ciel a semé des pétales de nuage. Patiemment, avec une douceur extrême, des milliards de flocons se sont déposés. Il faut la voir, la blanche dame, lorsqu’elle a jeté son dévolu sur la forêt. De son manteau immaculé, elle recouvre tout le noir de l’hiver, faisant presque oublier celui de l’âme quand il nous écrase. Pourtant bien présente, la froi- dure est imperceptible, tant le cœur s’enflamme devant le spec- tacle du paysage vierge qui s’offre à la vue. Même sans soleil, tout n’est que lumière. Le bruit lui- même est englouti par la poudreuse, comme si la neige voulait tout effacer, tout garder pour elle. Quand est grande son épaisseur, quand le vent fort l’a plaquée contre les fûts avant de mourir, quand le froid immobile la fige et que nulle trace ne troue son habit, la première aube est toujours la plus belle. Plus rien n’est comme hier, le paysage est méconnais- sable, le dépaysement total; les points de repère sont introuvables, les troncs d’arbres masqués par une nouvelle forêt, celle des branches courbant l’échine sous le poids du doux envahisseur. Au pied des vieux résineux, d’étranges monticules ondulent sous la sombre frondaison, évoquant un champ de bataille; La blanche dame 2726 sont variées, allant du chant, merveilleux à entendre à quelques pas, à l’offrande furtive de nourriture, en passant par de fréquentes… scènes de ménage et des pugilats violents! Mais le comportement le plus caractéristique de l’es- pèce est aussi le plus fascinant: la pêche dans les rapides. Au départ d’un caillou, l’athlète se jette à l’eau preste- ment, tantôt en se laissant dériver en surface, tantôt face au courant en s’agrippant au fond du ruisseau. S’accrochant aux galets et s’aidant des ailes comme de nageoires, il faut le voir évoluer au milieu des vagues, luttant comme un beau diable, plongeant avec force puis remontant tel un bouchon de liège, avant de se laisser emporter, visitant aussi bien les berges que le milieu de la rivière. De ses duels avec l’onde, le chasseur ramène le plus souvent des larves de trichoptères, parfois des alevins. Immortaliser dignement ces moments constitue un véritable défi: les images obtenues illustrent le plus souvent une lointaine et difforme tache brunâtre à la surface de l’eau, un oiseau sans tête, un croupion solitaire ou encore, cas le plus fréquent, un flou géné- ralisé… Les bords d’étang aussi sont fascinants. Si la végétation aquatique y est libre de se développer et que le calme règne, le grèbe castagneux peut y nicher, déchirant régulièrement le silence de son joyeux hennis- sement. Qu’il subsiste à proximité une haute berge argileuse et l’on aura beaucoup de chance d’observer le fabuleux martin pêcheur, ce joyau de notre avifaune. En Europe, rares sont les oiseaux arborant un habit à ce point éclatant, une palette aussi nuancée de tons au sein d’une même couleur. Pourtant, si son plumage enflamme le regard de l’humain, la vitesse à laquelle il se déplace au ras de l’eau fait en sorte que le bolide reste généralement inaperçu du commun des mortels. En définitive, c’est son sifflement perçant qui trahit le plus souvent sa présence.Furtive offrande de nourriture Grèbe castagneux 8180
  4. 4. L’épervière piloselle est très bien adaptée aux sols instables car elle possède des racines pivotantes et se multiplie par stolons. Le stolon est une tige qui provient d’un bourgeon, il grandit couché sur le sol et s’enracine en produisant de nouveaux individus. Elle forme rapidement des tapis denses et fermés. La pelouse sèche est piquetée d’espèces typiques de la prairie, à large amplitude écologique, comme le fromental et la carotte sauvage qui annoncent la lente évolution du groupement vers une prairie-friche. S LA PRAIRIE-FRICHE À FROMENTAL Contrairement à l’association végétale précédente, la prairie à fromental occupe des substrats plus profonds qui retiennent mieux l’humidité. La prairie-friche se présente sous forme d’herbes hautes, dominées par des plantes de prairie: le fromental, la carotte sau- vage, l’achillée mille-feuille, l’armoise vulgaire… Dans la prairie-friche à fromental, les espèces pionnières que l’on trouve en abondance dans les pelouses sèches se raréfient au profit d’espèces de prairie ou de sous-bois. Dans ce groupement, au contraire des pelouses sèches, les plantes qui vivent dans des conditions d’humidité moyenne (dites mésophytes) dominent sur les espèces qui apprécient seulement les zones de grandes 56 57 Bourdon et églantier sur le terril des Pays-Bas Bourdon butinant une vipérine sur le terril des Pays-Bas sécheresses (dites xérophytes). L’évolu- tion de ces prairies est lente. Elles se maintiennent pendant de nombreuses années avant que ne se manifeste une évolution vers des groupements fores- tiers. Parfois, d’importantes plages de clé- matites des haies et de ronces s’étendent progressivement dans la prairie-friche. S LES BOIS DE BOULEAUX Avec le temps, les bois dominés par le bouleau verruqueux adoptent une allure de plus en plus forestière. Ils s’enrichis- sent d’espèces telles que le hêtre, le chêne pédonculé, le frêne commun, l’éra- ble sycomore… En sous-bois, on observe diverses espèces arbustives dont les graines ont été dispersées principalement par les animaux (dites zoochores): le merisier, le sorbier des oiseleurs, le né- flier, le sureau noir, le cerisier tardif… La strate herbacée, jusque-là dominée par des espèces pionnières, s’enrichit bientôt d’espèces des bois comme l’épilobe en épi, l’épervière vulgaire, la fougère aigle, la canche flexueuse. Ombelifère et insectes de la famille des syrphes 19 Chaque terril est unique. Chaque terril a son histoire et sa géographie propres. Elles fondent l’incroyable diversité actuelle de paysages que l’on retrouve tout au long de la veine de houille qui traverse la Wallonie. Pourtant, tous sont nés en pollueurs: lorsque le charbon était extrait de la mine, des roches inutilisables remontaient avec lui. Composés principalement de schistes et de grès, ces déchets accumulés formèrent les terrils. Pour une tonne de charbon jusqu’à sept tonnes de stériles: ce rapport est le chiffre d’or qui explique la naissance dans nos régions de ces paysages uniques et entièrement artificiels. Aujourd’hui, la chaîne des terrils s’étend sur 200 kilomètres de Bernissart au plateau de Herve, en passant par le Borinage, Mons, Binche, La Louvière, Charleroi, Sambreville, Flémalle, Liège et Herstal. Elle compte quelque 340 terrils de grande taille qui datent de la révolution industrielle et des centaines de terrils mineurs qui lui sont antérieurs. Jamais activité humaine n’a modifié ainsi le paysage. Amas de poussières sombres deve- nus des géants aux profils de massifs naturels, les terrils ont constitué, au fil de la révolu- tion industrielle, l’horizon vertical des cités minières. d’un paysage Genèse «Si tel assemblage d’arbres, de montagnes, d’eaux et de maisons que nous appelons paysage est beau, ce n’est pas par lui-même, mais par moi, par une grâce propre, par l’idée ou le sentiment que j’y attache.» BAUDELAIRE Terrils de Charleroi moire de l’activité minière: de l’autre côté de l’autoroute on aperçoit le châssis à mollette de Blegny et le terril d’Argenteau voisin (voir encadré); de l’autre côté de la Meuse, on aperçoit le sommet du terril en combustion de la Petite Bacnure et en amont, les fumées de refroidissement des usines métallurgiques. Le flanc sud du Hasard apparaît dénudé et noir. Il descend en vagues terreuses jusqu’à un aplat den- sément boisé. Deux ou trois cents mètres plus bas, l’ari- dité lunaire du terril se métamorphose en bois de bouleaux, de chênes, de noise- tiers et de châtaigniers où pousse une masse invraisemblable de ronces, de fou- gères et de graminées. Oiseaux et insectes sont ici en nombre. Il faut s’as- seoir quelques minutes sur un tronc mort pour écouter le silence factice du sous- bois: grattement de petits rongeurs, vols de mésanges et d’hirondelles, et cet oiseau frappeur qui sonne le passage du temps comme un métronome… un pivert! Un chemin de terre serpente jusqu’au pied du terril. Les arbres s’accro- chent à la pente avec des racines appa- 32 33 BLEGNY-MINE À quelques kilomètres du terril du Hasard, le site de Blegny-Mine évoque l’héri- tage «des gueules noires». On peut y faire l’expérience d’une descente à -30 et -60 mètres dans un des puits de l’ancien charbonnage d’Argenteau Trembleur et découvrir, accompagné des explications d’anciens mineurs, la vie au fond de la mine. Fermé le 31 mars 1980, le site minier était le dernier encore en exploitation dans la région liégeoise. Le musée de la Mine, installé dans un bâtiment minier construit en 1816 – le Puits Marie –, retrace huit siècles d’exploitation houillère. L’ère du charbon et son exploitation industrielle a débuté dès le XIIe siècle à Liège. Le Puits Marie a servi de puits principal jusqu’en 1887 et ensuite de puits de retour d’air jusqu’à la fer- meture du charbonnage. Profond de 234 mètres, il est coiffé d’un chevalement métallique et est entouré d’un vaste bâtiment à l’architecture industrielle remar- quable. Les responsables du site développent le projet de mise en valeur du biotope du terril d’Argenteau qui le surplombe. Une mare didactique abrite une espèce rare de crapauds accoucheurs, qui avait trouvé refuge dans une zone humide située au pied du terril. Elle est accessible sous réserve d’être accompagné d’un guide nature. Le projet de mise en valeur comprend, outre la mare, la mise en évidence des étapes de la colonisation par la nature d’un terrain vierge et la reconstitution d’un verger composé de variétés indigènes d’arbres fruitiers. Lupins vivaces sur le terril Saint-Charles à Ransart
  5. 5. Voilà des années que j’en rêvais de ce livre qui rassemblerait des photos de passion, de joies, de sensations et d’émotions intenses. De malédiction de météo nationale, aussi: rien n’est en effet plus frustrant que d’attendre durant 364 jours «le» jour fatidique pour n’obtenir finalement qu’un temps «à ne pas mettre un objectif dehors» et ainsi être forcée de renoncer pour l’année en question! Je vous la recommande vivement, cette expérience très enrichissante qui vous apprendra à acquérir cette vertu inestimable qu’est la patience. Ce livre, conçu comme un recueil d’empreintes visuelles, traduit un vécu émotionnel instantané et fugi- tif, avec – en filigrane – l’objectif de séduire les lecteurs pour qu’ils aient envie d’une escapade à Binche le Mardi gras et partagent cette douce hystérie collective… Ces photos méritaient d’être servies par un texte scientifique et rigoureux, qui nécessitait, selon moi, un savoir et une rigueur méthodologique que je ne possède pas. Voilà pourquoi il m’est venu à l’esprit d’obtenir ces informations «sérieuses» de la nouvelle directrice du musée internatio- nal du Carnaval et du Masque de Binche, telle un vaillant petit reporter. Quelle n’a pas été ma très agréable surprise (je ne pouvais décidément m’attendre à mieux) quand je l’ai entendue me demander, après lui avoir présenté quelques clichés, si elle pouvait l’écrire avec moi, ce livre! Christel, à qui tant de Binchoises ont confié leur fierté de faire partie de la cérémonie du carna- val. Christel qui, comme moi, a partagé un temps cette frustration d’être empêchée rituellement d’être «Gille». Qui, comme moi, transformant ce ressenti en moteur, en fit sa passion, notam- ment en utilisant ce thème pour son mémoire en anthropologie. Au risque d’être la cible d’une critique méthodologique non négligeable, à savoir que l’anthropologue doit idéalement garder une distance avec son sujet d’étude. Or, comme moi, Christel y est plongée depuis sa nais- sance: nous sommes toutes deux «Sang d’Binchou». Quand un rêve devient réalité, c’est assez impressionnant, je dois le reconnaître… C’est bien sûr à bras ouverts qu’on accueille une telle opportunité. Et avec un sourire (béat) jusqu’aux oreilles, en sus! Au regard de ma position particulière, à savoir être partie intégrante de l’objet de ma propre recherche, il me fallait saisir à pleines mains l’opportunité de croiser le travail esthétique de Nathalie avec mes recherches. Pourquoi? Parce que son regard pouvait enri- chir le mien; parce que nos histoires se sont rapprochées aussi; parce que son parcours m’a émue surtout. Pour l’anthropologue, la rencontre de deux Binchoises passionnées par leur ville et par son emblème ne peut être le fruit du hasard: nous arpentions depuis des années les mêmes ruelles, elle avait un objectif devant les yeux, moi, des concepts dans la tête. Notre socialisation avait fait de nous des servantes du «dieu Gille», de notre cité et de son folklore… mais nous avions emprunté, l’une et l’autre, des orientations plus marginales. Nathalie, j’aurais pu la rencontrer plus tôt, l’interviewer et archiver son témoignage, ... mais c’est elle qui fit le premier pas et c’est bien à sa ténacité que l’on doit l’aboutissement de ce projet. Quelques mois après ma désignation à la direction du musée international du Carnaval et du Masque, elle vint en effet me trouver et me présenta le résultat de nombreuses années consa- crées à capturer avec acharnement les expressions de ses masques binchois. Ses nombreux reportages et son expérience, finalement si proche de la mienne, m’ont définitivement conquise: nos modes d’expression devaient collaborer, nos stratégies individuelles, qui nous permettaient de participer au carnaval – activement et à notre manière –, allaient se compléter. Nathalie & Christel 10 de préparatifs précarnavalesques qui précèdent le carême chrétien. Ces préparatifs se manifestent par différentes sorties dont les plus populaires sont les six dimanches précédant le carnaval. Celles-ci sont de trois types: les «répétitions de batteries» où, dans un premier temps, les sociétés auditionnent leur batterie dans leur local respectif; les «soumonces en batterie» où, dès quinze heures, les sociétés sortent au rythme des tambours et grosses caisses dans le cœur de la cité; et, enfin, les «soumonces en musique» où un orchestre de cuivres vient se joindre aux batteries. Les participants portent à cette occasion le costume du Dimanche gras de l’année précédente. Ajoutons que les sociétés, réparties en deux groupes, ne sortent qu’une semaine sur deux. Autres moments forts de ces semaines de préparation: les trois bals de carnaval (socialiste, libéral et catholique) et la nuit des «Trouilles de Nouilles» (ou plus exactement «Trouilles guenouilles») qui, dans la soirée et la nuit du lundi avant les Jours gras, voit déambuler des groupes de costumes simples et souvent négligés. Ces personnes dépenaillées tentent de repérer, dans un café ou dans une rue du centre-ville, une personne non déguisée – et de préférence connue – afin de l’intriguer par des farces. À minuit, tout le monde enlève son masque pour finir la nuit entre Binchois. La dernière étape du carnaval dans l’intimité des Gilles est le «souper aux harengs» qui est organisé par chaque société pour ses membres. Selon la tradition binchoise, ce souper collectif doit se dérouler le mercredi des Cendres, début du Carême chrétien (ce qui explique que l’on ne peut y manger de viande). Les harengs sont offerts par les tenan- ciers du café qui tient lieu de local pour la société. 11 Le virus carnavalesque, à vrai dire, ne quitte jamais, tout à fait, le sang binchois. Samuël Glotz1, Le carnaval de Binche, Duculot, Gembloux, 1975, p. 11 Binche: une ville, une histoire L’escalier qui mène au Faubourg du Posty, extra-muros déjà et pourtant si proche de la grand-place Au détour d’une rue… 1 Samuël Glotz a été le conservateur du musée international du Carnaval et du Masque depuis son ouverture en 1975 et jusqu’en 1981. 2524 L’HÔTEL DE VILLE L’emplacement de la «loge del ville» du XIIIe siècle est celui qu’occupe l’hôtel de ville actuel. Même s’il conserve des arcades gothiques du XIVe siècle, le bâtiment principal se présente aujourd’hui – ainsi que son beffroi – dans le style Renaissance que lui a donné le Montois Jacques Du Broeucq en 1554, après le saccage de la ville par Henri II. Occupé depuis le Moyen Âge par les magistrats de la ville, il contient encore aujourd’hui un mobilier, des boiseries et des vitraux d’inspiration Renaissance. Restauré à la fin du XIXe siècle, l’édifice fut classé en 1936, et son beffroi au bulbe baroque est inscrit depuis 1999 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. «Une réussite que ce concept de peinture et ce choix de motifs, selon moi. Ils représentent des éléments du costume que porte le Gille le Mardi gras» «Ces éléments picturaux ont procuré à certaines de mes prises de vue, lors des rondeaux des Gilles sur la grand-place, un arrière-plan particulièrement élégant et chaleureux» […] Pour mi Binche, c’est l’Éden, c’est l’Paradis, c’est l’Ville aïu c’quon vit l’mieux, èl pus à s’naise, èl pus in famie. Pour mi Binche c’est tout, c’est l’boudène du monde. […] Charles Deliège «Pour moi, Binche, c’est l’Éden, c’est le paradis, c’est la ville où on vit le mieux et le plus à son aise, le plus en famille. Pour moi, Binche c’est tout, c’est le nombril du monde.» Christel Deliège et Nathalie Hupin
  6. 6. 49 Plus qu’une fête, une cérémonie Beaucoup plus qu’un simple divertissement annuel, le carnaval de Binche est un rite à part entière dans lequel la sacralité occupe une place privilégiée et se fonde sur des pratiques archaïques. Chaque Binchois connaît précisément le rôle qu’il joue dans cette grand-messe du printemps, et la mission de la femme de Gille n’est certes pas la moindre: c’est elle qui est chargée – sans y voir aucun asservissement – de mettre le rite en place et de permettre son bon déroulement. Dès quatre heures du matin, les Gilles – accompagnés d’un tambour (parfois d’une caisse et/ou d’un fifre) – parcourent les quartiers, de maison en maison, allant «ramas- ser» leurs compagnons. Ils constituent ainsi de petits groupes qui se déplacent toujours en dansant pour se rassembler vers huit heures afin de fusionner et former la société complète. Ils sont prêts, dès lors, à rejoindre la grand-place, chaque société respectant un itinéraire bien déterminé. C’est au cours de ce périple qu’ils revêtiront leur masque de cire, peu avant l’arrivée sur la grand-place pavée, pour un rondeau d’hommage devant les portes de l’hôtel de ville. «Longtemps j’ai envié ces hommes dont chaque mouvement respirait autant la joie que la fierté du dévouement à la fête» 61 Quelques chiffres • Nombre de participants costumés le Mardi gras: ± 1100 dont ± 850 Gilles chaque année • Nombre de médailles pour les jubilaires: ± 50 chaque année dès 4 ans officiellement jusque… 85 ans (le plus vieux à ce jour) • Nombre de sociétés: 13 (10 de Gilles dont 3 de fantaisie (les Arlequins, les Paysans et les Pierrots du Mardi gras) • Poids du chapeau: ± 3 kg • Location du costume par le Gille au louageur: ± 100 euros • Location du chapeau et du costume par le Gille au louageur: entre 250 et 300 euros • Coût de la fabrication d’un costume: ± 600 euros • Coût de la fabrication d’un chapeau: ± 3000 euros • Plumes nécessaires pour un chapeau: en moyenne entre 250 et 350 petites plumes pour former 12 grandes plumes, ± 80 heures de travail • Nombre de cloches sur l’apertintaille: 7 en moyenne • Motifs sur le costume du Gille: ± 200 (couronnes, lions, étoiles, écussons, drapeaux) • Ruban pour les pèlerines, manche et pantalon: 150 mètres de ruban à plisser • Franges dorées sur la pèlerine: 540 • Oranges lancées par un Gille: ± 25-40 kg • Airs de Gille: 26 Le rondeau est un moment intense de rassemblement. Il symbolise la fraternité 62 Majestueux parmi les siens 30 de cuivres), mais aussi d’organiser toute la logistique liée au «ramassage» des Gilles ainsi que les différentes activités qui permettront, l’année durant, de récolter des fonds pour alléger la dépense financière de ses sociétaires. En effet, la participation au carnaval pour un Gille et sa famille représente un budget certain: cotisations à la société, confection des costumes et frais afférents (champagne, huîtres, consommations, etc.). Le Paysan occupe une place particulière dans mon cœur. Ayant suivi toute ma scolarité au collège Notre-Dame de Bon Secours, l’école de cette société «de fantaisie», j’ai passé six carnavals consécutifs derrière le groupe. Il est d’ailleurs assez logique pour moi d’avoir photographié ces acteurs, qui portent le même masque que le Gille, excepté la moustache de Napoléon III et la mouche. Les deux autres sociétés de fantaisie du Mardi gras, les Pierrots (du Petit Collège) et les Arlequins (de l’athenée) arborent aussi un masque, mais il est bien différent: il s’agit d’un loup noir. Le Paysan est le costume emblématique de la société qui s’est formée au sein du collège Notre-Dame. Ce n’est qu’en 1930 qu’il est adopté par tous les membres de cette société apparue en 1897. Même si les origines exactes du costume restent énigmatiques, les emprunts au costume du Gille sont évidents: le masque, le chapeau orné de plumes d’autruche, les rubans plissés, le ramon et les oranges. «La vie d’un jeune homme de Binche Ne peut pas durer longtemps Il dépense en une semaine Le revenu d’un an…» Extrait de «Le petit jeune homme de Binche», l’un des vingt-six airs Si le visage représenté par le masque du Paysan dispose des mêmes traits que celui du Gille, il diffère par un point: pas de moustaches napoléoniennes
  7. 7. L’ARCHÉOLOGIE D’UNE CATHÉDRALE NOTRE-DAME DE TOURNAI 4 Douze siècles de témoins archéologiques L’ensemble des résultats obtenus conforte bien la vue que le site de la cathédrale a été le théâtre d’occupations humaines et de cons- tructions successives, entre la période romaine et le XIIe siècle, lorsque fut édifiée la cathédrale romane. En quelque sorte, sous le monument actuel gisent les vestiges d’innombrables mo- numents plus anciens. Les traces de l’agglomération gallo-romaine du Haut-Empire sont assez peu nombreuses parce qu’elles ont été largement éradiquées sous l’Antiquité tardive, qui s’avère être une période de grand développement urbanistique. On note des constructions successives: une aile de bâ- timent et une domus. Dans le courant du Ve siècle, le site connaît une évolution différenciée et s’illustre par un bâti- ment élevé en opus africanum. L’un des résultats les plus spectaculaires des fouilles archéologiques consiste en l’identifica- tion d’une basilique paléochrétienne. À partir du début du Haut Moyen-Âge, le site verra la construction et la reconstruction d’égli- ses successives au même endroit. On note une grande église carolingienne qui connaît un ré- aménagement substantiel, puis une première cathédrale, bâtie après l’An Mil. I Les fouilles archéologiques Les fouilles archéologiques de la cathédrale et de son environnement ont été conduites par le Centre de Recherches d’Archéologie Nationale de l’UCL, à partir de 1986. Une première cam- pagne d’exploration a été entreprise en 1986 dans le sous-sol de la place de l’Évêché. À l’oc- casion de la mise en restauration du porche de la cathédrale, des sondages furent entrepris en 1991 à l’extérieur de l’édifice. En 1996, furent lancées les premières reconnaissances au sein de la cathédrale elle-même. Ceci constitua le point de départ de divers programmes pluri- annuels, établis de commun accord avec la Ville de Tournai (anciens cloîtres), la Province de Hainaut (études de stabilité et stabilisation de la tour Brunin) et le Ministère de la Région wal- lonne, dont le Direction de l’Archéologie assura régulièrement le financement. Les opérations en question se sont poursuivies, sans presque aucune discontinuité, pendant dix ans, entre 1997 et 2007. 0 5 10 20 Haut-Empire romain I Haut-Empire romain II Bas-Empire romain I Bas-Empire romain II Édifice en Opus Africanum Paléochrétien Mérovingien Haut Moyen-Âge Carolingien I Carolingien II An Mil Roman: XIIe s. Les douze siècles de témoins archéologiques révélés par les fouilles archéologiques et les plans des édifices principaux. Les codes de couleur utilisés permettent de différencier les périodes ou les bâtiments. 5 S 23 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 10 20 m Vue sur le chantier archéologique du cloître (1997-1999). archéologiques, une exploration exhaustive du site n’était pas envisageable. Le bilan général des fouilles entreprises dans l’environnement de la cathédrale reste à écrire; une publication d’ensemble des résultats est en cours de réalisation, tandis que dans le grand projet de restauration de l’édifice qui a vu le jour, est inscrite la volonté de conserver et de montrer au public une partie significative des structures archéologiques mises en lu- mière. La recherche archéologique Si l’intérêt particulier porté au sous-sol ar- chéologique urbain de Tournai par les cher- cheurs est avéré de longue date, la cathédrale et son environnement immédiat n’avaient ja- mais été le théâtre de grandes investigations. Au XVIIIe siècle, le chanoine Denis-Dominique Waucquier aborde deux problèmes liés au sous-sol de la cathédrale: les fondations qui réunissent les bases des colonnes et la ques- tion hasardeuse de l’existence d’une carrière d’extraction de la pierre destinée à la construc- tion de la cathédrale située place du Marché- aux-Poteries. Il pose donc indirectement le problème de l’état du sous-sol et du niveau de la roche, si préoccupant pour ceux qui ont été en charge de la mise en stabilité de la cathé- drale. En 1932, un sondage profond exécuté dans le transept à l’entrée du chœur gothique a permis d’atteindre la roche à une profondeur de 8,90 m. En 1942, l’espace du cloître rendu accessible par les bombardements de la guerre a suscité quelques fouilles produisant du mobi- lier gallo-romain et mérovingien; des fouilles ont également été organisées dans les jardins de l’évêché. Dès le moment où la question s’est posée de la restauration de l’édifice, les archéologues ont répondu de manière positive: une première campagne de recherches a été conduite place de l’Évêché, en 1986; puis en 1990, vint la mise en restauration du porche qui s’accompagna de sondages archéologiques divers autorisant notamment la première reconnaissance des fondations de la cathédrale romane et la dé- couverte d’une chapelle épiscopale. À partir de 1996, se concrétisent des pro- grammes d’études préalables à la mise en sta- bilité du bâtiment. Dès ce moment, ingénieurs en stabilité et archéologues travaillent en- semble. Les seconds récoltent beaucoup d’in- formations dans des sondages profonds et malheureusement toujours trop étroits, entre- pris à l’intérieur et à l’extérieur de la cathé- drale. Une archéologie, diversifiée dans ses formes d’intervention, va naître par la suite. Quelques enquêtes archéologiques préalables aux tra- vaux d’aménagement des espaces entourant l’édifice sont programmées, comme celle du cloître, fouillé de 1997 à 1999 ou du Quadrila- tère, examiné en 2000. L’intérieur de l’édifice religieux a été plus largement étudié à l’occa- sion des travaux de stabilisation de la cathé- drale, des opérations de stabilisation de la tour Brunin, puis de deux fouilles programmées, très largement soutenues par la Province du Hainaut et surtout par le Ministère de la Région wallonne, Direction de l’Archéologie. Ces der- nières ont été entreprises dans la nef nord, à partir de 2002 et, dans la nef centrale, à l’em- placement des anciens chœurs, de 2005 à 2007. De la sorte, le potentiel archéologique gisant sous la cathédrale romane a pu être effective- ment évalué dans de bonnes conditions: 40% de la surface des nefs ont été examinés, contre 25% de la surface dans le transept. Vu la pro- fondeur à laquelle se trouvaient les vestiges Les zones fouillées dans la cathédrale et son environnement: 1 à 9. 14 L’état le plus ancien est lié à l’édifice à hypo- causte du Bas-Empire, évoqué plus haut, con- crétisé par un mur extérieur épais, chaîné de lits de tuiles. L’aménagement de la basilique paléochré- tienne à cet endroit a connu deux stades. Dans un premier temps, on a retravaillé le mur ancien pour y ouvrir deux petites portes laté- 0 5 10 20 m rales et une porte axiale plus grande. Ces ouvertures sont chacune desservies par un escalier posé contre le mur ancien. Nous con- servons, au nord, le seuil qui marque l’empla- cement de la première porte latérale, tandis qu’au sud, une partie du pied-droit de cette porte est encore visible. Dans un second temps, il a été question d’un rehaussement du niveau de circulation dans la nef, condamnant l’usage des escaliers et entraînant la réfection de la porte centrale dotée cette fois de deux bases de colonnes à profil biseauté insérées dans la muraille. Ce sont des blocs monumentaux de récupération en pierre calcaire arrachés à un monument gallo-romain. Les accès latéraux sont alors condamnés. Des éléments de sols très significatifs ont été enregistrés tant dans la nef que dans le chœur de la basilique paléochrétienne. Dans la nef, le sol le plus ancien recourt à l’em- ploi d’un dallage calcaire et d’un béton rose. Le second sol est constitué par de l’argile damée. Dans le chœur, dont nous ne connaissons mal- heureusement pas les dimensions, nous som- mes en présence d’un béton de sol épais à base de chaux et de tuileau réaménagé plusieurs fois. Cette église paléochrétienne, datée du Ve siècle, revêt donc une importance historique particu- lière. Bases de colonnes encadrant l’ouverture centrale du chœur de l’église paléochrétienne. Ci-contre et en bas à droite: bases d’escalier conduisant de la nef centrale vers le chœur. Plan de l’église paléochrétienne (première phase). 15 L’occupation mérovingienne En matière d’archéologie chrétienne, la pé- riode mérovingienne au sens strict est concernée par deux édifices au moins: la basi- lique paléochrétienne elle-même, érigée à la transition entre l’Antiquité tardive et la période suivante et sans doute remaniée dans le cou- rant du VIe siècle et la basilique qui lui succé- dera, dite du Haut Moyen-Âge, parce que sa date d’érection n’est pas précise. Peu de matériel archéologique a été récolté lors des fouilles pratiquées dans les édifices re- ligieux anciens, ce qui n’aide pas à établir des séquences chronologiques très précises à leur propos. En revanche, un dossier extrêmement riche pour cette période a été réuni pour les zones qui environnent les édifices eux-mêmes. Les rares contextes construits découverts ne reposent pas directement sur les niveaux de l’Antiquité tardive. Ainsi en est-il d’un foyer, contenant beaucoup de céramique mérovin- gienne, un manche de couteau en os taillé avec décor d’ocelles, de la verrerie; il a été appuyé contre le mur longitudinal nord de la gale- rie de la basilique paléochré- tienne où l’on a improvisé un conduit de cheminée. La porte percée dans ce même mur a également été oblitérée, car un mur en pierres sèches a été construit sur le seuil antique ou plutôt sur un niveau sédimen- taire qui le surmontait. Tout indique que la basilique paléochrétienne a subi quel- ques dommages à ce moment. Dans la zone des cloîtres anciens, et au sein des contextes de terres noires, une grande quantité de céramiques fines et grossières a été rassemblée. Il s’agit de céramiques notamment biconiques som- bres et lissées, portant souvent un décor au poinçon et plus rarement à la mo- lette. La céramique culinaire grossière est également bien représentée. Il est aussi question de la découverte impor- tante de traces de l’artisanat du bois de cerf, du verre, du bronze et de la production de fibules notamment. Le travail de l’os et du bois de cerf est repré- senté par plusieurs objets finis et par nombre de déchets de débitage ou de sciage. L’artisanat le plus évocateur est celui de l’orfèvre qui a fondu des pièces en bronze assez variées, comme des accessoires de ceinture et surtout des fibules ansées et digitées. Une trentaine de fragments de moules de ce type figure parmi les trouvailles les plus spectaculaires. L’en- semble de ces données nous ramène à une fourchette chronologique essentiellement si- tuée dans la période 470/480-550/560. En outre, la célèbre couche des terres noires, sédiments accumulés à hauteur de la zone des anciens cloîtres, est déterminante pour la com- préhension de celle-ci. Elle scelle le site et marque un temps d’arrêt avant une réap- propriation de celui-ci, que l’on ne peut pas reconnaître avant la pé- riode carolingienne. De nombreuses études tant pa- lynologiques qu’archéozoologi- ques ont été conduites sur la composition paléoenvironne- mentale de ces sédiments. Elles offrent des points de repère de grand inté- rêt pour la compréhension de la période de transition entre Antiquité et Moyen-Âge. Mobilier mérovingien retrouvé dans les «terres noires», comme reflet d’artisanats locaux. À gauche: objets en bois de cerf. Au milieu: fibule en bronze et moules de fibule ansée et de boucle. À droite: céramique ornée. La couche des «terres noires»: strates superposées scellant l’occupation du Haut Moyen- Âge. Foyer d’époque mérovingienne. BROCHURE
  8. 8. Depuis les origines de Bruxelles, la colline du Coudenberg est lieu de résidence seigneuriale. Dominant la ville, la demeure des ducs de Bra- bant connaîtra un développement remarquable, au point de devenir un palais à la mesure de ses hôtes, dont le plus prestigieux n’est autre que l’empereur Charles Quint. Ravagé par un incendie en 1731, ce palais sera presque totalement détruit une quarantaine d’années plus tard pour céder la place au Quartier royal que nous connaissons encore aujourd’hui. Depuis lors, ce quartier voulu par Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas, abrite les institutions les plus prestigieuses du pays – palais royal, Parlement, Académie, musées… – et perpétue l’héritage de l’an- cienne cour. Redécouverts voici trente ans, les vestiges conservés de ce palais sont aujourd’hui présentés dans un site archéologique accessible au public et constituent un sujet de recherche privilégié des archéologues, histo- riens et historiens de l’art. Dans cet ouvrage richement illustré, une trentaine de chercheurs ont uni leurs compétences pour renouveler la vision de ce site prestigieux. LE PALAIS DU À BRUXELLES COUDENBERG S520082 ISBN 978-2-8047-0156-7 éditions éditions éditions éditions éditions éditions LEPALAISDUCOUDENBERGÀBRUXELLES LE PALAIS DU À BRUXELLES COUDENBERG éditions éditions éditions 32 bRuxEllES Et lE cOuDEnbERg : DES RElAtIOnS AMbIguËS impossibles à définir: ainsi apparaissent les résidences princières aux auteurs de la plus monu- mentale des sommes consacrées à leur histoire1 . L’implantation et la vie d’une résidence princière comportent des facettes si nombreuses, traduisent des phénomènes si complexes qu’on ne peut les caractériser aisément. Chaque résidence possède par ailleurs des éléments qui lui sont spéci- fiques. La complexité des raisons qui sous-tendent l’implantation et le développement du centre de pouvoir que fut le Coudenberg, ses particularités parfois surprenantes en font un sujet d’étude difficile mais passionnant. nous nous attacherons sinon à mettre en évidence quelques clefs de lecture de ce site majeur de l’histoire bruxelloise, du moins à souligner quelques questions aux- quelles tentent de répondre les chapitres qui suivent. un pAlAIS SuR lE cOuDEnbERg? Le terme palais évoque une série de sens, se recou- pant parfois ou n’étant pas toujours d’une précision extrême, mais qui ne se situent pas moins dans un contexte clair et défini2 . Le «palais» est d’abord, à rome, le siège du pouvoir de l’empereur. Lorsque celui-ci délègue partie de son autorité aux souve- rains mérovingiens, ceux-ci adoptent pour leurs résidences le terme de «palais», qui est dès lors également utilisé pour celles des empereurs caro- lingiens. à partir de ceux-ci, toutefois, le terme de palais n’est plus le seul utilisé pour identifier les résidences royales et impériales. Trois siècles plus tard, Frédéric ier barberousse (empereur 1155-1190) revendique le caractère impérial des palais et les associe aux droits régaliens, alors même qu’il ne tient pas pour régalien le droit de fortification. si l’acte du souverain staufen montre que le palais n’est plus, à son époque, le monopole du souve- rain, roi des romains ou empereur, c’est en italie essentiellement que les droits du souverain ont subi cette érosion. dans le reste de l’empire, auquel le brabant et bruxelles appartiennent, les «palais» ou Pfalzen demeurent associés au détenteur du pouvoir souverain. si l’empereur peut nommer ses «résidences» par d’autres vocables que par palatium, celui-ci, jusqu’à la chute des staufen, ne s’applique qu’à l’habitat de l’empereur ou du roi des romains. Les évêques de Liège qui, les premiers, reçoivent d’otton iii (règne 983-1002) les droits régaliens sur cHApItRE 2 Michel de Waha des comtés, devenant ainsi princes-évêques et qui sont dans nos régions les zélés représentants du pouvoir impérial ne désignent pas à l’époque leur résidence par le terme de palais3 . il n’est donc pas question de palais stricto sensu à bruxelles, jusqu’à Charles Quint, ou plus justement jusqu’aux ducs de bourgogne, car ceux-ci, d’origine française et pratiquant une politique d’ostentation du pouvoir on ne peut plus manifeste, conçoivent leurs résidences comme des palais et peuvent les ap- peler ainsi. Mais ces ducs d’une part descendent di- rectement de la maison royale de France et d’autre part aspirent au titre royal. Que palatium ne désigne pas le centre du pouvoir comtal puis ducal à bruxelles ne signifie pas que ce qui s’édifie sur le Coudenberg ne présente pas les caractéristiques propres à un palais: entre renoncer au mot et abandonner la réalité de la chose, il y a une marge! en d’autres termes, les «palais» servent de modèles aux comtes et ducs pour leurs propres résidences, exactement comme le sceau d’abord réservé aux rois et empereurs est au 10e siècle uti- lisé par les évêques, puis au 11e siècle par les princes territoriaux. Les recherches menées un peu partout en europe montrent4 que les résidences princières s’organisent autour de trois pôles: un pôle religieux, la capella, un pôle administratif et de prestige incarné par l’aula, enfin un pôle défensif symbolisé par la turris, qui peut également renfermer des éléments résidentiels. Cette typologie fournit un canevas d’interprétation 332. bruxelles et le coudenberg : des relations ambiguës Peter Van den Clooster, miniature extraite de Oorspronck der gulde van S. Jooris binnen de Stadt Brussele, 1651. 118 Plusieurs brocs produits à Bouffioulx à la fin du 16e siècle ont été découverts dans une ancienne cave à vin (salle n° 19 du plan page 82). Certains sont ornés d’une tête d’homme barbu, motif en vogue à l’époque. Un autre permet de restituer le millésime «1592» et de lire le nom «JACOB». Les verres à pastilles sont le plus couramment utilisés à la Renaissance. La coupe tronconique des Berkemeier du 16e siècle devient ovoïde au 17e siècle pour les Römer. Cruches et verres de la seconde moitié du 16e siècle Michel Fourny Broc en grès orné d’un médaillon et d’un mascaron barbu d’un type produit à Bouffioulx vers 1600. Fragment de broc en grès orné d’un médaillon portant la marque du potier de Bouffioulx, Jacques Bertrand Visnon. Verres Berkemeier du 16e siècle. 119 00 10 m 0 AB C D 6. du palais ducal au palais impérial A. Corps de logis; B. Chapelle; C. Aula Magna; D. Bâtiment d’entrée vers 1600, de pourvoir l’aula Magna en eau cou- rante22 . L’aménagement d’une citerne (n° 5 du plan ci-contre) et d’un bassin (n° 6) dans le niveau tech- nique intermédiaire de l’aula Magna ainsi que de son système d’évacuation des eaux usées jusqu’à la rue, à travers le couloir et la grande cuisine, pour- rait dater de cette époque. Uniformisation du corps de logis Lors des fouilles à ciel ouvert de la rue royale entre 1997 et 2000, deux massifs de fondation rectangu- laires (n° 10) ont été retrouvés alignés parallèle- ment à la façade du 15e siècle (voir plan ci-contre). non directement datables par eux-mêmes, ils sont néanmoins identifiables aux piliers de la galerie de passage couvert qui double toute la façade du corps de logis du côté de la cour intérieure. aucune des vues sur cette façade n’est antérieure au 17e siècle et toutes montrent la galerie. parmi les plus anciennes, la gravure Aula bruxellensis format interior (voir re- production page 83) fut éditée à bruxelles en 1646 dans Eryci Puteani Bruxella… et celle intitulée Curia Brabantiæ. La cour de Brusselles à amsterdam en 1649 dans un ouvrage de Joan blaeu. Quant à la gravure Antiqua praepositura S. Jacobi de Frigido Monte due à david Coster (voir reproduction page 65), elle figure dans l’ouvrage d’antoine sanderus, Choro- graphia sacra Brabantiæ, paru à bruxelles en 1659 et réédité en 1726-172723 . Comme l’a noté andré Vanrie, la première men- tion reconnue de cette galerie remonte à l’année 1623, lors de la mise en œuvre des parachèvements de sa partie supérieure (étanchéité et balustrade). il est précisé qu’elle a 210 pieds de long sur 10 de large (environ 58 m x 2,75 m), cette dernière mesure cor- respondant parfaitement aux données de fouille. Lorsqu’il en est question quelques années plus tard, en 1628, elle est d’ailleurs désignée comme la «gale- rie nouvelle» située aux «bailles internes» 24 . 16e siècle 17e siècle  Structures des 16e et 17e siècles découvertes en fouille.  Curia Brabantiae. La cour de Brusselles, gravure anonyme publiée en 1649 dans l’Atlas de Joan Blaeu. Une longue galerie couverte double le corps de logis sur toute sa longueur du côté de la cour intérieure.
  9. 9. 2059. Le parc et Les jardins L’ingénieur français Jérôme Hardouin effectue des travaux dans la Feuillée dès les années 1596- 1599. Les archiducs souhaitent en effet y instal- ler de nouvelles pièces d’eau et des statues. des comptes conservés, il ressort que de Caus y est chargé du réseau de distribution des conduites et de la répartition des fontaines. La Feuillée est réa- ménagée avec un grand raffinement. des bassins ronds, carrés, rectangulaires et en forme de losange y sont disposés sur un certain nombre de terrasses. L’eau de ces bassins est ensuite acheminée par des conduites souterraines vers l’étang entourant le pa- villon en bois de Charles Quint. au nord de celui-ci se dresse une fontaine en marbre couronnée d’un cupidon en bronze, œuvre du sculpteur Jérôme duquesnoy l’ancien79 . sous cette petite statue, quatre escargots déversent de l’eau dans un bassin rond. sous celui-ci, l’eau s’écoule par un second tuyau vers une fontaine suivante avec un satyre en bronze assis sur le dos d’une tortue. Cette fontaine plus petite est réalisée par le célèbre sculpteur Jean de boulogne ou giovanni da bologna (1524-1608)80 . Les figures présentent une concordance avec une statue que Valerio Cioli réalisa vers 1550 pour le jardin de boboli à Florence, où salomon de Caus avait participé à la construction de la fontaine de l’océan81 . La statue de Cioli représentait une figure de bacchus – le nain-bouffon Morgante – assis sur une énorme tortue. une série de dessins anonymes des archives géné- rales du royaume font apparaître que les conduites d’eau à partir de la deuxième grotte se ramifient tant vers la Feuillée que vers le nouveau jardin d’en haut (Hoogen Hof) récemment aménagé. une partie du Hoogen Hof est transformée en terrasses et en pièces d’eau. sans doute la troisième grotte voit-elle le jour dans la foulée. ses concepteurs, dont salomon de Caus, cherchent à obtenir un raccordement opti- mal de la conduite centrale à ces nouvelles grottes et fontaines82 . C’est là aussi que se situe ce que l’on appelle le jardin ou parterre de France, où, selon les vœux de l’archiduchesse, des marguerites et des vio- lettes sont plantées en 1608. L’horticulteur chargé de ces plantations est gilles de roybaert, jardinier du château de Mariemont. il est assisté dans son tra- vail par les jardiniers poelmans, Van den broeck et soelinx83 . La Maison de l’empereur, laissée à l’abandon, est réaménagée en 1600. Le jardin est réorganisé et les dessins qui ont été conservés y ont peut-être trait84 . Cette année-là, les travaux vont bon train. La Feuillée est rénovée, la roseraie et les haies sont replantées et taillées, et la glacière du vignoble fait l’objet d’un grand entretien. Longtemps après le départ de salomon de Caus, l’archiduchesse isabelle commande de nouvelles statues pour le jardin. en 1621, les sculpteurs Jé- rôme duquesnoy l’ancien et nicolaes diodona livrent ainsi deux lions et un dragon en bois. ils sont placés au-dessus d’un bassin aquatique en pierre bleue, dans la grande galerie85 . une nouvelle grotte avec une statue en marbre de saint Jean-baptiste est érigée en 1625 près du pont en bois menant à la Feuillée. Cette grotte est ornée de miroirs. L’uti- lisation de miroirs dans le jardin est évoquée égale- ment dans le récit de voyage de Jean Fontaine, qui visite le palais et le jardin en compagnie de Louis schonbub en 1628. il écrit: Du chasteau on va descendre au jardin en carosse si on veut, et trouve on en descendant à droite un miroir si ar- tistement mis qu’on peut voir ce qu’il y a de l’autre costé Plan de la fontaine de la Feuillée, début du 16e siècle. 206 Des centaines de fragments de statues en terre cuite ont été retrouvés lors des fouilles ar- chéologiques dans les caves du corps de logis du palais. Ils avaient été déversés avec du sable et des débris d’autres objets en céramique (poêles calorifères et carreaux de revêtement mural et de sol) pour former une couche de rehaussement du niveau du sol. Relativement fragiles, ces fragments n’ont toutefois pas subi un concassage très poussé avant d’être enfouis, ce qui a permis des remontages significatifs. Les statues sont composites: le tronc, le bas- sin,lesmembres,lafaceetl’arrièredelatêteont été réalisés séparément au moyen de moules. Les différents éléments étaient ensuite assem- blés à l’aide de tiges en fer qui ont rarement été conservées mais dont les traces subsistent toujours sous la forme d’oxyde de fer présent sur les fragments. Des marques d’assemblage apparaissent systématiquement sur certains éléments (en particulier à la jonction du torse et du bassin et sous les pieds). La technique du moulage implique l’exécution en série de ces œuvres de second choix qui devaient être peu coûteuses, par rapport à un original en bois, en pierre ou en bronze. Cette production en série révèle toutefois très peu de doublons parmi les éléments retrouvés: seuls deux fragments de l’arrière de la tête et appartenant à deux individus différents proviennent d’un même moule. Le commanditaire aura veillé à faire varier les attitudes des statues. L’enduit blanc à base de chaux, dont toutes les statues sont badigeonnées, évoque le marbre blanc. On dénombre quelques fragments de sta- tues d’adultes parmi une majorité de putti réalisés quasi tous à la même échelle. Le style uniforme des putti permet de supposer qu’ils participaient à un même projet d’aménage- ment, probablement un décor de jardin. Grâce aux remontages, même partiels, on peut aujourd’hui approcher les grandes carac- téristiques des putti. La base, également dénommée piédouche*, naît sur une large assise octogonale allongée  Ce putto a la jambe gauche avancée, la jambe droite est en retrait et soutient le bassin. Le torse est penché vers l’avant et le ventre est bedonnant. Les éléments anatomiques comme les orteils, les genoux, les plis de l’aine ou du ventre sont particulièrement marqués. La jambe gauche n’appartient pas à l’individu mais elle adopte une attitude anatomique correcte.  Ce putto a un déhanchement qui rappelle le contrapposto* des statues de l’Antiquité. La position oblique du bassin accentue l’impression de déséquilibre de la statue. Le ventre semble figé, le bras droit repose sur le torse en le barrant vers la gauche. La jambe droite tendue est en situation plausible au plan anatomique mais n’appartient manifestement pas à cet individu. Statues de putti en terre cuite (début 17e -début 18e siècle) récoltées lors des fouilles michel Fourny & Pierre anagostoPouLos 218 Évolution et dÉveloppement du quartier de la cour paulo charruadas, Shipé Guri & marc meganck chapitre 10 L’établissement d’un centre de pouvoir a des conséquences directes sur le tissu spatial environnant. Il se marque par le développement architectural – urbain – du siège de ce pouvoir. La construction à proximité d’édifices religieux renforce sa légitimité. Le palais du Coudenberg est un bel exemple de ce type de phénomène, observable du 12e au 18e siècle. Les conséquences spatiales de cet établissement ne se limitent pas au palais. Dès le Moyen Âge, le souverain ne gouverne pas seul. Il s’appuie sur des proches – les nobles et une élite économique – et sur une administration qui assurent le relais entre sa personne et la société locale. Ces proches du prince tirent leur prospérité et leur essor de cette position privilégiée. Ils installent leur rési- dence à proximité et attirent à leurs côtés une classe d’artisans et de négociants susceptibles de leur fournir les objets et produits dont ils ont besoin. Aux abords du palais se côtoient ainsi les annexes de la résidence princière, les hôtels particu- liers des favoris et des fonctionnaires de la cour, des couvents, hospices et refuges monastiques, des auberges et des maisons d’artisans.  D. Coster, L’abbaye Saint- Jacques-sur-Coudenberg, 1659.  Panorama de la ville de Bruxelles, par Jean-Baptiste Bonnecroy, 1664-1665. L’imposante silhouette de l’Aula Magna est visible dans le haut de la ville, au centre de l’image, à gauche de la flèche de l’hôtel de ville. 21910. évolution et développement du quartier de la cour l’occupation antÉrieure au 15e Siècle Les propriétaires de la colline ou des propriétaires sur la colline? L’examen de plusieurs sources et fonds d’archives permet de se faire une idée de cette occupation des lieuxavantle 15e siècle et le début de la période bour- guignonne1 . On considère traditionnellement que le Coudenberg appartient à l’origine aux comtes de Louvain, puis ducs de Brabant, qui auraient loti le site. Cette interprétation régressive est aujourd’hui remise en cause au profit d’une vision qui fait des princes des propriétaires parmi d’autres et qui laisse alors supposer qu’ils durent manœuvrer pour s’ins- taller foncièrement sur les lieux (voir chapitre 3). L’occupation du Coudenberg et les environs du palais Les fouilles archéologiques récentes du site de l’hôtel d’Hoogstraeten ont révélé les traces d’une activité agricole datée entre le 10e et le 12e siècle. En l’état actuel de nos connaissances, ce terminus s’accorde parfaitement avec la documentation écrite des 13e - 14e siècles, qui ne mentionne plus que rarement ce type d’activité sur le Coudenberg. La plupart des mentions de terres arables, de vignes, de vergers ou de jardins maraîchers sont alors localisées au-delà de la porte de Coudenberg, c’est-à-dire en dehors de la première enceinte. Des exceptions subsistent toutefois et rappellent la présence d’activités agri- coles sur la colline: un terrain sis dans le Borgen- dael, à côté du manoir ducal, est appelé Crawels- bemdeken (littéralement «petite prairie de Crawel» ou «petite prairie du trident») dans un acte de 1284 par lequel le duc en fait l’acquisition, peut-être en vue d’une extension de son manoir; une prairie de petite superficie (un demi-journal, soit un peu plus de 1000 m2 ) est attestée encore en 1356 dans la Groenstraet à proximité immédiate du palais. Cette mention pourrait indiquer la persistance en ce lieu de la fonction de dries (trieu en français), c’est-à-dire d’un espace voué à la pâture du bétail et souvent situé au centre de nos anciens villages (voir cha- pitre 3). L’occupation du Coudenberg apparaît donc principalement résidentielle, politique et admi- nistrative. En s’y installant, le prince y organise la gestion de ses biens disséminés dans tout le Bra- bant et même en dehors, et d’autre part, il y rend la justice et y gouverne donc ses sujets. Les premières mentions de la présence ducale sur le Coudenberg placent d’ailleurs précisément le duc dans sa fonc- tion de souverain et de juge suprême. Du point de vue administratif, une Tolhuis ou maison du tonlieu (taxe commerciale payée sur les marchandises tran- sitant par Bruxelles) avait son siège sur la colline, tandis que la halle ducale aux laines (Wolhuis) y fut aussi implantée. L’examen des archives pour la période des 13e - 14e siècles révèle l’importance des élites urbaines et seigneuriales dans la propriété foncière de la col- line, la présence de nombreuses résidences aristo- cratiques occupées par des proches du pouvoir et, enfin, l’établissement d’artisans fournisseurs de la cour et des hôtels installés à proximité. La plupart des familles de l’aristocratie urbaine possèdent des biens sur le Coudenberg et dans les quartiers environnants. La simple consultation du travail de Philippe Godding sur les seigneurs fon- ciers bruxellois le confirme d’emblée. Cette présence répond à des enjeux complexes, à des impératifs à la fois économiques – la terre était à l’époque (bien plus encore qu’aujourd’hui) l’investissement financier le plus sûr pour les fortunes en tout genre – mais aussi symboliques et culturels. Posséder des biens sur la colline du pouvoir renvoie indéniablement Détail d’une maquette évoquant la ville de Bruxelles au 13e siècle. La première enceinte marque un décrochement important autour des châteaux sur le Coudenberg. Le quartier juif se développe sur les pentes de la colline, le long du steenweg. 29313. une histoire de palais aux environs du coudenberg aux principaux points de la ville, de la valeur à des quar- tiers aujourd’hui peu fréquentés. outre le palais royal, Verly projette la réalisation de deux «pavillons des princes», de part et d’autre de la place située devant le palais royal, ceux-ci devant servir de résidence aux deux fils du souve- rain. non loin du palais, il dessine également une place avec un «monument destiné aux sciences et aux beaux-arts» qui, par ses dimensions, préfigure les projets de palais des beaux-arts. sur ce plan, Verly mentionne également une «nouvelle place du palais de Justice», faisant référence au projet de palais de Justice qu’il est par ailleurs chargé d’édi- fier à bruxelles. Le plan de Verly n’est pas réalisé et, nous l’avons vu, un palais royal plus modeste sera aménagé face au parc. dans le courant du 19e siècle, l’acception du terme «palais» évolue sensiblement. il ne s’agit plus seu- lement de la vaste et somptueuse demeure d’un per- sonnage de marque, de l’édifice abritant les cours et tribunaux, ou d’une institution publique abritée dans un ancien palais, mais d’un édifice public mo- numental construit à des fins spécifiques. en 1832, dans son Dictionnaire de l’Architecture, l’archéologue et critique d’art Quatremère de Quincy précise que: palais signifie, dans les usages modernes et selon le langage de l’architecture, tout bâtiment destiné soit à l’habitation des rois, des grands, des riches, soit à l’éta- blissement de certains services publics, de certaines ins- titutions qui exigent de la solidité, de la grandeur, et une apparence de dignité extérieure propre à désigner leur importance13 . à bruxelles, le terme «palais» se met à désigner d’autres édifices que la résidence du souverain ou de son représentant à partir de la période hollan- daise. ainsi, l’ancien hôtel du Conseil souverain de Projet pour l’agrandissement et l’embellissement de la ville de Bruxelles, pour y former de grandes communications et y placer convenablement le palais de Sa Majesté, de F.Verly, 1817. Le projet de palais est visible dans le coin inférieur gauche du plan. 294 brabant est réaménagé en vue d’abriter les séances et réunions des membres composant la première et la seconde chambre des états-généraux du royaume des pays-bas. Cet édifice monumental, actuel palais de la nation, prend le nom de palais des états-gé- néraux14 . non loin de là, sur un terrain situé entre la rue ducale et les boulevards extérieurs, une de- meure est édifiée entre 1823 et 1826, par Charles Vander straeten puis par Tilman-François suys pour le prince héritier, guillaume Frédéric, fils aîné de guillaume ier d’orange. C’est le palais du prince d’orange, actuel palais des académies15 . La localisation de ces trois palais autour du parc suscite un dialogue visuel riche de significations sym- boliques que soulignent fréquemment les contem- porains16 . grâce à la longue perspective de l’allée cen- trale du parc, antérieure à la réorganisation spatiale des palais sous la période hollandaise, le souverain et les représentants des états-généraux se font face. Ce nouveau rôle symbolique joué par l’allée centrale faillit être appuyé par une nouvelle dénomination qui aurait été «l’avenue du palais»17 . Quant à la rue de belle-Vue, elle est élargie, dégageant ainsi l’espace devant le palais royal et le palais du prince d’orange. grâce à cette place dénommée «place des palais», le palais de guillaume ier et celui de son fils peuvent être tous deux appréciés depuis le départ de la rue royale, au débouché de la place royale. plus au sud, en contrebas du sablon, François Verly est chargé par l’état d’aménager le palais de Justice, c’est-à-dire un bâtiment destiné à accueillir les cours et tribunaux, dans les locaux de l’ancien collège des jésuites jusqu’alors occupés par l’Hôpi- tal militaire déménagé pour l’occasion dans l’ancien couvent des minimes. entamés dès 1818, les tra- vaux ne seront terminés qu’en 1823, après la mort de l’architecte. une nouvelle façade à la manière d’un temple antique est érigée à l’emplacement de l’église des Jésuites détruite à partir de 1811 et une place est créée devant cette façade. Le nouvel édi- fice marque donc son emprise sur l’espace public; la place qui lui sert de parvis prend la dénomination de «place du palais de Justice». Mais les locaux du 17e siècle, désaffectés en 1773 et transformés au gré des occupations successives, se révèlent inadaptés et vétustes18 . dans ce cas, comme pour celui du palais royal, la solution rete- nue reste insatisfaisante. Malgré ces faiblesses architecturales et fonction- nelles, l’existence même du bâtiment constitue une évolution notable: de l’acception de «palais» à l’édifice où siègent les cours et les tribunaux – cou- rante en France depuis le 18e siècle – à la concré- tisation de ce type de programme, le palais de Jus- tice devient un élément emblématique des villes au 19e siècle19 . s’il n’existe pas encore officiellement de palais des beaux-arts sous la période hollandaise, on retrouve quelquefois cette dénomination pour caractériser «l’ancienne Cour», c’est-à-dire l’ancien palais de Palais des Académies, édifié entre 1823 et 1826 par Charles Vander Straeten puis Tilman- François Suys pour le prince héritier, Guillaume Frédéric, fils aîné du roi des Pays-Bas Guillaume Ier d’Orange.
  10. 10. ÉTUDESETDOCUMENTSArchéologie27 La cathédrale Notre-Dame de Tournai L’archéologie du site et des monuments anciens Volume 1 Cadres généraux, structures et états Raymond Brulet (dir.) ÉTUDESETDOCUMENTSArchéologie27 3 TOMES 38 la cathédrale notre-dame de tournai: l’archéologie du site et des monuments anciens Archéologie 27études et documents Fig. 12 En 1863, l’espace occupé par la chapelle Notre-Dame, les chapelles adjacentes et les sacristies étaient ceinturés par un mur de clôture. Fig. 13 Le portail nord de la cathédrale ou porte Mantille, au xixe siècle (lithographie de Louis Haghe, 1806-1885). 39 Archéologie 27études et documents 1. la ville et le quartier cathédral en juger d’après des clichés du xixe siècle, il sera emmuraillé à l’ouest de l’escalier de la porte Mantille et, en même temps des maisons capitulaires s’y développeront (fig. 12 et 13). Par la suite, au xxe siècle, l’espace réapparaît ouvert et la chapelle Notre-Dame sera accostée par un certain nombre de sacristies modernes dont l’existence nous est illus- trée par des photographies (fig. 14). Il existe d’ailleurs beaucoup d’illustrations pour les périodes modernes (Le Bailly de Tilleghem, 1981). La zone du Quadrilatère connaît une évolution identique et concomitante. Depuis qu’elle n’abrite plus une activité dédiée aux membres du Chapitre, elle est devenue un espace vide de sens, transformé au gré des initiatives architecturales voisines. Elle s’est muée en impasse à la fois du point de vue fonctionnel et du point de vue architectural. Quant à l’Hôtel des anciens prêtres, destiné aussi à abriter la bibliothèque à l’étage, sa construction débute en 1755, par la démolition des petits bâtiments de la grange capitu- laire médiévale et d’un avant-corps qui venait rompre l’alignement prévu face à l’évêché (Milet, 1994, p. 32). Cette petite construction en saillie, représentée sur un plan publié par J. Voisin (Voisin, 1859) doit avoir été localisée lors des fouilles de 1986 dans la zone de la place de l’évêché (voir chapitre 6). Fig. 14 Carte postale du début du xxe siècle montrant un aménagement ouvert de l’espace des anciens cloîtres et la présence de plusieurs sacristies accostant la cathédrale et plus précisément l’ancienne chapelle Notre-Dame. 106 la cathédrale notre-dame de tournai: l’archéologie du site et des monuments anciens Archéologie 27études et documents tifiés et d’autre part la systématisation de l’emploi du cercueil aux périodes plus récentes. La présence des cercueils est soit attestée par l’identification de ferrures et de clous asso- ciés ou non à des restes de bois, de cordes, ou par la disposition des corps (fig. 29). Ce dernier critère n’est retenu qu’en cas incontestable. En effet, l’utilisation de linceuls est également mise en évidence par la position caractéristique des membres et du corps, ou par la présence d’épingles. L’association du coffre de bois et du linceul est indubitable dans une sépulture des cloîtres. Dix sépultures seulement contenaient des épingles en alliage cuivreux, qu’on pourrait plus clairement associer à la présence d’un linceul. Tous les autres cas demeurent douteux pour des raisons de conservation et de nature des rem- blais dans lesquels les sépultures sont établies. La position des corps ne laisse planer que peu de doute dans deux cas, situés dans le cloître (états 11 et 12). En outre, six sépultures contenaient les traces organiques de résidus végétaux qui, dans trois exemples localisés dans la nef nord à l’état 13, attestent la présence de coussins placés sous le chef. Ceux-ci attestent le soin très vraisemblablement accordé aux sépultures des chapelains des hautes formes. Dans la zone TN, ce sont également les restes textiles d’étoles, des bandelettes dorées et un bâton qui marquaient le statut ou le rang des personnalités ecclésiastiques inhumées, comme des textiles de vêtements liturgiques dans la galerie sud du cloître ou dans la nef centrale (zones CL et NN). La mention de traces d’une coupe en bois [SEP701] associée au bâton permet de souligner l’absence de tout autre dépôt mobilier de ce type, contrairement aux vases brûle-parfum illustrés ailleurs en ville, par exemple à Saint-Pierre et au couvent des Dominicains. Le deuxième dépôt similaire a été découvert dans une logette maçonnée dans la paroi d’un caveau double de la nef centrale [SEP 2301] (fig. 29). Il était composé de la représentation d’une petite coupe à pied et d’une écuelle en bois. Ces objets, rappellent le dépôt symbolique des insignes sacerdotaux en matériaux périssables ou fragiles, à l’instar d’un verre à pied également identifié dans une Fig. 28 Caveaux anthropomorphes: 1. Caveau anthropomorphe maçonné en pierre (EM sep3603); 2. Caveau quadrangulaire maçonné en pierre, dont le chef de la dépouille est soutenu par deux pierres cubiques taillées transposant le principe de la loge céphalique (CL sep6); 3. Détail de cette tombe (CL sep6). Photos : CRAN. 1 2 3 taB. 3 Distribution des cas attestés de cercueils, toutes périodes confondues (nombre comparé au nombre de sépultures fouillées dans chaque zone concernée). extérieur intérieur vmp ev cL ptn/em tn nn ns nc 1/61 3/40 3/17 0/51 3/14 32/48 2/12 2/21 7/169 soit 4% 39/95 soit 41% 107 Archéologie 27études et documents 4. l’occupation funéraire de la cathédrale et de son environnement sépulture d’ecclésiastique de Saint-Pierre (Verslype, 1999b , p.177-178 et 232). La régle- mentation du dépôt des attributs de la prêtrise, l’interdiction du dépôt des instruments liturgiques véritables, et celle de l’usage à cette fin d’objets susceptibles d’être brisés ou de corrompre les saintes espèces, sont bien documentées par les prescriptions synodales réitérées et dans un règlement de la cathédrale de Cambrai, daté de 1414. Les inhumations présumées en pleine terre témoignent assez bien du recrutement fu- néraire des différents secteurs. Il s’agit en réalité de sépultures où aucun contenant ou couverture solide ne semble avoir protégé la dépouille, bien que les observations anthro- pologiques de la position des ossements ne permettent pas d’en confirmer le principe. La comparaison du taux de leur présence et de celle des caveaux et des coffrages soignés entre le cimetière du quartier Saint-Pierre et les zones du Vieux-Marché-aux-Poteries et de la place de l’Évêché avaient naguère permis, certes sur base d’un échantillon frag- mentaire, de conclure à un soin accru des sépultures situées dans l’environnement de la cathédrale par rapport au cimetière de Saint-Pierre. Cette observation se confirme-t-elle dans l’environnement même de la cathédrale, selon les secteurs et les espaces intérieurs et extérieurs? Pour le vérifier, nous avons écarté les données de l’état 13 (indiquées pour mémoire entre parenthèses dans la partie supérieure du tableau: répartition spatiale) en vue de comparer les données par zone dans les états 11 et 12 surtout, et 10 dans une moindre mesure (entre parenthèses dans la partie inférieure du tableau: sépultures des états concernés à l’intérieur des édifices contemporains). Il ressort clairement, hormis les remarques émises concernant la présence des cer- cueils, surtout attestés à l’état 13, que les inhumations en coffrage de pierre et présumées en pleine terre sont mieux représentées dans les espaces extérieurs de l’état 12. Ils se concentrent dans les espaces de circulation du parvis occidental et le long du mur gout- tereau du collatéral nord (Vieux-Marché-aux-Poteries et place de l’Évêché). Les caveaux maçonnés, en pierre en l’occurrence, sont plutôt caractéristiques des espaces extérieurs de l’état 11, aux abords du bras du transept et des chœurs (transept). On distingue cepen- Fig. 29 Vestiges de contenants et de dépôts mobiliers en bois: 1. Restes de coffre en bois, dont la forme du remblai de la fosse de dépôt suggère un cercueil trapézoïdal (NC sep2417); 2. Restes de textile et de coffre en bois (PTN sep2601); 3. Vue du chef du caveau maçonné en briques m2004 et de la logette qui contenait le dépôt symbolique des attributs liturgiques (calice et patène, en l’occurrence: petite coupe à pied et écuelle en bois) (TN sep2301). Photos : CRAN. 1 2 3 1 108 la cathédrale notre-dame de tournai: l’archéologie du site et des monuments anciens Archéologie 27études et documents dant une différence entre le parvis occidental et le Vieux-Marché-aux-Poteries: sur ce dernier, les inhumations avérées en pleine terre sont nombreuses le long du mur gout- tereau, tandis que les caveaux maçonnés sont beaucoup plus présents sur la place de l’Évêché (Verslype, 1999b , p. 226). Les coffrages constitués en pierres sèches se répar- tissent de manière équilibrée dans les deux zones. Le soin apporté aux structures d’inhu- mation témoigne donc à la fois d’une évolution chronologique indéniable, à rapprocher de l’évolution des positions des corps et des membres qui sera présentée plus bas, et d’une différence d’investissement dans les dispositifs d’ensevelissement selon les secteurs funéraires qui entourent la cathédrale. Le parvis occidental livre des structures élabo- rées plus nombreuses que le long du mur gouttereau septentrional. La comparaison avec les modes d’inhumation de l’église Saint-Pierre témoigne également de ce phénomène (Verslype, 1999b , p. 223): ce sont les inhumations en pleine terre qui y dominent ré- solument l’ensemble des occupations, toutes périodes et aires confondues (collatéraux, nef centrale ou parvis). Ces distinctions reflètent donc bien un recrutement funéraire contrasté entre les cimetières urbains et entre les aires entourant la cathédrale, mais qu’on ne peut préciser sans outrepasser les limites de la documentation disponible. Pour les mêmes raisons, l’aire privilégiée que constitue le cloître n’est hélas pas suffisamment bien documentée pour assurer une observation fiable des données enregistrées. taB. 4 Présentation simplifiée de la distribution spatiale et chronologique comparée des types d’inhumation dans et autour des cathédrales successives des états 10, 11 et 12. 1 2 Fig. 30 Les caveaux en briques: 1. Couverture voûtée d’un caveau maçonné en briques (NN sep1904-1905); 2. Caveau en briques maçonné en fosse m2004, à couverture de dalles en pierre (NC sep2301). Photos : CRAN. caveaux coffrages pleine terre cercueils répartition spatiale VMP – ext. 4 27 29 1 EV – ext. 10 15 9 3 CL – ext. 5 5 5 3 PTN/EM (TN) – ext. (int.) 34 (4) 1 2 (4) 0 (3) NN – int. 1 (1) 2 (1) 2 (3) 4 (28) NS – int. 0 0 9 2 NC – int. 2 (2) 0 0 (12) 0 (2) répartition chronologique État 10, 11 – ext. (int.) 39 (3) 14 (2) 11 (7) 3 (3) État 12, 12/13 – ext. (int.) 14 35 34 (4) 3 (3) 4.  La disposition des sépultures et des dépouilles Un autre élément caractéristique des aires extérieures d’inhumation, pour les états 10 à 12 essentiellement, est l’adoption d’orientations déviantes de séries de sépultures appar- tenant à un niveau bien précis. C’est le cas de la place de l’Évêché (seize sépultures sur vingt-deux des états 11 et des deux niveaux les plus anciens de l’état 12/13, difficilement dissociables, représentant encore 32% du total des quarante inhumations identifiées dans cette zone, état 13 compris). Dans les cloîtres, une seule sépulture adopte une orienta- 302 la cathédrale notre-dame de tournai: l’archéologie du site et des monuments anciens Archéologie 27études et documents maçonnerie: M2430 et M2431. M2429 et M2432 sont des maçonneries composées de moellons plus ou moins réguliers et équarris, de taille moyenne et assemblés au mor- tier gris beige à la chaux. Elles sont conservées sur une longueur de 1,60 m avant d’être recoupées par le mur de chaînage roman M2401. Les deux structures sont enduites sur leur parement externe. Un fragment de sol [SL2448] est encore observé au sommet de M2429. Ces deux structures ont été épaulées vers l’ouest par les deux massifs M2430 et M2431. Les parements externes de ces maçonneries sont également enduits. Elles sont composées de moellons de petite et moyenne taille, assemblés avec un mortier beige à la chaux très compact. Il s’agissait en fait de petits escaliers destinés à permettre l’accès à l’autel, à partir du chœur. Les escaliers séparant le chœur de l’avant choeur À hauteur de la transition entre les travées romanes 1 et 2, deux escaliers à trois marches se développent à partir du béton de sol de l’avant chœur, pour mener à un niveau de circulation plus élevé dans la travée 1 [SL2404]. Il se situe 0,50 m plus haut que le sol enregistré dans la travée 2. L’emmarchement est encore bien conservé de chaque côté de l’axe de la cathédrale (fig. 231). Le creusement occasionné par la construction d’un caveau double (xvie -xviiie siècles), parfaitement situé dans l’axe de la cathédrale médié- vale, empêche de savoir si ce dernier se développait sur toute la largeur des nefs centrales ou s’il s’agissait d’escaliers latéraux menant au maître-autel. On optera néanmoins plus volontiers en faveur de cette seconde hypothèse. Le revêtement de l’emmarchement a été complètement démonté lors de la construction de la cathédrale du xiie siècle, ne laissant que sa fondation avec l’empreinte des marches (fig. 232). La partie supérieure de cette église, découverte dans la travée 1, constitue le départ du chœur de l’édifice de l’An Mil. L’escalier monumental séparant l’avant chœur de la nef centrale Cet ouvrage sépare la zone réservée aux chanoines (avant chœur) de la nef centrale. Il a été construit sur toute la largeur de cette nef centrale, mais nous est parvenu rogné, vers le nord et vers le sud, à la suite des nécessaires destructions opérées lors de la construc- tion des murs de chaînage latéraux romans, en travée 3 [SL2462]. Il est caractérisé par trois marches construites (fig. 233). Devant la première, il y a un large radier et on retrouve une situation similaire, derrière la première marche. Le radier précédant la pre- mière marche se situe à l’altitude 21.20 en moyenne. Le niveau supérieur coïncide avec le niveau de sol bétonné de l’avant chœur (alt. 21.68). 231 232 Fig. 231 La zone des chœurs anciens: sols et emmarchement pour accéder au chœur de la cathédrale de l’An Mil. À droite, le double caveau funéraire moderne en briques, après son démontage (état 13) et la lame funéraire de la sépulture de l’évêque Baudouin Ier, avant son exploration (état 11). Photo : CRAN. Fig. 232 La zone des chœurs anciens: détail des marches et empreintes de son revêtement (état 11). Photo : CRAN. Fig. 233 La zone des chœurs anciens: l’escalier monumental marquant la séparation entre la nef et l’avant nef de la cathédrale de l’An Mil (état 11). Photo: G. Focant, © SPW-DGO4. 136 la cathédrale notre-dame de tournai: l’archéologie du site et des monuments anciens Archéologie 29études et documents 8. Rondelle coupée dans le merrain du bois d’un cerf élaphe. La partie spon- gieuse est visible sur l’une des faces.Traces de sciage sur les deux surfaces. Peut-être une amulette en cours de fabrication (diam.: 6,4 et 5,4 cm; ép. env.: 1 cm). (Prov. CL.2076). Les plaquettes simples, décorées ou non, sont destinées au montage de peignes13 , d’étuis de peigne ou pouvaient être rivetées sur des cof- frets ou sur du cuir14 . Aucune ne porte cependant de trace d’oxydation prouvant qu’elles ont bien été rivetées. Elles ont été retrouvées essen- tiellement dans des contextes mérovingiens, qu’il s’agisse de nivelle- ments dans le cloître [1022-2] ou des remblais de terres noires [1170, 2005] (fig. 51). Les décors ne sont pas caractéristiques d’une période précise: des croisillons, des lignes droites et des ocelles, tous ces éléments se re- trouvent à l’époque romaine et au début du Moyen Âge15 . 9. Plaquette rectangulaire en bois de cervidé. Une face décorée de quatre ca- siers,définis par quatre traits transversaux,à l’intérieur desquels s’inscrivent quatre croisillons (long. cons.:3,9 cm; larg.:0,8 cm). (Prov. CL.1022-2). 10. Fragment de plaquette en os décorée d’au moins deux ocelles pointés (long.: 2,1 cm). (Prov. CL.1138-1). 11. Plaquette rectangulaire en bois de cervidé poli. Deux traits parallèles suivent chacun des quatre côtés,se croisant dans les angles (long.:2,9 cm; larg.: 1,3 cm). (Prov. CL.1170). 12. Plaquette trapézoïdale en bois de cervidé percée d’un petit trou et décorée, sur une des tranches, d’incisions en croisillons (long. max.: 3,4 cm). (Prov. PTN/EM.20011). 13. Petite plaquette rectangulaire en bois de cervidé avec traces de sciage (long.: 3 cm; larg.: 1,1 cm). (Prov. NN.18089). 14. Petite plaquette en bois de cervidé en forme de losange avec traces de sciage (haut.: 3,5 cm). (Prov. NN.18089). 15-16. Plaquettes rectangulaires en bois de cervidé poli. L’os spongieux est encore visible sur l’une des faces (long.: 6 cm; larg.: 2,2 cm) (long. max.: 3,8 cm; larg.: 1,5 cm). (Prov. CL.2005). Enfin, les nombreux andouillers de cerfs élaphes sciés et polis et dont la pointe a été taillée pour former une section circulaire ou qua- drangulaire sont soit des ébauches de poinçon16 (ce sont alors des objets semi-finis), soit des bases pour la fabrication de petits objets (ce sont alors des rejets de production) (fig. 52 et 53). 13 L’existence de ces plaquettes fait penser que ces parties de peignes sont préparées à l’avance (Crummy, 2001, p. 105). 14 Ces plaquettes sont souvent brisées au niveau des trous de rivets, qui fragilisent l’objet. 15 Pour les xe , xie et xiie siècles, voir Goret, 1997, p. 114-121 et en particulier fig. 10. 16 Hypothèse défendue par W. Dijkman et A. Ervynck (1998, p. 61), sur base de plusieurs exemples du Nord- Ouest de l’Europe, même si aucun poinçon fini n’a été retrouvé à Maastricht. Sans pouvoir le prouver, ceci est également suggéré par J. Willems à Huy (1973, p. 45). FIg. 52 Andouilliers de cerfs élaphes sciés et polis comme ébauches de poinçons (a: cat., no 23; b: cat., no 24; c: cat., no 25) (éch. 50%). Photo : R. Brulet. FIg. 51 Fragments de plaquettes destinées au montage des peignes (a: cat., no 9; b: cat., no 11; c: cat., nos 15 et 16) (éch. 1/1). Photo : R. Brulet. a b c b c a

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